La langue française

Fusion

Définitions du mot « fusion »

Trésor de la Langue Française informatisé

FUSION, subst. fém.

A.− [Correspond à fondre1I A]
1. Au sens actif. Opération qui consiste à liquéfier un corps solide sous l'effet de la chaleur. Fusion oxydante, réductrice; lit de fusion. Anton. congélation, solidification :
1. ... les fours à résistances sont utilisés particulièrement pour les traitements thermiques et chimiques et aussi pour la fusion des alliages fondant à température modérée... Guillet, Tech. métall.,1944, p. 88.
2. Au sens passif
a) Passage d'un corps solide à l'état liquide sous l'effet de la chaleur. La fusion [des matières réfractaires] peut se produire lorsqu'elles sont attaquées par des matières (...) avec lesquelles la silice peut se combiner (Ser, Phys. industr.,t. 2, 1890, p. 491).
Point de fusion. Température précise où un corps solide commence à fondre. Quand je dis : le phosphore fond à 44 degrés, je veux dire par là : tout corps qui jouit de telle ou telle propriété (à savoir de toutes les propriétés du phosphore, sauf le point de fusion) fond à 44 degrés (Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 236).
Température de fusion. Limite thermique à laquelle un corps fond. Lorsqu'on chauffe le verre jusqu'à la température de fusion et qu'on le refroidit brusquement, il devient excessivement cassant parce qu'il subit une sorte de trempe (Meyer, Art émail Limoges,1895, p. 80).
b) En fusion, loc. adv. et adj. Dans l'état d'un corps solide qui fond sous l'effet de la chaleur. Le métal entre en fusion; mettre de l'or en fusion (Ac.). D'autres quantités de substances en fusion furent ajoutées à la première, et il en résulta bientôt une bulle qui mesurait un pied de diamètre (Verne, Île myst.,1874, p. 295).
P. métaph. Brûlant. Un ciel en fusion plombe la terre moite (Verhaeren, Villes tentac.,1895, p. 192):
2. Sur les toits des wagons sont des lueurs sereines; Ils reflètent le ciel, comme l'eau des forêts; Le train qui glisse a l'air d'une chaîne de sources, Et je m'accroche après. Il est tard; mais la ligne est pleine de soleil. C'est toute la nature en fusion qui roule Ses flots roux jusqu'à moi... Romains, Vie unan.,1908, p. 191.
B.− [Correspond à fondre1II B]
1. Dissolution d'un corps dans un liquide. Fusion du sel, du sucre dans l'eau (ds Rob. et Lar. Lang. fr.).
2. Au fig. Combinaison, mélange intime de plusieurs éléments. Fusion de mon être avec la nature (Baudel., Paradis artif.,1860, p. 325).Le mâle se tendait, la femelle s'ouvrait, et dans la fusion des sources créatrices s'éveillait le premier frémissement de la vie (Louÿs, Aphrodite,1896, p. 76):
3. ... la fusion n'avait pu s'accomplir entre l'adroit psychologue et le pieux cuistre, et ces cahots, ces incohérences mêmes constituaient la personnalité de cet homme. Huysmans, À rebours,1884, p. 208.
En partic., domaine soc., pol.Le parti prolétarien est né de la fusion du P.A.C. et des sociaux-démocrates (Sartre, Mains sales,1948, 2etabl., 4, p. 52).
C.− P. ext. Emplois spéc.
1. BIOL. Mélange intime de deux corps. Le premier acte du développement, c'est la fusion de la cellule femelle avec la cellule mâle (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 35).
2. ÉCON. Opération juridique consistant à regrouper plusieurs sociétés en une seule (cf. Jur. 1971). Synon. concentration.
3. LING. Combinaison de deux éléments en contact à l'intérieur d'un mot (d'apr. Ling. 1972).
4. PHYS. NUCL. ,,La fusion nucléaire est une réaction nucléaire résultant d'une collision entre deux noyaux atomiques légers suivie d'un réarrangement des particules (neutrons et protons) qui les constituent, entraînant un dégagement important d'énergie`` (Encyclop. internat. des Sc. et des Techn., Paris, t. 6, 1971, p. 171). Cette réaction, dite de fusion ou thermonucléaire, en raison du rôle qu'y joue la température, produit, à poids égal de matière mise en jeu, dix fois plus d'énergie que la fission de l'uranium (Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 87).
REM. 1.
Fusion(n)isme,(Fusionisme, Fusionnisme) subst. masc.,rare. Système politique qui préconise la fusion de deux ou plusieurs partis en vue d'une action commune. Tourreil pratiquait le fusionisme, c'est-à-dire la religion de la fusion universelle (Ph. Chasles, Mémoires,t. 1, p. 333 ds Mat. Louis-Philippe 1951 p. 39).
2.
Fusionniste, adj.,rare. Qui adhère au fusionnisme. Emploi subst. Le procès a fait très peu de sensation ici, mais personne, pas même les fusionnistes les plus enragés n'a douté de la part de Mazzini (Mérimée, Lettres Ctesse de Montijo,t. 2, 1839-70, p. 84).
Prononc. et Orth. : [fyzjɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1547 « diffusion, éparpillement » (J. Martin, trad. de Vitruve, Architecture, IX, 7, éd. J. Gazeau, 129a [lat. : tenuis fusio stellarum ds TLL s.v. 1655, 59-60]), attest. isolée dans ce sens. B. 1. 1578 « liquéfaction, fonte » (J. Bodin, Disc. sur le rehauss. des monn., p. 137 ds Gdf. Compl.); 2. 1690 « dissolution » (Fur.). C. 1. 1801 « union intime » (S. Mercier, Néol.); 2. 1853 écon. (Labiche, Chasse corb., V, 9, p. 389 : une fusion entre nos deux compagnies); 3. 1943 ling. (Mar. Lex.); 4. 1956 fusion nucléaire (Uv.-Chapman). Empr. au lat. class. fusio « action de répandre, diffusion », b. lat. « fusion, fonte des métaux » (cf. foison). Au sens C 4 en angl. dès 1947 ds NED Suppl.2: atom fusion. Fréq. abs. littér. : 474. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 458, b) 738; xxes. : a) 621, b) 855. Bbg. Dubuc (R.). La Planification à long terme ds l'entr. Meta. 1974, t. 19, p. 211.

