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Tourner

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Définitions du mot tourner

Trésor de la Langue Française informatisé

TOURNER, verbe

I. − Empl. trans.
A. − Travailler au tour.
1. Façonner, usiner au tour. Tourner le bois, l'ivoire, les métaux; tourner des pièces. Il m'a semblé doux de me retrouver chez moi, au milieu de mes livres et je continue, comme autrefois, à tourner des phrases. Cela est aussi innocent et aussi utile que de tourner des ronds de serviettes (Flaub., Corresp., 1871, p. 256).Maillecottin, qui avait poliment débrayé pour se tenir prêt à répondre, se remettait à tourner son obus (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 250).
Absol. Utiliser un tour. Monsieur de Watteville passait sa vie dans un riche atelier de tourneur, il tournait! (Balzac, A. Savarus, 1842, p. 4).Mon ami, vous devriez acheter un tour et apprendre à tourner (Labiche, Isménie, 1853, 9, p. 351).
− Dans le domaine de la cuis.Peler en donnant une forme arrondie et régulière. Tourner des pommes de terre, des navets, un citron. (Dict. xixeet xxes.).
2. Au fig. [Le compl. désigne des mots, un propos, un écrit] Arranger, présenter avec un certain style, disposer d'une manière adéquate au but recherché. Savoir tourner un compliment, les mots d'un billet, un vers; tourner une lettre dans le beau style. Vous ne connaissez pas la véritable éloquence. On tourne une grande période autour d'un beau petit mot, pas trop court ni trop long, et rond comme une toupie (Musset, Lorenzaccio, 1834, ii, 4, p. 147).Enfin elle se décide à tourner cette phrase, qui n'est rien d'autre qu'une requête (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 267).
B. −
1. Faire mouvoir quelque chose autour d'un axe; imprimer un mouvement de rotation à quelque chose. Tourner une manivelle, une meule; tourner la clef dans la serrure; tourner le commutateur; tourner une poignée (de porte, de fenêtre). Au moment de regagner son lit pour un sommeil trop court, le docteur tournait le bouton de son poste. Et des confins du monde, à travers des milliers de kilomètres des voix inconnues et fraternelles s'essayaient maladroitement à dire leur solidarité (Camus, Peste, 1947, p. 1329):
1. L'eau montait jusqu'au potager par l'effet d'une grinçante machine à godets que l'ancêtre Amédée Baudoin avait installée, jadis, à l'imitation des norias orientales. Deux fois par jour, en été, les enfants tournaient ensemble la grande roue de la mécanique et remplissaient un bac dont l'eau, chauffée pendant le jour, était déversée, le soir, sur les plates-bandes altérées. Duhamel, Suzanne, 1941, p. 130.
P. anal. Tourner sa cuiller dans son café. Il tournait songeusement sa cuiller dans son potage (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 893).
P. ext. Remuer, agiter pour délayer, mélanger, etc. Tourner son café; tourner une sauce; tourner la salade. Auguste apporta les deux brocs. Et, lentement, il versa le sang dans la marmite, par minces filets rouges, tandis que Quenu le recevait, en tournant furieusement la bouillie qui s'épaississait (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 689):
2. Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s'allume, Leurs culs en rond, À genoux, cinq petits, − misère! − Regardent le boulanger faire Le lourd pain blond. Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise et qui l'enfourne Dans un trou clair. Rimbaud, Poés., 1871, p. 69.
Au fig. Tourner ses pouces. V. pouce I B 2.
2. Disposer autour de quelque chose. Tourner une corde autour de qqc. (Dict. xixeet xxes.).
3.
a) Suivre, longer en changeant de direction, en effectuant un mouvement courbe ou circulaire. Tourner (la pointe d')un cap, un promontoire; tourner un bois. Comme son père tournait le coin de l'église, Catherine (...) se hâta de le rejoindre, pour prendre avec lui la route de Montsou (Zola, Germinal, 1885, p. 1261).Pendant que je réfléchissais au moyen de tourner cet obstacle imprévu, j'entendis soudain derrière moi le hennissement malencontreux de mon cheval se répercuter à travers le bois (Gracq, Syrtes, 1951, p. 78).
En partic. Tourner l'angle, le coin d'une rue; tourner la rue. Changer de direction à l'endroit où une rue débouche dans une autre. Je pris ma course et revins justement à la maison de la comtesse au moment où un coupé fermé en sortait. Cette voiture tourna la rue à gauche (Gobineau, Pléiade, 1874, p. 73).Comme un lapin, le fuyard frappé entre les épaules au moment où il tournait l'angle de la rue roula en boule sur le trottoir et resta là, le nez à terre (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 161).
b) Prendre à revers. Tourner l'ennemi, les positions de l'ennemi. Le plan de Napoléon était de tourner le corps du général Mack en faisant filer ses divisions par le bas Danube (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 121).Ils se heurtèrent contre toute une compagnie du 88ede ligne, qui avait tourné la barricade (Zola, Débâcle, 1892, p. 617).
c) Au fig.
[Le compl. désigne un obstacle, une difficulté] Éviter, éluder, contourner. Tourner une défense. Il se prépara donc encore une fois à tourner la vérité, au lieu de l'aborder de front (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 263).Si chacun d'entre nous est incommunicable en proportion de sa richesse affective, il ne peut tourner cet obstacle que par la ruse d'une évocation (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 29).
[Le compl. désigne une loi, un règlement] Ne pas respecter sans enfreindre; se soustraire plus ou moins habilement au respect d'une loi. Je me ferais fort de tourner la loi et de vous arracher aux étreintes de l'article 960 du chapitre des Donations; avec le Code, il y a toujours moyen de s'arranger (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 213).Déterminé à vivre en parfait honnête homme, je m'applique à tourner la loi, partant à éviter ses griffes (Courteline, Article 330, 1900, p. 258).
C. −
1. Diriger par un mouvement courbe ou circulaire. Tourner son fauteuil; tourner son fusil vers; tourner la tête; tourner les pieds en dedans. [Julien] avait grand soin de tourner sa chaise de façon à ne pas apercevoir Mathilde (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 403).C'étaient presque toutes de grandes filles très parées qui tournaient paresseusement le cou vers les passants (Nizan, Conspir., 1938, p. 239).
P. anal. Tourner les yeux, le(s) regard(s) vers qqn/qqc. Se mettre à regarder dans une nouvelle direction. Au moment où l'accusateur public, M. de l'Argentière, se leva et entonna sa déclamation, Apolline, frappée comme à un accent connu, tourna ses regards sur lui, jeta un cri perçant, et se renversa sans connaissance (Borel, Champavert, 1833, p. 35).Sa vue ne lui causait que du mal (...). Pourtant, elle n'était pas assez maîtresse d'elle-même pour ne pas tourner les regards vers lui, de temps à autre, et c'était afin de le surveiller (Radiguet, Bal, 1923, p. 183).
Littér. Tourner ses armes contre qqn. V. arme II A 4 a.
Au fig. Orienter vers, sur. Tourner ses pensées, ses idées, son esprit; tourner sa colère contre qqn. La direction donnée par Socrate consistait (...) à tourner toutes les investigations vers la question de la morale et du bonheur (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 56).Il tournait la conversation sur la danse avec l'espoir de la toucher (Jacob, Cornet dés, 1923, p. 171).
2.
a) Mettre quelque chose dans la position inverse de celle occupée auparavant. Tourner les feuillets d'un livre. Il pense à des fleurs, à des prairies de foin en fleur; à des appels de femmes qui tournent le foin (Giono, Colline, 1929, p. 191).Daniel prit sur le piano un tome du Tour du Monde (...). Le jeune homme, qui, penché sous l'abat-jour, tournait les pages avec une application d'enfant sage (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 875).
Au fig. Tourner la page. V. page2A 3.Tourner sa veste*.
b) Mettre à l'envers. Synon. retourner.Tourner un gant/ses poches à l'envers. « Il n'y a plus de galons », disaient-ils, en tournant leurs manches en dedans (Barrès, Cahiers, t. 11, 1917, p. 279).
3. Mettre, présenter en sens inverse ou sur un côté opposé en accomplissant ou en faisant accomplir un mouvement de rotation. M. Thibault lui coupa la parole. (...)Il tourna le buste vers Mmede Fontanin, et commença d'un ton appliqué (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 598).Les soldats affolés se retournèrent, les artilleurs essayèrent de tourner leurs pièces (Malraux, Espoir, 1937, p. 454).
Loc. Tourner bride*. Tourner casaque*. Tourner le dos*. Tourner les talons. Faire demi-tour. Olivier venait d'apercevoir Georges, son jeune frère. Il saisit Bernard par le bras, et tournant les talons aussitôt, l'entraîna précipitamment (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1145).
4. Manipuler, agiter, remuer en tous sens (un objet). L'importance de son acte le bouleversait. Il tournait nerveusement sa casquette entre ses doigts (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 23).L'autre, qui tournait son chapeau entre ses mains, leva vers Tarrou un regard incertain:Il ne faut pas m'en vouloir (Camus, Peste, 1947, p. 1346).
Au fig. Examiner, considérer quelque chose sous tous ses aspects. Tourner et retourner une question; tourner les propos de qqn dans sa tête. Toute la marche de l'Europe depuis quatre siècles se résume en cette conclusion pratique: élever et ennoblir le peuple, donner part à tous aux délices de l'esprit. Qu'on tourne le problème sous toutes ses faces, on en reviendra là (Renan, Avenir sc., 1890, p. 334).À force de tourner la chose dans sa tête le fils Le Berre jugeait que la mère était de trop dans le monde (Queffélec, Recteur, 1944, p. 184).
5. Locutions
a) Tourner le cœur/les cœurs. Soulever le cœur, écœurer. La fumée du cigare m'avait tourné le cœur, et j'étais dans un véritable état d'hallucination et d'hébétement (Malot, R. Kalbris, 1869, p. 128).Dès qu'elle ouvrait la bouche, une odeur épouvantable, une pestilence à faire tourner les cœurs, s'exhalait (Zola, Lourdes, 1894, p. 15).
Au fig. Inspirer du dégoût. J'ai l'impression que vous n'êtes pas étranger à ces mystifications continuelles (...) qui font tourner le cœur du citoyen éclairé (Giraudoux, Intermezzo, 1933, ii, 2, p. 99):
3. La contingence n'est pas un faux-semblant, une apparence qu'on peut dissiper; c'est l'absolu, par conséquent la gratuité parfaite. Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter (...): voilà la Nausée... Sartre, Nausée, 1938, p. 167.
b) Tourner la tête. Étourdir, griser. Ça, ce doit être du champagne, dont j'ai souvent entendu parler, de ce vin de France qui tourne la tête à ces hommes batailleurs, et les porte à faire la guerre contre tout le monde (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 199).Sans doute y avait-il dans l'air de ce jour-là, avec l'odeur aromatique et grisante des foins de l'alpe, de quoi tourner la tête la plus revêche (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 52).
Au fig.
Tourner la tête, la cervelle à qqn. Inspirer à quelqu'un des pensées extravagantes, hors du sens commun. Tu m'as tourné la cervelle avec tes projets, lui dit Constance, je m'y brouille (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 28).Tu lis trop. Tous ces romans te tournent la tête. Qu'as-tu besoin de t'intéresser à des histoires de gens que tu ne connais pas? (Salacrou, Terre ronde, 1938, i, 4, p. 165).En partic. Tourner la/les tête(s). Inspirer un amour violent à quelqu'un. Je suis une coquette. J'ai voulu vous tourner la tête hier au soir et j'y ai réussi. Je parle de votre tête, poursuivit-elle avec un sourire triste, et pas du tout de votre cœur, bien que vous ayez fait semblant de me l'offrir (Gobineau, Pléiades, 1874, p. 70).
Tourner les têtes. Susciter l'admiration, l'enthousiasme. Le jeune prêtre qui, selon l'expression du docteur Gallet, « tournait les têtes faibles de Campagne » (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 192).
c) Tourner le sang, les sangs. Bouleverser, émouvoir de façon intense. M. Madinier, sur la plate-forme [de la colonne Vendôme], montrait déjà les monuments. Jamais madame Fauconnier ni mademoiselle Remanjou ne voulurent sortir de l'escalier; la pensée seule du pavé, en bas, leur tournait les sangs (Zola, Assommoir, 1877, p. 449).
6. Tourner à/en.Transformer en donnant un aspect, un caractère différent, une autre signification. Tourner qqc. à son avantage, à son profit; tourner qqc. en bien, en mal, en dérision, en ridicule. Fritz, depuis sa fuite de Hunebourg, avait le vin singulièrement triste et tendre; même ce petit verjus, qui ferait danser des chèvres, lui tournait les idées à la mélancolie (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 110).Quelque effort qu'il fît, toutefois, pour changer de ton et tourner la chose en plaisanterie, j'eus peine à me prêter à son manège (Milosz, Amour. init., 1910, p. 234).
Tourner qqn en dérision, en ridicule. Se moquer, ridiculiser. On me tourne de nouveau en ridicule, on vient m'insulter jusques sous mon écorce, où je reste inébranlable comme la grosse pierre du rivage (Crèvecœur, Voyage, t. 2, 1801, p. 21).Les Anglais étaient très haïs et très craints, en France (...) On les tournait en dérision de diverses manières. En jouant sur leur nom (...) on les nommait anges (A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 25).
7. Dans le domaine du cin.
a) [Le compl. désigne un film, un plan, une séquence] Faire, réaliser. Il y a longtemps que Malraux a subi l'attraction du visible; dès 1936, en tournant son film l'Espoir, il découvrait l'expression photographique (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 12).
Absol. Faire fonctionner la caméra, filmer. Silence, on tourne! (Dict. xxes.).
b) [Le suj. désigne un acteur] Jouer, tenir un rôle. Je soupçonne, d'après un biographe, qu'il [Jean Marais] jouera, tournera, peindra jusqu'à ce qu'on le pulvérise (Cocteau, Poés. crit. I, 1959, p. 242).
II. − Empl. intrans.
A. − Se mouvoir en effectuant une rotation.
1.
a) Se mouvoir, se déplacer en décrivant une circonférence ou une ellipse autour d'un point donné. La terre, en tournant sur elle-même, dans un jour, présente au soleil tour à tour son hémisphère supérieur et inférieur, et en tournant autour de lui obliquement dans un an, elle lui montre tour à tour son hémisphère septentrional et le méridional (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 352).Elle me montrait la vertigineuse arête éclairée violemment par la lune. (...) Dans une heure, la lune aura tourné derrière la montagne, ce sera le moment (Benoit, Atlant., 1919, p. 282).
b) Effectuer un mouvement de rotation autour d'un axe. La clef tourne dans la serrure; la porte tourne sur ses gonds; tourner comme une toupie. Quatre broches gigantesques qui tournaient avec un bruit doux, devant les hautes flammes claires (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 643).Le doigt noir du cadran solaire tournait sur le mur de la villa (Jouve, Paulina, 1925, p. 73).La roue* tourne.
