Commettre : définition de commettre


Commettre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

COMMETTRE1, verbe trans.

A.− MAR., TECHNOL. [Le compl. d'obj. désigne une chose] Mettre ensemble, réunir par torsion les éléments qui composent un cordage. Commettre un cordage (Ac. 1835-1932) :
1. Les grelins composés de cordes commises ensemble par câblage, c'est-à-dire par torsion générale de l'ensemble et torsion partielle de chaque corde en sens inverse de la torsion générale. J. Bourde, Les Trav. publ.,t. 1, 1928, p. 28.
B.− Littér. [Le compl. d'obj. désigne une pers., une qualité attachée à la pers.] Commettre qqn ou qqc. (avec ou, plus rarement, à).Mettre malencontreusement avec quelqu'un ou quelque chose, exposer mal à propos. Synon. usuel compromettre.[Je] ne veux point vous commettre avec les puissances en vous contraignant à vous expliquer sur d'aussi grands intérêts (Courier, Lettre à M. Renouard,1810, p. 251).De fois à autre ne faut-il pas déblayer un peu toute cette racaille où nous commet la vie active (Barrès, Le Jardin de Bérénice,1891, p. 148):
2. ... le Juif portera sur les épaules une pèlerine avec un insigne, et le Maure une cape verte (...) ceux [des chrétiens] qui se compromettent avec eux hésiteront à commettre leur noblesse aux yeux du monde. Camus, Le Chevalier d'Olmedo,adapté de F. Lope de Vega, 1957, p. 775.
Emploi abs. Commettre sa réputation (Ac. 1932).
Emploi pronom. réfl. Se commettre avec qqn ou qqc.Entretenir des relations compromettantes ou déshonorantes. En évitant de me commettre avec les ennuis et de prendre acte de leur existence, je ne les supprime pas (Amiel, Journal intime,1866, p. 511):
3. Mais je me sentais fort éloignée de la plupart de ces étudiants avec qui je me commettais : la liberté de leurs mœurs m'effarouchait. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 241.
Prononc. et Orth. : [kɔmεtʀ ̥], (je) commets [kɔmε]. Ds Ac. 1835-1932. Homon. comète (p. rapp. à (ils) commettent), commis (p. rapp. au part.). Étymol. et Hist. V. commettre3.
DÉR. 1.
Commettage, subst. masc.,mar., technol. Opération par laquelle on commet un cordage. Le commettage a pour effet d'augmenter l'extensibilité [d'un câble] (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 997). [kɔmεta:ʒ]. Gattel 1841 : ko-mé-ta-je. Cependant, Gattel syllabisant, l'oppos. avec la plupart des transcr. sur la qualité du e n'est pas significative. 1reattest. 1752 (Trév.); de commettre1suff. -age*.
2.
Commetteur, subst. masc.,mar., technol. Ouvrier qui fait le commettage. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e, Lar. encyclop., Littré, Guérin 1892, Quillet 1965. Dernière transcr. ds Littré : ko-mè-teur. 1reattest. 1753 « celui qui commet un cordage » (Encyclop. t. 3); de commettre1, suff. -eur2*. Fréq. abs. littér. : 1.

COMMETTRE2, verbe trans. dir. et indir.