Wiktionnaire

Nom commun

fusion \fy.zjɔ̃\ féminin

  1. (Physique) Liquéfaction d’un corps par l’action de la chaleur.
    • La fusion de l’acier pour qu’il ait les qualités qu’on recherche ne peut se faire avec un flux où il entre des matières charbonneuses; celles-ci dans la fusion le rendent intraitable. — (Résultat des expériences & observations de MM. De Ch… & Cl… sur l’Acier fondu, dans Journal de physique, de chimie, d’histoire naturelle et des arts, juillet 1788, vol.33, page 46)
    • Je vous demande pardon […], mais cette eau ne peut aucunement provenir de la fusion de la glace. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • La valeur la plus forte pour les échantillons obtenus par voie électrolytique ne peut être attribuée à un état allotropique particulier du métal, car après fusion, le coefficient d’aimantation de ces échantillons n’a pas changé. — (Pierre Curie, Propriétés magnétiques des corps à diverses températures; Annales de Chimie & de Physique, 7e série, tome V, juillet 1895)
  2. Dissolution d’un corps dans un liquide auquel on le mélange.
  3. (Figuré) Alliance ; mélange.
    • De même que les duchés de France, jadis indépendants, durent se fusionner en une nation, de même à présent les nations auraient dû s’adapter à une fusion plus vaste, […]. — (H.G. Wells, La Guerre dans les Airs, 1908, traduit par Henry-D. Davray & B. Kozakiewicz, page 120, Mercure de France, 1921)
    • - CERALIMENT.LU.BRUN à Augy fabrique des biscottes, du pain grillé, des biscuits et réalise de la panification fraîche. C’est une filiale de la GÉNÉRALE BISCUIT, l’un un des premiers groupes européens né de la fusion successive de plusieurs entreprises concurrentes. — (Raphaël Brun, Économie industrielle de l'Yonne, Institut d'économie régionale Bourgogne-Franche-Comté, 1981, p. 67)
    • Par arrêté préfectoral du 20 juin 1978, la fusion-association intervenue entre les anciennes communes de Boissy-sur-Damville, de Créton et de Morainville-sur-Damville pour donner naissance à la commune de Buis-sur-Damville a été transformée en fusion simple. — (Recensement général de la population de 1982 : population de la France : régions, départements, arrondissements, cantons, communes, Institut national de la statistique et des études économiques (France), 1983, p. 15 de Eure)
    • Les communes bruxelloises sont fières comme Artaban de ne pas avoir fusionné. Une fusion, ce serait une atteinte autoritaire à la démocratie communale, qui existe depuis des siècles dans nos contrées. — (Geert Van Istendael, Le labyrinthe belge, Le Castor Astral, 2004, p.149)
  4. (Nucléaire) Fusion nucléaire.
    • Aujourd’hui, la spectroscopie du plasma solaire coronal est étroitement tributaire de celles des plasmas de fusion, et réciproquement. — (Evry Schatzman et Françoise Praderie, Les Étoiles, CNRS Éditions, Savoirs actuels, 1990, page 71)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FUSION. n. f.
Liquéfaction d'un corps par l'action de la chaleur. La fusion des métaux. Le métal entre en fusion. Mettre de l'or en fusion. Il signifie aussi Dissolution d'un corps dans un liquide auquel on le mélange. Il se dit figurément pour Alliance, mélange. La fusion de deux systèmes. La fusion de deux partis. La fusion de deux races. Opérer la fusion.