[P. méton. du suj.] L'horloge, la pendule tourne. L'heure tournait. Elle tourna... jusqu'à l'arrivée du lieutenant (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 117).
[Le suj. désigne un disque ou, p. méton., un morceau de musique] Une vieille rumba tournait sur un phono (Malraux, Espoir, 1937, p. 559).
[Constr. factitive avec faire] Faire tourner un disque, un électrophone. Lucas, chef d'aéroport, fait, nuit et jour, tourner le gramophone qui (...) provoque une mélancolie sans objet qui ressemble curieusement à la soif (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 190).
En partic. [Le suj. désigne une table] Que pensez-vous des tables tournantes? J'ai vu tourner un guéridon (A. France, Vie fleur, 1922, p. 327).
[Constr. factitive avec faire] Faire tourner les tables. Se livrer à des expériences de spiritisme. On parlait de spiritisme, d'ectoplasmes; rue Le Goff, au numéro 2, face à notre immeuble, on faisait tourner les tables (Sartre, Mots, 1964, p. 123).
c) Décrire des cercles, des tours. Le vent tourne autour de la maison. Avec le cercle des éperviers, l'avion tournait dans l'attente d'un trou plus grand, les yeux de tous les hommes d'équipage baissés, à l'affût de la terre (Malraux, Espoir, 1937, p. 555).
[Constr. factitive avec faire] Faire tourner une pierre. Je jouais avec ma badine que je faisais tourner entre mes doigts (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 219).
[Sous l'effet d'une illusion visuelle] Voir tout tourner. J'étais verte, avec des sueurs froides qui me mouillaient les cheveux... C'était à hurler (...) Madame me surprit, à un moment où je pensais défaillir. Tout tournait autour de moi, la rampe, les marches et les murs (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 76).
[Le suj. désigne un animé] Décrire une courbe, un cercle; effectuer un mouvement de rotation sur soi-même. Tourner en cercle; tourner autour de la table. Les valseurs tournaient avec une rapidité folle et un air égaré (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 53).Le médecin de Mégère (...) effleura la peau d'un tampon d'ouate et tournant sur ses talons comme une danseuse, jeta dans l'âtre le flocon blanc imbibé d'éther (Bernanos, Crime, 1935, p. 841).Tourner en rond. V. rond2C 1 b.
[Constr. factitive avec faire] Selon un ancien valet de cette princesse, elle venait souvent aux arènes, affublée en truand, et (...) elle faisait tourner son amant ainsi qu'un cheval de manége (Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 239).
♦ Dans le domaine des sports.Exécuter des tours de piste. Il est indispensable que le sprinter s'astreigne à tourner (L'Auto, 15 juill. 1941ds Petiot 1982).
d) S'enrouler, être enroulé, disposé en rond ou en cercle autour de quelque chose. Un escalier de pierre tournant dans une cage obscure (Fromentin, Dominique, 1863, p. 62).Un foulard jaune tourne autour de son cou gras Et rouge (Cros, Coffret santal, 1873, p. 114).
[Constr. factitive avec faire] Faire tourner des capitaux, de l'argent. Obtenir rapidement des bénéfices, réinvestir. (Dict. xxes.).
2.
a) [Le suj. désigne un mécanisme dont certaines pièces sont animées d'un mouvement de rotation] Fonctionner. Machine qui tourne; tourner à vide. En fortes vendanges, les pressoirs tournaient la nuit pour venir à bout de la cueillette du jour (Hamp, Champagne, 1909, p. 141).Le moteur tournait. La voiture glissait sur l'asphalte (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 187).
Tourner rond. Fonctionner régulièrement, sans à-coup. Les courants descendants donnent parfois aux pilotes une bizarre sensation de malaise. Le moteur tourne rond, mais l'on s'enfonce (Saint-Exup., Terres hommes, 1939, p. 161).
[Constr. factitive avec faire] Faire tourner un moteur. En même temps, j'essayai d'ouvrir la porte. Sur le sol, la verrière se répétait, verte et rouge. Un simple loquet, que je fis tourner (Benoit, Atlant., 1919, p. 252).
b) [Le suj. désigne une usine, une entreprise] Fonctionner, être en activité. On sait que quelques usines tournaient pour l'ennemi. Il faut juger sans idée préconçue la situation des industriels qui avaient consenti à tourner. Plus de Chambre de commerce, plus d'organisme directeur. Les Allemands avaient frappé à la tête (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 130).
Tourner rond. Bien fonctionner. Usine qui tourne rond. Vous direz pas que le monde tourne rond, et qu'on pourra jamais le faire tourner mieux!... Nous autres, si un jour on s'en mêle, de votre politique... (Martin du G., Vieille Fr., 1933, p. 1094).
[Constr. factitive avec faire] Faire tourner une entreprise. Il ne s'agissait que de faire tourner la grande machine aux produits et aux échanges, et de faire tourner aussi les têtes frivoles (Alain, Propos, 1934, p. 1206).
P. anal. [Le suj. désigne une pers.] Maintenir son activité, ne pas être en déficit. Depuis trois ans nos récoltes ne nous suffisent qu'à peine pour tourner (Th. Bost dsLes Derniers puritains, 1977 [1865], p. 314).
3.
a) Aller et venir, se déplacer dans un lieu en suivant un itinéraire donné. Il était pâle comme la mort, il avait le frisson, et tournait dans la chambre comme un homme qui ne sait pas ce qu'il veut faire (Murger, Scène vie boh., 1851, p. 251).Antinéa tournait dans la salle comme une bête en cage (Benoit, Atlant., 1919, p. 261).
COMM., SPECTACLES. Faire une tournée. Je « tourne », je fais comme bien d'autres. Je dis toujours que j'en ai assez, que c'est ma dernière tournée (Colette, Music-hall, 1913, p. 106).
b) Tourner autour (de qqn/qqc.).Évoluer autour sans s'éloigner. C'est peut-être demain que je tue Alexandre; dans deux jours j'aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse apportée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles (Musset, Lorenzaccio, 1834, iii, 3, p. 194).C'est la fameuse voiture stomatologique que cherchait Blaire. Justement, Blaire est là, devant, qui la contemple. Il y a longtemps, sans doute, qu'il tourne autour, les yeux attachés sur elle (Barbusse, Feu, 1916, p. 89).
En partic. Tourner autour de qqn
Ne pas aborder quelqu'un directement. Le second capitaine tourna près de dix minutes autour du commandant sans oser lui parler (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 130).
Chercher à attirer l'attention dans le but de séduire.
[Le suj. désigne un homme, le compl. une femme] Ce vieux Cornoiller, qu'est un bon homme tout de même, tourne autour de ma jupe, rapport à mes rentes? (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 186).Monsieur m'embête (...) il s'obstine à tourner autour de moi, avec des yeux de plus en plus ronds, une bouche de plus en plus baveuse (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 125).
[Le suj. désigne une femme, le compl. un homme] On se doute bien de celui que tu reluques, ma fille!... Faudra le prendre de force. Étienne, alors, s'égaya. C'était en effet autour de lui que tournait la herscheuse (Zola, Germinal, 1885, p. 1263).
Au fig.
Tourner autour du pot. V. pot1I C 2 b.
Tourner autour de la question. Ne pas aborder directement une question. Diane d'Uxelles se gardait (...) de parler de d'Arthez. La marquise tournait autour de cette question comme un Bédouin autour d'une riche caravane (Balzac, Secrets Cadignan, 1839, p. 360).
[Le suj. désigne des propos, un exposé, un texte] Avoir pour sujet principal, porter sur. La plupart du temps, les débats dont la religion est le thème, tournent autour de la question de savoir si elle peut ou non se concilier avec la science (Durkheim, Formes élém. vie relig., 1912, p. 595).La coutume autour de laquelle tourne l'action est une vieille coutume byzantine (Cocteau, Bacchus, 1952, p. 10).
c) Au fig. Se dérouler, évoluer. Elle entrevit la possibilité d'un ordre de faits plus élevés que celui dans lequel avaient jusqu'alors tourné ses rêveries (Balzac, Curé vill., 1839, p. 151).[Au théâtre] on a trop fait tourner l'action autour de thèmes psychologiques dont les combinaisons essentielles ne sont pas innombrables, loin de là (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p. 142).
4. Loc. fig.
Le cœur tourne à qqn. Avoir la nausée. La petite m'a parlé de Childe-Harold (...) j'ai eu la simplicité de me mettre à lire cela (...) Je ne sais pas s'il faut attribuer cet effet à la traduction, mais le cœur me tournait (...) je n'ai pas pu continuer (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 36).Elle chancela, et il dut avancer les mains pour la soutenir (...)C'est d'avoir trop lu.Oui, ça m'a tourné sur le cœur, quand je me suis vue seule, en fermant le livre (Zola, Pot-Bouille, 1882, p. 75).
Avoir la tête qui tourne; la tête tourne à qqn. Être étourdi. Je tenais plus d'équilibre... J'avais la tête qui tournait trop... Je me suis écroulé à nouveau (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 392).
Faire tourner la tête à qqn. Étourdir. Les ennuis qu'il a éprouvés pendant le cours de la dernière exposition étaient plus que suffisants pour lui faire tourner la tête (Delécluze, Journal, 1828, p. 487).Du champagne?Assez.Il faut autre chose pour faire tourner la tête à un marin (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 170).
En partic. Inspirer un violent amour à quelqu'un. Sûrement elle est pas chenille à poil et maigre en arbalète comme moi pour tant faire tourner la tête aux hommes (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 237).
Tourner de l'œil (pop., fam.). S'évanouir, se trouver mal. Ça m'apprendra, mon cher, à tourner de l'œil devant une ingénue berrichonne (Bernanos, Crime, 1935, p. 839).Madeleine: Michel! Michel! C'est moi. Comment te sens-tu? Michel, il se soulève: J'ai tourné de l'œil. C'est ridicule (Cocteau, Parents, 1938, iii, 6, p. 289).
Tourner de l'œil (en dedans) (pop.). Mourir. En ce moment, le mandarin le plus utile à la Chine tourne l'œil en dedans et met l'empire en deuil (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 152).Pendant huit jours, Coupeau fut très bas. La famille, les voisins, tout le monde, s'attendaient à le voir tourner de l'œil d'un instant à l'autre (Zola, Assommoir, 1877, p. 484).
Ne pas tourner rond. Mal aller. On le devinait. Cela ne tournait pas rond. Elle devait être à bout. Elle était impatiente. Elle était inquiète. Elle évitait de me regarder (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 82).
B. − Changer de direction, d'état.
1.
a) Changer de direction, aller dans un autre sens, en sens inverse. Tourner à droite, à gauche; tourner dans une rue, par le boulevard. Le vent peut tourner du jour au lendemain (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 197).L'automobile tournait au coin de l'avenue, et se lançait à toute vitesse sur la route de Laché (R. Bazin, Blé, 1907, p. 362).
Tourner court. V. court1II C 1.
Au fig.
[Le suj. désigne un inanimé]
Le vent tourne. La situation a changé. Ce cœur de Marat eut pour ciboire une pyxide précieuse du garde-meuble (...) Puis le vent tourna: l'immondice, versée de l'urne d'agate dans un autre vase, fut vidée à l'égout (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 377).Le vent tourna, M. Picquart eut beau remuer ciel et terre dans les audiences suivantes, il fit bel et bien fiasco (Proust, Guermantes 1, 1920, p. 240).
La chance, la fortune tourne. La chance, la fortune change, devient défavorable. Si la chance tournait contre eux, Roguin irait vivre à l'étranger au lieu de se tuer (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 81).Quand les Allemands semblaient vainqueurs, votre père s'est rangé de leur côté. Aujourd'hui que la chance tourne, il cherche à s'accommoder des Russes (Sartre, Mains sales, 1948, 4etabl., 4, p. 154).
[Le suj. désigne un animé] Tourner à tout vent. Être versatile. (Dict. xxes.).
b) [Le suj. désigne une voie de circulation] Faire un coude, obliquer. Je sais qu'elles habitent une petite rue qui tourne aux environs de Notre-Dame (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 335).
2. Au fig.
a) Évoluer. Tourner autrement; savoir comment les choses vont tourner. Maheu, d'abord, parla d'aller gifler l'homme et de ramener sa fille à coups de pied dans le derrière. Puis, il eut un geste résigné: à quoi bon? ça tournait toujours comme ça, on n'empêchait pas les filles de se coller, quand elles en avaient l'envie (Zola, Germinal, 1885, p. 1301).L'illusion que certains nourrissaient encore de voir les choses tourner d'une façon favorable ne devait plus être de longue durée (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 214).
Tourner bien/mal/mieux. Évoluer de façon favorable/défavorable, prendre un tour favorable/défavorable. Ça finit par mal tourner; affaire qui tourne mal. Il se promit de dédommager amplement son hôtesse, dans l'avenir, si les événements tournaient mieux pour lui (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 193).Alban avait devant lui l'église qui dominait l'arène. Il lui fit quelques signaux de détresse. Cela commençait à tourner vraiment mal (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 541).
[Le suj. désigne une pers.] Se conduire de telle ou telle façon. Elle aime ce manant, et elle nous menace de tourner comme sa sœur! (Sand, Meunier d'Angib., 1845, p. 301).
Tourner bien/mal. Avoir une bonne/mauvaise conduite, se conduire d'une façon non conforme à ce qui est attendu. L'oncle Gradelle s'emporta (...); il ajouta même que Florent devait mal tourner, que cela était écrit sur sa figure (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 645).C'était une famille nombreuse, quatre garçons, huit filles, et s'il avait fallu maudire séparément chaque fille qui tournait mal (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 101).
b) Tourner à/en.Changer d'état, de forme, d'aspect pour aboutir à; se transformer en.
[Le suj. désigne une chose] Le temps tourne à la pluie, au froid. Il me semble parfois brusquement que tout mon amour pour lui tourne en haine (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1188).L'angoisse qui tourne au délice est encore l'angoisse: ce n'est pas le délice, pas l'espoir, c'est l'angoisse, qui fait mal et peut-être décompose (G. Bataille, Exp. int., 1943, p. 59).
Expr. fig., pop., fam. Tourner en eau de boudin*. Tourner au vilain. S'envenimer. Comme la discussion tournait au vilain, Coupeau dut intervenir (Zola, Assommoir, 1877, p. 455).
[Le suj. désigne une pers.] Le bonhomme tournait à l'intolérance, au fanatisme, disait Homais (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 204).Fontanet tournait au singe savant. Il devenait homme du monde, méprisait les Danquin et n'estimait plus que la richesse et la naissance (A. France, Vie fleur, 1922, p. 510).
Loc. Faire tourner qqn en bourrique*.
3. [Le suj. désigne un liquide, une préparation culinaire] Se corrompre, s'altérer. Le lait tourne. Il a été convenu qu'on ne parlerait pas d'amour, ça fait tourner les sauces (Murger, Scène vie boh., 1851, p. 238).
Tourner à l'aigre, au vinaigre. Devenir aigre. La bière tournait au vinaigre (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 110).
