La langue française

Bec

Sommaire

  • Définitions du mot bec
  • Étymologie de « bec »
  • Phonétique de « bec »
  • Évolution historique de l’usage du mot « bec »
  • Citations contenant le mot « bec »
  • Images d'illustration du mot « bec »
  • Traductions du mot « bec »
  • Synonymes de « bec »
  • Antonymes de « bec »

Définitions du mot bec

Trésor de la Langue Française informatisé

BEC, subst. masc.

I.− [En parlant d'animés : animaux]
A.− ORNITHOLOGIE
1. Extrémité cornée et plus ou moins saillante de la tête des oiseaux, composée de deux mandibules articulées l'une sur l'autre, servant de bouche, de système dentaire, ainsi que d'arme pour l'attaque et la défense. Bec (non) tranchant; becs en ciseaux; coup de bec :
1. Lorsque le bec crochu s'amincit, il s'approche du bec en couteau, propre aux demi-oiseaux de proie, aux oiseaux lâches et voraces, corbeaux, corneilles, pies, etc. Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 3, 1805, p. 194.
P. métaph. Avoir bec et ongles. Être de taille à se défendre.
2. P. méton. [Noms pop. d'oiseaux]Bec-bleu (G. Guèvremont, Le Survenant, 1945, p. 72). Bec-en-ciseaux. ,,Palmipède de Guyane au bec tranchant`` (DG). Bec-courbe. ,,L'un des noms de l'avocette`` (Ac. Compl. 1842). Bec-croche. ,,Nom vulgaire de l'ibis rouge`` (Privat-Foc. 1870). Bec-croisé. ,,Oiseau d'une espèce voisine de celle du gros bec`` (Baudr. Chasses 1834). Bec dur. ,,Nom vulgaire du gros-bec commun`` (Bouillet 1859). Bec-figue, becfigue. ,,Oiseau du genre de la fauvette, qui forme une espèce particulière, quoique dans nos pays méridionaux on appelle bec-figues toutes les espèces de fauvettes`` (Baudr. Chasses 1834). Bec-fin. ,,Groupe de passereaux dentirostres, composant une très nombreuse famille reconnaissable à son bec droit, effilé et en alène, dont la base est plus élevée que large; la mandibule supérieure quelquefois échancrée à sa pointe, l'inférieure toujours droite. On y trouve presque tous les petits oiseaux chanteurs de nos bois`` (Privat-Foc. 1870). Bec-en-fourreau. ,,Nom vulgaire du chionis`` (Bouillet 1859). Bec-de-hache. ,,L'un des noms de l'huîtrier`` (Ac. Compl. 1842). Bec-ouvert. ,,Espèce de héron`` (Ac. Compl. 1842). Bec-plat. ,,Nom vulgaire du canard souchet`` (Mont. 1967). Bec-rouge (Verne, L'Île mystérieuse, 1874, p. 111). Bec-de-scie, bec en scie, becscie. ,,Nom vulgaire du harle`` (Besch. 1845, Guérin 1892, Quillet 1965). ,,Nom vulgaire d'un gobe-mouche`` (Nouv. Lar. ill., Lar. 20e). Bec-scie. ,,Oiseau aquatique de la Louisiane, dont le bec est crénelé comme une scie`` (Besch. 1845).
Rem. En poésie, bec peut désigner un oiseau, envisagé surtout du point de vue de la voracité :
2. Je vois vers les gibets voler les becs nocturnes Quêtant un noir lambeau. Hugo, La Légende des siècles,L'Épopée du ver, t. 4, 1877, p. 561.
B.− P. anal. [En parlant d'autres animaux]
1. ,,Tout prolongement notable situé en avant de la tête`` (Séguy 1967). ,,On donne encore le nom de bec aux mandibules cornées des sèches et des poulpes, aussi bien qu'à celles des mollusques céphalopodes`` (Privat-Foc. 1870). Le bec ou rostre des tiques (E. Garcin, Guide vétér.,1944, p. 202).
En partic., pop. Nez (infra II A 1).
2. P. méton. [Noms pop. d'animaux]Bec-de-faucon. ,,Nom vulgaire donné à certaines espèces de tortues ou de poissons`` (Lar. 20e). Bec-d'oie. ,,L'un des noms vulgaires du dauphin`` (Ac. Compl. 1842). Bec-d'oiseau. ,,Ornithor(h)ynque`` (Ac. Compl. 1842, DG). Bec-de-perroquet. ,,Nom vulgaire d'un squale et de plusieurs coquilles univalves`` (Ac. Compl. 1842). Bec-pointu. ,,Variété de raie ainsi nommée parce qu'elle a la tête plus allongée et le corps plus ovale`` (Mont. 1967). Bec-de-lièvre. ,,Espèce de chauve-souris à museau fendu`` (Besch. 1845); cf. infra III A 3.
II.− [En parlant d'animés : l'homme]
Rem. Cf. aussi supra I A 1 p. métaph.
A.− [Pour désigner une partie du visage]
1. [Expr. désignant le nez]
a) [Dans une compar., le mot nez étant exprimé] Nez en bec d'aigle; p. ell. bec d'aigle. Crochu, recourbé comme le bec d'un aigle. Grand nez en bec d'aigle (Zola, Germinal,1885, p. 1173).
SYNT. Nez en bec (J. de La Varende, Cadoudal, 1952, p. 69), en bec d'oiseau de proie, de faucon, de vautour, en bec de canard; nez crochu en bec de chouette (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 193).
b) P. métaph. (du sens ornith.), pop., fam. Nez. Petit bec retroussé (Huysmans, L'Art mod.,1883, p. 120):
3. C'était sa mère [de Nicolas], cette vieille femme qui ne voyait rien au-delà d'un solide bec chaussé de besicles. Mauriac, Galigaï,1952, p. 164.
Loc. fig. Mener qqn par le bec (J.-F. Rolland, Dict. du mauvais lang., 1813, p. 19). Le mener par le bout du nez. Passer la plume par le bec à qqn. ,,Le frustrer de quelque avantage qu'il avait en vue`` (J.-F. Rolland, Dict. du mauvais lang., 1813, p. 19). Avoir la plume sur le bec. ,,Bien se porter`` (Ch.-L. Carabelli, [Lang. campagnard]). L'avoir dans le bec (B. Gelval, Sept fables en arg., 1945, p. 7). Être déconfit. Passer devant le bec, passer devant le nez. ,,Passer sans répondre à l'espoir de quelqu'un`` (Larch. 1880). Avoir le bec enfariné. Être sottement content de soi. Le bec dans l'eau. Dans l'attente et l'incertitude. Rester, se retrouver le bec dans l'eau. − Région. (Belgique). Avoir/être le bec dans l'eau. Ne savoir que répondre (cf. Hanse 1949).Bec à bec. Nez à nez, face à face.
2. Pop., fam. [Expr. désignant la bouche] Avoir la pipe, la cigarette au bec :
4. Le Barthaut, une vieille, et un grand chauche-mottes de valet, assis en face, ouvraient le bec comme les petits d'une pie. Pourrat, Gaspard des Montagnes,À la belle bergère, 1925, p. 236.
Rem. Moins vulg. que gueule, auquel il peut être substitué dans beaucoup de ses emplois figurés.
Loc. fig. Chelinguer du bec. ,,Avoir mauvaise haleine`` (France 1907). Avoir la rue du bec mal pavée. ,,Avoir les dents mal rangées`` (France 1907). Faire le gros bec. ,,Faire la moue, faire une grimace`` (Canada 1930). Parisien à gros bec (Ch. Virmaître, Dict. d'arg. fin-de-siècle, 1894, p. 206) et, p. ell., gros bec (Ch.-L. Carabelli, [Lang. pop.]). Parisien dédaigneux. Faire le petit bec (Bél. 1957). Faire la moue.
En partic.
a) [La bouche en tant qu'organe de la nutrition] Se mettre qqc. dans le bec (DG, Rob.); ce n'est pas pour mon/ton bec :
5. césar. − (...) Tiens, le père Cougourde, un homme admirable qui buvait douze mandarins par jour, sais-tu pourquoi il ne vient plus? Il me l'a dit. Parce que tes mélanges fantaisistes risquaient de lui gâter la bouche. marius. − Lui gâter la bouche! Un vieux pochard qui a le bec en zinc. Pagnol, Marius,1931, I, 3, p. 31.
Loc. fig. Rincer le bec à qqn. ,,Lui payer à boire`` (France 1907). Se rincer le bec. ,,Boire`` (France 1907). Tortiller du bec. ,,Manger`` (Larch. 1880, France 1907). Se calfater le bec. ,,Manger ou boire, dans l'argot des voleurs`` (France 1907). Se refaire le bec. ,,Prendre un bon repas`` (Lar. 19e-20e). En avoir jusqu'au bec. ,,Avoir mangé jusqu'à satiété`` (Lar. 19e-20e). P. méton. Friand-bec (Hamp, Vin de Champagne, 1909, p. 156), Gourmet. fin bec, bec fin. Gourmet. Avoir le bec salé. ,,Être intempérant`` (Ch.-L. Carabelli, [Lang. pop.]); cf. Barbusse, Le Feu, 1916, p. 25).Claquer du bec. Avoir faim (cf. Barbusse, Le Feu, 1916, p. 256).Les cailles, les alouettes ne leur tomberont pas toutes rôties dans le bec. Ils ont tort de croire qu'ils obtiendront tout sans peine (cf. A. France, L'Île des pingouins, 1908, p. 182).
b) [La bouche en tant qu'organe de la parole] Ouvrir, fermer son bec; taire son bec :
6. Rends-lui le service, alors, de la prévenir qu'elle ferme son bec, si elle ne veut pas que j'ouvre le mien. Ah! il y en aura, du grabuge, tu verras! Zola, La Terre,1887, p. 442.
Loc. fig. N'avoir que du bec, que le bec. ,,N'avoir que du babil`` (Ac. 1798-1878). Avoir le bec bien affilé. ,,Parler, répondre avec promptitude et facilité, et même avec un peu de malice`` (Ac. 1835-1932). Se défendre du bec. ,,Se défendre de paroles`` (Ac. 1798-1932). Donner un coup de bec. ,,Lancer une méchanceté`` (Bél. 1957). Être pris par le bec. ,,Être convaincu par ses propres paroles`` (Ac. 1798-1878), ,,être convaincu d'erreur par ses propres paroles, être mis en contradiction avec ce que l'on a dit précédemment`` (Lar. 19e). Avoir le bec gelé. ,,Ne dire mot, rester interdit, ne savoir que répondre`` (Lar. 19e-20e). Être fort en bec, avoir bon bec. Avoir la langue bien pendue. Bon bec. ,,Bavard et surtout bavarde très prompte à injurier et à riposter`` (Nouv. Lar. ill., Lar. 20e). Caquet bon bec. ,,Pie, et fig. femme bavarde et médisante`` (Bél. 1957). River le bec. ,,Faire taire par des menaces`` (France 1907). Clouer (Éd. 1967). clore, fermer le bec (à, de qqn). (Le) réduire au silence. Se prendre de bec. Se disputer. Prise de bec. Altercation. Faire le bec à qqn. L'instruire, l'informer; l'amener à faire ce que l'on veut.
