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Front

Sommaire

  • Définitions du mot front
  • Étymologie de « front »
  • Phonétique de « front »
  • Évolution historique de l’usage du mot « front »
  • Citations contenant le mot « front »
  • Images d'illustration du mot « front »
  • Traductions du mot « front »
  • Synonymes de « front »
  • Antonymes de « front »

Définitions du mot front

Trésor de la Langue Française informatisé

FRONT, subst. masc.

A.− ANAT. HUMAINE ou ANIMALE
1. Partie du visage comprise de bas en haut entre les sourcils et la racine des cheveux et s'étendant latéralement d'une tempe à l'autre. Gagner son pain à la sueur de son front, se frapper* le front. La sueur me couvrait le front (Jouve, Scène capit.,1935, p. 206):
1. ... elle sauta sur les genoux de son amie, et lui tendit chastement son front à baiser comme elle aurait pu faire si elle avait été sa fille, sentant avec délices qu'elles allaient ainsi toutes deux au bout de la cruauté en ravissant à M. Vinteuil, jusque dans le tombeau, sa paternité. Proust, Swann,1913, p. 163.
Loc. Faire front (à). Affronter. Comprenant qu'elle n'échapperait plus, elle [Noa] se blottit dans l'angle du mur, prête à faire front (Aymé, Rue sans nom,1930, p. 145).
P. anal. Partie antérieure et supérieure de la tête de certains animaux :
2. Bonaparte et tous les aventuriers ont posé le pied sur les événements qui les menaçaient, comme le toréador sur le front du taureau. Vigny, Journal poète,1835, p. 1022.
En partic.
Cette partie du visage comme reflétant les sentiments et les pensées d'une personne. L'amour n'est pas longtemps armé d'un front sévère (Legouvé, Mort Henri IV,1806, I, 2, p. 347):
3. ... et là, parmi des tentes à peine distinctes dans le petit jour et d'où nul bruit ne venait, deux hommes dont le front était soucieux s'entretenaient. Lacretelle, Silbermann,1922, p. 30.
Cette partie du visage comme siège de la volonté, de la dignité. Baisser, courber le front; lever, relever le front; le front haut. V. courber I B En partic.
P. méton. [Désignant la personne] On désespéra de trouver parmi les François un front qui osât porter la couronne de Louis XVI (Chateaubr., Mél. pol.,1816-24, p. 4).
Rem. P. métaph., le front peut être l'attribut d'un inanimé. De l'aube au front d'argent jusqu'au soir aux yeux d'or (Samain, Chariot, 1900, p. 28).
2. Au fig. Audace, effronterie :
4. Si vous aviez pu nous entendre hier, à cette place! voir l'audace de cette fille, le front avec lequel elle m'a tout nié, vous trembleriez pour votre avenir, cet avenir qui m'appartient, et pour lequel j'ai tout vendu corps et âme. Balzac, Marâtre,1848, III, 2, p. 75.
Loc. Avoir le front de + inf. Avoir l'audace ou l'effronterie de. Et nous avons le front de demander à nos artistes de la beauté grecque! Du despotisme, et la loi d'Israël à cette canaille (Stendhal, Hist. peint. Ital., t. 2, 1817, p. 245).Comment! avec ce que vous savez, vous avez eu le front de concourir? (Goncourt, Man. Salomon,1867, p. 64).
B.− [Front implique la situation élevée ou avancée d'une chose]
1. Partie supérieure, sommet. Les palmiers seuls avaient été respectés : ils penchaient leurs fronts altérés dans une attitude morne (Sand, Spiridion,1839, p. 396):
5. ... à environ un quart d'heure sur la gauche, dans une espèce de vallon semi-circulaire, formé par les dernières croupes du Liban, nous voyons une large tache noire sur la neige : ce sont les groupes fameux des cèdres; ils couronnent comme un diadème, le front de la montagne... Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 275.
2.
a) Synon. de façade.Le front d'un monument, d'un édifice. Le front atlantique de la France (Rob.):
6. ... Eschyle et Phidias ne portèrent-ils pas une assez grande liberté dans les scènes religieuses qu'ils exposaient aux regards des peuples, soit au théâtre, soit au front des temples? Cousin, Vrai,1836, p. 187.
Front de mer*.
b) Le devant de. Le front d'une manifestation :
7. Et ce qui me frappa, dans ma sainte terreur, Quand au front du cortège apparut l'empereur, (...) Ce fut de voir, parmi ces fanfares de gloire, Dans le bruit qu'il faisait, cet homme souverain Passer muet et grave ainsi qu'un dieu d'airain. Hugo, Feuilles automne,1831, p. 774.