Au fig. S'envenimer. Ça va, c'est bon, intervint la mère, sentant que la dispute tournait à l'aigre, fais tes devoirs, Georges, et toi, prends tes fers, Annie. On en a jusqu'à minuit à repasser (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 215).
Tourner à la graisse, au gras, à l'huile. Prendre une consistance huileuse. Si l'on vendange mûr, le vin tourne au gras sitôt le printemps (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 454).
III. − Empl. pronom.
A. −
1. Se mettre dans un autre sens, en sens inverse, dans une direction donnée. Se tourner vers qqn/qqc., de côté, d'un autre côté; se tourner le dos. Delmar ne ratait pas les occasions d'empoigner la parole; et, quand il ne trouvait plus rien à dire, sa ressource était de se camper le poing sur la hanche, l'autre bras dans le gilet, en se tournant de profil, brusquement, de manière à bien montrer sa tête (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 128).Il se jeta sur son lit, se tourna du côté du mur (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1248).
En partic. Changer de position en effectuant une rotation. Il éteignit sa lumière et se tourna dans son lit pour dormir (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 36).Elles dormaient la fenêtre fermée. Julie, qui étouffait contre le mur, se tournait et se retournait sous les couvertures (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 163).
2. [Le suj. désigne les yeux, le regard] Se diriger par un mouvement courbe vers quelqu'un/quelque chose. Tous les regards se tournent vers Mathilde, afin de découvrir sur son visage les traces de ses sentimens secrets (Cottin, Mathilde, t. 2, 1805, p. 172).Ses yeux se tournèrent de nouveau vers le moribond (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1290).
3. Au fig. Se diriger, s'acheminer vers quelque chose. L'Idéalisme, réalisé anthropomorphiquement par des Juifs, produisit le Christianisme. Alors tout l'Occident se tourna avec tant d'empressement vers l'idéal (...) que l'on crut pouvoir immédiatement, et sans l'intermédiaire de cette vie, se réunir à la Beauté divine (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 92).Toutes les imaginations humaines, fraîches ou flétries, tristes ou joyeuses, se tournent vers le passé, curieuses d'y pénétrer (A. France, Vie fleur, 1922, p. 322).
Se tourner contre qqn. Changer d'attitude à l'égard de quelqu'un en prenant parti contre lui. On se tournait désormais contre moi, l'ennemi numéro un, contre qui toutes les armes allaient devenir bonnes (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 177).
[P. méton.; le suj. désigne un sentiment] La fureur du maître, déçue de ce côté, se tourna contre Giulia qui, depuis cinq ou six matinées, ne rendait plus même au Duc le respect de l'aller visiter à son réveil (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 200).
Ne plus savoir de quel côté se tourner, où se tourner. Ne pas savoir quelle décision prendre; être surchargé de travail, d'occupations. (Dict. xxes.).
4. Locutions
Se tourner les pouces. V. pouce I B 2.
Se tourner les sangs (pop., vieilli). Être bouleversé, ému, se soucier de façon intense. On l'entendait, dans la cuisine, se battre avec le fourneau et la cafetière. Gervaise se tournait les sangs; ce n'était pas l'occupation d'un homme, de faire du café (Zola, Assommoir, 1877, p. 470).C'est parce que vous y pensez trop, madame Céleste. À quoi bon se tourner les sangs. Laisser donc faire la justice (Bernanos, Crime, 1935, p. 815).
B. − Se tourner en
1. Se changer, se transformer en; passer d'un état à un autre. Chez les individus qui ont l'estomac actif, (...) ce qui n'est pas nécessaire pour la réparation du corps se fixe et se tourne en graisse (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 224).Qui ne sait pas être charmant n'est pas grand, et vous le prouvez, car vous êtes charmante. Votre grandeur, quand bon lui semble, se tourne en grâce à volonté, et c'est ainsi qu'elle se démontre (Hugo, Corresp., 1862, p. 391).
2. Au fig. Se muer. L'imagination, quand elle change de nature et se tourne en sensibilité, ne dispose pas pour cela d'un nombre plus grand d'images simultanées (Proust, Sodome, 1922, p. 1120).L'amour tend à aller toujours plus loin. Mais il a une limite. Quand la limite est dépassée, l'amour se tourne en haine (S. Weil, Pesanteur, 1943, p. 69).
REM.
Tourne-, élém. de compos. entrant dans la constr. de nombreux mots de la lang. cour. ou de termes de métiers.V. tourne-à-gauche, tournebride, tournebroche, tourne-disque, tournedos, tourne-feuille, tournemain, tourne-pierre, tournesol, tournevire, tournevirer, tournevis.
Prononc. et Orth.: [tuʀne], (il) tourne [tuʀn]. Att. ds Ac. dep. 1694. Comp. avec tourne-: [tuʀn]. V. le détail des mots et prop. ds Catach-Golf Orth. Lexicogr. Mots comp. 1981, pp. 256-257. Étymol. et Hist. A. Exprime une notion de mouvement approprié pour mettre, présenter, diriger... d'une certaine façon 1. a) 2emoit. xes. pronom. « se diriger vers » (St Léger, éd. J. Linskill, 206: Cil Landeberz, qual horaˑl vid Torne s'als altres, si lor dist); b) xes. trans. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 293: Envers Jesúm sos olz torned); c) ca 1050 (Alexis, éd. Chr. Storey, 344: Tut sul s'en est Eufemien turnét, vint a sun filz); d) ca 1100 spéc. (Roland, éd. J. Bédier, 2445: De cels d'Espaigne unt lur les dos turnez); e) ca 1165 (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 12249: l'espee li torna el poing); f) 1160-74 (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, 2758: li venz turna); g) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier Lyon, éd. M. Roques, 178: et tornai mon chemin a destre; 4912: car me dites voire novele se vos savez ou il torna Et s'il en nul leu sejorna); h) ca 1200 (Escoufle, 292 ds T.-L.: cil roncin henissent, Dont ces rües erent si plaines C'on n'i pöoit torner a paines); i) ca 1200 (1reContinuation de Perceval, éd. W. Roach, t. 1, p. 388: [le cygne] qui cria et braist et feri Tant fors ses eles en la mer Si que il en a fait torner Le chalant); j) déb. xiiies. (Raoul de Houdenc, Vengeance Raguidel, 93 ds T.-L.: Oncques la nuit ne reposa, Sor coste se torne et a dens); k) 1530 (Palsgr., p. 764: il a tourné toute la maison cen dessus dessoulz); 2. domaine mental « diriger ses pensées, son esprit, sa volonté (vers quelque chose, à faire quelque chose) » a) ca 1050 (Alexis, 156: turnent el consirrer [cf. éd.: elles se résignent]); b) ca 1100 (Roland, 307: Sur mei avez turnet fals jugement); c) ca 1145 (Wace, Conception N. D., éd. W. R. Ashford, 93: Tot erent al neier torné [cf. Keller, p. 70: s'attendre à qqc.]); d) ca 1165 (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 15030: A ço tornent tuit si penser); e) fin xiie-déb. xiiies. (Dialogus anime conquerentis ds Romania t. 5, p. 277: ou que je me torne, li fais de mé mas me porsevent); f) av. 1250 (Guillaume le Clerc, Tobie, 96 ds T.-L.: Qui chuida sor son seignor torner tot le blasme de son trespas); g) 1340 (Guillaume de Machaut, Dit dou Vergier, éd. E. Hœpffner, 1255: Et j'aussi sui a ce tournez Que nulle riens ne me destourne; 1261: qui fait mon cuer mettre et tourner a li servir); h) ca 1590 (Montaigne, Essais, II, 6, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 380: Si quelcun s'enyvre de sa science [...] qu'il tourne les yeux au dessus vers les siecles passez); 3. notion de mouvement de rotation autour d'un axe a) ca 1155 (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 3883: Fortune ad sa roe tornee E Rome rest esviguree); b) α) 1216 intrans. (Guillaume le Clerc, Fergus, 89, 37 ds T.-L.: Capon tornoient a un feu); β) ca 1245 trans. (Philippe Mousket, Chron., 19921, ibid.: Si prist a torner les capons); c) 1377 (Oresme, Ciel et Monde, éd. A. D. Menut et A. J. Denomy, p. 450: Et pour ce il samble que le soleil tourne); d) 1585 (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 2, p. 319: Dieu, le seul moteur, et qui fait tourner et subsister ceste machine ronde); 4. loc. 1606 la teste me tourne (Nicot), cf. ca 1100, Roland, 2011: Oliver sent que la mort mult l'angoisset. Ansdous les oilz en la teste li turnent; 5. a) 1907 cin. « tourner la manivelle (en parlant de l'opérateur) » (Méliès, V. Cin., A.G.I.P., p. 365 ds Giraud, p. 285: il est nécessaire de « tourner » plus vite, pour éviter les traînées et le flou), cf. Giraud: ,,Quand la manivelle fit place à un dispositif automatique le verbe garda une valeur de symbole``; b) 1909 « jouer devant l'appareil (en parlant des acteurs) » (Y. Arnold, Ciné-J., 18 févr.-4 mars, 7/2, ibid.); c) 1917 (Colette, Le Film, 6 oct., 15/2, ibid., p. 286: l'auteur du scénario qu'on est en train de « tourner »). B. Notion de changement, d'évolution 1. domaine mental « changer, se transformer (en...) » a) ca 1050 (Alexis, 145: sa grant honur a grant dol ad turnede); b) ca 1145 torner a enui (à qqn) + sub. complét. « faire à quelqu'un mal au cœur que... » (Wace, Conception N. D., 448 [v. Keller pour les nombreux empl. en constr. impers. chez Wace]); c) 1200-20 en partic. « se convertir » (Pseudo-Turpin, I, 2, 30 ds T.-L.: Li Sarrazin, qui se voldrent torner a la loi crestïene fist baptizier); d) ca 1220 (Gautier de Coinci, Mir., éd. V.-F. Koenig, II Dout 34, 1392: tornons luxure les talons); e) ca 1220 (Id., ibid., I Mir 42, 612: [luxure] l'ame tourne et enaigrist); f) 1229 (Gerbert de Montreuil, Roman de la Violette, éd. D. L. Buffum, 1454: car autrement tornast li vers [« la situation », cf. gloss.] Se vous ne m'eüssiez aidié); g) 1369 (Guillaume de Machaut, Prise d'Alexandrie, éd. Mas Latrie, p. 229: chose qui tournast contre mon honur); h) α) fin xives. « influencer quelqu'un » (Froissart, Chron., éd. A. Mirot, t. 14, p. 40: il tournoit le roy là où il vouloit, et luy faisoit entendre et encliner là où il luy plaisoit); β) 1656 (Pascal, Provinciales, V, éd. Lafuma, p. 390: un seul docteur peut tourner les consciences et les bouleverser à son gré); γ) 1662 (Molière, École des femmes, III, 3: Ainsi que je voudrais je tournerai cette âme); i) 1548 tourner sa robe (N. Du Fail, Baliverneries, éd. G. Milin, p. 5); j) 1588 (Montaigne, Essais, III, 1, p. 795: le dos tourné à l'ambition); k) 1588 tourner le feuillet « oublier » (Id., ibid., I, 38, p. 234); l) 1665 (Molière, Dom Juan, I, 2: vous tournez les choses d'une manière Qu'il semble que vous avez raison); m) 1675 (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 734: de quelle hauteur (var.: de quelle manière) se tournera cette amitié); n) 1675 (Id., ibid., t. 2, p. 92: on craint tout de bon que son esprit ne se tourne); 2. indique un changement d'état, d'aspect a) ca 1165 torner a porreture (en parlant d'un cadavre) (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 22397); b) ca 1393 (Ménagier de Paris, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 191: lait garder de tourner); c) ca 1580 (B. Palissy, Discours admirable, éd. A. France, p. 351: il y a quelque espece de matiere rouge qui fait tourner l'azur en couleur purpurée); d) 1600 (Ol. de Serres, p. 222 ds Gdf. Compl.: les excessives chaleurs et les grands bruits font souvent tourner les vins); 3. en partic. 1165 « traduire » (Benoît de Ste-Maure, op. cit., p. 121: De greu le [livre] torna en latin); 4. notion d'apprêter, arranger a) α) ca 1220 (Gautier de Coinci, op. cit., I Mir 31, 135: La lettre [du livre] estoit si fremians, Si bien tornee et si rians Qu'il sambloit que Diex l'eüst faite); β) ca 1240 (Mort Aymeri de Narbonne, 160 ds T.-L.: Longues [ot] les jambes, et les piez bien tornez); γ) fin xives. (Froissart, op. cit., éd. G. Raynaud, t. 10, p. 115: et [il] estoit de membres li mieux tournés); b) av. 1563 tourner des vers (La Boétie, Œuvres compl., éd. L. Feugère, p. 481); c) 1767 cuis. « apprêter un fruit » (Dict. portatif de cuis., d'office et de distillation, p. XV); 5. en partic. techn. a) ca 1260 torner a tour « façonner au tour » (Étienne Boileau, Livre des métiers, éd. G. B. Depping, p. 82); b) 1395-96 (Compt., exp. comm. dom., A. Hôpital général Orléans ds Gdf. Compl.: vaisselle d'étain torné). C. Loc. 1. a) ca 1170 a mal li tort « qu'il lui arrive malheur (pour cela) » (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 1226); b) 1498-1515 (Gringore, Œuvres, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 2, p. 7: Que je face chose qui tourne à préjudice A aultruy); c) 1579 tourner au profit de qqn (Larivey, Laquais, I, 3 ds Œuvres, éd. Viollet-le-Duc, t. 5, p. 22); 2. a) 1160-74 (Wace, Rou, 15: Tornez fust en oubliance se ne fust); b) 1606 tourner tout en jeu (Bertaut, Recueil, p. 141); c) 1607 tourner en risée (D'Urfé, L'Astrée, t. 1, p. 382); d) 1627 tourner (qqc.) en bien (Ch. Sorel, Berger extravagant, p. 306); e) 1694 (en parlant des affaires) tourner bien, tourner mal (Ac.); f) 1694 tourner tout en bien, en mal (ibid.); 3. 1676 tourner autour du pot (I. de Benserade, Métamorphoses d'Ovide, p. 51). Du lat. tornare « façonner au tour » (dér. de tornus « trépan, tour »), empl. au fig. par Horace: male tornatos incudi reddere versus « remettre sur l'enclume les vers mal tournés » (v. OLD); l'ext. des sens s'est réalisée en rom. au détriment de torquere « tordre, tourner » (v. tordre) et vertere « tourner, faire tourner » (v. vers1, vers2, verser), v. Ern.-Meillet. Fréq. abs. littér.: 13 946. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 11 646, b) 21 823; xxes.: a) 22 589, b) 24 088.
DÉR. 1.
Tournement, subst. masc.,rare. Action de tourner. Pourquoi, ce malheureux, se laisse-t-il embêter par un tas d'idioties comme le tournement de la terre, la vie des planètes (...)? (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1905, p. 128).Madame Arnaud-Miqueu, sur un trottoir de Vichy, eut un de ces vertiges qu'elle appelait tournement de tête (Mauriac, Myst. Frontenac, 1933, p. 88). [tuʀnəmɑ ̃]. Att. ds Ac. 1878. 1resattest. a) ca 1185 turneement « tournoi, combat » (Hue de Rotelande, Protheselaus, éd. F. Kluckow, 226), seulement deux fois en a. fr. (v. Gdf., s.v. tornement), b) α) xives. [ms.] « mouvement de ce qui tourne » (Sydrac, Ars. 2320,161, ibid.), ca 1330 (Guillaume de Digulleville, Pelerinage de l'Ame, éd. J.-J. Stürzinger, 2139: tournement de rœ), β) 1538 spéc. tournement de tête « étourdissement » (Est., s.v. vertigo); de tourner, suff. -ment1*.
2.
Tournerie, subst. fém.Industrie ou commerce des objets en bois tourné. Objets divers en bois (articles ménagers, agricoles, de tournerie) (Industr. fr. bois, 1955, p. 4). [tuʀnə ʀi]. 1resattest. a) 1562 « art du tourneur » (Chartes et privil. des 32 mét. de la cité de Liège, p. 82, éd. 1730 ds Gdf.), b) 1813 « atelier du tourneur » (Établissements du Creusot. Description sommaire, p. 10 ds Quem. DDL t. 3, v. Wexler, p. 146); de tourner, suff. -erie*; le mot a signifié en a. fr. « tournoi », « action de tourner en rond » et « manière de se tourner » (v. Gdf. et FEW t. 13, 2, p. 57).
BBG.Quem. DDL t. 1, 2, 10, 13, 36. − Walter (H.). Le Fr. dans tous les sens. Paris, 1988, 384 p.

