Percer : définition de percer


Percer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PERCER, verbe

I.− Empl. trans.
A.− Traverser, de part en part, en faisant un trou; faire un trou plus ou moins profond.
1. [L'obj. premier désigne un inanimé concr. : bois, pierre, métal, etc.] Perforer. Synon. forer, poinçonner, tarauder, transpercer, trouer, vriller.
a) Qqn perce qqc.Percer une planche, un morceau de bois (Ac. 1835-1935). Marie Tricotet, qui est pourtant née le même jour que moi, s'amuse encore à percer d'une épingle des vessies de porc (Colette, Cl. école,1900, p. 26).
Percer un tonneau. Mettre un tonneau en perce (v. ce mot). La liqueur de Bacchus jaillit sous le fer dont une troupe de joyeux vignerons, a percé un vaste tonneau (Chateaubr., Natchez,1826, p. 162).
b) Qqc. perce qqc.[À la forme passive] Noisette percée d'un trou. Une table percée de trous ou des encriers en plomb à l'usage des « élèves » que nous étions (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Prisons, 1893, p. 360).La coquille des œufs est percée de très nombreux pores qui permettent les échanges gazeux entre le contenu de l'œuf et l'atmosphère extérieure (R. Lalanne, Alim. hum.,1942, p. 74).
2. [L'obj. premier désigne le résultat du percement] Faire un trou, pratiquer une ouverture dans un bâtiment.
a) Qqn perce qqc.Percer un trou avec un outil, une vrille; percer une muraille, un plafond. On perça une fenêtre, on éleva une cloison, et nous eûmes chacun notre mansarde (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 209).Je croyais, ainsi que je vous l'ai dit, arriver jusqu'au mur extérieur, percer ce mur et me jeter à la mer (Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 185).L'ouvrier fumiste doit, avant la pose de la frise, percer au ciselet et au marteau, deux trous rectangulaires, pour recevoir les bouches de chaleur (Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât.,t. 5, 1929, p. 35).
Percer un puits. Creuser un puits profond dans la terre pour y trouver de l'eau. Cet étrange logis est inhabitable : on l'a flanqué d'une ferme, (...) et l'on perce un puits artésien pour lui donner de l'eau (About, Grèce,1854, p. 361).
b) Qqc. perce qqc.[À la forme passive] Façade percée de fenêtres; mur percé d'une porte. La falaise est percée de distance en distance de grandes arches naturelles sous lesquelles la mer vient battre dans les marées (Hugo, Fr. et Belg.,1885, p. 29).Le toit est percé d'une petite cheminée pour l'évacuation des vapeurs produites (Stocker, Sel,1949, p. 56).
3. [L'obj. premier désigne une trouée dans un espace naturel ou dans un paysage urbain] Qqn perce qqc.Synon. ouvrir.Percer une avenue, un sentier. Au moment même où je vous parle, du nord au midi, on creuse des canaux, on construit des voies ferrées, on perce des montagnes, on élève des ponts (Zola, E. Rougon,1876, p. 261).Les isthmes de Suez et de Panama, obstacles intolérables, nous les perçons, nous les ouvrons à une navigation perfectionnée (Arnoux, Roi,1956, p. 342):
1. On bouleversait le quartier, cette année-là. On perçait le boulevard Magenta et le boulevard Ornano, qui emportaient l'ancienne barrière Poissonnière et trouaient le boulevard extérieur. Zola, Assommoir,1877, p. 737.
[P. méton.] ,,Percer les buissons, les halliers, les forêts. Passer au travers des buissons...`` (Littré).
ASTRON. Percer le ciel. S'élever dans l'espace au-delà du mur du son. C'est fait : à 8 h 4 ce matin, l'astronef « Faith 7 », ayant à son bord le commandant Gordon Cooper, a percé le ciel au-dessus de Cap Canaveral, en route pour l'espace (Le Figaro,16 mai 1963, p. 5, col. 1 ds Guilb. Astronaut. 1967).
P. métaph. Percer le plafond de... Synon. fam. crever le plafond (v. crever I A 2).L'on comprend que cette accession à la métempirie, même si elle ne dure qu'un instant, nous apporte une grande joie : la créature perce le plafond de sa finitude et de sa naturalité (Jankél., Je-ne-sais-quoi,1957, p. 133).
4. P. anal.
Percer un abcès, une ampoule. (Dict. xixeet xxes.).
Percer la langue. [P. réf. à un ancien usage] Remontant aux siècles d'ignorance, où l'on perçait et coupait la langue aux blasphémateurs (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 39).
Percer les oreilles. Faire un trou dans le lobe pour y placer des boucles, des bijoux, des pendeloques en ornement. Par les tableaux de Stuck (...), j'avais été tenu à jour de sa beauté et de sa croissance; je savais qu'en 1908 on lui avait percé les oreilles (Giraudoux, Siegfried et Lim.,1922, p. 131).Percer les oreilles. Faire mal aux oreilles à force de crier. Synon. fam. casser* les oreilles.Tous ces beaux oiseaux des ruines tournoyaient sur ma tête en poussant des cris aigus qui me perçaient l'oreille (A. France, Vie fleur,1922, p. 408).
5. Percer les dents. Aider les dents à sortir. Jacqueline mange depuis qu'on lui a percé ses dents (Alain-Fournier, Corresp. [avec Rivière], 1913, p. 338).Percer ses dents. Avoir les dents qui percent (v. dent A). Synon. faire ses dents (v. dent B).
B.− Blesser, blesser à mort à l'aide d'une arme blanche.
1. Qqn perce qqn.Percer un adversaire, un ennemi, un rival. Il me donna un coup sur le bras. Aussitôt mon épée brille en l'air : « Défends-toi, ou je te perce! » (Restif de La Bret., M. Nicolas,1796, p. 204):
2. ... en même temps, l'autre hussard me donnait sur l'épaule un coup qui m'aurait fendu en deux sans l'épaulette; il allait me percer, si, par bonheur, un coup de fusil d'en haut ne lui avait cassé la tête. Erckm.-Chatr., Conscrit 1813,1864, p. 187.
VÉN. J'ai appris à percer le chevreuil (Chateaubr., Mél. et poés.,Duthona, 1828, p. 44).
Au fig.
Percer l'âme, le cœur (de qqn). Affecter, toucher profondément. Ces paroles, son geste, son accent, m'ont percé l'âme; je me serais précipité à ses genoux, je les aurais embrassés si j'eusse pu (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 469).Il est juste de dire que la mort de Violette, son amante, lui avait percé le cœur à jamais. Un veuvage, une plaie inguérissable (Sartre, Mots,1964, p. 155).
[P. allus. littér. à Corneille, Le Cid, I, 6 : Percé jusques au fond du cœur] M. le baron des Adrets, (...) percé jusqu'au fond du cœur par la mort du seul être qu'il aimât (...) avait rompu avec le monde par dégoût de la vie (Stendhal, H. Brulard,t. 1, 1836, p. 112).
Percer au vif, jusqu'au vif. Toucher en plein cœur. Talleyrand observé, démasqué, percé au vif à ce moment, passe devant la postérité un mauvais quart d'heure (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 12, 1869, p. 81).
Absol., vieilli. Mais ce qui me perça, ce fut d'entendre cette terre qu'on faisait tomber sur la bière. Cela me blessa le cœur d'une douleur atroce (Michelet, Journal,1821, p. 135).
2. Qqn perce qqc. de qqn.Blesser ou tuer quelqu'un en touchant une partie du corps. Percer le bras, la gorge, le sein, les yeux de qqn. Il s'échappait des bras d'une femme impudique, pour aller à l'autel commettre un nouveau sacrilége. Je l'y surpris et lui perçai le cœur (La Martelière, Robert,1793, iv, 9, p. 51).C'est encore ainsi que David (...) s'écrie, présent à l'avenir : Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté mes os (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb.,t. 2, 1821, p. 313).
