Abuser : définition de abuser


Abuser : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ABUSER, verbe trans.

I.− Emploi intrans.
A.− Abuser de qqc.User mal ou avec excès d'un bien.
1. [Le bien est un bien concret de consommation ou d'utilisation] :
1. On ne jette point l'ancre dans le fleuve de la vie; il emporte également celui qui lutte contre son cours et celui qui s'y abandonne, le sage comme l'insensé; et tous deux arrivent à la fin de leurs jours, l'un après en avoir abusé, et l'autre sans en avoir joui. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, La Chaumière indienne,1791, p. 127.
2. S'il se roule convulsivement et souffre une sorte d'agonie après avoir abusé du tabac, le fumeur n'a-t-il par assisté, je ne sais en quelles régions, à de délicieuses fêtes? H. de Balzac, La Peau de Chagrin,1831, p. 178.
2. [Le bien est une chose abstr. : chance, temps, bonnes dispositions d'autrui] :
3. On avait exploité la vie de cet être, on l'avait usé, épuisé; on avait abusé de sa patience et de son dévouement; et, en retour, il s'était rendu nécessaire. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2, 1855, p. 440.
4. Le goût de vaincre, le goût de convaincre est sain comme un instinct. Il tend toujours à outrepasser ses droits et à abuser du succès. Mais il n'est pas en lui-même, comme le veulent les débiles, une sorte d'inconvenance. E. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 425.
3. [Le bien appartient au domaine du lang. ou de l'expr. litt.] :
5. Je voudrais monnayer la sagesse, c'est-à-dire la frapper en maximes, en proverbes, en sentences faciles à retenir et à transmettre. Que ne puis-je décrier et bannir du langage des hommes, comme une monnaie altérée, les mots dont ils abusent et qui les trompent! J. Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 95.
6. « ... Il en faut (j'entends de l'impertinence) dans certains ouvrages, comme du poivre dans les ragoûts. » Ici il a certes abusé du procédé, et il a excédé la dose. On n'a qu'à se bien tenir, au sortir de ces passages, pour ne pas imiter le provoquant écrivain. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 180.
7. Tout genre littéraire naissant de quelque usage particulier du discours, le roman sait abuser du pouvoir immédiat et significatif de la parole, pour nous communiquer une ou plusieurs « vies » imaginaires, dont il institue les personnages, fixe le temps et le lieu, énonce les incidents, qu'il enchaîne par une ombre de causalité plus ou moins suffisante. P. Valéry, Variété 1,1924, p. 168.
4. [Le bien appartient au domaine du dr.] :
8. De son côté, Montriveau, tout heureux d'obtenir la plus vague des promesses, et d'écarter à jamais les objections qu'une épouse puise dans la foi conjugale pour se refuser à l'amour, s'applaudissait d'avoir conquis encore un peu plus de terrain. Aussi, pendant quelque temps, abusa-t-il des droits d'usufruit qui lui avaient été si difficilement octroyés. A. de Balzac.La Duchesse de Langeais,1834, p. 265.
Rem. gén. Les ex. 4 et 7 montrent que abuser + de peut avoir pour suj., au lieu d'un animé, un inanimé personnifié.
B.− Abuser de qqn
1. [Dérive de A 2] Abuser de la bonté ou de la patience de qqn :
9. Du coup, Nana perdit la tête, étranglée elle-même par des sanglots nerveux. On abusait d'elle, à la fin! Est-ce que ces histoires la regardaient? Certes, elle avait mis tous les ménagements possibles pour l'instruire, par gentillesse. É. Zola, Nana,1880, p. 1284.
10. ... nous attendions tous ensemble dans le hall que le maître d'hôtel vînt nous dire que nous étions servis. C'était encore l'occasion pour nous d'écouter Mmede Villeparisis. − Nous abusons de vous, disait ma grand'mère. − Mais comment, je suis ravie, cela m'enchante, répondait son amie avec un sourire câlin, en filant les sons, sur un ton mélodieux qui contrastait avec sa simplicité coutumière. M. Proust, À la recherche du temps perdu,À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918, p. 723.
2. Rare, vieilli. Tromper la bonne foi de qqn (ds ce sens, on préfère auj. la constr. dir. inf. II) :
11. Le pauvre poète fut fêté si grandement que tout autre qu'un jeune homme de vingt-deux ans aurait véhémentement soupçonné de mystification les louanges au moyen desquelles on abusa de lui. H. de Balzac, Les Illusions perdues,1843, p. 63.