c) Région. (Suisse romande et fr. région. de Pontarlier), fam. et enfantin. Baiser. Synon. bécot.Viens, petit mimi, que je te donne un bec (J.-H. Bonhôte, Gloss. neuchâtelois, Neuchâtel, 1867, p. 19).Elle m'a donné un bon bec (Ph. Meijer, Enquête sur le fr. des enfants lausannois,Thèse Amsterdam, Meppel, 1962, p. 102).Faire un bec. ,,Donner un baiser`` (Littré Suppl. 1877).
B.− P. méton., pop., fam. [Pour désigner la pers. tout entière]
Petit bec. ,,Terme de cajolerie que l'on adresse à une femme, à un enfant, ou dont on se sert pour les désigner`` (Lar. 19e); cf. aussi supra II A 2 loc. fig., ainsi que blanc-bec*).
Bec-jaune, béjaune. Ignorance, inexpérience; novice, nigaud. Montrer à qqn son béjaune :
7. « Ah! ah! me dis-je en me levant. Que cet oisillon jaseur fasse sa thèse et la soutienne. Il trouvera mon collègue Quicherat ou quelque autre professeur de l'école pour lui montrer son béjaune. (...) » A. France, Le Crime de Sylvestre Bonnard,1881, p. 378.
Rem. Au propre, ,,jeune oiseau de proie qui n'est point encore formé et qui ne sait point chasser`` (Bouillet 1859). ,,Se disait autrefois de l'ouvrier qui passait de l'apprentissage au compagnonnage, ou du compagnon qui passait à la maîtrise. À ces deux époques, l'ouvrier était obligé de payer un régal à ses anciens camarades`` (Besch. 1845). ,,Régal payé en cette circonstance`` (Ibid.). Lettres de béjaune (anc.). ,,Lettres que les clercs obtenaient autrefois à la basoche au commencement de la cléricature, pour en marquer l'époque et justifier de leur temps de palais`` (Ibid.). Abbé des béjaunes. ,,Élève en théologie qui percevait le droit d'entrée des béjaunes ou nouveaux venus`` (Lar. 19e-20e).
Bec dans l'huile. ,,Mécanicien`` (Arg. des aviateurs dans A. Dauzat, L'Arg. de la guerre, 1918, p. 244).
Arg. Termes d'injures. (supra II A 1 a).Bec de singe; bec de puce (Esn. Poilu 1919, p. 64); bec d'asticot, de cane, de moule, de veau (Ibid.; Barbusse, Le Feu, 1916, p. 193, 107, 261, 230). Bec d'ombrelle. ,,Se disait autrefois d'un visage grotesque digne d'orner le pommeau d'une canne ou d'un parasol (peut-être inspiré par bec de cane?)`` (Éd. 1967).
III.− [En parlant de choses, p. anal. avec la forme pointue et incurvée d'un bec d'oiseau]
A.− [Choses se trouvant dans la nature]
1. ANAT. HUM. Organe ou partie d'organe ayant la forme saillante d'un bec. Bec de l'apophyse coronoïde (G. Gérard, Manuel d'anat. hum.,1912, p. 133).Bec du calamus. ,,Extrémité inférieure évasée de la tige du calamus scriptorius, située à la jonction dilatée du canal épendymaire (ventricule d'Arantius) avec la cavité du quatrième ventricule`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Bec caracoïdien. ,,Sommet de l'apophyse caracoïde`` (Nysten 1814). Bec du corps calleux. ,,Extrémité effilée de la lame inférieure du genou du corps calleux, se terminant dans la paroi antérieure du troisième ventricule`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Bec de cuiller. ,,Étroite lamelle osseuse, incurvée et saillante, qui prolonge en arrière l'orifice postérieur tympanique du conduit du muscle du marteau, et dont la paroi externe est parfois déhiscente sur la paroi interne (ou labyrinthique) de la caisse du tympan`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Bec de l'olécrane (G. Gérard, Manuel d'anat. hum.,1912p. 141).Bec de la plume à écrire. ,,Extrémité angulaire du 4eventricule du cerveau`` (Nysten 1814).
2. BOT. ,,Certains prolongements plus ou moins consistants et aigus des organes des plantes et dont la forme se rapproche de celle du bec des oiseaux`` (Privat-Foc. 1870). P. méton., pop. Bec-de-can(n)e (infra III B 2 b).Bec-de-cigogne. ,,Le geranium ciconium`` (Guérin 1892). Bec-de-corbin (infra B 2 b).Bec-de-héron. ,,Le geranium arduinum et le misembrianthemum rostratum`` (Guérin 1892). Bec-de-pigeon. ,,Le geranium columbinum`` (Guérin 1892). Bec-de-grue. Le (fruit du) géranium.
3. PATHOL. Bec acromégalique. ,,Proéminence exagérée du tubercule antérieur de la selle turcique, visible sur les radiographies du profil du crâne chez les acromégaliques`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Bec-de-perroquet. ,,Ostéophyte en forme de crochet qui apparaît sur le corps des vertèbres dans certains types de rhumatisme chronique`` (Méd. Biol. t. 1 1970).
Bec-de-lièvre. Malformation souvent congénitale de la bouche, par défaut de soudure ou soudure apparente de la lèvre supérieure :
8. Ce pauvre Hilarion, bancal, la bouche tordue par un bec-de-lièvre, était sans malice... Zola, La Terre,1887, p. 59.
Emploi adj. Une pauvre enfant aveugle et bec-de-lièvre (Claudel, La nuit de Noël 1914,1915, II, p. 574).
4. GÉOGR. Pointe de terre avançant dans la mer, ou délimitée par le confluent de deux rivières. Le bec d'Ambez (Ac. 1932); le bec d'Allier (Besch. 1845).
B.− [Objets fabriqués] Partie d'un objet ou objet tout entier.
1. [Objet fendu] Bec d'une plume, becs d'une plume. Extrémité fendue d'une plume à écrire (cf. About, Le Roi des montagnes, 1857, p. 287).
2. [Outil; p. ext. objet]
a) PRÉHIST. ,,Instrument de pierre taillée muni d'une extrémité active plus ou moins pointue et bien dégagée, mais plus forte que celle d'un perçoir`` (Bréz. 1969). Bec-de-perroquet (Bréz. 1969).
b) TECHNOLOGIE
Bec-d'âne, bédane. ,,Espèce de poignée en fer avec laquelle on ouvre les portes d'un appartement`` (Besch. 1845); ,,Instrument dont on se sert en chirurgie pour l'extraction des balles`` (Bouillet 1859). MENUIS., SERR. Sorte de burin ou de ciseau mince permettant de creuser des rainures, des cannelures, des mortaises, etc. :
9. Il y avait aussi [dans le coffre] des serres, des griffes, des maillets, des riflards, des bedanes, des tarières, enfin tous les outils que puisse désirer un bon artisan. G. Guèvremont, Le Survenant,1945, p. 85.
Bec-de-cane, Bec-de-canne. Instrument de coutellerie ayant la forme d'un clou à crochet. Synon. clou à pigeon(cf. Besch. 1845, Guérin 1892, DG, etc.).CHIR. ,,Instrument qui servait à extraire les balles; il avait quelque ressemblance avec le bec d'une cane`` (Guérin 1892; supra bec-d'âne). ,,Nom vulgaire de l'aloès linguiforme`` (Besch. 1845). ,,Outil à fût dont le fer, recourbé en forme de croissant, est propre à pousser des moulures, à les arrondir ou à les dégager`` (Chabat 1881). Poignée, ayant souvent la forme d'un bec d'oiseau, permettant de mouvoir le pêne d'une serrure sans l'aide d'une clé. Tourner le bec-de-canne :
10. ... elle pesa doucement sur le bec de cane en cuivre qu'elle connaissait bien et ouvrit la porte de communication. Daniel-Rops, Mort, où est ta victoire?1934, p. 532.
Arg. ,,Revolver`` (A. Bruant, Dict. fr.-arg., 1905, p. 394). ,,Vol dans les immeubles`` (J. Lacassagne, L'Arg. du « milieu », 1928, p. 291). Travailler au bec-de-cane. ,,Cambrioler`` (Esn. 1966).
Bec-de-corbin, Bec-à-corbin. ,,Se dit, en général, dans les arts, de ce qui est courbé et terminé en pointe`` (Ac. 1835, Besch. 1845); ,,Se dit d'une sorte de ciseau recourbé et aussi d'objets contournés en forme de crochet aigu semblable à un bec de corbeau`` (J. Adeline, Lex. des termes d'art, 1884); ,,Vaisseau de cuivre à bec dont on se sert dans les raffineries`` (DG); ,,Outil de calfat recourbé et terminé en pointe, destiné à extraire la vieille étoupe des coutures`` (Gruss 1952); ,,Outil à fût dont le fer, à son extrémité, est recourbé en croissant et qui sert à refouiller les moulures, à dégager et arrondir le derrière des talons`` (Chabat 1881) :
11. Bec de corbin, de faucon, d'oysel, d'oustarde désignaient une sorte de marteau à long manche présentant d'un côté un maillet, de l'autre une longue pointe incurvée en forme de bec de corbeau. Leloir1961.
Canne à bec-de-corbin, canne à bec de corbin, parapluie à bec-de-corbin, parapluie à bec de corbin; p. plaisant. nez en bec-de-corbin, nez à bec-de-corbin, nez en bec de corbin, nez à bec de corbin :