Littré (1872-1877)

FUSION (fu-zion ; en vers, de trois syllabes) s. f.
  • 1Passage d'un corps solide à l'état liquide, par l'aide du calorique. Le métal entre en fusion. Lorsque l'on jette la mine d'étain au fourneau de fusion, il faut tâcher de la faire fondre le plus vite qu'il est possible pour empêcher la calcination du métal, Buffon, Min. t. V, p. 172, dans POUGENS. La fusion des neiges des Alpes occidentales opérée instantanément au moment des soulèvements de la chaîne principale, Fournet, Acad. des sc. Comptes rendus, t. LV, p. 865.

    Feu de fusion, feu de réverbère.

    Terme de chimie. Fusion aqueuse, celle qu'éprouvent les sels hydratés qui fondent dans leur eau de cristallisation (nitre, alun) ; fusion ignée, celle qui consiste dans la fusion de la matière même du sel, comme le nitre après la fusion aqueuse.

  • 2 Fig. Mélange intime, réunion, conciliation. La fusion de deux systèmes, de deux partis.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

Fusion, s. f. (Chim.) c’est le changement qui arrive dans un corps solide, en conséquence de l’action du feu qui le rend fluide.

Dans cette opération, le feu diminue tellement la cohésion des parties intégrantes de ce même corps, qu’il les meut & les fait rouler les unes sur les autres à la façon des liquides.

On doit faire cette différence entre fonte & fusion, que fonte s’entend seulement de l’état d’un corps qui a perdu la cohésion de ses molécules aggrégatives, en conséquence de l’action du feu ; au lieu que fusion s’entend de l’action qui produit ce changement, de ce changement, de ses causes, & des phénomenes qui l’accompagnent. La fusion est un phénomene difficile à expliquer ; mais il n’est personne qui ne distingue la fonte d’un corps de son état de solidité. La fonte d’un métal qui doit passer à-travers un vaisseau, doit être bien liquide. Voyez Coupelle & Affinage.

Quoique la plûpart des auteurs employent le mot de liquéfaction ou de liquification dans le même sens que fusion, il faut pourtant ne l’appliquer qu’aux sels qui prennent de la fluidité sur le feu, par la grande quantité de leur eau de crystallisation, comme il arrive aux vitriols, au borax, &c. On peut encore les dire des métaux qui sont soûmis à la liquation.

Quand la fusion n’est que partielle, c’est-à-dire qu’elle n’a lieu qu’à l’égard des parties similaires d’une mine ou d’un alliage métallique, elle prend le nom de liquation. Voyez cet article.

On donne le nom de précipitation par la voie seche ou par la fonte, à cette espece de fusion où il arrive que la matiere fondue forme deux couches distinctes ; l’une pesante qui occupe le fond du vaisseau, & c’est le régule ; l’autre legere & qui surnage la premiere, qu’on appelle les scories.

On appelle vitrification, l’espece de fusion qui change tellement un corps, ou en combine plusieurs ensemble, de façon qu’il en résulte une matiere diaphane qui reste constamment dans le même état, quoique exposée de nouveau au feu de fonte.

Il ne faut pourtant pas croire qu’on n’employe pas aussi le mot de fonte dans bien des cas pour l’action du feu qui desunit les parties aggrégatives d’un corps : on dit aussi la fonte de la cire, de la graisse, &c. ensorte que le mot de fusion est plus particulierement employé pour les métaux.