12. − Tu ne m'as pas compris, reprit-il. Je ne te propose pas d'emmener Glaucos à sa place, mais bien de feindre de l'emmener, d'abuser d'Ariane et de lui laisser croire, et à tous, que Phèdre que tu emmèneras, c'est Glaucos. A. Gide, Thésée,1946, p. 1442.
3. Par euphémisme. Violer :
13. ... si un artiste exalte son désir sur Cléopâtre ou Rosalinde, cette femme évoquée sera le succube qui abusera de lui. Le péché peut s'aggraver encore si une femme a un désir succube, un homme un désir incube. J. Péladan, Le Vice suprême,1884, p. 66.
14. À la voir ainsi, renversée, s'abandonnant, le sang de ses veines battait à grands coups. Il n'avait point calculé cette rencontre, il résistait, dans son idée que ce serait mal d'abuser de cette enfant. Mais le bruit de son cœur l'étourdissait, il l'avait tant désirée! Et l'image de la possession l'affolait, comme dans ses nuits de fièvre. É. Zola, La Terre,1887, p. 247.
C.− Emploi abs.
1. Lang. cour. Exagérer dans l'usage d'une possibilité, d'une liberté :
15. ... si leur fraîcheur porte à la peau une légère atteinte, réparez cet effet par un cosmétique doux, effacez ensuite, par un parfum léger, l'odeur fade ou aromatique qu'ils laissent après eux; usez mais n'abusez pas, on soupçonne volontiers la femme qui se parfume trop d'y être portée par quelque raison secrète... P.-A.-F. de Laclos, De l'Éducation des femmes,1803, p. 470.
En partic., lang. de la conversation. Forme réduite d'une expr. qui selon le cont. et l'intonation peut être :
a) Une formule de politesse (fréquemment négative) [(ne pas) abuser de la bonté de qqn] :
16. « Que dois-je faire, Monsieur Fogg? dit-elle. − C'est très-simple, répondit le gentleman. Revenir en Europe. − Mais je ne puis abuser... − Vous n'abusez pas, et votre présence ne gêne en rien mon programme. J. Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours,1873, p. 99.
b) Un moyen de traduire l'impatience ou l'irritation [abuser de la patience de qqn] :
17. − Oui, oui, interrompit le colonel, toutes sortes de passe-droits, d'injustices, d'absurdités... Il abuse, il abuse, vraiment. É. Zola, Son Excellence Eugène Rougon,1876, p. 305.
2. DR. ROMAIN ET FR. ,,Se prend pour consommer, détruire. La propriété consiste dans le droit d'user et d'abuser.`` (Ac. 1835) :
18. ... car le droit de propriété, ainsi que le définissent les jurisconsultes, est le droit d'user, et même d'abuser. Ainsi, c'est violer la propriété territoriale que de prescrire à un propriétaire ce qu'il doit semer ou planter, que de lui interdire telle culture ou tel mode de culture. J.-B. Say, Traité d'économie politique,1832, p. 134.
19. L'individu n'a vraiment en toute propriété, avec droit absolu d'user, d'abuser, de disposer, que le sixième ou le dixième de son avoir, et encore ne peut-il faire servir cette portion disponible à détruire « la sainte égalité » entre les successeurs... J. Jaurès, Études socialistes,1901, p. 209.
II.− Emploi trans. Induire en erreur, tromper :
20. Elle est, à son gré, sensible, touchante ou passionnée, et, avec une adresse inimitable, car elle fait mieux qu'emprunter toutes les formes, elle les prend réellement, elle s'abuse elle-même, afin d'abuser plus sûrement ceux qu'elle veut séduire. Mme de Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 1, 1795, p. 64.
21. Les témoins de cette scène douloureuse finirent par comprendre que les deux enfants du capitaine avaient été le jouet d'une hallucination. Mais comment détromper leurs sens, si violemment abusés? J. Verne, Les Enfants du capitaine Grant,t. 3, 1868, p. 230.
22. − Je ne vous ai pas abusée, je ne vous ai pas jouée, je ne vous ai pas trahie! Je ne me suis pas fait un amusement de paroles qui pourtant eussent pu être à demi vraies... J.-A. de Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 304.
23. Nous ne souffrirons pas, à aucun prix nous n'endurerons qu'un Jaurès, qu'un Lavisse recommence sur la génération suivante les mêmes abusements. − Nous serons plus courageux pour nos enfants que nous ne l'avons été pour nous-mêmes et nous nous porterons aux extrémités plutôt que de laisser décevoir et tromper et trahir et abuser nos enfants par les mêmes hommes comme nous l'avons été nous-mêmes. Ch. Péguy, L'Argent,1913, p. 1295.
Rem. Dans l'ex. 21, le suj. est un inanimé.
III.− Emploi pronom. S'abuser.Faire erreur, se tromper :