3. MÉTÉOR. Ligne de démarcation entre deux masses d'air convergentes de températures et de pressions différentes. Front chaud, froid, intertropical, équatorial, actif. Dans une région comprenant l'Islande et le nord de la Scandinavie, est à considérer un autre front, appelé front arctique, à la limite d'air arctique et d'air polaire maritime qui s'est réchauffé au-dessus de l'Atlantique et revient en courants de S.-W. (Maurain, Météor.,1950, p. 85).
4. MINES. Partie d'un gisement en cours d'exploitation. Front de taille, d'avancement, d'abattage, d'attaque. Cf. Haton de La Goupillière, Exploitation mines, 1905, p. 148.
5. POL. Coalition de partis politiques en vue d'une action commune. Front antifasciste, front commun; front de classe, de libération, de luttes.
En partic. HIST. Front populaire. Coalition des partis de gauche au pouvoir en France, en 1936 :
8. ... s'ils [les communistes] faisaient la philosophie de leur comportement, ils reprendraient la dialectique de Léon Blum, au temps du Front populaire : leur mandat n'est pas de faire une révolution mais de construire le secteur nationalisé dans une certaine harmonie des relations sociales et politiques. Chenot, Entr. national.,1956, p. 21.
6. TECHN. MILIT. Formation militaire en ordre de bataille face à l'ennemi. Front de bataille, de bandière. Le commandant rangea ses soldats en deux parties égales qui présentaient chacune un front de dix hommes (Balzac, Chouans,1829, p. 38).
P. ext. Le théâtre des opérations (p. oppos. à l'arrière). Partir pour le front. La ligne de démarcation que je fixais entre les armées allemandes et les alliés sur le front occidental était constituée par le Rhin (Joffre, Mém.,t. 2, 1931, p. 370):
9. L'armée allemande, lancée presque entière à l'attaque, depuis juin dernier, d'un bout à l'autre de ce front gigantesque, pourvue d'un matériel énorme, rompue au combat et au succès, renforcée d'auxiliaires enchaînés au destin du Reich par l'ambition ou par la terreur, recule maintenant, décimée par les armes russes, rongée par le froid, la faim, la maladie. De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 546.
C.− De front, loc. adv.
1. De face, en face, en avant. Philippe et son père portaient les paquets les plus lourds, marchant, l'un à reculons, l'autre de front (Roy, Bonheur occas.,1945, p. 340).
Au fig. Sans détour, de façon directe et franche. Il ne faut pas heurter de front le trust du théâtre (Brasillach, Corneille,1938, p. 86).
2. Côte à côte sur une même ligne. On nous conduisit, par des ruelles si resserrées que deux ânes chargés n'y eussent point passé de front (Gautier, Tra los montes,1843, p. 140).
Au fig. En même temps. Mener de front (deux entreprises) Mais c'est une terrible œuvre que celle où il faut faire marcher de front l'intérêt dramatique, les caractères, les passions et le style. (Chateaubr., Corresp.,t. 2, 1789-1824, p. 358).
REM.
Frontisme, subst. masc.Doctrine du Parti du Front constitué en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La vive personnalité du député Gaston Bergery anime la Flèche, organe du frontisme (Civilis. écr.,1939, p. 36-12).
Prononc. et Orth. : [fʀ ɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 1217 : entre les dous oilz mult out large le front); 1176-81 front a front (Chr. de Troyes, Charrette, 3069 ds T.-L. : li cheval S'antrevienent tot front a front); b) 1121-34 « visage » fig. a front « en plein visage, ouvertement » (Ph. De Thaon, Bestiaire, 1989, ibid.); 2emoitié xives. siège de l'orgueil, de l'arrogance (E. Deschamps, Œuvres, éd. Queux de saint-Hilaire et G. Raynaud, t. 5, p. 96, 13); 1559 « mine, attitude, contenance » (Amyot, Agis et Cléom., 19 ds Littré); 2. ca 1165 « ligne extrême, face d'une armée, d'une expédition militaire » (B. de Sainte-Maure, Troie, 7075 ds T.-L.); 1176-71 de front (Chr. de Troyes, Ch. au Lion, 1103, ibid. : i antrerent tuit de front); ca 1225 « partie antérieure, extrêmité de qqc. [proue d'un navire] » (Florence de Rome, 559, ibid.). Du lat. class. frons -tis « front (de l'homme, des animaux); siège des sentiments (pudeur, impudence); visage, contenance; partie antérieure d'un objet, spéc. front d'une armée ». Fréq. abs. littér. : 13 731. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 19 081, b) 22 624; xxes. : a) 16 977, b) 19 782. Bbg. Carofiglion (V.), Boschetti (A.). Pour une analyse de lang. pol... Milano, 1973. − Gohin 1903, p. 336. − Herb., 1961, p. 58. − Quem. DDL t. 8.