Wiktionnaire

Verbe

tourner \tuʁ.ne\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se tourner)

  1. Mouvoir en rond, par un mouvement circulaire ou en ligne courbe, autour d’un axe de rotation.
    • Ils se relayaient pour tourner la manivelle de la magnéto — une grosse « gégène ». — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Tourner les pieds en dedans, en dehors.
  2. Décrire un mouvement circulaire autour de quelque chose ; contourner.
    • (Militaire)Cette position en flèche ne peut durer. […]. L’ennemi prend du mordant et tente de tourner une position qui ne s’appuie sur rien. […]. On se replie avec méthode. — (Pierre Audibert, Les Comédies de la Guerre, 1928, pages 32-33)
    • Leur surface, maintenant dégelée, ne permettait déjà plus aux traîneaux de s’y aventurer. Dès lors, nécessité de les tourner, ce qui accroissait considérablement la longueur de la route. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • À cause des obstacles de chaque côté de la grand-route, il éprouva des difficultés à faire tourner ses chars et half-tracks pour les lancer à l'attaque. — (Charles B. Mac Donald, Noël 44 : La bataille d'Ardenne, traduit par Paul Maquet & Josette Maquet-Dubois, Bruxelles : Luc Pire Éditions, 1984, page 287)
  3. (Par extension) Bouger ; diriger.
    • De quelque côté que je tournasse les yeux, ils n’étaient frappés que des spectacles les plus affreux. — (Frédéric Zurcher et Élie-Philippe Margollé, Les Naufrages célèbres, Hachette, Paris, 1873, 3e édition, 1877, page 48)
    • Tourner ses pas vers un endroit, marcher, se diriger vers un endroit.
    • Tourner toutes ses pensées vers quelque chose, y appliquer toutes ses pensées, s’y adonner entièrement.
  4. Inverser, mouvoir en sens contraire → voir retourner.
    • Tourner les feuillets d’un livre. — Tu ne lis pas la carte dans le bon sens, tourne la.
  5. Disposer autour de quelque chose.
    • Tourner une corde, une amarre autour d’un pieu.
  6. Changer de parti.
  7. (Vieilli) Influencer, faire passer à une manière d’être différente. On dit plutôt aujourd’hui retourner.
    • Quelques jours lui suffirent pour tourner tous les esprits.
    • Tourner une personne à son gré, manier son esprit en sorte qu’on lui fasse faire tout ce qu’on veut.
    • Il tourne cet homme-là, cet esprit-là comme il lui plaît.
  8. Transformer.
    • Toutes les actions de Nadir ne furent plus que les caprices sanglants d'un despote cruel et avare; et lorsque des insurrections, habilement fomentées par les prêtres schiites, éclatèrent de tous les côtés, la violence de Nadir se tourna en fureur. — (Louis Dubeux , La Perse, Paris : chez Firmin Didot frères, 1841, page 364)
    • Et moi, répondit le chanvreur, je sais bien pourquoi vous n'êtes plus mémorieuse au milieu comme vous l'étiez au commencement; c'est que ça commence à mal tourner pour le champi, et que ça vous fait peine, […]. — (François le Champi, chap. 7, 1848, dans les Œuvres de George Sand, Paris : chez Michel Lévy frères, 1863, page 87)
    • Tourner tout en bien, tourner tout en mal.
    • Tourner les choses à son avantage.
    • Tourner une chose en raillerie, la prendre comme dite en raillant et sans dessein de fâcher.
  9. Façonner au tour.
    • Tourner un pied de table.
    • Tourner des obus.
    • Tourner l’ivoire, le buis.
    • (Absolument) Un ouvrier qui tourne bien.
  10. (Figuré) Éviter ou éluder, en parlant d'une difficulté.
    • La difficulté peut être tournée en ayant recours à la lumière résultant de la combustion des poudres-éclair. Cette combustion étant instantanée, il en résulte ce grand avantage que l'opération photographique ne peut causer aucune fatigue au malade. — (Bulletin de la Société française de photographie, 1924, vol.11-12, page 249)
  11. (Figuré) Écrire en prose ou en vers en leur donnant un certain tour.
    • Il tourne bien les vers.
    • Tourner une lettre, un compliment.
  12. (Cinéma) Filmer ou participer à un film. — Note : L'expression vint de l'époque des caméras à manivelle.
    • À vrai dire, elle avait tourné quelques autres films à Hollywood après avoir participé aux ultimes tentatives avortées de Castle, mais c'étaient des nanars de série B. Pour elle, ces fragments étaient son dernier travail « sérieux ». — (Théodore Roszak, La Conspiration des ténèbres, Le Cherche Midi, 2014)
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  13. (Intransitif) Se mouvoir en rond, circulairement.
    • Un moulin à vent se compose essentiellement d'un arbre porté sur un petit bâtiment en bois, qui est susceptible de tourner autour d'un fort pivot vertical, et qui peut par conséquent être orienté convenablement. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 114)
    • Le gardien ouvrit avec précaution, la porte tourna sans bruit sur ses gonds et tous nous entrâmes doucement et sans parler. — (Ivan Tourgueniev, L'Exécution de Troppmann, avril 1870, traduction française de Isaac Pavlovsky, publiée dans ses Souvenirs sur Tourguéneff, Savine, 1887)
    • Entre les tables, des couples, dont la plupart, évoluaient avec un imperceptible dandinement, tournaient et le bruit de leurs pas avait un glissement léger d’averse contre les vitres. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Au fond d'un bar fallacieusement intitulé La Jeunesse, un phonographe tournait et répandait des gargouillements sonores d'accordéon. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 41)
    • Ce n’est qu’à partir de 1543 que le moine polonais Nicolas Copernic a énoncé que la Terre était l'une des planètes qui tournaient autour du Soleil. — (Barry Williams (traduit par Claude Lafleur), L’astrologie confrontée aux progrès de l’astronomie, dans Le Québec sceptique, n°24, p.41, décembre 1992)
    • Dans l'Yonne, à Saint-Martin-sur-Oreuse, le menhir de la « Pierre tournante », ou de la « Pierre qui tourne », tournait sur lui-même une fois tous les cents ans. — (Jean Danzé, Le secret des menhirs: de Bretagne et d'ailleurs, La Découvrance, 2011, page 71)
  14. (Intransitif) (Par extension) Se tordre.
    • Son pied a tourné.
  15. Interdit de tourner à droite. (15)
    (Intransitif) Se mouvoir dans une autre direction.
    • Le 24, le vent tourna au Sud nous permettant d’établir la voilure. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Pendant la première semaine, la brise fut très légère et excessivement variable, tournant constamment du Nord au Suroit, en passant par l’Est. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Là nous eûmes un guide, et c’était bien nécessaire, car les tranchées tournaient et revenaient de façon qu’on ne savait plus où était l’ennemi. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 125, Hartmann, 1937)
    • (Figuré) Le temps tourne au froid.
    • Tourner à tous les vents, tourner comme une girouette, Avoir l’esprit variable et inconstant, changer souvent de sentiment, d’opinion.
    • (Figuré) Tourner du côté de quelqu’un, se ranger de son parti.
    • Aussitôt qu’il se fut déclaré, tout le monde tourna de son côté.
  16. (Intransitif) Aller et venir, errer.
    • Jusqu’à minuit, faut qu’il tourne dans le quartier. Drôle de type. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
  17. (Intransitif) Donner le tournis. — Note : La tête lui tourne se dit en parlant d’une personne qui se trouve étourdie pour avoir regardé en bas d’un lieu élevé ou pour avoir trop tourné sur elle-même. Il se dit aussi de ceux qui ont des étourdissements et des vertiges.
    • Ne plus aimer Madeleine ne m’est pas possible, l’aimer autrement ne m’est pas permis. Le jour où sur cette difficulté, d’où je ne puis descendre, la tête me tournera, eh bien ! ce jour-là tu pourras me pleurer comme un homme mort. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 125)
    • J’ai la tête qui tourne et l’envie de gerber qui va avec. Tendu ! Je ne me remets pas de ma biture. Faut dire qu'avec les potes, hier, on ne s'est vraiment pas respectés. — (Johann Zarca, Le Boss de Boulogne, Don Quichotte éditions, 2014, chap. 1)
  18. (Intransitif) Être disposé en cercle.
    • Ce boulevard tourne autour de la ville.
  19. (Intransitif) (Figuré) Devenir fou.
    • La tête lui a tourné, se dit d’un homme qui est devenu fou.
  20. (Intransitif) (Figuré) Changer, transformer.
    • Des feux tantôt roses, tantôt d’un bleu acide qui tournait au vert pomme, scintillaient à l’extérieur des Folies. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Le lait a tourné. (il a caillé)
    • A l’évidence, la rivalité entre les deux principales puissances mondiales est en train de tourner à la confrontation ouverte. — (Le Monde, Sommet de l’APEC : périlleuse confrontation entre la Chine et les Etats-Unis, Le Monde. Mis en ligne le 19 novembre 2018)
    • Cette maladie, cette affaire tourne mal, elle prend une mauvaise tournure, il y a lieu de craindre qu’elle n’ait une issue fâcheuse.
    • L’affaire a bien tourné, a mal tourné, a tourné autrement qu’il ne pensait.
  21. (Intransitif) (En particulier) Changer de façon imprévue.
    • Mais, à la longue, elle se vit contrainte de renoncer à ses méthodes iniques, parce trop d’enquêtes s’étaient tournées à sa confusion. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Cette chose tournera à sa honte, à sa gloire, à son honneur, à son déshonneur, lui tournera à bien, à mal, à profit, etc., Elle produira pour lui de la honte, de la gloire, de l’honneur, du déshonneur, du bien, du mal, du profit, etc.
    • Ce jeune homme tourne mal, il est en passe de se mal conduire, il dévie de la bonne route, il ne soutient pas les bonnes espérances qu’on avait conçues de lui. On dit dans le sens contraire : il tourne bien.
    • La chance a tourné.
    • Il a tourné, il a abandonné son parti, ses opinions.
  22. (Intransitif) (En particulier) S’altérer ; changer en mal.
    • Il leur suffisait […] de passer la main sur le dos d’une vache pour que le lait tournât en urine. — (Octave Mirbeau, Rabalan)
    • Il portait un chandail rosâtre et ses joues trop fardées tournaient au lie de vin. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • J’ai payé les trois premières traites et j’ai laissé protester les autres, sous prétexte que le pinard tournait. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 15)
    • Le raisin, les cerises, les groseilles tournent, commencent à tourner, ils dépassent le point de maturité, ils commencent à se gâter.
  23. (Intransitif) (Informatique) Pour un programme, être en cours d’exécution.
    • Faire tourner un programme sur son ordinateur.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TOURNER. v. tr.
Mouvoir en rond, imprimer un mouvement circulaire, un mouvement de rotation. Tourner une roue. Tourner une broche. Se tourner dans son lit. Tournez-vous, que je voie si cette robe vous va bien par-derrière. Tourner un film, Prendre des vues cinématographiques sur une pellicule sensible que l'on déroule. Fam., Tourner les talons, S'en aller. Tourner ses souliers, Les déformer en marchant, les éculer.

TOURNER signifie aussi Diriger par un mouvement circulaire, par un mouvement en ligne courbe. Tourner la tête. Tourner les yeux, les regards vers quelque chose. Tourner les pieds en dedans, en dehors. Se tourner vers quelqu'un. Ils tournèrent leurs armes contre eux-mêmes. Tourner le dos à quelqu'un, Tourner le dos du côté où il a le visage, lui présenter le dos. Il se dit, figurément et familièrement, pour signifier qu'on refuse d'entrer en rapports avec quelqu'un. À peine m'a-t-il aperçu qu'il m'a tourné le dos. Fig., La fortune lui a tourné le dos, La fortune lui est devenue contraire. Fig. et fam., Ne savoir de quel côté se tourner, Être dans un grand embarras, ne savoir que faire, que devenir, n'avoir plus de ressource. Tourner ses pas vers un endroit, Marcher, se diriger vers un endroit. Ce prince tourna ses armes, ses forces contre tel État, Il fit marcher ses troupes de ce côté-là pour y porter la guerre. Fig., Tourner toutes ses pensées vers quelque chose, Y appliquer toutes ses pensées, s'y adonner entièrement. Dans un sens analogue, on dit : Tourner son cœur à Dieu; se tourner vers Dieu.

TOURNER signifie aussi Disposer en rond autour de quelque chose. Tourner une corde, une amarre autour d'un pieu. Il signifie encore Décrire un mouvement circulaire autour de quelque chose. En termes de Guerre, Tourner l'ennemi, tourner une position. En termes de Chasse, Tourner un lièvre, des perdrix. Tourner un buisson. Fig., Tourner une difficulté, L'éluder.

TOURNER signifie aussi Mettre en sens inverse. Tourner les feuillets d'un livre. Tourner une carte. Tourner une étoffe d'un autre sens. En termes de jeux de Cartes, Tourner cœur, tourner carreau, etc., se dit quand la carte qu'on retourne, qu'on montre à la fin de la distribution est un cœur, un carreau, etc. Fig. et fam., Tourner casaque, Tourner le dos, s'enfuir. Il signifie aussi Changer de parti. Tourner bride se dit d'un Cavalier qui retourne sur ses pas. Il reçut cette nouvelle en chemin, et aussitôt il tourna bride. Fig., Tourner la tête à quelqu'un, L'éblouir, lui inspirer une admiration ou une affection qui lui fait perdre la tête.

TOURNER signifie figurément Influencer, faire passer à une manière d'être différente. Quelques jours lui suffirent pour tourner tous les esprits. On dit plutôt aujourd'hui Retourner. Tourner une personne à son gré, Manier son esprit en sorte qu'on lui fasse faire tout ce qu'on veut. Il tourne cet homme-là, cet esprit-là comme il lui plaît. Il est vieux.

TOURNER signifie aussi Interpréter, transformer. Tourner tout en bien, tourner tout en mal. Tourner les choses à son avantage. Tourner une chose en raillerie, La prendre comme dite en raillant et sans dessein de fâcher. Il ne prit point sérieusement les choses désagréables qu'on lui disait, il les tourna en raillerie. Il signifie aussi Se moquer de quelque chose, en faire des railleries. Il tourne en raillerie les meilleurs conseils et les plus sages remontrances.

TOURNER signifie encore Façonner au tour des ouvrages de bois, d'ivoire, d'argile, de métal, etc. Tourner un pied de table. Tourner des obus. Tourner l'ivoire, le buis. Absolument, Il s'amuse à tourner. Un ouvrier qui tourne bien. Il signifie figurément Arranger d'une certaine manière les paroles, les pensées dans un ouvrage de prose ou de vers, leur donner un certain tour. Il tourne bien les vers. Tourner une lettre, un compliment.