12. Pendant la Terreur, un parapluie à bec-de-corbin suffisait pour faire trancher la tête au plus honnête homme, parce que rien ne ressemble aux nez des Bourbons comme un bec-de-corbin. Balzac, Œuvres diverses,t. 2, 1850, p. 342.
3. [Objets creux]
a) Brûleur à gaz. Bec Bunsen. Partie d'une lampe, surtout à gaz, où a lieu la combustion; p. ext. lampe. Lampe à trois becs (ou, p. ell., trois-becs), à six becs; bec différentiel (Ch.-A. Wurtz, Dict. de chim. pure et appl., t. 1, 1ervol., 1869, p. 1547); bec de ville (Ch.-A. Wurtz, Dict. de chim. pure et appl., t. 1, 1ervol., 1869, p. 1541); bec à incandescence; bec à fente ou bec papillon; bec à manchon ou bec Auer. Une belle lampe au bec compliqué (Renard, Journal,1900, p. 582).
Bec de gaz. Partie d'une lampe à gaz où a lieu la combustion; p. ext., lampe à gaz, réverbère :
13. Devant le théâtre, un seul bec de gaz, dans un globe dépoli, éclairait la porte. Zola, Nana,1880, p. 1261.
Rem. P. anal. on parle qqf., surtout en matière d'éclairage public, de bec électrique (Renard, Journal, 1904, p. 938).
Au fig., arg. ,,Obstacle imprévu et majeur`` (Esn. 1966). Tomber sur un bec de gaz, et, p. ell., sur un bec (cf. Éd. 1967); rencontrer un bec de gaz (Ch.-L. Carabelli, [Lang. pop.]); être bec de gaz (M. Stéphane, Ceux du Trimard, 1928, p. 14) « échouer » (être bec d'ombrelle, même sens),( cf. Sain. Tranchées 1915; G. Esnault, Notes complétant et rectifiant « Le Poilu tel qu'il se parle », 1956).,,Agent de police`` (L. Larchey, Dict. hist. d'arg., Nouv. Suppl., 1889, p. 21).
b) Objet ou partie d'objet permettant le passage ou l'écoulement de quelque chose; goulot d'une bouteille, etc. Bec d'une cafetière, bec d'une cornue (Lavoisier, Traité élémentaire de chim., t. 1, 1789, p. 74), bec d'un flacon, bec de robinet (Colas-Cab. 1968), bec d'une terrine; bec déversoir (Catal. d'instruments de lab. [Jouan], 1933, p. 9); bec d'alimentation (cf. J. Cahen, E. Bruet, Carrières, plâtrières, ardoisières, 1926, p. 224); bec d'arrosage (Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre,1900, p. 285);bec de coulée (R. Barnerias, Manuel des aciéries,1934, p. 32);bec de tirage (R. Brunet, Le Matériel viticole,1909, p. 483).
4. Divers
AÉRON. ,,La partie avant [de la nervure d'aile d'avion] se nomme « bec d'attaque »; la partie arrière « bec de fuite »`` (J. Guillemin, Précis de constr., calcul et essai des avions et hydravions, 1929, p. 117).
ARCHIT. ,,Masse de pierre qui forme un angle saillant aux extrémités des piles d'un pont, et qui sert à diviser l'eau et à rompre les glaces`` (Bach.-Dez. 1882). ,,Filet saillant bordant le dessous d'un larmier`` (J. Adeline, Lexique des termes d'art, 1884). Bec d'oiseau. ,,Ornement très-commun dans les monuments à plein-cintre de l'architecture anglaise, et qui consiste en un bec crochu s'adaptant sur la courbure d'un tore, dans une archivolte, par exemple`` (Chabat 1881).
ARM. Bec de crosse. Partie saillante de la crosse du fusil (cf. Chesn. 1857; Lar. 19e).Bec-de-faucon (vx). ,,Espèce de hallebarde`` (Ac. Compl. 1842; cf. ex. 11). Bec-de-gâchette. ,,Partie proéminente du devant de la gâchette d'une arme à feu`` (Lar. 19e). Bec-de-lézard. ,,Sorte de tire-balle employé par les armuriers`` (Lar. 19e).
HÉRALD. ,,Pendants du lambel, qui étaient autrefois faits en pointe`` (Besch. 1845).
MARINE
a) Bec-de-corbin, bec-à-corbin (cf. III B 2 b).
b) Bec d'une ancre. Extrémité pointue de la patte de l'ancre.
c) Extrémité saillante de l'avant d'un navire (cf. Hugo, La Légende des siècles, Les Quatre jours d'Elciis, t. 6, 1883, p. 117, et Maurras, Le Chemin de Paradis, 1894, p. 102).
MUS. Embouchure d'un instrument à vent, où s'adapte l'anche. Bec de clarinette (Bach.-Dez. 1882), Bec de flûte, de hautbois (Lar. 19e). Flûte à bec. Type de flûte dont l'embouchure est aplatie.
5. Loc. En bec de.Objet taillé en bec de flûte (Catal. d'instruments de chir. [Collin],1935, p. 335);taillés en bec de sifflet (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 159);fendu en bec (Arts et litt. dans la société contemp.,1935, p. 3615).
PRONONC. : [bεk]. Lab. 1881, p. 72, note : ,,L's précédée du c ne se fait jamais sentir en liaison. Ainsi, sacs immenses, becs énormes, alambics en cuivre, rocs escarpés, sucs horribles, ducs et marquis, se prononcent comme au singulier : sak-im-mans, bèk-énorm, alanbik-an-kuivr, rok-èscarpé, suk-orribl, duk-è-marki.`` Mart. Comment prononce 1913, p. 212, signale : ,,Les composés bec-d'âne et bec-jaune ont conservé la prononciation sans c, qui était de règle devant une consonne, mais ils s'écrivent plutôt bédâne et béjaune. Le c a revécu dans bec-de-corbin, bec-de-cane, bec-de-lièvre; il s'est toujours prononcé dans bec fin, becfigue (qui est pour bèquefigue) et bec-cornu. Dans pi(c)vert le c a disparu aussi de l'écriture``. À ce sujet cf. aussi Buben 1935, § 194. L'ensemble des dict. signale, s.v. bec, l'expr. bec-jaune pour laquelle il renvoie à béjaune (cf. p. ext. Ac. 1835). Besch. 1845 rappelle que ,,La Fontaine a fait rimer [bec] avec circonspect : Le passereau peu circonspect S'attira de tels coups de bec.`` Pour Besch. ,,on peut, dans la poésie légère, pardonner cette rime insuffisante, parce que bec est un monosyllabe et rime avec fort peu de mots``. Enq. : /bek/.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) 1121-35 « partie cornée et saillante de la bouche des oiseaux » (Ph. de Thaon, Bestiaire, 1792 dans T.-L.); 1217 « bouche, figure (en parlant des hommes) » (G. de Coincy, Ste Leocadie, 808 dans Fabliaux, éd. Barbazan et Méon, t. 1, p. 296); p. ext. 1867 région. « baiser » (J.-H. Bonhôte, supra II A 2 c); 1877 (Littré Suppl.); b) 1393 becque « entrée de la bouche du poisson » (Ménagier, éd. Sté Bibliophiles fr., t. 2, p. 90); forme bec dep. 1680, Rich.; 2. p. anal. de forme ca 1150 « extrémité d'un objet » (Thèbes, 8785 dans T.-L.); xves. géogr. « point de rencontre de deux rivières » (J. Froissart, III, IV, 15 dans Littré); 1826 spéc. bec de gaz (Balzac, Physiologie du mariage, p. 71); 3. ca 1280 avoir le bec jaune « être jeune, inexpérimenté » (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 12784); p. ext. ca 1306 bec jaune « sot, niais » (G. Guiart, Royaux Lignages, I, 2699 dans T.-L.); 1390-1407 bejaune (Les Quinze Joys de mariage, éd. J. Rychner, XI, p. 82); 4. a) ca 1281 bat d'asne (forme altérée) « broc à eau » (Arch. du Nord ds Gay, s.v. gésine : 2 coquemars, 2 bat d'asne et 2 bassins creux); 1371 bec d'asne (Prost, Inv. mobil., i, no1402 dans Barb. Misc. 20, no12) − 1583 dans Gay; b) 1438 outil (Cl. de Fauquembergue, Journal, III, 71 d'apr. Fr. mod., t. 4, p. 340); 1596 bédasne (Hulsius, Dict. fr.-alemand et alemand-françois dans Z. fr. Spr. Lit. t. 23, 2epart., p. 14). Du lat. beccus « bec d'oiseau » attesté seulement par Suétone comme cognomen (Suétone, Vit., 18 dans TLL s.v., 1798, 6); a supplanté le lat. rostrum (rostre*), lui-même comme bec, transposé aux sens de « os hominis » (Plaute, Men., 89 et traités méd., v. Löfstedt, Syntactica, II, 327), cf. REW3, s.v. rostrum; Renson; beccus est peut-être à rattacher au rad. celte bacc- « crochet » avec une voyelle radicale différente (Thurneysen, p. 45). Béjaune et bédane, composés contractés de bec et respectivement de jaune et de l'a. fr. ane (cf. canard), confondu avec asne dès le xiiies.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 1916. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 868, b) 3 977; xxes. : a) 3 859, b) 2 101.
DÉR.
Béc(c)u, ue,(Becu, Beccu, Bécu, Béccu) adj.a) Fauconn. [En parlant d'un oiseau] ,,Qui a le bec long ou fort`` (Littré; Guérin 1892, Bél. 1957, Quillet 1965); b) Nez beccu. Dont la forme rappelle celle d'un bec d'oiseau (cf. G. d'Esparbès, La Légende de l'outil, 1903, p. 227). 1resattest. a) ca 1280 (Ph. de Remi, Bl. et Jeh. 265, Michel dans Gdf.); b) 1509 (Lemaire de Belges, La Legende des Venitiens, ch. 3 dans Hug.); dér. de bec étymol. 1, suff. -u*.
BBG. − Bernelle (A.). Il n'est bon bec que de Paris. Vie Lang. 1960, pp. 546-550. − Boulan 1934, p. 22. − Goug. Mots t. 1 1962, pp. 77-78; t. 2 1966, pp. 105-108. − Hope 1971, p. 164 (s.v. becfigue), 277. − Renson (J.). Les Dénominations du visage en fr. et dans les autres lang. rom. Paris, 1962, t. 2, pp. 626-627. − Rommel (A.). Die Entstehung des klassischen französischen Gartens im Spiegel der Sprache. Berlin, 1954, p. 12 (s.v. bec de corbin), 112. − Tournemille (J.). Au jardin des loc. fr. Vie Lang. 1965, p. 411; 1967, p. 681. − Wind 1928, p. 59, 148 (s.v. becfigue).