24. ... j'avois le tremblement et le battement de cœur inégal et convulsif du désespoir; et je me répétois qu'elle s'abusoit sur son état... On s'exagère souvent de légers chagrins; mais dans des maux extrêmes, on cherche à se tromper... Mme de Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 1, 1795, p. 279.
25. Il est donc vraiment impossible d'avoir une connaissance, même approximative, de la valeur des marchandises exportées ou importées par le commerce; et c'est s'abuser absolument que d'accorder quelque confiance, à cet égard, à des déclarations grossières et à des relevés de registres, nécessairement imparfaits et incomplets. A.-L.-C. Destutt de Tracy, Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu,1807, p. 351.
26. Excusez-moi, Monsieur, mais pardonnez à ma curiosité cette lettre, et attribuez-la au désir que j'ai de savoir si nous ne nous abusons pas et ne nous trompons pas nous-mêmes. H. de Balzac, Correspondance,1832, p. 694.
27. ... Je ne suis pas dupe, et j'ai bien deviné que vous préfériez le nom de Seigneulles à celui de Finoël; ... mais, si je me suis fait illusion, prenez garde de vous abuser cruellement à votre tour. Le beau Gérard vous compromettra, c'est tout ce que savent faire les gens de ce monde-là. A. Theuriet, Le Mariage de Gérard,1875, p. 105.
Rem. 1. Emploi des prép. en et sur : s'abuser en ceci (en, fréq. avec le pron. dém.); s'abuser sur (ex. 24). 2. La lang. de la conversation distinguée emploie fréquemment en incise l'expr. si je ne m'abuse.
Prononc. − 1. Forme phon. : [abyze], j'abuse [ʒaby:z]. Enq. : /abyz/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : abus, abusant (-ante), abusement, abuseur, abusif (-ive), abusivement.
Étymol. − Corresp. rom. : ital. abusare; esp., port., cat. abusar; sarde abbusare; roum. abuza. 1. 1312 trans. « user mal (d'une chose) » (Cart. de l'église Saint-Pierre de Lille, 2, 601, Delb. ds Quem. t. 1 1959) : Quant li dit eschevin de Seclin faisoient ban contre cheaus Ki n'ont droit ou dit marès, et Ki n'avoient droit d'avoir le dit usage et Ki en abusoient...); spéc. 1370, id. « violenter (une femme) » (Oresme, Eth., 104 ds Littré : Comme Phalaris qui tenoit une enfant et avoit concupiscence de abuser en par delettation de luxure); ca 1350 intrans. « en user mal, faire abus » (Gilles li Muisis, éd. Kervyn de Lettenhove II, 165 ds T.-L. : On voit hommes et femmes, comment chascuns abuse); 2. 1341 trans. « tromper (qqn) » (Mir. de Notre-Dame par personnages, éd. Paris et Robert, 20, 1016 ds Cohn, Bemerk. zu T.-L. ds Arch. St. n. Spr., CXXXIX, 69 : Je tien et croy que par raison Nous leur mousterrons clerement Qu'il sont abusé laidement Par ce Jhesu); ca 1350 intrans. « se tromper » (Gilles li Muisis, Poes., I, 98 ds Gdf. Compl. : On m'en tenra pour escuset, Se Dieus plaist, se riens abuset Avoye de droite science); 1454 réfl. « se tromper » (Cligès en Prose ds Cohn, loc. cit., ibid. : et aussi il ne s'abuseroit mie s'il me nonmoit amie). 1 dér. de abus* 1; 2 dér. de 1; suff. -er*. HIST. − Remarquable stab. des 2 sens de abuser dep. le xives., date de leur apparition dans la lang. Pour le sens 1 toutefois, si, dep. l'orig., l'idée de « user avec excès » est sous-jacente à l'idée princ. « user mal », elle n'est clairement exprimée que dep. la fin du xixes. (Lar. 19e, DG) et semble avoir actuell. une place prépondérante, particulièrement dans l'emploi absolu du verbe. Cet emploi absolu, attesté isolément au xives. (cf. étymol. 1), disparaît de la docum. pour ne reparaître qu'au xixes., simultanément dans la lang. cour. (cf. ex. 15 et les dict. dep. Besch. 1845) où il connaît une assez grande vitalité, et dans la lang. jur. (cf. sém. et Ac. 1835). Aux xviieet xviiies., on note p. ext. du sens 1, l'emploi de abuser au sens de « interpréter mal » : Vous abusez de quelques paroles ambiguës qui sont dans ses lettres. Pascal (Trév.). Cet emploi n'est plus signalé apr. Besch. 1845. Enfin, les dict. des xviiieet xixes. signalent, à côté de la forme intrans. abuser d'une fille, une forme trans. : On dit, abuser une fille, pour dire, la séduire. Fur.; Ac. 1718 à 1878.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 1 937. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 4 160, b) 2 413; xxes. : a) 2 664, b) 1 790.
BBG. − Maurer (K.) Etymologica. Rom. Jahrb. 1957, t. 8, pp. 30-32.