Empl. pronom. réfl. indir. Elle se perce le pied en marchant sur un clou (Michelet, Journal,1851, p. 156).
3. Qqn perce qqn de qqc.Blesser, tuer quelqu'un avec une épée, un poignard, etc. Percer qqn d'une lance. Enfin il (...) lève le bras pour le frapper de son sabre qu'il a ramassé, lorsque Clémence accourt rapidement et le perce d'un poignard (Guilbert de Pixer., Victor,1798, iii, 12, p. 54).Tcheng-Daï y est figuré, mort, au-dessous d'un soldat anglais qui le perce d'une baïonnette (Malraux, Conquér.,1928, p. 128):
3. Wallstein le regarda fixement, ouvrit les bras et présenta sa poitrine sans prononcer un seul mot. Les assassins le percèrent de leurs hallebardes, et il tomba mort, sans qu'aucun gémissement lui échappât. Constant, Wallstein,1809, notes hist., p. 189.
P. anal. Percer qqn de ses regards. Le fixer avec intensité. Comme il me darde et me perce de son petit œil dur, aigu, pénétrant, sous le couvert de ses gros sourcils, je rispote vivement (Michelet, Chemins Europe,1874, p. 157).
Empl. pronom., vieilli. Se percer de... S'infliger une blessure mortelle. L'Indien désespéré se perce de son épée, et tombe dans le fleuve auquel il donne son nom (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 190).Se percer. Se donner la mort. Quand Antoine se retira dans Alexandrie, on lui dit que Cléopâtre s'était donné la mort : Je mourrai donc, dit-il; et il appela un esclave qu'il réservait depuis long-temps pour ce dernier moment. L'esclave leva l'épée, mais au lieu de frapper son maître, il se perça lui-même (Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 325).
4. Qqc. perce qqn ou qqc. de qqn.[Le suj. désigne un objet pointu] Une flèche perce le cœur de qqn. La véritable histoire ne compte que le poignard qui perça le cœur de Henri IV, ou le boulet qui emporta Turenne (Chateaubr., Mém.,t. 2, 1848, p. 529).Quelle belle mort! Cette petite lame qui lui perce le cœur (Barrès, Cahiers,t. 2, 1898, p. 72):
4. ... Mérodack le regardait, le forçant à des distractions, et pendant la seconde de fascination, l'épée du prince perça en plein cœur l'Italien qui tomba raide. Péladan, Vice supr.,1884, p. 299.
[P. anal. de sensation avec la douleur physique d'une blessure] Tout à coup une douleur aiguë le perça; il lui sembla qu'un vilebrequin lui forait les tempes (Huysmans, À rebours,1884, p. 158).À peine eut-il posé le pied à terre, la douleur le perça si violemment qu'il gémit (Arland, Ordre,1929, p. 517).
Au fig. [Le subst. désigne l'irruption soudaine dans la conscience d'un souvenir, d'une représentation mentale] Un doute, un pressentiment, un souvenir perce qqn. Il entendait toujours ces mêmes mots, dont les syllabes lui perçaient le cœur comme les dards d'une couvée de serpents (Murger, Scènes vie jeun.,1851, p. 194).
C.− Passer, pénétrer à travers.
1. Qqc. perce qqc.
a) [Le mouvement est perceptible]
[Le subst. désigne la végétation, une matière] Les fleurs percent le sol. Les semis sont établis soit en serre, soit en pleine terre (...). Là, ils germent, émettent des racines comme un fil, s'alimentent insensiblement, et un à un, suivant leur force, percent la couche poudreuse qui les protégeait et viennent à la lumière (Pesquidoux, Livre raison,1925, p. 88).
[Le subst. désigne une lumière, la lumière d'un corps céleste, celle du soleil, de la lune, du jour, etc.] Synon. passer à travers, être visible dans.Le soleil perce le brouillard, les nuages. Aucune lumière ne vient percer l'ombre; nulle porte fraternelle ne s'ouvrira (Psichari, Voy. centur.,1914, p. 97).
[Le subst. désigne un bruit, une voix] Synon. déchirer.Une plainte perce le mur. Un cri déchirant perça les cloisons, emplit la cage de l'escalier, le cloua d'horreur, sur place (Huysmans, À rebours,1884p. 67).Un clairon qui chantait au loin (...) perça l'air doux et doré du mourant automne (Toulet, Tendres mén.,1904, p. 139).
Filtrer, suinter de. L'eau perce la roche (Michelet, Journal,1833, p. 109).
b) [Le mouvement n'est pas perceptible]
P. anal. Apparaître au travers de quelque chose. De petites maisons blanches percent çà et là la verdure de ces forêts (Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 210).Chaque matin la plaine, pour un peu de temps, se recouvre d'un voile tissé de clarté, et puis elle s'illumine d'un seul coup (...). Les clochers et les peupliers, surgissant de la même souche, percent la brume (Mauriac, Bloc-Notes,1958, p. 167).
P. hyperb., loc. fam. Les os lui percent la peau. Être très maigre. La sveltesse du torse où l'os perce la chair (Régnier, Jeux rust.,1897, p. 111).
2. Qqc. perce qqn (souvent à la forme passive).Synon. transpercer.,,Il a été tout percé, il a été percé jusqu'aux os. [Celui] qui a été extrêmement mouillé de la pluie ou de l'eau qu'on a jetée sur lui`` (Ac. 1835). Percé jusqu'aux os! mon cher; la route est un vrai torrent (Gozlan, Notaire,1836, p. 206).
3. Qqn perce qqc.[Le subst. désigne la vue d'une pers.] Essayer de voir à travers quelque chose, scruter. Percer le brouillard, la nuit, l'ombre. Penché à la fenêtre, il s'efforçait de percer l'obscurité, de voir une dernière fois les ténèbres mouvantes du fleuve, au pied de la maison (Rolland, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 231).
Au fig. Deviner, découvrir. Synon. déceler, pénétrer.
Qqn perce qqc. (de qqc. ou de qqn).Percer la cause de qqc.; percer le caractère, les desseins, le mystère, les projets, le secret, la vie privée de qqn. Oui, je percerai ce tissu d'horreurs (...) j'irai partout, je braverai tout (...) je découvrirai les coupables (Bayard, Chambre ard.,1833, i, 3, p. 108).Ils s'étaient trouvés devant un Staline énigmatique et portant un masque que ses visiteurs n'avaient pu percer (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 369).
Qqn perce qqn.Ce Théodore!... quel coup d'œil!... En deux minutes il vous perce un homme (Labiche, Station Champb.,1862, ii, 11, p. 294).Pour la première fois, j'avais connu ce plaisir extraordinaire : percer un être, le découvrir, l'amener au jour et, là, le toucher (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 101):
5. Elle s'interrogeait sur son mari, cherchait à le percer, à connaître ses desseins secrets. Elle eût voulu tenter un rapprochement timide. Être mêlée un peu à ses soucis, à sa vie quotidienne, lui eût été une grande joie. Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 483.
Percer à jour. Découvrir complètement. Elle avait appris à connaître son mari qui, d'heure en heure, se sentait déchiffré, percé à jour (Mauriac, Myst. Frontenac,1933, p. 28).
4. [Qqn perce un groupe de pers.] Se frayer un passage malgré les difficultés, la résistance. Percer la foule. Elle trouva un courage surnaturel pour fendre la presse, et pour rejoindre sa cousine encore occupée à percer la masse du monde qui l'empêchait d'arriver jusqu'au tableau (Balzac, Mais. chat,1830, p. 24).