Wiktionnaire

Nom commun

front \fʁɔ̃\ masculin

  1. (Anatomie) Partie du visage qui est comprise entre la racine des cheveux et les sourcils.
    • J’aperçois, dans le décor que la pénombre commence à envahir, le modelé de mon front, l’ovale de mon visage et, sous ma paupière clignante, mon regard par lequel j’entre en moi comme dans un tombeau. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • De la petite chambre où j’étais enfermé avec ma bonne, le front contre la vitre, à travers les persiennes fermées, je regardais des pauvresses […] — (Octave Mirbeau, Contes cruels : Mon oncle)
    • Ses petits cheveux filasse, frisottants, hérissés autour du front, lui donnaient un aspect farouche de méduse domestique tel qu’il fit reculer Théodule et Julot, venant, à la fin de la veillée, prendre des nouvelles de leur ami Le Mousse. — (Louis Pergaud, Le Retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Ses cheveux, étalés en frange sur le front, s’y déroulaient avec une élégance foraine du meilleur aloi. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Je jette les feuilles dans un tiroir et, le front dans les mains, je me prends à rêvasser. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 205)
    • Il releva ses lunettes d’acier sur son front totalement chauve et ses yeux papillotèrent […] — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (Par extension) Tout le visage.
    • Etre jeune et Noir suffit à faire de nous des suspects, qu’on soit en survêt ou bien habillés. T’as l’impression que c’est collé sur ton front. A force, ça rend fou. — (Camille Bordenet, Le difficile dialogue sur les contrôles policiers : « J’ai vite capté qu’il fallait que j’aie le moins de contact possible avec le bleu-blanc-rouge », Le Monde. Mis en ligne le 26 juin 2020)
    • Un front serein. - Un front sévère. - On lit sur son front ce qu’il pense.
    • Un front bas, un front haut : Implantation de cheveux basse ou haute.
  3. Devant de la tête de quelques animaux.
    • Le front d’un cheval, d’un bœuf, d’un éléphant, etc. - Un cheval qui a une étoile au milieu du front.
  4. (Poétique) (Soutenu) La tête ; pour exprimer l’humiliation, l’abaissement, la servitude, ou la fierté, la révolte, etc.
    • Courber son front. - Humilier son front. - Lever, relever le front.
  5. (Figuré) Trop grande hardiesse, impudence.
    • Aura-t-il le front de soutenir ce qu’il dit ? - C’est avoir bien du front. - De quel front ose-t-il se présenter devant vous ?
    • Quoi ! Vous avez le front de trouver cela beau ! — (Molière, Le Misanthrope)
  6. (Vieilli) Façon de se présenter.
    • De quel front soutenir ce fâcheux entretien ? — (Jean Racine, Britannicus)
  7. (Poétique) Cime, sommet.
    • Ces rochers qui cachent leur front dans les nues.
  8. (Figuré) (Architecture) Face d’une construction.
    • Le front d’un bâtiment. - Le front d’un palais. - Le front d’une fortification.
  9. (Figuré) (Militaire) Ligne des troupes qui sont devant l’ennemi.
    • Fallait être complètement fou, mais quoi, j’étais jeune ! La bêtise de jeunesse, comme on dit. Je me suis dit : « ces ordures-là, je les mène pas en Suisse », et j’obliquais aussi sec sur Provins. Je retournais au front ! Crédié ! Avec mes malades de la poitrine ! Je voulais leur faire goûter l’air de là-bas, à l’air gorgé de poudre ! Ça les amuserait sûrement pas autant que l’air des montagnes suisses mais j’étais trop furieux ! — (Pierre Siniac, L’Unijambiste de la cote 284)
    • Cela par esprit de repartie, pour la raison qu'à la mi-février les Allemands, profitant d'une relève sans doute nonchalante, avaient lancé une attaque surprise qui leur avait permis d'avancer sur un front d'un kilomètre et demi au sud de Ripont. Il s'agissait de regagner coûte que coûte le terrain perdu... — (Claude Duneton, Le Monument : roman vrai, Paris : Balland, 2003, nouvelle éd. augmentée, Presses de la Cité, 2014, chap. 25)
    • Loin des réalités du front, les civils se laissaient plus facilement bourrer le crâne, selon l'expression familière aux combattants. À moins qu'ils n'aient adopté, par conformisme, le langage imposé par la société. — (Rémy Cazals, Les mots de 14-18, Presses universitaires du Mirail, 2003, page 21)
  10. (Par analogie) Union de partis ou d’individus s’accordant sur un programme commun.
    • Faire front commun. Le front de libération nationale.
  11. (Météorologie) Ligne de démarcation entre des masses d’air de nature différente.
    • Front chaud, front froid.
  12. (Carrières) Façade de l'épaisseur d'une partie d'un gisement exploité en un passage
    • Depuis le milieu de l'année 1984 et pour des raisons de productivité, l’abattage des terrains de découverture de la mine à ciel ouvert de Bellezane est réalisé avec des fronts de 15 m de haut. — (Les techniques, vol. 70, n° 1 à 3, Société de l'industrie minérale, 1988, p. 111)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FRONT. n. m.
Partie du visage qui est comprise entre la racine des cheveux et les sourcils. Large front. Front élevé. Front bas. Avoir des rides au front, sur le front. Se faire une bosse au front. Être marqué sur le front, au front. Dérider son front. Il se dit, par extension, pour Tout le visage. Un front serein. Un front sévère. On lit sur son front ce qu'il pense. La rougeur qui couvrait leur front. Il se dit aussi du Devant de la tête de quelques animaux. Le front d'un cheval, d'un bœuf, d'un éléphant, etc. Un cheval qui a une étoile au milieu du front. Il désigne aussi la Tête, surtout en poésie et dans le style élevé. Courber son front. Humilier son front. Lever, relever le front. Il ne s'emploie guère que dans ces sortes de phrases, pour exprimer l'humiliation, l'abaissement, la servitude, ou la fierté, la révolte, etc. Il marche le front levé, il peut marcher le front levé, Il n'a pas à craindre de reproches. Il signifie au figuré Trop grande hardiesse, impudence. Aura-t-il le front de soutenir ce qu'il dit? C'est avoir bien du front. De quel front ose-t-il se présenter devant vous? Fig., Un front d'airain. Voyez AIRAIN.

FRONT se dit poétiquement pour Cime, sommet. Ces rochers qui cachent leur front dans les nues. Il signifie encore figurément, en termes d'Architecture, Face d'une construction. Le front d'un bâtiment. Le front d'un palais. Le front d'une fortification.

FRONT désigne encore figurément, en termes militaires, spécialement en termes de Guerre, la Ligne des troupes qui sont devant l'ennemi. Le front d'une armée. Le front ennemi s'étend de tel point à tel autre. Les troupes du front, Les troupes de première ligne. Le front a avancé, a reculé sur tels ou tels points. Le front s'est immobilisé. Aller au front; Être sur le front, au front; Percer, rompre, désorganiser le front, Aller, être sur le théâtre des opérations et y prendre part. Passer sur le front d'une troupe, Passer devant le front d'une troupe rangée en bataille. Faire front se dit d'une Troupe qui était par le flanc et dont les hommes se tournent de manière à présenter le front. Par ellipse, en termes de Commandement, Halte, front. Front de bandière. Voyez BANDIÈRE.

DE FRONT, loc. adv. Par-devant. Attaquer l'ennemi de front. Fig., Heurter de front les préjugés, Les attaquer sans ménagement.

DE FRONT signifie aussi Côte à côte. Un défilé où il ne peut passer que deux hommes de front. Cette rue est assez large pour que deux voitures y puissent passer de front. Ils marchaient tous trois de front. Fig., Faire marcher, mener deux affaires, deux intrigues de front, S'occuper de deux affaires, de deux intrigues en même temps.

Littré (1872-1877)

FRONT (fron ; le t se lie : un fron-t élevé ; au pluriel, l's se lie : des fron-z élevés) s. m.
  • 1Partie de la face qui s'étend de l'origine des cheveux aux sourcils et d'une tempe à l'autre. Un front large. Un front élevé. Il a le front bas. Aux lauriers immortels qui lui ceignent le front, Corneille, Hor. V, 3. Elle vient, et son front, siége de la candeur, Annonce en rougissant les vertus de son cœur, Voltaire, Fanat. I, 1. Le front est une des grandes parties de la face, et l'une de celles qui contribuent le plus à la beauté de sa forme, Buffon, Hist. nat. hom. Son front était pensif, son âme était émue, Ducis, Abufar, II, 2. Partout où, le long des chemins, J'ai posé mon front dans mes mains, Et sangloté comme une femme…, Musset, Poésies nouv. Nuit de décembre.

