Trou : définition de trou


Trou : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TROU, subst. masc.

I. − Cavité de dimension variable, naturelle ou creusée à dessein dans le sol ou dans un autre élément.
A. − Creux naturel formé dans la terre, le roc ou tout autre élément.
1. [Dans la terre] Synon. creux, fondrière, nid-de-poule, ornière; anton. bosse1.Il est tombé dans un trou caché par une touffe d'herbe (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 389).Quand nous la longions, cette lande m'avait semblé plane: en réalité, ce n'était que trous et bosses! (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 183).
P. anal.
Loc. Boire comme un trou. Boire beaucoup, absorber beaucoup de liquide, comme un trou absorbe l'eau. On boit comme des trous à toutes sortes de choses, à la propriété littéraire internationale, est-ce que je sais? (Goncourt, Ch. Demailly, 1860, p. 103).
Personne qui boit et mange bien. On l'invitait toujours dans les pique-niques, à cause de la tête du marchand de soupe en voyant ce sacré trou-là avaler ses douze livres de pain (Zola, Assommoir, 1877, p. 432).Monsieur, ils ont tout bu, ils en veulent encore... Quels trous, ces militaires! (Zola, Bouton de rose, 1878, ii, 10, p. 258).
2. [Dans une matière dure (rocher, roc, etc.)] Synon. cavité, anfractuosité, excavation.Partout où il y a des falaises et des trous de rochers au-dessus de la mer, les enfants dénicheurs d'oiseaux abondent (Hugo, Travaill. mer, 1866, p. 154).J'admirais lentement ressortir de mille trous, de mille anfractuosités du roc, tout ce que mon approche avait fait fuir (Gide, Si le grain, 1924, p. 436).
En partic.
Cavité de grande dimension pouvant servir d'abri ou de passage. Synon. caverne, galerie, grotte.Les quatre ou cinq fois qu'il m'attira dans le trou noir du rocher, je puis dire qu'il ne me donna aucun plaisir (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 100).
Excavation naturelle où vivent certains animaux. Synon. aire, antre, nid, repaire, tanière.Sortir de son trou; nicher, rentrer dans son trou. Avec ses rochers (...) Ses cavernes, ses trous de bêtes, ses halliers (...) Le bois lugubre est pris par la claire étincelle (Hugo, Année terr., 1872, p. 126).Quand au jour on grimpe jusqu'à leur trou [des hiboux] on trouve le nid propre, débarrassé de toute trace d'aliment (Pesquidoux, Chez nous, 1923, p. 213).
Faille, creux dans un mur, souvent du(e) à son état de vétusté. J'ai fait envoler une nuée de corbeaux... Ils ont posé leur nid dans un trou du mur, en commençant par gratter le ciment et à déchausser une pierre (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 174).
3. Grande dépression géographique de forme et de disposition variables (ronde, oblongue, horizontale, verticale). Synon. abîme, aven, gouffre, pertuis, précipice, ravin.Je connaissais de nom le précipice qu'on appelle le trou de la Bastide (Dumas père, Angèle, 1834, ii, 5, p. 145):
1. Tout à coup, la ligne du pâturage (...) s'affaisse dans son milieu (...). Et on voit qu'on est arrivé parce qu'un immense trou s'ouvre brusquement devant vous, étant de forme ovale, étant comme une vaste corbeille aux parois verticales, sur laquelle il faut se pencher, parce qu'on est soi-même à près de deux mille mètres et c'est cinq ou six cents mètres plus bas qu'est son fond. Ramuz, Derborence, 1934, p. 29.
En partic. Dépression sous-marine. Près du littoral (à 4 km à peine), se trouve une profonde dépression sous-marine dans laquelle la sonde descend jusqu'à 500 m et que l'on appelle le trou sans fond (Romanovsky, Mer, source én., 1950, p. 25).
4. Trou d'eau
a) Ornière, creux rempli(e) d'eau. Ils étaient contents d'être sept bons copains (...) et de trébucher contre une racine, ou de fourrer le pied dans un trou d'eau en criant: « Nom de Dieu! » (Romains, Copains, 1913, p. 269).
b) Endroit d'une rivière ou d'une étendue d'eau où la profondeur est plus grande qu'ailleurs. La pluie m'a pris en chemin (...) et en traversant la Choue, je suis tombé dans un sacré trou d'eau (Zola, Nana, 1880, p. 1235).
En partic.
Endroit d'un cours d'eau où se forment des tourbillons. Il tomba dans un trou, une « marmite » formée par les remous (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 68).P. anal. Trou d'air. V. air1I B 3.
Endroit profond de la rivière où se trouve une plus grande proportion de poissons. Pratiquer la pêche au trou. J'avais découvert, voilà trois ans cet été, une place, mais une place! Oh! là! là! à l'ombre, huit pieds d'eau, au moins, p't'être dix, un trou, quoi, avec des retrous sous la berge, une vraie niche à poisson, un paradis pour le pêcheur (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Trou, 1886, p. 576).
5. P. anal.
a) Creux, dépression formé(e) dans une matière souple, légère par un corps plus lourd. Trou d'un duvet. [Le lit] était entr'ouvert, écrasé, montrant, par le trou creusé dans les draps, la pesée du corps qui s'était couché là (Maupass., Contes et nouv., Patronne, 1884, p. 699).Je suis là, la tête hors de mon trou de paille et les yeux grands ouverts (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1908, p. 354).
b) En partic. Endroit confortable, douillet, aménagé dans une pièce ou une partie de la pièce. Au milieu de la rue Vercingétorix, un petit trou satiné de rose, la chambre de Marcelle, ma femme (Sartre, Âge de raison, 1945, p. 190).
Fam. Faire son trou. S'installer un espace confortable. Je dormais si bien! Ah! que c'est dur de se relever, lorsqu'on a fait son trou pour la nuit! (Zola, Bouton de rose, 1878, i, 10, p. 237).
SYNT. Trou arrondi, béant, caché, dangereux, énorme, humide, immense, inconnu, noir, obscur, profond, rond, sombre, ténébreux; énorme, grand, gros, immense, large, petit, vaste, vrai trou; de nombreux trous; trou d'un arbre, d'un chemin, d'un rocher, d'une grotte, d'une montagne, d'un mur, de la pierre, de la roche, de la route, de la terre; trou sans air, sans fond; mettre le bras, la main, le pied dans le/un trou; se cacher, se coucher, demeurer, disparaître, dormir, gîter, s'enfoncer, s'enfouir, s'engouffrer, se flanquer, se glisser, se jeter, se loger, se mettre, se nicher, se précipiter, plonger, redescendre, regarder, rester, sauter, sombrer, être terré dans un/le trou; entrée, fond, rebord, sortie du trou.
B. − Excavation pratiquée dans le sol, le roc ou un autre élément, généralement dans un but précis.
1.
a) Creux ménagé dans la terre, le sol, présentant ainsi un vide destiné généralement à être comblé. Il creusa un trou dans la neige et s'y blottit avec son chien (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Aub., 1886, p. 1080):
2. Immédiatement je me mets à l'ouvrage. Je fouisse, je creuse, je fais mon trou (...). Je me couche dedans. Je m'allonge sur le dos. Je l'élargis. Je tasse le fond des deux mains pour le rendre bien confortable. Je me fais un coussinet avec des aiguilles de pin et de la terre meuble... Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 105.
SYNT. Trou bouché, creusé, fait, pratiqué dans (la terre, le sol, le sable, la neige); trou à boucher, à combler; boucher, combler, creuser, faire, reboucher, remplir un/des trou(s).
AGRIC., JARD. Creux pratiqué dans la terre pour y effectuer certaines plantations. Trou de plantation. Il y passait volontiers une heure ou deux, coupant, sarclant, et piquant çà et là des trous en terre où il mettait des graines (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 34).Cécile commença de creuser la terre. Dans chaque trou, elle plantait une touffe de myosotis (Duhamel, Cécile, 1938, p. 272).
Fosse creusée dans la terre pour y entreposer certaines matières. Trou à purin. J'allais passer la journée dans le trou à charbon Pour lire la Bible (Claudel, Échange, 1894, i, p. 662).Le plancher était encombré de copeaux, de papiers, de paille, et ils balayaient le tout et l'on chargeait une brouette que l'on vidait dans le trou au fumier (Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 262).
Grande saignée, galerie creusée dans la terre; en partic., abri aménagé en temps de guerre pour se protéger des attaques de l'ennemi. Au bout de quinze mois, le trou était achevé; l'excavation était faite sous la galerie (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 213).Regardez-les déjà sortir des trous où ils étaient embusqués, se prévalant d'avoir travaillé pour la Résistance (Mauriac, Bâillon dén., 1945, p. 393).
ART MILIT. Trou de loup. Excavation creusée en temps de guerre aux abords d'un ouvrage pour en rendre l'accès difficile et pour y dissimuler des sentinelles. Ils sont trop occupés à oublier leurs misères, le froid, la neige, le manque de sommeil, les longues heures passées accroupis dans des trous de loup (Bordeaux, Fort de Vaux, 1916, p. 76).
Trou d'écoute. V. écoute1A 2 b.
SPORTS (golf). Cavité aménagée sur un parcours de golf, dans laquelle le joueur doit envoyer la balle. Golf à neuf, dix-huit trous; compter le jeu par coups ou par trous. Un parcours de golf comporte dix-huit trous, dont la longueur totale varie, en général entre cinq et six kilomètres, chaque trou étant de longueur différente (Jeux et sports, 1967, p. 1417).
b) En partic.
Fosse creusée dans la terre pour y enterrer les morts. Trou commun. Le trou comblé, le fossoyeur a planté la croix à coups de pioche et a été boire à son tour (Bloy, Femme pauvre, 1897, p. 287).Non loin de la case, deux indigènes creusaient un trou très profond et peu large, ce qui nous laissa supposer qu'on ensevelit les morts verticalement (Gide, Voy. Congo, 1927, p. 784).
Mettre dans le trou. Enterrer. Le mal me tiendra jusqu'à ce qu'il m'ait mis dans le trou (Fabre, Hospit., 1880, p. 77).
Être dans le trou. Être mort, enterré. Je crois qu'il n'aura presque pas de cœur! Il en aura pour ses parents, pour ses grands-parents, pour deux ou trois amis (...). À tous les autres, il fera plaisir à voir, mais ils pourront bien aller dans le trou (Barrès, Cahiers, t. 2, 1899, p. 103).
Trou d'obus. Large trouée, brèche ouverte dans la terre par l'explosion d'un engin de guerre. Une nouvelle fois cette nuit, un homme est tombé dans un de ces trous d'obus; il avait de la boue jusqu'au cou; il appelait maman, maman; on n'a pas pu le sortir (Barrès, Cahiers, t. 13, 1921, p. 246).
Trou de mine. V. mine2III B.
Large brèche occasionnée par la démolition d'un ou plusieurs bâtiments. Mamitate ne sortit presque plus. Elle assista de sa fenêtre, à la démolition des pavillons de Baltard. On se rua sur les boulons, ce qui leur sembla très dérisoire. Pour hâter la destruction, on manda le général Custer lequel (...) fit donner le canon mais fut atrocement déconfit par Sitting Bull dans le « trou des Halles » (R. Jorif, Le Navire Argo, 1987, p. 217).
2. Galerie, cavité creusée et aménagée dans la terre par certains animaux fouisseurs. Synon. bauge1, gîte1, terrier.Trou de renard, de serpent, de souris, de taupe, de vipère; disparaître dans son trou. On voyait toute une légion de rats sortir de leurs trous inhabitables et fuir le sol embrasé (Verne, Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 174).