ART MILIT. Percer les lignes adverses. Le 30 janvier, Milburn (...) perçait le front adverse au nord-est de Colmar (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 151).
II.− Empl. intrans.
A.− Se frayer un passage.
1. Qqc. perce (en faisant un trou, une ouverture).Le blé perce; les fleurs percent. Le lancinement des dents qui veulent percer (Mille, Barnavaux,1908, p. 206).Une herbe grêle perçait entre les cailloux (Bernanos, Imposture,1927, p. 511).
P. anal. Crever. L'abcès perce. Son visage, rouge comme celui d'un ivrogne émérite, et couvert de boutons âcres, saignants ou près de percer (Balzac, Curé vill.,1839, p. 25).
2. Qqn perce (en usant de tous les moyens pour parvenir quelque part ou auprès de qqn).Percer à travers la forêt, la foule. Et voilà Regnard et ses compagnons s'embarquant à Stockholm pour aller toucher au fond du golfe de Bothnie, et pour percer de là aussi avant que possible vers le pôle nord dans le pays des Lapons (Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 7, 1852, p. 5).En s'aidant du nom de Jacques II (...) il perça jusqu'à la duchesse Josiane (Hugo, Homme qui rit,t. 2, 1869, p. 16).
ART MILIT. Nous, une poignée d'hommes, nous avions bien percé (...) mon escouade et moi, nous étions sur la crête de Vimy avec quelques braves types (...) égarés comme nous qui avions poussé de l'avant en sautant quatre lignes de tranchées allemandes sans tirer un coup de fusil, et le front était crevé! (Cendrars, Main coupée,1946, p. 11).
Percer à travers. Percer à travers les ennemis, les rangs ennemis. Celui-ci, vainqueur sur tous les points, se préparoit à percer avec ses troupes à travers celles du sultan (Cottin, Mathilde, t. 5, 1805, p. 82).Il perça au travers des cosaques et parvint à s'échapper, mais en perdant la moitié de son monde (Mérimée, Cosaques d'autrefois,1865, p. 47).
P. anal., SPORTS. L'avant centre perce, essaie de marquer (Montherl., Olymp.,1924, p. 252).
VÉN. Fuir à travers bois. ,,Le cerf perce, il tire de long`` (Ac.).
Perce! ,,Expression dont on se sert quand on veut activer les chiens chassant ou quêtant`` (Duchartre 1973). Lorsqu'en chassant, les chiens traversent une route ou un chemin. On dit, en leur parlant : Perce, perce! et on nomme les chiens de tête : Ah! Thibau, oh! Belau, perce! (Baudr.Chasses1834).
Percer au fort. Passer à travers les endroits les plus fourrés. (Ds Littré).
B.− Vieilli. Se laisser traverser. ,,Cette étoffe, ce cuir ne perce point. La pluie ne les pénètre point`` (Ac. 1835, 1878). Ne dites pas : Mon papier perce, mais : Mon papier boit (Omnibus lang.,1835).
C.− P. anal. Apparaître, se montrer. Le soleil perce. Le jour perce à peine à travers les vitraux (Staël, Corinne,t. 2, 1807, p. 142).
D.− Au fig.
1. Se manifester. La bonne humeur du Roi, depuis que la révolte contre le bailli lui avait été annoncée, perçait dans tout (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 507).Son dédain pour la philosophie perçait à chaque mot; c'était un perpétuel sarcasme (Renan, Souv. enf.,1883, p. 235).
P. allus. littér. Ce siècle avait deux ans! Rome remplaçait Sparte, Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, Et du Premier Consul, déjà, par maint endroit, Le front de l'Empereur brisait le masque étroit (Hugo, Feuilles automne,1831, p. 717).
[À la forme négative] Ne rien laisser percer. Ne rien laisser apparaître ou transparaître. Tortoni avait terminé à deux francs vingt centimes de baisse; la bourse s'ouvrit dans les mêmes termes. Cependant rien n'avait percé (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 405).
2. Acquérir la notoriété, commencer à être connu, à réussir dans ses activités, sa vie professionnelle. Finir par percer; réussir à percer. Aujourd'hui il s'agit d'un romancier, d'un conteur, dont le nom [Gogol], fort en estime dans son pays, n'avait guère encore percé en France (Sainte-Beuve, Prem. lundis,t. 3, 1854, p. 25).Il est difficile de percer, de faire une clientèle au barreau (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1937, p. 45).Pour toi, Laurent, on commence à parler de toi dans les journaux. Tu perces, mon cher (Duhamel, Cécile,1938, p. 21).
Percer à qqc. (vieilli).Je puis dire que c'est à force de mérite que j'ai percé aux mathématiques et au dessin comme nous disions à l'école centrale (Stendhal, H. Brulard,t. 1, 1836, p. 263).
Percer dans qqc.Phellion, vu son âge et celui de sa femme, s'était chargé d'un domestique mâle (...) surtout depuis que son fils avait percé dans l'enseignement (Balzac, Pts bourgeois,1850, p. 88).
REM.
Perçable, adj.,rare. Susceptible d'être percé. Des pépiements d'oiseaux (...) perçaient l'air, les oreilles, le bruit des filets d'eau, toutes les choses perçables, de mille petites aiguilles dorées (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 19).
Prononc. et Orth. : [pε ʀse], (il) perce [pε ʀs]. Homon. perse. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug. Prend une cédille devant a et o : perçant, perçons. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 « traverser en faisant un trou l'épaisseur de quelque chose » (Roland, éd. J. Bédier, 2077); 2. ca 1230 « se frayer un passage » (Chevalier aux deux espées, 9811 ds T.-L. : percier les rens); 3. 1262 fig. (Jean Le Marchant, Miracles N. D. de Chartres, éd. P. Kunstmann, VIII, 54 : Grant douleur le cuer l'en percha); 4. 1262 (Id., ibid., XI, 84 : Le tonnel ont tantout percié); 5. 1342 perçant (du regard) (Jean Bruyant, Chemin de Povreté ds Menagier de Paris, éd. Sté Bibliophiles fr., t. 2, p. 14); 6. 1557 percer de froid (O. de Magny, Souspirs, éd. Courbet, p. 77); 7. av. 1593 « se manifester, apparaître » (Amyot, Du vice et de la vertu, 5 ds Littré); 8. 1606 « passer à travers (de la pluie) » (Nicot); 9. 1636 percer de l'œil (Monet); 10. 1651 percer les oreilles de qqn (de cris) (Scarron, Roman comique, II, 14 ds Littré); 11. 1666 « pénétrer avec l'esprit » (Boileau, Sat., VIII, ibid.); 12. 1680 « sortir (des dents) » (Rich.); d'où 1787 percer ses dents (Fer.); 13. av. 1742 « passer (de la lumière) » (Massillon, Or. fun. Villars ds Littré); 14. 1752 percer qqn (Trév.); 15. 1756 « sortir de la foule, se faire connaître » (Voltaire, Mœurs, 121 ds Littré). Du lat. pop. *pertusiare « percer », dér. de pertusum, supin du class. pertundere « id. », v. aussi pertuis. Fréq. abs. littér. : 2 042. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 906, b) 3 008; xxes. : a) 2 509, b) 2 233.
DÉR.
Percerette, subst. fém.a) Petite vrille. (Dict. xixeet xxes.). b) Petit outil pour percer les bouchons de liège. Percerettes (...) éclats avec une longue pointe portant de leur côté le plus large (Mortillet, Préhist.,1882, p. 515). [pε ʀsə ʀ εt]. 1reattest. 1671 (Pomey); de percer, suff. -ette (-et*).
BBG. − Gougenheim (G.). Chercher et fouiller. In [Mél. Harmer (L.C.)]. London, 1970, p. 22. − Sculpt. 1978, p. 584, 635. − Thomas (A.) Nouv. Essais 1904, p. 71 (s.v. percerette).