TOURNER est aussi verbe intransitif et signifie Se mouvoir en rond, circulairement. La terre tourne autour du soleil, et la lune tourne autour de la terre. Une planète qui tourne sur elle-même. Une machine qui tourne sur son pivot. La roue tourne. Quand on a trop bu, il semble que tout tourne. Un cheval qui tourne autour du pilier. Les enfants tournaient autour de nous. Son pied a tourné, Il s'est tordu le pied. Fig., La tête lui tourne se dit en parlant d'une Personne qui se trouve étourdie pour avoir regardé en bas d'un lieu élevé ou pour avoir trop tourné sur elle-même. Il se dit aussi de Ceux qui ont des étourdissements et des vertiges. Fig., La tête lui a tourné se dit d'un Homme qui est devenu fou. Il se dit aussi figurément d'un Homme à qui quelque faveur inespérée de la fortune, ou au rebours quelque malheur imprévu, a troublé l'esprit. Fig. et fam., Tourner autour du pot, Ne point aller au fait, à la conclusion d'une affaire. Parlez franchement, ne tournez point tant autour du pot. Il ne fait que tourner autour du pot.

TOURNER signifie aussi Être disposé en cercle. Ce boulevard tourne autour de la ville. Il signifie encore Prendre une autre direction. Au bout de la rue, on tourne à droite. Le vent a tourné. Le vent tourne au nord. Le chemin tourne. Fig., Le temps tourne au froid. Tourner court, Tourner dans un petit espace, ne pas prendre largement son tournant, son virage. Le chauffeur a tourné trop court. Il se dit aussi figurément et signifie Abréger. L'orateur a tourné court après cette réflexion et s'est hâté de finir. Il se dit aussi des Choses. Cette maladie a tourné court, Elle s'est terminée par une mort prompte et inattendue; ou encore : Le malade a guéri tout à coup. Ce dénouement tourne trop court, Il arrive d'une manière trop brusque, trop peu préparée. En termes de Chasse, Tourner au change se dit des Chiens, lorsqu'ils attaquent un autre animal que celui de meute. Fig. et fam., Tourner à tous les vents, tourner comme une girouette, Avoir l'esprit variable et inconstant, changer souvent de sentiment, d'opinion. Fig., Tourner du côté de quelqu'un, Se ranger de son parti. Aussitôt qu'il se fut déclaré, tout le monde tourna de son côté.

TOURNER signifie figurément Se modifier, changer. Son amour a tourné en haine. Fig. et fam., Faire tourner quelqu'un en bourrique, Exaspérer, ahurir quelqu'un. Cette maladie, cette affaire tourne mal, Elle prend une mauvaise tournure, il y a lieu de craindre qu'elle n'ait une issue fâcheuse. On dit de même : L'affaire a bien tourné, a mal tourné, a tourné autrement qu'il ne pensait. Cette chose tournera à sa honte, à sa gloire, à son honneur, à son déshonneur, lui tournera à bien, à mal, à profit, etc., Elle produira pour lui de la honte, de la gloire, de l'honneur, du déshonneur, du bien, du mal, du profit, etc. Ce jeune homme tourne mal, Il est en passe de se mal conduire, il dévie de la bonne route, il ne soutient pas les bonnes espérances qu'on avait conçues de lui. On dit dans le sens contraire : Il tourne bien. La chance a tourné, Les choses ont changé de face. Il avait tout le monde pour lui, contre lui, mais la chance a tourné. Fam., Il a tourné, Il a abandonné son parti, ses opinions.

TOURNER signifie encore S'altérer, changer en mal. Ce vin commence à tourner, il tourne à l'aigre. Il ne faut pas trop faire chauffer cette sauce, elle tournerait. Cette crème a tourné. Le raisin, les cerises, les groseilles tournent, commencent à tourner, Ils dépassent le point de maturité, ils commencent à se gâter. Tourner sur le cœur, Donner des nausées. Ce qu'il a mangé lui a tourné sur le cœur.

SE TOURNER signifie Se changer, passer d'un état à un autre. La verdeur de ce vin se tournera en force. Il s'emploie aussi figurément. Leur première antipathie s'est tournée en amitié. Le participe passé

TOURNÉ s'emploie adjectivement et se dit d'un Produit qui est aigri, corrompu. Le lait est tourné. Du vin tourné. Fig. et fam., Un homme bien tourné, Qui est bien fait, qui a bon air. Fig., C'est un esprit mal tourné se dit d'un Homme qui prend ordinairement les choses de travers.

Littré (1872-1877)

TOURNER (tour-né) v. a.

Résumé

  • 1° Façonner au tour.
  • 2° Fig. par comparaison avec la façon d'un tour, arranger d'une certaine manière les mots et les pensées.
  • 3° Détacher en spirale l'écorce d'un fruit.
  • 4° Mouvoir en rond, circulairement.
  • 5° D'une façon plus générale, donner un mouvement qui tient du mouvement en rond.
  • 6° Diriger vers.
  • 7° Faire le tour de.
  • En termes de guerre, tourner l'ennemi.
  • 9° Changer le côté, la situation d'une chose.
  • 10° Fig. Donner une certaine direction, en parlant de choses morales.
  • 11° Donner une certaine manière d'être, un certain aspect.
  • 12° Tourner contre, rendre contraire à.
  • 13° Disposer, arranger.
  • 14° Changer.
  • 15° Tourner le sang, causer une vive et pénible impression.
  • 16° Traduire.
  • 17° Agir sur la volonté.
  • 18° Tourner quelqu'un dans tous les sens, de tous les côtés.
  • 19° Examiner de tous les côtés.
  • 20° Tourner une case.
  • 21° V. n. Se mouvoir en rond.
  • 22° Se mouvoir, être mû à droite ou à gauche par un mouvement qui a quelque chose du mouvement en rond.
  • 23° Tourner, en termes de chasse.
  • 24° Tourner, en termes de manége.
  • 25° Tourner, en termes de peinture.
  • 26° Changer de côté, de situation.
  • 27° Se diriger vers.
  • 28° Fig. Tourner vers, incliner vers, en parlant des choses morales.
  • 29° Aller et venir.
  • 30° Hésiter, balancer, essayer, tenter.
  • 31° La tête lui tourne.
  • 32° Fig. Dépendre essentiellement.
  • 33° Changer.
  • 34° Tourner en, se changer en.
  • 35° Tourner à la mort.
  • 36° Avoir une certaine issue.
  • 37° S'altérer, prendre une mauvaise qualité.
  • 38° Tourner au gras.
  • 39° Se déformer, se déranger.
  • 40° Tourner à, se dit d'une couleur qui incline vers une certaine nuance.
  • 41° Prendre de la couleur, commencer à mûrir.
  • 42° Pommer, en parlant des laitues.
  • 43° Populairement, tourner de l'œil.
  • 44° Impersonnellement, se dit, dans quelques jeux, de la carte qu'on découvre.
  • 45° V. réfl. Se tourner, être mû en rond.
  • 46° Se donner des mouvements qui tiennent du mouvement en rond.
  • 47° Se diriger vers.
  • 48° S'adresser à.
  • 49° Prendre parti.
  • 50° Se tourner contre, être contraire, lutter contre.
  • 51° Avoir une certaine issue.
  • 52° Se tourner à la mort.
  • 53° Se tourner à, arriver à, par un certain revirement.
  • 54° Se tourner en, se changer, passer d'un état à un autre.
  • 55° Devenir autre.
  • 56° S'égarer, en parlant de l'esprit.
  • 57° Prendre une certaine tournure, une certaine manière.
  • 1Façonner au tour. Tourner l'ivoire, l'argent, le fer.

    Par extension. Les Grecs ont tourné l'élégante colonne corinthienne avec son chapiteau de feuilles, sur le modèle du palmier, Chateaubriand, Génie, III, I, 8.

    Absolument. Un ouvrier qui tourne bien.

  • 2 Fig. Par comparaison avec l'action du tour qui façonne, arranger d'une certaine manière les mots ou les pensées. Quelques poëtes, qui avaient dans la tête des vers difficiles à tourner, Scarron, Rom. com. II, 1. Vous tournerez cela, ma fille, beaucoup mieux que moi, et je suis persuadée que cette sollicitation fera un grand effet, Sévigné, 570. Philisbourg est pris, ma chère enfant, votre fils se porte bien ; je n'ai qu'à tourner cette phrase de tous côtés, car je ne veux point changer de discours ; vous apprendrez donc par ce billet que votre enfant se porte bien, et que Philisbourg est pris, Sévigné, 475. Je vous ai ouï dire que j'avais une manière de tourner les moindres choses, Sévigné, à Mme de Grignan, 8 janv. 1674. Pauline est trop heureuse, ma chère enfant, d'être votre secrétaire : elle apprend à penser, à tourner ses pensées, en voyant comme vous lui faites tourner les vôtres, Sévigné, 1er juin 1689. C'était un ouvrage assez difficile que de tourner la vérité, en de certains endroits, d'une manière qui la fît connaître, et qui ne fût pas néanmoins offensante ni désagréable à la princesse, La Fayette, Hist. Henr. d'Angl. Préf. Il [J. B. Rousseau] savait très bien tourner une épigramme licencieuse et une stance, Voltaire, L. XIV, écrivains, Rousseau. La correction du style est devenue d'une nécessité absolue ; on est obligé de tourner quelquefois un vers en plusieurs manières, avant de rencontrer la bonne, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Rodog. IV, 3. J'ai dit souvent que la meilleure manière de juger les vers, c'est de les tourner en prose en les débarrassant seulement de la rime, Voltaire, Mél. litt. à M. de Tressan. Boileau, correct auteur de libelles amers, Boileau, dit Marmontel, tourne assez bien un vers, Gilbert, le XVIIIe s. Comment, sans vous compromettre, Vous tourner un compliment ? Béranger, Halte-là.
  • 3Détacher en spirale l'écorce d'un fruit ou d'un légume. Tourner un citron.

    Tourner le pain, lui donner une forme arrondie.

    Tourner les têtes, faire et façonner les têtes d'épingles.

  • 4Mouvoir en rond, circulairement. Tourner une roue. Tourner la broche. La Parque qui tournait ce précieux fuseau, Rotrou, Bélis. II, 8. J'opinerais qu'à cause de ces répétitions on le mît ici en la place de Sisyphe, et qu'on lui donnât cette grosse pierre à tourner et à retourner sans fin, comme il a fait ses sujets, Fontenelle, Jug. de Plut.

    Tourner le sas, voy. SAS.

    Terme de marine. Tourner une manœuvre, la fixer par un ou plusieurs tours, sur un point fixe.

  • 5D'une façon plus générale, donner un mouvement qui tient du mouvement en rond. Mais s'il [Apollon] eût dit : voyez quelle est votre conquête ; Je suis un jeune dieu, toujours beau, toujours frais ; Daphné, sur ma parole, aurait tourné la tête, Fontenelle, Poés. div. Œuv. t. IV, p. 363, dans POUGENS. J'ai vu ces chênes orgueilleux toucher le ciel de leur cime ; j'ai tourné la tête, et ils n'étaient plus, Diderot, Opin. des anc. philos. (Jésuite). Chaque bruit léger, chaque mouvement que j'entendais dans l'antichambre me faisait tourner la tête du côté de la porte, Genlis, Mères riv. t. II, p. 63, dans POUGENS.

    Tournez la main, aussi vite que quand on tourne la main. Je suis prompte, mais, tournez la main, voilà qui est fini, Genlis, Théâtre d'éduc. la Curieuse, III, 5.

    Tourner tête, tourner visage, se tourner pour faire face. Les ennemis le poursuivaient, il tourna tête, et les obligea de reculer à leur tour. Ces Numides, aussi bien que les Parthes, n'étaient jamais plus terribles que quand ils semblaient prendre la fuite par crainte et par lâcheté ; car, alors tournant tout à coup visage, ils lançaient leurs traits et leurs flèches contre l'ennemi, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 391, dans POUGENS.

    Tourner ses souliers, les déformer en marchant, de manière que le pied n'y est plus bien placé.

    Familièrement. Tournez-moi les talons, partez, éloignez-vous de moi

    Tourner le dos à quelqu'un, lui présenter le dos. Une jolie fille dit l'autre jour à Rennes une folie… vous connaissez M. de la Trémouille et sa belle taille et sa laideur ; il regardait une autre jolie personne dont il faisait l'amoureux, et tournait le dos à celle-ci…, Sévigné, 601. Bartholo : Sachez que, quand je dispute avec un fat, je ne lui cède ja mais. - Figaro lui tourne le dos : Nous différons en cela, monsieur ; moi je lui cède toujours, Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 5.

    Fig. et familièrement. Tourner le dos à quelqu'un, rompre avec lui, abandonner ses intérêts, lui devenir contraire. Les hypocrites nombreux que ce séjour renferme lui tournèrent le dos comme à un philosophe ennemi de l'Église et de ses pasteurs, D'Alembert, Éloges, Massillon, note 3.

    Fig. La fortune lui a tourné le dos, la fortune lui est devenue contraire.

    Tourner le dos aux ennemis, ou, simplement, tourner le dos, fuir.

    Il tourne le dos où il veut aller, au lieu d'aller où il veut, il prend un chemin tout opposé.

    Fig. Tourner le dos à la mangeoire, ou, bassement, tourner le cul à la mangeoire, se mettre dans une situation contraire à celle que demande la chose qu'on veut faire.

    Tourner en fuite, mettre en fuite. Cléobule survient avec quelques amis, Met l'épée à la main, tourne en fuite le reste, Corneille, Théod. IV, 4.

  • 6Diriger vers. Ils tournèrent leurs armes contre eux-mêmes, et ils se tuèrent les uns les autres, Sacy, Bible, Paralip. II, XX, 23. Quelle joie !… Si leur haine, de Troie oubliant la querelle, Tournait contre eux le fer qu'ils aiguisent contre elle ! Racine, Iph. IV, 1. Je crois que je serais mort de douleur, si elle n'avait tourné sur moi quelques regards, Montesquieu, Temple de Gnide, 4. Tourne les yeux, sa tombe [de Jésus-Christ] est près de ce palais, Voltaire, Zaïre, II, 3. Les ivrognes tournent leurs mains contre eux-mêmes, Desjardins, Rapp. à l'Assembl. nat. n° 786, p. 16.

    Ce prince tourna ses armes, ses forces contre tel État, il fit marcher ses troupes de ce côté-là, pour porter la guerre.

    Fig. Tourner les yeux sur, considérer, songer à. Je ne puis tourner les yeux sur le passé, sans une horreur qui me trouble, Sévigné, 148. Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux, Racine, Iphig. I, 1. De quelque part sur moi que je tourne les yeux, Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux, Racine, Andr. III, 1. Je ne tourne point sans répugnance les yeux sur le passé ; il m'humilie jusqu'au découragement, Rousseau, Hél. IV, 1.

    Tourner les yeux, avec un nom de chose pour sujet, faire considérer. Cet inconvénient tourna les yeux du ministère de Versailles vers l'île de Cerné [Ile de France], où les Portugais, suivant leur méthode, avaient jeté quelques quadrupèdes et des volailles, Raynal, Hist. phil. IV, 20.

