Queue : définition de queue


Queue : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

QUEUE1, subst. fém.

I.
A. − [Désigne une partie du corps]
1. [Chez des mammifères terrestres] Appendice plus ou moins développé et flexible, généralement poilu et dont l'axe squelettique est un prolongement de la colonne vertébrale. Si le petit chien a la queue courte, tu pourras l'appeler Bobtail, qui veut dire écourté; s'il l'a en gimblette, ce serait Trundletail, qui signifie queue arrondie (M. de Guérin, Corresp., 1833, p. 93).Mes rayures brunes deviennent noires, ma palatine blanche s'enfle en jabot éclatant, et le poil de mon ventre passe en beauté tout ce qui s'est vu jamais. Que dire de ma queue, évasée en massue, alternativement annelée de fauve, noir, fauve, noir, fauve, noir? (...) Quelle chatte me résisterait? (Colette, Dialog. bêtes, 1905, p. 103):
1. La queue des mammifères est susceptible de trois sortes de mouvemens: l'un par lequel elle se redresse ou s'élève; un autre par lequel elle se fléchit ou s'abaisse; et un troisième par lequel elle se porte sur les côtés. Cuvier, Anat. comp., t. 1, 1805, p. 186.
SYNT. Artère, muscle, nerf, os, veine de la queue; base, bout, extrémité, insertion, naissance, origine, pointe, racine de la queue; poil de la queue; battement, coup de queue; battre, frétiller de la queue; remuer la queue; queue en l'air, en panache, en tire-bouchon, en trompe, en trompette; queue préhensile, prenante (de certaines espèces de singes); queue d'âne, de bœuf, de brebis, de chat, de cheval, de cochon, de lapin, de mouton, de rat, de souris, de vache.
Chat à neuf queues. V. chat1.
P. anal. (de couleur). Queue de vache, loc. adj. inv. [En parlant des cheveux, du système pileux] D'un jaune, d'un roux passé, pisseux. Moustaches queue de vache. Elle trouvait la femme très vieille pour ses trente ans, l'air revêche, malpropre avec ses cheveux queue de vache, roulés sur sa camisole défaite (Zola, Assommoir, 1877, p. 425).M. Colombin était tout ce qu'on peut imaginer de plus jovial, de plus pivoine, avec des taches de rousseur et un poil queue de vache tout à fait envahissant (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 233).
Spécialement
HIPPOL. Queue à l'anglaise. Queue dont les muscles abaisseurs ont été sectionnés transversalement de manière qu'elle reste constamment relevée. (Dict. xixeet xxes.). Queue en catogan. Queue dont les crins ont été coupés très courts, près de la racine (Dict. xixeet xxes.). Queue à tous crins. Queue non taillée (Tondra Cheval 1979). Queue en balai. Queue dont les crins ont été coupés net assez longs (Tondra Cheval 1979). Queue de rat. Queue peu fournie en crins. Le cheval blanc allait toujours, allongeant la tête, et la queue droite, une petite queue de rat sans poil dont il se battait les fesses de temps en temps (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Mais. Tellier, 1881, p. 1188).
FOURR. Fourrure de la queue de certains animaux. Collet, robe garni(e) de queues de martres. Ces Alsaciens avaient encore, l'un son large tricorne et ses grosses bottes à clous luisants, l'autre son petit gilet rouge, sa veste courte, son bonnet à queue de renard et ses hautes guêtres de toile à boutons d'os (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 509).Elle mit sa cape avec un col de fourrure, (...) mit un chapeau fait d'une queue de renard argenté enroulée, qui lui descendait jusqu'aux sourcils noirs et luisants (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 142).
ART CULIN. Morceau de boucherie correspondant à la queue de certains animaux d'élevage. Queue d'agneau, de mouton, de porc; queue de bœuf braisée, à la dijonnaise; queue de cochon farcie. Le ménage avait le goût des curiosités gastronomiques, venues des quatre coins du monde. Cette fois, on se décida pour un potage queue de bœuf, des rougets de roches grillés, un filet aux cèpes, des raviolis à l'italienne, des gelinottes de Russie (Zola, L'Œuvre, 1886, p. 353).
HIST. Pacha à une, deux, trois queues. Pacha qui a le droit de faire porter devant lui, comme marque de sa dignité, une, deux ou trois queues de cheval. Le comte de Bonneval, brillant à la guerre, versatile en amitiés (...) terrible aux Turcs sous le prince Eugène, puis Turc lui-même et pacha à plusieurs queues (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 5, 1852, p. 499).
Loc. fig.
Fam. Avoir la queue basse, la queue entre les jambes. Être confus, honteux. Le lion de pierre qui se tenait à la porte, la tête baissée, la queue entre les jambes (...) dans l'attitude humiliée qui convient à la force devant la justice (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p. 17).
Fam. Tirer le diable par la queue. V. diable1.
Pop. Pas la queue d'un, d'une. Pas un seul, une seule. C'est du propre que vos livres, me disait-elle; voyez seulement si vous en vendez la queue d'un (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 9).Je ne demandais rien à personne (...). Je faisais tranquillement mon boulot; les Fritz, j'étais pas contre: j'en avais pas vu la queue d'un (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 75).En partic. N'avoir pas la queue d'un. Manquer d'argent. (Dict. xxes.).
Proverbe. Quand on parle du loup*, on en voit la queue.
[P. allus. à l'action d'Alcibiade, rapportée par Plutarque (Alcibiade, X), qui coupa la queue d'un chien, disant que tant que les Athéniens seraient occupés à parler de cet acte étrange ils ne diraient pas de mal de lui] Si l'on vous disait, dans vos voyages, que j'ai une canne-fée, qui lance des chevaux, qui fait éclore des palais, crache des diamants, ne vous en étonnez pas et riez avec moi. Jamais la queue du chien d'Alcibiade n'a été si remueuse. J'ai encore trois ou quatre queues comme celle-là à couper pour les Parisiens (Balzac, Lettres Étr., t. 1, 1835, p. 244).
2. [Chez des vertébrés autres que les mammifères terrestres et chez les invertébrés] Partie effilée du corps, opposé à la tête. Queue de crocodile, de crustacé, de dauphin, de dorade, de lézard, de morue, de poisson, de scorpion, de reptile, de ver; queue écailleuse. Toutes les espèces de serpens à sonnettes, répandent au loin la terreur, par le seul frémissement des écailles de leur queue (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808, p. 330).Tantôt elle [une carpe] montait vers moi; mais, à peine touchée d'un rayon de lumière épandu sous les eaux, elle donnait un coup de queue et s'enfonçait en ondulant dans les profondeurs (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 226).
ART CULIN. Partie charnue de l'abdomen de certains animaux. Queue de homard, de langouste, de langoustine, de colin. Est-il rien de plus agréable en ce bas monde que de s'asseoir, avec trois ou quatre vieux camarades, devant une table bien servie (...) et là (...) de plonger la cuiller dans une bonne soupe aux queues d'écrevisses qui embaume (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 24).
Loc. fig. Queue de poisson. V. poisson1.
Écorcher l'anguille* par la queue.
Proverbe. [P. réf. à la loc. lat. in cauda venenum] Dans la queue le venin, à la queue gît le venin. Le danger apparaît quand une affaire touche à sa fin; le trait perfide est caché à la fin d'un écrit. Comme nous le disons entre augures, c'est dans la queue qu'est le venin, in cauda venenum! (Feuillet, Rom. j. homme pauvre, 1858, p. 319).
3. Vulg. Membre viril. Synon. bite (pop.), pénis, quéquette (fam.), sexe, verge.Huysmans parlait des surprises qu'aimait à faire Maupassant aux gens (...) qu'il recevait dans son intimité: c'était (...) de se peindre des chancres formidables sur sa queue toute vermillonnée (Goncourt, Journal, 1888, p. 748).Comment peut-on aimer un intellectuel! Vous avez une balance à la place du cœur et une petite cervelle au bout de la queue (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 157).V. bite ex. de Genet, membre I A 2 b ex. de Goncourt.
4. Ensemble des plumes du croupion des oiseaux. Queue de canard, de dinde, de faisan, de pie, de coq; queue en panache. Des paons en liberté traînaient les splendeurs de leur queue sur les marches du perron (Sandeau, Sacs, 1851, p. 8).Ces cases [celles des Massa] abritent une faune particulière: des hirondelles à queue semi-blanche ont construit leur nid au sommet de la voûte (Gide, Retour Tchad, 1928, p. 881):
2. La nature lui a donné, de plus, pour se gouverner, une queue, formée pour l'ordinaire de plumes longues, droites, et dont les barbes sont égales. La queue de l'oiseau est son gouvernail; car il ne la dirige pas plus tôt d'un côté, que sa tête se porte de l'autre, et il change à son gré la direction de son vol. Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 153.
Loc. fam. Mettre un grain de sel sur la queue d'un moineau, d'un oiseau. Réussir quelque chose d'impossible. Les jeunes gens conseillaient en riant à Simon de Nantua de lui mettre, pour l'attraper, un grain de sel sur la queue ou plutôt de lui gratter la tête. Il n'y avait rien (...) qui fût plus agréable aux perroquets (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 171).
ŒNOL. [À propos d'un vin dont le bouquet s'épanouit dans la bouche] Faire queue de paon dans la bouche. Un dégustateur de Bordeaux qui dit d'un vin qu'il fait la queue de paon dans la bouche s'égale à plus d'un poète (Valéry, Regards sur monde act., 1931, p. 261).
B. − Partie grêle et allongée d'un végétal.
1. Pédoncule d'une fleur, d'un fruit. Synon. tige.Queue de melon, de poire, de pomme; tisane de queues de cerises; queue de capucine, de pâquerette, de rose, de violette. Georges chercha les cerises qui se tenaient deux à deux par la queue, pour en faire des pendants d'oreille à sa sœur (A. France, Balth., Abeille, 1889, p. 183).Nous revoyions tous (...) la fleur rose de sa boutonnière à la queue baignant dans un flacon plat caché sous le revers de l'habit (Lorrain, Sens. et souv., 1895, p. 224):
3. Les lourds cocos sont suspendus aux palmiers avec encore plus de précautions. Ils viennent en grappe, attachés à une queue commune, plus forte qu'un cordage de chanvre de la même grosseur. Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 96.
2. Pétiole d'une feuille. [Les feuilles] des chênes sont corticées et attachées à des queues fort dures (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 221).
3. Tige tenant à certaines parties comestibles (d'une plante). Le pavé était devenu gras, bien que le temps fût sec: des tas de queues d'artichauts, des feuilles et des fanes, rendaient la chaussée périlleuse (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 630).Il mange (...) avec une rapidité extraordinaire. Il a déjà fini ses radis quand on m'apporte les huîtres. Il ne reste sur son assiette qu'un paquet de queues vertes et un peu de sel mouillé (Sartre, Nausée, 1938, p. 138).Nous évitions avec soin les bolets de Satan à la queue rouge (...). Nous ne ramassions que les jeunes cèpes à la queue galbée, et dont la tête était coiffée d'un beau velours tête-de-nègre ou violacé (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 79).
II. − P. anal.
A. − de forme et de position
1. Élément, de forme allongée, qui prolonge ou termine tout ou partie de quelque chose. Dans beaucoup de charrues, le soc a la forme d'un triangle rectangle prolongé ou non en arrière par la queue (Passelègue, Mach. agric., 1930, p. 14).
Piano à queue; piano demi-, quart de queue. V. piano2A 1 a α.Empl. subst. Un grand queue; un demi-, quart de queue. (Dict. xxes.).
Queue de violon. Partie où les cordes sont attachées. [Le] bouton (...) [est une] petite pièce de bois ou d'ivoire (...) où s'attache la queue du violon (BrenetMus.1926, p. 41).