Percer : définition du Wiktionnaire

Verbe

percer \pɛʁ.se\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Traverser en faisant un trou ou une ouverture ; perforer.
    • Un froid mouillé touchait sa paume, le mince corps se tordait au béement de la gueule translucide, si fragile que l'hameçon dont elle était percée semblait un croc de bronze monstrueux. — (Maurice Genevoix, La Boîte à pêche, Paris : éd. B. Grasset, 1926, p. 29)
    • Percer une planche, un morceau de bois, un isthme, une montagne.
    • Une forêt bien percée, traversée par de grandes et belles routes, par de larges allées bien disposées.
    • Il s’est percé la main avec un canif.
    • Elle s’est fait percer les oreilles pour mettre des boucles.
    • (Par extension) Un vêtement percé au coude.
    • Une poche percée.
    • Il porte des souliers percés.
  2. Faire plusieurs blessures avec une arme blanche.
    • Percer un homme de coups.
    • (Par hyperbole) Les os lui percent la peau se dit d’une Personne, d’un animal fort maigre.
  3. (Familier) Mettre en perce, faire une ouverture à un tonneau, pour en tirer le vin.
    • Percer un tonneau, une barrique, une feuillette, etc.
  4. Pénétrer, passer à travers.
    • La pluie a percé ses habits.
    • La pluie ne perce point cette étoffe.
    • Percer la foule.
    • Le soleil perce les nuages.
    • La lumière perce les ténèbres.
  5. Se faire entendre au loin.
    • Ses cris percent l’air.
    • Un coup de sifflet perça la rumeur de la gare. — (Joseph Kessel, L’équipage, Gallimard, 1969, page 14)
  6. Pratiquer une ouverture.
    • Le vénérable pont sur le Tarn a non seulement de hautes arches en ogive, mais ses piles de briques, entre les voûtes et au-dessus des avant-becs, sont percées de baies du même style. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Percer une rue dans une ville.
    • Percer un tunnel, un canal.
  7. (Figuré) Pénétrer, découvrir par les yeux de l’esprit.
    • Dévoiler la Joconde ? C'est l'objectif lascif d'une équipe scientifique, associée au Louvre pour percer le mystère du sfumato, qui a fait la célébrité de Léonard de Vinci. — (Vincent Noce, Sfumato, brouillard dissipé, dans Libération n° 9074, du 16 juillet 2010, page 20)
    • Beaucoup de youtubeurs se font mousser, montrant leurs échanges supposés avec la bête et se targuant d’avoir percé son identité. — (Julia Vargely, Qui est Momo, la terreur des ados ?, Télérama n° 3581, 29 août 2018)