A.− [Le compl. d'obj. dir. désigne l'obj. concr. ou abstr. d'une prise en charge, l'obj. second désigne la pers. à qui est confiée la charge] Vieilli. Commettre qqc. à qqn.Confier, donner en charge quelque chose à quelqu'un. Je commets à vos soins l'empire de ma miséricorde, et je me réserve celui de ma justice (Chateaubriand, Les Martyrs,t. 1, 1810, p. 48).Je pensais déjà entre mes amis à qui je pourrais commettre ma vieillesse nécessiteuse et disgraciée (Maine de Biran, Journal,1815, p. 69).
B.− [Le compl. d'obj. dir. désigne une pers., l'obj. second désigne la charge] Désigner pour remplir une mission, une charge.
Littér. Commettre qqn à, pour qqc.Préposer quelqu'un à quelque chose, le charger de quelque chose. Il [Henri II] commanda que Spifame fût gardé dans un de ses châteaux de plaisance, par des serviteurs commis à cet effet (Nerval, Les Illuminés,1852, p. 30):
1. ... le roi voyant qu'il n'y pouvait vaquer lui-même personnellement (...) commit, ordonna et députa ledit cousin pour aviser, conduire et mettre à bonne et prompte fin et conclusion (...) cette affaire... Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 3, 1821-24, p. 250.
Spéc., DR, Désigner, nommer à une fonction déterminée. Commettre un juge pour informer; commettre un huissier. Soyez prêt à comparaître devant monsieur Marest, juge d'instruction commis à cette affaire (Balzac, L'Envers de l'hist. contemp.,L'Initié, 1848, p. 451):
2. Ce n'est pas un rapport : nulle ordonnance n'a commis le lieutenant Marchand; il s'est mis spontanément à la disposition de la justice et de la défense nationale. Barrès, Mes cahiers,t. 12, 1919-20, p. 276.
Commettre un rapporteur. Désigner un juge pour être rapporteur dans une affaire.
Avocat commis ou désigné d'office. Cf. Avocat1, avocate.
Prononc. et Orth. Ds Ac. 1694-1932. Pour le reste, cf. commettre1. Étymol. et Hist. V. commettre3.

COMMETTRE3, verbe.

[Le compl. d'obj. désigne une action humaine répréhensible ou malencontreuse] Faire, se rendre coupable de. Commettre un crime, un péché, une erreur. Celui qui attend le moment de commettre un assassinat croit toujours entendre pousser des cris sourds dans l'air (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 640).« L'expérience nous enseigne que les mêmes hommes commettent toujours les mêmes fautes » (Barrès, Mes cahiers,t. 4, 1904-06, p. 164).Il lui arrivait bien parfois de commettre une maladresse : briser un verre, confondre les apéritifs (Dabit, L'Hôtel du Nord,1929, p. 31):
Mon oncle eut un mouvement froissé, comme si je venais de commettre une grosse inconvenance; et il ajouta : « Ne plaisante pas; Gaston, il y a des railleries déplacées... » Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Mon Oncle Sosthène, 1882, p. 27.
SYNT. Commettre un sacrilège, une trahison, une imprudence, une indiscrétion.
Emploi pronom. avec sens passif. Se commettre.Avoir lieu. Cette âme est pleine d'ombre, le péché s'y commet (Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 22).
Lang. adm. [En constr. impers.] Vous ne craignez point que, pendant votre absence, il se commette de nouveaux attentats? (G. Leroux, Le Mystère de la chambre jaune,1907, p. 124).
Rem. On rencontre ds la docum. le subst. commetteur. Les peines que les lois ordonnaient contre les commetteurs de crimes de lèse-majesté (Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, t. 4, 1821-24, p. 328).
P. ext., fam. ou iron. [L'obj. désigne un être, une chose dont on est responsable] Amener à l'existence, produire. Il [Flaubert] vient de commettre un nouveau roman qui s'appelle Salammbô (Mérimée, Lettres à une inconnue,1870, p. 208).Est-ce que j'aurai un jour tant d'enfants que ça? Et quel est le monsieur qui m'inspirera l'envie d'en commettre avec lui? (Colette, Claudine à Paris,1901, p. 30).
Prononc. et Orth. Ds Ac. 1694-1932. Pour le reste cf. commettre1. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1216 « mettre en vente » (R. de Clary, Constantinople, éd. Lauer, XXXIV, 46 : [uns markaans] ... commist le blé a .x. besans qui estoit a.c.), attest. isolée; 2. ca 1260 dr. la cause fut commisez sanz apeau (Livres de Justice et de plet, éd. Rapetti, p. 13); 1310-14 « confier quelque chose à quelqu'un » (G. Du Bus, Fauvel, éd. Långfors, 454), surtout dans la lang. class.; 3. 1322 dr. « désigner quelqu'un pour faire quelque chose » (ds Morlet); 1563 commettant (ds Kuhn, p. 212). B. Ca 1370 commettre adultere (Oresme, Eth., 143 ds Littré). C. Fin xvies. « mettre aux prises [deux personnes] » (D'Aubigné, Sa Vie à ses enfants, I, 38 ds Hug.); av. 1654 se commettre avec qqn (Balz., liv. VI, lett. 5 ds Littré). D. 1597 « mettre ensemble » [des matières liquides] (Liebault, Mais. rust., p. 541 ds Hug.); 1752 terme de cordier (Trév.). Empr. au lat. class. committere littéralement « mettre plusieurs choses ensemble » d'où « mettre aux prises », « donner à exécuter [une tâche], confier [quelque chose] », « mettre à exécution, se rendre coupable de »; D reflète le sens littéral du verbe, prob. à travers le lat. médiév. (attesté en Italie en 1271 ds DEI).
STAT. − Commettre1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 1 772. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 651, b) 2 095; xxes. : a) 3 032, b) 2 327.
BBG. − Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, pp. 21-22.