Loc. fig. Faire son trou. Se faire une place dans la société, une situation stable dans la vie. Que voulez-vous? Il faut vivre. Il faut trouver sa place et faire son trou. Moi, j'ai fait le mien comme un boulet de canon (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 165).Langibout jugeait que, si jamais il [Anatole] pouvait parvenir à travailler, il était capable de faire aussi bien qu'un autre son trou et son chemin dans l'art (Goncourt, Man. Salomon, 1867, p. 41).
3. Cavité, vide laissé(e) par l'extraction de certaines roches ou minerais contenus dans la roche. Trou d'une carrière, d'une marnière. Ah! elle la connaissait bien, cette houillère, ce grand trou noir d'où son mari n'était pas revenu (Verne, 500 millions, 1879, p. 87).
Trou de mine. Cavité pratiquée dans la roche pour y déposer une certaine quantité d'explosif. Les effets de cette pression varient à l'infini avec la compacité des roches, la disposition, le diamètre, la profondeur et la charge des trous de mines (Bourde, Trav. publ., 1928, p. 105):
3. − Oui, mon ami, répondit l'ingénieur, et cette nitro-glycérine produira d'autant plus d'effet, que ce granit est extrêmement dur et qu'il opposera une résistance plus grande à l'éclatement. − Et quand verrons-nous cela, monsieur Cyrus? − Demain, dès que nous aurons creusé un trou de mine, répondit l'ingénieur. Verne, Île myst., 1874, p. 159.
4. Creux fait dans une matière malléable. Trou dans la farine (synon. fontaine). Faites un trou dans la farine qui se trouve sur la table et mettez au milieu quinze grammes de sucre (Gdes heures cuis. fr.,J. Gouffé,1877, p. 186).
C. − P. anal.
1. [Dans une partie du corps] Creux, cavité.
Synon. de fossette.Le petit trou adorable de son menton se creusait (Zola, Nana, 1880, p. 1138).
Trou (des yeux). Synon. de orbite.Eh! Rebord, encore un verre... Oui, là, sur le tranchant de l'os qui dessine le trou des yeux... À ta santé (Ramuz, Derborence, 1934, p. 201).
Loc. pop., fam. Ne pas avoir les yeux en face des trous. À droite! dit Charlot vivement. Juste au-dessus des arbres, je te dis! T'as donc pas les yeux en face des trous? (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 37).
PATHOLOGIE
Cicatrice en creux laissée sur la peau après certaines maladies. Trous de la varicelle. M. Tassin était rayonnant; le contentement était tapi dans tous les trous de petite vérole de sa figure (Champfl., Souffr. profess. Delteil, 1853, p. 7).
Synon. de caverne (v. ce mot C).Je tousse éternellement et cela m'ennuie, parce que j'ai terriblement peur de ce diable de « petit trou » dont parle Pascal (Bernanos, Lettres inéd., 1905, p. 1735).
2. Endroit marqué par une coloration foncée sur une surface claire ou vice versa.
a) [Dans le ciel] Trou de nuit, de ténèbres; trou lumineux, sombre. Entre eux [les nuages] (...), voyageaient des vols d'étoiles, des clartés laiteuses, des trous d'ombre, des abîmes bleus (Duhamel, Terre promise, 1934, p. 23).
ASTROPHYS. Trou noir. V. noir I A 2.Le « trou noir ». Il s'agirait de masses stellaires dont la concentration de matière est si forte, la densité si élevée, la force d'attraction si prodigieuse que même la lumière serait absorbée par ellesd'où leur nom de « trou noir » (Le Point, 29 nov. 1976, p. 121, col. 3).
b) [Dans un lieu quelconque] Le long des trottoirs, de grands trous d'ombre s'étaient creusés, devant les boutiques fermées (Zola, Curée, 1872, p. 453).La ville grossissait dans le trou gris, toute seule parmi les nuages qui moutonnaient jusqu'à l'horizon (Malraux, Espoir, 1937, p. 816).
En partic. Lieu étroit et mal éclairé. Je ne parle pas de la cuisine, un trou noir, grand comme un placard (Zola, Th. Raquin, 1878, i, 1, p. 52).Tout d'un coup, j'aperçus un trou de ténèbres: la cave, on l'avait ouverte (Sartre, Mots, 1964, p. 76).
3. Vide total, absence de matière. Il me semble que j'ai un trou à la place du cœur, comme un abîme si absorbant qu'une peine réelle me semblerait en m'atteignant ne se charger que de me défendre (J. Bousquet, Trad. du sil., 1936, p. 135).
Avoir un trou à l'estomac. Avoir l'estomac vide. Synon. avoir un creux (v. creux II A 2).J'ai des trous dans l'estomac, dit Mimi, je prendrais bien du jambon (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 124).
D. − Arg., pop., fam.
1. Habitation modeste et souvent exiguë. Hein? n'est-ce pas? ça vaudrait bien mieux: travailler, manger du pain, avoir un trou à soi, élever ses enfants, mourir dans son lit (Zola, Assommoir, 1877, p. 412).Mille pardons! Chacun chez soi, chacun dans son trou (Duhamel, Journal Salav., 1927, p. 133).
2. Petite ville, village isolé(e), à l'écart de la vie moderne. Synon. bled, patelin2.Affreux, sale trou; trou perdu; trou de campagne, de province; trou de verdure; moisir, vivre dans un trou; ne pas sortir de son trou; quel trou! Hors un pèlerinage à Lourdes et ses nuits d'amour à Arcachon, il n'avait jamais quitté son trou (Mauriac, Baiser Lépreux, 1922, p. 180):
4. ... on peut aller n'importe où, En France, il n'est si petit trou, Dans un coin perdu de province, Qui n'ait sa spécialité, Son mets favori, réputé, Digne de la gueule d'un prince. Ponchon, Muse cabaret, 1920, p. 143.
Loc. fig.
Sortir de son trou. Sortir d'un état de confinement et d'isolement social et intellectuel pour s'ouvrir au monde de la connaissance et aux idées neuves. J'ai toujours vécu comme une taupe dans sa taupinière: c'est toi qui m'as fait sortir de mon trou, et regarder l'univers! (Martin du G., Thib., Belle sais., 1923, p. 1024).
Rentrer dans son trou. Se replier sur soi-même, se refuser à toute ouverture. Je savais bien que le S.R.L. n'existait plus et que Robert n'avait aucun projet neuf; j'ai tout de même eu un petit choc en l'entendant déclarer qu'il rentrait définitivement dans son trou (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 404).
3. Arg. Prison, cachot. Aller, mettre, fourrer (qqn) au trou. Ces dames n'en [revenaient] (...) pas qu'on menât leur homme au trou, un engagé volontaire (Cendrars, Main coupée, 1946, p. 98).
E. − [Symbole du néant et, en partic.]
[de la peur de l'inconnu, de la solitude] Quand je considère l'avenir, si prochain qu'il soit, je ne vois qu'un grand trou noir et le vertige me prend (Flaub., Corresp., 1870, p. 192).Dans le chaos d'illusions où nous sommes jetés, une chose demeure vraie, l'amour. Le reste est néant. On se penche sur un grand trou noir, et on a peur (Green, Journal, 1931, p. 78).
[du désespoir, de la mort] Le néant final, le grand trou béant de la mort, là tout près, que rien ne déguise plus (Loti, Rom. enf., 1890, p. 267).
[du mal, de la laideur morale, de la déchéance] Si tu savais (...), tu comprendrais que j'étais justement tombée tout en bas, à ton niveau... Nous sommes au fond du même trou (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 109).
II. − Ouverture (généralement ronde) pratiquée dans un corps, une matière solide, une surface et, p. ext., dans toute matière.
A. − Ouverture naturelle, notamment dans une partie du corps.
1. Cavité anatomique. Trou de nez, des oreilles, de la bouche, des narines. Un nez horrible, aplati à sa naissance, sabré d'une entaille, au milieu, et brusquement, à son extrémité, se relevant, s'épanouissant en deux trous noirs, ronds, profonds, énormes, frangés de poils raides (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 304).
Trou (des pores). Orifice de la peau. Les pores communiquent par de petits trous au-dehors, et reçoivent sans doute par-là des vaisseaux et des nerfs (Cuvier, Anat. comp., t. 3, 1805, p. 113).
Vulg. Trou du cul (qqf. abr. en troudu ou trouduc). Anus. V. cul I B.P. méton. Garnement effronté et stupide. Petit trou du cul. Imbécile. Un saltimbanque (...) chantait sa chanson, air, musique et paroles de Courbet: L'Institut, C'est des trous du cul (Goncourt, Journal, 1862, p. 1129).
Pop., fam. Trou de balle. Anus. Ces énormes bœufs avec un tout petit trou de balle (Renard, Journal, 1899, p. 522).P. méton. Idiot. Synon. enfoiré.Quel est le « trou de balle » qui n'a pas rendu le Grundriss en juillet dernier? (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 240).
2. ANAT. Orifice traversant de part en part une pièce anatomique et destiné généralement à laisser passer certains viscères, nerfs ou artères. Les papiers glissèrent. Le vent les dispersa sur le sol. L'arrière-cavité des épiploons s'était toute mélangée avec les trous de la base du crâne et le sphénoïde (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 248).
SYNT. Trou antérieur, condylien, coronal, déchiré (antérieur, postérieur), auditif, occipital, olfactif, optique, orbitaire, ovale, ovalaire, pariétal, sacré, sous-orbitaire, sous-pubien, vertébral.
Trou de conjugaison*.
Trou de Botal. Orifice de la cloison interauriculaire qui se ferme après la naissance. Le trou de Botal qui faisait communiquer le cœur droit et le cœur gauche, subit une occlusion physiologique (Ruyer, Cybern., 1954, p. 185).
B. −
1. Ouverture pratiquée de part en part dans une matière dure pour des raisons d'ordre pratique (écoulement, aération, passage, etc.). Trou de la cheminée, des fenêtres, des portes; trou de feu; trou de vidange; percer un trou. Ce sont des cabanes construites en terre, hautes à peine pour s'y tenir debout, larges tout au plus pour pouvoir s'y étendre, percées d'un grand trou qui sert à la fois de porte, de fenêtre et de tuyau de cheminée (Du Camp, Nil, 1854, p. 18).L'eau de vaisselle qui coule non loin de là, par le trou de l'évier, tantôt à torrents, tantôt goutte à goutte (Renard, Poil Carotte, 1894, p. 174).
Trou d'une aiguille. Synon. de chas1.Elle coupait soigneusement des bouts de fil égaux, mettait un temps infini à trouver le trou de l'aiguille (Zola, Page amour, 1878, p. 1008).
Trou (du chat). Synon de chatière. Elle surprend le pauvre prêtre (...) levant les mains au ciel ou les abaissant pour désigner du doigt, dans la boiserie, le trou dérobé de la chatière (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 236).
Loc. fig. Mettre le chat à tous les trous. Assurer une surveillance constante et vigilante. Je connais mieux que vous cette sainte maison et croyez que j'ai mis le chat à tous les trous (Claudel, Otage, 1911, ii, 1, p. 261).
2. Ouverture pratiquée dans la pierre, le bois ou le métal dans un but précis. Trou de rivet, de vrille; trou en dent de scie; trou cônique, triangulaire; trou fraisé, tamponné, taraudé; percer des trous; faire un trou avec une perceuse; trou de scellement; brique à neuf trous. Après avoir marqué la place du trou, on fait dans le bois plusieurs trous de vilebrequin très-rapprochés, on en fait sauter avec un ciseau l'intervalle (Nosban, Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 212):
5. La machine qui fait des trous dans une feuille de tôle, la pointe qui détache de longs copeaux de laiton, la pièce au tour qui arrive à sa perfection peu à peu parmi des jets d'eau de chaux! Les gens qui n'ont jamais essayé ne savent pas la paix qu'il y a à travailler tous ensemble... Claudel, Ours et lune, 1919, 3, p. 623.
P. compar., fam. (Avoir) les yeux en trou de vrille. Je vis (...) une grande fille et un petit gars qui se ressemblaient comme frère et sœur (...), tous deux les yeux en trou de vrille, que des sourcils en pointe coiffaient drôlement (A. France, Vie fleur, 1922, p. 328).