percer intransitif

  1. Se faire ouverture, se frayer un passage.
    • Deux jours après, l'abcès perça de lui-même ; Zadig fut guéri parfaitement. — (Voltaire, Zadig ou la Destinée, I. Le borgne, 1748)
    • Les dents commencent à percer à cet enfant.
    • Le bois perce à ce jeune faon.
    • Le soleil perce à travers le nuage.
    • Le jour perce à travers les rideaux.
  2. (Militaire) Faire une percée.
    • Nos troupes ont réussi à percer.
  3. (Chasse) Tirer de long.
    • Le cerf perce.
  4. (Figuré) Se déceler, se manifester, se faire jour.
    • Son intention perce à travers son silence.
    • Son caractère perce dans tous ses propos.
    • Le secret ne tarda pas à percer.
    • Rien ne perce encore.
    • Rien n’a percé de l’aventure.
    • La vérité perce tôt ou tard.
  5. Avancer dans une profession, dans le monde, acquérir de la réputation.
    • Cet homme a percé par son mérite.
    • Il oubliait pas qu’il était né dans une étable et qu’avant de percer comme fils de Dieu, il était un zéro. Comme vous et moi. C’est pour ça qu’il faisait beaucoup de bonnes actions. — (Guy Bedos, Nazareth, dans Bête de scène, Éditions Hors Collection, 2004)
  6. (Figuré) Se manifester ; apparaître.
    • Malheureusement, le mécontentement provoqué par la politique, si peu indigénophile, de M. Varenne et de ses collaborateurs, se poursuivait , et les Annamites laissaient percer leur mécontentement à tous propos. — (R.-A. Lortat-Jacob, Sauvons l'Indo-Chine ! Politique & Vérité, Paris : Éditions de La Griffe, sans date (fin 1926-début 1927), chap.7, page 45)
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Percer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PERCER. v. tr.
Traverser en faisant un trou, une ouverture. Percer une planche, un morceau de bois. Percer un mur. Percer un isthme, une montagne. Percer une forêt. Percer de part en part. Percer d'outre en outre. Percer un abcès. Il reçut un coup d'épée qui lui perça la poitrine, qui lui perça le cœur. Il s'est percé la main avec un canif. Elle s'est fait percer les oreilles pour mettre des boucles. Par extension, Un vêtement percé au coude. Une poche percée. Il porte des souliers percés. Percer un homme de coups, Lui faire plusieurs blessures avec une épée, avec un poignard. Les os lui percent la peau se dit, par exagération, d'une Personne, d'un animal fort maigre. Percer un tonneau, une barrique, une feuillette, etc., Y faire une ouverture pour en tirer le vin. Chaise percée. Voyez CHAISE. Une forêt bien percée, Une forêt traversée par de grandes et belles routes, par de larges allées bien disposées. Fig. et fam., C'est un panier percé, C'est un homme qui dépense tout ce qu'il a, qui ne saurait garder d'argent. Par exagération, Crier à percer les oreilles, Pousser des cris aigus, des cris perçants. Fig., Cela perce le cœur se dit en parlant des Choses qui font éprouver une vive affliction. On dit dans le même sens : J'ai le cœur percé de voir un tel spectacle, d'apprendre une pareille nouvelle.

PERCER signifie aussi Pénétrer, passer à travers. La pluie a percé ses habits. La pluie ne perce point cette étoffe. Il a été percé jusqu'aux os se dit, par exagération, d'un Homme qui a été extrêmement mouillé par la pluie, ou par l'eau qu'on a jetée sur lui. Percer les buissons, les halliers, les forêts, Passer au travers des buissons, des halliers, etc. Percer la foule, Se faire passage à travers la foule. Le soleil perce les nuages, Les rayons du soleil passent à travers les nuages. La lumière perce les ténèbres, Elle se fait apercevoir à travers les ténèbres; elle les écarte, elle les dissipe. Ses cris percent l'air, Ses cris se font entendre au loin, il jette les hauts cris. On dit aussi : Il perce l'air de ses cris.

PERCER signifie aussi Pratiquer une ouverture. Percer une allée dans un parc. Percer une route dans un bois. Percer une rue dans une ville. Percer une croisée, une porte dans un mur. Percer un puits. Percer un tunnel, un canal.

PERCER signifie au figuré Pénétrer, découvrir par les yeux de l'esprit. Il perça les causes les plus secrètes de cet événement. Percer à jour. Voyez JOUR.

PERCER s'emploie aussi intransitivement pour signifier Se faire ouverture, se frayer un passage. Les dents commencent à percer à cet enfant. Cet abcès a percé de lui-même. Le bois perce à ce jeune faon. Le soleil perce à travers le nuage. Le jour perce à travers les rideaux. Il signifie, en termes militaires, Faire une percée. Nos troupes ont réussi à percer. En termes de Vénerie, Le cerf perce, Il tire de long.

PERCER signifie aussi, figurément, Se déceler, se manifester, se faire jour. Son intention perce à travers son silence. Son caractère perce dans tous ses propos. Le secret ne tarda pas à percer. Rien ne perce encore. Rien n'a percé de l'aventure. La vérité perce tôt ou tard. Il signifie encore Avancer dans une profession, dans le monde, acquérir de la réputation. Cet homme a percé par son mérite. Ce jeune homme commence à percer. Il n'a pas pu percer. Il a fini par percer. Son mérite perce déjà.

Percer : définition du Littré (1872-1877)

PERCER (pèr-sé. Le c prend une cédille devant a et o : perçant, perçons) v. a.
  • 1Faire une ouverture, un trou. Percer une planche. Un gentilhomme qui crut que le parti janséniste ferait sa fortune s'il délivrait le chef, perça les murs et fit évader Quesnel, Voltaire, Louis XIV, 37. Cette habitude de percer les arbres n'est pas le seul trait de ressemblance qu'ils ont avec les pics, Buffon, Ois. t. V, p. 173.

    Terme de marine. Percer un navire, y faire des sabords.

    Percer un tonneau, etc. y faire une ouverture pour en tirer le vin.

    Par extension, percer du vin, percer un tonneau de vin. …Défenses [aux voituriers] de s'éloigner desdits grands chemins …de percer et beuveter lesdits vins, Arrêt du parlement, 19 juin 1610.

    Percer une porte, une croisée, faire l'ouverture nécessaire pour l'établissement d'une porte, d'une fenêtre.

    Percer à jour, voy. JOUR, n° 30.