    Tourner ses pas d'un côté, vers un endroit, aller de ce côté, vers cet endroit. Qui tourne ici ses pas ? Voltaire, Scyth. IV, 1.

    Tourner les pas de quelqu'un, le faire aller à. Mon désespoir tourna mes pas vers l'Italie, Racine, Bérén. I, 4.

    Terme de construction. Exposer et disposer avec avantage un bâtiment.

    Tourner les pieds en dedans, en dehors, porter la pointe des pieds en dedans, en dehors. aire le tour de. Comme il y avait de grandes difficultés à tourner le promontoire Malée, où des vents opposés se rencontrent et causent des naufrages, Montesquieu, Esp. XXI, 7. Je pris l'instant où personne ne songeait à moi : je tournai le coin de la rue et je disparus, Rousseau, Confess. III. Après avoir observé la caverne, je tournai le rocher dans lequel est son ouverture, Saussure, Voy. Alpes, t. I, p. 159, dans POUGENS.

    Terme de chasse. Tourner un lièvre, tourner des perdrix, tourner autour du lièvre, autour des perdrix. Elles [les barges] courent comme des perdrix ; et le chasseur, en les tournant, les rassemble assez pour en tuer plusieurs d'un seul coup, Buffon, Ois. t. XIV, p. 277.

    Tourner un bois, un buisson, en faire le tour.

    Fig. Tourner quelqu'un, chercher à entamer avec lui quelque discussion délicate. Depuis quelques jours le roi tournait Monseigneur pour lui parler, Saint-Simon, 271, 156.

  • 8 Terme de guerre. Tourner l'ennemi, un poste, une montagne, etc. les prendre à revers. Éphialtès, qui avait indiqué aux Perses le sentier de la montagne par lequel ils tournèrent les Grecs aux Thermopyles, Letronne, Instit. Mém. inscr. et bell. lett. t. VI, p. 252.
  • 9Changer le côté, la situation d'une chose. Tourner une étoffe d'un autre sens. Ceux qui ne veulent point se délasser avec moi peuvent passer outre ; il leur est permis, ils n'ont qu'à tourner la page, Malebranche, Rech. vér. IV, 13. L'étranger [Law] a tourné l'État comme un fripier tourne un habit ; il fait paraître dessus ce qui était dessous, Montesquieu, Lett. pers. 138. Périclès répondit que les lois ne leur permettaient pas d'ôter le tableau sur lequel on avait inscrit ce décret Si vous ne le pouvez ôter, dit un des ambassadeurs, tournez-le seulement : vos lois ne vous le défendent pas, Barthélemy, Anach. Introd. part. II, sect. 3.

    Fig. Le poids de sa grimace, où brille l'artifice, Renverse le bon droit, et tourne la justice ! Molière, Mis. V, I.

    Fig. Tournez la médaille, considérez cette personne ou cette chose du côté opposé.

    Fig. Tourner casaque, abandonner son parti.

    Fig. Tourner sa jaquette, même sens. J'ai reçu nouvelles que notre ancien ami Sorbière… a tourné sa jaquette, en se faisant catholique romain, Patin, Lett. t. I, p. 215, dans POUGENS.

    Tourner bride, se dit d'un cavalier qui revient sur ses pas.

    Terme de marine. Tourner l'horloge, retourner le sablier.

    Tourner la tête à quelqu'un, la faire tourner sur le cou. Le photographe tourna à droite la tête de celui dont il voulait prendre le portrait.

    Fig. Tourner la tête à quelqu'un, l'excéder, l'importuner.

    Tourner la tête à quelqu'un, lui faire changer une bonne résolution pour une mauvaise.

    Tourner la tête, rendre fou, extravagant. Un excès de tendresse qui vous tourne la tête, Hamilton, Gram. 8. Tout cela lui a tourné la tête, et la tournerait à un autre, Marivaux, Serm. indiscr. v, 1. L'opinion des armes enchantées dut tourner la tête à beaucoup de gens, Montesquieu, Esp. XXVIII, 22.

    Tourner la tête, inspirer un orgueil extravagant. Je suis capucin au spirituel et au temporel… tant de dignités ne m'ont point tourné la tête ; les honneurs chez moi ne changent point les mœurs, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 21 févr. 1770.

    Tourner la tête, inspirer un violent amour. Un sentiment qui ne peut remplir le cœur qu'après avoir tourné la tête, Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 277, dans POUGENS. Vous me plaisez, et j'ai le plus grand désir de vous tourner la tête, Genlis, Veill. du chât. t. III, p. 450, dans POUGENS. Tu es charmante, et tu vas lui tourner la tête, Picard, Deux Philiberts, II, 3.

    Tourner la tête, plaire extrêmement, en parlant de quelque chose. On joue à présent à Marseille le Père de famille ; je suis désolé de ne pouvoir vous envoyer la gazette qui fait mention de son succès ; toutes les têtes en sont tournées, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 1er déc. 1760. Aimez-vous l'histoire naturelle ? moi, elle me tourne la tête, Genlis, Théâtre d'éduc. Voyageur, II, 3.

  • 10 Fig. Donner une certaine direction, en parlant de choses morales. Soit que l'Euphrate à sa conquête Te fasse tourner ton désir…, Malherbe, VI, 2. D'Attila, s'il se peut, tournons l'emportement, Ou contre ma rivale, ou contre son amant, Corneille, Attila, IV, 2. Il a différentes inclinations, selon la diversité des tempéraments qui le tournent et le dévouent tantôt à la gloire, tantôt aux richesses et tantôt aux plaisirs, La Rochefoucauld, Prem. pens. n° 1. Il [Vardes] fit si bien que je ne pus tourner mon inquiétude que sur le passé [de votre santé], Sévigné, à Mme de Grignan, 22 sept. 1677. N'est-ce pas Dieu qui a tourné son cœur [de Mme de la Sablière] ?… n'est-ce pas Dieu qui lui donne la vue et le désir d'être à lui ? Sévigné, 21 juin 1680. Dieu est le maître de nos volontés, il nous les tourne comme il lui plaît, Sévigné, t. x, p. 543, éd. RÉGNIER. Ce corps qui est uni si étroitement à l'âme, devient l'objet le plus cher de ses complaisances, elle tourne tous ses soins de son côté…, Bossuet, la Vallière. Il tourna uniquement ses vues et ses désirs vers l'Académie des sciences, Mairan, Élog. de Petit. Le terrain aride de l'Attique faisait une nécessité de tourner l'industrie des habitants aux arts et au commerce, Condillac, Hist. anc. I, 16.

    Tourner toutes ses pensées à quelque chose, vers quelque chose, y appliquer toutes ses pensées. La pauvre Mme de la Fayette… tourne toutes ses pensées à finir comme ma pauvre tante, Sévigné, 9 juill. 1677. Il tourna toutes ses pensées à l'établissement du culte divin, Bossuet, Hist. II, 4.

    On dit dans le même sens : tourner son cœur à Dieu.

  • 11 Fig. Donner une certaine manière d'être, un certain aspect. On tournera cette affaire d'une manière dont vous aurez sans doute toute sorte de contentement, Sévigné, 20 nov. 1673. Croyez-vous que mon style, qui est toujours tout plein d'amitié, ne se puisse mal interpréter ? je n'ai jamais vu de ces sortes de lettres entre les mains d'un tiers, qu'on ne pût tourner sur un méchant ton, Sévigné, à Bussy, 12 janv. 1681. Ils se rendirent les arbitres de la doctrine et de la religion, qu'ils tournèrent insensiblement à des pratiques superstitieuses, Bossuet, Hist. II, 5. Il faut patienter sur la grande affaire, et espérer que Dieu la tournera pour sa gloire, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 6 oct. 1699. Si l'on pouvait quelquefois craindre que par le don de la parole M. du Verney n'eût la facilité de tourner les faits selon ses idées, Fontenelle, du Verney.

    Tourner bien, tourner mal une affaire, une chose, lui donner un bon, un mauvais aspect. Madame a une éloquence si persuasive, elle tourne les choses d'une manière si agréable, qu'il faut être de son sentiment, malgré qu'on en ait, Molière, Critique, 3. Vous avez fort bien tourné la chose, Bossuet, Lett. quiét. 76.

    Tourner tout en mal, tourner tout en bien, interpréter tout en mauvaise part, en bonne part.

    Tourner les choses à son avantage, les interpréter avantageusement pour soi, ou savoir en tirer avantage.

    Tourner une chose en raillerie, la prendre comme dite ou faite en raillant et sans dessein d'offenser. Il ne se fâcha pas des choses désagréables qu'on lui disait, il les tourna en raillerie.

    Tourner quelque chose en plaisanterie, en faire le sujet de plaisanteries. Le génie des Français est de tourner en plaisanterie les événements les plus affreux, Voltaire, Henr. II, not.

    Tourner en raillerie, en dérision, se moquer de quelque chose. Tel d'entre eux tourne en dérision tout ce qui est honnête, qui serait au désespoir que sa femme pensât comme lui, Rousseau, Ém. IV.

    On dit dans le même sens : tourner en ridicule. Les amies de la voyageuse, voyant que le dessous des cartes se découvre, affectent fort de rire, et de tourner cela en ridicule, Sévigné, 209.

    Tourner quelqu'un en ridicule, faire rire à ses dépens. Va, ne me tourne point Octar en ridicule, Corneille, Att. IV, 3. Je suis bien aise que Piron gagne quelque chose à me tourner en ridicule [Voltaire avait été dupe de vers faits par un homme sous le nom d'une femme ; ce que Piron a mis dans sa Métromanie], Voltaire, Lett. Thiriot, 25 janv. 1738. La Comédie des philosophes, dans laquelle je fus tourné en ridicule et Diderot extrêmement maltraité, Rousseau, Confess. x. Les Parisiens ne laissent pas échapper une occasion de tourner la cour en ridicule, Genlis, Méres riv. t. I, p. 130, dans POUGENS.

    Tourner quelqu'un en ridicule, avec un nom de chose pour sujet, le rendre ridicule. Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens, Molière, Mis. I, 1.

    Tourner en burlesque, rendre burlesque. Il n'y a rien de si profane dont on ne puisse tirer des moralités, ni rien de si sérieux qu'on ne puisse tourner en burlesque, Dumarsais, Tropes, III, 9.

  • 12Tourner contre, rendre contraire à. Vous tournez contre Dieu tout ce que vous avez reçu de lui ; votre abondance sert à vos passions…, Massillon, Pet. carême, Vic. vert. des grands. Il y a un mauvais génie qui tourne tout ici contre moi, Beaumarchais, Mar. de Fig. IV, 5.
  • 13Disposer, arranger. Chacune de ces troupes de chevaux [sauvages] a un cheval chef qui la commande, qui la guide, qui la tourne et range quand il faut marcher ou s'arrêter, Buffon, Quadrup. t. VIII, p. 73.
  • 14Changer. La furie de votre bourreau qui tourne son exécution en un combat particulier contre son pendu, Sévigné, 9 mars 1689. Quel changement produisait en moi ma complaisance pour des liaisons trop aimables, que l'habitude commençait à tourner en amitié ! Rousseau, Ém. v.

    Tourner le discours, changer le sujet de l'entretien. J'en ai déjà parlé, mais il a su gauchir, Et, tournant le discours sur une autre matière, Il n'a ni refusé ni souffert ma prière, Corneille, Pomp. IV, 2. Je puis par des propos éloignés couper la conversation, et peu à peu la tourner sur d'autres sujets, Bourdaloue, Exhort. faux témoig. rendus contre J. C. t. II, p. 26. Tourner le sang, causer une très vive et très pénible impression. Elle dit que le déchaînement qu'elle voit contre moi lui tourne le sang, et elle est bien étonnée de ma philosophie à cet égard, Genlis, Mères riv. t. I, p. 356, dans POUGENS. Mais aussi ce billet… il m'a tourné le sang ! Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 19.

  • 16Traduire (sens qui vieillit). Leurs Écritures [des Juifs] furent tournées en grec, et on vit paraître cette célèbre version appelée la Version des Septante, Bossuet, Hist. I, 8. Nous allâmes le jour suivant, lundi, pour voir Jannes Tornoeus, homme docte, qui a tourné en lapon tous les psaumes de David, Regnard, Voyage de Laponie au commencement.
  • 17Agir sur la volonté. Comme nous avions eu deux ou trois jours pour tourner les esprits, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 39, dans POUGENS. Ainsi que je voudrai, je tournerai cette âme, Molière, Éc. des fem. III, 3. Et tournant à son gré ce cœur simple et sincère, Voltaire, Irène, v, 1.

    Tourner une personne à son gré, lui faire faire ou dire ce qu'on veut.

  • 18Tourner quelqu'un de tous les sens, de tous les côtés, lui faire diverses questions, diverses propositions, afin de tirer de lui ce qu'il sait ou ce qu'il veut. Par tant d'endroits tourna sa femme Qu'il apprit que…, La Fontaine, Cordel. À la fin, elles la tournèrent de tant de côtés, que la pauvre épouse avoua la chose comme elle était, La Fontaine, Psyché, I, p. 75. Je l'ai tant tourné de tous les côtés, qu'il a prêté l'oreille aux propositions que je lui ai faites d'ajuster l'affaire pour quelque somme, Molière, Scapin, II, 8.

    Absolument. Tourner quelqu'un, l'interroger avec adresse. Elle fait tant, tourne tant son amie Que…, La Fontaine, Comm. l'espr. Quand il a voulu me tourner pour savoir le nom de celui que vous préfériez, Genlis, Théât. d'éduc. Amant anon. IV, 2.

    Tourner quelqu'un, le circonvenir. Le chevalier son frère, homme d'esprit, me tourna si bien, me faisant entendre qu'il y avait des droits attachés à la place de secrétaire, qu'il me fit accepter les mille francs, Rousseau, Confess. VII.

  • 19Examiner de tous les côtés. Et tous les avocats, Après avoir tourné le cas En cent et cent mille manières, Y jettent leur bonnet, La Fontaine, Fabl. II, 20.
  • 20Tourner une case, se dit au trictrac, quand d'une case déjà faite on ôte une dame pour en composer une autre case entière, en y joignant une autre dame.
  • 21 V. n. Se mouvoir en rond. La tête d'une femme est comme la girouette Au haut d'une maison qui tourne au premier vent, Molière, Dép. am. IV, 3. Il me semblait que j'étais à Dol dans un palais d'Atlante ; tous les noms que je connais tournaient autour de nous sans que nous les vissions, Sévigné, 1er août 1685. Et le pupitre enfin tourne sur son pivot, Boileau, Lutr. III. Le soleil tourne en vingt-cinq jours et demi sur lui-même, et la terre en un jour sur elle-même, Voltaire, Mél. litt. à M***. Il importe peu pour la société que ce soit la terre qui tourne ; mais il importe que les hommes qui tournent avec elle soient justes, Voltaire, Socrate, III, 1. Un autre écrivait ou lisait, en tournant avec rapidité sur lui-même, Barthélemy, Anach. ch. 25. Elle parlait : soudain avec un bruit terrible, Sur ses gonds mugissants tourne la porte horrible, Delille, En. VI.

    Fig. Voilà la girouette qui va tourner !… est-ce là une femme ? elle ne contredit point ! Lesage, Crispin rival, 6.

    Faire tourner le sas, voy. SAS.

    Faire tourner la baguette divinatoire, voy. BAGUETTE.