Spécialement
CHIR. Trou de trépanation. Ouverture pratiquée dans un os (notamment dans le crâne) avec un trépan. On repère sur un trocart, une longueur de 5 centimètres, à partir de sa pointe, et on enfonce l'instrument au centre du trou de trépanation (Brion, Jurispr. vétér., 1943, p. 240).
FOND. Trou de coulée. ,,Trou du moule destiné à recevoir le métal en fusion`` (Boissier 1975). Vers la partie inférieure de la première plaque, on trouve le trou de coulée pour fonte (Ch. Durand, Industr. minérales Lorr., 1893, p. 46).
FORAGE (mines, pétrol.). Puits foré ou en cours de forage. Trou de mine. Trou cylindrique creusé dans la roche en vue d'y recevoir une charge d'explosif. Les trous de mine, lorsqu'on peut les forer, augmentent sensiblement le rendement; on doit donc recourir au forage chaque fois qu'il est possible (Bourde, Trav. publ., 1929, p. 240).Trou de sonde. Trou vertical cylindrique percé dans le sol en vue d'un forage. Il est beaucoup plus économique de pomper directement la saumure du sous-sol au moyen de trous de sonde forés jusqu'au gisement (Stocker, Sel, 1949, p. 40).
MAR. Trou d'écoute. Orifice percé dans un navire pour y laisser passer les écoutes. (Dict. xixeet xxes.).
MÉCAN. AUTOMOB. Trou de bougie. ,,Trou taraudé qui débouche dans la chambre de combustion et dans lequel on visse la bougie d'allumage`` (Automob. 1986). Trou de graissage. ,,Trou percé dans une pièce et qui, débouchant dans un canal, permet l'introduction d'huile ou graisse en un endroit de frottements`` (Automob. 1986).
MUS. Ouverture pratiquée dans un instrument pour permettre l'échappement de l'air et l'émission de sons précis. Flûte à sept trous. La flûte présente un nombre variable de trous forés sur la paroi, grâce auxquels le joueur peut raccourcir à volonté la colonne d'air, créant ainsi plusieurs sons à des intervalles déterminés (Encyclop. de la mus., Paris, Fasquelle, t. 2, 1959, p. 81b, s.v. flûte).
SERR. Trou de serrure. Trou pratiqué dans une porte et destiné à recevoir une clé. Regarder par le trou de la serrure. Les rares clients de MmePouce se plaignent de l'avoir surpris plus d'une fois l'œil au trou de la serrure, comme un enfant (Bernanos, Crime, 1935, p. 852).Je collai l'œil au trou de la serrure; Paule était agenouillée devant la cheminée, il y avait autour d'elle des liasses de papier et elle les jetait dans le feu (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 417).
En partic.
Ouverture, brèche percée volontairement dans un bâtiment, un objet ou due à l'usure, à la vétusté. Trou dans un carreau, dans la cloison, dans le plancher, dans le toit, dans la toiture. La vieille barque a des trous dans sa membrure, des trous qu'on a réparés avec des morceaux de bois neuf (Moselly, Terres lorr., 1907, p. 294).Pas de fenêtre d'un côté, puis tout d'un coup, une suite de trous béants, carrés, rectangulaires, des sortes de blessures; de grands pans de murs vides (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 541).
3. Ouverture faite sur une surface pour y permettre de livrer un passage. Ce qu'on appelait boyau, on l'appelle galerie; ce qu'on appelait trou, on l'appelle regard (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 522).
Synon. de fente.Leurs yeux ressemblent à des trous de tirelire (Audiberti, Mal court, 1947, iii, p. 192).
Spécialement
MAR. Trou du chat. V. chat1III A 4 b.
TECHNOL. Trou d'homme. Ouverture de visite pratiquée dans les toits ou dans certains appareils industriels (cuves, chaudières, citernes) qui permet le passage d'un homme en vue d'une inspection, d'une réparation, d'un nettoyage. Ce bon géant qui faisait mes trente-six volontés, me montant au nid de corbeau du mât de misaine, me descendant à fond de cale par le trou d'homme de l'écubier, me promenant dans les machines et jusqu'au bout du tunnel des arbres de couche (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 26).
THÉÂTRE. Trou du souffleur. Ouverture pratiquée dans l'avant d'une scène de théâtre et ménageant un espace où se loge le souffleur. Il suffit d'un regard sur le trou du souffleur, si ingénieusement disposé qu'il est impossible qu'on ne le voie point (Alain, Propos, 1923, p. 558).
En partic. Espace occupé par le souffleur. Ces époux vivaient là, venus on ne sait d'où, La femme dans sa loge et l'homme [le souffleur] dans son trou (Coppée, Poés., t. 3, 1875, p. 27).
4. Ouverture faite dans une épaisseur et servant de passage. Synon. trouée.Monsieur Le Peyre des Norgiots (...) était occupé (...) à examiner un trou fait par des maraudeurs dans la haie de son courtil (Hugo, Travaill. mer, 1866, p. 229).
C. − Ouverture faite dans une matière qui se troue ou se perce facilement.
1. Absence de matière, vide généralement rond laissé dans un vêtement, un article en cuir ou un textile à la suite d'un accroc, d'une brûlure, de l'usure, etc. Synon. déchirure, patate (fam.).Trou des/dans les chaussures, de la jupe, du manteau, du pantalon; trou à la blouse, au caleçon, à la culotte, à son habit, au jupon, au manteau; trou de cigarette, d'usure; trou de mites; trou dans la toile; avoir, faire un/des trous à ses chaussettes; réparer, repriser un trou. C'est Tricot qui remue ses pouces de pieds par les trous de ses chaussures (Frapié, Maternelle, 1904, p. 289).Il y avait de grands trous très blancs dans ses bas de laine noire (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 18).
P. iron. Être habillé de trous. Presque nu sous ses haillons, habillé de trous autour desquels il y avait, par pudeur, un peu de quelque chose, l'affreux et sordide gamin avait le rayon du soleil, de la santé, de la liberté, un éclair ardent de vie animale (Goncourt, MmeGervaisais, 1869, p. 210).
En partic. Ouverture ménagée dans un vêtement pour laisser passer une partie du corps (tête, bras). (Faire) un trou pour les yeux, les oreilles. Un morceau carré de toile cirée au milieu duquel il y avait un trou pour passer la tête (Stendhal, Lamiel, 1842, p. 147).Des cagoules rabattues sur la tête, percées de trois trous pour la vue et la respiration (Verlaine, Œuvres compl., t. 5, Confess., 1895, p. 7).
2. Vide laissé dans du carton, du papier ou une matière similaire par un poinçon, une perforatrice. Trou de poinçon; trou dans un ticket. Tu continueras à faire des trous dans les billets (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 11).P. métaph. Mais il ne faut à l'esprit du mal qu'un trou bien petit pour s'insinuer au cœur de l'homme (Arène, Veine argile, 1896, p. 88).
Trou d'épingle. Trou minuscule fait par une épingle dans du papier, du carton ou une matière facile à traverser. Un ballon flasque troué par l'épingle du petit trou d'épingle (G. Leroux, Roul. tsar, 1912, p. 58).
INFORMATIQUE
Chacune des perforations faites dans des cartes, des bandes, dont l'ensemble correspond à des signes (chiffres, lettres) que transcrivent automatiquement les machines. Il fit des expériences de tri et de décompte en utilisant des trous perforés dans des cartes avec des systèmes électriques pour détecter les trous et les compter (Berkeley, Cerveaux géants, 1957, p. 48).
Trous d'entraînement. Chacune des perforations faites en série sur le(s) côté(s) du papier d'une imprimante. Ces cartes comportent une ligne de trous d'entraînement, parallèle aux bords les plus longs (Jolley, Trait. inform., 1968, p. 181).
3. Déchirure, perforation faite dans le corps au moyen d'un objet acéré ou d'une arme à feu. Trou affreux, béant, sanglant; trou (fait) dans la chair, le corps, le crâne, la cuisse, l'estomac, la figure, la peau, la poitrine, la tête, le ventre; trou à la joue, aux entrailles; trou de lance, d'épée, de balle. Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit (Rimbaud, Poés., 1871, p. 76):
6. Il rabattit le col de sa chemise et regarda la plaie dans un méchant miroir de quinze sous accroché au mur. Cette plaie faisait un trou rouge, large comme une pièce de deux sous; la peau avait été arrachée, la chair se montrait, rosâtre, avec des taches noires... Zola, Th. Raquin, 1867, p. 81.
4. Loc. fig., vieilli. Faire trou. Faire son chemin, pénétrer, marquer profondément (une personne, l'esprit de quelqu'un). Il a dit de ces petits mots perfides et malveillants qui vont leur chemin et font trou à petit bruit dans l'esprit des gens (Sainte-Beuve, Corresp., t. 2, 1837, p. 310).Ce barbarisme [décadisme] est une merveilleuse enseigne; (...) il sonne littéraire sans pédanterie, (...) enfin fait balle et fera trou, je vous le dis encore une fois (Verlaine, Œuvres compl., t. 5, Hommes d'auj. (Anatole Baju), 1885-93, p. 381).
D. − P. anal. Impression de trouée, de percée donnée, par effet d'optique, par le contraste d'un objet lumineux se détachant sur un fond sombre ou inversement. Trou lumineux, de lumière, d'or, d'azur. Sous une brise légère ondulent les cinéraires, qui font des trous violet-bleu et magenta dans un gazon si neuf qu'il est encore tout bâti de fil blanc (Morand, Rococo, 1933, p. 42).Le ciel, percé de petits trous par les étoiles, était devenu d'un noir luisant de papier-carbone (H. Bazin, Tête contre murs, 1949, p. 307).
PEINT. ,,Touches trop noires, trop vigoureuses, qui, placées sur un ton clair, détruisent le modelé et donnent la sensation d'un vide, d'une ouverture, d'un trou dans la toile`` (Adeline, Lex. termes art, 1884). Dans presque tous les peintres qui ne sont pas coloristes, on remarque toujours des vides, c'est-à-dire de grands trous produits par des tons qui ne sont pas de niveau, pour ainsi dire (Baudel., Salon, 1846, p. 126).
III. − P. anal. ou au fig. Solution de continuité, rupture, vide, lacune, défaut.
A. − Élément manquant dans un ensemble, rupture d'une continuité.
1. Espace, vide laissé entre des personnes disposées en continu. Il faudrait cent millions de soldats pour dresser une muraille continue. Donc entre les troupes, il est des trous (Saint-Exup., Pilote guerre, 1942, p. 307).
Boucher un trou. V. boucher1I A 2 et bouche-trou.
SPORTS. Faire le trou
CYCL. Creuser un écart entre soi-même et le reste du peloton. Nous avons commencé à rouler à fond (à fond de train), pour faire le trou (acquérir une avance appréciable (...)) (Comment parlent les sportifsds Vie Lang.1952, p. 176).
FOOTB. Laisser passer le ballon entre deux adversaires (d'apr. Carabelli, [Lang. sportif], s.d.).
2. Vide, lacune dans une composition artistique ou littéraire.
a) BEAUX-ARTS. Espace non occupé dans un tableau. (Ds Adeline, Lex. termes art, 1884).
b) ENSEIGN. (pédag. des lang.). Exercice à trous. Exercice consistant à compléter une phrase par un mot (ou une forme) laissé en blanc. On tend maintenant à aménager, à régulariser la cacographie pour en faire un exercice à trous en invitant l'élève à compléter les finales des mots (A. Chervel, Et il fallut apprendre à lire à tous les petits Français, 1977, p. 145).
c) LITT., ART DRAM. Lacune, faiblesse dans un texte, une pièce de théâtre. On a dû depuis diminuer l'acte de moitié (...) mais on n'a pu empêcher qu'il y ait là un trou, un manque au milieu du drame (A. Daudet, Crit. dram., 1897, p. 91).