  • 2Blesser, tuer avec un instrument tranchant ou piquant. L'autre jour, en entrant dans un bal, un gentilhomme breton fut poignardé par deux hommes habillés en femme ; l'un le tenait, l'autre lui perçait le cœur à loisir, Sévigné, 409. Par les traits de Jéhu je vis percer le père, Racine, Athal. I, 1. Tu seras bien surpris quand tu sauras que j'ai été percé d'autant de coups, au milieu du sénat, par mes meilleurs amis, Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 39 (César et Caton) Les bêtes qu'elles [les nymphes] avaient percées de leurs flèches, Fénelon, Tél. I. Cyrus courut un grand danger ; son cheval, qu'un soldat avait percé sous le ventre, s'étant abattu…, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 217, dans POUGENS.

    Fig. Elle n'a pas souffert de ces cruelles pointes de douleur qui percent le corps, qui déchirent l'âme…, Fléchier, Mme de Mont.

    Se percer le cœur, percer à soi le cœur. Le premier… se perça le sein à ses pieds, La Bruyère, III.

    Par exagération. Les os lui percent la peau, se dit d'une personne très maigre.

  • 3Faire des ouvertures, des chemins à travers des constructions, à travers un terrain. Quelle main a percé ces longues avenues ? Dancourt, Céphale et Procris, I, 1. Le tout fut vendu en 1651 à différents particuliers, qui commencèrent à bâtir et à percer les rues que nous voyons, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 72, dans POUGENS.

    Percer un pays, y faire des routes.

    On dit dans le même sens : percer une forêt, un bois.

  • 4Passer à travers. Un jour ou deux de pluie, mais non pas assez forte pour percer les tentes, ni les manteaux, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 64, dans POUGENS. Mes sueurs sont si extrêmes, que je perce jusqu'à mes matelas, Sévigné, 281.

    On dit dans le même sens : percer quelqu'un. Qui sont percés par les pluies des montagnes, et qui, se trouvant sans vêtements, se mettent à couvert sous les rochers, Sacy, Bible, Job, XXIV, 8.

    Le soleil perce le nuage, les rayons du soleil passent à travers le nuage.

    La lumière perce les ténèbres, se fait apercevoir malgré les ténèbres, les écarte, les dissipe. Ce bois formait une nuit que les rayons du soleil ne pouvaient percer, Fénelon, Tél. I. Un rayon de lumière perce l'horreur des cachots, Massillon, Or. fun. Villars. J'aime à revoir encor pour la dernière fois Ce soleil pâlissant dont la faible lumière Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois, Lamartine, Méd. l'Automne.

    Fig. La vérité a percé les ténèbres de l'idolâtrie, Dict. de l'Académie.

  • 5Passer au travers d'une troupe, en s'y ouvrant un passage. Il pousse dans nos rangs, il les perce, et fait voir Ce que peut la vertu qu'arme le désespoir, Corneille, Pomp. V, 3. Je n'ai percé qu'à peine Les flots toujours nouveaux d'un peuple adorateur, Racine, Bérén. I, 3. Trois jeunes Hébreux percent l'armée ennemie, Massillon, Carême, Prosp. Impuissant à percer une telle cohue, Boissy, Impatient, III, 4.

    Fig. Quelle foule de concurrents faut-il percer pour en venir là ! Massillon, Pet. carême, Drap.

    Passer à travers un pays, un espace. D'où vient donc que son influence [d'une planète] Agit différemment sur ces deux hommes-ci ? Puis comment pénétrer jusques à notre monde ? Comment percer des airs la campagne profonde ? Percer Mars, le soleil, et des vides sans fin ? La Fontaine, Fabl. VIII, 16. Le comte d'Harcourt se dérobe de l'armée, perce le royaume nuit et jour, et arrive aux portes de Brisach, Saint-Simon, 9, 110. Quel est cet inconnu dont la vue indiscrète Ose troubler la reine, et percer sa retraite ? Voltaire, Mérope, III, 2.

    Percer les buissons, les halliers, les forêts, passer au travers des buissons, des halliers, etc.

  • 6Percer l'air, le ciel de cris, pousser des cris qui se font entendre au loin. Elle perçait le ciel de ses plaintes, Voltaire, Zadig, 1. Qui perçaient l'air de leurs cris, Rousseau, Ém. II. Les femmes, perçant l'air d'horribles hurlements, Dans l'enceinte royale errent désespérées, Delille, Énéide, II.

    Ses cris percent l'air, percent la nue, se font entendre au loin.

    Fig. Ils auront beau faire : je me ris des machines qu'ils entassent sans cesse autour de moi… le cri de la vérité percera le ciel tôt ou tard, Rousseau, Lett. à M. de Tonnerre, Corresp. t. VII, p. 95, dans POUGENS.

    Crier à percer les oreilles, pousser des cris aigus. Des cris pitoyables percèrent ses oreilles, Scarron, Rom. com. II, 14. Un cri qui perce les oreilles, Bossuet, Sermons, Tristesse, 2.

  • 7Percer les nuits, les passer sans dormir, en parlant d'une occupation quelconque. Une femme… qui, n'ayant pas, à l'entendre parler, assez de force pour soutenir quelques moments de réflexion sur les vérités du salut, trouve néanmoins assez de santé pour percer les nuits, dès qu'il est question de son jeu, Bourdaloue, Dimanches, 3e dim. après Pâq. Divert. du monde.
  • 8 Fig. Faire éprouver une vive affliction. Et vous, madame, Retenez des soupirs dont vous me percez l'âme, Corneille, Nicom. IV, 1. Je viens percer un cœur que j'adore, qui m'aime ; Et pourquoi le percer ? qui l'ordonne ? moi-même, Racine, Bérén. IV, 4. Ces paroles percèrent Télémaque jusqu'au fond du cœur, Fénelon, Tél. VII. La fable des deux pigeons lui perça le cœur ; il était bien loin de pouvoir revenir à son colombier, Voltaire, Ingénu, 12.
  • 9 Fig. Découvrir, apercevoir par les yeux de l'esprit. N'est-ce pas l'homme… Dont la vaste science, embrassant toutes choses, A fouillé la nature, en a percé les causes ? Boileau, Sat. VIII. Perce la sainte horreur de ce livre divin [la Bible], Boileau, ib. Déjà de sa naissance et de votre dessein On commence, seigneur, à percer le mystère, Racine, Athal. III, 6.

    Percer les motifs, les pénétrer. Ce grand juge des cœurs perce d'un œil sévère Les plus secrets motifs de nos intentions, Corneille, Imit. I, 15,

    Percer l'avenir, le prévoir. Protée, à qui je dois le jour, Du plus sombre avenir perce la nuit obscure, Quinault, Phaét. I, 3.

  • 10 V. n. Se faire ouverture. L'abcès a percé de lui-même. M. le Dauphin a été enrhumé ; mais on croit que c'est une de ses dernières dents qui ont percé, Maintenon, Lett. à la reine d'Angleterre, 18 juin 1715.

