La langue française

Barrer

Sommaire

  • Définitions du mot barrer
  • Étymologie de « barrer »
  • Phonétique de « barrer »
  • Évolution historique de l’usage du mot « barrer »
  • Citations contenant le mot « barrer »
  • Traductions du mot « barrer »
  • Synonymes de « barrer »
  • Antonymes de « barrer »

Définitions du mot barrer

Trésor de la Langue Française informatisé

BARRER, verbe trans.

I.− [Correspond à barre I] . Munir d'une barre.
A.− Consolider au moyen d'une barre. Barrer une table, barrer le fonds d'un tonneau (Ac. 1835-1932).
B.− Fermer à l'aide d'une barre :
1. Il avait fallu barrer les portes, faire de nuit des rondes avec un fusil autour des bâtiments. Pourrat, Gaspard des montagnes,Le Pavillon des amourettes, 1930, p. 259.
1. P. ext.
a) Fermer un passage (en plaçant un obstacle en travers), obstruer. Deux pièces de canon et des fourgons barraient la porte (Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan,t. 1, 1870, p. 308):
2. Le postillon descendit et jeta un cri d'alarme en trouvant des cordes tendues d'un arbre à l'autre, ce qui barroit le chemin : ... Balzac, Annette et le criminel,1824, p. 111.
3. Un, deux... cinq miliciens quittèrent le camion renversé, coururent vers les arbres, tombèrent l'un après l'autre. Le camion barrant la route, ceux qui le suivaient s'étaient arrêtés. Malraux, L'Espoir,1937, p. 484.
Rem. Une personne peut aussi barrer un passage :
4. Armé du pistolet d'arçon du maréchal des logis, Fabrice avait repris fièrement sa faction lorsqu'il vit arriver à lui sept hussards montés : il s'était placé de façon à barrer le pont, ... Stendhal, La Chartreuse de Parme,1839, p. 65.
5. Mais les gens de l'hôtel de la Tête noire n'étaient pas assez nombreux pour barrer entièrement la rue; ... Champfleury, Les Bourgeois de Molinchart,1855, p. 6.
VÉN. Barrer une enceinte. La parcourir avec un chien barreur*.
P. métaph. ou au fig.
Barrer qqc.S'y opposer. Avec une froide et infranchissable règle, elle barrait tous mes caprices (Baudelaire, Petits poèmes en prose,1867, p. 194).Barrer la route, le chemin (à qqn). Faire obstacle (à qqn) :
6. J'ai soutenu brillamment à Châlons-sur-Marne la candidature d'un radical modéré, pour barrer la route au conservateur. Bernanos, L'Imposture,1927, p. 420.
7. Tu prétendais non à l'amour mais à un culte. Tu as barré ma route. Tu t'es dressée sur mon chemin comme une idole. Saint-Exupéry, Citadelle,1944, p. 867.
Barrer qqn.L'empêcher d'agir à sa guise, entraver ses projets.
b) Spéc., MÉD. VÉTÉR. Barrer une veine. ,,Empêcher le sang d'y arriver au moyen d'une ligature`` (DG).
Au fig. Causer une sorte de contraction à. L'angoisse lui barrait l'estomac (Druon, Les Grandes familles,t. 2, 1948, p. 195):
8. ... à ce moment, la vue de la viande déposée sur la table, lui souleva le cœur; il prescrivit qu'on la fît disparaître, commanda des œufs à la coque, tenta d'avaler des mouillettes, mais elles lui barrèrent la gorge; ... Huysmans, À rebours,1884, p. 218.
2. P. anal. Être disposé en travers de :
9. Elle s'était laissée glisser, assise à demi contre le mur, muette de terreur, devant le poing dont le prêtre la menaçait. Ses cheveux se dénouaient, une grande mèche blanche lui barrait le front. Zola, La Conquête de Plassans,1874, p. 1176.
10. Les missels tremblaient dans leurs doigts. Angles verts, aurore et bleus, des rubans hiérarchiques barraient les pèlerines plates des pensionnaires que guidaient, mains jointes, des dominicaines entraînant de longs manteaux noirs ouverts sur la croix de Malte de leurs robes en bure jaune. Adam, L'Enfant d'Austerlitz,1902, p. 327.
Spéc., VÉN. ,,On dit d'un chien qu'il barre lorsqu'il balance sur la voie et la cherche à droite et à gauche`` (Baudr. Chasses 1834). Barrer une enceinte. ,,Passer à travers une enceinte avec un limier pour tâcher de mettre le cerf debout`` (Baudr. Chasses 1834).