Wiktionnaire

Nom commun

bec \bɛk\ masculin

  1. (Zoologie) Partie saillante, dure et cornée, formée de deux parties appelées mandibules, utilisé par les oiseaux pour attraper et consommer leur nourriture. Suivant les espèces, les becs présentent différentes formes et caractéristiques adaptées à leur mode de nourriture (bec court, long, plat, large, pointu, spatulé, crochu…).
    • Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
      Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.

      — (Jean de La Fontaine, Le Héron)
  2. (Zoologie) (Par extension) Pour d’autres races d’animaux lorsque leur bouche présente quelque ressemblance avec le bec d’un oiseau.
  3. (Par extension) Pour désigner l’extrémité fonctionnelle d’un objet, d’un produit qui présente quelque ressemblance morphologique.
    1. Bec de gaz, appareil destiné à produire de la lumière ou de la chaleur grâce à une flamme obtenue en brûlant du gaz
      • Un lustre à cinq becs et à globes dépolis pendait du plafond. — (Émile Zola, Le Ventre de Paris, Georges Charpentier, Paris, 1873)
      • Quand on emploie l’éclairage au gaz on se sert de becs Auer qui ont été perfectionnés dans ces derniers temps avec économie de gaz. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature ; 1re partie : Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
    2. (Botanique) Prolongement plus ou moins étroit d’un fruit.
    3. (Technique) Partie pointue d’un outil.
      • Un bec de pioche ou de marteau.
      • Un bec de lampe.
      • Les becs d’un pied à coulisse.
    4. Un bec verseur.
      • On prétendait, […], qu’il était fils d’un industriel qui avait amassé une fortune considérable à fabriquer des becs de plume en or et les stylographes Butteridge. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 28 de l’éd. de 1921)
      • Il utilisait un vieux broc dont le bec était ébréché.
    5. (Plomberie) Tube rigide en métal pivotant ou fixe dirigeant le jet au dessus d’une vasque ou d’une baignoire.
    6. (Musique) Système d’embouchure de la clarinette, de la flûte, du hautbois, du galoubet, etc.
    7. (Géographie) Partie de terre qui s’avance en pointe au confluent de deux cours d’eau ou à l’extrémité d’un promontoire maritime.
      • Bec d’Ambez.
      • Bec d’Allier.
      • Bec du raz.
    8. (Architecture) Masse de pierre à l’avant d’un ouvrage appelée aussi avant-bec.
      • Du côté extérieur, les deux grosses tours entre lesquelles est ouverte la porte, sont renforcées par des becs, sortes d’éperons destinés à éloigner l’assaillant du point tangent le plus attaquable, […]. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    9. Faux pli d’un vêtement mal ajusté.
      • Sa manche fait un bec au coude.
    10. (Marine) Pointe qui termine la proue d’un navire.
  4. (Par analogie) (Familier) La bouche.
    • Et puis tu petit-déjeunais à la sauvette, cigarette au bec, debout dans la cuisine. {{source|Thierry Crifo, Paternel à mort, Editions du Masque, 2006}
    • Il y a là Delphine (Virginie Efira), ex-alcoolique et entraîneuse bien secouée, qui lit clope au bec du Rainer Maria Rilke à ces messieurs. — (Jacques Mandelbaum, « Le Grand Bain » : le ballet aquatique des bras cassés, Le Monde. Mis en ligne le 23 octobre 2018)
  5. (Québec) (Suisse) (Louisiane) Petit baiser donné avec les lèvres seulement, sur la bouche ou sur la joue.
    • T’as rien à perdre vois-tu
      Parce qu’ici au Québec
      Tout commence par un Q
      Pis finit par un bec.

      — (Pierre Bourgault, chanson Entre deux joints, interprétée par Robert Charlebois)
  6. (Québec) Bise.
    • J'ai laissé Mathieu s'occuper de briser la glace : j'ai serré la main de Julien après lui, j'ai donné deux becs à Sarah après lui. — (Thomas Ouellet St-Pierre, Même ceux qui s'appellent Marcel, Leméac, 2014, page 122)
  7. (Familier) Bonbon, appelé aussi bonbec par les enfants.
    • Sinon j’aime toujours autant rigoler, faire l’andouille et manger des becs qu’il y a quinze ans. — (Site copainsdavant.linternaute.com)
  8. (En particulier) Utilisé dans de nombreuses locutions, il désigne notamment certains reptiles, poissons, armes, outils ou pour former certaines expressions et proverbes. (voir liste des dérivés).