Loc. fig. Faire tache et trou. Rompre une harmonie, se détacher dans un ensemble cohérent. Jef Last estime que le récit de Ménalque fait tache et trou dans mes Nourritures (Gide, Journal, 1935, p. 1222).
d) MUS. Solution de continuité dans la voix, dans l'émission des sons d'un instrument. Il faut que (...) les rythmes soient bien combinés et qu'il n'y ait pas à ce sujet de trous dans la sonorité (Koechlin, Écrit. fugue, 1933, p. 270).
3. Somme d'argent soustraite à un montant global dans une bourse, un budget, une comptabilité. Faire, creuser un trou dans le budget; les trous d'une dette; faire un trou dans la caisse, la comptabilité. Désirée pensait avec terreur au trou immense que ce repas improvisé allait creuser dans les pauvres ressources de la semaine (A. Daudet, Fromont jeune, 1874, p. 180).N'oublie pas que ton opération manquée contre Schoudler (...) a fait un trou sérieux dans ton capital (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 160).
Boucher un trou, les trous. Combler un déficit. V. boucher1I A 2 b.
Loc. fig. Faire un/des trou(s) à la lune. V. ce mot D 1 f.
4. Moment d'interruption dans une action, une conversation
a) Moment de silence intervenant au cours d'une discussion, d'un bruit continu. [Elle] fit de son mieux pour boucher les nombreux trous de la conversation languissante (Gyp, Passionn., 1891, p. 240).Et brusquement vint le premier silence, puis une petite toux de Ferrague (...) et de nouveau un trou de silence (Genevoix, Marcheloup, 1934, p. 175).
b) Trou normand. Pause au cours d'un repas permettant d'absorber une petite quantité d'alcool (généralement du calvados) pour faciliter la digestion. Entre chaque plat on faisait un trou, le trou normand, avec un verre d'eau-de-vie qui jetait du feu dans les corps et de la folie dans les têtes (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Farce norm., 1883, p. 65).
c) Temps libre entre deux périodes d'occupation. Synon. avoir un créneau (v. ce mot II B 2 a).Avoir un trou dans son emploi du temps. Moi, dit Rodrigue, j'ai un « trou » entre trois heures et demie et cinq heures; pourquoi n'irions-nous pas ensemble au one two two? (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 111).
5. Lacune, manque d'une ou plusieurs choses dans une série, une collection. J'ai acheté (...) vingt années de la Gazette des Beaux-Arts qui étaient justement le trou de ma collection (Toulet, Corresp. avec un ami, 1920, p. 45).
6. Solution de continuité dans un courant de pensée, marquée par l'absence d'hommes représentatifs de ce courant. L'existence d'un trou béant entre Plotin et Descartes se trouve par là même justifiée. (...) le vide n'est dans l'histoire que parce qu'il est dans les choses et l'histoire elle-même n'a rien à se reprocher (Gilson, Espr. philos. médiév., 1931, p. 203).
7. PHYS. [Dans les semi-conducteurs] ,,Place laissée vacante, dans un édifice atomique, par le départ d'un électron`` (Laitier 1969). Trou positif; électron-trou. Les trous peuvent se déplacer dans le solide, sans qu'il y ait mouvement de l'ion: un autre électron de la bande de valence vient occuper la place libre, en laissant un autre trou ailleurs (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 304).
B. − Domaine abstr.
1. Défaillance momentanée de la mémoire concernant un fait précis à se remémorer. Synon. vide, faille2.Avoir un trou de mémoire, dans la mémoire; avoir la mémoire pleine(/criblée) de trous. Il avait devant lui le même « trou » que le comédien qui ne se souvient plus de son rôle (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 535).Eh! chère madame! qui n'a pas de trous dans la mémoire? Tenez, moi j'inscris tout sur mon carnet. Sans cela je ne me souviendrais de rien (Chardonne, Varais, 1929, p. 226).
2. Oubli, omission, lacune dans un écrit, une œuvre. Synon. manque, faille2.La biographie de Rabelais (...) est pleine de trous que je n'essayerai pas de boucher par quelque ravaudage (A. France, Rabelais, 1909, p. 129).
Péj. Insuffisance, faiblesse d'un écrit, de l'inspiration ou de la pensée de son auteur. Il y a pour les temps qui vont suivre, pour les siècles d'art de tout le monde, un terrible trou dans l'œuvre de Zola et de Daudet, c'est la complète absence du sentiment de l'art, grand ou petit, plastique ou industriel (Goncourt, Journal, 1881, p. 102).Stendhal (...) n'est pas un logicien de la composition ni du style. C'est là le trou chez lui, le défaut qui le rapetisse (Zola, Romanc. natur., Stendhal, 1881, p. 100).Insuffisance, lacune dans un texte officiel. Les lois présentement sont exténuées, ou pleines de trous, et les magistrats sont pourris (L. Daudet, Sylla, 1922, p. 179).
3. Insuffisance dans le savoir, la connaissance, l'intelligence. Synon. lacune, manque, faiblesse.Dans cette intelligence si vaste de Sainte-Beuve, il y avait une lacune, un trou énorme (Zola, Doc. littér., Sainte-Beuve, 1881, p. 230).Il a des trous de pensée, des moments où ça tourne à vide dans sa tête? C'est que son jugement n'a plus la précipitation de la jeunesse (Sartre, Nausée, 1938, p. 95).
PHILOS. V. amathie2ex.
REM.
Trou-trou, subst. masc.,brod., cout., tricot. Suite de petits jours sur une pièce de lingerie ou un tricot par lesquels on fait passer un ruban, un cordon. Elle apparut à peine vêtue d'un corset d'où émergeait la fine chemise à trou-trou nouée d'un ruban bleu (Aymé, Jument, 1933, p. 260).En appos. avec valeur d'adj. Rêvons à la douceur d'autrefois, à l'époque où les doigts de fée de nos grands-mères faisaient des chefs-d'œuvre vestimentaires en maille dentelle et maille trou-trou (Le Point, 19 sept. 1977, p. 43, col. 1).
Prononc. et Orth.: [tʀu]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1176-81 tro « ouverture au travers d'un corps ou qui y pénètre à une certaine profondeur » tex tros i font (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5578); ca 1274 trou de tarere (Adenet le Roi, Berte, éd. A. Henry, 2255); en partic. a) ca 1220 un trou d'aguille trespasser (Gui de Cambrai, Barlaam et Josaphat, 3303 ds T.-L.); ca 1225 treu d'aguille (Gautier de Coinci, Mir. Vierge, éd. V.-Fr. Koenig, II Dout. 34); b) 1547 le trou de l'huys (M. de Navarre, Nativité, 750 ds IGLF M.-A.); 1732 le trou de la serrure (Lesage, Aventures du chevalier de Beau chesne, p. 282); c) α) 1558 le trou au chat « chatière » (B. Des Periers, Nouvelles Récréations et joyeux devis, éd. Kr. Kasprzyk, 68, p. 251); 1890 trou du chat « id. » (Havard); β) 1831 trou du chat mar. (Will.); d) 1800 trou du souffleur (C. G..., D. T... et Bonnin, Deux et deux font quatre, p. 23 [Huguelet] ds Quem. DDL t. 21); 2. a) ca 1225 « déchirure accidentelle de la peau et des tissus, plaie béante et profonde » plainne de treuz et de plaies (Gautier de Coinci, op. cit., II Mir. 25, 55); xiiies. [ms.] trous (La Chevalerie Vivien, éd. A. L. Terracher, 1668); b) ca 1279 tro « solution de continuité produite involontairement (du fait de l'usure, d'une brûlure, etc) » (Adenet le Roi, op. cit., 830); 3. a) 1314 anat. trou du cul (Henri de Mondeville, Chirurgie, 517 ds T.-L.: Anus est le trou du cul); 1867 arg. trou du cul « imbécile » (Delvau, p. 487); b) 1861 arg. trou de balle « anus » (Larch., p. 260); c) 1922 anat. les trous de son nez (Duhamel, Notaire Havre, p. 76); 1839 le trou des naseaux (Toepffer, Nouv. genev., p. 474); 4. a) 1862 « percée » faire un trou dans l'ennemi (Hugo, Misér., t. 1, p. 376); d'où 1905 sports « défaut de la défense qui livre un passage à l'adversaire » un trou dans la défense (L'Auto, 6 nov. ds Petiot 1982); b) 1936 id. faire le trou « (d'un coureur) s'échapper du peloton et creuser rapidement l'écart entre soi et ses poursuivants » (ibid., 4 déc., ibid.). B. 1. Déb. xiiies. trau « cavité naturelle ou creusée servant d'abri à l'homme ou à l'animal » ici proverbe (Ignaure, éd. R. Lejeune, 373: Soris ki n'a c'un trau poi dure); 1532 trou de taulpe (Rabelais, Pantagruel, IX bis, éd. V.-L. Saulnier, p. 68, ligne 348); d'où 1833 fig. faire son trou « se faire une situation tranquille et aisée » (Balzac, Méd. camp., p. 92); 2. ca 1210 « cavité creusée dans un corps ou une surface » (Dolopathos, 191 ds T.-L.); d'où expr. a) 1640 avoir un trou sous le nez « être gourmand » (Oudin Ital.-Fr.); 1844 « boire énormément, être grand buveur » (Catéchisme poissard ds Larch. 1872, p. 230); b) 1651 boire en trou « id. » (Scarron, Virgile, VI, 253b ds Richardson, p. 271); 1650-86 boire comme un trou (Chapelle et Bachaumont, Œuvres, publ. par Lefebvre de Saint-Marc, La Haye-Paris, 1755, p. 191); c) 1880 trou d'eau (Zola, Nana, p. 1235); d) 1914 trou d'air (Lar. mens., août, III, p. 498a ds Quem. DDL t. 16); 3. a) 1592 « demeure dont on veut indiquer la petitesse, l'étroitesse » des petits trous et chambrettes (Du bonheur de la Cour et vraye félicité de l'homme, p. 22 ds Havard); b) 1680 « petite ville » (Rich.); 4. 1725 « prison » (Grandval, Le Vice puni, chant XII, Paris, Pierre Prault, 1726, p. 96: Tu me laisses pourrir dans cet infâme trou); 1849 « id. » (Jargon de l'arg. réformé ds Sain. Sources Arg. t. 1, p. 217); 5. 1831 « fosse creusée pour enterrer un mort » le trou des pauvres (Balzac, Peau chagr., p. 111) [1783 un trou à mettre les morts (Marivaux, Arlequin poli par amour, p. 70)]; 6. 1895 golf (Le Vélo, 5 nov. ds Petiot 1982: l'ensemble des trous ou holes). C. 1. 1640 « dette, perte d'argent, déficit financier » desboucher un Trou pour en boucher un autre (Oudin Ital.-Fr.); 2. a) 1757 peint. « parties sombres d'un tableau » faire trou (Pernety, Dict. portatif de peint., p. 545); b) 1767 id. « vide laissé mal à propos dans une composition » (Diderot, Le Salon de 1767 ds Œuvres, éd. J. A. Naigeon, t. 14, p. 128); 3. a) 1862 « lacune préjudiciable, manque » (Hugo, Misér., t. 2, p. 620: il y avait dans sa mémoire un trou); 1936 des trous de mémoire (Montherl., Pitié femmes, p. 1206); b) 1871 « élément qui manque dans un ensemble » cet énorme trou dans notre correspondance (Flaub., Corresp., p. 230); 4. 1872 « (dans une œuvre théâtrale...) moment où l'intérêt fléchit » (Littré); 5. 1973 astron. trou noir (Astron. [1868, Verne, Enf. cap. Grant, t. 1, p. 237: Ce « trou noir » où semble manquer absolument la matière stellaire]). D'un lat. pop. *traucum « trou » att. dans la Lex Ripuaria (viiies.) sous la forme traugum; mots qui appartiennent au gallo-rom. et cat. (cf. a. prov. trauc « trou, ouverture », fin xiie-déb. xiiies., Lemoine de Montaudon, Autra vetz ds Rayn.; traucar « trouer » 1194 traucar escutz « percer les boucliers », Bertran de Born, Œuvres, éd. G. Gouiran, 36, 22; cat. trauc « trou, boutonnière » ds Alc.-Moll.); prob. d'orig. gaul. Mais les autres lang. celt. n'offrent pas de forme analogue et l'on peut supposer que les Gaulois ont reçu ce mot d'une lang. parlée en Gaule avant leur arrivée. Dans l'Est et le Sud-Est, le type pertuis (v. percer) est plus largement utilisé, v. FEW t. 13, 2, p. 232a. Fréq. abs. littér.: 4 711. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4 908, b) 9 319; xxes.: a) 8 389, b) 5 807. Bbg. Bäcker 1975, pp. 305-306. − Quem. DDL t. 27 (s.v. avant-trou), t. 28.