    En ce sens, percer se construit avec l'auxiliaire avoir quand on veut exprimer l'action : la dent a percé ce matin ; avec l'auxiliaire être, quand on veut exprimer l'état : la dent est percée depuis ce matin.

  • 11Pénétrer. Le coup perce dans les chairs.
  • 12Percer, se laisser traverser par l'eau, par un liquide. Cette étoffe, ce cuir ne perce point. L'impôt sur les papiers a tellement dénaturé leur fabrication, que je n'en puis plus trouver pour noter qui ne perce pas, Rousseau, Lett. à M. de M***, sur la bot. Mél. t. VII, p. 182, dans POUGENS.
  • 13Cette maison perce dans deux rues, perce d'une rue à l'autre, elle a issue dans deux rues différentes.
  • 14Percer, se faire un chemin au travers de. Battre toujours les Perses en plaine, en défilé, prendre leurs villes, percer jusqu'aux Indes, Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. XXIX. Quand on eut perce en Amérique jusque sous la ligne, Voltaire, Mœurs, 145. Condé, suivi de deux mille chevaux, perça à travers l'armée des assiégeants, Voltaire, Louis XIV, 6.

    Percer au delà des cieux, s'élever plus haut que les cieux. La foi, dont l'humble vol perce au delà des cieux, Pour cette vérité trouve seule des yeux, Corneille, Œuv. div. Louanges de la Vierge.

  • 15Il se dit de la lumière, des rayons qui pénètrent. Le soleil perce à travers les nuages. Un rayon de lumière commence à percer dans l'horreur de ces ténèbres, Massillon, Carême, Prière 2.

    Il se dit de nuances qui se font voir à travers d'autres. Cette même couleur olive perce dans le brun noirâtre des pennes des ailes, Buffon, Ois. t. IX, p. 464.

  • 16En vénerie, le cerf perce, il tire de long.

    Il se dit aussi du loup. On peut chasser le loup avec des chiens courants ; mais, comme il perce toujours droit en avant, et qu'il court tout un jour sans être rendu…, Buffon, Quadrup. t. II, p. 100.

    Percer au fort, piquer au fort, passer à travers les endroits les plus fourrés.

    Perce, perce ! se dit aux chiens lorsqu'ils traversent une route.

  • 17 Fig. Percer dans, percer jusqu'à, apercevoir au loin des yeux de l'esprit. Oh ! que cela me plaît ! lui répondis-je, que j'en vois de belles conséquences ! je perce déjà dans les suites ; que de mystères s'offrent à moi ! Pascal, Prov. IV. Il perçait dans tous les secrets et démêlait toutes les intrigues, découvrait les entreprises les plus cachées et les plus sourdes machinations, Bossuet, le Tellier. Combien de fois, perçant jusqu'au fond de vos consciences…, Fléchier, I, 159. Soit qu'il rappelle le passé, soit qu'il considère tout ce qui se passe à ses yeux, soit enfin qu'il perce dans cet avenir formidable auquel il touche, Massillon, Avent, Mort du péch. Percez jusque dans les motifs des actions les plus éclatantes et des plus grands événements, Massillon, Petit carême, Fauss. de la gloire.
  • 18 Fig. Percer, se déceler, se manifester. Cependant le vrai avait percé à la longue, Fontenelle, Geoffroy. Il fallait bien que mon histoire eût percé, Marivaux, Marianne, 7e part. Le naturel et les grâces de la nation perçaient encore à travers tant de calamités et de fureurs, Voltaire, Mœurs, 173. Tout le premier, lui-même, il en raille [de critiques], il en rit ; Grimace ! l'auteur perce, il les lit, les relit, Piron, Métr. I, 3. Dans Marivaux, l'impatience de faire preuve de finesse et de sagacité perçait visiblement, Marmontel, Mém. IV. Va, va, le caractère enfin perce toujours, Collin D'Harleville, Chât. en Espagne, II, 5. L'amour du plaisir perçait au milieu de tant d'excellentes qualités, mais il n'en troublait pas l'exercice, Barthélemy, Anach. ch. 5. Le vrai système du monde, qui perçait de toutes parts dans les phénomènes, Laplace, Expos. V, Préface. Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte, Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, Hugo, F. d'aut. 1.

    Percer, arriver jusqu'à, se faire jour. Que de belles nouvelles envoyées de canaille à canaille, et perçant chez les oisifs honnêtes gens du beau monde de Paris ! Voltaire, Lett. d'Argental, 15 mars 1751.

  • 19 Fig. Percer, sortir de la foule, se faire connaître. On a bien de la peine à percer. Le génie de Shakspeare perça au milieu de la barbarie, Voltaire, Mœurs, 121. Aujourd'hui on est très disposé à permettre que ce livre [un livre sur la tolérance] perce dans le public avec quelque discrétion, Voltaire, Lett. d'Alembert, 1er mars 1764. Votre mérite a déjà percé, Poinsinet, Cercle, sc. 5.
  • 20Se percer, v. réfl. Être percé. Ces sortes de bois se percent facilement.
  • 21Se traverser le corps avec une arme. Je me perçai moi-même à Utique après la bataille de Thapse, pour ne point survivre à la liberté, Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. XXXIX (César et Caton).

    Fig. Il s'est percé de ses propres traits, c'est-à-dire en voulant nuire à autrui, il s'est nui à lui-même.

    Se percer l'un l'autre, se dit de personnes qui se blessent ou tuent réciproquement avec des armes tranchantes.

  • 22 Fig. Être touché, ému. J'en verse [des larmes], et plût à Dieu qu'à force d'en verser Ce cœur trop endurci se pût enfin percer ! Corneille, Poly. IV, 3.

REMARQUE

Cet enfant a percé ses premières dents ; dites : les premières dents ont percé à cet enfant.

HISTORIQUE

XIe s. Ma hanste est fraite, et percet mon escut, Ch. de Rol. CL.

XIIe s. Que l'aive [eau] seut [a coutume de] percier la pierre bise, Couci, X.

XIIIe s. Maint hiaume decoupé, mainte targe percie, Berte, CXLIV. Et les autres gens deivent aveir persiées les paumes d'un fer chaut, Ass. de J. 112.

XIVe s. Et toutes autres monoies contrefaittes… dès maintenant chiessent [tombent] et soient percées et du tout abbatues, et n'aient point de cours, fors que au marc pour billon, Ordonn. 5 janv. 1315.