Commettre : définition du Wiktionnaire

Verbe

commettre \kɔ.mɛtʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Faire tel ou tel acte blâmable.
    • Abus et fraudes qui se commettent au pèsement des monnaies et des autres matières d’or et d’argent. — (Catalogue de l’histoire de France, page 273, Bibliothèque nationale, 1861)
    • Vers 1255, le bailli de Pont-Audemer, nommé Jean de Neuvy, était sous le poids des plus graves accusations, et parmi les nombreux méfaits qui lui étaient reprochés se trouvait l’impunité d'un assassinat commis sur un homme de Bourneville. — (Louis-Etienne Charpillon, Dictionnaire historique, géographique, statistique de toutes les communes de l'Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, page 532)
    • Les corsaires qui commandaient le navire furent donc très satisfaits ; ils le furent peut-être un peu moins… quand ils apprirent que les capitaines qui ne dressaient pas un inventaire fidèle de leurs prises commettaient, eux, un vol irrémissible, s’ils ne restituaient pas aux armateurs tout ce qu’ils détournaient. — (Étienne Dupont, Le vieux Saint-Malo : Les Corsaires chez eux, Édouard Champion, 1929, p. 49 & 50)
    • La question de savoir si une infraction a été commise dans une intention frauduleuse ou à dessein de nuire gît donc en fait et est dès lors laissée à l'appréciation souveraine du juge du fond. — (Laurence Deklerck, ‎Roland Forestini & ‎Philippe Meurée, Manuel pratique d'impôt des sociétés, De Boeck Supérieur, 2003, page 369)
  2. Préposer quelqu’un à quelque chose.
    • Le curé de Melotte paissait depuis trente longues années le petit troupeau que le Seigneur, […], avait commis à sa garde. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Il fut commis à l’exercice de telle charge. — Ce sont des gens qu’on a commis exprès pour cela.
  3. (Droit) Nommer un juge.
    • Un juge avait été commis la veille au soir pour procéder à l’interrogatoire de Brigitte et à l’enquête relative à la découverte de la malle verte. — (Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas, Les Souliers du mort, 1912, Éditions Robert Laffont, Bouquins, tome 5, page 981)
    • On a commis tel juge pour informer.
    • Juge commis pour examiner une affaire.
    • Commettre un rapporteur, dans une affaire
  4. Confier.
    • J’ai commis cela à vos soins.
    • Je vous en ai commis le soin.
    • Un dépôt commis aux soins de quelqu’un.
  5. Compromettre, exposer mal à propos à quelque danger, à quelque embarras, à quelque avanie, etc.
    • Commettre sa réputation.
    • Se commettre avec quelqu’un, Se mettre en rapports avec des gens méprisables.
    • Vous ferez bien de ne vous pas commettre avec lui, c’est un homme dangereux.
  6. (Marine) Tordre ensemble plusieurs torons pour en former un cordage.
    • M. de Coulombe écrivit à M. le Comté de Maurepas qu’il étoit content des manœuvres dormantes, mais que les manœuvres courantes avoient été commises trop peu, qu’elles s’étripoient, qu’au reste il avoit fait mettre ces manœuvres dans un Magasin, pour qu’on leur fît souffrir telle épreuve qu’on jugeroit convenable. — (Henri Louis Duhamel du Monceau, Traité de la Fabrique des Manoeuvres pour les Vaisseaux, 1769, chap. 12, page 406)
  7. (Familier) (Ironique) Produire (un livre, un film, etc.).
    • J’ai bien sûr comme beaucoup de mes collègues tenté d’écrire des livres. J’ai commis un roman policier mal foutu, immature, les éditeurs l’ont refusé et ne m’ont pas encouragé à en écrire un autre. — (Bertrand Arbogast, La Tondue, L’Harmattan, 2010)
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Commettre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COMMETTRE. (Il se conjugue comme METTRE.) v. tr.
Faire tel ou tel acte blâmable. Commettre un crime, une faute, une méchante action. Commettre un péché. Il n'a commis en cela qu'une faute légère. Ils commirent de grands excès. Il signifie aussi Préposer quelqu'un à quelque chose. Commettre un homme à un emploi. Il fut commis à l'exercice de telle charge. Ce sont des gens qu'on a commis exprès pour cela. En termes de Pratique, On a commis tel juge pour informer. Juge commis pour examiner une affaire. Commettre un rapporteur, Nommer un juge pour être rapporteur dans une affaire Il signifie encore Confier. J'ai commis cela à vos soins. Je vous en ai commis le soin. Un dépôt commis aux soins de quelqu'un. Il signifie aussi Compromettre, Exposer mal à propos à quelque danger, à quelque embarras, à quelque avanie, etc. Commettre sa réputation. Se commettre avec quelqu'un, Se mettre en rapports avec des gens méprisables. Vous ferez bien de ne vous pas commettre avec lui, c'est un homme dangereux. En termes de Marine, il signifie Tordre ensemble plusieurs torons pour en former un cordage. Commettre un cordage.