Trou : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

trou \tʁu\ masculin

  1. Ouverture au travers d’un corps ou qui y pénètre à une certaine profondeur.
    • Sa spécialité consistait à scier les dés et à les piper. Il m'expliqua l'opération, car achetant lui-même l'ivoire, il le débitait en petits cubes dont il forait certains côtés pour les bourrer de plomb, en ayant soin de reboucher ensuite les trous à l'aide d'un mélange de poudre d'os et de sécotine. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Les trous seront effectués à la tarière hélicoïdale ou à la barre à mine avec comme objectif d'enfoncer la tige à 1 mètre de profondeur. — (Vincent Thècle, Peupliers : comment réussir les nouvelles plantations., dans La France agricole, n° 3361 du 26 novembre 2010)
    • Faire un trou dans une muraille.
    • Il y a un trou à vos bas, à votre manteau.
    • Regarder par le trou de la serrure.
    • Les trous d’une flûte ; le trou d’une aiguille.
    • (Mécanique) Un trou borgne est une perforation qui ne traverse pas en entier.
  2. (Jeux) (Au trictrac) Avantage de douze points, que celui qui les gagne marque par un fichet qu’il met dans un trou.
    • Il faut douze trous pour gagner une partie. — Je marque un trou.
  3. (Golf) Cavité où il faut introduire la balle.
    • Un golf de dix-huit trous.
  4. (Par extension) Parcours pour atteindre un trou.
  5. (Figuré) Lacune, manque, vide.
    • Il y a un trou de vingt briques dans mon budget.
    • Car il y avait maintenant comme un trou de silence, quinze jours pendant lesquels Ferdinand n'avait été relié à aucun des siens. — (Georges Simenon, Le Blanc à lunettes, ch. VIII, Gallimard, 1937)
    • Alors en cas de panne de réveil d’un bénévole ou de trou dans le planning, c’est lui que l’on appelle à la rescousse pour assurer le fonctionnement du dépôt de pain. — (Camille Bordenet, Solène Cordier et Solène Lhénoret, Les maires des petites communes, Don Quichotte fatigués, Le Monde. Mis en ligne le 27 septembre 2018)
  6. (Familier) Lieu dont on veut indiquer la petitesse d’une manière exagérée.
    • Pas plus tard qu’hier, tout le monde se serait précipité pour voir un ballon partir, et maintenant il n’y a pas un trou à la campagne qui n’ait son départ de ballon tous les dimanches… — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 6 de l’éd. de 1921)
    • Je m'intéressais à l'officier de ligne venu, Dieu sait d'où, s'ennuyer dans un trou de province, […]. — (Nicolas Gogol, Les Âmes mortes -1842 ; traduction de Henri Mongault, 1949)
    • En dépit de son armée de fonctionnaires, Siuwensin était un trou, profondément plongé dans sa léthargie rurale. — (Ursula Le Guin, La Main gauche de la nuit, 1969 ; trad. de Jean Bailhache, 1971)
  7. (Argot) (Justice) Cachot où sont détenus les prisonniers punis d'infractions aux règles.
    • — Putain de ma race, j'aurais mieux fait d'aller au trou. Là-bas, au moins, on te choufe que trois fois par jour, alors qu'ici, chiennerie, j’peux même pas me taper un petit gars à la bataille... — (Dmitri Bortnikov, Le Syndrome de Fritz, traduit du russe par Julie Bouvard, Lausanne & Paris : Les Éditions Noir sur Blanc, 2010)
    1. Plus généralement, tout lieu d'incarcération.
      • Avec le père au trou et la mère aux abonnés absents, au sein de groupuscules extrémistes, les frérots avaient cru reconstituer une famille. — (Luc Baranger, Maria chape de haine, ch. 3, Baleine, 2010)
  8. (Argot) (Langage des toxicomanes) Injection intraveineuse pratiquée par les héroïnomanes.
    • Il se dandina sur ses santiags jusqu'à la porte des toilettes. « Il va se faire un trou » se dit-elle. — (Bruno Guiblet, Le Muscle de l'amour, Éditions Robert Laffont, 2003, p. 90)
  9. (Familier) (Argot militaire) Prison dans une enceinte militaire (synonyme de gnouf).
  10. (Physique) (Électronique) Particule fictive ou quasi-particule à charge positive représentant l'absence d'un électron dans la bande de valence.
  11. (Cartes à jouer) (Whist à la couleur) Contrat possible si un joueur reçoit trois as.
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Trou : définition du Littré (1872-1877)

