Arroser : définition de arroser


Arroser : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ARROSER, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− AGRIC., HORTIC. Humecter quelque chose en y répandant de l'eau de manière que la qualité en soit améliorée.
1. Vieilli. Faire circuler de l'eau dans les terres au moyen d'ouvrages fabriqués. Synon. irriguer :
1. Derrière ce lieu sont des jardins plantés de divers légumes, et arrosés au moyen de grandes roues qui élèvent les eaux du Rhône et qui les distribuent dans une multitude de rigoles qui s'entrecroisent. Toepffer, Nouvelles genevoises,1839, p. 469.
P. métaph., MÉD. Le sang arrose les organes, les tissus.
Usuel. [Le suj. désigne un cours d'eau, le compl. une région naturelle] Faire circuler ses eaux, couler entre, traverser. Le pays que ce fleuve arrose (Ac.) :
2. On se distrayait par les soins que l'on donnait à Châteaubedeau. Ninon l'avait installé dans une jolie chambre d'où la vue s'étendait sur le parc et, au delà, sur les belles prairies qu'arrosent la Loire et la Vienne, mêlées tout près de là. Boylesve, La Leçon d'amour dans un parc,1902, p. 168.
2. Répandre de l'eau sur quelque chose au moyen d'un instrument approprié. Arroser les fleurs, le jardin, le sol :
3. Ces arrosemens seront faits avec de l'eau douce, l'eau de mer étant nuisible à presque tous les végétaux : on les administrera le matin et le soir dans les latitudes chaudes, et avec l'arrosoir à pomme, en manière de petite pluie, qui lave les feuilles et les tiges avant que d'imbiber la terre. Dans les pays froids, au contraire, il faut n'arroser que dans un besoin pressant, choisir l'heure du jour la plus chaude, et verser l'eau avec l'arrosoir à goulot, seulement au pied des plantes qui en auront besoin. Voyage de La Pérouse,t. 1, 1797, p. 231.
4. Il y avait encore, dans ce jardin qui n'était point un parc, toutes sortes de retraites, de bosquets et de gloriettes, comme dans les vieilles propriétés provinciales. Jérôme y allait méditer pendant les heures les plus tièdes. Il revenait en disant : « J'ai mis la main sur la terre. Il faut arroser les semis d'oignons, ou bien la graine est perdue... Les romaines vont monter... Le basilic est bien parti : sa première feuille est formée et commence à sentir bon... » G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Suzanne et les jeunes hommes, 1941, p. 130.
P. anal., fam.
La journée a été arrosée. Il a plu :
5. (11 h. s.) Levé de bonne heure ce matin, j'ai salué le soleil à l'ancien bastion du pin. Il avait beaucoup plu cette nuit, et la journée elle-même a été arrosée à plusieurs reprises. Amiel, Journal intime,1866, p. 455.
Arroser qqn.Jeter de l'eau sur lui.
B.− [Avec fréquemment un compl. prép. de désignant un liquide autre que l'eau] Mouiller en versant abondamment quelque chose dessus. Arroser un objet d'essence :
6. Demachy, à tâtons, s'enveloppa maladroitement dans sa couverture, et le visage enfoui dans son mouchoir arrosé d'eau de Cologne, il ne bougea plus. L'odeur se répandit vite dans l'écurie. Le premier, Vairon s'étonna : − Mais ça pue. Qu'est-ce que c'est que ça? − Ça sent le coiffeur. Dorgelès, Les Croix de bois,1919, p. 20.
1. [Avec une idée d'amélioration de l'obj. arrosé]
a) GASTR. Arroser une viande, un rôti. Répandre le jus de cuisson sur la viande pour éviter qu'elle se dessèche.
Arroser un gâteau de caramel, de liqueur :
7. Jamais ses filles [de Vatard] n'avaient été dans un état semblable. L'aînée, qui avait découché, l'avant-veille, et qui, pour se reposer des ébats de ses jambes, avait travaillé des bras, pendant toute la nuit, arrosait le rôti d'une main tremblante, versait la sauce à côté du plat, s'aspergeait de graisse depuis le col jusqu'aux bottines. Huysmans, Les Sœurs Vatard,1879, p. 36.