Cette opération est une des plus fréquentes de la partie métallurgique de la Chimie.

Elle s’étend sur tous les corps fixes de la nature, avec toutefois cette restriction, qu’il y en a qui sont très-aisés, d’autres très difficiles à fondre, & d’autres qui ne prennent l’état de fonte qu’à l’aide d’un ou de plusieurs autres corps fixes aussi. Ces corps prennent le nom de fondans ou de menstrues secs. Voyez la section des fondans à l’article Flux, qu’il faut joindre avec celui-ci. On peut encore cependant comparer leur action à celle des menstrues humides. Ceux-ci n’ont besoin que d’une très-médiocre chaleur pour être dans l’état de fluidité, & joüir conséquemment de l’exercice de leurs propriétés. Les fondans en exigent une plus forte, les uns plus, les autres moins. Il est vrai qu’il s’en trouve qui demandent le même degré de feu que le corps à fondre, comme nous l’avons dit du mélange de deux corps infusibles par eux-mêmes ; mais ceux ci se trouvent dans l’extrème, qui fait exception non-seulement avec les menstrues humides qui dissolvent & ne sont point dissous, quoique leurs parties soient divisées par la même raison qu’elles divisent, mais encore avec les fondans mêmes, qui doivent être plus fusibles que le corps qu’on veut fondre par leur intermede.

Les corps volatils en sont aussi susceptibles, mais quelques-uns seulement, & ils se dissipent sitôt qu’ils ont éprouvé cet état.

Il y a des métaux qui se calcinent au degré du feu qui les met en fonte.

Quelle que soit l’intention de l’artiste, il faut toûjours que le corps auquel il fait subir la fusion, devienne le plus fluide qu’il est possible : mais si cette condition est nécessaire à l’égard d’un corps simple, à plus forte raison l’est-elle quand c’en est un composé, comme quand il s’agit de faire un alliage ou une nouvelle matiere. Ceux dont le génie est assez pénétrant & l’imagination assez forte pour atteindre aux points physiques du tems, concevront aisément que dans l’espace d’un quart-d’heure chaque molécule intégrante ou principe d’un corps tenu en fonte bien liquide, subit un nombre infini de mouvemens qui méritent considération. Il est souvent indispensable de soûtenir long-tems cette fluidité, pour desunir d’abord les differens principes métalliques, & pour les combiner ensuite entr’eux. C’est pour lors que se font, ainsi qu’au milieu du fluide aqueux, qui est le véhicule des corps fermentatifs, ces nombres prodigieux de courses rapides de la part des molécules solitaires ou réunies, de chocs, de frottemens, qui produisent enfin ce nouvel arrangement de parties qui existe dans chaque molécule intégrante du nouveau résultat. La desunion préalable qui se fait des principes du corps primitif, arrive en conséquence de leur mouvement, tant spontané que forcé. C’est à ces différens phénomenes que nous avons donné le nom d’attraction à l’article Flux. Il est à souhaiter qu’il naisse un nouveau Newton qui en pénetre la nature, & en développe le méchanisme. Si la raison inverse du quarré des distances a lieu dans la circonstance présente, l’application en paroît difficile à démontrer.

C’est pour les raisons mentionnées, que les expériences qu’on n’obtient qu’à la faveur de la fusion, sont sujettes à tant de variétés. Si l’on ne connoît ni le pouvoir de la fonte liquide, ni les avantages de la forme des vaisseaux, ni la mesure du tems qu’exige une expérience, & si l’on ne sait bien entremêler & combiner ces différentes conditions, on manque d’ordinaire tout succès. On peut citer pour exemple la mine perpétuelle de Beccher, toutes les autres vitrifications graduées, les fusions & réductions répétées, par lesquelles Isaac le hollandois retiroit toûjours quelque peu de métal précieux, & le départ par la voie seche, ou séparation de l’or d’avec l’argent. C’est dans ces sortes de cas particulierement que bon nombre d’artistes n’ont que trop éprouvé que quand ils manquoient aux conditions nécessaires, ils n’obtenoient rien de ce qu’ils pouvoient & devoient obtenir. Ce n’est pas que la réussite manque absolument parce qu’on n’a pas choisi les vaisseaux de la forme la plus avantageuse, mais ce défaut est au-moins capable de porter des imperfections dans l’expérience.