Commettre : définition du Littré (1872-1877)

COMMETTRE (ko-mè-tr'), je commets, tu commets, il commet, nous commettons ; je commettais ; je commis ; je commettrai ; je commettrais ; commets ; que je commette, que nous commettions ; que je commisse ; commettant ; commis v. a.
  • 1Proprement, mettre ensemble ; usité seulement, au propre, en termes de marine. Tordre ensemble plusieurs torons pour en former un cordage.
  • 2Mettre ensemble, dans le sens de préposer. Je vous commets au soin de nettoyer partout, Molière, l'Av. III, 1. Et mille observateurs que j'ai commis exprès Ont si bien vu leurs feux qu'ils ne sont plus secrets, Rotrou, Vencesl. II, 3. Il commit un Alcide au fardeau d'un Atlas, Rotrou, St-Gen. I, 1. Le roi commit des membres de son conseil d'État pour vider les procès en dernier ressort, Voltaire, Siècle de Louis XV, 36.

    Commettre un rapporteur, un juge dit juge commissaire, chargé de faire un rapport dans une affaire, de procéder à certaines opérations. Commettre un huissier, dit huissier commis, désigné par le juge, à l'effet de faire une signification.

    Absolument. Chamillart ne voulut plus être rapporteur d'aucune affaire, et remit au greffe celles dont il se trouvait chargé, et pria le président d'y commettre, Saint-Simon, 70, 153.

  • 3Mettre ensemble dans le sens de confier. Notre Atlas… Te commet de l'État l'entier gouvernement, Régnier, Sat. VI. Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis, Corneille, Cinna, IV, 3. Leur feignant un secret que César m'a commis, Rotrou, Bélis. II, 8. Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite D'avoir depuis Bologne accompagné ce fils Qu'à sa discrétion vos soins avaient commis, Molière, l'Étour. IV, 3. Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis, Racine, Athal. II, 7. Défendre jusqu'au bout les jours qu'ils m'ont commis, Racine, Baj. V, 10. Un roi victorieux A commis à mes soins ce dépôt précieux, Racine, Esth. prol. Les mains à qui Rome a commis l'empire des humains, Racine, Brit. II, 3. C'est à leurs doctes mains, si l'on veut les en croire, Que Phébus a commis tout le soin de sa gloire, Boileau, Disc. au roi. Il commet à Josué ce qui reste à faire, Bossuet, Hist. II, 3. Ce fut à cette garde fidèle que la reine commit ce précieux dépôt, Bossuet, Reine d'Anglet. Enfin ils étaient prêts d'en venir aux mains et de commettre leur réputation au sort d'une bataille, Voltaire, Louis XIV, 12.
  • 4Mettre ensemble, dans le sens de compromettre, mêler quelqu'un dans quelque affaire désagréable. Commettre le père avec le fils, les mettre dans le cas de se brouiller ensemble. Afin de les commettre l'un contre l'autre, Corneille, Ex. de Rod. Je ne crois point vous avoir commise, Sévigné, 263. Il n'est propre qu'à commettre deux personnes qui veulent s'accommoder, La Bruyère, Théophr. 12. Si vous vous obstinez à n'être jugé que par les consuls, vous commettrez le sénat avec le peuple, et vous allumerez une sédition, Vertot, Révol. rom. liv. II, p. 166. Quoi ! vous osez commettre un homme tel que moi Avec des malheureux si peu dignes de foi ! Voltaire, Catil. I, 3.