abuser « user mal, avec excès; outrepasser »

Abuser : définition du Wiktionnaire

Verbe 1

abuser \a.by.ze\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’abuser)

  1. Tromper.
    • Vieillir est sot, ne nous laissons pas abuser par les belles maximes des songe-creux bibliques. — (Paul Fort, Le livre des visions : Vivre en Dieu, éd. 1941, page 13)
    • Je comptais sur votre amitié, je vois que je me suis cruellement abusé.
    • Sganarelle — Mon maître est un fourbe, il n’a dessein que de vous abuser, et en a bien abusé d’autres. — (Molière, Don Juan, acte II, scène IV)
    • Eh bien, continua Coconnas gravement, ce grand homme ne me paraît pas s’être abusé quand […] il regarde la vertu comme une plante balsamique d’un impérissable parfum et d’une efficacité souveraine pour la guérison des blessures. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre V)
    • Madame Latournelle, qui conduisait elle-même à l’église et qui en ramenait Modeste, fut chargée de dire à la mère qu’elle s’abusait sur sa fille. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)

Verbe 2

abuser \a.by.ze\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Familier) Exagérer.
    • Je veux bien l’aider mais là, il abuse.
  2. (Droit) Se prendre pour quelqu’un.
  3. Mal user d’une chose, la détruire.
    • On a abusé des prophéties de deux manières : premièrement en publiant de fausses prophéties ; secondement, en interprétant les vraies à la légère, c’est-à-dire avec, une idée préconçue. — (Le Grand Coup, avec sa date probable, c’est-à-dire le grand châtiment du monde et le triomphe universel de l’Église, probablement le 19-20 septembre 1896, par un prêtre du diocèse de Moulins, Vichy : à l’imprimerie de P. Vexenat, 1894)
    • La propriété consiste dans le droit d’user et d’abuser.
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Abuser : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABUSER. v. tr.
Tromper. Il vous promet cela, il vous abuse. Abuser les esprits faibles. Vous m'avez abusé par de fausses promesses. Sa passion l'abuse. On s'abuse souvent soi-même. Je comptais sur votre amitié, je vois que je me suis cruellement abusé.