Queue d'avion. Partie postérieure et effilée du fuselage. [On construit des] avions spéciaux. − Avion canard (...) sans queue, autogire, hélicoptère (Guillemin, Constr., calcul et essais avions, 1929, p. 79).J'ai vu dans un hangar ouvert un bel avion; des étoiles rouges partout, une faucille et un marteau sur la queue, des inscriptions de tous les côtés; et en avant le mot: Lénine (Malraux, Espoir, 1937, p. 561).
Partie de certains objets qui permet de les saisir, de les manipuler. Queue de casserole, d'écumoire, de fourchette. Un petit pupitre a ses casiers de bois blanc remplis de pots d'onguents jaunes et bruns d'où sortent les queues des spatules (Goncourt, Sœur Philom., 1861, p. 209).Quelques ustensiles en métal: les poêles, à longue queue afin que l'on pût les manier de loin au milieu des gens assis devant le feu; les louches et les deux chaudrons traditionnels (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 160).
Loc. fig. Tenir la queue de la poêle. Avoir des responsabilités, du pouvoir; être en position de décider, de commander. [Ma mère] ne voulait pas qu'on fît des dépenses pour elle. Vingt sous sont vingt sous (...). Vous direz: ce n'est rien. C'est bon pour ceux qui ne tiennent pas la queue de la poêle de dire ça; mais elle qui la tient, qui fricote (...) elle sait que c'est quelque chose (Vallès, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 76).En tout cas, pour le patron, il me semble qu'il n'est pas maigre. − Dame! mon cher, ai-je répondu, quand on tient la queue de la poêle, on se soigne (Léautaud, Journal littér., 4, 1924, p. 397):
4. Pour tenir la queue de la poêle et savoir comment frira le poisson, j'ai voulu être propriétaire en nom pour la moitié qui sera commune entre Pillerault, le bonhomme Ragon et moi. Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 15.
Partie effilée d'un outil permettant de l'adapter, de le fixer sur un support. Queue de l'outil; queue d'un foret, d'une fraise; queue cylindrique, conique, à carré d'entraînement. Le tranchant [de la faux] se termine à une extrémité par la pointe et à l'autre par un talon. Derrière le talon une queue constituée par une épaisseur de métal sert à raccorder la lame du manche (Ballu, Mach. agric., 1933, p. 287).
Prolongement d'un signe graphique.
Queue de note. Trait qui part du corps de la note, qui monte ou descend perpendiculairement à travers la portée. Ses notes [de Haydn] avaient la tête si petite et la queue si fine, qu'il les appelait (...) ses pieds de mouche (Stendhal, Haydn, Mozart et Métastase, 1817, p. 70).La queue des notes [de musique] doit être faite à droite si elle est en haut, et à gauche, si elle est en bas (Dupré, Harm. analyt., t. 1, 1936, p. 32).
Queue de lettre, de chiffre. Partie qui excède le corps d'une lettre, d'un chiffre. Le signe de ce nombre [neuf] a la queue en bas, comme une comète qui sème des monstres; et neuf est l'emblème de toute vicissitude funeste (Senancour, Obermann, t. 2, 1840, p. 13).L'écriture de Vidame était (...) d'un dessin élégant et cursif qui rappelait assez bien les écritures au XVIIIesiècle, avec toutefois des queues trop longues et des boucles un peu grêles (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 79).Loc. fig., pop. Faire, ajouter des queues aux zéros. Falsifier des écritures, une comptabilité à son profit. Il est radin et se débrouille en faisant des queues aux zéros, ça fait sa cagnotte! (Dussort, Preuves exist., 1927, dép. par G. Esnault, 1938, p. 89).
Queue de paraphe. Prolongement ornemental d'un graphisme:
5. Au bas de la page, il improvise une signature. Elle tombe, comme une pierre dans l'eau, dans une ondulation et un remous de lignes à la fois régulières et capricieuses, qui forment le paraphe, un petit chef-d'œuvre. La queue du paraphe s'égare, se perd dans le paraphe lui-même. Renard, Poil Carotte, 1894, p. 143.
DIPLOM. Lettre scellée sur simple queue. Lettre dont le sceau est attaché à un lambeau flottant du parchemin découpé dans la feuille même. (Dict. xixeet xxes.). Lettre scellée sur double queue. Lettre dont le sceau est suspendu à une bande de parchemin traversant une incision pratiquée dans le repli de la pièce (Dict. xixeet xxes.).
ASTRONOMIE
Queue de comète. Projection lumineuse de gaz qui suit le corps céleste et qui est toujours dirigée à l'opposé du soleil. Je lui sais bon gré (...) de secouer un peu le joug de son compatriote Newton, et de rapporter à l'électricité plusieurs phénomènes qui en dépendent évidemment, tels (...) les longues queues des comètes, que les newtoniens attribuent à l'attraction (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 162).Les comètes à longue queue sont rares. La queue se forme à condition que la comète se rapproche sensiblement du soleil et qu'elle comporte la quantité de gaz nécessaire (Muller1980).
Queue de la Grande Ourse, de la Petite Ourse. Ensemble des étoiles qui en prolongent le quadrilatère. (Dict. xixeet xxes.).
COUT. Queue de bouton. Partie saillante percée d'un trou, qui permet de coudre un bouton (Dict. xixeet xxes.). P. méton. Longueur de fil laissé entre le bouton et le tissu auquel il est cousu. Les fils seront laissés assez longs et entourés serré (...). On appelle cela « faire une queue » au bouton, cette queue étant en rapport avec l'épaisseur du tissu (Arnou, Mét. tailleur, 1952-53, p. 29).
MAÇONN. Queue d'une pierre. Partie d'une pierre posée en boutisse qui disparaît dans la maçonnerie sans la traverser de part en part. Les avant-becs en pierre de taille des ponts, si les pierres n'ont pas une queue suffisante [se détachent parfois] (Bricka, Cours ch. de fer, t. 1, 1894, p. 178).
2. Vêtement, partie d'un vêtement qui pend, qui se prolonge en arrière.
a) Extrémité d'une robe, d'un manteau qui traîne par terre à l'arrière. Synon. traîne.Robe à queue. Deux petits nègres portent la queue de son manteau de cour (Meilhac, Halévy, Gde duchesse de Gérolstein, 1867, ii, 4, p. 240).La queue de sa robe de velours vert, brodée en mosaïque d'argent, de perles et de pierreries, bruissait et serpentait derrière elle (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 311).
b) Queue (de morue, de pie). Basques plongeantes à l'arrière d'un habit. Habit à queue. Un jeune homme, vêtu d'un habit à queue de pie, d'un gilet très échancré, d'une chemise ornée de petits tuyaux, d'un pantalon noir mal coupé, s'avança et, après s'être incliné, bêla doucement ce chant plaintif (Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 141):
6. L'habit, couleur cannelle, se recommandait au caricaturiste par une longue queue qui, vue par derrière, avait une si parfaite ressemblance avec une morue que le nom lui en fut appliqué. La mode des habits en queue de morue a duré dix ans, presque autant que l'empire de Napoléon. Balzac, Tén. affaire, 1841, p. 44.
Empl. subst., p. méton. L'habit lui-même. Je vais mettre ma queue de morue et je reviens (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 580).
3. Faisceau de cheveux réunis, à la hauteur de la nuque, par un lien serré. Queue poudrée; queue à cadenette, à la prussienne. [M. de La Billardière] a mis ses habits de gentilhomme ordinaire de la Chambre, tous ses Ordres, enfin il s'est fait poudrer; on lui a serré sa queue (pauvre queue) dans un ruban neuf. Or, je dis qu'il n'y a qu'un homme de beaucoup de caractère qui puisse se faire faire la queue au moment de sa mort (Balzac, Employés, 1837, p. 125).Sur son habit frétillait une grande queue noire presque aussi longue que son épée, qui, allant et venant sans cesse, l'avait badigeonné de poudre (Cl. Tillier, Mon oncle Benjamin, 1843, p. 11).
Queue de/en salsifis. ,,Queue de cheveux longue et mince roulée par un ruban noir`` (Leloir 1961).
Queue de cheval. Coiffure dans laquelle les cheveux longs sont resserrés en arrière au sommet de la tête et où ils retombent sur la nuque et les épaules. Parmi toute cette jeunesse du soir, celle qui traîne ses chemises à carreaux, ses spartiates (...) ses crinières en queue de cheval sur des robes noires constellées de pellicules (...) ses pull-over à cols roulés (...) elle redescendit le boulevard (Vialar, Bête de chasse, 1952, p. 72).
B. − de position
1.
a) Partie postérieure, arrière (d'une chose). Queue d'un avion, d'un bateau, d'un navire. L'appareil fusant [de la fusée à double effet] est contenu dans la tête de la fusée, l'appareil percutant dans le corps et la queue (Alvin, Artill., Matér., 1908, p. 234).Un petit trait de bleu, ici, vers la queue du sourcil, et là, dans l'angle des paupières, une belle petite pointe de rouge, pour aviver l'éclat de l'œil (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 238).
Aviron* à queue.
Loc. Faire (un) tête à queue. V. tête à queue.
b) Fin (de quelque chose). Queue de l'averse, de l'orage; queue de l'hiver. Les religieux, pour qui l'aumône et le secours sont un devoir et un métier, tracent en tête de leurs épîtres trois lettres: J M J. Les francs-maçons posent trois points en queue de leur nom. Dos à dos, compères (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Oncle Sosthène, 1882, p. 22).L'équipe attendait, massée dans les fourrés de Bouchebrand, près de l'allée qui vient de la patte d'oie et passe à la queue de l'étang (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 294):
7. Le jour blanchissait, la queue du nuage, qui couvrait encore la ville d'une vapeur, laissait percer le rayonnement laiteux du soleil; et l'on sentait une gaieté hésitante au-dessus des quartiers, certains coins où le ciel allait rire. Zola, Page amour, 1878, p. 1026.
Vieilli. Queue d'une dette, absol. queue. Partie d'une dette qui est impayée; p. méton. dette. L'un de nous propose d'aller dans un café où nous pourrions rencontrer des connaissances. Le fils de Dieu (...) nous dit qu'il y avait laissé une queue d'une trentaine de francs, que ça serait une histoire (Poulot, Sublime, 1872, p. 100).
Loc. fam.
Se mordre la queue. Tourner en rond. Cette nuit où je suis encore là ma dernière nuit sans fin mes dernières heures qui n'ont pas d'après et se mordent la queue s'accrochent vivent fantasquement et je vis libre et léger enfin léger (Duvert, Paysage de fantaisie, 1973, p. 151 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Sans queue ni tête. (Qui semble être) sans début et sans fin, (qui est) en désordre. Synon. incohérent.Je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu'il n'a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 3):
8. ... ils se disaient qu'il fallait changer le monde. Ils ne savaient pas encore comme c'est lourd et mou le monde, comme il ressemble peu à un mur qu'on flanque par terre pour en monter un autre beaucoup plus beau, mais plutôt à un amas sans queue ni tête de gélatine, à une espèce de grande méduse... Nizan, Conspir., 1938, p. 23.
c) Spécialement
ASTRONAUT. Queue de poussée. ,,Poussée résiduelle d'un propulseur en fin de combustion`` (Sc. Techn. spat. 1978).
CHIMIE
Produit de queue. Substance qui, dans un mélange liquide, a le point d'ébullition le plus élevé et qui distille la dernière. Les plateaux inférieurs [du rectificateur Barbet] ne renferment donc plus que les produits de queue (Ser, Phys. industr., 1890, p. 345).
Faire la queue. [En parlant d'un mercure impur] Monter le long des parois d'un récipient. S'il est souillé de métaux étrangers, il perd sa fluidité, et ses gouttelettes prennent une forme allongée; on dit alors que le mercure fait la queue (Wurtz, Dict. chim., t. 2, vol. 1, 1873, p. 938).
IMPR. Queue de page. Fin de page laissée en blanc dans un livre; fin de texte, terminant une des divisions de l'ouvrage, et qui laisse un blanc au bas de la page. (Dict. xixeet xxes.). Tranche de queue. Tranche formée par la partie inférieure des pages (Dict. xixeet xxes.).
MUS. Queue de fugue. Synon. de coda.La queue est cette portion du sujet [de la fugue], par laquelle on le continue après sa seconde partie, et qui sert en même temps à préparer l'entrée de la réponse et à amener le contre-sujet (Chérubini, Cours contrepoint et fugue, 1835, p. 118).
2.