Nom commun

bec \Prononciation ?\ masculin

  1. Bec.
    • Çou estoit une tourterele
      En son bec tint une roelle
      — (Floire et Blancheflor, manuscrit 375 français de la BnF, fol. 249r. d. Circa 1150.)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BEC. n. m.
La partie saillante et dure qui tient lieu de bouche aux oiseaux et qui est formée de deux pièces appelées Mandibules, l'une supérieure, l'autre inférieure. Long bec. Bec court, gros, aigu, large, crochu. Les oiseaux à bec fin. Ouvrir le bec. Un oiseau qui se défend du bec, qui donne un coup de bec. Fig., Avoir bec et ongles, Avoir bon bec, Être pourvu des moyens de se défendre et savoir en user. Fig. et fam., Avoir le bec bien affilé, Parler, répondre avec promptitude et facilité, et même avec un peu de malice. Fig. et fam., Se défendre du bec, Se défendre de paroles. Se prendre de bec avec quelqu'un, Se quereller, avoir un démêlé avec lui. Fig. et fam., Prise de bec, Dispute, altercation. Avoir avec quelqu'un une prise de bec. Fig. et fam., Donner un coup de bec, Lancer en passant un trait piquant, un trait de médisance. Fig. et fam., Clore le bec à quelqu'un, Le faire taire. Cela te clôt le bec, Tu es à bout d'arguments. Bec jaune. Voyez BÉJAUNE. Fig. et fam., Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, Le laisser dans l'attente de quelque chose qu'on lui fait espérer; le tenir dans l'incertitude, en ne lui donnant pas de réponse positive. Fig. et fam., Causer bec à bec, Tête à tête. Fig. et fam., C'est un bec fin, C'est un gourmet, il a le goût difficile. Bec-de-lièvre. Voyez LIÈVRE. Par analogie,

BEC se dit de Tout ce qui présente quelque ressemblance avec le bec d'un oiseau. En termes de Zoologie, il se dit de la Bouche ou de la Tête de certains animaux. Il désigne notamment Certains reptiles ou certains poissons. Bec-de-faucon. Bec-de-perroquet. Bec-d'oie, etc. En termes de Botanique, Bec-de-grue, Bec-de-cigogne, Bec-de-héron, Bec-de-pigeon, Bec-d'oie, etc. Noms vulgaires de certaines plantes, en particulier de Variétés de géraniums. Des becs-de-grue, etc. En termes d'Arts, Bec de gaz, Bec intensif, Bec de plume, Bec d'alambic, etc. Bec-d'âne ou Bédane, Outil de charpentier et de menuisier qui sert à creuser des mortaises. Bec-de-cane, Bec-de-corbin, Outils de menuisier. Bec-à-corbin, Outil de calfat. Bec-de-cane désigne une Sorte de serrure à poignée et une Pince de chirurgien. Des becs-de-cane. Des becs-de-corbin. En termes de Musique, il désigne le Système d'embouchure de la clarinette, de la flûte et du galoubet. En termes d'Architecture, Avant-bec, Arrière-bec d'un pont, Contreforts en avant et en arrière de la pile d'un pont. Des avant-becs. Des arrière-becs. En termes de Géographie, on appelle quelquefois Bec une Partie de terre qui s'avance en pointe au confluent de deux cours d'eau. Bec d'Ambez. Bec d'Allier. En termes de Marine, Bec d'ancre, Pointe qui termine les pattes d'une ancre. Bec de navire, La pointe qui termine la proue.

Littré (1872-1877)

BEC (bèk) s. m.
  • 1Enveloppe cornée recouvrant les os maxillaires chez les oiseaux, et remplaçant chez ces animaux le système dentaire.

    Terme de fauconnerie. Tenir bec au vent, se dit d'un faucon qui résiste sans tourner la queue.

    Fig. Avoir bec et ongles, avoir les moyens de se défendre et savoir en user. Le maraud a quelquefois le bec retors et la griffe tranchante, Voltaire, Lettr. d'Argental, 19 octobre 1768.

    Familièrement. Montrer à quelqu'un son bec jaune (on prononce bè-jaune), par allusion aux jeunes oiseaux, lui montrer qu'il se trompe comme un sot. Monsieur, souffrez que je lui montre son bec jaune, et le tire d'erreur, Molière, Mal. imag. III, 16. (voy. BÉJAUNE).

    Fig. Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, le tenir dans une attente qui ne doit rien produire. Celui… à qui… Ce malheureux honneur tenait le bec en l'eau, Régnier, Sat. VI.

    Passer la plume par le bec à quelqu'un, le frustrer de ses espérances. Je ne prétends pas qu'on me fasse passer la plume par le bec, Molière, Fourb. III, 6. Charost certain qu'on lui voulait faire passer la plume par le bec, Saint-Simon, 312, 36. Locution tirée de la pratique qui consiste à passer à travers les deux orifices du bec de l'oie une plume qui, se présentant de travers, lorsque l'oiseau veut passer par quelque haie, suffit pour l'arrêter à cause de la douleur que cela lui cause.

    Bec à bec, en tête-à-tête. Je le voyais [le P. Tellier] bec à bec entre deux bougies, n'y ayant du tout que la largeur de la table entre deux, Saint-Simon, 350, 115.

  • 2La parole, la langue, le babil.

    Avoir bon bec, parler avec vivacité, et une certaine malice. M. de Duras ne craignait personne et avait le bec aussi bon que Rose, Saint-Simon, 85, 112.

    N'avoir que du bec, n'avoir que du babil.

    Se prendre de bec, se disputer. Le grand prieur y présidait [à un chapitre], le bailli de Conflans se prit de bec avec lui, Saint-Simon, 329, 58. J'en reviens toujours à vous dire qu'il ne faut jamais se prendre de bec avec la canaille, Courier, Lett. I, 383.

    Être pris par le bec, être convaincu par ses propres paroles.

    Clore le bec à quelqu'un, le faire taire. … Qui tâche en vain de lui clore le bec, La Fontaine, Diable.

    Avoir le bec bien affilé, parler avec promptitude et facilité.

    Se défendre du bec, se défendre de paroles.

    Caquet bon bec, une pie ; et figurément, femme bavarde et médisante.

    On lui a fait le bec, c'est-à-dire, on l'a instruit, on lui a dit ce qu'il devait dire ou faire. J'attends même encore un mien parent gascon, à qui j'ai fait le bec et qui ce soir s'engage à venir traverser ce maudit mariage, Regnard, le Bal, 3.

    Donner un coup de bec, lancer un trait piquant, une méchanceté, une médisance.

    Autrefois, dans les conciergeries, on nommait, par une plaisanterie inhumaine, la porte de bon bec, celle par où on amenait les prisonniers à la question.

  • 3 Familièrement, la bouche. Et quoi ? toujours pâtés au bec ! La Fontaine, Pâté. Me rendre, en me torchant le bec, le ventre creux…, Régnier, Épitr. III.

    Faire le petit bec, faire la petite bouche.

  • 4Minois. Un sien valet avait pour femme Un petit bec assez mignon, La Fontaine, Pâté. … Tu voudrais me déplaire, à moi, Crispin, à moi, que tu nommais toujours Ton bec, ton petit bec ? Hauteroche, Nobles de province, IV, 4.
  • 5La bouche des tortues, des têtards, des sèches, de tous les mollusques céphalopodes, etc.

    Saillie cornée qui sert de suçoir à certains insectes. Le bec de la cigale, du charançon.

  • 6Extrémité de certains objets terminés en pointe. Un bec de plume. Le bec d'un alambic. Un bec de lampe. Le bec d'un navire. Le bec d'une ancre.
  • 7Pointe de terre au confluent de deux rivières. Le bec d'Ambès.
  • 8Angle saillant de la pile d'un pont. Avant-bec, arrière-bec, ce sont les angles d'une pile de pont, le premier opposé au fil de l'eau, le second de l'autre côté.
  • 9Bec de flûte, partie aplatie et qui se met entre les lèvres, de certains instruments à vent, comme la clarinette et le flageolet, qu'on rangeait et qu'on range encore sous le nom générique de flûte, bien que flûte, en un sens plus restreint, soit devenu le nom d'un instrument qui n'a pas de bec. De là l'expression de : en bec de flûte, pour exprimer tout ce qui a une forme allongée et pointue. Fracture en bec de flûte.
  • 10En chirurgie, nom de plusieurs espèces de pinces plus ou moins longues et recourbées, dont la forme a quelque ressemblance avec le bec de certains oiseaux, et qui servaient à l'extraction des dents ou à celle de corps étrangers engagés dans une cavité ou dans l'épaisseur d'une partie quelconque. Bec-de-cane ; bec-de-corbin ; bec-de-cygne ; bec-de-lézard ; bec-de-grue ; bec-de-perroquet ; bec-de-vautour.
  • 11Extrémité aiguë et recourbée de l'aiguille du métier à bas.
  • 12 Terme d'architecture. Petit filet au bord d'un larmier, où il forme la mouchette pendante.
  • 13 En termes de blason, bec signifie les pendants du lambel.

    PROVERBE

    Il n'y a plus que le bec à ourler pour faire une canne, se dit quand on veut se moquer de gens impatients de voir finir un ouvrage.

    Bec cornu, voy. BEC-CORNU.

REMARQUE

La locution tenir le bec dans l'eau est obscure. Provient-elle du héron restant longtemps le bec dans l'eau sans rien prendre ? ou faut-il y voir une hypallage comme dans casque en tête, et entendre que le bec dans l'eau est pour l'eau dans le bec, c'est-à-dire faire venir l'eau à la bouche, et ne pas satisfaire au désir excité ?

HISTORIQUE

XIIIe s. Esperons [il] ot et bec d'oisel, Fabli. édit. BARBAZAN, t. IV, p. 91. Car quant plus à son bec l'enchauce, Et la pomme plus se rehauce, la Rose, 19493. Cou estoit une tourterele, En son bec tint une roelle, Fl. et Bl. 855. Quant les chevaus furent ens, nostre mestre notonnier escria à ses notonniers qui estoient ou bec de la nef [à la proue], Joinville, 210.