    Fig. Quant aux volontés souveraines De celui qui fait tout et rien qu'avec dessein, Qui les sait que lui seul ? comment lire en son sein ? Aurait-il imprimé sur le front des étoiles Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles ? La Fontaine, Fabl. II, 13. Quelle Jérusalem nouvelle… Et porte sur le front une marque immortelle ? Racine, Athal. III, 7. Sion a son front dans les cieux, Racine, ib. III, 8.

    Frotter son front, geste que l'on fait quand on cherche quelque idée. J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts ; Je ne puis arracher du creux de ma cervelle Que des vers plus forcés que ceux de la Pucelle, Boileau, Sat. VII.

    Se frapper le front, se dit d'un geste qu'on fait quand on a quelque inspiration ou réminiscence soudaine. Il se frappa le front, en s'écriant : J'y suis.

    Donner du front contre, se heurter le devant de la tête contre. Peut-être en ce moment, pour vous épouvanter, Il se soufflettera d'une main mutinée, Se donnera du front contre une cheminée, Regnard, le Joueur, II, 1.

    Dérider le front, ôter du front les rides qui indiquent le sérieux, la préoccupation. J'aime mieux Arioste et ses fables comiques Que ces auteurs toujours froids et mélancoliques Qui dans leur sombre humeur se croiraient faire affront Si les grâces jamais leur déridaient le front, Boileau, Art p. III.

    Le front rougit, se dit d'un sentiment de honte qui y fait monter la rougeur. Son front, nouveau tondu, symbole de candeur, Rougit en approchant d'une honnête pudeur, Boileau, Lutr. I. Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois ! Racine, Iphig. IV, 4. Je ne suis point de ces femmes hardies Qui, goûtant dans le crime une tranquille paix, Ont su se faire un front qui ne rougit jamais, Racine, Phèdre, III, 3.

    Fig. N'avoir point de front, n'avoir ni honte, ni pudeur.

    On dit, dans un sens analogue, endurcir son front. Elle a endurci son front, elle ne sait plus rougir, Bossuet, Var. 3.

  • 2Le devant de la tête de certains animaux. Le front d'un cheval, d'un bœuf. Son front large [d'un monstre marin] est armé de cornes menaçantes, Racine, Phèdre, V, 6.

    Chez les crustacés, intervalle qui sépare les yeux quand le bord antérieur de la tête ne se prolonge point en rostre.

    Chez les insectes, partie antérieure et supérieure de la tête, comprise entre la bouche, les antennes, les yeux et l'occiput.

  • 3Se dit pour le visage entier. Un front serein. Un front sévère. Il est vrai, s'agissant d'un secret qui nous touche, On croit que le front parle, au défaut de la bouche, Hauteroche, Nobles de province, III, 1. Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne, La Fontaine, Phil. et Bauc. Ce front satisfait Dit assez à mes yeux que Porus est défait, Racine, Alex. III, 1. Je me connais, je sais que, blanchi sous les armes, Ce front triste et sévère a pour vous peu de charmes, Voltaire, Mér. I, 3. Songe à ce bras puissant, vainqueur de tant de rois, à cet aimable front que la gloire couronne, Voltaire, Zaïre, I, 1. Il verra si mon front soutiendra la couronne, Voltaire, Mérope, I, 3.
  • 4La tête, surtout dans le style élevé et les vers. Chaque mot sur mon front fait dresser mes cheveux, Racine, Phèd. IV, 6. Je renvoie Hermione, et je mets sur son front, Au lieu de ma couronne, un éternel affront, Racine, Andr. III, 7. Et pourquoi me cacher ? et par quelle injustice Faut-il que sur mon front sa honte rejaillisse ? Racine, Iphig. III, 2.

    Fig. Humilier, courber, baisser le front, se dit de l'humiliation, de l'abaissement de la servitude. Avec plaisir, sans doute, il verrait à ses pieds Des sénateurs tremblants les fronts humiliés, Voltaire, Brutus, III, 2. J'en eus [des amis] quand j'étais reine, et le peu qui m'en reste Sous un joug étranger baisse un front abattu, Voltaire, Mérope, V, 4.

    Fig. Relever le front, reprendre du courage, de l'audace, de la fermeté. Ainsi ce peuple esclave, oubliant son devoir, Contre son roi lève un front indocile, Voltaire, Sams. II, 1. Messène après quinze ans de guerres intestines Lève un front moins timide et sort de ses ruines, Voltaire, Mér. I, 1. Et lorsque l'Italie en secouant ses fers Lève un front menaçant…, Saurin, Spartacus, I, 1. Reine du monde, ô France, ô ma patrie, Soulève enfin ton front cicatrisé, Béranger, Enf. de la Fr.

    Le front levé, c'est-à-dire avec assurance, sans craindre aucun reproche. L'on aime à aller le front levé dans la famille des Pourceaugnac, Molière, Pourc. II, 4. Quand je vois dans ce temple, aux vertus élevé, L'infâme trahison marcher le front levé, Voltaire, Rome sauv. I, 6. L'impudicité ne marche pas le front levé chez les chrétiens, Chateaubriand, Génie, III, III, 2.