a) Derniers éléments (d'un ensemble de véhicules, d'un groupe de personnes qui se déplacent dans la même direction, ou qui sont orientés dans le même sens). Queue d'une colonne, d'un convoi, d'un cortège, d'une escorte, d'une procession; se mettre à la queue; être à la queue; à la queue! J'étais encore loin de chez moi; je me décide à prendre une voiture: on m'indique une place de fiacre (...) j'y trouve effectivement les voitures (...) mais j'ai beau parcourir la file de la tête à la queue, je ne vois point de cochers (Jouy, Hermite, t. 3, 1813, p. 27).Cette voie [de contrôle] permet à la machine de passer de la tête à la queue du train (Bricka, Cours ch. de fer, t. 2, 1894, p. 274).Dans le cavalier qui se tenait en serre-file à la queue du peloton, elle venait de reconnaître son vaurien de neveu (Aymé, Passe-mur., 1943, p. 160).
b) Arrière d'une file de véhicules se déplaçant dans un sens donné. Descendre, monter en queue; voiture, wagon de queue. Il occupa (...) les loisirs de ce voyage souterrain en revisant ses notions de métrologie, vérifiant si à telle gare la sortie se trouvait en tête ou en queue, se récitant les noms de stations de telle ligne (Queneau, Loin Rueil, 1944, p. 74).[Gide] arpente le train, et me traîne à sa remorque tout le long des couloirs glacés, pour la plupart déserts. Nous parcourons plusieurs fois le convoi, depuis le fourgon de queue jusqu'à la voiture de tête, et vice versa (Martin du G., Notes Gide, 1951, p. 1382).
En queue. À l'arrière, en contournant les derniers rangs. Trois cents hommes d'armes du roi avaient passé le Tage à la file (...) et se disposaient à prendre en queue la troupe du Comte (Mérimée, Don Pèdre Ier, 1848, pp. 179-180).[Henry Maret] prétend qu'il faut attendre une guerre entre la Russie et l'Allemagne pour prendre celle-ci en queue (Renard, Journal, 1910, p. 3).
Loc. fig., pop., vieilli. Faire la/des queue(s) à qqn. Tromper quelqu'un (généralement en se cachant, derrière son dos). Dans ses commencements, l'impôt sur les voitures, assis avec une sorte de timidité, permit aux messagers ces petites tromperies qui les rendaient assez contents de faire la queue aux employés, selon un mot de leur vocabulaire (Balzac, Début vie, 1842, p. 309).En partic. Loc. Faire la/des queue(s) à qqn. Faire des infidélités amoureuses. [Louis-Napoléon] (...) est un niais (...). Il a une maîtresse anglaise, une blonde, très jolie, qui lui fait toutes sortes de queues (Hugo, Choses vues, 1885, p. 212).
Absol. Infidélité. Liaisons sans jalousie où l'homme et la femme se permettent des queues réciproquement, − ce qui n'ôte rien à l'amitié, au dévouement, − et où les queues de la femme sont quelquefois autorisées par l'amant (Goncourt, Journal, 1859, p. 668).
3.
a) [Dans un groupe à l'intérieur duquel est établi un classement, une hiérarchie] Partie qui est à la fin, qui regroupe les derniers. Queue de la classe. Quelle place as-tu obtenue dans la dernière composition? J'espère que tu n'es pas à la queue (Renard, Poil Carotte, 1894, p. 126).
Vieilli. Ensemble, groupe de partisans sans grande valeur d'un parti. De cette obligation constante, où se trouve la tête sage et prudente des partis, d'obéir aux préjugés et aux folies des masses qui en font la queue, dérivent les actions que reprochent certains historiens aux chefs de parti (Balzac, Langeais, 1834, p. 229).
b) Groupe des derniers partisans d'un homme célèbre, des derniers adeptes d'une école. Queue du classicisme. Également opposé aux excès de vengeance et de réaction contre la queue encore menaçante de Robespierre (...) [Daunou] maintient la doctrine républicaine dans son antique droiture et dans une mesure inaccoutumée (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t. 4, 1844, p. 309).Le romantisme se prolonge démesurément en eux [les poètes actuels]; ils en restent la queue attardée (Zola, Doc. littér., Poètes contemp., 1881, p. 129).
C. − de forme
1. File de personnes qui attendent leur tour. Synon. file d'attente.Il se forme ici [à Paris], à la porte des spectacles, les jours qu'ils sont intéressants, une queue, c'est-à-dire une longue file d'amateurs (Stendhal, Corresp., 1803, p. 47).Le samedi, on pouvait voir des hommes battre la semelle dans les queues, devant des boutiques à enseignes arc-en-ciel, sur lesquelles on lisait: Débit d'alcool (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 284).
Faire la queue, faire queue. Attendre son tour dans une file. On faisait queue aux portes des marchands (...). Faire queue, cela s'appelait « tenir la ficelle », à cause d'une longue corde que prenaient dans leur main (...) ceux qui étaient à la file (Hugo, Quatre-vingt-treize, 1874, p. 119):
9. ... ils virent qu'on faisait la queue − une queue fournie − devant le guichet. Costals déclara qu'il aurait volontiers vu ce film, mais qu'il se refusait absolument à faire la queue. « Qu'on fasse la queue à un théâtre, à un concert, passe encore. Mais je n'admets pas qu'on fasse la queue à un cinéma ». Montherl., Lépreuses, 1939, p. 1401.
P. méton. Attente dans une file. Comme tous ces enfants [les étudiants] s'étaient grisés par leurs cris et leur queue de douze heures sur la place, on craignait de les voir aller trop loin, et la police les a dispersés (Sand, Corresp., t. 5, 1864, p. 20).
Loc. adj. À queue coupée. [En parlant d'une file, d'un cortège] Court. C'était un enterrement militaire. Une fourragère, conduite par un tringlot, portait un cercueil enveloppé dans un drapeau. À la suite, un piquet d'hommes, un adjudant, un aumônier et un civil. − L'pauvre petit enterrement à queue coupée! dit Lamuse (Barbusse, Feu, 1916, p. 89).
Loc. adv. À la queue(-)leu(-)leu. À la file; l'un derrière l'autre, à la file indienne. Défiler, marcher à la queue leu leu; se suivre à la queue leu leu. Je tendais des ficelles en l'air, d'une branchette à l'autre, en ligne droite, en diagonale, en zig-zag, en rond, en étoile, et quand les escargots étaient bien éveillés, on les plaçait à la queue-leu-leu sur ces ficelles, des centaines à la queue-leu-leu (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 127):
10. Les petites filles (...) dansèrent une danse singulière (...). Elles se mettent toutes, − comme on dit chez nous, − à la queue leleu; puis un jeune garçon prend les mains de la première et la conduit en reculant... Nerval, Filles feu, Angélique, 1854, p. 537.
Rare. À la queue (de). À la file. Ses questions bientôt tombèrent sur moi pressées l'une à la queue de l'autre (Fabre, Chevrier, 1867, p. 235).
2. En partic.
a) Vieilli, TRANSP. Ruban de queue. Portion de route droite et plate. Les côtés de la route étant libres, le maître de poste (...) pouvait, par une belle matinée, parfaitement embrasser ce qu'en termes de son art on nomme un ruban de queue (Balzac, U. Mirouët, 1841, p. 4).
b) JEUX (billard). Long bâton de bois effilé, tronconique, lisse et équilibré dont l'extrémité la plus fine (la flèche) est garnie de cuir et qui permet d'attaquer les billes. La société de l'endroit avait commis tant de saletés sur le billard, que les billes y restaient collées. Mais, la partie une fois engagée, Lantier qui avait un coup de queue extraordinaire, retrouva sa grâce et sa belle humeur (Zola, Assommoir, 1877, p. 624).On montait au billard (...). Ce soir-là, on avait même fait du feu dans le billard (...) et mon vieil ami prit sa queue, une queue très fine qu'il frotta de blanc avec grand soin (Maupass., Contes et nouv., t. 2, MllePerle, 1886, p. 631).
Faire fausse queue. ,,Toucher la bille à faux`` (Petiot 1982).
Prononc. et Orth.: [kø]. Homon. queux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1100 cue « appendice qui prolonge la colonne vertébrale de nombreux mammifères » (ici d'un cheval) (Roland, éd. J. Bédier, 1494); b) 1548 mettre la queue entre les jambes « être couard » (N. Du Fail, Baliverneries, éd. J. Assézat, 164); 1606 s'en aller la queue entre les jambes (Nicot); c) 1651 tirer le diable par la queue (Scarron, Roman comique, éd. E. Magne, 48); 1656 il n'y en a pas la queue d'une « il n'y en a point du tout » (Oudin, Cur. franç., p. 355); d) 1542 « membre viril » (Rabelais, Gargantua, éd. R. Calder et M. A. Screech, var. E, 40, p. 82); e) 1877 cheveux queue de vache « roux » (Zola, Assommoir, p. 68); 2. ca 1440 a la queuleuleu « sorte de jeu où les enfants se tenaient en file les uns derrière les autres » (Amant rendu cordelier, éd. A. de Montaiglon, 1732); ca 1450 a la queue « en poursuivant » (Monstrelet, Chroniques, II, 127 ds Gdf. Compl.); ca 1500 se mettre a la queue de... « suivre, poursuivre » (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, II, 180); 3. 1121-34 cüe de peissun (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1368 ds T.-L.); 1833 finir en queue de poisson (Balzac, Ferragus, p. 14); 1909 queue de poisson « rabattement brusque d'un véhicule devant celui qu'il vient de doubler » (en cyclisme) (L'Auto, 21 janv. ds Petiot 1982); 1924 automob. (La Pédale, 18 mai, ibid.). B. 1. Ca 1225 la queue d'une poire (Gautier de Coinci, Mir. Vierge, éd. V. F. Koenig, I Mir 19); 1940 des queues! « rien » (ds Esn.); 2. a) 1334 « poignées, manches de certains objets » (L. Delisle, Actes Normands, 119); b) 1548 « partie qui excède par le bas le corps d'une lettre » (T. Sebillet, Art poét. fr., éd. F. Gaiffe, 90); 1808 ajouter des queues aux zéros « falsifier des écritures à son profit » (Hautel); c) 1471 cowe « traînée lumineuse qui suit le corps des comètes » (J. Aubrion, Journ. ds Gdf. Compl.); ca 1535-74 queue... de comete (Melin de St Gelays, Œuvres, éd. P. Blanchemain, I, p. 124); 1929 queue d'un avion (Guillemin, loc. cit.); 3. 1160-74 coe « bandelette de parchemin au bas d'un acte, supportant le sceau » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, t. 2, p. 118, vers 6268); 4. 1752 « tige de bois dont on se sert pour jouer au billard » (Trév.); 1835 faire fausse queue (Ac.); 5. ca 1225 coue « extrémité d'une robe, d'un manteau, qu'on laisse traîner » (Reclus de Molliens, Miserere, 103, 7 ds T.-L.); 1828-29 queue de morue (Vidocq, Mém., t. 4, p. 44); 1845 queue de pie (Sand, Péché de M. Antoine, t. 1, p. 310); 6. 1762 « cheveux ramenés en touffe et serrés derrière la tête » (Beaumarchais, Eugénie, éd. L. Collin, I, 58); 1952 queue de cheval (H. Bazin, Lève-toi, p. 66); 7. xiiies. faire la coe (à qqn) « le duper, le tromper » (De la Sorisete ds Rec. gén. des fabliaux, éd. A. de Montaiglon et G. Raynaud, IV, p. 165); 1859 faire des queues à qqn « faire des infidélités en amour » (Larch., p. 79). C. 1. 1160-74 coe « arrière-garde » (Wace, op. cit., p. 80, vers 5198); 2. 1563 maçonn. (B. Palissy, Recepte, p. 93); 3. 1566 (songes) qui n'ont ni teste ni queue « dépourvus de sens » (C. de Kerquifinen, trad. Gelli, Disc., III, p. 69 ds Hug.); 1835 sans queue ni tête (Gautier, Mllede Maupin, éd. Fasquelle, t. 1, [1928], p. 286); 4. 1687 « reste d'une dette » (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t. 8, p. 27); 5. 1794 « file de personnes qui attendent leur tour » (Moniteur univ., 6 prairial, an II, p. 999, 2ecol. ds Littré); 1798 faire la queue (Ac.); 6. 1832 « texte qui laisse un blanc au bas de la page » (Raymond); 7. 1890 chim. produits de queue (Ser, loc. cit.). Du lat. cōda, autre forme de cauda « queue ». L'expr. sous A 2, à la queue leu leu, signifie à la queue, le loup! p. réf. à un jeu pratiqué par les enfants. Ceux-ci criaient à la queue! pour se mettre en ligne, puis le leu! (forme pic. loup), pour manifester leur peur quand le joueur représentant le loup, attaquait. L'art. le s'est transformé en leu p. assim. avec les sons voisins (voir C. D. Frank, The french locution A la queue leu leu, in Romanic Review, 1, p. 31 à 40). Fréq. abs. littér.: 2 758. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 563, b) 5 120; xxes.: a) 4 855, b) 3 024. Bbg. Quem. DDL t. 2, 6, 16, 17, 18, 22, 23.