TROU (trou) s. m.
  • 1Ouverture en creux faite dans un corps, à peu près aussi longue que large : ce qui la distingue de la fente, qui est plus longue que large. Boucher un trou. Cet enfant en tombant s'est fait un trou à la tête, à la jambe. Il y avait trois ans depuis qu'il [Lauzun] travaillait à faire un trou [au mur de sa prison], et qu'il avait fait une corde avec du linge la mieux faite du monde…, Mém. de Mademoiselle, t. IV, p. 379. Ce pauvre Lauzun ne vous fait-il pas grand'pitié de n'avoir plus à faire son trou ? Sévigné, 8 mars 1676. Si l'on fait un petit trou à une carte, qu'on l'expose au soleil ou au grand jour, et qu'on mette dessous un verre sur lequel tombe le rayon intercepté, on verra deux petits cercles éclairés…, Malebranche, Rech. vér. Éclairc. sur la lum. t. IV, p. 389, dans POUGENS. Il [Maupertuis] propose de faire un grand trou qui pénètre jusqu'au noyau de la terre, Voltaire, Mél. litt. à M. Koenig. M. de Stralemberg a dit qu'il en avait trouvé [des jaseurs] en Tartarie dans des trous de rochers, Buffon, Ois. t. VI, p. 149. La vanité de mépriser la mort engage les autres à calomnier la vie, à peu près comme ces femmes qui, avec une robe tachée et des ciseaux, prétendent aimer mieux des trous que des taches, Rousseau, Lett. à M. de Voltaire, Corresp. t. III, p. 224, dans POUGENS. Ses intentions n'échappèrent point à Socrate, qui lui dit un jour : Antisthène, j'aperçois votre vanité à travers les trous de votre manteau, Barthélemy, Anach. ch. 7.

    Fig. Aujourd'hui… la terre a repris sa couleur, et le soleil, ressortant de son trou, fera que je reprendrai aussi le cours de mes promenades, Sévigné, 28 déc. 1689.

    Fig. Il n'a jamais rien vu que par le trou d'une bouteille, se dit d'un ignorant qui n'a pas vu le monde.

    On dit dans un sens analogue : ne voir que par un trou. Je ne sais rien, je ne vois le monde que par un trou, de fort loin et avec de très mauvaises lunettes, Voltaire, Lett. d'Argental, 14 mai 1764.

    Fig. Mettre la pièce à côté du trou, employer, pour remédier à un mal, un autre moyen qu'il ne faudrait.

    Fig. Boucher un trou, payer une dette. Vos affaires, avec votre permission, étaient délabrées, et mon argent a servi à reboucher d'assez bons trous, Molière, G. Dand. I, 4. Monsieur votre père, de son côté, ne travaille-t-il pas à reboucher tous ces trous-là ? Regnard, Ret. impr. 4.

    Déboucher un trou pour en boucher un autre, faire une dette nouvelle pour en payer une vieille.

    Le trou de la porte, le pertuis de la serrure qui reçoit la clef. J'ai été tantôt chez Mignard… il peignait Mme de Fontevrault, que j'ai regardée par le trou de la porte, Sévigné, 6 sept. 1675.

  • 2 Fig. Il a fait un trou à la lune, ou, anciennement, à la nuit, il s'est dérobé furtivement, et, en mauvaise part, il a emporté l'argent, il a fait banqueroute, il s'est enfui sans payer ses créanciers. Elle a emprunté plus de sept cent mille livres à plusieurs particuliers, et, après, elle a fait un trou à la nuit, Patin, Lett. t. III, p. 252, dans POUGENS. Ce qui les faisait s'imaginer que c'était un gros marchand qui avait fait un trou à la nuit, comme ils étaient presque tous de ceux que l'on dit par raillerie, qui mangent la lune auparavant le quartier, César Oudin, l'Apothicaire empoisonné, p. 286, Paris, 1670. Ce sont des vagabonds qui ne vont de çà et de là que pour apporter du scandale, et, quand on les pense tenir, ils ne manquent jamais de faire un trou à la nuit, le Chev. de Méré, dans STE-BEUVE, Rev. des Deux-Mond. 1848, t. XVIII, p. 24. Je me délibérai de faire un coup de ma main qui me payât de mes gages, et de faire un trou à la nuit, comme dit le proverbe, Francion, liv. II, p. 65. Un beau soir, il fit un trou à la lune, et prit congé de tout le monde, sans dire adieu à personne, Champmeslé, la Rue St-Denis, sc. 4. Monsieur laissait faire son fils en jeune homme qui, avec d'autres jeunes têtes, se proposait de faire un trou à la lune, tantôt pour l'Espagne et tantôt pour l'Angleterre, Saint-Simon, 91, 203. Entre emporter le chat et faire un trou à la lune, les savants pourront trouver quelque différence ; ils diront qu'emporter le chat signifie simplement partir sans dire adieu, et faire un trou à la lune veut dire s'enfuir de nuit pour une mauvaise affaire ; un ami qui part le matin de la maison de campagne de son ami, a emporté le chat ; un banqueroutier qui s'est enfui a fait un trou à la lune ; l'étymologie est toute naturelle pour un homme qui s'est évadé de nuit, Voltaire, Lett. Delisle, 15 déc. 1773.

    Cette locution paraît venir de l'idée que celui qui s'enfuit ainsi se dérobe pendant l'obscurité ; et alors on dit plaisamment qu'il a fait, pour s'enfuir, un trou à la nuit ou à la lune qui est l'astre de la nuit. D'Aubigné, Hist. II, 291, a dit percer la nuit, pour cheminer pendant la nuit. Voltaire, en voulant distinguer emporter le chat et faire un trou à la lune, a trop restreint le sens de cette dernière locution ; la différence est que la première signifie partir sans dire adieu, et la seconde, se dérober furtivement. On a dit aussi faire un pertuis dans l'eau, voy. EAU, à l'historique.

  • 3Trou du souffleur, petit réduit placé sur le devant du théâtre, où est placé le souffleur
  • 4Dans certaines machines, dans certains appareils, un trou d'homme, un trou capable de laisser un homme s'introduire pour le service de la machine, de l'appareil.
  • 5 Terme de marine, trou du chat, trou carré pratiqué au milieu d'une hune ; il sert de passage à la tête du mât, aux haubans, aux étais, et aussi aux hommes qui montent dans la hune.

    Trous d'écoutes, ouvertures pour le passage des écoutes.

    Trou de la clef, ouverture pour recevoir la clef d'un mât.

  • 6 Terme d'anatomie. Trou de Botal, ouverture existant, chez le fœtus, dans la cloison médiane des oreillettes ; elle se ferme aussitôt après la naissance.

    Trou déchiré, nom donné à l'hiatus l'entre l'os occipital, le sphénoïde et le temporal.

    Trou ovale, le trou sous-pubien de l'os iliaque.

  • 7Cavité plus ou moins profonde dans la terre. Vous souvient-il, monsieur, quand ma maudite mule Me jeta par malice en ce trou si profond ? Regnard, Fol. amour. I, 7. Le trou Saint-Patrice est très fameux en Irlande ; c'est par là que ces messieurs disent qu'on descend en enfer, Voltaire, Facéties, Quest. mir. 7.

    Fig. Boire comme un trou, boire excessivement. Quiconque rime ainsi sans peine Après avoir bu comme un trou, Œuv. de Chapelle et de Bachaumont, p. 191. J'y veux tout mettre par écuelles, Y dire des chansons nouvelles, Y boire en trou, manger en loup, Scarron, Virg. VII.

    Fig. et populairement, faire un trou, boire ou manger quelque chose qui réveille l'appétit, quand on a déjà mangé.

    Cavité faite dans la terre pour planter des arbres. Il y a longtemps qu'on a reconnu la grande utilité de faire à l'avance les trous d'arbres larges et profonds, Genlis, Maison rust. t. II, p. 469, dans POUGENS.

    Enfoncement pratiqué dans la cour d'une ferme, pour y déposer le fumier.

    Terme de construction. Être sur le trou, se dit de la pierre qui est encore près du puits de carrière d'où on l'a tirée.

  • 8 Terme de fortification. Trou de loup, défense accessoire pratiquée en avant des ouvrages de fortification passagère ; c'est un trou creusé en terre, au fond duquel un petit piquet est planté verticalement.
  • 9 Terme de marine. Petit enfoncement que l'on voit le long d'une côte.

    Inégalité en creux sur le fond de la mer.

  • 10Retraite des petits animaux. Trou, ni fente, ni crevasse Ne fut large assez pour eux [les rats empanachés], Au lieu que la populace Entrait dans le moindre creux, La Fontaine, Fabl. IV, 6.

    Souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise, il faut avoir dans les affaires plusieurs moyens, plusieurs ressources.

    Fig. Il le ferait mettre dans un trou, dans un trou de souris, se dit d'un homme qui en fait trembler un autre par sa présence.

    Il se fourrerait dans un trou, se dit d'un poltron qui a peur.

  • 11 Fig. Il se dit d'une demeure, ville ou logis, dont on veut indiquer la petitesse, l'étroitesse d'une manière exagérée. Ah ! ma chère enfant, promenez-vous… ne demeurez point toujours… dans ce trou de cabinet, Sévigné, 14 fév. 1689. On est assez porté à croire qu'un trou à Paris vaut mieux qu'un palais ailleurs ; pour moi je n'aime ni les trous, ni les palais ; mais je suis très content d'une maison riante et commode, Voltaire, Lett. Formont, 13 juin 1756. Vous m'écrivez, mon cher et grand philosophe, de votre lit où vous voyez dix lieues de lac, et moi je vous réponds de mon trou où je vois le ciel long de trois aunes, D'Alembert, Lett. à Volt. 8 fév. 1757. Un horrible trou de maison dans un cul-de-sac obscur, Letourneur, Trad. Ci. Harl. t. VII, p. 508. Comme c'est d'ailleurs ici un trou où l'on ne sait rien, je ne peux vous mander aucune nouvelle, Papiers saisis à Bareuth, p. 285. Qu'un peu d'argent pleuve en mon trou, Vite il s'en va, Dieu sait par où, Béranger, Refus.