Rem. Attesté dans les dict. du xixeet du xxesiècle.
II.− P. anal. [Correspond à barre II B]. Marquer d'une ou de plusieurs barres :
11. « ... vous ne barrez point vos t. Comment pouvez-vous ignorer à votre âge qu'un t doit être barré? C'est inexplicable! » A. France, Les Désirs de Jean Servien,1882, p. 155.
12. ... Issy-les-Moulineaux nous avait renvoyés, juste pour Noël, deux mois et demi après la commande. Ces bons étaient barrés d'un gros trait au crayon bleu, une main énergique avait écrit dans un coin : Bons retournés. Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 297.
Spécialement
Rayer quelque chose d'un trait pour l'annuler :
13. Je crois qu'il faudra barrer deux ou trois phrases qui pourraient faire rire hors de saison. Valéry, Correspondance[avec Gide], 1898, p. 324.
DR. COMM. Barrer un chèque. Tracer en diagonale sur un chèque deux barres parallèles afin qu'il ne puisse être touché que par l'intermédiaire d'un institut bancaire ou un centre de chèques postaux.
Argot
Abandonner. Balanstique ta garce, barre-la sans secousse (A. Bruant, Dict. fr.-arg.,1905, p. 2).
Emploi pronom. S'en aller :
14. Si tu l'avais vu se barrer avec sa patte amochée, je te jure qu'il était marrant. Dorgelès, Les Croix de bois; 1919, p. 217.
III.− MAR. Tenir, manœuvrer la barre du gouvernail :
15. Le pilote (...), fit un geste amical au matelot de barre qui ne se départit pas pour cela de son flegme nordique, remercia pour l'excellent accueil qui lui avait été fait, enjamba le bordage et disparut le long de la coque. Le matelot, qui barrait son voilier, le reçut à bras ouverts, et bientôt de la passerelle de l'Étoile-des-mers, en route de nouveau, on aperçut le petit navire dansant comme un bouchon, à un mille, sur une houle grise, ... Peisson, Parti de Liverpool,1932, p. 9.
Absolument :
16. − Tu as déjà navigué? − Oui. − Où çà? − En Suisse, sur le lac de Neuchâtel. − Tu sais barrer? − Bien sûr. J'avais un petit lougre qui filait comme une flèche, remontant le vent au plus près. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 172.
Prononc. : [bɑ ʀe] ou [baʀe], (je) barre [bɑ:ʀ] ou [ba:ʀ].
Étymol. ET HIST. − 1. 1144 « consolider à l'aide d'une barre » (Charroi Nîmes, éd. Jonckbloet, 968 dans T.-L. : Chars et charretes cheviller et barrer); 1680 barrer un luth (Rich.); 1100-74 « fermer à l'aide d'une barre » (Wace, Rou, éd. H. Andresen, Heilbronn, 1877, II, 2100 : Les portes unt barrees e par dedanz tenues); 1429 fig. dr. « faire opposition à (qqc.) » (Affranch. d'Oiselay, Arch. H.-Saône E/143 dans Gdf.); xves. id. « faire obstacle à (qqn, qqc.) » (Littl., Instit., 82, Houard, ibid.); 2. mar. 1831 (Will. : Barrer [...] mettre trop la barre du gouvernail d'un bâtiment); d'où 1900 en gén. (DG : Barrer. Tenir, manœuvrer la barre du gouvernail); 3. a) fin xiiies. « marquer d'une barre » (Chastelain de Coucy, éd. Crapelet, 1231 dans T.-L. : Il portoit un escu barré, Bien sai, de geulles et de vair); b) 1690 (Fur. : Barrer, se dit encore des lignes et ratures qu'on fait sur un acte pour en annuler des clauses, ou même toute substance, quand on barre les signatures); 4. 1866 arg. (A. Delvau, Dict. de la lang. verte, p. 24 : Barrer. Abandonner son travail); l'éd. de 1867 précise ,,dans l'argot des marbriers de cimetière``; d'où 1866 pronom. se barrer « partir » (d'apr. Esn.); cf. 1867 (A. Delvau, loc. cit., p. 11). Dér. de barre*; dés. -er; 4 peut-être dér. de barre* dans l'expr. partir de barres « partir sur-le-champ », attestée dep. Ac. 1762.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 898. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 417, b) 1 365; xxes. : a) 2 056, b) 1 492.
BBG. − Carmignac (J.). Un Équivalent fr. de l'araméen gazir. R. de Qumran. 1963, t. 5, pp. 277-278. [Cr. Sindou (R.). R. intern. Onom. 1964, t. 16, pp. 76. -77]. − Pohl (J.). La Maison dans les fr. marginaux. Vie Lang. 1969, p. 82. − Sain. Lang. par. 1920, p. 386.

