La langue française

Érailler

Sommaire

  • Définitions du mot érailler
  • Étymologie de « érailler »
  • Phonétique de « érailler »
  • Évolution historique de l’usage du mot « érailler »
  • Citations contenant le mot « érailler »
  • Traductions du mot « érailler »
  • Synonymes de « érailler »

Définitions du mot érailler

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉRAILLER1(S'), verbe pronom.

Vx, rare. [Le suj. désigne les yeux] Se retourner. Au moindre mouvement (...) ses yeux bordés d'un cercle rouge, s'éraillent (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 63).
Prononc. et Orth. : [eʀ ɑje], (j')éraille [eʀ ɑ:j]. Dub. transcrit [a] seul, cf. -ailler. Ds Ac. 1694 et 1718, s.v. esrailler. Ds Ac. 1740-1932 sous la graph. moderne. Étymol. et Hist. Cf. érailler2. Fréq. abs. littér. : 1.

ÉRAILLER2, verbe trans.

A.−
1. Emploi trans. Tirer les fils (d'un tissu) en les rompant ou en les distendant. Érailler de la soie, du satin (Ac.1932).
P. ext. Entamer superficiellement la surface de (quelque chose). Synon. rayer, érafler.La cange glisse lentement, en éraillant avec bruit ses parois contre la tête des récifs (Du Camp, Nil,1854, p. 123).Pencroff n'avait pas appuyé assez vivement, craignant d'érailler le phosphore (Verne, Île myst.,1874, p. 42).
2. Emploi pronom. à sens passif. [Le suj. désigne une étoffe, un tissu, un obj. fait de tissu] S'effiler, se déchirer superficiellement. Il s'était engagé sur l'arbre à califourchon (...) aux dépens de sa culotte dont le fond s'éraillait aux rugosités de l'écorce (Gautier, Fracasse,1863, p. 410).MmeAstier l'avait soigneusement visité (...) cet habit de cérémonie. La soie des palmes s'éraillait, la doublure ne tenait plus (A. Daudet, Immortel,1888, p. 37).
P. ext. [Le suj. désigne une chose considérée du point de vue de sa surface] S'écailler, se couvrir de rayures. Les invités se montraient du coude les fenêtres poussiéreuses, les taches sur les lambris, la peinture s'éraillant (Flaub., Bouvard,t. 2, 1880, p. 75).
Spéc. Se rider, se crevasser. Le roi du Magne a vu, le long de sa muraille, Ces têtes, dont la peau se dessèche et s'éraille, Blanchir, chacune au clou qui s'enfonce au travers (Leconte de Lisle, Poèmes trag.,1886, p. 65).
B.− P. anal. et au fig., usuel
1. Emploi trans. Rendre (la voix) rauque ou voilée. Elle répond d'une voix qu'éraille l'alcool (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 123):
1. ... à plus de soixante-dix ans d'âge, elle pouvait encore chanter « Faust », mais elle prenait des précautions... elle se gavait de boules de gomme pour pas s'érailler la voix... Céline, Mort à crédit,1936, p. 128.
[Le compl. désigne l'organe vocal] Il parlait, parlait parlait, ne s'interrompant guère que lorsque le râclement d'un râle éraillait sa gorge (Maran, Batouala,1921, p. 180).
[Le compl. désigne une production sonore] Éraillant les sons, déhanchant le rythme, avec des staccati canailles (Péladan, Vice supr.,1884, p. 211).Les trompettes (...) éraillent (...) le Glaubensthema (Willy, Mouche des croches,1894, p. 135).
2. Emploi pronom. à sens passif. [En parlant de la voix] Devenir rauque ou voilée :
2. « J'ai entendu Gambetta avec sa voix pleine, sonore, aux accents cuivrés, très belle sauf quand il la forçait. Alors elle s'éraillait. Il était très inégal, mais faisait un effet quasi mécanique sur l'assemblée. » Barrès, Cahiers,t. 10, 1913, p. 235,
Rem. On rencontre ds la docum. une attest. de l'adj. érailleur. euse. [En parlant d'un cor de chasse] Sa trompe érailleuse (Céline, op. cit., p. 672).
Prononc. et Orth. Cf. érailler1. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1220 esraaillier les ielz « rouler les yeux en signe de colère » (Perlesvaus, éd. W. A. Nitze et T. A. Jenkins, 9103); ca 1223 esraaillié « furieux » (G. de Coinci, éd. V. F. Kœnig, I Mir. 44, 134); b) 1493 spéc. méd. « dont le bord est retourné (d'un œil) » (Kalend. des berg., p. 143 ds Gdf. Compl.); 2. 1690 « relâcher les fils d'un tissu » (Fur.); 3. 1690 « écorcher superficiellement » (ibid.); 4. a) 1833 voix éraillées (Borel, Champavert, p. 66); b) 1846 s'érailler (en parlant de la voix) (Flaub., Corresp., p. 21). Altération de esröeillier (soi) « rouler les yeux (en signe de colère) » (1ertiers du xiiies. ds T.-L.), dér. de roeillier « id. » (ca 1130, ibid.) cf. roeillier les ueilz « id. » (ibid.) prob. sous l'infl. de raillier « aboyer, parler en fanfaron » (ca 1200, v. railler) cf. raillier les ex « rouler les yeux » (ca 1260, Beaudous, 2034 ds T.-L.) et ieus raillans « yeux éraillés » (début xiiies., P. de Beauvais, Bestiaire ds Gdf., s.v. röeillier), Röeillier représente en lat. vulg. *roticulare, dér. de rotare « rouler ». Fréq. abs. littér. : 23. Bbg. Meier (H.). Lateinisch rotundus und seine Familie in Vierfacher romanischer Gestalt. In : Vermischte Beiträge. 1. Heidelberg, 1968, p. 75. − Sain. Arg. 1972 [1907], p. 193, 194.