Mais il faut encore être bien convaincu que la quantité des matieres apporte une différence dans l’opération, & c’est un article de conséquence qui mérite l’examen le plus réflechi. Les opérations en petit donnent des phénomenes qu’on n’a point dans les travaux en grand. Il est vrai que souvent on ne fait pas attention à la différence essentielle qu’il y a entre une fusion faite dans les vaisseaux fermés, & celle où le métal a le contact immédiat des charbons qui leur fournissent la matiere corporelle du feu. Mais il n’en est pas moins positif que la différence infinie qui se trouve entre les produits de deux opérations, l’une en petit & l’autre en grand dans les vaisseaux fermés, résulte de la réciprocité, de la mesure du tems, de la fluidité du bain, de la grandeur du vaisseau, & de la masse du corps qui y est contenu.

Il est encore évident, par ce que nous avons dit, que la fusion veut être faite dans les vaisseaux fermés, quand on lui soûmet les métaux imparfaits & les demi métaux. Sans cette précaution le mouvement qui leur est imprimé, leur enleve tout-au-moins le principe du feu ; Voyez Calcination. C’est ce mouvement qui constitue la fluidité ; & c’est ici que l’art l’emporte sur la nature. Ce n’est pas qu’elle n’ait bien la puissance de produire une fusion ou quelque chose d’approchant, & même une réduction, c’est-à-dire d’unir le principe matériel du feu à la terre, qui constitue un métal avec lui. C’est une vérité que personne, je crois, ne révoquera en doute ; mais d’imprimer à une grande masse métallique le mouvement le plus rapide, & dans un très-petit espace de tems, c’est ce qu’elle n’a jamais fait ; sans compter que l’art sait aussi combiner la matiere du feu dans moins de tems encore. Voyez Réduction & Principe.

Nous avons dit à l’article Flux, que ce mouvement étoit excité par les particules ignées qui pénétroient la masse du corps qu’elles embrasoient & sondoient ; mais Stahl dit précisément tout le contraire. Après avoir accordé que quoiqu’on ne pût pas donner des phénomenes du tonnerre une explication qui satisfît à tout, il n’en étoit pas moins vrai qu’ils étoient l’effet d’un mouvement dont on n’a point coûtume de constater la vérité par ses propres réflexions, bien loin d’en pénétrer la nature, & dans lequel on ne savoit point assez démêler ce qui étoit en quelque façon à la portée de l’entendement humain, il continue ainsi : Unde tanto magis commendari meretur, pensitatio atque contemplatio, quid motus, motus inquam, quatenus talis, & possit & soleat, non solum in diversas, certas atque speciales materias, quam etiam vel quaslibet, si in illas impellatur.

Cujus rei duo ante oculos habemus exempla, veluti quotidiana, ignitionem, imo colligationem, lapidum, vitrorum, metallorum, quibus particulas igneas corporales irrepere, & in illis actum ignitionis perpetrare, vulgus interpretatur : cum nihil sit, nisi motus nudus illis materiis per minima incussus. Id quod vel à notissimis illis allegatis exemplis elucet, quomodo solo citatissimo motu, metalla talia graviter incalescant, imo incandescant, & ligna tornabili motu in flammam concitentur, &c. secundum est, &c. experim. § 189. Il s’ensuit qu’on ne sauroit trop recommander à ceux qui étudient la nature, de refléchir profondément sur le mouvement, afin de savoir ce que ce même mouvement considéré comme tel, peut produire & produit en effet sur les différentes especes de substances en général, & sur chacune de celles en particulier auxquelles il est appliqué.

Nous en citerons deux exemples qui nous sont très-familiers. Le premier est l’ignition & la fusion des pierres, des verres, & des métaux. On pense communément que ce sont les molécules ignées qui s’insinuant corporellement à-travers les parties de ces sortes de corps, produisent ce phénomene : mais il est aisé de voir qu’il ne vient que d’un mouvement purement & simplement imprimé à leurs plus petites molécules. Ce qu’on avance est prouvé par les expériences connues que nous avons citées, où l’on voit qu’un mouvement rapide suffit pour échauffer & rougir les métaux dont il y est question, & embraser le bois sur le tout, &c. le second, &c.