XIVe s. L'esprevier n'auroit plume sur lui qu'il ne remuast au becq l'une après l'autre, Ménagier, III, 2.

XVe s. Et sur l'entrée, au bec du Havre, a une grosse tour souveraine des autres, Froissart, III, IV, 15. Ils [les Gantois] firent faire et ouvrer une bombarde merveilleusement grande, laquelle avoit cinquante-trois pouces de bec, Froissart, II, II, 161. Trop mieulx vauldroit content payer Que repaistre les gens du bec, Coquillart, Droits nouveaux. Quoy qu'on tient belles langagieres Genevoises, Veniciennes, Il n'est bon bec que de Paris, Villon, Ball. des femmes de Paris.

XVIe s. Un coup de bec, qui tout honneur efface Par faulx rapport, Marot, J. V, 252. Et qu'ainsi soit, en amy vous conseille Que desormais vostre bec teniez coy, Marot, II, 55. Prenons chascun pannetiere et bissac, Fluste, flageol, cornemuse et rebec, Ores n'est pas temps de clorre le bec, Marot, II, 255. … et leur va commandant De ne dormir, mais rire, ce pendant Que faux danger, maubec et jalousie Sont endormis au lict de fantasie, Marot, I, 353. Ces babillars, lesquels se contentent d'avoir l'evangile au bec, le mesprisant en toute leur vie, Calvin, Inst. 537. Si quelqu'un assis bec à bec raconte…, Amyot, De la curiosité, 10. Lansac estant entré en Gironde. mit à terre sa noblesse et ses soldats, et avec les matelots passa au bec des deux eauës, D'Aubigné, Hist. II, 294. Tenailles capitales incisives, dites bec de perroquet, Paré, VIII, 6. Autre tire-balle nommé bec de perroquet, pour tirer quelques pieces du harnois inserées au profond des membres, Paré, IX, 4. Autre figure de tire-balle, nommée bec de lezard, pour tirer la balle lorsqu'elle sera applatie, Paré, IX, 5. Cestuy est nommé bec de grue, pour la similitude, lequel pareillement doit estre dentelé : et est propre à extraire du profond, dragées, mailles, etc. Bec de grue droit, Bec de grue coudé, Paré, ib. Et ceste paille en passa par le bec du dict marquis, qui ne fut faict là general, Brantôme, Gonzague. Nous lui donnasmes tant du bec et de l'aile qu'il nous creut, Brantôme, Couronnels françoys, ch. 17. L'empereur ne tendoit qu'à l'entretenir le bec en l'eau de toutes choses, cependant qu'il se fortifieroit d'amis et d'alliances, Du Bellay, M. 167.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BEC. Ajoutez :
14On dit aux petits enfants : Fais-moi un bec, c'est-à-dire donne-moi un baiser.

HISTORIQUE

Ajoutez : XIIe s. Mais [les oiseaux] forment se desfendent, moult les ont damagiés [les assaillants], Quatre cevaus ont mors que as biés que as piés, li Romans d'Alixandre, p. 389.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BEC, s. m. (Hist. nat. Ornitholog.) partie de la tête des oiseaux, qui leur tient lieu de dents. Il y a des oiseaux dont le bec est dentelé à peu près comme une scie : mais ces sortes de dents sont bien différentes de celles des quadrupedes, qui sont logées dans des alvéoles. Non-seulement le bec sert aux oiseaux pour prendre leur nourriture ; mais c’est aussi pour eux une arme offensive : de plus ils arrangent leurs plumes avec leur bec, & il y en a quelques-uns qui s’en aident comme d’un crochet pour élever leurs corps, & qui se laissent tomber sur cette partie dure lorsqu’ils veulent descendre à une petite distance ; tels sont les perroquets.

Les becs des oiseaux sont fort différens les uns des autres par la grandeur, la figure, &c. & ces différences sont si sensibles, qu’on en a fait des caracteres distinctifs dans les divisions méthodiques des oiseaux. Voyez Oiseau, & la Plan. VIII. où les principales figures des becs des oiseaux sont exposées, selon la méthode de M. Barrere, dans son Ornithologie. (I)

* Bec, s. m. ce terme transporté par métaphore de la partie de la tête des oiseaux, qui porte ce nom, à une infinité d’autres productions naturelles & artificielles, se dit ordinairement de parties solides, antérieures & pointues.

Bec a ciseaux, oiseau, Voyez Bec croisé.

Bec courbe, oiseau mieux connu sous le nom d’avoceta. Voyez Avoceta.

Bec croisé, s. m. loxia, (Hist. nat. Ornithol.) oiseau qui ne differe guere du verdier ; il pese une once & demie : il a environ six pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue : le bec est noir, dur, épais, & fort ; il est crochu en-dessus & en-dessous ; cette figure est particuliere à cet oiseau à l’exclusion de tout autre. Voyez la Planche VIII. fig. 10. les deux pieces du bec sont courbées à leur extrémité en sens contraire l’une de l’autre ; de sorte que l’extrémité de la piece inférieure est recourbée en-haut, & celle de la piece supérieure l’est en-bas. La situation de ces pieces n’est pas toûjours la même dans tous les oiseaux de cette espece : il y en a dont la piece supérieure passe à droite en se croisant avec la piece inférieure, & dans d’autres elle se trouve à gauche ; c’est à cause de cette conformation qu’on a donné à ces oiseaux les noms de bec croisé & de bec à ciseaux. La mâchoire inférieure & la langue sont semblables à la mâchoire & à la langue du pinson ; les ouvertures des narines sont rondes, les trous des oreilles sont grands, l’iris des yeux est de couleur de noisette, les pattes sont brunes, les ongles noirs ; le doigt extérieur tient au doigt du milieu à sa naissance. Le milieu des plumes de la tête & du dos est noir, & les bords sont verds ; il y a aussi sur la tête une légere teinte de couleur cendrée ; le croupion est verd, le menton cendré, la poitrine verte, & le ventre blanc ; mais les plumes qui se trouvent sous la queue, sont en partie noires ou brunes. Il y a dix-huit grandes plumes dans chaque aile ; elles sont noirâtres à l’exception des bords extérieurs des premieres plumes qui sont verdâtres ; la queue a environ deux pouces de longueur ; elle est composée de douze plumes noires, dont les bords sont verdâtres.

On dit que cet oiseau change trois fois de couleur par an ; qu’il est verd en automne, jaune en hyver, & rouge au printems. Gesner rapporte que les plumes de la poitrine, du cou, & du ventre, prennent d’abord une couleur rouge, qui devient ensuite jaune, & que leur couleur varie principalement en hyver. D’autres assûrent que ces oiseaux changent tous les ans de couleur ; qu’ils sont tantôt jaunes, tantôt verds, tantôt rouges ou cendrés. Ce qu’il y a de plus vraissemblable, c’est que ce changement de couleur dépend de l’âge de l’oiseau, ou des saisons de l’année. Au rapport d’Aldrovande, le bec-croisé est fort vorace ; il aime beaucoup le chénevi ; il mange aussi des semences de sapin, il niche sur cet arbre aux mois de Janvier & de Fevrier ; il ne chante que quand il gele ou qu’il fait très-froid, tandis que les autres oiseaux gardent le silence ; au lieu qu’il se taît en été, tandis que tous les autres chantent, &c. Ces derniers faits mériteroient d’être observés avec attention. On dit que d’un ou de deux coups de bec, ces oiseaux fendent par le milieu les pommes de sapin, & qu’ensuite ils en mangent les semences, ce qui cause un grand dommage dans les jardins. Le chant du bec-croisé est assez agréable : on trouve ces oiseaux en grande quantité, & pendant toute l’année en Allemagne, en Baviere, en Suede, en Norwege, & il en vient quelquefois beaucoup sur la côte occidentale de l’Angleterre, où ils font un grand dégât dans les vergers. Willughby, ornit. Voyez Oiseau. (I)

Gros-bec, s. m. Coccothrostes, (Hist. nat. Ornith.) oiseau ainsi nommé pour la grosseur de son bec relativement à celle du corps. Il est d’un tiers plus grand que le pinson ; son corps est court ; il pese environ une once trois quarts : il a sept pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu’au bout des ongles, & un pié d’envergure : la tête est grosse en comparaison du corps ; le bec est gros, dur, large à la base, & très-pointu à l’extrémité ; sa longueur est d’environ trois quarts de pouce ; il est de couleur de chair, ou de couleur blanchâtre ; la pointe est noirâtre, l’iris des yeux est de couleur cendrée ; la langue semble avoir été coupée à l’extrémité comme celle du pinson : les pattes sont d’une couleur rouge-pâle ; les ongles sont longs, sur-tout celui du doigt du milieu ; le doigt extérieur tient à sa naissance au doigt du milieu : les plumes qui se trouvent auprès de la base du bec, sont de couleur orangée ; celles qui occupent l’espace qui est entre le bec & les yeux sont noires ; la même couleur est dans les mâles sur les plumes qui sont autour de la mâchoire inférieure ; la tête est d’une couleur jaune roussâtre ; le cou de couleur cendrée ; le dos roux, à l’exception du milieu de chaque plume qui est blanchâtre : le croupion est de couleur jaune cendrée ; la poitrine, & principalement les côtés, sont d’une couleur cendrée, légerement teinte de rouge ; les plumes sont blanchâtres sous la queue & sous le milieu du ventre. Il y a dix-huit grandes plumes dans les ailes, dont les neuf ou dix premieres sont blanches dans le milieu seulement sur les barbes intérieures : dans les suivantes la couleur blanche de ces barbes ne s’étend pas jusqu’au tuyau ; les trois dernieres plumes sont rousses ; la pointe des plumes depuis la seconde jusqu’à la dixieme, est de couleur de gorge de pigeon ; les six ou sept plumes qui suivent, ont le bord extérieur de couleur cendrée. Tout le reste de ces dix-huit grandes plumes est de couleur brune ; la queue est courte ; elle n’a qu’environ deux pouces de longueur ; elle est composée de douze plumes ; les barbes intérieures de la partie supérieure de chaque plume sont blanches ; les barbes extérieures sont noires dans les premieres plumes de chaque côté de la queue, & roussâtres dans celles du milieu.