b) En partic.; fam. [Le liquide est un alcool]
[L'obj. désigne une consommation]
Arroser un café. Y verser un alcool :
8. Au Piche-Hère ils vont manger et boire jusqu'à l'aube. Et d'abord le foie de l'animal grillé, un poulet sauté aux oignons, une cuisse d'oie et sa salade frisée; et puis des crêpes, et du café arrosé d'armagnac versé dans la tasse. Pesquidoux, Chez nous,t. 2, 1923, p. 11.
Arroser un repas [d'une boisson]. L'accompagner d'un bon vin ou de toute autre boisson :
9. ... j'avais été atrocement malade; il me semblait que rien ne serait assez bon pour me guérir. J'ai choisi la meilleure chambre dans le meilleur hôtel; me suis fait monter un repas que j'arrosai de champagne. Gide, Journal,1929, p. 910.
P. ext. [L'obj. dir. désigne un événement heureux] (Le) fêter en offrant à boire. Arroser des galons, une naissance, une promotion (cf. infra emploi pronom.).
Arg. [L'obj. désigne un aspect de la pers. suj.] Arroser l'avaloir, sa soif. Se désaltérer, boire :
10. Mais les autres, Boche, Gaudron, Bibi-la-Grillade, surtout Mes-Bottes, très allumés tous les quatre, ricanèrent, la langue épaissie, ayant une sacrée coquine de soif, qu'il fallait pourtant arroser. Zola, L'Assommoir,1877, p. 457.
2. [Avec une idée de peine phys. ou mor.] Arroser un objet de pleurs, de sang :
11. Je vis Célanire se lever, me tendre les bras, et retomber sur le banc... Je m'élançai vers elle, je me prosternai à ses pieds, je saisis ses mains tremblantes et glacées, je les arrosai de mes pleurs; l'état de saisissement où je la voyois me pénétroit d'un remords si déchirant, qu'il m'élevoit au-dessus de moi-même... Mmede Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 1, 1795, p. 154.
Loc. fig. Arroser son pain de ses larmes. Vivre dans la misère et la douleur (Ac. 1835-1932).
P. métaph. Arroser un travail de sa sueur :
12. Telle est l'histoire du blé. La seule qui soit intimement liée aux annales de l'humanité. Toute race est tributaire de l'humble grain, et l'épi ne mûrit qu'arrosé de sueur. Nos paysans portent un amour attendri au blé immortel, contemporain de toutes les générations, et l'appellent « lou praou blat », le pauvre blé, dans le sens du fidèle et du doux fruit. Pesquidoux, Chez nous,t. 1, 1921, p. 146.
C.− [Avec, explicite ou implicite, un compl. prép. de désignant un obj. non liquide] Pourvoir abondamment quelque chose ou quelqu'un.
1. P. métaph. :
13. ... et c'était lui le criminel. De nouveau appuyé à un portant, dans l'ombre, il dévisageait ses juges, et il pensait avec stupeur : « Voilà ce que j'ai fait! C'est moi! » Un an avait passé; le soleil d'août écrasait encore le village squelette mais des croix avaient poussé sur les fosses, on les arrosait de discours, ... S. de Beauvoir, Les Mandarins,1954, p. 363.
2. Par euphémisme; fam.
a) [Ce dont on pourvoit est une somme d'argent]
JEUX. Arroser le tapis. ,,Lorsque la règle du jeu l'exige, verser de l'argent à chacun des autres joueurs.`` (France 1907).
Rem. Attesté dès Ac. 1798.
Arroser qqn.Lui donner une somme d'argent dans un but intéressé. Arroser ses créanciers. Synon. acheter, graisser la patte :
14. Le marché des jeux, basé sur la tolérance policière, était le champ ouvert aux compensations faciles. En attendant, il ne fallait donner aucune occasion à la police d'intervenir. Arroser la brigade des jeux. Se tenir coi. Et puis voir : peut-être pouvait-on avoir sur quelques personnalités importantes des renseignements précieux. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 424.