Voilà qui est clairement énoncé. Ce n’est plus le feu élémentaire (nous n’entendons par cette distinction que le feu qui n’est point combiné aux corps) jouant dans les pores des corps, qui entrant en agitation par la vibration de leurs parties frottées, leur communique son mouvement, ou bien à la matiere du feu qui leur est combinée, pour les échauffer & les embraser ; ce n’est plus ce même feu élémentaire qui met un corps solide au ton de chaleur de l’atmosphere, à-peu-près en le traversant avec la quantité du mouvement qu’il a reçu du soleil, &c. ce n’est plus le phlogistique du charbon, qui devenant feu élémentaire par son dégagement, pénetre la masse des corps. C’est le mouvement seul appliqué à la surface d’un corps, & se communiquant de proche en proche à toutes ses parties. Mais il seroit à souhaiter que Stahl eût un peu plus étendu son assertion, & nous eût prouvé que le feu élémentaire & la matiere de la lumiere ne pénetrent point les corps, ce qui répugne, & est démontré faux par les phénomenes de l’électricité ; ou que celui qui y est contenu n’entre pour rien dans leur échauffement ; ce qui ne paroît pas croyable par la même raison. Il auroit encore dû prouver que la mixtion du phlogistique n’est point rompue par ce mouvement, & qu’il ne concourt en rien à l’embrasement des corps frottés ; ce qui est aussi dénué de vraissemblance ; & que ce même phlogistique ne pénetre point l’aggrégation d’un corps ; ce qui est démenti par l’expérience qui convertit en acier une barre de fer, qui ne prend ce nouvel état que par une surabondance de ce principe, & par Stahl lui-même. En attendant que ces difficultés soient levées, il n’en restera pas moins pour constant que la fusion est ce changement qui arrive à un solide : en conséquence de l’action du feu qui pénetre son aggrégation, la rompt, & imprime son mouvement à ses molécules intégrantes qu’il fait rouler les unes sur les autres. Voyez les ouvrages de Stahl.

Fusion, (Chimie.) se dit de l’espece de détonation particuliere au nitre. Voyez Fuser & Nitre.

Fusion, (Chimie & Métallurgie.) c’est une opération par laquelle des corps solides & durs, tels que les métaux, les pierres, les sels, &c. sont mis dans un état de fluidité par le moyen du feu qu’on leur applique médiatement ou immédiatement.

Il y a des corps qui ont la propriété d’entrer en fusion par la seule application du feu ; les métaux, les demi-métaux, le verre, les seuls alkalis fixes, la plupart des sels neutres, les soufres, les résines, & quelques pierres, sont dans ce cas : d’autres corps n’ont point la même propriété ; & il faut leur joindre d’autres substances pour les faire entrer en fusion. Voyez l’article Fondant.

Les métaux & demi-métaux exigent différens degrés de feu pour être mis en fusion, & présentent des phénomenes tout différens.

Le plomb & l’étain entrent très-promptement en fusion, & même avant d’avoir rougi ; l’or & l’argent y entrent en même tems qu’ils rougissent ; le cuivre & le fer veulent avoir été rougis pendant long-tems & vivement, sur-tout le dernier, avant que de se fondre.

Si l’on a fait fondre ou de l’or, ou de l’argent, ou du cuivre, ou du plomb, ou de l’étain, ou du zinc ; & lorsque l’une de ces substances métalliques sera fondue, qu’on y jette un morceau de métal de la même espece, il tombera au fond ; ou bien il restera au fond, si on verse du même métal fondu par-dessus. Ces mêmes métaux mis en fusion, occupent un plus grand espace que lorsqu’ils sont refroidis : d’où l’on voit que la fusion augmente leur volume & diminue leur pesanteur spécifique. Il n’en est pas de même du fer, du bismuth, de l’antimoine, & du soufre ; si on fait fondre une de ces substances en y jettant un morceau froid de la même substance, il surnagera à la matiere fondue ; ce qui prouve que ces dernieres substances acquierent par la fusion une pesanteur spécifique plus grande qu’elles n’avoient étant solides.

La fusion opere encore des phénomenes très-singuliers sur les métaux que l’on allie les uns avec les autres : il y en a qui par son moyen deviennent d’un plus grand volume qu’ils n’étoient avant que d’avoir été fondus ensemble, tandis que d’autres deviennent d’un volume moins considérable. Outre cela, il y a des métaux qui s’unissent parfaitement par la fusion ; tels sont l’or & l’argent, l’or & le cuivre, &c. D’autres métaux, au contraire, ne peuvent aucunement s’unir ; le zinc & le bismuth, l’argent & le fer, le cuivre & le fer, le plomb & le fer, sont dans ce dernier cas.