QUEUE2, subst. fém.

Vx. Futaille d'environ un muid et demi. Défoncer une queue de vin. Six demi-queues de vin de Beaune, blanc et clairet, le meilleur qu'on ait pu trouver (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p. 244).
Prononc. et Orth. V. queue1. Étymol. et Hist. 1260 (Étienne Boileau, Métiers, éd. G. B. Depping, p. 301). Empl. métaph. de queue1*.

Queue : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

queue \kø\ féminin

  1. (Anatomie) Appendice postérieur, plus ou moins développé, qui termine la colonne vertébrale d’un très grand nombre de vertébrés.
    • C'est un étalon barbe, pas grand, mais bien formé et bien musclé, un alezan étoile de blanc au front, dont la robe dorée, la queue et la crinière blondes, longues et fournies, reluisent au soleil. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 112)
  2. (Cuisine) Plat, mets avec cet organe.
    • Servir une queue de mouton. Potage de queue de bœuf. Queue de bœuf en hochepot.
  3. (Anatomie) Grandes plumes qui sortent du croupion des oiseaux et qui leur servent pour se diriger dans l’air.
    • La queue des hirondelles est fourchée. Une queue de paon.
  4. (Anatomie) Partie qui s’étend du ventre jusqu’à l’extrémité opposée à la tête, chez les poissons, les cétacés, les serpents et quelques insectes.
    • Queue de saumon. Une baleine peut renverser une barque d’un coup de queue.
  5. (Par extension) Partie mobile d'un animalcule, qui sert à sa locomotion.
    • L’œuf pondu par une ascidie composée s’organise rapidement, […]. Comme chez la hermelle et le taret, il se change en larve de toutes pièces ; cette larve à corps ovalaire est munie d’une longue queue qui lui donne quelque ressemblance avec un têtard. — (Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, Les Métamorphoses et la généagénèse, Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 3, 1856 (pages 496-519))
  6. (Par analogie) Choses qui ont quelque rapport (de ressemblance ou de position) avec cet appendice :
    • La queue d’une poêle.
    1. Se dit des cheveux à l’arrière de la tête, lorsqu’ils sont attachés ensemble près du crâne. (En particulier) Longue tresse que portent les hommes en Extrême-Orient.
      • Une perruque à queue.
    2. (Billard) Canne, flèche ou tige avec laquelle le joueur pousse les billes.
    3. (Vulgaire) Pénis, sexe de l'homme.
      • Le plus beau con de la famille, c'est le sien ; et je mouille pour elle quand elle ôte sa chemise, moi qui ne suis pas gousse, moi qui aime la queue. — (Pierre Louÿs, Trois filles de leur mère, René Bonnel, Paris, 1926, chapitre II)
      • L’une des héroïnes des Mille et une nuits fait même l’éloge de la queue, en lui donnant toutes sortes de sobriquets : le Bélier, le Forgeron, le Père au turban, le Père des délices. Chez les Tunisiens, on parle aussi du Timide, du Pleureur, du Remuant, de l’Inspecteur, du Frotteur, du Guérisseur de l’envie, du Borgne et du Chauve. — (Le Devoir, 4 août 2006)
      • Avais-je couché avec le travesti latino ? M'avait-il/elle sucé la queue pendant que j'étais dans le coaltar ? En étais-je réellement arrivé là : capable de n'importe quoi, totalement irrécupérable ? — (Dan Fante, Régime sec, 13e Note Editions, 2009)
    4. (Musique) Le trait qui part du corps d’une note et monte ou descend, perpendiculairement aux lignes de la portée.
    5. (Typographie) Ce qui dépasse par en bas du corps de certaines lettres ("g", "j", "p", "q", "y").
    6. (Architecture) Extrémité d’une pierre longue, entrant dans la construction d’un mur ou d’une voûte.
    7. (Astronomie) Longue traînée lumineuse qui accompagne la tête d’une comète.
      • Cette comète avait la queue tournée vers l’orient.
    8. (Aviation) Partie arrière du fuselage, et plus particulièrement l’empennage.
      • Sur le bord du fleuve, […], il rencontra un autre aéroplane qui lui parut à peine endommagé. […]. Il reposait là, abandonné, et l’eau clapotait sur l’extrémité de sa longue queue. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 332 de l’éd. de 1921)
      • Un arbre, par-ci par-là, rompait la monotonie des arbustes alignés, mais quelque chose qui n'était pas un arbre se dressait vers le ciel : la queue d'un avion. — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. II, Gallimard, 1937)
    9. (Chancellerie) Languette.
      • Lettre scellée sur simple queue, celle dont le sceau est sur la partie du parchemin coupée en forme de queue.
      • Lettre scellée sur double queue, celle dont le sceau est sur une bande de parchemin qui passe au travers de la lettre.
  7. (Botanique) Pétiole ou pédoncule des fleurs, feuilles ou fruits, qui les relie à la plante.
    • […] je m'amusais à mâcher des raisins et à chiquenauder les queues à travers la chambre. — (Edgar Poe, L'Ange du bizarre, dans Histoires grotesques et sérieuses, traduction de Charles Baudelaire)
    • Une queue de cerise. Il ne faut pas couper la queue des fruits qu’on veut garder.
  8. (En particulier) (Fleuriste) Tige des fleurs cueillies.
  9. (Figuré) Fin, bout d’une chose.
    • La queue du bois, de l’hiver, d’un cortège. Produits de queue. La queue d’une onde de choc.
  10. (En particulier) Traîne d’une robe.
    • Les prélats, les princesses, etc., se font porter la queue.
  11. Dernière partie les derniers rangs d’une file, d’un cortège, d’une compagnie, d’un corps.
    • La queue d’une procession, d’un cortège, d’un convoi. La queue d’un régiment, d’une armée. Attaquer une armée en queue.
  12. (Figuré) Dernier ou plus médiocre élément de quelque chose.
    • Elle n'avait en rien conforté la thèse du rédacteur en chef, considérant leur rencontre au salon de thé comme une tentative de manipulation par un pseudo-privé en manque de clientèle et qui avançait des révélations sans la queue d'une preuve. Autant dire, intox, bidon, pipeau et couille de loup dans le jargon professionnel. — (Michel Embareck, La mort fait mal, éd. Gallimard, 2000, éd. Archipoche, 2013, chapitre 9)
    • La queue du Romantisme. Il est à la queue de sa classe.
  13. (Par extension) Rang, alignement, file d'attente.
    • La foule est si grande dans cet étroit espace, resserré entre le salon et la chaussée des voitures, qu’on a souvent peine à porter la main à sa poche pour prendre son mouchoir ; il faut emboîter le pas et suivre la file comme à une queue de théâtre (au temps où les théâtres avaient des queues). — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Que font ces gens, devant ce magasin? Ils font la queue, une queue qui s’étend jusqu’à la rue prochaine. Ils sont là de deux ou trois cents, très calmes, patients, qui attendent. — (André Gide, Retour de l’U.R.S.S., 1936)
  14. Au piquet et autres jeux de cartes, somme indépendante de l’enjeu principal.
  15. Queue des jetons, des paris, la totalité des jetons ou paris, qui revient au joueur gagnant.
  16. (Reliure) C’est le nom donné à la partie ou à la tranche inférieure d’un volume.
    • La tranche de queue est la partie sur laquelle repose un livre debout.
    • Les livres doivent être stockés verticalement sur la tranche de queue. Il est conseillé de stocker à plat les volumes dont la hauteur dépasse 400 mm. — (AFNOR. Prescriptions pour le stockage des documents d’archives et de bibliothèques - Norme NF ISO 11799. janvier 2004)

Nom commun 2

queue \kø\ féminin

  1. (Métrologie) Sorte de futaille qui contenait environ un muid et demi (soit environ 400 litres). À Paris, à Orléans et en Champagne, elle valait 54 setiers de huit pintes ; en Normandie et en Picardie, elle valait 48 setiers ou 373 pintes.
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Queue : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

QUEUE. n. f.
Appendice qui termine postérieurement le tronc de la plupart des vertébrés; Partie libre qui prolonge l'épine dorsale. Le bout de la queue. La queue d'un cheval, d'un taureau, d'un mouton, d'un renard. Queue épaisse. Chevaux à longue queue, à courte queue. Les chevaux s'émouchent avec leur queue, de leur queue. Ce chien remue la queue, flatte de la queue. Un lion qui se bat les flancs de sa queue, avec sa queue. Couper un nœud de la queue à un cheval. Queue prenante, Queue de certains animaux qui peut s'enrouler avec force autour des objets et dont ils se servent pour s'attacher, pour se suspendre. Singe à queue prenante. En parlant des Chevaux, Queue à l'anglaise, Celle qui a été coupée selon la méthode anglaise. Queue en catogan, Celle qui a été coupée très court, près de la racine. Queue en balai, Celle dont les crins sont plus abondants à la partie intérieure qu'à la partie supérieure. Queue de rat, Celle qui est dégarnie de crins. Queue en trompe, Celle qui est relevée dans l'exercice. Les chevaux arabes portent la queue en trompe. Chez les Turcs, Pacha à une queue, à deux queues, à trois queues, Pacha qui a droit de faire porter devant lui une queue, deux queues, trois queues de cheval, comme marques de sa dignité. Fig. et fam., S'en aller la queue entre les jambes se dit d'un Homme qui, après un échec ou un affront, s'éclipse sans demander son reste. Fig. et fam., Tirer le diable par la queue, Avoir beaucoup de peine à se procurer de quoi vivre. Fig. et fam., Cette grande affaire s'est terminée, a fini en queue de poisson, Elle n'a pas eu les conséquences que l'on en attendait. Prov. et fig., Quand on parle du loup on en voit la queue, se dit familièrement lorsqu'un homme arrive dans une société au moment où l'on parle de lui. Queue de mouton, Pièce de viande qui est prise du quartier de derrière d'un mouton, et où ordinairement la queue tient. Servir une queue de mouton. On dit de même : Potage de queue de bœuf. Queue de bœuf en hochepot. Queue de martre, La peau et le poil de la queue d'une martre, préparée pour servir de fourrure. Une robe garnie de queues de martre.

QUEUE, en parlant des Oiseaux, se dit des Grandes plumes qui leur sortent du croupion et qui leur servent ordinairement pour se diriger dans l'air. La queue des hirondelles est fourchée. Une queue de paon. Un coq qui a une belle queue. En parlant des Poissons, des cétacés, des serpents et de quelques insectes, il désigne la Partie qui s'étend du ventre jusqu'à l'extrémité opposée à la tête. Queue de morue. Queue de saumon. Le scorpion pique de la queue. Une baleine peut renverser une barque d'un coup de queue. Un serpent qui se mord la queue était, chez les Égyptiens, le symbole de l'année. Il se dit aussi en parlent des Fleurs, des feuilles, des fruits, et désigne la Partie par laquelle ils tiennent aux arbres, aux plantes. La queue des violettes, des roses, etc. La queue des melons, des poires, etc. Il ne faut pas couper la queue des fruits qu'on veut garder. Cerises à courte queue. En parlant de Certaines fleurs, comme les tulipes, les lis, les narcisses, on appelle Queue, lorsqu'elles sont cueillies, ce qu'on nomme Tige dans ces mêmes fleurs, lorsqu'elles sont encore sur pied. Fig. et pop., Il n'en reste, il n'en est pas resté la queue d'un, d'une, Il n'en reste, il n'en est resté aucun, aucune. Tous les lapins de cette garenne ont été détruits, il n'en reste pas la queue d'un. Ils ont dérobé toutes mes pêches, toutes mes poires, il n'en est pas resté la queue d'une.

QUEUE, en parlant des Hommes, se disait des Cheveux de derrière, lorsqu'ils étaient attachés avec un cordon et couverts d'un ruban enroulé tout autour. Il se dit encore de la Longue tresse que portent les hommes dans certains pays de l'Extrême-Orient.

QUEUE se dit également de Diverses choses qui ressemblent en quelque façon à une queue. En termes de Chancellerie et de Diplomatique, Lettres scellées sur simple queue, Celles dont le sceau est sur une languette découpée dans le bas du parchemin même. Lettres scellées sur double queue, Celles dont le sceau est sur une bande repliée de parchemin qui passe au travers de la partie inférieure du document. La queue d'un g, d'un p, d'un q, etc., Ce qui excède par en bas le corps de ces différentes lettres. La queue d'une note, Le trait qui tient au corps de la note et qui monte ou descend perpendiculairement à la portée. La queue d'une comète, La longue traînée de lumière qui suit le corps de la comète. Une comète à longue queue. Cette comète avait la queue tournée vers l'orient. La queue d'une poêle, La longue pièce de fer qui sert à tenir une poêle. On dit de même La queue d'un gril, d'une casserole, d'une lèchefrite, etc. Fig. et fam., Tenir la queue de la porte, Tout conduire dans une entreprise et en assumer sans partage la direction. La queue d'un moulin, La grande pièce de bois qui sert à faire tourner un moulin à vent sur son pivot. Piano à queue, Piano dont la forme se rapproche beaucoup de celle des clavecins et dont les cordes sont tendues horizontalement. La queue d'un manteau, d'une robe, L'extrémité d'un manteau, d'une robe, lorsqu'elle traîne par-derrière. Robe à queue, à queue traînante. Les prélats, les princesses, etc., se font porter la queue. La queue d'une chape de cardinal. Queue de billard, Longue tige dont on se sert au billard pour pousser les billes. Le gros, le petit bout d'une queue. On emploie aussi cette expression pour désigner le Petit bout de cette tige. Il joue mieux de masse que de queue. Faire fausse queue, Toucher la bille à faux avec la queue.

QUEUE désigne, en termes d'Architecture, l'Extrémité d'une pierre longue qui entre dans la construction d'un mur ou d'une voûte. Cette pierre, ce claveau n'a pas assez de queue. Il s'emploie figurément pour désigner le Bout, la fin de quelque chose. La queue d'un étang. À la queue du bois, de la forêt. La queue de l'hiver a été rude. Nous n'avons eu ici que la queue de cet orage. Fam., La queue d'une affaire, Les derniers soins qu'elle exige quelquefois, après qu'elle semble terminée. Fig. et fam., Cela n'a ni queue ni tête, Cela n'a pas de sens.

QUEUE désigne aussi la Dernière partie les derniers rangs d'une file, d'un cortège, d'une compagnie, d'un corps. La queue d'une procession, d'un cortège, d'un convoi. La queue d'un régiment, d'une armée. Attaquer une armée en queue. Donner en queue. Prendre en flanc et en queue. La queue d'une flotte. Fig. et fam., La queue d'un parti, Les médiocres, les incapables qu'un parti entraîne à sa suite, ou Ce qui en reste quand ce parti est sur son déclin. La queue des Jacobins. La queue de Robespierre. Il s'emploie dans un sens analogue, en parlant d'une École littéraire ou artistique. La queue du Romantisme. À la queue, en queue signifie quelquefois À la suite, immédiatement après. Il était à la queue des travailleurs. Le bagage suivait en queue, était à la queue. C'est un bon chasseur, il est toujours à la queue des chiens. Fig. et fam., Il est à la queue se dit des Écoliers qui sont habituellement classés parmi les derniers. Il est à la queue de sa classe. Fam., Faire queue, faire la queue, Se ranger par ordre, les uns derrière les autres, afin de passer chacun à son tour à une audience, à une distribution, etc. On faisait queue à la porte des boulangers. On fait queue à la porte de ce théâtre. On dit de même : La queue s'étendait jusqu'à tel endroit. Se mettre à la queue! Aller à la queue. Prendre la queue. J'ai fait la queue pendant une heure et demie. Il a fallu faire deux heures de queue sous la pluie. Faire tête à queue se dit d'une Voiture dont la direction se trouve brusquement retournée par suite d'un dérapage ou de tout autre accident. Fig. et fam., À la queue leu leu, Jeu d'enfants, ainsi appelé parce qu'à ce jeu on marche à la suite les uns des autres, comme marchent les loups, qu'on appelait autrefois Leux dans certaines régions du nord de la France. Fam., Ils sont venus à la queue, leu leu, Ils sont venus à la suite les uns des autres.