Absol., FIN. [Le suj. désigne un actionnaire, une pers. intéressée dans une entreprise] Subvenir à une dépense imprévue en la finançant. Il nous en a coûté autant pour arroser que pour la première mise (Ac.1835-1932).
b) ARM. [L'obj. dir. désigne un endroit, un rassemblement de pers., etc.] Bombarder, mitrailler d'une façon intense et continue :
15. − Ils ont l'air d'avoir un peu allongé le tir. Ils arrosent du côté de Champneuville et de la Wavrille, du côté de votre P. C. justement. J. Romains, Les Hommes de bonne volonté,Verdun, 1938, p. 53.
II.− Emploi pronom.
A.− Emploi pronom. à valeur passive. Être arrosé. Les fleurs doivent s'arroser :
16. ... Aux pieds de son époux elle avait déposé Ce fruit tombé du cœur et de pleurs arrosé. « Tiens, avait-elle dit, cache-les; l'heure presse : La mort les cueillerait jusque sous ma caresse, Pour leurs lèvres déjà tout mon sang blanc coulait; Mais il faut que le roc s'arrose de mon lait, Et que de ton troupeau la plus douce gazelle, Écartant son petit, leur laisse sa mamelle ». Lamartine, La Chute d'un ange,1838, p. 890.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixes., de Besch. 1845 à Nouv. Lar. ill.
Fam. [Avec une idée d'obligation mor.] Cela s'arrose. Cet (heureux) événement doit être fêté en offrant à boire :
17. − (...) je t'ai attendu pour fêter ça... Oui, ils me l'ont tout de même donnée, ma ficelle... Deux mois peut-être avant de me fendre l'oreille, mais ça s'arrose tout de même! Cela s'arrosa le soir, dans la salle d'école que ses mitrailleurs, avec amour, avaient décorée de guirlandes et de petits drapeaux de papier. Ils y avaient même traîné un piano. Vercel, Capitaine Conan,1934, p. 143.
B.− Emploi réfl.
1. Réfl. indir., arg. S'arroser la dalle [= « le gosier »]. Boire (cf. A. Delvau, Dict. de la lang. verte, 1866).
2. Réfl. dir. Se faire arroser. Se faire mouiller par la pluie.
PRONONC. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [aʀoze], j'arrose [ʒaʀo:z]. Barbeau-Rodhe 1930 note une durée mi-longue pour la 2esyllabe de l'inf.; Gattel 1841 une durée longue pour la 1resyllabe. 2. Forme graph. : Fér. 1768 note que le mot ,,s'écrit avec deux rr [mais] se prononce avec une seule``. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. aroser avec un seul r. Fér. Crit. t. 1 1787 ainsi que Gattel 1841 ajoutent que r se prononce ,,forte``.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Début xiies. « humecter, asperger d'un liquide » (Psaumes, éd. Fr. Michel ds Bartsch, La lang. et la litt. fr. dep. le IXejusqu'au XIVes., 1887, col. 57, 26); 2. 1265 « baigner, traverser » (en parlant d'un fleuve) (Brunet Latin, Trésor, éd. Chabaille, 153 ds T.-L. : un flum qui arouse et baigne toute la terre de Egypte); 3. a) 1719 part. passé adj. « accompagné de vin ou d'alcools » (Saint-Simon, Mémoires ds Dict. hist. Ac. fr. : La grossesse [de la duchesse de Berry] vint à terme, et ce terme mal préparé par les soupers continuels, fort arrosés de vins et de liqueurs les plus fortes, devint orageux et promptement dangereux); b) 1828 fam. « fêter en buvant » (Mém. de Vidocq ds Esn. : [ce 21 octobre 1792, pour] arroser mes galons [de caporal]). Empr. au lat. vulg. *arrosare (EWFS2; FEW t. 1, 147b) de adrorare (avec réfection sur le nomin. du subst. ros, roris « rosée » dont il est dérivé) attesté au sens 1 (Marcellus Empiricus, Med. 34, 71 ds TLL s.v., 655, 50).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 1182. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2480, b) 1832; xxes. : a) 1 412, b) 1 079.
BBG. − Esn. 1966. − France 1907. − Larch. 1880. − Noter-Léc. 1912. − Plais.-Caill. 1958. − Sandry-Carr. 1963.