ABUSER DE signifie User mal, autrement qu'on ne doit d'une chose. Il a abusé de votre bonté. Il abuse des grâces que Dieu lui fait. Si vous lui accordez cette liberté, il n'en abusera pas. Il abuse de son temps, de son crédit, de son autorité, de sa santé. On abuse des meilleures choses. Vous abusez de ma patience. C'est abuser de la permission. Ce poète abuse de sa facilité. On dit aussi Abuser de quelqu'un, User avec excès de sa complaisance, de sa bonté. Abuser d'une fille, En jouir sans l'avoir épousée. C'est une fille dont il a longtemps abusé.

ABUSER, en termes de Droit, se prend pour Mal user d'une chose, la détruire. La propriété consiste dans le droit d'user et d'abuser.

Abuser : définition du Littré (1872-1877)

ABUSER (a-bu-zé) v. n.
  • 1User mal, se prévaloir de. Ayant abusé de leurs talents. Abuser de l'ignorance de quelqu'un. Abuser cruellement de la victoire. Pour seconder les criminelles intentions d'un ami, lequel abusait de votre crédulité, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 261. Vous croyez qu'abusant de mon autorité Je prétends attenter à votre liberté, Racine, Mithr. I, 2. J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié, Racine, Andr. III, 1. Avez-vous prétendu que muet et tranquille, Ce héros qu'armera l'amour et la raison, Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom ? Racine, Iph. I, 1. Et nos seuls ennemis, altérant sa bonté, Abusaient contre nous de sa facilité, Racine, Brit. V, 3. La perfide abusant de ma faiblesse extrême…, Racine, Phèd. V, 7. Et que de mon bonheur vous avez abusé Jusqu'à plus attenter que je n'aurais osé, Corneille, M. de Pompée, III, 2. Prince, vous abusez trop tôt de ma bonté, Corneille, Nic. II, 3. Je vous remets ce droit dont j'allais abuser, Voltaire, Orphel. V, 6. Vous ne voudrez jamais, abusant de mon âge…, Voltaire, Brut. II, 4. Il abuse en ces lieux de son pouvoir fatal, Voltaire, Sém. II, 1. Ils ont tous abusé de leur nouveau pouvoir, Voltaire, Alz. II, 2. Depuis qu'aux cieux l'amour est retenu, De son beau nom vous abusez encore, Malfilâtre, Narc. I.
  • 2 Absolument. Usez, n'abusez pas. L'homme est disposé à abuser.
  • 3Abuser de quelqu'un, ne pas se comporter avec lui comme il conviendrait. J'abuse de vous en vous entretenant si longuement de mes propres affaires. Abuser d'un domestique, le faire trop travailler. On dit dans le même sens abuser d'un cheval. Vous abusez d'une infinité de personnes en leur faisant accroire que les points sur lesquels vous essayez d'exciter un si grand orage sont essentiels à la foi, Pascal, Prov. 17.
  • 4Abuser d'une fille, la posséder. Pour venger sa fille dont Roderic abusait, Bossuet, Hist. I, 11. Nous flétrissons du nom d'incestueux le frère qui abuse de sa sœur, Voltaire, Métaph. 9. Alexandre VI était accusé d'abuser de sa propre fille Lucrèce, Voltaire, Mœurs, 110.

    Abuser, v. n., se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

    ABUSER, v. a.