Queue : définition du Littré (1872-1877)

QUEUE (keue) s. f.
  • 1Partie qui termine par derrière le corps de la plupart des animaux. C'est dans cette île [Mindoro] que Struys dit avoir vu de ses propres yeux un homme qui avait une queue longue de plus d'un pied, toute couverte d'un poil roux…, Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. V, p. 48.

    Fig. Cela n'a ni queue ni tête, cela est en dépit du bon sens.

    Fig. Tirer le diable par la queue, voy. DIABLE, n° 2.

  • 2Chez les quadrupèdes, prolongement plus ou moins étendu qui termine postérieurement le tronc d'un grand nombre d'animaux, et qui a pour base les os coccygiens. Le malheureux lion se déchire lui-même, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, Bat l'air qui n'en peut mais…, La Fontaine, Fabl. II, 9. Un vieux renard… fut enfin au piége attrapé ; Par grand hasard en étant échappé, Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queue, La Fontaine, ib. V, 5. Il lui fallut à jeun retourner au logis, Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, Serrant la queue et portant bas l'oreille, La Fontaine, ib. I, 18. Il [Alcibiade] lui fit couper la queue [à son chien], qui était justement ce qu'il avait de plus beau ; ses amis lui en firent de grands reproches, et lui dirent que toute la ville murmurait contre lui, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 601. La queue du cheval est formée par des crins épais et longs qui semblent sortir de la croupe, parce que le tronçon dont ils sortent est fort court, Buffon, Quadrup. t. I, p. 44. On connaît si un mouton est gras, en le tâtant à la queue, qui devient quelquefois grosse comme le poignet, Genlis, Maison rust. t. I, p. 223, dans POUGENS.

    Queue prenante, voy. PRENANT.

    Coup de queue, coup donné avec la queue.

    Fig. C'est l'hiver, le fatal hiver, qui me désespère ; j'en éprouve encore d'horribles coups de queue, Voltaire, Lett. d'Argental, 16 mai 1770.

    Fig. Il n'en reste pas la queue d'un, d'une, il n'en reste aucun, aucune.

    Fig. Vous n'en verrez plus ni queue ni oreilles, se dit d'une chose perdue, abîmée.

    Fig. S'en retourner la queue entre les jambes, se dit de ceux qui sont confus de ce que quelque chose ne leur a pas réussi (locution prise du chien qui, repoussé, honteux, met sa queue entre les jambes). Le prudent Agamemnon, Laissant équipage et canon, Honteux, la queue entre les jambes, Eût replié ses oriflammes, Scarron, Virg. I. Frère Triboulet sortit, la queue entre les jambes ; et son adversaire resta la tête haute, Voltaire, Facéties, Anecd. sur Bélisaire, 1.

    Il en est pourvu comme un singe de queue, se dit d'une personne qui manque de quelque chose.

    Fig. Se fouetter avec une queue de renard, se dit de ceux qui, vivant délicatement, font semblant de se mortifier.

    Terme de blason. Se dit particulièrement de la queue d'un cerf quand l'animal n'est pas nommé.

    Queue de cheval, insigne que l'on porte devant les pachas à une, deux ou trois queues, et qui appartient non au cheval mais au bœuf grognant, appelé parfois, à cause de cela, buffle à queue de cheval, Legoarant

    Pacha à une queue, à deux, à trois queues, pacha qui a droit de faire porter devant lui une, deux, trois queues de cheval.

    Goût de queue de renard, voy. GOÛT, n° 2.

  • 3En parlant des chevaux, queue à l'anglaise, queue que l'on a écourtée et dont on a coupé les muscles abaisseurs, pour qu'elle se tienne relevée ; ainsi dite parce que cette opération a été pratiquée d'abord en Angleterre par les marchands de chevaux.

    Queue en catogan, queue coupée très court.

    Queue en balai, queue dont les crins forment balai.

    Queue de rat, queue dégarnie de crins.

    On appelle cheval queue de rat, celui qui a la queue dégarnie de poils.

    Queue en trompe, queue qui est relevée dans l'exercice. Les chevaux de race portent naturellement la queue en trompe lorsqu'ils sont en exercice ou lorsqu'ils sont stimulés.

    Fausse queue, queue que les maquignons ajoutent quelquefois, quand ils ont écourté un cheval.

    Fig. Brider son cheval, son âne, par la queue, s'y prendre maladroitement dans une affaire.

  • 4Chez les oiseaux, grandes plumes qui terminent leur corps. Oiseau jaloux, Toi… qui déploies Une si riche queue, La Fontaine, Fabl. II, 17. La queue des beaux oiseaux qu'on attela depuis au char de Junon n'approchait pas de la sienne [du phénix], Voltaire, Princ. de Babyl. 1.

    Fig. C'est un paon qui se mire dans sa queue, se dit d'un homme glorieux et superbe.

  • 5Chez les poissons, les serpents, les sauriens et quelques insectes, partie qui s'étend du ventre jusqu'à l'extrémité opposée à la tête. Le serpent a deux parties… Tête et queue… …La tête avait toujours marché devant la queue ; La queue au ciel se plaignit, La Fontaine, Fabl. VII, 17. Il faut juger les femmes depuis la chaussure jusqu'à la coiffure exclusivement, à peu près comme on mesure le poisson entre queue et tête, La Bruyère, III.

    Habit en queue de morue, sorte de frac dont les pans se terminent en pointe comme la queue d'une morue.

    Fig. Écorcher l'anguille par la queue, commencer par l'endroit le plus difficile.

    Fig. Il n'y a rien de plus difficile à écorcher que la queue, c'est souvent au moment de terminer que se présentent les plus grandes difficultés.

    On dit dans un sens analogue : La queue en sera difficile à écorcher.

  • 6Dans les plantes, tout appendice terminal quelconque lorsqu'il est long, mou, flexible et comparable à la queue d'un animal. La queue d'une rose, d'un melon, d'une cerise.

    Tisane de queues de cerise, tisane préparée en faisant bouillir des queues de cerise.

    On appelle vulgairement queue d'une feuille son pétiole, et queue d'un fruit, son pédoncule.

    Queue se dit, en parlant des tulipes, des lis, des narcisses et autres fleurs semblables, du fragment de tige qui reste attaché à ces fleurs quand elles sont cueillies.

  • 7Queue de mouton, morceau du quartier de derrière auquel la queue tient. Saintrailles, étant venu lui parler [à Charles VII] d'une affaire qui pressait, le trouve se mettant à table avec la reine et n'ayant tous les deux pour tous plats qu'une queue de mouton et deux poulets, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. V, p. 226, dans POUGENS.

    Mais, quand on dit un ragoût de queues de mouton, c'est de queues de mouton et non du quartier que l'on parle.

    Queue de martre, la peau et le poil de la queue d'une martre, dont on a fait une fourrure. Une robe garnie de queues de martre.

  • 8Queue de la Petite Ourse, étoile Polaire.

    Queue de la Grande Ourse, étoile qui est à la queue de la Grande Ourse.

    Queue du Lion, étoile de première grandeur située dans la constellation du Lion.

    Queue du Dragon, une des deux intersections de l'écliptique et du cercle de la lune, lorsque la lune passe dans l'écliptique, du nord au sud.

  • 9 Par analogie, ce qui excède le corps de différentes lettres. La queue d'un g, d'un p, d'un q, etc.

    En musique, trait vertical attaché à toutes les figures modernes de valeur, hormis à la ronde et à la maxime. La queue d'une croche.

  • 10 Terme de chancellerie. Lettre scellée sur simple queue ou à simple queue, lettre où le sceau est attaché à un coin du parchemin fendu exprès. Lettre à double queue, ou sur double queue, lettre où le sceau est pendant à une bande en double de parchemin, passée au travers de la lettre.
  • 11Queue d'une comète, traînée lumineuse qui suit le corps de la comète, c'est-à-dire qui s'étend vers la partie du ciel dont elle s'éloigne. Nous avons ici une comète qui est bien étendue ; c'est la plus belle queue qu'il est possible de voir ; tous les grands personnages sont alarmés, et croient fermement que le ciel, bien occupé de leur perte, en donne des avertissements par cette comète, Sévigné, 2 janv. 1681. La longue queue que la comète traînait après elle répandit la terreur dans l'Europe déjà consternée par la rapidité des succès des Turcs, Laplace, Expos. IV, 4.
  • 12Queue d'une poêle, long manche qui sert à tenir une poêle. La queue d'une casserole.

    La partie d'un violon, d'un violoncelle, où les cordes sont attachées par le bas, tandis qu'elles sont roulées par le haut autour des chevilles du manche.

    Piano à queue, piano qui a un prolongement de la forme des anciens claviers, et dont les cordes sont beaucoup plus longues que dans les pianos ordinaires.

    Queue ou soie d'un couteau, partie déliée qui termine la lame et qui entre dans le manche du couteau.

    Boutons à queue, boutons qui ont un appendice métallique ou autre, au moyen duquel on les coud.

    Queue de moulin à vent, grosse pièce de bois qui sert à orienter le moulin de manière que les ailes prennent le vent.

    Terme de pêche. Sorte de filet à manche.

    Canal qui termine antérieurement certaines coquilles.

    Terme de métallurgie. Faire la queue, se dit du mercure mal purifié, quand les globules sont peu mobiles et non arrondis.

  • 13Queue de chanvre, paquet de filasse brute, dont les brins sont arrangés de façon que toutes les pattes ou racines sont du même côté.

    Paquet de filasse pesant deux livres.

  • 14Touffe de cheveux de derrière, qu'on attache avec un cordon, et autour de laquelle on roule un ruban. Se faire faire la queue. La garde impériale sous le premier empire portait la queue.

    Populairement et fig. Faire la queue à quelqu'un, le tromper, lui soutirer de l'argent.

    Ruban de queue, ruban qui s'enroule autour de la queue pour la former.

    Fig. et familièrement. Ruban de queue, longue route qui se déroule à perte de vue devant le voyageur. D'ici à ce village il y a un bon ruban de queue.

  • 15Extrémité d'un manteau, d'une robe traînante. Allons, petit garçon, qu'on tienne bien ma queue, Molière, Mar. forcé, 4. Elle n'arrive à l'église que dans un char, on lui porte une lourde queue, La Bruyère, VI. Puisque j'ai eu la complaisance de prendre une queue toute unie, je me la ferai porter, s'il vous plaît, pour ne pas figurer avec la populace, Dancourt, Fête de vill. I, 6. Appelez Cascaret ; qu'il vienne porter ma queue. - Vous, madame Blandineau, vous ! vous faire porter la queue ! Dancourt, Bourg. de qualité, I, 5. Il [Voltaire] badinait sur le théâtre, et s'avisa de porter la queue du grand prêtre dans une scène [d'Œdipe] où ce même grand prêtre faisait un effet tragique, Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr. Fig. La vertu ne s'abaisse jamais à porter la queue, Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, IV, 2.
  • 16 Terme de construction. La partie la plus large du giron d'une marche tournante.

    La queue d'une pierre, le bout d'une pierre, brut ou équarri, qui sert à faire liaison en dedans d'un mur. Cette pierre n'a pas assez de queue.

    Queue en cul-de-lampe, clef de voûte qui descend en contre-bas.

    Partie inférieure d'un pavé dont la hauteur est plus grande que la largeur.

    Terme de charpenterie. Queue d'aronde (d'hirondelle), assemblage qui se fait par un emboîtement où, l'entrée étant plus étroite que le fond, la pièce qui entre dans une autre n'en peut plus sortir.

    Assemblage à queue d'aronde se dit aussi en parlant d'une dalle de pierre que l'on joint à une autre.

    Queue de sonnette, pièce de bois inclinée, qui est assemblée à la tête des jumelles et qui les maintient.

    Terme de menuiserie. Espèce d'assemblage qui se fait au bout des pièces de bois pour les réunir en angles les unes avec les autres.

    Pièce à queue, toute partie assemblée à queue, ou rapportée à queue dans le corps de l'ouvrage.

    Queue de morue, planche dont la largeur est inégale d'un bout à l'autre.

    Queue de paon, assemblage, ou compartiment de parquet, ou carrelage qui, partant d'un centre, va en s'élargissant.

    Assemblage à queue perdue, celui dont les joints sont recouverts.

    Assemblage à queue percée, celui dont les joints sont apparents.

    Terme de serrurerie. Queue de carpe, espèce de crampon en petit fer plat, élargi d'un bout, ayant un ou deux scellements à retenir sur des dalles.

  • 17Le dernier bout d'une étoffe.

    On dit qu'une étoffe a cap et queue, pour dire que, n'ayant point encore été entamée, elle a deux chefs par les deux bouts.

    Terme d'imprimerie. Partie d'une page qui ne doit pas être remplie.

    Terme de relieur. La partie du livre qui regarde la fin des pages. Rogner un livre par la tête et par la queue.

    Terme de marine. Queue d'un bossoir, la partie de cette pièce qui se trouve en dedans du bâtiment.