Wiktionnaire

Verbe

érailler \e.ʁɑ.je\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Déformer un tissu en relâchant les fils.
    • Son pantalon à grand pont, éraillé aux boutonnières et bombé aux genoux, s’arrêtait à mi-jambe sur la tige d’une forte botte dont le cuir ne ployait pas — (Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, Par les champs et les grèves (Voyage en Bretagne), 1886, Le Livre de poche, 2012, page 180)
    • Érailler de la soie, du satin.
  2. Par extension, déformer une maçonnerie.
    • Les pierres s'éraillèrent, des gravats tombèrent. — (Jean Ray, Harry Dickson, L'Etrange Lueur verte, 1932)
  3. Gratter, racler la surface d’un objet, d’une matière.
    • Cette couche permettra une fois la maquette en peinture, de gratter et érailler la peinture à certains endroit, faisant ainsi apparaître le « métal », donnant ainsi à notre modèle un aspect plus opérationnel, et moins avion de musée.
    • À un moment donné, il fallait récurer les toilettes au Vix ; semble-t-il qu’il faut maintenant utiliser un gel pour ne pas érailler la céramique.
    • Le navire penché par le vent filait vers l’Occident où s’éraillait encore une dernière bande rouge. — (Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Plon, 1958 ; coll. Folio, 1974, p. 270.)
  4. Devenir rauque, en parlant de la voix.
    • L’un des consultants a poussé un hurlement, sa voix descendant dans le rauque jusqu’à s’érailler, se briser en une multitude de chuintements. — (Éric Pessan, Programme général Instin, remue.net)
  5. (Au passif) Renverser les yeux en arrière→ voir ectropion.
    • Avoir l’œil éraillé, avoir les yeux éraillés : Avoir naturellement des filets rouges dans l’œil ou avoir les paupières plus ou moins renversées en dehors.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉRAILLER. v. tr.
Déformer un tissu en relâchant les fils. Érailler de la soie, du satin. Une étoffe éraillée. Il se dit par extension en parlant de la Voix quand elle devient rauque. Voix éraillée. S'érailler la voix. Il signifiait autrefois Renverser en arrière. Dans cette acception, il n'est plus employé qu'au participe passé. Avoir l'œil éraillé, les yeux éraillés, Avoir naturellement des filets rouges dans l'œil, ou Avoir les paupières plus ou moins renversées en dehors.

Littré (1872-1877)

ÉRAILLER (é-râ-llé, ll mouillées, et non é-râ-yé) v. a.
  • 1Relâcher, séparer, en parlant du tissu des étoffes. Érailler du satin.
  • 2S'érailler, v. réfl. Devenir éraillé. La soie est sujette à s'érailler. Des yeux qui s'étaient éraillés.

HISTORIQUE

XVIe s. Ectropion : œil eraillé, quand la paupiere inferieure par cicatrice, ou autre occasion, se renverse et ne peut couvrir son blanc, Paré, XV, 5.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉRAILLER. - HIST. Ajoutez : XIIIe s. [Le diable] Mautalentis, chaus et boulans, Erraailliez et reboulans, Noirs et cornus, lais et couez [muni d'une queue], Gautier de Coinsy, les Miracles de la sainte Vierge, p. 113 (l'abbé Poquet)

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Étymologie de « érailler »

(Date à préciser) Étymologie discutée :
  1.  Dérivé de railler avec le préfixe é- pour le sens de « devenir rauque » et « gratter ». Scheler[1] le tire du latin *eradulare, dérivé de eradere ;
  2. Il faut y voir[2] un composé de é-, et du latin rallum (« racloir »).
  3. De l’ancien français esraaillier les ielz[3] (« rouler les yeux en signe de colère ») variante[4] de esroeillier, dérivé de roeillier (« rouler »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Érailler se dit dans le wallon arâï, que l'on tire de râï, arracher ; raï est la forme wallone correspondant à l'ancien français rachier, qui est demeuré dans arracher et qui vient du latin radicare ; mais cette étymologie ne peut convenir à la forme française, parce qu'elle ne rend pas compte de ill et de la disparition de ch. Scheler la tire d'un type latin eradulare, dérivé de eradere ; mais il faut plutôt y voir un composé de es, et du latin rallum, racloir.