Ces oiseaux sont fort communs en Italie, en France, en Allemagne ; ils restent en été dans les bois & sur les montagnes ; en hyver ils descendent dans les plaines ; ils cassent avec beaucoup de facilité les noyaux de cerises & d’olives ; ils vivent pour l’ordinaire de semence de chénevi, de panis, &c. ils mangent aussi les boutons des arbres. On dit que c’est sur leur sommet que ces oiseaux font leurs nids, & que les femelles y déposent 5 ou 6 œufs.

Il y a une espece de gros-bec dans les Indes, surtout en Virginie ; il est à peu près de la grosseur du merle ; son bec est un peu plus court que celui du nôtre ; il a une belle crête sur la tête. Cet oiseau est d’une belle couleur écarlate, qui est moins foncée sur la tête & sur la queue que sur le reste du corps ; son chant est fort agréable, Willughby, Ornit. Voyez Oiseau. (I)

Bec de Grue, Geranium, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; il s’éleve du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit en forme d’aiguille, dont le noyau a cinq rainures sur sa longueur ; dans chacune de ces rainures est attachée une capsule terminée par une longue queue. Ces capsules se détachent ordinairement de la base du fruit vers la pointe, & se recoquillent en-dehors : chacune renferme une semence ordinairement oblongue. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Bec d’oie, nom que l’on a donné au dauphin, à cause de la ressemblance de son bec, ou plûtôt de ses mâchoires avec le bec d’une oie. Voy. Dauphin. (I)

Bec ou Tuyau de l’entonnoir, en Anatomie, c’est une production très-mince de la substance des parois de la cavité que l’on appelle entonnoir, qui s’épanoüit autour de la glande pituitaire où elle se termine. V. Pituitaire. (L)

Bec (Blason) on appelle becs en termes de Blason, les pendans du lambel. Voyez Lambel. Ils étoient autrefois faits en pointes ou en rateaux, & ils ont aujourd’hui la figure des goûtes qui sont au-dessous des triglyphes dans l’ordre dorique. Voyez Ordre dorique. (V)

Bec, s. m. (Géog.) nom que nous donnons à plusieurs pointes de terre, où deux rivieres se joignent ; ainsi nous disons le bec d’ambes, de l’endroit où la Garonne & la Dordogne se rencontrent.

Bec (en terme de Bijoutiers, & autres artistes) c’est une petite avance, telle qu’on la voit aux tabatieres, ou de même matiere que la tabatiere, & soudée sur le devant du dessus, par laquelle on ouvre la boîte en y appuyant le doigt ; ou de matiere différente & attachée au même endroit. On donne le nom de bec à un grand nombre d’autres parties accessoires dans les ouvrages des artistes.

Double Bec, sorte de cuilliere à l’usage des Ciriers. Voyez Pl. du Cirier, fig. 13.

Bec (en Ecriture) se dit de la partie fendue de la plume, qui sert à tracer des caracteres sur le papier. Il y a quatre sortes de becs : la premiere, où les deux parties du bec sont coupées d’égale longueur, & parallelement ; la seconde, où elles sont coupées en angle ; la troisieme, où l’angle est plus considérable ; la quatrieme, où le bec est très-menu & coupé inégalement. La 1ere est pour l’expédition ; la 2de pour le style aisé ; la troisieme pour le style régulier, & la derniere pour les traits d’ornement.

Bec (en terme d’Epinglier fabriquant d’aiguilles pour les bonnetiers) se dit de l’extrémité pliée & recourbée, qui entre dans la châsse de l’aiguille ; c’est proprement la pointe, où le crochet de l’aiguille. Voyez Bas au métier.

Faire le bec (en terme d’Epinglier-Aiguilletier) c’est avec une tenaille arcuer le bec d’une aiguille en forme de demi cercle, dont la concavité est en dehors, & la convexité en dedans, ou regarde le corps de l’aiguille & la châsse.

Bec d’Ane (chez les Serruriers) c’est une espece de burin à deux biseaux, qui forme le coin, mais dont les côtes supérieures vont en s’arrondissant & en s’évasant. Sa largeur est ordinairement de trois à quatre lignes au plus. Son usage est pour commencer à ébaucher les cannelures & mortoises qu’on pratique aux grosses barres ; le bec d’âne résistant mieux en pareil cas que les autres burins. Il sert aussi à refendre les clés : mais alors il est très-petit & très-menu.

Bec d’Ane (chez les Arquebusiers) c’est un petit outil d’acier dont la figure n’est guere différente du bec d’âne des Menuisiers : ils s’en servent pour former des mortoises dans le bois ; & ils en ont de toutes grosseurs, depuis celle du bec d’âne des Menuisiers, jusqu’à la moindre grosseur.

Bec d’Ane (chez les Menuisiers & les Charpentiers) est un outil d’acier, de la même forme que les précédens, & qu’ils employent au même usage. Voyez Menuisier. Pl. I. fig. 7.

Ce sont les Taillandiers qui font les becs d’âne. Voyez Pl. II du Taillandier, fig. prem. un bec d’âne. K K est sa queue, I sa tige.

Les Tonneliers ont aussi des becs d’âne, & cet outil est commun à presque tous les ouvriers en bois.

Les Tourneurs en ont de deux sortes, de droits & de ronds, terminés l’un & l’autre par une espece particuliere de biseau, qui ne différe que par l’arrête du tranchant, qui est perpendiculaire à la longueur de l’outil dans le droit, & qui est arrondie en demi-cercle dans le rond. Voyez Biseau, & les fig. Pl. I. du tour.

Bec de Canne (terme de Cloutier) c’est une espece de clou à crochet qu’on nomme aussi clou à pigeon. Le crochet en est plat & ressemble à un bec de canne. Ces clous servent à attacher les paniers à pigeons dans les volets. Voyez Pl. du Cloutier, fig. 17.

Bec de Canne, outil qui sert aux Menuisiers à dégager le derriere des moulures ; il ne differe du bec d’âne qu’en ce qu’il est plus foible de tige, & plus étroit & plus allongé par le bec. Voyez Pl. I. Menuis. figure 8.

Bec de Corbin, ou les Gentilshommes au bec de corbin (Hist. mod.) officiers de la maison du roi, institués pour la garde de la personne de sa Majesté. Ils n’étoient que cent au commencement : mais quoiqu’on en ait depuis doublé le nombre, on les a toûjours appellés les cent gentilshommes. Ils marchent deux à deux devant le roi aux jours de cérémonie, portant le bec de corbin ou le faucon à la main ; & dans un jour de bataille, ils doivent se tenir auprès du roi : chaque compagnie a son capitaine, son lieutenant, & d’autres officiers [1]. (G)

Bec de corbin : on donne en général, ce nom dans les Arts, à tout ce qui est recourbé & terminé en pointe. Cette expression est tirée du bec du corbeau ; ainsi quand on dit, cela est fait en bec de corbin, c’est comme si l’on disoit, cela imite la forme du bec du corbeau.

Bec de Corbin (Marine) c’est un instrument de fer, fait en crochet, avec lequel un calfat tire la vieille étoupe d’une couture, ou d’entre les joints de deux bordages. (Z)

Bec de Corbin, Bec de Canne, Bec de Lésard, sont des instrumens de Chirurgie en forme de pincettes, qui ne different pas essentiellement du bec de grue, dont on donnera plus bas la description. Leur usage est le même, & on ne leur a donné tous ces différens noms qu’à raison de la différente longueur ou largeur des branches antérieures. On ne trouve plus ces instrumens que dans les anciens arsenaux de Chirurgie. Les bornes qui sont prescrites pour chaque matiere, ne permettent pas de donner des descriptions de ces instrumens ; on peut les voir dans le Traité d’Opérations de M. Dionis, à l’article de l’extraction des corps étrangers. Voyez Pl. XXX. de Chirurgie, fig. 2. 3. & 4. la construction de quelques-unes de ces pincettes. Voyez Tire-balle. (Y)

Bec de Corbin, (Jardinage) figure faite en crochet ou en bec d’oiseau, qui entre dans la composition des parterres de broderie. V. Parterre. (K)

Bec de Corbin, (outil d’Arquebusier) c’est un ciseau emmanché, comme le bec d’âne, &c. dont le fer est recourbé par en bas, comme un bec de corbeau. Le bout du bec est plat & très-tranchant. Les Arquebusiers s’en servent pour nettoyer une mortaise, & sculpter des ornemens sur un bois de fusil.