    Queue d'un pavillon, l'extrémité de la partie flottante de cet étendard.

    Queue d'un pavillon de la série, bout de drisse sortant de la gaîne de 1m, 46 ; c'est la distance à observer entre deux signaux sur une même drisse.

    Queue d'un affût de canon, la partie la plus en dedans du navire.

    Queue d'une poulie, partie de la caisse opposée au point d'attache.

    Aviron de queue, aviron pour faire tourner et évoluer soudainement une embarcation ; on dit aussi aviron de gouverne.

  • 18Autrefois, queue du billard, le petit bout de l'instrument qui s'appelait billard et qui servait à pousser les billes.

    Aujourd'hui, queue se dit, absolument, de l'instrument dont on se sert pour pousser les billes.

    Faire fausse queue, toucher la bille à faux avec la queue.

    Queue à procédé, queue dont le petit bout est garni d'un morceau de cuir, et avec laquelle on exécute des coups impossibles avec la queue sans procédé.

  • 19L'extrémité d'une chose. La queue du bois. La queue de l'étang de Montmorency.

    Queue de tranchée, partie de la tranchée où les assiégeants déposent leurs munitions et leurs matériaux.

    Terme de marine. Queue d'un banc ou d'un haut-fond, son extrémité, située du côté opposé à sa partie la plus élevée, ou à la direction des courants et des vents régnants.

    Terme d'anatomie. La queue d'un muscle, son insertion inférieure, par opposition à sa tête ou insertion supérieure.

  • 20 Fig. Le bout, la fin. La queue de l'hiver. Ma fille, il n'est plus question de moi, je me porte bien, c'est-à-dire autant que l'on se porte bien de la queue d'un rhumatisme, Sévigné, 12 févr. 1676.

    Avoir une queue, avoir des suites. Il fut convenu que les évêques pourraient faire imprimer sans permission les livres de religion dont ils seraient les auteurs ; article qui fit après une queue, Saint-Simon, 214, 246.

    La queue d'une affaire, les derniers soins qu'elle exige, quoiqu'elle semble terminée.

    On a pris cette affaire par la tête et par la queue, on l'a examinée à tous les points de vue.

    Ne point laisser, ne point faire de queue dans un payement, payer en totalité. Vous ne me parlez point de mes treize cents francs de l'année 1685 ; il ne faut pourtant point laisser traîner cette queue, Sévigné, à d'Herigoyen, 26 févr. 1687.

    Commencer le roman par la queue, commencer une histoire par où on devrait la finir.

    Fig. Prendre le roman par la queue, vivre maritalement avant le mariage ; ou parler de mariage avant de parler d'amour. Mais en venir de but en blanc à l'union conjugale, ne faire l'amour qu'en faisant le contrat du mariage, et prendre justement le roman par la queue, Molière, Préc. V.

    Fig. Tirer un sonnet par la queue, achever péniblement un sonnet. En allant même par la rue, la plupart marmottaient entre leurs dents, et tiraient quelque sonnet par la queue, Francion, liv. V, p. 192. Et n'allez pas toujours d'une pointe frivole Aiguiser par la queue une épigramme folle, Boileau, Art p. II.

    Terme de musique. On appelle queue ce que les Italiens nomment coda, pour désigner la fin, la péroraison d'un morceau.

    Terme de marine. Queue d'un grain, l'averse finale d'une pluie abondante qui est tombée sur le navire par avalanches interrompues.

    Queue, à certains jeux, somme indépendante de l'enjeu principal. Va pour dix francs, mais sans queue.

    Au piquet à écrire, queue des jetons, la totalité des jetons qu'on a mis aux paris.

    Au whist, queue se dit quelquefois pour fiche de consolation. Nous avons cinq de queue.

    Queue des paris, ce qui revient au joueur qui a gagné le plus de paris. Mettre à la queue.

  • 21Se dit souvent des débris d'une faction, d'un parti. La queue de Robespierre.
  • 22La dernière partie, les derniers rangs d'un corps, d'une compagnie. La queue d'un cortége, d'une procession. La queue d'un régiment. Mettre un soldat à la queue de sa compagnie, pour cause d'indiscipline. Leur escadron plia par la queue, et la tête se retira de l'eau sans fuir, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 140.

    Prendre la queue, se mettre aux derniers rangs. MM. d'Estrées nous firent proposer de se départir de l'ancienneté et de prendre la queue, Saint-Simon, 19, 230.

    Attaquer en queue une armée, un régiment, l'attaquer par ses derniers corps, ses dernières compagnies. Ils se sentirent attaqués vivement en tête et en queue, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 387, dans POUGENS.

    Prendre en queue, même sens. Caenus les prit en queue, conformément à l'ordre qu'il en avait reçu, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 506.

    Familièrement, prendre quelqu'un en queue, l'attaquer par derrière. La Rappinière le prit en queue, et se mit à travailler sur lui à coups de poing, Scarron, Rom. com. I, 3.

    Donner en queue, donner sur la queue d'une armée, la prendre en queue.

    Queue d'armée, de camp, de troupe, partie d'une armée, d'un camp, d'une troupe, occupant le terrain à l'opposite du front de bandière.

    Terme de marine. Queue d'une ligne, le dernier vaisseau d'une ligne. Notre arrière-garde, commandée par M. le comte d'Estrées, fut pressée par l'escadre bleue des Anglais ; les trois vaisseaux de la queue de notre armée furent fort maltraités, Mém. de Villette, 1690, dans JAL.

    Vaisseau de queue, celui qui termine une ligne de marche ou de bataille.

    À la queue, en queue, à la suite, immédiatement après. Il suivait en queue. Ce chasseur était à la queue des chiens. Il se passe des choses assez plaisantes dans notre dispute ; je trouve qu'on en pourrait bien faire une petite comédie, et que cela ne ferait pas trop mal à la queue de l'École des femmes, Molière, Critique, 7. Eumène était fort mal, et il se faisait porter en litière à la queue de l'armée, Rollin, Hist. anc. Œuv., t. VII, p. 138, dans POUGENS.

    À la queue, en queue, à la poursuite, aux trousses. Ce voleur a les gendarmes en queue. Les gendarmes sont à la queue de ce voleur. Turenne est là ; l'on n'y doit craindre rien ; Vous dormirez, ses soldats dorment bien, Non pas toujours ; tel a mis mainte lieue Entre eux et lui, qui les voit à sa queue, La Fontaine, Poésies mêlées, XLI.

  • 23File de gens qui attendent à la porte d'un spectacle, d'un bureau pour entrer à leur tour. La queue s'étendait jusqu'à tel endroit. Se mettre à la queue. On faisait queue à la porte des boulangers. Un citoyen, député de la section de la Réunion, se présente au corps municipal, et y dénonce les marchands comme étant les principaux moteurs des rassemblements qui ont lieu journellement et connus sous le nom de queues, Moniteur universel, 6 prairial an II, p. 999, 2e col.

    Queue à queue, à la file, successivement. Ces bateaux descendent la rivière queue à queue. Ces trois loups sont venus queue à queue.

    À la queue leu leu, ou à la queue lou-lou. En voyant cette émigration des grandes dames, toutes ces femmes de robe imaginèrent que ce devait être l'usage de la cour, et elles se mirent à défiler à la queue lou-lou révérencieusement et silencieusement devant la présidente Molé, qui ne savait que devenir, Souvenirs de la marquise de Créquy, t. V, ch. 12. (voy. LEU).

  • 24Sans queue, loc. adv. Sans ajouter une désignation particulière. Monsieur sans queue, c'était le frère du roi. Monsieur le Prince sans queue, c'était le premier prince du sang. Mme la duchesse d'Orléans est accouchée d'un fils qui se nommera M. le Prince sans queue, Patin, Nouv. lett. t. I, p. 339, dans POUGENS.
  • 25 Terme de marine. Queue de chat, cordage avec lequel on infligeait les peines corporelles.
  • 26Queue-du-chat, figure de contredanse.

    Demi-queue-du-chat, pas figuré des anciennes contredanses, qui consiste en ce que deux couples opposés vont prendre la place l'un de l'autre, le cavalier tenant sa dame par la main, et sans se séparer, comme cela a lieu dans la demi-chaîne anglaise. La demi-queue-du-chat prend quatre mesures.

  • 27 Terme d'anatomie. Queue de cheval, faisceau des nerfs lombaires et sacrés qui termine la moelle épinière.
  • 28Queue-de-cochon, tarière terminée en vrille. Des queues-de-cochon.
  • 29Queue-de-renard, voy. RENARD.
  • 30Queue-de-rat, espèce de lime ronde, qui sert à agrandir les trous percés dans les métaux.

    Queue-de-rat, tabatière dont le couvercle de bois est soulevé par une longue et étroite lanière de cuir.

    Terme de vétérinaire. Queue-de-rat, dartre allongée qui fait tomber les poils de la place malade et qui survient aux jambes des chevaux.

    Terme de marine. Queue-de-rat, façon donnée à l'extrémité d'un cordage qu'on amincit comme la queue d'un rat.

    Queue-de-rat, la prêle des champs (équisétacées), et la fléole des prés (graminées).

    Grande queue-de-rat, la fétuque élevée (graminées).

  • 31Queue-d'oison, bateau en gondole pour pêcher le hareng et le maquereau.
  • 32Queue-de-paon, nom donné par les mineurs au cuivre panaché ou sulfure de cuivre irisé.
  • 33Queue-de-cheval, prêle des marais. Des queues-de-cheval.

    Queue-de-lion ou léonurus, nom vulgaire de la phlomide léonure de Linné, devenue le léonotis léonure d'Aiton. Des queues-de-lion.

    Queue-de-souris, plante ainsi nommée à cause du réceptacle des fleurs qui s'allonge de manière à ressembler à une queue de souris.

    Queue d'or, le mésoprion chrysure (poissons acanthoptérygiens) de Cuvier (côtes du Brésil), le spare queue-d'or de Lacépède, Legoarant

    Queue-d'hermine, le cône hermine de Brugnière, dit aussi hermine.

    Queue-de-flèche, paille en queue, oiseau.

    Queue-blanche, le pygargue.

    Les queues-aiguës, genre d'oiseau.

PROVERBES

Mi-mai, queue d'hiver.

Il n'y en a point de plus empêché que celui qui tient la queue de la poêle, il est plus difficile de conduire une affaire que d'en parler ou de la contrôler. Valot y est bien empêché, car il tient la queue de la poêle, Patin, Lett. t. II, p. 108, dans POUGENS.

Il viendra un terme où les renards auront besoin de leur queue, il y a telles personnes qu'on méprise ou qu'on choque et dont on aura besoin en un autre temps.

Cette queue n'est pas de ce veau-là, se dit de deux choses qui n'ont pas de rapport entre elles.

Il faut que chacun garde sa queue, il faut que chacun conserve son bien, par allusion à la fable du renard qui avait perdu sa queue.

Quand on parle du loup, on en voit la queue, on parlait d'une personne et au moment même elle est arrivée.

À la queue gît le venin, le venin est à la queue, proverbe né de la croyance populaire au venin de la queue de certains serpents, et tout naturellement du venin de la queue des scorpions, des guêpes ; on le dit quand on prévoit que la fin d'une chose présente des difficultés, recèle des dangers. Le serpent a deux parties Du genre humain ennemies, Tête et queue…, La Fontaine, Fabl. VII, 17.

HISTORIQUE

XIe s. Blanche la cue, et la crignete jalne, Ch. de Rol. CXIII.

XIIe s. Bien [il] m'a le nu [nœud] fait en la coe ; Juglé [trompé] m'a e envilani, Benoit de Sainte-Maure, II, 15239. E les cues [des bœufs] tutes ensemble une part turnerent, Rois, p. 254. De ce est ke Moyses comandet ke la cowe del sacrifize soit coverte en l'alteir, Job, p. 448.

XIIIe s. De ma fable faz tel defin, Que chascuns se gart de la soe [femme], Q'ele ne li face la coe, Nouv. recueil de fabliaux et contes, t. I, p. 317. La coe ot [le bouton de rose] droite comme jons, Et par dessus siet li boutons, la Rose, 1673. Gart que nule ordure n'i voie, Qu'il se metroit tantost à voie, Et s'enfuiroit keuë levée, S'en seroit honteuse et grevée, ib. 14493. Que il deviegne Turc, s'ait sa loi defiée, Trois coes face faire à l'us de lor contrée, Ch. d'Ant. VI, 10. Des biens de sainte Eglise se complaint Jesus Christ, Que on met en joiax et en vair et en gris ; Si s'en traient leur keues Margos et Beatrix ; Et li membre Diu sont povre, nu et despris, Rutebeuf, 238. Dont il avint ainsi que notre nef hurta à une queue de sablon [banc de sable] qui estoit en la mer, Joinville, 283. Et la queue du feu qui partoit de li [le feu grégeois] estoit bien aussi grant comme un grant glaive, Joinville, 222.

XIVe s. Et fist dire moult hautement… De rendre Bretaigne com soue [sienne]. N'est celui qui meuve la coue, Car là estoint bien atrapez, Liv. du bon Jeh. 2900. Scellé du grand sceau à double queue, Déclaration du roi du 8 mars 1396.