Wiktionnaire

Verbe

barrer \bɑ.ʁe\ ou \ba.ʁe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se barrer)

  1. Fermer avec une barre par-derrière.
  2. (Par extension) (Québec), (Acadie), (Poitou), (Normandie), (Vendée) et (Anjou) Verrouiller, fermer à clef.
    • Y vont barrer les portes. — (Les Cowboys fringants, Mon chum Rémi)
  3. (Par extension) Fermer, obstruer un chemin, un passage.
    • Ces crêtes barrant l’horizon ressemblaient à d’anciennes falaises marines ; […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 268 de l’éd. de 1921)
    • A 11 heures, nous devons descendre au ras de la mer ; une masse nuageuse nous barre la route ; elle est beaucoup trop élevée pour être survolée. — (Jean Mermoz, Mes Vols, p. 85, Flammarion, 1937)
    • Les sables barrent l’entrée du port.
  4. (Figuré) (Par ellipse) Traverser, gêner quelqu’un dans ses projets, dans ses entreprises, lui susciter des obstacles ; barrer le chemin.
    • Cet homme me barre dans tout ce que j’entreprends.
    • On l’a barré dans ses projets.
  5. Garnir, fortifier d’une barre.
    • Barrer une table.
    • Barrer les fonds d’un tonneau.
  6. Tirer un ou plusieurs traits de plume sur quelque écrit, pour montrer qu’on ne doit pas y avoir égard, pour le biffer, l’annuler.
    • Il faut barrer ces deux lignes.
    • Barrer un compte, un article de compte.
  7. (Figuré) Écarter, exclure, ne pas retenir.
    • Il faut le barrer.
  8. (Médecine vétérinaire) Lier, afin d’empêcher une maladie de s’étendre d’une partie à une autre.
    • Barrer un vaisseau, un nerf.
  9. (Marine) Diriger un vaisseau à l’aide de la barre.
    • Vers 4 heures, j’aperçois de nouveau la terre après avoir barré toute la nuit ; je passe au petit jour près d’un destroyer américain et entre dans le port Saint-Georges. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  10. (Pronominal) (Populaire) Se tirer, foutre le camp, partir.
    • Comme il avait une poule dans la même boite où que j’grattais, il m’obligeait à partir avec elle le soir […], puis il s’barrait plumer avec une autre. C’est quelque chose, hein, comme affront ! — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Barrez-vous !
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BARRER. v. tr.
Fermer avec une barre par-derrière. Barrer une porte. Barrer une fenêtre. Il signifie par extension Fermer, obstruer un Chemin, un passage. Barrer une route. Ils ont barré la rue avec des décombres. Les sables barrent l'entrée du port. On dit dans le même sens Avoir l'estomac barré. Barrer le chemin, le passage à quelqu'un, Se mettre devant quelqu'un de manière à l'empêcher de passer. Fig., Barrer le chemin à quelqu'un, et simplement Barrer quelqu'un, Le traverser dans ses projets, dans ses entreprises, lui susciter des obstacles. Le succès était infaillible, si un tel ne nous eût barré le chemin. Cet homme me barre dans tout ce que j'entreprends. On l'a barré dans ses projets. Il signifie aussi Garnir, fortifier d'une barre. Barrer une table. Barrer les fonds d'un tonneau. Il signifie encore Tirer un ou plusieurs traits de plume sur quelque écrit, pour montrer qu'on ne doit point y avoir égard, pour le biffer, l'annuler. Il faut barrer ces deux lignes. Barrer un compte, un article de compte. En termes d'Art vétérinaire, Barrer un vaisseau, un nerf, Lier un vaisseau ou un nerf, afin d'empêcher une maladie de s'étendre d'une partie à une autre. En termes de Blason, Barré d'argent et de gueules, À la barre d'argent, etc. Voyez BARRE. En termes de Chirurgie dentaire, Dents barrées, Dents molaires dont les racines sont écartées ou tortueuses, de sorte qu'on ne peut les arracher sans briser et enlever une portion de l'arcade alvéolaire.