Arroser : définition du Wiktionnaire

Verbe

arroser \a.ʁo.ze\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Humecter, mouiller quelque chose en versant de l’eau dessus, ou quelque autre liquide.
    • Dans les caves déjà débarrassées de leur eau, arroser le sol avec du lait de chaux et badigeonner les murs. — (Viticulture-arboriculture, 1909, vol. 33, page 152)
    • Elle partait pour un mois en Belgique voir sa mère et me demandait comme un service de bien vouloir occuper son appartement en son absence, afin d’arroser les plantes vertes. — (Amélie Nothomb, Ni d’Ève ni d’Adam, Albin Michel, Paris, 2007, p. 52-53)
    • (Absolument)L'homme arrosait selon un rituel quotidien, en donnant à chaque variété de plante, la dose qu'elle méritait. Parfois, le soir, il arrosait dru, quand tout au long du jour, la chaleur avait épuisé les pousses. Il culturait bien, mais sentait qu'il pouvait plus. — (Christian Paviot, La demoiselle des mornes, L'Harmattan, 2002, page 78)
  2. (Cuisine) Répandre un liquide sur la viande en cuisson.
    • Arroser de la viande qui rôtit.
  3. (Figuré) Accompagner une nourriture d'une boisson.
    • Le soir, au lieu du cous-cous traditionnel, Mohammed me sert un tâjin de lièvre que j’arrose d'une double ration de thé pour me dédommager de l'affreux breuvage que j'ai dû avaler hier. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 121)
    • Les deux hommes consultèrent la carte : il commandèrent chacun une douzaine d'escargots qu'ils arrosèrent de muscadet. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Dit autrement, le gueuleton bien arrosé du bon vivant, amateur de viande et de cigare, n'a pas son équivalent chez l'adepte de la graine germée et du tofu mariné à la sauce soja. — (Christian Camara & ‎Claudine Gaston, 150 idées reçues sur le corps humain, First Éditions, 2012)
  4. (Figuré) Ajouter du rhum ou de l'eau-de-vie à une boisson chaude.
    • Durant que les cafés arrosés humectaient les gosiers délicats de ces messieurs, Lambert donnait ses instructions à chacun d'eux. — (Jo Barnais [Georges Auguste Charles Guibourg, dit Georgius], Mort aux ténors, ch. XIX, Série noire, Gallimard, 1956, p. 160)
  5. (Figuré) Travailler péniblement la terre.
    • Arroser la terre de ses sueurs.
  6. (Figuré) Verser son sang en combattant.
    • Arroser une terre de son sang.
  7. Faire circuler de l’eau dans des terres, par des canaux ou des rigoles, afin de les fertiliser.
    • Le ruisseau voisin me fournit de l’eau pour arroser la prairie.
  8. Traverser une région, y couler, en parlant d’un cours d’eau.
    • Nous reçûmes l'ordre de côtoyer en le remontant le ruisseau de la Tourbe, qui arrose la plus triste vallée du monde, entre des collines basses, sans arbres et sans buissons. — (Goethe, Campagne de France, 1822 ; traduction française de Jacques Porchat, Paris : Hachette, 1889, page 52)
    • Des eaux qui arrosent ce pays, aucunes ne sont ferrugineuses. Elles contiennent quelque partie d'alun d'un fluide extrêmement léger. — (Comptes Rendus et Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis, 1907, page 180)
  9. (Figuré) Distribuer généreusement.
    • Dans un même département, votre sénateur peut n'avoir aucun euro de la réserve parlementaire et un autre, plusieurs millions. De quoi arroser des dizaines de communes. — ([1], Politique.net, Répartition de la réserve parlementaire : un secret d'Etat bien gardé, 19 avril 2009)