Bec de Corbin, (terme de Chapelier) c’est une espece de crochet de bois, qui fait partie de l’arçon des Chapeliers : le bec de corbin soûtient par un bout la corde de l’arçon, & sert à arçonner ou faire voler l’étoffe sur la claie. Voyez la fig. 16. Pl. du Chap.

Bec de Gorcin, (Manege) est un petit morceau, de fer de la largeur d’un pouce, & qui en a 3 ou 4 de long, que l’on soude à un des fers de derriere, pour empêcher un cheval boiteux de marcher sur l’autre fer de derriere. (Z)

Bec de Grue Musqué. Voyez Herbe à Robert.

Bec de Grue, c’est un instrument dont se servent les Chirurgiens dans leurs opérations, particulierement pour tirer des balles de plomb & autres corps étrangers hors des plaies. Voyez Tire-balle. Le bec de grue est une pincette composée de deux branches unies ensemble par jonction passée. Voyez Pl. III. fig. 3. La branche qui reçoit se nomme branche femelle, & on appelle branche male celle qui est reçûe. La jonction de ces deux pieces forme le corps de l’instrument, qui paroît au-dehors d’une figure quarrée ; les surfaces supérieure & inférieure de ce quarré ont environ cinq lignes de longueur, & les latérales excedent cette mesure d’une ligne : le corps de l’instrument se divise en parties antérieures & parties postérieures.

Les parties postérieures sont regardées comme le manche de l’instrument, elles sont différemment contournées ; la branche mâle est toute droite, & la femelle est doucement courbée dans toute sa longueur ; ce qui l’éloigne de deux pouces ou environ de la branche mâle, lorsque la pincette est fermée, & augmente considérablement la force de l’instrument. Ces branches sont plattes, pour présenter plus de surface à la main & aux doigts qui doivent les empoigner. Leurs faces intérieures sont planes : mais l’extérieure est légerement arrondie pour s’accommoder à la figure creuse de la main. La longueur de ces branches est de cinq à six pouces ; leur épaisseur près du corps est de trois lignes, & leur largeur est de cinq : mais en s’approchant de l’extrémité, elles diminuent d’épaisseur & augmentent de quelques lignes en largeur.

Ces pincettes sont naturellement écartées par un simple ressort très-élastique ; c’est une languette d’acier battue à froid, afin d’en resserrer les pores & lui donner par-là beaucoup d’élasticité. Ce ressort est percé d’un trou à son talon, pour y passer un clou qui traverse aussi la branche mâle de la pincette, & qui est si exactement rivé & limé sur la surface supérieure qu’il n’y paroît point.

Il nous reste à examiner la partie antérieure ou le bec de l’instrument. Il commence à la partie antérieure du corps au-delà de la jonction, par une tête arrondie sur ses faces supérieure & inférieure, mais applattie sur les côtés. Cette tête est formée par deux demi-cercles, dont le plus grand se trouve à la partie supérieure ou branche femelle, & l’autre à l’inférieure ; ces deux cercles mis ensemble, font un trou horisontal qu’on appelle l’œil de la pincette : mais lorsque l’instrument est ouvert, ils ressemblent avec le bec à une gueule béante.

Le reste du bec est deux branches pyramidales, dont le commencement a environ deux lignes & demie d’épaisseur & cinq lignes de large ; elles sont exactement planes en dedans, arrondies en dehors, & vont un peu en diminuant dans l’espace de trois pouces pour se terminer par une pointe mousse & très arrondie. Ces deux lames qui forment le bec sont légerement courbées en dedans ; ce qui fait que l’instrument étant fermé, on voit un espace entre ces deux lames ou branches, qui devient moins considérable à mesure qu’il approche de l’extrémité du bec ; ce qui fait que ces branches se touchant par leur extrémité, pincent avec plus d’exactitude. Cette description est extraite du traité d’Instrumens de M. de Garengeot, Chirurgien de Paris. (Y)

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Étymologie de « bec »

(1125)[1] Du latin beccus « bec (du coq) » (Suétone) ; du gaulois beccos.
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Du latin beccus.
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Picard,  ; wallon, bèche ; rouchi, bièque ; Berry, devant une consonne : Quand il pleut à St-Médard, Il pleut quarante jours plus tard, À moins que saint Barnabé Ne lui tape sur le bé ; provenç. et catal. bec ; portug. bico ; ital. becco ; du gaulois : cui Tolosae nato cognomen in pueritia becco fuerat, id valet gallinacei rostrum, SUET., Vit. 18 ; mot gaulois qui se retrouve dans le néoceltique : bas-bret. bec ou beg ; gaél. beic ; d'où l'angl. beak.

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Phonétique du mot « bec »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bec bɛk

Évolution historique de l’usage du mot « bec »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bec »

  • Notre vie, A quoi la comparer ? A la goutte de rosée secouée du bec de l'oiseau aquatique, où se mire le reflet de la lune. De Dôgen
  • Beaucoup d'humains sont prêts à se battre bec et ongles pour qu'on ne leur ôte pas leurs chaînes. De Bernard Werber / L'empire des anges
  • Quand un homme a un bec de canard, des ailes de canard et des pattes de canards : c’est un canard. C’est vrai aussi pour les petits merdeux. De Michel Audiard / Les Vieux de la vieille
  • Il n'est bon bec que de Paris. François Villon, Testament, Ballade des femmes de Paris
  • Le philosophe babille le bec en l’air. De Platon
  • Le bec de la plume peigne la chevelure du langage. De Hafiz / Divan
  • L’oiseau chante comme le lui permet son bec. De Proverbe allemand
  • Mieux vaut claquer du fric que du bec. De Professeur Choron
  • Pour chanter le rossignol n'ouvre qu'un petit bec. De Buson Yosa
  • A la fourche, on reconnaît le paysan, au bec l'avocat. De Proverbe allemand
  • La poule, bien qu'elle ait le bec étroit, mange bien, boit à sa soif. De Aké Loba / Kocoumbo, l'étudiant noir
  • Le coq a un bec trop petit pour souffler dans une trompette. De Massa Makan Diabaté / Une Hyène à jeûn
  • Si les petits des oiseaux tétaient, avec leur bec pointu, ils feraient très mal aux seins de leurs mamans. C’est pourquoi ils ne tètent pas. Dieu fait bien ce qu’Il fait. De François Cavanna / Le saviez-vous ?
  • Ce qui est embêtant dans les oiseaux, c'est les becs. De Albert Dupontel / Bernie
  • Si les hommes vivaient en moyenne six cents ans, les centenaires auraient l’air de blancs-becs. De Pierre Dac / Arrières-pensées
  • Il a le bec d'un pélican, le regard d'un aigle et des pattes de flamant rose... Franceinfo, VIDEO. Connaissez-vous le bec-en-sabot du Nil ?
  • Felix le chien a conquis des milliers de coeurs grâce à son visage charmant. Né avec une fente labiale, ou bec de lièvre, Felix a connu des moments difficiles dès la naissance. Heureusement, en janvier dernier, il a subi une chirurgie pour réparer sa bouche et ce fut un franc succès ! Aujourd’hui, Felix est aussi heureux et en bonne santé que n’importe quel autre bon garçon, et il a même fait sa première baignade dans la rivière récemment. ipnoze, Ce labrador noir né avec un bec de lièvre peut enfin s’amuser dans l’eau après une chirurgie réussie | ipnoze
  • Conçue en collaboration avec des coureurs du World Tour, la PRO Stealth Carbon est donc une selle dédiée à la performance, que ce soit sur route, en contre-la-montre ou en triathlon. Afin de favoriser la position basse sur le guidon et la rendre plus confortable, avec les mains en bas du cintre ou sur les prolongateurs, l’idée derrière la création des selles au bec raccourci est de favoriser le basculement du bassin vers l’avant et de limiter les frottement entre les cuisses. Une selle raccourcie, qui permet aussi soit dit en passant de contourner le règlement UCI concernant le recul de selle minimal sur le vélo, limite théoriquement les possibilités de déplacement sur la selle (une position plus ou moins en avant ou en arrière que l’on adopterait en fonction du terrain). C’est le cas de beaucoup de modèles qui favorisent un calage assez fixe, mais pas de la PRO Stealth, d’abord grâce à un peu profil peu creusé, ensuite grâce à une largeur de bec très supérieure à la moyenne (presque 5 cm au lieu de 4 cm ou moins). 3bikes.fr, Test de la selle PRO Stealth Carbon - 3bikes.fr

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Traductions du mot « bec »

Langue Traduction
Anglais spout
Espagnol pico
Italien becco
Allemand schnabel
Portugais bico
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Synonymes de « bec »

Source : synonymes de bec sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bec »

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