Le but qu’on se propose dans la fusion, est fondé sur la pesanteur spécifique des métaux, qui fait qu’ils ont la propriété de tomber au fond du vaisseau dans lequel on les traite, lorsque la matiere qui les environne a été mise en fusion ou dans l’état d’un verre fluide, à l’aide des fondans. Voyez l’article Fondant. Dans cette opération, les particules métalliques éparses & répandues quelquefois dans un volume considérable de matieres pierreuses, terreuses, étrangeres, se rapprochent & se réunissent ensemble. On voit par-là que la fusion du minerai est nécessaire pour que la partie métallique se dégage de celle qui ne l’est pas ; & par conséquent, on doit la regarder comme la principale opération de la métallurgie. Voyez Fondant, Métal, Métallurgie, Docismastique, &c. (—)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « fusion »

Du latin fusio, qui vient du verbe fundere (« fondre »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Prov. fusio ; esp. fusion ; ital. fusione ; du lat. fusionem, de fusum, supin de fundere, fondre.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « fusion »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fusion fyzjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « fusion »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fusion »

  • L'effet de théâtre est de deux sortes : fusion des acteurs et fusion des spectateurs. La mise en scène peut opérer les deux. De Karl Kraus
  • La prière n'est qu'un moyen de parvenir à la plus haute connaissance, à la fusion divine. De Yvon Rivard / Les silences du corbeau
  • Le paradis, c'est la fusion de deux âmes dans un baiser d'amour. De George Sand / Leone Leoni
  • Pourquoi les petites femmes deploient souvent tant d'énergie. Plus la taille diminue, plus cela tourne à la boule en fusion... De Benoît Duteurtre / Le voyage en France
  • Les sentiments sont des métaux. Il importe d'en connaître la densité. Il importe également d'en connaître la température de fusion. De Francis Dannemark / Sans nouvelles du paradis
  • Nous sommes six milliards de bipèdes à tenir miraculeusement debout sur de fragiles petits pieds, en équilibre sur une boule de magma en fusion. Un véritable numéro de cirque ! De Professeur Choron / Tout s’éclaire !
  • L'amour, c'est la fusion, l'identification de deux êtres qui s'admirent et s'adorent l'un l'autre. De George Sand / Le Diable aux champs
  • Le mariage n'est-il pas avant tout "une longue conversation" ? Le meilleur ami, ou la meilleure amie, c'est l'amour sans souffrance, sans manque, c'est la complicité sexuelle sans la douloureuse fusion. De Jacques de Saint-Victor / Couple interdit
  • La ville d’Antibes et la ville de Biot vont fusionner. Leurs habitants s’appelleront désormais les Antibiotiques. De Francis Blanche
  • En cours de réalisation dans le sud de la France, le programme international vise à démontrer la faisabilité scientifique et technologique de l’énergie de fusion d’atomes d’hydrogène. La première pièce de la machine a été installée. Le Monde.fr, Au cœur du chantier ITER, qui va tenter de maîtriser la fusion nucléaire à l’œuvre dans les étoiles
  • La firme fondée par Mark Zuckerberg l’a déjà annoncé : elle travaille sur la fusion de ses différentes messageries. Les prémices de ses travaux semblent se dévoiler dans la dernière version de Messenger, qui comprend quelques allusions à l’interopérabilité entre la messagerie de Facebook et WhatsApp. Journal du Geek, Facebook : la fusion entre Messenger et WhatsApp imminente ?
  • L'enquête ouverte à la mi-juin par la Commission européenne sur le projet de fusion entre le constructeur automobile Fiat Chrysler et son homologue français PSA devait au départ s'étaler jusqu'au 22 octobre. "La Commission a prolongé le délai en accord avec les parties", a déclaré le 7 juillet une porte-parole de la commissaire à la Concurrence. usinenouvelle.com/, PSA et Fiat Chrysler seront-ils contraints par l'Europe à des concessions avant leur fusion ? - L'Usine Auto

Images d'illustration du mot « fusion »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « fusion »

Langue Traduction
Anglais fusion
Espagnol fusión
Italien fusione
Allemand verschmelzung
Chinois 融合
Arabe انصهار
Portugais fusão
Russe слияние
Japonais 融合
Basque fusio
Corse fusione
Source : Google Translate API

Synonymes de « fusion »

Source : synonymes de fusion sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fusion »

Fusion

Retour au sommaire ➦

Partager