Littré (1872-1877)

BARRER (bâ-ré) v. a.
  • 1Fermer avec une barre. Barrer une porte.

    Séparer les chevaux par des barres de bois.

  • 2 Terme de marine. Barrer un bâtiment, donner au gouvernail un mouvement trop fort sur un bord ou sur un autre.
  • 3Remuer avec une barre les poches contenant la soie dans un bain de teinture.
  • 4Intercepter. Barrer le passage à ceux qui viennent. Une rivière barrait le chemin à l'armée. Un conquérant trouve des forteresses et des armées qui lui barrent le passage, Voltaire, Newt. I, 5. Une montagne barra la caravane saisie de crainte, Voltaire, Blanc et noir.

    Absolument. Comme son projet [du maréchal de Choiseul] avait été de rompre leurs desseins en barrant de la montagne au Rhin, nos inondations étaient faites, Saint-Simon, 40, 219.

    Fig. Faire obstacle à. Barrer quelqu'un, barrer le chemin à quelqu'un, le traverser dans ses projets. On est honteux d'aller barrer leur chemin, Sévigné, 209. Je suis persuadée que c'est lui qui barre notre chemin, Sévigné, 581. Le roi dit qu'il n'accorderait jamais un rang au chevalier de Soissons, et barra ainsi cette belle chimère, Saint-Simon, 25, 41. Aux échanges l'homme s'exerce, Mais l'impôt barre les chemins, Béranger, Contreb.

  • 5 En termes de vétérinaire, barrer la veine, extirper une veine superficielle, et lier les deux bouts du vaisseau ; opération que les maréchaux pratiquaient autrefois pour des engorgements des extrémités, et qui est justement abandonnée.
  • 6Faire des lignes ou ratures sur des passages d'écriture pour les annuler. On barra deux clauses dans l'acte. Barrez ces trois mots.
  • 7 En termes de chasse, barrer une enceinte, la traverser avec un limier pour tâcher de mettre le cerf debout.

    V. n. Se dit d'un chien qui balance sur la voie

  • 8Au jeu de creps, annoncer, quand les dés sortent du cornet, qu'on annule le coup.
  • 9Se barrer, v. réfl. Se fermer le chemin. L'abbé de Mailly avait des vues et une vaste ambition, et fort attentif à ne se barrer sur rien et à s'aplanir les chemins à tout, Saint-Simon, 150, 185.

HISTORIQUE

XIIe s. Quand se furent armé li quatre bacheler, Vunt as uis de la sale, mais n'i porent entrer, Car um les out ainz fait après els bien barrer, Th. le mart. 144.

XIIIe s. Renart qui savoit tous les estres, Regarde par unes fenestres, Si eles estoient fermées ; Mais il les voit toutes barrées, Ren. 4344.

XIVe s. Gentement fu vestis d'une robe barrée, Baud. de Seb. I, 972.