  • 5La personne elle-même, dans le langage poétique. Le front à qui le cœur ne fait point de reproche Souffre aisément son juge et n'en craint point l'approche, Rotrou, Bélis. II, 8. Joint qu'au moindre attentat contre un front couronné C'est être criminel que d'être soupçonné, Rotrou, ib. Souvenez-vous qu'il règne, et qu'un front couronné…, Racine, Andr. IV, 3.
  • 6L'air, l'attitude, le langage, les manières, surtout en poésie. Et reconnaissez-vous au front de vos amis Qu'ils soient prêts à tenir ce qu'ils vous ont promis ? Corneille, Cinna, I, 3. Mais sachez qu'il n'est point de si cruel trépas, Où d'un front assuré je ne porte mes pas, Corneille, Poly. IV, 5. Il s'avance au trépas Avec le même front qu'il donnait les États, Corneille, Pomp. II, 2. De quel front soutenir ce fâcheux entretien ? Racine, Brit. II, 2. Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j'ose aborder son père, Racine, Phèd. III, 3. Ah ! Dieux ! lorsqu'à mes vœux l'ingrat inexorable S'armait d'un œil si fier, d'un front si redoutable…, Racine, ib. IV, 5. … Tous les jours… un homme, un vil esclave D'un front audacieux me dédaigne et me brave, Racine, Esth. II, 1. Il [Harlai] se présente aux Seize, il demande des fers Du front dont il aurait condamné ces pervers, Voltaire, Henr. IV.

    De quel front, avec quelle assurance, avec quelle intrépidité. Ceux qui ont vu de quel front il [Charles 1er] a paru dans la salle de Westminster, Bossuet, Reine d'Angl.

    Les dehors, l'apparence, par opposition aux sentiments du cœur. Et c'est mal démêler le cœur d'avec le front Que prendre pour sincère un changement si prompt, Corneille, Rod. IV, 5.

  • 7Impudence, effronterie. Il a bien le front de m'accuser d'avarice, Vaugelas, Q. C. 467. A-t-il encor le front de vous parler de moi ? Corneille, Tois. d'or, IV, 2. Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ? Molière, Mis. I, 2. C'est une chose étonnante que vous ayez le front de parler si haut, Pascal, Provinc. 13. Quoi ! vous avez le front de rire, et devant nous ? Regnard, Distr. I, 4. Allons, mon ami, de la tête et du front ; je suis là, Picard, Duhautcours, III, 7.

    De quel front, avec quelle impudence. De quel front donnerais-je un exemple aujourd'hui, Que mes lois, dès demain, puniraient en autrui ? Corneille, Perthar. II, 3. De quel front s'en aller le voir et lui parler ? La Fontaine, Faucon. Avec quel front osent-ils parler de la loi ? Bossuet, Hist. II, 13. Madame ! et de quel front vous unir à mon sort, Quand je ne cherche plus que la guerre et la mort ? Racine, Mithr. III, 5. Que veut-il ? de quel front cet ennemi de Dieu Vient-il infecter l'air qu'on respire en ce lieu ? Racine, Athal. III, 5. De quel front un Alexandre VI, l'horreur de toute la terre, avait-il osé se dire le vicaire de Dieu ? Voltaire, Mœurs, 128.

    Un front d'airain, une extrême impudence. Cet homme a un front d'airain. J'ai vu que l'impudence est la reine du monde Et qu'il faut, quand on veut y faire son chemin, Aller à la fortune avec un front d'airain, La Chaussée, Gouvern. I, 3.

    On dit dans le même sens : C'est un front d'airain.

  • 8 Fig. et dans le langage élevé et poétique. Le haut, le sommet. Cette montagne élève son front jusque dans les nues. J'avais atteint le front des collines prochaines, D'Avrigny, Jeanne d'Arc, III, 5. Pourquoi balancez-vous vos fronts que l'aube essuie, Forêts, qui tressaillez avant l'heure du bruit ? Lamartine, Harm. I, 3.
  • 9Étendue que présente le devant de certaines choses. Le front d'un bâtiment. S'il est vrai, comme on l'assure, qu'il y ait dans Paris seul vingt-quatre mille maisons à front de rue, Vauban, Dîme, p. 76.

    Terme de fortification. Front d'une place, ce qui est compris entre les deux bastions voisins. Une forteresse qui montre de tous côtés un front redoutable, Bossuet, Louis de Bourbon.

  • 10La face d'une troupe rangée en ligne. Le front d'un bataillon est le premier rang composé des chefs de file. Combattre avec les miens au front de la bataille, Tristan, Panthée, IV, 3. Cette phalange était divisée en dix petits corps, dont chacun présentait un front de cinquante hommes sur trente-deux de profondeur, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 407, dans POUGENS. En donnant au corps de bataille moins de front et plus de profondeur, Rollin, ib. t. I, p. 312. Le front des Russes n'était plus en face de notre colonne, mais sur notre gauche, Ségur, Hist. de Nap. IV, 8.

    Passer sur le front d'une troupe, se porter sur le front d'une troupe rangée en bataille.

    Front de bandière, ligne des étendards et des drapeaux à la tête d'un corps campé.

    Front de bataille, rang antérieur d'une troupe ou d'une ligne déployée ; quand elle n'est pas déployée, on l'appelle tête de colonne.

    Marcher en front de bandière, marcher avec tout l'appareil de la guerre. Les Samoïèdes, les Lapons, les Kamshatkadiens n'ont jamais marché en front de bandière pour détruire leurs voisins, Voltaire, Dict. phil. Armes, Armées.

    Faire front, se dit d'une troupe qui, étant de flanc, se tourne de manière à présenter le front.

    Front ! terme de commandement militaire, pour dire à une troupe de faire face.

    Terme de marine. Ordre de marche dans lequel tous les vaisseaux d'une armée navale sont rangés sur une ligne perpendiculaire au vent. Former une ligne de front.

  • 11 Terme de perspective. Projection orthographique d'un objet sur le plan parallèle au tableau.
  • 12De front, loc. adv. Par devant. Elles s'allaient rencontrer de front l'une l'autre, Descartes, Monde, 8. La choquer hardiment [la fortune], et, sans craindre la mort, Se présenter de front à son plus rude effort, Corneille, Médée, I, 5. Quelque effort que nous fassions pour détourner nos visages de peur que la vérité ne nous éclaire de front, Bossuet, 2e sermon, dim. de la Passion, 2. Pendant qu'Adraste l'aurait attaqué de front, Fénelon, Tél. XX. La colonne était attaquée à la fois de front et par les deux flancs, Voltaire, Louis XV, 15. Il [Napoléon] multiplia ses ordres, il outra ses excitations, et il engagea de front une bataille qu'il avait conçue dans un ordre oblique, Ségur, Hist. de Nap. VII, 9.