    Familièrement, il a fait son trou, il s'est créé une position qui le satisfait, qui lui assure certains avantages.

  • 12 Terme du jeu de trictrac. Avantage de douze points, marqué par un fichet qui se met dans un trou. Une école maudite Me coûte, en un moment, douze trous tout de suite, Regnard, le Joueur, I, 4.

    Fig. Il a fait en deux coups six trous, se dit d'un homme qui va vite en besogne.

  • 13Dans les jeux de paume carrés, ouverture qui est au pied de la muraille, dans le coin opposé à la grille.
  • 14Les trous de la petite vérole, les cicatrices qu'elle laisse dans la peau. Une pommade du Pérou qui… recrépit les trous de la petite vérole, Dancourt, L'opérateur Barry, Prol. sc. 4.
  • 15 Terme de peinture. Se dit des endroits d'un tableau où les objets mal groupés laissent voir çà et là le fond. Un art où le moindre intervalle mal ménagé fait un trou, où une figure trop éloignée ou trop rapprochée de deux autres alourdit ou rompt une masse, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, P. 128, dans POUGENS.

    Se dit aussi des parties du premier plan, qui, étant du même ton que les plans reculés, s'enfoncent tout à coup à l'égal de ceux-ci.

    Se dit enfin des masses trop brunes qui tirent sur le noir, et qui sont distribuées mal à propos sur le devant du tableau (Pernety 1757). Cette masse est trop brune, elle fait trou.

  • 16En argot du théâtre, une pièce pleine de trous, une pièce où le caractère du principal personnage est plein d'incohérence.

PROVERBES

Autant de trous, autant de chevilles ; autant de chevilles que de trous, se dit d'une personne qui trouve à tout des excuses, des réponses, des défaites, des expédients.

À petit trou, petite cheville.

HISTORIQUE

XIIe s. Enz en la presse fu Viviens toz sous [seul] ; De ses granz plaies fet estoper les trous, Li covenanz Vivien, v. 1630.

XIIIe s. Que par mi son souller [elle] ot en son pié un tro, Berte, XXXII. En un trou de tariere [ils] lui boutent erramment Les deux pols [pouces], ib. XCV. Et avoit un trau el comble deseure, par quoi il reprendoit s'alaine, Chr. de Rains, p. 95. Soris qui n'a qu'un trau poi dure, Lai d'Ignaurès. De l'or saint Abraam li fu fais un cerchaus, Si le mist en son chief li bons rois des ribaus, Car en Jerusalem fist-il les premiers traus, Et premiers i monta, Ch. d'Ant. IV, 85. Tout le vis a couvert de bloustres, De granz boces et de granz cleus, Et si a tant plaies et treus…, Gautier de Coincy, p. 348.

XIVe s. [Une nonne prisonnière] Par un trau [de la muraille] a veüe l'une De ses compaingnesses passer, Jean de Condé, t. II, p. 273.

XVe s. Deslyer nous faut ce neu, Et desployer faiz et dis, Tant qu'aviengne mieux ou pis ; Passer convient par ce treu, Orléans, Rond.

XVIe s. Je y ay esté jusques on trou de Gilbathar, et remply les bondes de Hercules, Rabelais, Pant. II, 30. Le premier trou [jour] de l'an, Rabelais, ib. II, 11. En lui disant : maistre Berthaud, vous l'eussiez fait passer par le trou au chat, Despériers, Contes, LXX. Si l'offense estoit capitale, ils luy faisoient un trou en la nuict, afin qu'il evadast, Carloix, VI, 17. Aucun ne peut faire ou construire latrines, troux, ou chambres aisées en son heritage près l'heritage de son voisin, sinon qu'il y ait…, Coust. gén. t. II, p. 555. Le trou trop ouvert sous le nez fait porter souliers deschirez, Cotgrave

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Trou : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TROU, s. m. (Gram.) c’est en général toute ouverture pratiquée naturellement ou par art à quelque chose que ce soit.

Trou, (Architect.) nom général qu’on donne à toute cavité en pierre & en plâtre, creusée quarrément, dans laquelle on scelle des pattes, gonds, barreaux de fer, &c. & que les tailleurs de pierre & les maçons marchandent par nombre à chaque croisée, porte, vitrail, &c. Les trous se font en menuiserie avec des instrumens pointus, comme poinçons, forêts, vrilles, &c. En maçonnerie avec des tarieres, des pinces, des marteaux, des pics, &c. (D. J.)

Trou, en Anatomie, est un nom qui se donne à des cavités qui percent d’outre en outre ; on s’en sert aussi quelquefois pour exprimer l’orifice d’un canal. Voyez Canal.

Le trou de la membrane du tympan. C’est une fente qui se trouve à la membrane du tympan ou du tambour de l’oreille, qui permet à l’air, à la fumée, &c. de passer de dedans la bouche dans le tambour par la trompe d’Eustache. Voyez Oreille.

Cette fente est très-petite ; elle part obliquement de la partie supérieure de la membrane du tympan, proche l’apophyse du marteau. On prouve mieux l’existence de ce trou quand il y a quelque ulcere au palais & que le malade se bouche le nez & la bouche, & qu’il oblige ainsi l’air de se porter dans les oreilles & de sortir par la fente du tympan, que par aucun examen anatomique. Voyez Tympan.

Trou ovale ou trou botal, ou trou qui se trouve dans le cœur du fœtus, & qui se ferme après sa naissance. Voyez nos Planches anat. & leur explic. Voyez Fœtus. Il naît au-dessus de la veine coronaire, proche de l’oreillette droite, & passe directement dans l’oreillette gauche du cœur. Voyez Cœur.

Le trou ovale est une des choses particulieres au fœtus, & par où il differe de l’adulte ; il sert à la circulation du sang du fœtus jusqu’à ce qu’il puisse respirer & que les poumons soient dilatés. Voyez Respiration.

Leon Botal, d’Asti en Piémont, a le premier décrit exactement, en 1562, l’usage de ce trou. Lorsqu’il décrit la circulation du sang, il assure que le trou ovale est une des voies par où le sang, dans le fœtus, est porté du ventricule droit dans le ventricule gauche.

Les anatomistes modernes approuvent cette découverte, & regardent tous le trou ovale comme absolument nécessaire pour la circulation du sang dans le fœtus. Voyez Circulation.

À l’ouverture du trou il y a une espece de membrane flottante qui ressemble à une valvule, mais elle n’en fait point l’office, car elle ne peut point empêcher le sang de passer d’une oreillette dans l’autre. Suivant M. Winslow cette membrane ne sert qu’à fermer le trou lorsque le fœtus est né.

C’est un sentiment unanimement reçu, que le trou ovale peut quelquefois rester ouvert, même dans les adultes ; nous en avons beaucoup d’exemples rapportés par différens auteurs.

Le docteur Connor assure qu’il a trouvé un trou botal à demi-ouvert dans une fille âgée de quatre ou cinq ans, & il le trouva assez grand dans une fille qu’il ouvrit à Oxfort pour laisser passer une tente. Dissert. médic. & phys. de Stap. oss. coat.

L’exact M. Cowper ajoute, qu’il a souvent trouvé le trou botal ouvert dans les adultes. Anat. app. f. 3.

Des anatomistes de Paris observent, que le trou ovale reste toujours ouvert dans le veau marin, c’est pour cela qu’il peut rester pendant si long-tems sous l’eau.

Ceux qui ont été rappellés à la vie après avoir resté long-tems sous les eaux, ou après avoir été pendus, étoient peut-être dans ce cas. Voyez Noyé. mais M. Cheselden rejette sans hésiter toutes ces autorités, & il soutient que ni dans les animaux adultes, soit terrestres, soit amphibies, ce trou n’est jamais ouvert.

Il dit que quand il commença à disséquer qu’il pensoit comme les autres auteurs au sujet du trou botal, mais qu’il s’apperçut par la suite qu’il avoit pris l’orifice de la veine coronaire pour le trou ovale, & il pense que les autres auteurs qui assurent qu’il est toujours ouvert dans les amphibies, ont donné dans la même méprise que lui, parce qu’après nombre de recherches faites avec exactitude, il n’a jamais trouvé ce trou ouvert dans ces animaux. Voyez Amphibies.

Et il ne peut pas croire que l’ouverture de ce trou pût mettre ces animaux en état de vivre sous l’eau comme le fœtus vit dans la matrice, à-moins que le canal artériel ne fût aussi ouvert. Cheseld. Ap. phys. thesl. l. IV. c. vij.

On vient de voir que le trou ovale a une valvule, qui dans le fœtus laisse passer le sang d’une oreillette du cœur dans l’autre, & qu’après la naissance de l’enfant elle se colle peu-à-peu à la circonférence de ce trou, & ne permet plus cette communication qui étoit entre les deux oreilles ; cependant M. Hunauld a fait voir à l’académie le cœur d’un sujet de 50 ans, où cette valvule collée exactement comme elle devroit être, à la circonférence du trou ovale, étoit percée dans son milieu d’une ouverture d’environ trois lignes de diametre, & par conséquent donnoit au sang un passage d’une oreillette dans l’autre, aussi libre qu’avant la naissance, si elle avoit toujours été collée, & presque aussi libre, si elle ne l’avoit pas toujours été. L’ouverture de la valvule n’avoit été produite ni par un déchirement, ni par une suppuration, & cela se reconnoissoit facilement à son rebord. Il est nécessaire que le trou ovale soit ouvert dans le fœtus qui ne respire pas, mais il n’est peut-être pas également nécessaire qu’il soit fermé quand on respire. En 1740 M. Duhamel a lû à l’académie une seconde observation de M. Aubert, médecin de la marine à Brest, qui confirme exactement celle de M. Hunauld ; toute la différence est que le sujet de de M. Hunauld avoit cinquante ans, & celui de M. Aubert trente.

La valvule que nous avons dit se coller quelque tems après la naissance au bord du trou ovale, paroit une partie bien nécessaire à la circulation du sang dans le fœtus ; cependant M. Lieutaud dit l’avoir vû manquer entierement dans un fœtus de neuf mois. (D. J.)