    En parlant des choses. Qu'eussé-je fait, Pollux, en cette extrémité Qui commettait ma vie avec ma loyauté ? Corneille, Médée, I, 1. Sans commettre l'autorité du roi son seigneur, Bossuet, Reine d'Anglet. Nous sommes attachés à un peu d'honneur que nous avons dans le monde, nous ne voulons pas le commettre, Fléchier, Serm. I, 281. Abandonner leurs États à des dissensions domestiques et commettre leur dignité à des jalousies étrangères, Fléchier, ib. I, 207. Voilà comme il évitait d'entrer en conversation et de commettre sa suffisance, Montesquieu, Lett. pers. 101. Henri IV [d'Allemagne] ne fit que commettre son autorité en écrivant au pape qu'il le déposait, Voltaire, Mœurs, 46. Le sultan ne voulait point commettre son honneur et celui de l'empire ottoman, en exposant le roi à être pris sur la route par ses ennemis, Voltaire, Charles XII, 6.

    Absolument. A-t-on bien prévu et réglé le cérémonial ? Le moindre mécompte commettrait beaucoup.

  • 5Exposer. Craignant de vous commettre aux affronts d'un refus, Racine, Iph. II, 4. Mais à d'autres périls je crains de le commettre, Racine, Baj. IV, 1.
  • 6Faire, en parlant d'un acte répréhensible. Commettre un péché, une faute, un délit, un crime. Ils commirent de grands excès. L'amour que j'ai pour vous a commis cette offense, Corneille, Nicom. II, 2. On ne me verra point survivre à votre gloire, Si vous allez commettre une action si noire, Racine, Brit. IV, 3. Si mon cœur eût commis cette horrible injustice, Voltaire, Tanc. V, 6.
  • 7Se commettre, v. réfl. Se confier. Qui… Se commet aux hasards de l'amoureuse mer, Régnier, Épît. II. [Agnès] N'a plus voulu songer à retourner chez soi, Et de tout son destin s'est commise à ma foi, Molière, Éc. des f. V, 2.
  • 8Compromettre sa dignité, son caractère, ses intérêts. Il y aurait de la honte pour lui de se commettre avec un père étourdi, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5. Des généraux d'armée Ne se commettent point contre un aventurier, Corneille, D. Sanche, I, 5. Il y a des gens avec lesquels il ne faut jamais se commettre [se familiariser], La Bruyère, V. Lucien ne voulait point se commettre avec Diogène qu'il craignait, Fontenelle, Jug. de Pluton. Un seul officier supérieur qui eût voulu profiter de la confusion pour faire battre son général, le pouvait aisément sans se commettre, Voltaire, Siècle de Louis XIV, 16. Je veux bien avec toi descendre à me commettre, Voltaire, Tanc. III, 6. Ces agaceries dont les femmes savent user sans se commettre, Rousseau, Conf. VI. Que revient-il de se commettre avec le public ? des tracasseries de comédiens, des jalousies d'auteurs…, Voltaire, Lett. à Mme du Bocage, 3 sept. 1758.
  • 9S'exposer. La reine, à peine sortie d'une tourmente si épouvantable, ose encore se commettre à la furie de l'Océan et à la rigueur de l'hiver, Bossuet, Reine d'Anglet.
  • 10Être fait, en parlant d'un acte répréhensible. Péchés qui se commettent dans l'ombre.