XVe s. Et à leur departement [au départ des soldats anglais] feirent lesdits Parisiens grant huée en criant à la queue, Monstrelet, t. II, p. 127, dans LACURNE. Nous le suyvrons queue à queue, moi et mes gens, le Jouvencel, f° 32, dans LACURNE. [Dame] la plus noble et la plus haultaine du monde, de laquelle ne estoye digne de porter sa queue, Perceforest, t. V, p. f° 53. En toutes façons une bataille perdue a tousjours grant queue et mauvaise pour le perdant, Commines, II, 2.

XVIe s. Messire Jean Chapperon et ledit seigneur d'Auton meirent cinq cents hommes de guerre en leurs vaisseaulx, c'est à savoir quatre cents dedans la nau du dict Chapperon, et cent dedans la barque du seigneur d'Auton, et se meirent sur mer à queue de vache [l'un derrière l'autre], Annales de Louis XII, p. 341, dans LACURNE. Toutes fois et quantes que le nom de Dieu se trouve sans queue, comme l'on dit, il se rapporte au Pere seul, Calvin, Instit. 93. Pour ce que l'abus du mot emporte une mauvaise queue, je suis contraint de le reprouver, Calvin, ib. 1163. Il seroit monsieur sans queue, Rabelais, I, 11. Puis après lui avoir coupé la bourse, il lui coupe la queue [part comme un joueur qui fait Charlemagne] ; et s'en va chercher sa pratique, deçà, delà, par la ville, Despériers, Contes, LXXXIII. Je croy que si l'autheur eust osé les apeller prophetes, qu'il l'eust fait ; ils meritoient pourtant bien ce nom, mais avec ceste queue, à sçavoir de Satan, Lanoue, 136. L'armée contraire se mist à sa queue [à sa poursuite], Lanoue, 622. On fit encore sauter une mine où les soldats ne firent plus que bransler la queue, quoique Strosse et le Gart se missent à leurs testes, D'Aubigné, Hist. II, 49. Il voulut entrer en Berri pour prendre le chemin de la Charité ; mais la pluspart de sa suite lui coupa la queue [l'abandonna], D'Aubigné, ib. III, 59. Nous nous embarquasmes en nos trois batteaulx, queue à queue l'un de l'autre, Carloix, VIII, 30. Queue-de-cheval a prins ce nom à cause que son herbe ressemble aucunement le poil de la queue d'un cheval ; aucuns nomment ceste herbe aspresta, par sa grande aspreté et rudesse du manier…, De Serres, 607. Tel engrossissement [des racines dans les tuyaux] est par les fontaniers appelée queue de renard, De Serres, 771. L'insertion de sa queue [d'un muscle], Paré, XIII, 18. En la queue et en la fin Gist de coustume le venin, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 198. Donnerent trois assauts sur la pointe du jour queue sur queue, mais ils furent tous jours repoussez, Montluc, Mém. t. II, p. 62, dans LACURNE. Il sembloit, quand ils [les huguenots] y oyoient parler de moy, qu'ils avoient le bourreau à la queue, ID. liv. v. Vache ne sçait que vaut sa queue, jusques à ce qu'elle l'ait perdue, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. QUEUE.
21Ajoutez :

Fig. Vous verrez que, par un juste retour, les véritables philistins pourraient bien être en fin de compte non pas les esprits restés dévots au culte de Mozart, mais tous ces fanatiques attardés qu'on appelle aujourd'hui la queue de Robespierre, H. Blaze de Bury, Rev. des Deux-Mondes, 15 oct. 1875, p. 811.

Fig. Couper sa queue, se dit d'un chef de parti qui se sépare de la partie la plus violente de ses adhérents.

34Queue de morue, nom d'une sorte de brosse. Brosses plates dites queues de morue en fer-blanc, brosses à tableaux… Queues de morues et pinceaux fins, Alm. Didot-Bottin, 1871-72, p. 1226, 1re col.
35 Queue de chat, queue de cheval, noms vulgaires des cirrus, Journ. offic. 20 sept. 1873, p. 5976, 2e col.
36Queue fourchue vulgaire, ou grande queue fourchue, bombyx vinula ; la queue fourchue dite hermine, bombyx herminea ; la petite queue fourchue, bombyx furcula. Ces noms proviennent de deux appendices un peu divergents, situés au bas des ailes.
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Queue : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

QUEUE, s. f. (Gramm.) la partie qui termine certains animaux par derriere. Ce mot a un grand nombre d’acceptions différentes. On dit la queue d’une morue, d’un chien, d’un oiseau, d’un lésard, &c. La queue d’un muscle ; la queue d’un fruit, d’une feuille, &c. la queue d’une poële ; la queue d’une robe, d’un manteau ; la queue d’une perruque ; une queue de cheveux ; la queue d’une affaire ; la queue d’un ouvrage, &c.

Queue, (Conchyl.) partie inférieure d’une coquille, laquelle partie est plus ou moins longue. Il est essentiel de la distinguer du bec, en latin rostrum, qui est toujours fort court, & qui se dit de l’extrémité de la queue, lorsqu’elle est recourbée ; d’ailleurs le mot bec, désigne quelquefois la coquille, même recourbée dans un de ses bouts, ou vers la charniere. (D. J.)

Queue d’une comete, (Astronom.) quand une comete porte sa chevelure en avant, ou vers la partie du ciel où son mouvement propre semble la porter, cette chevelure s’appelle barbe ; mais quand elle la porte vers l’endroit du ciel d’où son mouvement propre semble l’éloigner, cette chevelure se nomme queue : & enfin quand sa chevelure l’environne de toutes parts, on l’appelle simplement chevelure. On trouvera un plus grand détail sur ces différens phénomènes, avec des conjectures sur leurs causes physiques, à l’article Comete. Chambers. (O)

Queue du dragon, en terme d’Astronomie, est le nœud descendant de la lune ; on le représente sous cette figure ☋. Voyez Nœud & Dragon.

Les Astronomes ont soin de mettre cette figure dans tous leurs horoscopes ; elle y est aussi nécessaire que les autres. Voyez Horoscope. (O)

Queue de cheval, s. f. terme d’Anatomie, la partie inférieure de la moële épiniere formée par la réunion des quatre paires lombaires inférieures, & par les 5 à 6 paires sacrées, dont la derniere est très petite. Voyez Lombaire & Sacré.

Queue, (Hydr.) on dit la queue d’un moulin, laquelle comme un gouvernail, sert à le tourner au vent. On dit encore des queues de renard, ce sont des traînasses de racines fort menues, qui passant par les pores d’un tuyau de grès, ou par les nœuds de mastic qui se pourrit en terre, se nourrissent dans l’eau, & viennent si grosses & si longues, qu’elles bouchent entierement la conduite. On en a tiré de 5 à 6 toises de long. (K)

Queue d’aronde, en terme de Fortification, est une espece de simple tenaille, comme DABCE, Pl. I. de Fortification, fig. 12. dont les côtés AD, & CB, ne sont point paralleles, mais s’approchent plus du côté de la place que du côté de la campagne. Ainsi la queue d’aronde a la gorge plus petite, ou plus étroite que le front. Cette sorte d’ouvrage n’est plus guere en usage, si ce n’est dans la fortification passagere, à cause de son peu de défense. Voyez Angle mort. (Q)

Queue de la tranchée, terme de l’Art militaire, c’est le poste, ou le lieu où l’on commence à ouvrir la tranchée, pour se mettre à couvert du feu de la place. Voyez Approche & Tranchée.

C’est à la queue de la tranchée que l’on fait ordinairement le dépôt ou l’amas des matériaux nécessaires pour les approches. On y établit aussi l’hôpital ambulant pour les blessés de la tranchée. (Q)

Queue de cheval, (Hist. mod.) enseigne ou drapeau sous lequel les Tartares & les Chinois vont à la guerre. Voyez Enseigne, Pavillon, &c.

Chez les Turcs, c’est l’étendart que l’on porte devant le grand-visir, devant les bachas, & devant les sangiacs. On l’appelle toug, & on l’attache avec un bouton d’or au bout d’une demi-pique.

Il y a des bachas à une, à deux & à trois queues.

La queue de cheval arborée sur la tente du général est le signal de la bataille. A l’égard de l’origine de cette coutume, on raconte que dans une certaine bataille l’étendart ayant été enlevé par l’ennemi, le général de l’armée turque, ou, selon d’autres, un simple cavalier coupa la queue à son cheval, & l’ayant mise au bout d’une demi-pique, il encouragea les troupes & remporta la victoire. En mémoire de cette belle action, le grand-seigneur ordonna de porter à l’avenir cet étendart comme un symbole d’honneur. Ricaut.

Queue, terme de Chancellerie, ce mot se dit de la maniere de sceller les lettres. Une lettre est scellée à simple queue, quand le sceau est attaché à un coin du parchemin de la lettre qu’on a fendu exprès ; & elle est scellée à double queue, quand le sceau est pendant à une bande en double de parchemin passée au-travers de la lettre, comme on fait dans les expéditions importantes.

Queue, s. f. (Mesure de liquides.) particulierement pour les vins dont on se sert en plusieurs endroits, provinces & villes de France. Les queues d’Orléans, de Blois, de Nuys, de Dijon, de Mâcon, sont semblables & reviennent à un muid & demi de Paris, c’est-à-dire qu’elles contiennent chacune 420 pintes de Paris. Savary. (D. J.)

Queue, en Musique, virgula ; on distingue dans les notes la tête & la queue ; la tête est le corps même de la note ; la queue est ce trait qui tient à la tête, & qui indifféremment monte ou descend perpendiculairement à-travers la portée. Dans le plein chant les notes n’ont pas de queue, mais dans la musique il n’y a que la ronde qui n’en a point. Autrefois la breve ou quarrée n’en n’avoit pas non plus. (S)

Queue, la, (Jeux.) c’est au piquet à écrire, lorsque pour compter les tours dont on est convenu, les joueurs à chaque coup qu’ils sont marqués, mettent un jetton dans la bourse commune, laquelle à la fin du jeu, appartient totalement à celui qui gagne le plus ; & s’il y en a deux qui gagnent autant l’un que l’autre, la queue se partage également entr’eux. C’est à celui qui a la queue à payer les cartes. On la joue aussi au quadrille, & à tel jeu qu’on veut. Jeu de piquet. (D. J.)

Queue, en terme de Blason, se dit principalement de la queue d’un cerf. Celles de plusieurs autres animaux s’expriment par des noms particuliers.

Queue, (Archit.) ou cul-de-lampe ; nom qu’on donne aux extrémités des pieces de bois qui servent comme de clés au haut des voûtes des dômes, & de quelques autres lieux, où ils sont suspendus en forme de roses.

Queue de pierre, c’est le bout brut ou équarri d’une pierre en boutisse, qui est opposée à la tête ou parement, & qui entre dans le mur sans faire parpain. Dict. d’Archit. (D. J.)

Queue, (Marine.) c’est l’arriere-garde d’une armée navale.

Queue de rat, (Marine.) on appelle ainsi une manœuvre qui va en diminuant par le bout ; tel est le corcet.

Queue de rat en bois, outil d’Arquebusier & autres artisans, tant en fer qu’en autres matieres. C’est une lime ronde, piquée à grains d’orge, qui est tortillée comme une colonne torse. Les Arquebusiers s’en servent pour agrandir & limer des trous en bois.

Queue se dit dans l’Ecriture des traits qui excedent le corps du caractere, comme les queues de b, g, d, &c.

Queue d’aronde, terme de Charpente & de Menuiserie, c’est une espece de tenon qui est plus large par le bout que par le collet, & qui a la figure de la queue d’une hirondelle. Cette sorte d’assemblage est très-forte.

Queue de paon, nom que donnent les Charpentiers & les Menuisiers donnent aux assemblages ou compartimens circulaires, qui vont en s’élargissant depuis le centre jusqu’à la circonférence, & qui imite la queue du paon lorsqu’il l’ouvre en forme de roue ; telles sont les enrayures circulaires des tours, & ce que les Menuisiers appellent aussi évantail dans les chassis à verre des croisées ceintrées.

Queue, (Commerce de soierie & de toile.) c’est ainsi qu’on appelle le dernier bout d’une piece d’étoffe ou de toile lorsqu’elle n’a point été entamée, au contraire du premier bout que l’on nomme chef. Savary. (D. J.)

Queue de chanvre, (Corderie.) paquet de filasse brute, dont les brins sont arrangés de façon que toutes les pattes ou racines sont du même côté. Voyez l’article Chanvre.

Queues de rat, cordages qui sont plus gros par le bout où ils sont attachés, & qui diminuent depuis les deux tiers jusqu’à l’autre bout qui se trouve dans la main des matelots. Voyez l’article Corderie, où la maniere de fabriquer les cordages est expliquée.

Queue de renard à étouper, (Doreur sur cuir.) est la queue de cet animal dont l’usage est de servir à appliquer les feuilles d’argent sur l’assiette, dont le cuir est peint aux endroits que l’on veut argenter.

Queue de rame, terme de Gazier, ce sont les ficelles qui passent sur les poulies du cassin, & qui tiennent les fourches dans les métiers à fabriquer la gaze figurée ou brochée. Voyez Gaze.

Queue, (Jardinage.) les feuilles ont une queue aux branches, & quelquefois un petit cœur entre deux ; les fruits, tels que les poires & les pommes, ont aussi une queue qu’ils ne quittent point, & dont la privation les rend difformes.