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : M. Boucherie, Rev. des langues romanes, oct. 1873, p. 542, développant la conjecture de M. Scheler, le tire de exradiculare, formé de radere, comme fodiculare, lequel a donné fouiller, est formé de fodere. À cette conjecture, on est en droit d'opposer l'exemple nouvellement trouvé et cité ci-dessus, où érailler est écrit erraailler, en quatre syllabes. C'est le plus ancien texte qu'on ait pour ce mot. Mais peut-être l'autorité de Gautier de Coinsy n'est-elle pas assez grande pour écarter une étymologie qui, rendant compte de ce mot composé, est très plausible. En tout cas, on remarquera que érailler et railler sont un même mot, et que l'étymologie radiculare convient aussi à ce dernier.

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Phonétique du mot « érailler »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
érailler eraje

Évolution historique de l’usage du mot « érailler »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « érailler »

  • Depuis, à chaque fois que Jacqueline entame ce glaçant récit, une poignée de secondes suffit pour voir ses yeux se rougir, sa voix s’érailler. www.lamontagne.fr, Trois syndicalistes et la CGT du Puy-de-Dôme mis en examen après le suicide d'un ouvrier de Constellium en 2013 - Issoire (63500)
  • Cette plante, également appelée "herbe au chantre", contient des mucilages qui combattent la sécheresse des cordes vocales et un composé soufré qui stimule les larynx souffreteux. Beaucoup de chanteurs et de comédiens l’utilisent dès que leur voix commence à s’érailler. Femme Actuelle, Laryngite, angine : les meilleurs remèdes naturels contre les maux de gorge : Femme Actuelle Le MAG
  • Si la voix est éraillée ou soufflée, il s'agit souvent d'un nodule ou d'un polype qui perturbe le contact entre les deux cordes vocales. Les spécialistes pratiquent alors leur ablation sous microscope. Le laser, avec sa précision de 80 microns (0,08 mm), permet une "vraie microchirurgie émotionnelle. Tout l'enjeu est de conserver la signature vocale du patient. Or il existe 7 milliards d'humains et autant de voix", poursuit le médecin, qui considère la voix comme "une alchimie entre la raison et l'émotion". Pas question, donc, de lisser le grain de Garou, d'érailler le chant d'une soprano ou d'effacer les "cicatrices de vie" qui font la richesse d'une voix. lejdd.fr, Voir et réparer la voix : le travail du pionnier Jean Abitbol
  • Les femmes ont été de toutes les manifestations qui agitent l'Inde depuis décembre, quelles que soient leurs générations, confessions et classes sociales. Leurs voix et leur présence viennent érailler un peu plus la société indienne patriarcale. Elles rappellent aussi que les violences faites aux femmes n'épargnent aucun milieu social, aucun pays. En écho à ces voix du quotidien, deux ouvrages récemment traduits en langue française nous emmènent au sud de l'Inde, se répondent et nous bouleversent. A lire d'urgence. Asialyst, Cléa Chakraverty, Auteur à Asialyst
  • La Californienne a, pendant ces huit heures, notamment lu des témoignages et des lettres de jeunes clandestins. Elle s’est aussi lancée dans des références bibliques, en rappelant, par exemple, la parabole du bon samaritain. Cela lui a d’ailleurs donné, un bref instant, une idée pour tenir le coup: lire d’autres passages de la Bible. «Et si je prenais mon chapelet, qui a reçu la bénédiction du pape?» a-t-elle lancé après plusieurs heures de débat et alors que sa voix commençait à s’érailler. Elle n’en a pas eu besoin. Le Temps, Les monologues sans fin du Congrès - Le Temps

Traductions du mot « érailler »

Langue Traduction
Anglais scuffle
Espagnol riña
Italien tafferuglio
Allemand rauferei
Chinois 混战
Arabe شجار
Portugais briga
Russe драка
Japonais 乱闘
Basque scuffle
Corse scuffle
Source : Google Translate API

Synonymes de « érailler »

Source : synonymes de érailler sur lebonsynonyme.fr
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