    Fig. et familièrement. Tourner à tout vent, tourner comme une girouette, avoir l'esprit variable, être versatile Ne tourner point à tout vent, et n'allez point par toute sorte de routes, Sacy, Bible, Ecclésiast. v, 11. Vous tournez à tout vent, vous faites flèche de tout bois, Diderot, Lett. à Falconet, févr. 1766.

  • 22Se mouvoir, être mû à droite ou à gauche par un mouvement qui a quelque chose du mouvement en rond. Ce cocher a tourné trop court. Dites-lui qu'il tourne à droite. Le vent a tourné. D'un carrosse, en tournant, il accroche une roue, Boileau, Sat. VI. Il l'observe de l'œil ; et, tirant vers la droite, Tout d'un coup tourne à gauche…, Boileau, Lutr. v. J'ai des chevaux, morbleu, qui tourneraient sur la pointe d'une épée, Dancourt, Femme d'intrigues, III, 11. Ils tournent dans une allée, moi dans le taillis, Marivaux, l'Heur. stratag. I, 12.

    Fig. …Tes soucis doivent tourner ailleurs, Corneille, la Place roy. v, 7.

    Tournez, se dit à un cocher, pour lui faire prendre une direction opposée.

    Le vent tourne au nord, à l'est, etc. il passe au nord, etc.

    Tourner court, s'arrêter brusquement dans sa marche et se diriger d'un autre côté. Il tourna tout court au siége de la montagne, Vaugelas, Q. C. 354.

    Fig. Tourner court, abréger. L'orateur a tourné court et s'est hâté de finir.

    La maladie a tourné court, elle s'est terminée par une mort prompte et inattendue.

    Ce dénoûment tourne trop court, il n'est pas assez ménagé.

  • 23 Terme de chasse. Tourner au change, se dit des chiens lorsqu'ils attaquent un autre animal que celui de meute.

    Se dit de la bête que l'on poursuit, quand elle fait un retour.

    On fait tourner les chiens pour trouver le retour et le bout de la ruse.

  • 24 Terme de manége. Prendre une autre direction que celle qu'on suivait d'abord ; changer de main.

    Tourner à toutes mains, se dit d'un cheval qui sait accomplir une conversion au pas, au trot et au galop.

    Se dit aussi d'un cheval qui tourne aussi aisément à droite qu'à gauche.

  • 25 Terme de peinture. Se dit des formes, des contours bien accusés, dont l'œil saisit facilement le relief. Cet objet tourne bien.

    On dit de même que la lumière et l'air tournent autour d'un objet, pour exprimer que cet objet se détache de la toile.

  • 26Changer de côté, de situation. Souvent la tempête faisait tourner cette grande pièce de bois, et nous nous trouvions enfoncés dans la mer, Fénelon, Tél. VI.

    Le pied m'a tourné, j'ai eu une foulure. Rosine : Non, je ne me trouve pas mal… mais c'est qu'en me tournant… ah !… - Le comte : Le pied vous a tourné, madame ? - Rosine : Ah ! oui, le pied m'a tourné, Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 4.

  • 27Se diriger vers. Il sort du pavillon pour tourner vers ces lieux…, Tristan, Panthée, v, 2. En quel lieu sommes-nous ? De quelque part qu'on tourne, on ne voit que des fous, Molière, Fâch. II, 2.

    Fig. Ne savoir de quel côté tourner, ne savoir que faire, que devenir. Hélas ! que faire ? hélas ! de quel côté tourner ? Baron, Andrienne, I, 7.

    Fig. Tourner du côté de quelqu'un, se ranger de son parti.

  • 28 Fig. Tourner vers, incliner vers, en parlant de choses morales. Mortel, ouvre les yeux, et vois que la misère Te cherche et te suit en tout lieu, Et que toute la vie est une source amère, à moins qu'elle tourne vers Dieu, Corneille, Imit. I, 22. Rendez cet office à ces princes de savoir adroitement de ma fille vers qui des deux ses sentiments peuvent tourner, Molière, les Am. magnif. I, 2. Le roi ayant commencé à tourner vers la dévotion, Mme de Maintenon l'y porta de plus en plus, Duclos, Œuv. t. v, p. 182.

    En un sens opposé, tourner contre. Sa fureur est extrême, Et pourrait bien enfin tourner contre elle-même, Quinault, Belléroph. v, 4.

    Tourner sur, s'occuper uniquement de. J'admire comme on peut tourner uniquement sur une pensée [la santé de Mme de Grignan], et comme tout le reste me paraît loin, Sévigné, 19 janv. 1680.

  • 29Aller et venir. Quelle maison [un terrier] pour lui ! l'on y tournait à peine, La Fontaine, Fabl. IV, 17. Il [Turenne] dit au petit d'Elbeuf : Mon neveu, demeurez là ; vous ne faites que tourner autour de moi, vous me feriez reconnaître, Sévigné, 211. Je hais bien les affaires, je trouve qu'elles nous gourmandent beaucoup, et nous font aller, et venir, et tourner à leur fantaisie, Sévigné, 422. Elle [Mme de Vins] ne cherche plus de douceur que dans sa famille ; c'est ce qu'il y a de plus solide, après avoir bien tourné, Sévigné, 9 juin 1680.

    Circuler, en parlant de lettres, de dires. Qu'elle [Mme de Coulanges] ne sache point que je vous envoie ses lettres ; elle vous en écrirait autant ; mais on n'aime point que cela tourne, Sévigné, 7 juill. 1680. … Les reproches amers de M. de la Trousse, qui me dit que je devrais donc lui faire vendre [à mon fils] sa charge pour vaquer à celle de mon intendant ; je vous prie que ceci ne tourne point, Sévigné, t. VI, p. 149, édit RÉGNIER.

    Fig. Tourner autour de quelqu'un, essayer de s'insinuer auprès de lui. Broglio s'avisa de trouver mauvais que le prince royal [de Danemark] tournât autour d'elle [sa femme], et qu'elle le reçût bien, Saint-Simon, 215, 159.

    Fig. Tourner autour du pot, voy. POT, n° 7.

    Fig. Tourner autour d'une pensée, la délayer. Fénelon conseille aux écrivains d'être simples, et il prend ce moment-là pour ne l'être point lui-même ; il tourne autour d'une même pensée, et il la répète sans la rendre ni plus vive ni plus sensible, Condillac, Art d'écr. III, 4.

    Fig. Tourner autour d'une pensée, du mot de l'énigme, en approcher sans les rencontrer complétement. Je tournais tout autour de cette pensée, et ce que je disais ne me contentait point, Ch. Sévigné, dans SÉV. 15 janv. 1690. Il me paraît que je tourne autour du mot de l'énigme, mais je peux me tromper ; vous savez que je ne suis pas grand politique, Voltaire, Lett. au roi de Pr. 3 mars 1767. Les philosophes ont tourné autour des causes de la pesanteur sans pouvoir les trouver, Voltaire, Dial. 29, 8. Il y a, au moment où j'écris, plusieurs personnes qui tournent autour du secret de M. Bachelier, Diderot, Peint. en cire, Œuv. t. XV, p. 372, dans POUGENS.

  • 30Hésiter, balancer, essayer, tenter. Jupiter eut jadis une ferme à donner ; Mercure en fit l'annonce, et gens se présentèrent, Firent des offres, écoutèrent : Ce ne fut pas sans bien tourner ; L'un alléguait que l'héritage…, La Fontaine, Fabl. VI, 4. Puis je tiens inutile De tant tourner, il n'est que d'aller droit, La Fontaine, Magn. Hippocrate ne fait Choix de ses mots, et tant tourner ne sait, La Fontaine, Abb. Le pèlerin, sans tant tourner, lui dit…, La Fontaine, Pet. chien. M. de Paris tourna longtemps sans pouvoir être entendu par un homme si rempli de soi-même, Saint-Simon, 24, 25.
  • 31La tête lui tourne, il se trouve étourdi pour avoir regardé en bas d'un lieu fort élevé. La tête ne tourne point au couvreur sur les toits, Rousseau, Ém. II.

    La tête lui tourne, il a des étourdissements, des vertiges. Votre soleil me fait peur ; comment ? les têtes tournent ! on a des apoplexies comme on a des vapeurs ici, et votre tête tourne comme les autres, Sévigné, 13 avril 1672.

    Fig. Cette âme a bu les plaisirs du siècle, et, la tête lui ayant tourné, elle est tombée d'une grande chute, Bossuet, Sermons, Anges gard. 2.

    La tête lui tourne, l'esprit lui tourne, il extravague, il devient fou. L'esprit a tourné à la pauvre Mme de Nogent, Sévigné, 148. La tête a tourné à deux docteurs, Bossuet, Lett. quiét. 271. C'était [Dangeau] le meilleur homme du monde, mais à qui la tête avait tourné d'être seigneur, Saint-Simon, 39, 198. La comtesse : Oui, si l'esprit me tourne. - Le baron : Eh bien, il vous tournera : c'est si peu de chose que l'esprit, Marivaux, Surpr. de l'am. I, 8. Il m'a paru que la tête avait tourné à ce commandant infortuné [Lalli], mais qui ne méritait pas qu'on la lui coupât, Voltaire, Lett. d'Estaing, 8 sept. 1766.

    Fig. Faire tourner la tête, exciter amour, admiration, transport. Vous citez plaisamment cette dame qui aimait à faire tourner la tête à des moines ; ce serait une bien plus grande merveille de la faire tourner à M. de Vence, Sévigné, 125. Cette belle tête deviendra chauve ; or je n'ai qu'à la voir à présent des mêmes yeux dont je la verrai alors ; et assurément cette tête ne fera pas tourner la mienne, Voltaire, Memnon. Aux battements de mains, aux acclamations de l'assemblée la tête lui tourne, il est hors de lui, Rousseau, Ém. III. Le bruit a couru ici que vous deviez venir entendre Mlle Clairon dans la nouvelle salle, et voir jouer ce rôle d'Idamé qui a fait tourner la tête à tout Paris, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 28 juill. 1756.

    Fig. La tête lui tourne, il ne se connaît plus dans la bonne fortune. Il se trouve des hommes qui soutiennent facilement le poids de la faveur et de l'autorité, qui se familiarisent avec leur propre grandeur, et à qui la tête ne tourne point dans les postes les plus élevés, La Bruyère, XI. Donnez-moi un peu de grandeur, mais ne m'en donnez pas trop, de peur que la tête ne me tourne, Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 10 mars 1740.

    Il se dit aussi de celui à qui quelque chose trouble l'esprit. La tête tourne à nos pauvres ennemis : la vue de M. de Turenne les renverse, Sévigné, 12 juin 1675. Les hommes insolents pendant la prospérité sont toujours faibles et tremblants dans la disgrâce ; la tête leur tourne aussitôt que l'autorité absolue leur échappe, Fénelon, Tél. XII. La tête me tourna de la rapidité avec laquelle on y allait, Marivaux, Pays. parv. 4e part. Ma tête, qui n'est pas plus grosse que celle d'un lapin, m'a un peu tourné ; il faut digérer et avoir une grosses tête pour bâtir des maisons et des comédies et pour diriger les têtes des autres, Voltaire, Lett. d'Argental, 22 juill. 1770. Il [P. L. Courier] eut son grain d'ambition, son quart d'heure de folie, comme un autre ; la tête aussi lui tourna ; mais cela ne dura guère, il en revint bientôt avec mécompte et corrigé pour toute sa vie, Carrel, Œuvres, t. v, p. 196.

    Il est si embarrassé que la tête lui tourne, que la tête lui en tourne, il a tant d'affaires, ou il se trouve dans une situation si difficile, qu'il ne sait quel parti prendre.

  • 32 Fig. Dépendre essentiellement. M. le Duc pleura ; c'était sur Vatel que tournait tout son voyage de Bourgogne, Sévigné, 47. Tout tourne ou sur vous, ou de vous, ou pour vous, ou par vous, Sévigné, à Mme de Grignan, 23 mars 1671.
  • 33 Changer Mais las ! mon sort est bien tourné, Régnier, Stances relig. Amitié dangereuse et redoutable zèle, Que règle la fortune et qui tourne avec elle, Corneille, Pomp. III, 2. Qui leur tira mourant la victoire des mains, Et fit tourner le sort des Perses aux Romains, Corneille, Poly. I, 3.

    Le sort a tourné, il a passé d'un autre côté. À ce moment le sort tourna, Bossuet, Hist. I, 9.

    La chance a tourné, les choses ont changé de face.

    Le temps tourne au froid, il devient froid. Nous demeurâmes quarante jours à Gawbockheim par un temps charmant, quoique tournant un peu sur le froid, Saint-Simon, 23, 4.

  • 34Tourner en, se changer en. L'amour que j'ai pour toi tourne en haine pour elle, Corneille, Rodog. II, 2. La règle que donne saint Augustin est de modérer l'usage de la communion, quand elle tourne en dégoût, Bossuet, Mar.-Thér.

    Fig. et familièrement. Faire tourner quelqu'un en bourrique, le tourmenter tellement qu'il ne sait ce qu'il fait ou ce qu'il dit.

  • 35Tourner à la mort, se dit d'un malade tombant rapidement dans un état qui fait augurer une mort prochaine. Monsieur le Prince demanda cette grâce [du prince de Conti] au roi on peu avant que de tourner à l'agonie, Sévigné, 13 déc. 1686.

    On dit dans le même sens : La maladie tourne à la mort. Vous voyez tous les jours les infirmités les plus légères tromper les conjectures de l'art et l'attente des malades, et tourner tout d'un coup à la mort, Massillon, Carême, Mort.

  • 36Avoir une certaine issue. Cette maladie, cette affaire tourne mal. L'affaire a bien tourné. L'attaque de la demi-lune a mal tourné, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 240. Vous aurez vu comme la chose a tourné, Sévigné, 114. N'importe, si mes soins tournent heureusement, Gresset, Méch. IV, 2.

    Tourner à, tourner en, même sens. Seigneur, ne faites rien qui tourne à votre blâme, Du Ryer, Scévole, I, 7. Tout tourne en bien pour les élus, jusqu'aux obscurités de l'Écriture ; car ils les honorent, à cause des clartés divines ; et tout tourne en mal aux réprouvés, jusqu'aux clartés ; car ils les blasphèment à cause des obscurités qu'ils n'entendent pas, Pascal, Pens. XX, 6, éd. HAVET. N'est-il pas vrai, ma fille, que tout tourne à bien pour ceux qui sont heureux ? l'Évangile le dit, il faut le croire, Sévigné, 390. Quiconque pense invoquer Dieu en un autre nom qu'en celui de notre Seigneur Jésus-Christ, sa prière lui tourne à damnation, Bossuet, Sermons, Réconciliation, I. [David] par sa pénitence a fait tourner son crime à la gloire de son créateur, Bossuet, Hist. I, 5. Et bientôt le combat tourne à son avantage, Racine, Théb. v, 3. Tout leur art leur tournait à mal, Lamotte, Fabl. v, 7. Tous leurs efforts pour me nuire ont tourné à leur confusion, et leur ont attiré les mortifications les plus cruelles, Rousseau, Lett. à Panckoucke, 23 mai 1765. Monsieur, vous seul pouvez rétablir cette affaire : Elle tourne au plus mal, Gresset, le Méch. III, 4.

    Tout tourne contre lui, rien ne lui réussit. La vérité, celle même qui tourne contre lui, ne paraît pas lui déplaire, Al. Duval, Jeun. de Richel. I, 6.