HISTORIQUE

XIIIe s. L'en demande se l'en doit obeir à son apel, et l'on dit que non, puisque la cause fut commise sanz apeau, Liv. de just. 13.

XIVe s. Aucune fois un home commet et fait adultere, Oresme, Eth. 143. Et toutevoies dit Aristote que l'en doit très peu de choses commettre au juge, Oresme, ib. 162. Le duc de Normandie, qui y estoit commis De par le roy son pere…, Guesclin. 602. … Trente sergans avoit, en la ville commis, Qui toute jour les sievent armés et fervestis, Baud. de Seb. VIII, 1198. En commettant [encourant] les peines qui sur ce ont esté indictes et ordonnées, Ordonn. des rois, t. VI, p. 72, dans DU CANGE, committere. Jà ce fust que li Romains li eussent commis et donné leur empire, Bercheure, f° 24, recto.

XVe s. Je feuz commis à porter ceste parolle à ce jeune duc, Commines, IV, 1.

XVIe s. Les excez incomparables qui, en ses terres, ont esté par toy commiz, Rabelais, Garg. I, 31. À l'artillerye feut commiz le grand escuyer Toucquedillon, Rabelais, ib. I, 25. Le connestable ayant esté commis pour passer le Tesin, Montaigne, I, 53. Au lieu où le crime est commis, Montaigne, I, 71. Commettre sa vie et sa liberté entre les mains de ses ennemis, Montaigne, I, 134. Les pedantes empirent ce qu'on leur commet, Montaigne, I, 146. S'estant parfaictement commis l'un à l'aultre, ils tenoient parfaictement les renes de l'inclination l'un de l'aultre, Montaigne, I, 214. Les petis enfans mesmes chanteroyent les louanges des hommes valeureux, par qui ces beaux actes auroyent esté commis, Lanoue, 430. Massacres qui en plusieurs lieux se commettoyent, Lanoue, 605. Les centaures s'estant enyvrez commeirent plusieurs insolences, jusques à vouloir prendre les femmes à force, Amyot, Thésée, 38. Esperant que le peuple se jetteroit du tout entre ses bras, et se commettroit à luy seul, Amyot, Péric. 61. Les larcins et pilleries que l'on commet en voz finances, Amyot, Arist. 10. Se deliberant de n'user plus de surprise, ains de commettre tout au hazard d'une bataille rangée, Amyot, Eum, 31. Nous en voyons qui n'auroient pas le cœur de commettre une voyelle avec une voyelle en parlant, Amyot, De la mauv. honte, 19. On les auroit voulu commettre [mettre aux prises] sans aucune raison, D'Aubigné, Vie, LV. Vous devez commettre à ceux qui servent Henri de Bourbon le salut de votre personne, D'Aubigné, ib. XCII. Concluant et requerant iceux comtez et autres pays mouvans de la couronne, estre declarez, par arrest, commis et confisquez, adjugez et reunis à la couronne, Du Bellay, M. 435.

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Commettre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* COMMETTRE, (Gramm.) a plusieurs significations ; il est synonyme à faire ; il marque seulement plus de mauvaise intention : je dis mauvaise, parce qu’alors il ne se prend qu’en mauvaise part, au lieu que faire se prend en bonne & en mauvaise ; on dit faire une bonne action, faire une mauvaise action, mais on ne dit point commettre une bonne action : exemple, quelle action avez-vous commise !

Commettre son fief, (Jurisprud.) dans certaines coûtumes c’est le confisquer, ou pour mieux dire encourir la confiscation. Voyez l’ancienne coûtume d’Amiens, art. 27. Bar, art. 20. Troyes, 39. Chaumont, art. 24 ; celle d’Artois, art. 21. dit commettre & forfaire. (A)

Commettre, en termes de Commerce, c’est confier quelque chose à la conduite, à la prudence, à la fidélité d’une personne. Un marchand commet à sa femme, à son garçon le soin de sa boutique.