    Fig. Sans ménagement, sans prendre des biais. Je sais ce que tu dis, et n'irai pas, de front, Faire un commandement qu'ils prendraient pour affront, Corneille, D. Sanche, II, 1. Il est certains esprits qu'il faut prendre de biais, Et que, heurtant de front, vous ne gagnez jamais, Regnard, le Légat. II, 1. Toute loi qui attaque de front un vice que les mœurs tolèrent est nécessairement bientôt éludée et oubliée, Condorcet, Maurepas. Si l'on n'osa pas les heurter de front [les auteurs du XVIIe siècle]… on les attaqua d'une manière indirecte, Chateaubriand, Génie, I, I, 1.

  • 13De front, sur la même ligne. Les voilà qui voguent de front, Scarron, Virg. V. Une ville composée d'une rue qui s'appelle la grande, quoique deux carrosses n'y puissent passer de front, Maintenon, Lett. à Mme de Veilhaut, mai 1692. Pareils en quelque sorte aux anciens qui avaient l'adresse de mener jusqu'à huit chevaux attelés de front, M. Leibnitz mena de front toutes les sciences, Fontenelle, Leibnitz.

    Fig. En même temps. Mener deux affaires de front. Le christianisme fait marcher de front les mystères de la divinité et les mystères du cœur humain, Chateaubriand, Génie, II, II, 1.

  • 14Front à front, loc. adv. Opposé l'un à l'autre, en face l'un de l'autre. Ces deux hommes [Condé et Turenne], tantôt unis… tantôt opposés front à front, Bossuet, Louis de Bourbon.

HISTORIQUE

XIe s. Entre les ieuz mult [il] ot large le front, Ch. de Rol. XCII.

XIIe s. Et vos [votre] douz front qui plus est clair que glace, Couci, X.

XIIIe s. Quand vient en mai, que l'on dit as lons jours, Que Franc de France repairent de roi court [de la cour du roi], Regnauz repaire devant au premier front, Romancero, p. 49. De Constantinoble, qui tenoit trois liues devers la terre de front, ne pooit li os [l'armée] ataindre que l'une des portes, Villehardouin, LXXIV. Einsi furent les batailles longuement front à front, Villehardouin, LXXXII. Li dus de Venise ot fait ses nes [navires] et ses vaissiaux ordener tout d'un front, Villehardouin, LXXVII. Contraire chose sont celes qui tout droit, front à front, sont l'une contre l'autre, si comme est froit contre chaut, Latini, Trésor, p. 535. Cil qui i faut [qui est éhonté] est apelez sans vergoigne et sanz front, Latini, ib. p. 273. Et li frons de la maison doit estre contre midi, Latini, ib. p. 176.

XIVe s. Tellement fu li mur par sa force [du chevalier] minez Que deux hommes de front y fussent bien entrez, Guesclin 20218.

XVe s. …Il tient son front Par devant eulx, comme orgueilleux et fiers, Deschamps, f° 234, dans LACURNE.

XVIe s. Pour entreprendre de marcher front à front avecques ces gents là, Montaigne, I, 155. Les hommes d'armes qui faisoient front en l'armée de Tigranes, Montaigne, II, 94. Les Romains furent contraints de venir au combat tout de front par païs uny et plain, Amyot, Pyrrhus, 46. Autrement, comme pourrois-je ny ayec quel front me trouver en la compagnie des autres honestes dames quand…, Amyot, Agis et Cléom. 19. Le roi de Navarre se revolte et celebre son changement en une procession generale à fin d'estouffer les hontes secrettes et reproches domestiques par le front d'un acte public, D'Aubigné, Hist. I, 130. Il fit de sa file son front, D'Aubigné, ib. I, 149. Les assiegez leur laisserent gagner le front de la breche, D'Aubigné, ib. I, 184. S'il y avoit jardin derriere le manoir, et terre qui n'eust point front avec les dits survivans, leur est tenu bailler quatre pieds de voyes, pour eschange d'autre heritage, Nouv. coust. gén. t. I, p. 394. Nul ne peut faire bastir et edifier maison ou autre edifice sur front de rue sans prendre alignement de la justice, ib. t. II, p. 1028.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FRONT. Ajoutez :
15De front, de face, sans présenter le corps de côté. On m'a conduit au second par un escalier à demi rompu et si étroit qu'à peine y pouvais-je passer de front, Letourneur, Trad. de Clarisse Harlowe, t. VII, p. 608.
16 En termes de travaux d'art, front de taille, la face du terrain, là où s'arrête le foncement. L'aération s'obtiendra, comme au Saint-Gothard, par l'injection d'air comprimé jusqu'au front de taille… [en cas d'irruption des eaux] on séparera ce front de taille du reste de la galerie par une sorte de carapace à cloisons hermétiques, De Parville, Journ. offic. 17 août 1875, p. 6891.

Front d'attaque, la face par laquelle on commence le creusement d'un tunnel, d'un puits, etc. Le front d'attaque, dans chacun de ces chantiers, présente une section de 6 à 7 mètres carrés, le Soleil, 18 août 1875.

17Front large, nom d'une espèce de phascolome, dont la chair est excellente. Deux espèces [de phascolomes] au moins vivent aussi bien l'une que l'autre dans notre pays, le wombat et le front large, Journ. offic. 29 oct. 1876, p. 7764, 3e col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FRONT, s. m. (Anat. & Chir.) le front est une des grandes parties de la face, & une de celles qui contribuent le plus à la beauté de sa forme, & au plaisir de la considérer ; frons ubi vivit honor ! Un poëte galant du siecle d’Auguste, disoit, en parlant de celui de sa maîtresse, frons ubi ludit amor !