XVIe s. Passe ces huys barrés de puissant fer, Marot, I, 252. À ce seul mot un gros marteau carré Frappe un tel coup contre un portal barré Qu'il fait crousler les tours du lieu infame, Marot, I, 253. Bastard avoué retenoit les armes de son pere barrées à gauche, Loysel, 62. Proculeius s'approcha près des portes, qui estoient grosses et fortes et seurement barrées, Amyot, Anton. 101. Vous vous barrez pour jamais le chemin qui peut vous conduire au trone, D'Aubigné, Vie, XCIV.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BARRER. Ajoutez :
10 Dans l'Aunis, barrer un champ, le planter en vigne, ainsi dit à cause que les trous destinés à recevoir le plant sont faits avec une barre, Gloss. aunisien p. 70.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BARRER des articles sur son livre, en terme de Commerce, signifie effacer, rayer les articles portés en crédit sur un journal ou autre registre, pour faire voir qu’on en a reçu le payement.

On barre aussi tout autre crédit, billet, obligation, quand on veut l’annuller. On appelle cette opération barrer par ce qu’on nomme barres, les lignes ou traits de plume, dont on croise ce qu’on veut qui demeure inutile dans quelqu’acte ou registre. (G)

Barrer les veines d’un cheval (Maréchal & Manége) est une opération qu’on fait sur elles pour arrêter le cours des mauvaises humeurs qui s’y jettent. On ouvre le cuir, on dégage la veine, on la lie dessus & dessous, & on la coupe entre les deux ligatures. Quoique je sois persuadé du peu d’effet de cette opération, je vais cependant la décrire, à cause qu’elle ne peut faire aucun mal, & qu’elle est par elle-même fort peu à craindre.

On barre les veines des cuisses pour les maux de jambes & des jarrets ; aux paturons pour les maux de sole ; aux larmiers & aux deux côtés du cou, pour ceux des yeux : on peut encore barrer en plusieurs endroits. Dans toutes ces parties, excepté aux larmiers, on barre les veines de la maniere que je vais enseigner, après quoi j’indiquerai la façon de pratiquer la même opération sur les larmiers.

Quand on veut barrer la veine de la cuisse, on abat le cheval (voyez Abattre) ensuite on frotte bien avec la main les endroits où l’on veut barrer, pour faire pousser la veine, c’est-à-dire, un peu au-dessus du jarret & vers le milieu de la jambe ; ce qui s’appelle barrer haut & bas : ensuite on fend la peau en long dans ces deux endroits avec le bistouri ; & ayant découvert la veine, on passe par-dessous la corne de chamois, avec laquelle on la détache doucement, en allant & venant, de toutes les petites fibres qui y sont attachées : on la lie ensuite aux deux endroits de deux nœuds, avec une soie en double, l’ayant fendue pour la faire saigner après la premiere ligature, qui est celle du jarret ; puis on la coupe en haut & en bas entre les deux ligatures : au moyen de quoi la portion de veine qui est entre deux ne recevant plus de sang par la suite, s’applatit & devient inutile. Cette opération seroit bonne, si l’humeur qui incommode la partie, n’y communiquoit que par cette branche de veine, ce qu’on ne sauroit admettre lorsqu’on sait l’Anatomie & le cours du sang ; puisqu’elle s’y rend par une infinité de rameaux.

On ne barre point lorsque la partie est enflée ; parce que l’enflure resteroit indépendamment de l’opération, & qu’on auroit quelquefois bien de la peine à trouver la veine.

Quand on barre les veines du cou, on le fait deux doigts au-dessus de l’endroit où l’on saigne : il n’y a qu’une circonstance à omettre, qui est de ne pas couper la veine entre les deux ligatures ; car s’il arrivoit que la ligature d’en haut vint à couler, ce qui peut aisément se faire par le mouvement de la mâchoire du cheval, celui-ci perdroit tout son sang. L’opération achevée, on remplit la plaie de sel.

On peut barrer les larmiers sans incision : mettez pour cet effet au cou la corde à saigner, les veines s’enfleront ; passez ensuite au-travers de la peau sous la veine, une aiguille courbe enfilée d’une soie en double ; faites-là sortir de l’autre côte : ôtez l’aiguille & noiiez la soie ferme, puis graissez la partie, elle enfle beaucoup ; mais l’enflure disparoît au bout de neuf jours. L’endroit se pourrit, la veine se consolide, l’endroit où l’on a fait la ligature tombe, & la veine se trouve bouchée.