    • Quand on est président de région ou de département, rien n’interdit d’arroser telle ou telle collectivité territoriale… — (Gérard Longuet, Débats au Sénat 16 juillet 2013 [2], Association pour une démocratie directe, Le Sénat vote la transparence pour la réserve parlementaire)
    1. (Familier) Verser un pot-de-vin, soudoyer.
      • En regardant de plus près, ils s'aperçoivent alors que tous les produits étaient périmés depuis longtemps. Le "partenaire" coréen avait "arrosé" l'auditeur lors de l'estimation comptable de l'apport en capital. — (Réussir sur le marché coréen : Pour la première fois l'an passé, les Européens ont plus investi en Corée que les Américains ou les Japonais, dans L'Usine Nouvelle n°2593, 30 avril 1997)
    2. (Jeu) Rétribuer les autres joueurs.
      • Il lui en a coûté tant d’argent pour arroser.
    3. (Vieilli) En parlant d’un supplément que des actionnaires ou des intéressés dans une entreprise sont obligés d’ajouter à leur mise de fonds pour subvenir à des dépenses imprévues.
      • Il nous en a coûté autant pour arroser que pour la première mise.
  10. (Figuré) Accompagner une bonne nouvelle de consommations de boissons pour la fêter dignement.
    • Arroser un événement, une victoire.
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Arroser : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ARROSER. v. tr.
Humecter. mouiller quelque chose en versant de l'eau dessus, ou quelque autre liquide. Arroser des fleurs, des plantes, des légumes. Arroser le pied des arbres. Arroser un jardin. Arroser les rues, une promenade publique, une salle, une chambre. Arroser des toiles sur le pré pour les faire blanchir. Il arrosa d'une liqueur parfumée les cendres du bûcher. Arroser l'autel du sang de la victime. Fam., J'ai été bien arrosé, J'ai été bien mouillé par la pluie. Par analogie, Arroser de la viande qui rôtit, Répandre sur la viande le suc que le feu en a fait sortir, ou du beurre, ou du lard fondu. Arroser de larmes, Mouiller de larmes. La Madeleine arrosa de ses larmes les pieds de JÉSUS-CHRIST. Il arrosait son lit de ses larmes. Fig. Arroser son pain de ses larmes, Vivre dans la douleur et la pauvreté. Fig., Arroser la terre de ses sueurs, Travailler péniblement la terre. Arroser une terre de son sang, Y verser son sang en combattant. Il signifie aussi Faire circuler de l'eau dans des terres, par des canaux ou des rigoles, afin de les fertiliser. Le ruisseau voisin me fournit de l'eau pour arroser la prairie. Par extension, Cette rivière arrose une campagne, un grand pays, etc., Elle y passe, elle y coule. Les pays que ce fleuve arrose. Fig. et fam., Arroser des créanciers, Distribuer à ses créanciers quelques sommes qui les apaisent. On dit de même, en parlant de libéralités qu'on a intérêt à distribuer, Ayez soin d'arroser ces gens-là. En termes de Jeu, il se dit figurément, en parlant de la Rétribution qu'un joueur doit à tous les autres dans certains jeux et dans certains cas. Il lui en a coûté tant d'argent pour arroser. Il se dit aussi en parlant d'un Supplément que des actionnaires ou des intéressés dans une entreprise sont obligés d'ajouter à leur mise de fonds pour subvenir à des dépenses imprévues. Il nous en a coûté autant pour arroser que pour la première mise.