XVe s. Je sens ces mots mon cuer percer Si doulcement, que ne sauroye Le confort au vray vous mander, Que votre messaige m'envoye, Orléans, Bal. 36. Lorsqu'on perce chez mon voisin Un tonneau de bon cidre plein…, Basselin, XXXIII. Bas percé [réduit], Vigiles de Charles VII, p. 11, dans LACURNE. Il fit trop grande pluie, dont elle eut bien sa part, car elle fut percée et baignée jusques à la peau, Louis XI, Nouv. XL.

XVIe s. D'ung sault persoyt [franchissait] ung fossé, volloyt sus une haye, Rabelais, Garg. I, 23. J'auray saulté trenchées, et percé oultre tout leur camp, d'avant que ilz m'ayent apperceu, Rabelais, Pant. II, 24. Cela perçoit le cueur à Agesilaus, Amyot, Agésil. 50. S'il y a quelque esperance qui luy rie, incontinent soing et sollicitude perce, qui comme une nuée vient à brouiller et troubler toute la serenité du beau temps, Amyot, Du vice et de la vertu, 5. Maison mal aërée, mal percée, obscure, froide, et mal saine, Amyot, De la curios. 1. La nuit d'après, la garnison perce et s'en va, D'Aubigné, Hist. II, 92. Par la sueur, la peste s'en ira sans percer, De Serres, 949.

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Percer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PERCER, v. act. (Gram.) c’est pratiquer une ouverture. Il se prend au simple & au figuré. On dit percer un mur, percer la foule, percer les nuits, percer dans le monde, percer un complot, &c.

Percer, en terme de Boutonnier, c’est faire quatre trous les uns après les autres à l’endroit tracé par la marque avec une pointe montée sur une mollette ou petite roue tournée dans la poupée avec la grande roue du rouet ; au moyen de la corde, qui de l’une tombe sur l’autre. Voyez Pointes.

Percer, l’aiguille, terme d’Epinglier ; c’est former le trou d’une aiguille par le moyen d’un petit poinçon d’acier bien trempé, que l’on frappe avec un marteau sur l’enclume de chaque côté du plat de la tête de l’aiguille.

Percer, en terme de Cloutier, faiseur d’aiguille de chirurgien ; c’est marquer le trou de l’aiguille sans enlever la piece.

Percer, (Jardinage.) se dit des traces qu’on fait sur une couche pour y semer des raves : on dit encore faire de beau percés, quand on ouvre des routes dans une forêt, des allées dans un bois.

Percer une étoffe, (Lainage.) on le dit des étoffes qui, à force d’être foulées, deviennent trop étroites, & perdent de la largeur ordonnée par les reglemens.

Percer, en terme de Potier ; c’est faire des trous au-tour d’un rechaud & à sa grille, pour donner de l’air au feu.

Percer, en terme de Rafineur ; c’est l’action de faire legerement un trou dans la tête du pain avec un prime, pour donner passage au syrop qui y descend. Voyez Prime & Sirop.

Percer, terme de Chasse, se dit & d’une bête qui tire de long, & s’en va sans s’arrêter, & du piqueur qui perce dans le fort ; le cerf a percé dans le bois, il faut percer dans ce fort.

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Étymologie de « percer »

Étymologie de percer - Littré

Picard, percher et puter ; bourg. parcé ; sicilien, pirciari ; angl. to pierce. Ménage, et, à sa suite, Diez et Burguy tirent percer de pertuiser (voy. PERTUIS) ; provenç. pertusar, ital. pertugiare ; mais c'est là une contraction excessive qu'on ne peut admettre sans des intermédiaires, qui manquent ici. On trouve dans du Cange persicior, signifiant très aigu, en un texte très ancien puisqu'il est de Hincmar : persiciorem romphaeam, non obtusiorem ; dans Festus, la glose persicus, expliquée par peracutus ; y aurait-il là quelque rapport à percer ? Percidere, qui signifie percer, aurait donné percire, comme occidere, occire. Scheler est tenté d'y voir un verbe formé de la préposition par, comme avancer de abante ; cette conjecture est digne d'attention ; l'exemple de Rabelais : percer un fossé, le franchir, la favorise.

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Étymologie de percer - Wiktionnaire

Du latin populaire *pertusiare « percer », dérivé de pertusum, supin de pertundere « percer », → voir pertuis.
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Phonétique du mot « percer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
percer pɛrse play_arrow

Conjugaison du verbe « percer »

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  • Le cancer dont l'homme, ce grand scientifique, cherche en vain à percer les secrets alors que, Dieu merci, il a triomphalement percé ceux de la machine à sécher le linge et ceux de l'action du vent sur les cerfs-volants. De Jacques Sternberg / Lettre ouverte aux Terriens
  • La nécessité est l'écran mis entre Dieu et nous pour que nous puissions être. C'est à nous de percer l'écran pour cesser d'être. De Simone Weil / La pesanteur et la grâce
  • Dans notre vie, nous essayons de percer le brouillard, nous espérons qu'il y a une terre quelque part. De Martin Scorsese / Le Monde du 24 février 2010
  • L'un des grands intérêts de la vie est de percer la carapace des autres tandis que de son côté on présente les facettes les plus diverses... De Jean-Marie Poupart / Que le diable emporte le titre
  • Aucune âme n'est entièrement hors d'atteinte. Il existe toujours un moyen de percer la carapace des coeurs les plus endurcis. De Jean Filiatrault / Le refuge impossible
  • Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. De Gérard de Nerval / Aurélia
  • Face à une oeuvre d'art, on ne doit pas rêver, mais s'attacher à en percer la signification. De Arnold Schoenberg
  • Contrairement à ce qu’on peut penser, un simple regard peut percer le fond des puits et nous sauver. De Hafid Aggoune / Premières heures au paradis
  • La sculpture, comme tous les arts, est une voie royale pour connaître le monde et en percer les secrets. De Olivier Delahaye / Le Ventre lisse
  • Un recueil de pensées ressemble à ces lignes militaires trop étendues que l'ennemi peut percer en mille endroits. De Louis de Bonald
  • Le but de notre voyage, de notre quête est de parvenir à percer le mystère des choses de la vie. De Proverbe africain
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  • L'eau douce gouttant sur la pierre dure finit par la percer. De Proverbe brésilien

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Traductions du mot « percer »

Langue Traduction
Corse drill
Basque zulatzeko
Japonais ドリル
Russe дрель
Portugais broca
Arabe تدريبات
Chinois 钻头
Allemand bohren
Italien trapano
Espagnol atravesar
Anglais drill
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Synonymes de « percer »

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Antonymes de « percer »



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