Solleysel enseigne à arracher la veine du jarret : mais comme il avertit en même tems qu’il y a du risque à courir, de la douleur & de l’enflure à essuyer, il engage plûtôt à n’y pas songer qu’à répeter l’opération.

Le barrement de la veine est très-bon pour ôter la difformité des varices ; car comme celles-ci ne sont occasionnées que par le gonflement de la veine qui passe par le jarret, on empêche le sang d’y couler, au moyen de quoi la varice s’applanit & ne paroît plus.

Barrer les chevaux (Manége) c’est les séparer les uns des autres dans l’écurie, en mettant des barres entr’eux. Voyez Barre. (V)

Barrer se dit, en terme de Chasse, d’un chien qui balance sur les voies.

Barrer, c’est chez les Layetiers mettre des barres de bois le long des couvercles pour mieux tenir les planches dont ils sont composés.

Barrer une futaille, terme de Tonnelier ; c’est appliquer des barres en-travers sur les douves des fonds, & les y assujettir avec des chevilles. Ce mot se dit aussi des trous qu’on fait avec le barroir dans les peignes du jable. Voyez Barre.

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Étymologie de « barrer »

(Date à préciser) Du mot barre et le suffixe -er.
(Dans le sens populaire se tirer), du dialectal arabe بَرَّه, barra (« tire-toi !»,« dehors ! »)[1][2][3][4].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Barre ; Berry, baré, bigarré ; provenç. et espagn. barrar ; ital. barrare.

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Phonétique du mot « barrer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
barrer bare

Évolution historique de l’usage du mot « barrer »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « barrer »

  • Les responsables du Torino FC veulent boucler le plus vite possible ce dossier afin de barrer la route à la concurrence. Ils ne seraient pas les seuls à s'intéresser à l'arrière gauche algérien au sein des clubs de la Serie A. DZfoot.com, Fares : SPAL refuse une offre du Torino ?
  • Il n'est jamais trop tard pour se barrer. De Dino Buzzati / Le désert des Tartares
  • Nous pouvons couper la forêt, barrer les ruisseaux et casser les pierres, mais nous ne pouvons pas vaincre Dieu. De Rumer Godden / Narcisse noir
  • La vocation est un torrent qu’on ne peut refouler, ni barrer, ni contraindre. Il s’ouvrira toujours un passage vers l’océan. De Henrik Ibsen / Brand
  • L'homme n'est pas la négation de l'enfant, mais son développement, et malheur à qui veut barrer ce qu'il fut ! De Louis Aragon / Le libertinage
  • Le chantier de lundi conduira à barrer la route ou à limiter la circulation dans un seul sens. SudOuest.fr, Périgueux : trois semaines de travaux sur la rampe de l’Arsault
  • Certains trouveront peut-être sa réaction un brin excessive. Et pourtant, on ne peut pas dire que l’actualité lui donne tort. Être noir, aux yeux des racistes, n’est-ce pas être « différent des autres », n’est-ce pas être un « intrus », celui qu’il faut « barrer », donc éliminer, parce qu’« il ne doit pas être là » ? George Floyd l’a payé de sa vie. La Croix, « Barre l’intrus »
  • Les États-Unis ont annoncé mi-mai de nouvelles mesures pour barrer un peu plus l'accès à ses marchés au géant chinois des télécommunications, que l'administration Trump perçoit comme une menace pour la sécurité nationale au service des autorités chinoises. Washington a prévu "un fonds d'indemnisation d'un milliard de dollars pour aider les petits opérateurs à migrer leurs équipements", a souligné M. Casas. Capital.fr, Bouygues Telecom réclamera une indemnisation si l’Etat barre la route à Huawei sur la 5G - Capital.fr

Traductions du mot « barrer »

Langue Traduction
Anglais block
Espagnol tachar
Italien scappare
Allemand abhauen
Portugais fugir
Source : Google Translate API

Synonymes de « barrer »

Source : synonymes de barrer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « barrer »

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