Chez les Grecs & les Latins, c’étoit une beauté d’avoir le front petit, & même cette petitesse passoit encore pour une marque d’esprit : Horace en parlant de sa chere Lycoris, la peint insignis tenui fronte ; ce goût étoit si général, & les dames si curieuses de cet agrément, qu’elles s’appliquoient à cacher une partie de leur front par des bandelettes, qu’Arnobe appelle nimbos.

Il semble que nous avons un goût de beauté un peu plus exact que les Romains sur cette partie du visage. Il faut que le front, selon nous, comme le dit l’auteur de l’hist. nat. de l’homme, soit uni, sans plis ni rides, & d’une juste proportion ; qu’il ne soit ni trop rond, ni trop plat, ni trop étroit, ni trop court, & qu’il soit régulierement garni de cheveux au-dessus, & aux côtés. Mais sans nous occuper de ces idées accessoires, venons aux détails qui intéressent l’anatomiste & le chirurgien ; quelque secs que soient ces détails, il s’agit de les tracer dans cet article, & d’abandonner tous les autres.

L’os frontal qui forme ce que nous appellons le front, est un des cinq os communs du crane, dont nous donnerons la description au mot Frontal (os). Nous nous contenterons de remarquer ici que sa figure est symmétrique, & à-peu-près comme une espece de coquille de mer, qui est large & presque arrondie ; de sorte que deux os frontaux d’une même grandeur, joints ensemble par leurs bords, représentent en quelque maniere cette sorte de coquillage dans son entier.

Comme la peau qui couvre le crane a un peu de mouvement, principalement dans sa partie antérieure où elle se ride sensiblement dans quelques personnes, ces mouvemens sont exécutés par l’action de quatre muscles ; deux nommés frontaux, & deux occipitaux. Les premiers sont attachés par l’extrémité inférieure de leurs fibres charnues, immédiatement à la peau & aux apophyses angulaires de l’os frontal ; leurs fibres s’avancent jusqu’à la partie moyenne & presque supérieure de cet os, où elles se terminent à la face externe d’une espece de coiffe ou calotte aponévrotique, qui, après avoir recouvert le crane, semble se continuer autour du cou jusqu’au haut des épaules ; c’est dans les muscles frontaux que se distribue une branche du nerf ophtalmique qui passe par le trou sourcilier.

Les muscles occipitaux attaches par leur extrémité inférieure immédiatement au-dessus de l’apophyse transversale de l’occipital, s’avancent jusqu’aux apophyses mastoïdes, & vont aussi se terminer à la calotte aponévrotique. Ces quatre muscles paroissent toûjours agir de concert, les occipitaux n’étant que les auxiliaires des frontaux. Telle est du moins l’opinion de la plûpart des anatomistes, à laquelle M. Winslow n’a pas donné son suffrage.

Quoi qu’il en soit, il est bon d’avertir les jeunes chirurgiens de prendre garde, en faisant des incisions profondes au front, de couper les muscles frontaux transversalement ; il faut les couper en long, selon la direction de leurs fibres ; cependant quand les incisions se font seulement à la peau, pour détruire des sinuosités superficielles, il vaut mieux suivre la direction des rides de la peau que celle des muscles ; & l’on peut en ce cas faire des incisions transversales ; mais s’il arrivoit à un chirurgien de couper par impéritie un muscle frontal transversalement & totalement, le sourcil tomberoit sur la paupiere, ce qui laisseroit une difformité considérable au visage, empêcheroit même le globe de l’œil de pouvoir se découvrir dans toute son étendue, & nuiroit à l’action de cet organe.

Alors dans les coupures & les plaies transversales du front, où les fibres des muscles frontaux sont coupées, & les sourcils pendans, & où la peau du front ne peut plus se rider comme auparavant, la meilleure méthode, après avoir nettoyé la blessure, sera de rapprocher les levres au moyen de deux points d’aiguille, d’y appliquer quelque poudre ou baume vulnéraire, & par-dessus une emplâtre agglutinative que l’on assûrera par le moyen du bandage ; le malade de son côté doit se tenir en repos pendant quelque tems.

Il arrive pourtant quelquefois, sur-tout quand le sujet est jeune, que les fibres des muscles qui ont été coupées, se réunissent sans que la plaie tourne en suppuration ; mais s’il survenoit une hémorrhagie violente, on tâchera de s’en rendre maître avec des bourdonnets, des compresses, & un fort bandage ; ensuite on lavera la blessure avec du vin tiede, & on réunira ses levres avec une emplâtre agglutinative.

Dans presque toutes les plaies du front, il faut commencer par bien essuyer le sang, & oindre la plaie avec quelque baume, tel que celui de copahu, du Pérou, ou autre semblable ; on doit ensuite rapprocher les levres de la plaie au moyen d’une emplâtre vulnéraire ; cependant lorsque la plaie est considérable, ces moyens ne suffisent point pour la cicatriser également ; il faut donc pour y parvenir, saupoudrer la plaie de poudre de sarcocolle, ou d’une poudre préparée avec la racine de grande consoude, de la gomme adraganth, & de la gomme arabique ; on appliquera par-dessus les emplâtres dont nous avons parlé, & on assûrera le tout avec des compresses & un bandage.

Il ne convient point d’user de suture dans ces sortes de plaies, sans une nécessité indispensable, non plus que dans toutes les autres plaies du visage ; parce que la suture augmente l’escarre, & rend la cicatrice beaucoup plus difforme. Dans les plaies longitudinales du front, le bandage unissant est ce qu’on peut employer de mieux pour cicatriser la blessure sans difformité.

Il se forme aisément des plis au front des enfans ; plis qui ne manquent pas d’augmenter avec l’âge, & qui sont très-difficiles à effacer. Le meilleur moyen pour y réussir, seroit peut-être de mettre sur leur front une bonne bande d’une largeur convenable, & de l’y laisser très long-tems.