  • 5Tromper. Abuser quelqu'un d'un vain espoir. Nous nous laissons abuser par les opinions du vulgaire. Ils sont grossièrement abusés, Pascal, Prov. 11. La flamme de vos yeux… Ne se lasse donc point… d'abuser les vœux dont elle est désirée, Malherbe, IV, 3. Car, sans le revenu, l'étude nous abuse, Régnier, Sat. III. Dites s'il me détrompe ou m'abuse en effet, Corneille, Héracl. II, 6. Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris, Corneille, Cid, IV, 3. Sors du trône et te laisse abuser comme moi, Corneille, Héracl. I, 2. Moi, j'aurais l'âme assez méchante pour abuser une personne comme vous ! Molière, D. J. II, 2. Je vous abuserais si j'osais vous promettre Qu'entre vos mains, seigneur, il voulût le remettre, Racine, Andr. I, 1. Je crains, je crains qu'un songe ne m'abuse, Racine, Phèd. II, 2. C'est pleurer trop longtemps une mort qui t'abuse, Racine, Esth. I, 1. Est-ce ainsi qu'on m'abuse et qu'on croit me jouer ! Voltaire, Orphel. III, 3. Une image trompeuse ne vient-elle pas abuser mes yeux ? Fénelon, Tél. IV. Je reconnus, mais trop tard, les chimères qui m'avaient abusé, Rousseau, Hél. IIIe part. Liv. 18.
  • 6Abuser une fille, la séduire. Une fille abusée était punie avec le séducteur, Rousseau, Ém. V.

    S'ABUSER, v. réfl. Se faire illusion. En cela, je me suis abusé. À moins que je ne m'abuse. Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé, Corneille, Cinna, II, 2. Mais tu t'abuseras, Molière, l'Étourdi, I, 10. Vois si je m'abuse, Racine, Baj. III, 3. Mais moi-même… me serais-je abusée ? Racine, Baj. III, 6. Penses-tu que je sois moins épouse que mère ? Tu t'abuses, cruel…, Voltaire, Orphel. IV, 6. En conseiller d'État, de discours je m'abuse, Régnier, Élég. II.

REMARQUE

Pascal a dit : Il n'est pas possible de s'abuser à prendre un homme pour un ressuscité. Cet emploi, qui peut très bien être accepté, est un archaïsme. Voyez-en un exemple plus bas dans un texte de Lanoue.

HISTORIQUE

XIVe s. Comme Phalaris qui tenoit une enfant et avoit concupiscence de abuser en par delettation de luxure inconveniente, Oresme, Eth. 104.

XVe s. … Me faites, vous et raison, Aucune declaration ; Ou de votre fait suis abus, Pour ce que dit avez dessus, La Fontaine, 675. Povre homme, tu t'abuses bien ; Par ce chemin ne feras rien, Si tu ne marches d'autre pas, Nat. à l'Alch. 31. Las ! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, Orléans, Rond. 34. Ausquels fut dit pour le dict seigneur, qu'ils s'abusoient et que le dict seigneur aimeroit mieux mourir que d'estre contre le roi, J. de Troyes, 1475. Et avec telles mensonges se abusent bien aucuneffois les maistres, Commines, II, 2. On abusoit le roi quand on lui conseilloit entreprendre ceste guerre, Commines, III, 2.

XVIe s. Ils sçavent l'arithmetique si parfaitement que jamais ne s'abusent à conter, Lanoue, 183. Cet enfant nous abuse, car les estables ne sont jamais on hault de la maison, Rabelais, Garg. I, 12. Laissons les abuser de leur loisir, Montaigne, I, 187. Il me venoit compassion du pauvre peuple abusé de ces folies, Montaigne, I, 200. On ne peult abuser que des choses qui sont bonnes, Montaigne, II, 60. Elle n'y trouva les efforts repondants à sa taille, beauté et jeunesse par où elle avoit été prinse et abusée, Montaigne, III, 371. Il usa d'une ruse par la quelle il abusa l'une et l'autre partie pour le bien de la chose publique, Amyot, Solon, 21. Solon pour vrai est un fol abusé, Qui de son gré lui-même a refusé Un si grand heur que lui offroient les dieux, Amyot, ib. 22. Stesimbrotus s'abuse grandement pour n'avoir pas bien pris garde à la suitte des temps, Amyot, Thém. 3. Son filz abusoit un peu trop de l'affection que lui portoit sa mere, et de lui aussi semblablement par le moyen d'elle, Amyot, Thém. 36. Abusant la jeunesse de vaine espérance, Amyot, Fab. 51. Les Lacedemoniens abuserent d'Alcibiades plus tost qu'ils n'en userent, Amyot, Alc. et Cor. 4. Il abusa de son eloquence à calomnier et faussement charger et accuser ceux qui valoient mieux que lui, Amyot, Pélop. 44. Celui qui ne vise à la voie Par où il va, faut et s'abuse, Marot, III, 59.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ABUSER. V. n. Ajoutez :