Queue, terme de Luthier, c’est une partie de la table de certains instrumens où les cordes sont attachées ; on dit queue de violon. (D. J.)

Queue, (Maréchallerie.) on appelle ainsi le croupion du cheval dont les membres sortent du haut de la croupe, & sont garnies de peau ou de crins plus longs ou plus courts. Il y a des queues bien garnies, & ce sont les plus belles ; celles qui sont dégarnies de coins s’appellent queues de rat. C’est un agrément lorsque le cheval releve la queue en marchant, cela s’appelle porter bien sa queue ; on prétend que c’est signe de force. Il y a des chevaux qui portent leur queue en trompe, c’est-à-dire recourbée du côté du dos. Faire la queue ou rafraîchir la queue, c’est couper au bas tous les crins qui débordent. On trousse la queue en la nouant, ou se servant d’un trousse-queue. Voyez Trousse-queue. Les vertebres de la queue s’appellent en terme de cavalerie les nœuds de la queue. Couper la queue à un cheval, c’est couper une partie de ces nœuds, afin que la queue n’ait que huit ou dix pouces de long ; on coupe la queue à tous les chevaux de chasse & de course. Ainsi on appelle les chevaux qui ont la queue coupée des coureurs ou des courtes queues ; on appelle racine de la queue l’endroit où elle sort de la croupe, & le tronçon ou le quoart le reste des vertebres jusqu’au bout. Jouer de la queue ou quoailler se dit d’un cheval qui remue perpétuellement la queue lorsqu’on le monte, ce qui marque de l’inclination à ruer. Faire un rossignol sous la queue, voyez Rossignol. Queue de rat, maladie en boulet & du canon de la jambe. Voyez Arête, Canon & Boulet.

Queue, s. f. terme de Relieur, c’est la partie du livre qui regarde la fin des pages, & celle du haut s’appelle la tête ; on rogne un livre par la tête & par la queue. (D. J.)

Queue, s. f. (Paumier.) instrument dont on se sert pour pousser les billes au jeu de billard. La queue est un bâton de trois ou quatre piés de longueur, fait au tour ; elle est fort grosse par un bout, & va en diminuant jusqu’à l’autre bout qui n’a pas plus d’un demi pouce de diametre. On tient la queue par le gros bout d’une main, & on en appuie l’autre extrémité sur la main gauche, puis avec le petit bout on chasse la bille en lui donnant un coup sec.

Queue, terme de Perruquier, mettre des cheveux en queue, c’est attacher le derriere d’une chevelure avec un cordon, & la couvrir depuis le haut jusqu’en-bas en roulant tout-autour un long ruban.

Queue blanche, voyez Aigle a queue blanche.

Queue de cheval, voyez Prêle.

Queue de lézard, saururus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante dont la fleur n’a point de pétales ; elle est composée de deux sommets qui ont deux valvules, & qui sont remplis d’une poussiere très-mer nue ; l’embryon est placé entre les deux sommets, il devient dans la suite un fruit ovoïde & mou, qui renferme une seule semence. Il faut ajouter aux caracteres de ce genre que les fleurs & les fruits sont attachés à un axe, & qu’ils ressemblent à une queue de lézard. Plumier, Nova plant. amer. gener. Voyez Plante.

Queue de lion, leonurus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale labiée ; la levre supérieure est pliée en gouttiere, & beaucoup plus longue que l’inférieure qui est divisée en trois parties. Le pistil sort du calice, il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & entouré de quatre embryons qui deviennent dans la suite autant de semences oblongues, renfermées dans une capsule longue & tubulée qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, Ir st. rei herb. Voyez Plante.

Queue de fourceau, (Botan.) nom vulgaire du genre de plante, que les Botanistes appellent peucedanum. Voyez Peucedane, Botan. (D. J.)

Queue de pourceau, (Mat. méd.) cette plante est assez genéralement regardée comme apéritive, nervine, hystérique, emmenagogue, béchique, incisive & diurétique. Elle est fort peu usitée, vraissemblablement à cause de sa mauvaise odeur. C’est un extrait formé du suc de sa racine épaissi, qu’on a sur-tout recommandé pour l’usage intérieur. Les auteurs, principalement les anciens, ont beaucoup vanté son application extérieure. Ils ont regardé cette plante comme puissamment résolutive & mondificative. (b)

Queue rouge, voyez Rouge-queue.

Queue de souris, (Botan.) plante nommée myosuros par J. B. 2. 512. Ray, hist. 2. 1332. Boerh. Ind. alt. 2. 202. Holoster assinis caudâ muris. C. B. P. 190. & par Tournef. ranunculus gramine folio, flore caudato, seminibus in capitulum spicatum congestis. I. R. H. 293.

La racine de cette plante est annuelle ; ses feuilles sont herbeuses, comme celles du coronopus, mais sans découpures ; son calice est composé de cinq feuilles, dont chacune a une espece de pendant ; ses fleurons sont herbeux, & munis d’un grand nombre d’étamines qui partent de la circonférence du fond de l’ovaire ; ses semences sont disposées en épies : c’est une petite plante fort basse ; elle croît dans les champs, dans les prés, dans les jardins, & fleurit au mois de Mai ; elle passe pour avoir les mêmes vertus que le plantain & le coronopus, c’est-à-dire pour être un peu astringente & dessicative. (D. J.)

Queue des oiseaux, (Ornith.) c’est une partie très-importante pour faciliter leur vol, & pour le rendre ferme en tenant le corps droit dans l’air, élément fluide, en faisant tourner le corps promptement, & en l’empêchant de chanceler. On peut la comparer au gouvernail, puisqu’elle sert à diriger le vol de l’oiseau dans lequel elle suit toujours la ligne du dos, qui est tant soit peu penchée. Le mouvement du milan, qui se tourne comme il veut par le moyen de sa queue, est une preuve évidente de cette vérité.

Aristote a judicieusement observé que les oiseaux à longues jambes, & ceux dont les doigts des piés tiennent les uns aux autres par une membrane, ont ordinairement la queue courte, & ne racourcissent pas leurs piés vers le ventre, comme font les autres oiseaux, mais au contraire ils les étendent par derriere, afin qu’ils servent au lieu de queue à diriger leur vol.

De plus cette partie contribue beaucoup à maintenir le corps des oiseaux en équilibre dans l’air ; c’est pour cela qu’elle est parallele à l’horison lorsqu’elle est étendue & non-perpendiculaire, comme celle des poissons. Aussi les oiseaux qui n’ont point de queue, comme les plongeons, volent avec peine le corps élevé.

Borelli & quelques autres philosophes modernes ont trouvé que la queue des oiseaux en général ne contribuoit pas à les faire élever & descendre dans les airs ; ils le prouvent par les pigeons, qui ne laissent pas de se tourner de tous côtés après avoir perdu la queue. Aussi faut-il convenir que l’observation est très-vraie à l’égard des oiseaux qui ont la queue pointue & terminée en ligne droite. Mais à l’égard de ceux qui l’ont fourchuë, l’expérience justifie qu’elle produit l’effet que nous lui avons attribué pour le vol ; car il est très-visible que le milan qui a la queue fourchuë tourne entierement son corps en tournant sa queue de côté, élevant une des fourches & abaissant l’autre. Les hirondelles ont sans doute la même faculté dans la queue, puisqu’il n’y a point d’oiseau qui se tourne en l’air avec plus d’agilité.

Une observation d’un autre genre par laquelle je finis, c’est que les plumes dont est composée la queue des oiseaux de presque tous les genres, sont arrangées les unes sous les autres & les unes à côté des autres, dans un plan parallele ou incliné à l’horison. Il n’y a peut-être qu’un seul genre d’oiseau dont la queue est dans un plan vertical & plié en deux parties égales, de maniere que le dessus d’une moitié de ses plumes s’applique contre le dessous des plumes de l’autre moitié. Ce genre d’oiseaux, dont le port de la queue nous paroîtroit très-singulier si nous le voyions pour la premiere fois, est le genre des poules. Un genre de poules distincts, dont la queue ne mérite pas moins notre attention, est le paon. Voyez Paon. (D. J.)

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Étymologie de « queue »

Étymologie de queue - Littré

Berry, coue ; bourg. quoue ; saintong. coue ; wallon, cowe ; namur. cawe ; prov. coa, coda, coza ; catal. coa, cua ; port. cauda ; ital. coda ; du latin cauda, que Corssen, Beiträge, p. 446, croit être, d'après Meyer, pour skauda, radical sansc. ska, couvrir, dresser, lever en l'air.

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Étymologie de queue - Wiktionnaire

(Nom commun 1) De l’ancien français coe, cue, du latin cōda (« queue ») variante de cauda (sens identique) dont sont issus caudal ou caudataire.
(Nom commun 2) L’origine est incertaine : peut-être du latin cupa, ou du français « cuve »).
(Nom commun 3) : Du latin cos, cotis (« pierre à aiguiser »).
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Phonétique du mot « queue »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
queue play_arrow

Citations contenant le mot « queue »

  • Et maintenant, faut-il faire la queue devant les magasins ? Après la crise sanitaire liée au coronavirus, de nombreuses questions se posent sur l'avenir de notre monde.  Franceinfo, Et maintenant. On fait la queue ?
  • Le rapport d’étude de marché mondial Baignable sirène queue 2020-2025 est un guide, qui sert les points d’intérêt spécialisés et financiers actuels et futurs de l’entreprise Baignable sirène queue jusqu’en 2025. Le rapport de marché comprend également une étude approfondie du marché avec le nombre de tableaux, de graphiques et de produits chiffres qui donnent des informations statistiques essentielles sur l’état actuel de la croissance du marché Baignable sirène queue et constituent une source importante de conseils pour les principales entreprises et particuliers du Baignable sirène queue impliqués dans le domaine. , Taille du marché Baignable sirène queue Part de l’industrie 2020, détails du développement commercial, régions, principaux fabricants, opportunités de croissance prévues jusqu’en 2025 – Commune Magazine
  • Avec la distanciation sociale, les files d’attente se multiplient devant les magasins. Mais faire la queue est un art et une science, dans lesquels les Britanniques sont passés maîtres Le Temps, L’art British de faire la queue - Le Temps
  • L’espace d’un instant, on avait cru au miracle. La supérette de ce quartier de Londres semblait accessible sans queue. Les ­bandeaux jaune fluo, collés sur le trottoir pour délimiter l’espace de la file d’attente, étaient vides. C’est au moment de passer la porte que le grand gaillard nous a interpellé : « À la queue ! » Le gardien avait beau avoir l’oreille collée à son téléphone portable, il n’avait pas perdu le décompte. Le Monde.fr, Faire la queue est une science presque exacte au Royaume-Uni
  • Suite à une collision avec un navire, Fluker a perdu la moitié de sa nageoire caudale. Il y a un an, des lignes de pêche abandonnées l’ont amputé de l’autre moitié de sa queue, si bien qu’il meurt de faim. Est-ce une situation courante en mer Méditerranée ? Les Inrockuptibles, Quelles leçons tirer de l'agonie de Fluker, la baleine sans queue ?
  • Même s’il s’agit d’une miniature, ce piano à queue a tout d’un grand. Outre ses 25 touches et leur mécanisme à marteaux, il comprend aussi un couvercle qui s’ouvre, un étouffoir et une pédale. Esthétique et fonctionnel, en quelque sorte. Journal du Geek, Après la NES, LEGO lance… un piano à queue ! | Journal du Geek
  • Que s'est-il passé pour qu'un animal qui mesure environ 20 mètres et peut atteindre les 70 tonnes se retrouve dans cet état ? C'est dans les années 1990 que Fluker s'est fait un nom, en percutant en navire. La baleine avait alors perdu la moitié de sa queue. Cette nageoire caudale amputée était devenue un signe distinctif. Europe 1, PHOTOS - Méditerranée : une baleine à la queue amputée agonise depuis des mois
  • Sois plutôt la queue d'un lion que la tête d'un chien. De Le Talmud
  • En la queue et en la fin Gît de coutume le venin. De Proverbe français
  • Quand la vache perd sa queue, Dieu balaie les mouches. De Proverbe créole
  • Un chien sans queue ne peut exprimer sa joie. De Proverbe albanais
  • Le diable essuie sa queue avec l’orgueil du pauvre. De Proverbe espagnol
  • Chaque chien lèche sa queue selon son goût. De Proverbe martiniquais
  • Mieux vaut être tête de souris que queue de lion. De Proverbe québécois
  • Le chien a son sourire dans sa queue. De Victor Hugo
  • Je vous résume le freudisme : Pourquoi ? Parce queue... De Louis Pauwels
  • L'appétit vient en faisant la queue. De Ilya Ilf / Calepin
  • Quand on parle du loup, on en voit la queue. De Proverbe français
  • Miel à la bouche, dard à la queue. De Proverbe malais
  • Le chien rit avec sa queue. De Paul Neuhuys / On a beau dire
  • Le mal porte le repentir en queue. De Proverbe français

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Traductions du mot « queue »

Langue Traduction
Corse cola
Basque buztan
Japonais
Russe хвостик
Portugais rabo
Arabe ذيل
Chinois 尾巴
Allemand schwanz
Italien coda
Espagnol cola
Anglais tail
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Synonymes de « queue »

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Antonymes de « queue »



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