Arroser : définition du Littré (1872-1877)

ARROSER (a-rô-zé) v. a.
  • 1Faire tomber, faire arriver de l'eau ou un autre liquide. Arroser les rues d'une ville, les promenades, une chambre, un parterre. Arrosez cette chambre avec du vinaigre. Quand je racle votre cuvier, Et puis que je l'arrose, La Fontaine, Cuv.

    Par extension. Le rivage qu'elle arrosait de ses larmes, Fénelon, Tél. I. J'arrosai son visage d'un torrent de larmes, Fénelon, Tél. IV. Elle lui arrosa la main de quelques larmes, Hamilton, Gramm. 7. Pour arroser son lit de ses larmes, Massillon, Conc.

  • 2 Fig. [Je vois] Du sang des Africains arroser ses lauriers, Corneille, Cid, II, 5. Dût le peuple en fureur pour ses maîtres nouveaux De mon sang odieux arroser leurs tombeaux, Corneille, Rod. V, 1.

    Arroser la terre de ses sueurs, travailler péniblement la terre.

    Arroser son pain de larmes, vivre au sein de la misère, dans la douleur.

  • 3Couler à travers les terres. Ce ruisseau arrose nos prés et les fertilise.

    Par extension. Cette rivière arrose un pays charmant. Le Danube arrose beaucoup de contrées.

    Fig. La providence est une source Toujours prête à nous arroser, Malherbe, I, 5.

  • 4Arroser un rôti, répandre sur la viande, pendant qu'elle rôtit, du jus, du beurre ou de la graisse.

    Familièrement. Arroser des créanciers, leur distribuer des à-compte pour obtenir des délais.

    Faire de petites libéralités. Ayez soin d'arroser ces gens-là.

    En termes de jeu, se dit de la rétribution qu'un joueur doit à tous les autres en certains cas, ou que tous les autres lui doivent.

    Ajouter, en parlant d'actionnaires ou d'intéressés dans une entreprise, à la mise de fonds pour subvenir à des dépenses imprévues.

    Fig. Après que j'eus un peu arrosé le public [semé dans le public le bruit de…], je m'ouvris avec les particuliers, Retz, III, 243.

REMARQUE

On dit, dans quelques provinces, arroser le chanvre, le lin, au lieu de le rouir, le faire rouir. C'est une locution peu exacte.

HISTORIQUE

XIIe s. Il comanda que li sacrefice qui estoient tué sur l'auter [autel] fussent arosé de cele aigue [eau], Machab. II, ch. 1. En une nuit, ce savons tuit, Flori la verge et porta fruit, Sans ce que ele fust plantée, Ne moillée, ne arosée, Wace, Vierge Marie, p. 51. [Rou] Qui, od le suen brant perillos, Arose de lur sancs la plaigne, Benoit de Sainte-Maure, II, 2248. Ahi ! mezine [médecine] de halte et de novele maniere, ki seichet les enflées choses en rapressant, et arroset les seiches en sorlevant, Job, 507.

XIVe s. Quand on plante, l'en doit arroser le pié et la terre, non la feuille, Ménagier, II, 2.

XVIe s. En nous arrousant de sa grace invisible, il nous rend fertiles à produire fruicts de justice, Calvin, Instit. 414.

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Arroser : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ARROSER, v. act. (Jardinage.) rien n’est plus utile que d’arroser les végétaux ; c’est le seul remede contre les grandes chaleurs de l’été & les grands hâles du printems. L’heure la plus convenable aux arrosemens, est le matin ou le soir, afin de conserver la fraîcheur pendant la nuit. Si le Jardinier solitaire avance, contre le sentiment & l’usage de tout le monde, que le danger est très-grand d’arroser le soir ; on soûtiendra au contraire, qu’il ne faut point arroser durant le jour ; les plantes risqueroient d’en être endommagées, parce que l’eau trop échauffée par le soleil pourroit occasionner dans la terre un feu, qui pénétrant jusqu’aux racines, dessecheroit ensuite la plante : il faut encore que l’arrosement ne soit pas trop abondant, parce qu’il désuniroit trop les principes actifs de la végétation, & causeroit de la pourriture ; une eau modérée, telle que deux seaux à chaque arbre, & souvent réiterée, est plus utile.

Les arrosemens, quand ils sont équivalens aux pluies, servent à dissoudre les sels de la terre, qui, sans cela, resteroient en masse ; ils mêlent l’eau avec l’air, & procurent une nourriture convenable aux tendres parties des jeunes plantes. Si l’on a eu soin de mettre du fumier sur la superficie d’un arbre nouvellement planté, l’eau passant à travers ce fumier, comme par un crible, ne fera point de mortier, & tombera goutte à goutte sur la racine de l’arbre. Les arrosemens que l’on donne à des plantes délicates, telles que les fleurs, ne doivent pas tomber en pluie & sur la cime des fleurs, ce qui les détruiroit ; il suffit de jetter l’eau au pié avec un arrosoir à goulot. Le buis nouvellement planté demande un peu d’eau la premiere & la seconde année. On arrose les orangers, grenadiers, & autres arbres de fleurs avec beaucoup de ménagement, quand ils entrent dans la serre & qu’ils en sortent ; lorsqu’ils sont exposés à l’air, ils demandent plus d’eau, surtout dans la fleuraison ; ordinairement il suffit de les mouiller une fois la semaine, lorsqu’on voit leurs feuilles mollasses & recoquillées, ou que les terres se fendent. Il y a des plantes qu’il faut arroser plus souvent que les autres, telles que les fleurs, les légumes ; d’autres qu’on n’arrose point du tout ; plusieurs prétendent qu’il vaut mieux n’y point jetter d’eau, que d’en jetter par intervalles ; la charmille, par exemple, est un des plans qui aiment le plus l’eau ; ou il la faut arroser continuellement, c’est-à-dire, de deux jours l’un, ou n’y pas jetter une goutte d’eau. Il y a encore des arrosemens en forme de pluie, pour mouiller les branches & les feuilles des arbres en buissons, tant orangers que fruitiers, quand on les voit se fanner ; ceux qui seront trop haut, seront arrosés avec des seringues ou des pompes à bras. (K)