5Il se dit aussi des actes contre nature. Cet homme, condamné pour attentat aux mœurs, avait abusé d'un enfant confié à ses soins.
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Étymologie de « abuser »

Étymologie de abuser - Littré

Abus ; provenç. et espagn. abusar ; ital. abusare.

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Étymologie de abuser - Wiktionnaire

(XIVe siècle) Dénominal de abus.
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Phonétique du mot « abuser »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abuser abyze play_arrow

Conjugaison du verbe « abuser »

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Évolution historique de l’usage du mot « abuser »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « abuser »

  • Parce qu'il ne faut abuser ...de rien! Le Figaro.fr, Plats préparés: pourquoi il ne faut pas en abuser
  • Une problématique qui ne date pas d’hier, mais qui revient au devant de la scène: "Il est nécessaire d’en reparler aujourd’hui car, à force d’abuser des antibiotiques, des bactéries émergentes hautement résistantes (BHRe) aux antibiotiques sont apparues en 2007", ajoute-t-elle. midilibre.fr, Mende : "À force d’abuser des antibiotiques, des bactéries hautement résistantes sont apparues" - midilibre.fr
  • Une femme se faisait passer pour un adolescent en Angleterre afin de piéger et d’abuser de jeunes filles en ligne. , Elle se grime en adolescent pour mieux abuser de jeunes filles
  • Omniprésent depuis le printemps afin de limiter les risques de propagation du coronavirus, le gel hydroalcoolique est utilisé à bon escient, mais attention de ne pas en abuser, ni même de s’exposer au soleil une fois qu’il est appliqué. Quels en sont les risques ? Éléments de réponses.   Marie France, magazine féminin, Gel hydroalcoolique : pourquoi ne faut-il pas en abuser ni s’exposer au soleil ?
  • C'est un terrible avantage d'être laid. Il ne faudrait cependant pas en abuser. De Abbé Maury / A propos de Mirabeau
  • Il y a deux choses qui sont sans limites : la féminité et les moyens d'en abuser. De Luc Besson / Nikita
  • On peut, on doit abuser de la confiance d'une femme, mais jamais de sa méfiance... C’est dangereux. De Maurice Donnay / Georgette Lemeunier
  • C'est un terrible avantage de n'avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. De Antoine de Rivarol / L’Esprit de Rivarol
  • Seuls ceux qui vous respectent vous aiment. Les autres ne veulent qu'abuser de vous. De Denise Bombardier / Une enfance à l'eau bénite
  • La mémoire, comme le coeur, se laisse abuser, et souvent pas celui-ci comme de juste. De Claire Martin / Doux-amer
  • Etre en bonne santé, c'est pouvoir abuser de sa santé impunément. De Michel Tournier / Le Miroir des idées
  • Le pouvoir doit se définir par la possibilité d’en abuser. De André Malraux / La Voie royale
  • C'est très joli d'être innocent ; il ne faut pas en abuser. De Marcel Pagnol
  • Le péché, c'est comme la vertu ; il ne faut pas en abuser. De Anonyme
  • Aimer, c'est permettre d'abuser. De Pierre Reverdy / En vrac
  • On ne peut abuser que de choses qui sont bonnes. De Michel de Montaigne / Essais
  • Plus le pouvoir est dispersé, moins on peut en abuser. De Michel Hervé
  • Il faut toujours abuser de sa liberté. De Paul Eluard / Lettres à Gala

Traductions du mot « abuser »

Langue Traduction
Portugais abusar
Allemand mißbrauchen
Italien abusare
Espagnol engañar
Anglais abuse
Source : Google Translate API

Synonymes de « abuser »

Source : synonymes de abuser sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « abuser »


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