Trous du crane, (Anatomie.) comme dans une grande ville il y a differentes portes, au moyen desquelles les habitans de la campagne communiquent avec ceux de la ville pour les besoins réciproques ; de même dans le crâne il se rencontre différens trous, au moyen desquels il entre, par divers canaux, la nourriture pour le cerveau, & il en sort par d’autres les esprits préparés dans cet organe, & qui sont nécessaires pour exécuter les mouvemens du corps ; Keill a fait l’énumération de tous ces trous, mais il importe encore plus de savoir qu’ils offrent, comme les autres parties du corps, des jeux & des variétés de la nature ; j’en citerai seulement deux ou trois exemples.

On rencontre quelquefois, contre l’ordinaire, un trou ou canal à la partie inférieure & antérieure des os pariétaux, par lequel passe une branche de la carotide externe, qui va distribuer ses rameaux à la dure-mere.

Les temporaux ont communément cinq trous extérieurs ; l’un d’eux est situé de chaque côté derriere l’apophyse mastoïde ; ce trou, quoique considérable, ne se rencontre dans quelque sujet que d’un côté, & d’autres fois point-du-tout.

L’occipital a d’ordinaire sept trous, au nombre desquels il y en a deux considérables qui répondent aux fosses jugulaires, & cependant ils ne se trouvent quelquefois que d’un côté ; M. Hunaud, Mém. de l’acad. 1730, a remarqué au sujet de ces deux trous, que celui du côté droit est ordinairement bien plus grand que celui du côté gauche ; & comme le diametre du sinus latéral droit est aussi d’ordinaire à proportion plus grand que celui du gauche, cet académicien en conclut que la saignée de la jugulaire du côté droit est différente par son effet de celle du côté gauche ; mais il falloit conclure seulement, qu’en ce cas le sang s’évacuoit plus promptement du côté droit dans le même tems donné. (D. J.)

Trous d’amures, (Marine.) voyez Amures.

Trous d’ecoutes, (Marine.) trous ronds percés en biais dans un bout de bois, en maniere de dalots, par où passent les grandes écoutes.

Trou, (Horlogerie.) outil à rapporter des trous : c’est un instrument représenté dans nos Planches de l’Horlogerie, dont les Horlogers se servent lorsqu’ils ont besoin de refaire un trou dans une platine (ou comme ils disent de le reboucher), dans le même endroit précisément où il étoit avant. Ce qu’il y a d’essentiel dans cette opération, c’est de déterminer deux points fixes sur la platine dont on connoisse la distance au centre du trou. Voici comment on les détermine avec cet outil. La piece mo mobile sur les deux pivots TT est continuellement poussée à-travers le trou V de m vers o, au moyen du ressort r qui appuie dessus en m, de façon que la pointe o de cette piece deborde toujours les autres PP ; ainsi faisant entrer cette pointe dans le trou que l’on veut reboucher, on abaisse ensuite les deux autres PP, & on les presse un peu contre la platine, au moyen de quoi elles marquent deux points ; le trou étant rebouché, on représente l’outil sur la platine en élevant la pointe o, de façon qu’il n’y ait que les deux autres qui portent dessus cette platine, & on les fait rentrer bien précisément dans les mêmes points ou petits trous qu’elles avoient marqués ci-devant ; cela étant sait, on lâche la pointe o dont l’extrémité fort aiguë marque un petit point dans le même endroit précisément où étoit le centre du trou avant de l’avoir bouché, puisque la distance entre ce centre & ces points a été prise d’une maniere invariable par ces trois pointes O & PP. Dans cet outil la pointe O communément n’est ni mobile, comme elle est ici, ni dans une même ligne ; elle est seulement un peu plus longue que les deux autres, & forme avec elles une espece de triangle. Cette disposition lui donne un grand défaut, parce que les trous que l’on rebouche, étant plus ou moins grands, la pointe oy entre plus ou moins avant ; d’où il arrive que le point que cet outil donne (en s’en servant de la même maniere approchant que du précédent), n’est point au centre du trou que l’on a bouché, mais dans l’arc du cercle décrit par la pointe O dans ces différentes situations ; pour peu qu’on y fasse attention, on en concevra la raison facilement, & pourquoi on a donné à cet outil la disposition représentée dans la figure ; cet instrument est en général fort utile en ce qu’il épargne beaucoup de peine à l’ouvrier.

Trou du tampon, les Fondeurs appellent ainsi le trou par lequel le métal sort du fourneau pour entrer dans l’écheno. Il est fait en forme de deux entonnoirs joints l’un contre l’autre par leurs bouts les plus étroits. On bouche celui qui est du côté du fourneau, avec un tampon de fer de la figure de l’ouverture qu’il doit remplir, & que l’on met par le dedans du fourneau avec de la terre qui en bouche les joints ; de sorte que le tampon étant en forme de cone, le métal ne peut le pousser dehors. Voyez Fonderie & les Planches de la fonderie des figures équestres.

Trou, (Jardinage.) est l’ouverture que l’on creuse pour planter les arbres proportionnément à leur force ; on les fait de six piés en quarré pour les plus grands arbres ; ordinairement ils ne sont que de trois ou quatre piés en quarré, & leur profondeur se regle suivant la qualité de la terre. Voyez Planter.

Trou, terme de jeu de Paume, c’est un petit trou d’environ un pié en quarre, pratiqué au-bas d’un des murs du bout d’un jeu de paume au niveau du pavé. Lorsqu’une balle entre dans le trou de volée ou du premier bond, le joueur qui l’a poussée, gagne quinze.

Trou-madame, s. f. (Jeux.) espece de jeu où l’on joue avec des petites boules ordinairement d’ivoire, qu’on tache de pousser dans des ouvertures en forme d’arcades marquées de différens chiffres. Jouer au trou-madame, c’est, dit Richelet, jouer à une sorte de jeu composé de treize portes & d’autant de galeries, auquel on joue avec treize petites boules. On appelle du même nom l’espece de machine ouverte en forme d’arcades, dans lesquelles on pousse les boules.

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Étymologie de « trou »

Étymologie de trou - Littré

Picard, treu ; prov. trauc ; anc. cat. troc ; du bas-lat. traugum, qui est dans la loi des Ripuaires, titre 43 : Si quis in clausura aliena traugum ad transeundum fecerit. L'origine de traugum est inconnue. On y peut pourtant conjecturer un radical qui est dans le germanique : allem. et suéd. trog, auge ; isl. thro ; angl. trug, et aussi trough, the trough of the sea, le creux entre deux lames.

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Étymologie de trou - Wiktionnaire

(Nom commun 1) Du latin populaire *traucum qui donne l’occitan et le catalan trauc, attesté sous la forme traugum (VIIIe siècle, Lois des Ripuaires) et en ancien français sous la forme tro (1175, Chrétien de Troyes : tex tros i font), le plus probablement d’origine pré-celtique dans la mesure où il est absent des autres langues celtiques (→ voir pertuis, percer).
(Nom commun 2) : Du latin thyrsus (« tige de plante »). 
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Phonétique du mot « trou »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
trou tru play_arrow

Citations contenant le mot « trou »

  • Disséminés dans l’océan, les “trous bleus” n’engloutissent pas toute forme de matière venue s’aventurer d’un peu trop près, comme leurs cousins les trous noirs avec lesquels ils n’ont rien à voir. Mais ils n’en restent pas moins intrigants et tout aussi intéressants à étudier. Sciencepost, Des chercheurs vont explorer l'un des "trous bleus" les plus profonds de la Terre
  • L’animal, une chienne d’un an et demi, avait disparu depuis mardi. Elle a été retrouvée samedi soir et secourue ce dimanche matin. La-R%C3%A9publique-des-Pyr%C3%A9n%C3%A9es, Soule : les pompiers sauvent un patou tombé dans un trou - La République des Pyrénées.fr
  • Jean-Marie Harribey, après avoir rappelé les impasses dans lesquelles se trouve le capitalisme, propose un ensemble d’orientations à adopter pour en sortir. , Echapper au trou noir - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
  • Après l'exploration du trou bleu de la Sériole en 2019, au large de la ville de Sarasota en Floride, c'est à de nouvelles profondeurs que vont s'attaquer des scientifiques américains. Au mois d'août 2020 et en mai 2021, c'est le trou de la "Banane verte" et ses 129 mètres de profondeur qui feront l'objet de ces recherches. RTL.fr, Floride : des scientifiques partent explorer un trou bleu de 129 mètres de profondeur
  • Les trous de ver permettraient de voyager dans le temps et dans l'espace entre les étoiles, toutefois, il ne s'agit pour le moment que de simples solutions mathématiques des équations d'Einstein. Mais, ils pourraient être bientôt détectés via les ondes gravitationnelles que peuvent observer Ligo et Virgo. Futura, Un trou de ver avalant un trou noir serait détectable par Ligo et Virgo
  • Si l'on savait où le loup passe, on irait l'attendre au trou. De Proverbe savoyard
  • Le temps passe par le trou de l'aiguille des heures. De Jules Renard
  • Si tu sens que tu plafonnes, perce un trou dans le plafond. De Gilles Goddard
  • Le golf donne aux ratés l'occasion de faire leur trou. De Albert Willemetz
  • Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. De Saint Luc / Evangiles
  • Qu'advient-il du trou lorsque le fromage a disparu ? De Bertolt Brecht
  • La passoire dit à l’aiguille qu’elle a un trou. De Proverbe bengali
  • Jamais la souris ne confie sa destinée à un seul trou. De Plaute
  • Se trouver dans un trou, au fond d'un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l'écriture vous sauvera. De Marguerite Duras / Ecrire
  • Un seul trou suffit pour faire une passoire. De Ylipe / Textes sans paroles
  • Le temps nous presse sans trêve vers le trou final. De Pierre Desproges / Vivons heureux en attendant la mort
  • La technologie est le trou du cul de la science. De Romain Gary / La tête coupable
  • Mieux vaut une pièce à son pantalon qu’un trou. De Proverbe alsacien
  • Le clou souffre autant que le trou. De Proverbe hollandais
  • Mieux vaut un raccommodage qu’un trou. De Proverbe amharique
  • Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse En t'en venant la vase et les pâles roseaux, Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux. Stéphane Mallarmé, Poésies, l'Azur

Images d'illustration du mot « trou »

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Traductions du mot « trou »

Langue Traduction
Corse burato
Basque zulo
Japonais
Russe отверстие
Portugais orifício
Arabe الفجوة
Chinois
Allemand loch
Italien buco
Espagnol agujero
Anglais hole
Source : Google Translate API

Synonymes de « trou »

Source : synonymes de trou sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « trou »



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