Arroser les capades, le feutre & le chapeau, termes de chapellerie, c’est jetter de l’eau avec un goupillon sur l’ouvrage, à mesure qu’il avance, & qu’il acquiert ces différens noms. Les Chapeliers arrosent leurs bassins quands ils marchent l’étoffe à chaud ; & le lambeau ou la feutriere, quand ils la marchent à froid. Voyez Chapeau.

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Étymologie de « arroser »

Étymologie de arroser - Littré

Picard, arouser ; Berry, arrouser, bourguig. erôzai ; provenç. arrosar, arrozar, arosar ; de ad (voy. À) et un verbe fictif roser, dérivé du latin ros (voy. ROSÉE). Palsgrave, au XVIe siècle, prononce les deux r Au commencement du XVIIe, la prononciation arrouser était encore très ordinaire : Il n'y aurait pas moyen de défendre aux pluies les champs des sacriléges et leur prescrire ce qu'elles arrouseraient et ce qu'elles n'arrouseraient pas, Malherbe, Trad. de Sénèque, de Beneficiis. Vaugelas, remarquant que la plupart disent et écrivent arrouser, recommande arroser ; et Marg. Buffet, p. 129, dit qu'arrouser est une vieille prononciation dont on ne se sert plus.

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Étymologie de arroser - Wiktionnaire

En moyen français arrouser, du latin *adrorare, de ros, roris (« rosée »).
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Phonétique du mot « arroser »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
arroser aroze play_arrow

Conjugaison du verbe « arroser »

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Évolution historique de l’usage du mot « arroser »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « arroser »

  • «Nous voyons également des gens utiliser plus d'eau qu'ils ne le feraient normalement. La vie est très différente en ce moment et nous passons plus de temps à la maison et dans nos jardins à arroser les plantes, à remplir les pataugeoires et à laver à haute pression à l'extérieur. " News 24, Les Britanniques sont avertis de ne pas arroser votre pelouse alors que le mois de mai le plus sec jamais enregistré fait craindre une interdiction des tuyaux d'arrosage - News 24
  • Les citoyens peuvent désormais recommencer à arroser leurs pelouses. À Trois-Rivières comme à Bécancour, cet arrosage se fait les jours pairs pour les adresses paires et les jours impairs pour les adresses impaires. L'arrosage est permis en soirée. Le Nouvelliste, Trois-Rivières et Bécancour lèvent l'interdiction d'arroser | Actualités | Le Nouvelliste - Trois-Rivières
  • Un temps oublié, ce système vieux comme le monde revient en force pour mieux arroser nos potagers tout en faisant des économies. POSITIVR, VIDÉO. Pour que votre potager soit toujours arrosé même pendant les vacances, vive les oyas
  • Chaque matin songer aux gens qu'on va cultiver, aux pots qu'il faut arroser. De Jules Renard / Journal 1887-1892
  • Celui qui plante la vertu ne doit pas oublier de l'arroser souvent. De Confucius / Chou-King
  • Les pensées sont des flowers qu’il faut arroser. De MC Solaar / Les Pensées sont des flowers

Traductions du mot « arroser »

Langue Traduction
Corse acqua
Basque ur
Japonais
Russe вода
Portugais água
Arabe يسقي
Chinois
Allemand wasser
Italien acqua
Espagnol regar
Anglais water
Source : Google Translate API

Synonymes de « arroser »

Source : synonymes de arroser sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « arroser »


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