D’autres enfans ont le haut du front couvert de cheveux, qui leur viennent jusque sur la racine du nez. Il faut pour les détruire jetter avec un pinceau quelques gouttes de l’esprit-de-sel dulcifié sur la partie où naissent les cheveux, ensuite frotter legerement & souvent cette partie avec du linge. On se conduira de la même maniere pour faire tomber de petites excroissances rondes, pointues, & semblables à de la corne, qui poussent quelquefois au-dessus du front.

Enfin les enfans sont sujets, soit par accident ou autrement, à se donner en courant des coups au front, qui y font des bosses, se durcissent, & rendent le front inégal. On préviendra cet accident par des bourrelets ; on guérira le mal en appliquant sur la bosse fraiche une petite lame de plomb, & par-dessus une compresse imbibée d’eau vulnéraire. On maintiendra la compresse par un bandeau, & on la laissera quelques jours appliquée sur le front, en l’humectant de-tems-en tems au-dehors avec de l’eau-de-vie tiéde. (D. J.)

Front de Fortification, c’est un côté de l’enceinte d’une place, compose d’une courtine & de deux demi-bastions. Voyez Fortification.

Front d’une Armée, d’un bataillon, ou d’un escadron, c’est la partie qui regarde l’ennemi, ou l’étendue qu’occupe la premiere ligne de l’armée, le premier rang du bataillon & de l’escadron. Voyez Armée, Bataillon & Escadron.

Front de Bandiere d’un camp, c’est la ligne qui sert à en déterminer l’étendue, & sur laquelle sont placés les drapeaux & les étendards des troupes qui occupent le camp. V. Camp. Cette ligne exprime la longueur de la face ou du front du camp. (Q)

Front du Camp, voyez Front de Bandiere.

Front, (Maréchallerie.) partie de la tête du cheval. Elle occupe precisément l’espace qui est au-dessus des salieres, du chamfrin & des yeux, & elle se trouve couverte par le toupet. Elle ne doit être ni trop large, ni trop étroite ; les chevaux dont le bas du front rentre en-dedans, se nomment chevaux camus ; & nous appellons tête busquée, tête moutonnée, celle dont cette partie est avancée, relevée, & pour ainsi dire tranchante. Ces sortes de têtes busquées sont plus communes dans de certains pays que dans d’autres ; les chevaux napolitains & les chevaux anglois ont presque tous une tête moutonnée. (e)

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Étymologie de « front »

(1080) Du latin frons.
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Provenç. front ; espagn. frente ; portug. et ital. fronte ; du latin frontem ; sansc. bhruva ; gaélique, a-bhra ; bas-bret. a-brant ; angl. brow.

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Phonétique du mot « front »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
front frɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « front »

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Citations contenant le mot « front »

  • Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. De Moïse / La Bible
  • On ne fait pas tenir le monde derrière un front. De Paul Géraldy / Mea culpa
  • Qui a le droit avec soi peut aller le front haut. De Sophocle / Ajax
  • On a l'âge, après tout, qu'on porte sur son front. De Emile Augier / Gabriel
  • Vivre coûte beaucoup, mourir également. Faire front exige de la dignité. De Jacinto-Luis Guerena
  • Les sages portent leurs cornes dans leur coeur, et les sots sur leur front. De Proverbe médiéval
  • A vouloir tout mener de front, on n'est bon nulle part. De Robert Nagy
  • Le singe ne voit pas la bosse qu’il a sur le front. De Proverbe africain
  • La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la sueur de leur front. De Félicité de Lamennais / Paroles d'un croyant
  • Savoir craindre, c'est penser. Tenir, c'est faire front. De André Glucksmann / Une rage d’enfant
  • Que peu de temps suffit pour changer toutes choses ! Nature au front serein, comme vous oubliez ! De Victor Hugo / Les Rayons et les ombres
  • Les talons hauts ont été inventés par une femme que l'on embrassait toujours sur le front ! De Marcel Achard
  • J’ai connu un gars qui avait le front tellement ridé que pour mettre son chapeau, il le vissait ! De Pierre Doris
  • Le front des hommes est fait pour se cogner à des murs derrière lesquels il ne se passe rien. De Jean Rostand / Inquiétude d'un biologiste
  • Si on abaisse ton front, lève-le fier ; s'il est hautain, baisse-le par humilité. De Jean-Marie Adiaffi / La Carte d'identité
  • MISE A JOUR A 20 H. Premier déplacement dans les Pyrénées-Orientales pour le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui vient notamment apporter son soutien aux soldats du feu en intervention sur le front du feu d'Estagel. Il est reparti à 20h. lindependant.fr, Pyrénées-Orientales (VIDEO) : le ministre de l'Intérieur sur le front à Estagel avec les soldats du feu - lindependant.fr
  • Depuis samedi dernier et pendant tout l’été, un bus gratuit, aux couleurs du Dragon de Calais, permet de desservir le front de mer depuis le parking Asfeld. Hier, malgré le beau temps, le parking est resté désert et les rares passagers qui se trouvaient dans la navette s’étaient trompés… La Voix du Nord, Même sous le soleil, la navette (gratuite) du front de mer peine à trouver ses passagers
  • Si les propos de la cheffe de fil du parti français d’extrême droite, ont suscité une grande polémique et des réactions en chaîne au sein de la classe politique algérienne, ils ont cependant le mérite, d’avoir révélé un début de consensus, autour de l’impératif de renforcer le front intérieur. Algerie Eco, Agressions étrangères contre l'Algérie : Vers la réhabilitation d’un front intérieur fort
  • Rajae Maouane, la coprésidente d’Écolo, est montée en première ligne sur le front de l’antiracisme. Elle s’explique sur sa manière d’envisager ce combat. Entretien. , Rajae Maouane sur le front de l'antiracisme : "Le Vlaams Belang investit des milliers d’euros sur Internet pour propager la haine" - DH Les Sports+

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Traductions du mot « front »

Langue Traduction
Anglais forehead
Espagnol frente
Italien fronte
Allemand stirn
Chinois 前额
Arabe جبهة
Portugais testa
Russe лоб
Japonais
Basque kopetan
Corse fronte
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Synonymes de « front »

Source : synonymes de front sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « front »

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