Commettre signifie aussi employer quelqu’un à quelque négoce, à quelque entreprise, manufacture, &c. ainsi l’on dit, j’ai commis telle personne pour le recouvrement des sommes qui me sont dûes. Dict. de Comm. & de Trév.

Commettre, est une des opérations principales de la Corderie ; c’est celle par laquelle on réunit ensemble, au moyen du tortillement, des fils pour faire des ficelles, des torons pour faire des aussieres, des cordons pour faire des grelins. Voyez l’article Corderie.

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Étymologie de « commettre »

Étymologie de commettre - Wiktionnaire

Du latin committere.
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Étymologie de commettre - Littré

Provenç. cometre ; espagn. cometer ; ital. commettere ; du latin committere, de cum, avec, et mittere, mettre (voy. METTRE).

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Phonétique du mot « commettre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
commettre kɔmɛtr play_arrow

Conjugaison du verbe « commettre »

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Évolution historique de l’usage du mot « commettre »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « commettre »

  • Jeudi après-midi, un homme de 32 ans a été arrêté à Douai après avoir appelé la police en menaçant de commettre un attentat. La Voix du Nord, Douai: il prévient la police qu’il va commettre un attentat
  • "De mon point de vue il faudrait véritablement mesurer l’impact d’un confinement généralisé de la Guyane pour ne pas commettre une erreur qui serait totalement irréversible", alerte-t-il en s'adressant à la ministre des Outre-mer et au gouvernement. Sur son compte Twitter, il propose une alternative en soulignant le manque de dépistage en Guyane, alors que des millions de tests PCR sont inutilisés en métropole. Europe 1, Reconfiner la Guyane ? Un député appelle à ne pas "commettre une erreur irréversible"
  • Pour beaucoup de Français, l’été rime avec barbecue, soleil, et plage, mais aussi avec cambriolages. Afin d'éviter les mauvaises surprises à son retour de vacances, voici cinq erreurs à ne pas commettre avant de quitter son domicile. CNEWS, Cambriolages : 5 erreurs à ne pas commettre avant de partir en vacances | CNEWS
  • Il est souvent plus grand d'avouer ses fautes que de n'en pas commettre. De François de La Rochefoucauld
  • Un ordinateur peut, en un clin d'oeil, commettre une erreur si monumentale qu'il faudrait des centaines de calculateurs travaillant pendant des mois pour commettre la même. De Merle Meacham
  • Le meilleur moyen de ne pas commettre le mal est de l'ignorer. De Esdras du Terroir / Les Revenus de la terre promise
  • Ma nature est ainsi : j'aime mieux commettre une injustice que tolérer le désordre. De Johann Wolfgang von Goethe
  • J'aime mieux commettre une injustice que de souffrir un désordre. De Johann Wolfgang von Goethe / Le siège de Mayence
  • Les châtiments servent à l’intimidation de ceux qui ne veulent commettre aucune faute. De Karl Kraus
  • La créativité autorise chacun à commettre des erreurs. L’art c’est de savoir lesquelles garder. De Scott Adams
  • Quand on ne vit pas, il est facile de ne pas commettre de péchés. De Nicolae Iorga / Pensées
  • Le mariage est une faute que tout homme est susceptible de commettre. De Georges Jessel
  • Il faut rougir de commettre des fautes et non de les avouer. De Voltaire
  • Manger de la viande, c’est commettre un homicide involontaire. De Benjamin Franklin
  • Certains se repentent des fautes qu'ils vont commettre. De Robert Sabatier
  • Mieux vaut encore subir l'injure que la commettre. De Socrate
  • Sa raison de commettre le crime, c'est précisément de le commettre sans raison. De André Gide / Les caves du Vatican

Images d'illustration du mot « commettre »

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Traductions du mot « commettre »

Langue Traduction
Corse commette
Basque konpromisoa
Japonais コミット
Russe совершить
Portugais comprometer
Arabe ارتكب
Chinois 承诺
Allemand verpflichten
Italien commettere
Espagnol cometer
Anglais commit
Source : Google Translate API

Synonymes de « commettre »

Source : synonymes de commettre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « commettre »



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