    Ce jeune homme tourne mal, tourne bien, il ne soutient pas, il soutient les espérances qu'on avait conçues de lui. Enfin mon frère tourna si mal qu'il s'enfuit et disparut tout à fait, Rousseau, Conf. I. Faut-il, dans la crainte qu'elles ne tournent mal, les élever dans l'ignorance ? Genlis, Théât. d'éduc. Lingère, I, 7.

  • 37S'altérer, prendre une mauvaise qualité. Le lait a tourné sur le feu. Ce vin tourne à l'aigre. Il est à craindre que cette sauce ne tourne. Les vins les moins spiritueux sont ceux qui tournent le plus vite, Genlis, Maison rust. t. III, p. 307, dans POUGENS. Du vin qu'a fait tourner l'orage, Un vin nouveau bientôt consolera, Béranger, Vend.

    Par exagération. Cela fait tourner le sang, cela cause un saisissement, une émotion très pénible.

  • 38Tourner au gras, se dit du salpêtre, lorsque, dans les raffineries, la cuite s'en épaissit, se met en pâte sans cristalliser.
  • 39Se déformer, se déranger. La taille de cette jeune personne tourne.

    Ses yeux tournent, il devient louche.

  • 40Tourner à, se dit d'une couleur qui incline vers une certaine nuance. Cette couleur [violette] tourne au rouge ou au bleu, selon que l'un ou l'autre de ces deux principes prédomine, Chaptal, Instit. Mém. scienc. t. III, p. 103.
  • 41Prendre de la couleur, commencer à mûrir. Le raisin tourne déjà. On attend, pour découvrir les abricots et les pêches hâtives, que ces fruits commencent à tourner, ou prendre de la disposition à mûrir, Genlis, Maison rust. t. II, p. 490, dans POUGENS.
  • 42Pommer, en parlant des laitues. Lorsque les laitues commencent à tourner, c'est-à-dire à pommer, on doit retrancher les feuilles basses qui sont jaunes, Genlis, Maison rust. t. II, p. 453, dans POUGENS.
  • 43 Populairement. Tourner de l'œil, mourir.
  • 44 Impersonnellement, tourner s'emploie dans quelques jeux, et se dit de la carte qu'on montre, qu'on découvre, et dont la couleur détermine l'atout. Il tourne carreau. De quoi tourne-t-il ?

    C'est une faute de dire : que tourne-t-il ?

    Fig. Je voudrais savoir de quoi il tourne ou retourne, de quoi il s'agit.

  • 45Se tourner, v. réfl. Être mû en rond. Cette roue se tourne ainsi.
  • 46Se donner des mouvements qui tiennent du mouvement en rond. Se tourner dans son lit. Que nous sert cette queue ? il faut qu'on se la coupe… Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe ; Mais tournez-vous, de grâce ; et l'on vous répondra, La Fontaine, Fabl. v, 5. On parle fort de la paix… il semble qu'elle sera bonne à tout le monde ; on souhaitait ainsi la guerre ; c'est que nous nous tournons d'un côté sur l'autre, Sévigné, 27 oct. 1675. Si je me vois contraint de retracer l'image de nos malheurs, je n'en ferai point d'excuse à mon auditoire, où, de quelque côté que je me tourne, tout ce qui frappe mes yeux me montre une fidélité irréprochable, Bossuet, le Tellier. Vous savez comment le Sauveur se tourna vers lui [Pierre], et le regarda, Bourdaloue, Exhort. sur le reniem. de St Pierre, t. I, p. 473.

    Fig. De quelque côté qu'on se tourne, quelque parti que l'on prenne. De quelque côté que vous vous tourniez, vous êtes forcé d'avouer deux choses : votre ignorance et la puissance immense du Créateur, Voltaire, Dict. phil. âme. Familièrement. N'avoir pas le temps de se tourner, être très occupé, très affairé. Nous faisons tant d'affaires, que nous n'avons pas le temps de nous tourner, Sévigné, 29 déc. 1675.

    Fig. Avoir le temps de se tourner, avoir le temps d'examiner, d'agir. Je ne pus me persuader que le roi bâclât l'affaire, de lui à Monseigneur, avec tant d'autorité et si court que Mme la Duchesse et les siens n'eussent le temps de se tourner, Saint-Simon, t. VIII, p. 262, édit. CHÉRUEL.

    On ne peut se tourner, sans…, c'est-à-dire au moindre mouvement qu'on fait, on… Pour les beautés, on ne pouvait s'y tourner [à la cour de Charles II] sans en voir, Hamilton, Gram. 6.

    Se tourner en fuite, prendre la fuite. Les Sarrasins, qui croyaient n'avoir affaire qu'aux Arméniens, qu'ils avaient déjà battus plusieurs fois, surpris de voir les étendards de Saint-Jean, qu'ils connurent encore mieux aux grands coups que ces chevaliers portaient, se tournèrent en fuite, Vertot, Hist. de Malte, v.

  • 47Se diriger vers. Vos yeux, vos tristes yeux Avec de longs soupirs se tournent vers les cieux, Racine, Brit. v, 1. Déjà dans les vaisseaux la voile se déploie ; Déjà sur sa parole [de Calchas] ils [les vaisseaux] se tournent vers Troie, Racine, Iphig. III, 3. Mon cœur est comme l'aimant, il se tourne vers le nord, Voltaire, Lett. à Catherine II, 24 janv. 1766. Bientôt tous les yeux se tournèrent vers moi, Riccoboni, Œuv. t. III, p. 424, dans POUGENS.

    Fig. Rien ne se tourne du côté de la paix, Sévigné, 25 janv. 1693. Il est heureux que notre amour-propre se tourne précisément où il doit être, Sévigné, 24 janv. 1689. Le génie de Colbert se tourna principalement vers le commerce, Voltaire, Louis XIV, 29.

    Avec ellipse du pronom personnel. Je vous conjure, ma chère Pauline, de ne pas tant laisser tourner votre esprit du côté des choses frivoles, que vous n'en conserviez pour les solides, Sévigné, 16 nov. 1689.

    Fig. et familièrement. Ne savoir de quel côté se tourner, ne savoir quel parti prendre, être très embarrassé. Ne sachant plus où se tourner pour sauver M. de Cambrai, Bossuet, Lett. quiét. 381.

  • 48S'adresser à. Puis [les démons] se tournant aux saints anges : hé bien… est-ce que nous sommes seuls ? Bossuet, 2e sermon, Démons, 2. Quand il [le monde] commencera à m'oublier, et que je ne pourrai plus en faire usage, alors je me tournerai vers vous, et je vous dirai : Me voici, Massillon, Avent, Délai.
  • 49Prendre parti. Les Romains méprisèrent ce gouvernement, et se tournèrent à Charlemagne, Bossuet, Hist. I, 11. César… se tourne du côté du peuple, Bossuet, ib. III, 7. Ces mêmes Suisses se tournèrent contre François 1er, Voltaire, Hist. parl. XVI.
  • 50Se tourner contre, être contraire, lutter contre. Mais la fortune enfin se tourna contre nous, Corneille, Rodog. I, 6. Leurs langues ont perdu leur force en se tournant contre eux-mêmes, Sacy, Bible, Psaum. LXIII, 9. Antoine et César, après avoir ruiné Lépide, se tournent l'un contre l'autre, Bossuet, Hist. I, 9. Alger, riche des dépouilles de la chrétienté, dans ta brutale fureur tu te tournes contre toi-même, Bossuet, Mar.-Thér. Je vois que tout ce qu'on a jamais dit contre la liberté de l'homme, se tourne encore avec bien plus de force contre la liberté de Dieu, Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 8 mars 1738.
  • 51Avoir une certaine issue. La reine a dîné… avec Mme de Montespan et Mme de Fontevrault : vous verrez de quelle manière se tournera cette amitié, Sévigné, 14 juin 1675. N'avançons point nos chagrins ; espérons plutôt que tout se tournera selon nos désirs, Sévigné, 8 janv. 1690. Il [le cardinal de Retz] a un procès qu'il fera juger, parce que, selon qu'il se tournera, ses dettes seront achevées d'être payées, ou non, Sévigné, 27 juin 1678. Tout se tourne à la paix, Sévigné, 27 juin 1672. Son étoile à lui [M. de Lavardin], c'est que tout se tourne à bien pour le faire riche, Sévigné, 3 juill. 1680. L'obstacle semble se tourner à rien, Bossuet, Lett. abb. 168. Mais que cet établissement se tournât mal, ce serait un des lieux du monde où Dieu serait le plus offensé, Maintenon, Lett. à Mme de*** 30 sept. 1693. Je ne sais ce que c'est : tout se tourne malheureusement, Montesquieu, Lett. pers. 151.

    Se tourner au bien, suivre ce qui est bien. Cette princesse-là se tourne tout à fait au bien, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 9 juin 1685.

    Se tourner vers Dieu, donner son cœur à Dieu.

  • 52Se tourner à la mort, même sens que tourner à la mort, mais beaucoup moins usité. Dans cet état [mieux apparent], hier à six heures, il [la Rochefoucauld] se tourne à la mort… en un mot, la goutte l'étrangle traîtreusement, Sévigné, 17 mars 1680.
  • 53Se tourner à, arriver à, par un certain revirement. Il semble que le temps veuille se tourner au beau, comme quelques almanachs le promettent, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 358. Et tout d'un coup la conversation se tourne à parler des goûts de M. de Charost, Sévigné, 18 févr. 1689.
  • 54Se tourner en, se changer, passer d'un état à un autre. C'est lors véritablement que leur phlegme s'est tourné en bile, Guez de Balzac, liv. I, lett. 7. Nous sommes résolus, si son mal [de Mme de la Trousse] se tourne en langueur, de nous en aller en Provence, Sévigné, 6 avril 1672. Mes affaires de Nantes vont pitoyablement ; tout s'est tourné en chicanes, en saisies, Sévigné, 6 juill. 1689. C'était ouvrir une porte par laquelle toute l'Écriture et tous les mystères de notre salut se tourneraient en figures, Bossuet, Var. II, 30. Tout se tourne en révoltes et en pensées séditieuses, quand l'autorité de la religion est anéantie, Bossuet, Reine d'Anglet. L'orgueil se tourne aisément en cruauté, Bossuet, Hist. III, 4. Les hommes peuvent-ils espérer pour eux-mêmes quelque douceur de vie, si leur plus étroite société, qui est celle du mariage, se tourne en amertume ? Fénelon, Éduc. filles, I. Le doute s'était changé en admiration pour lui [Colomb] à son premier voyage ; mais l'admiration se tourna en envie au second, Voltaire, Mœurs, 145.

    La fièvre tierce s'est tournée en quarte, en continue, elle est devenue quarte, continue.

  • 55Devenir autre. La licence d'une justice arbitraire, qui, sans règle et sans maxime, se tourne au gré de l'ami puissant, Bossuet, le Tellier. Le cœur de la reine se tourna tout d'un coup, Hamilton, Gram. 11.
  • 56S'égarer, en parlant de l'esprit. Personne ne peut la gouverner [Mme de Vaubrun, dans le chagrin de la perte de son mari], et l'on craint tout de bon que son esprit ne se tourne, Sévigné, 4 sept. 1675.
  • 57Prendre une certaine tournure, une certaine manière. J'avoue que vous m'avez arrêtée tout court, et que je ne puis souffrir la manière dont cela s'est tourné dans vos têtes, Sévigné, 411. Les choses se tournent bien différemment dans les têtes des hommes, Voltaire, Lett. d'Argens, 30 nov. 1764.

HISTORIQUE

XIe s. Sur mei avez turnet fals jugement, Ch. de Rol. XXII. Jà cil d'Espaigne ne s'en deivent turner [s'en retourner], ib. CXXX. Andui li oil [les deux yeux] en la teste li turnent, ib. CXLVIII. Rollanz s'en turne, par le camp vait tut suls, ib. CLX. [Il] Turnat la teste vers la paiene gent, ib. CLXXI. Unt lur [ils leur ont] les doz turnez, ib. CLXXV.

XIIe s. Li rois Marsiles s'en est fuiant tornez, Ronc. p. 101. Jà de bataille n'en verrez un tourner, ib. p. 134. Sor lui torna li duels [deuil] par son folage, ib. p. 159. Chascuns torna sa resne et son tour a repris, ib. p. 193. [Ils font] Engin de mainte color Pour tourner joie en tristor, Couci, 1. Et quant l'alaine douce vente Qui vient de cel douz païs Où cil est qui m'atalente, Volentiers [j'] i tour mon vis [visage]i, Dame de Faiel, dans Couci. Car pur ço que il [les ecclésiastiques] criement [craignent] perdre lur dignité, Se sunt del tut suzmis à laie poesté ; Quel part que li venz turt, se plessent od l'oré, Th. le mart. 127. Cil jors soit torneiz en tenebres, Job, p. 456. E Fenenna iço li turna à repruce, Rois, p. 3.

XIIIe s. Des autres homes et des autres dames i avoit-il tant qu'on n'i pooit son pié tourner, Villehardouin, LXXXVI. Petit dura cil estors [combat] ; quar Grieu tornerent le dos et furent desconfis à cele premiere pointe, Villehardouin, LXV. Et cil de la tor se desconfirent et se tornerent fuiant, Villehardouin, CIV. Emprès, prisrent entr'aus li baron un parlement à Soissons, por savoir quant il mouveroient et quel part il tourneroient, Villehardouin, VIII. De fortune me tourne diversement la roue, Berte, XXXIII. Et l'ourse l'eschiva [l'évita], autre voie est tournée [a pris un autre chemin], ib. XLVI. Bien [je] sai que li uns d'eus sera tost çà tournés [venu], ib. CXXI. Quant nostre sires voit ke li home et la feme sont en pechié et il tournent à repentance… dont estent il sor aus la larghece de sa grace, H. de Valenciennes, I. Sires, metés conselg que la cose ne tourne à pis, Chr. de Rains, p. 116. Et tournerent les lettres au coulon [pigeen] dessous sa diestre eile, ib. p. 95. Tourner la mole, Liv. des mét. 359. Cil qui sont regratier de cervoise vendre, ne les vendent pas si bones ne si loiaus, come cil qui les font en leur hostieuz, et les vendent aigres et tournées, ib. p. 30. Renart l'oï, si torne en fuie Tant, qu'en sa tesniere se fiche, Ren. 1198. Quant Renart l'a veü, pour sot Se tint, si torne le talon, ib. 25665. Car quant tu cuideras dormir, Tu commenceras à fremir, à tressaillir, à demener, Sor costé t'estouvra torner Une heure envers, autre eure adens [sur les dents], la Rose, 2442. Oraces dist, qui n'est pas nices : Quant li fol eschivent les vices, Il se tornent à lor contraire, ib. 5783. Nus ne doit croire que nus feist volentiers ses drois enfans bastars, por son heritage fere torner à autrui hoirs, Beaumanoir, XVIII, 14. Et quant en li fesoit tourner la teste devant, il se seignoit ; car il avoit paour que il ne se brisast le col au tourner, Joinville, 270. Nous nous tornames, et veimes que il y en avoit bien mil et plus entre li et nous, et nous n'estions que six, Joinville, 227.

XIVe s. Si le lait n'est pas bien frais ou qu'il y ait eaue, il tornera, Ménagier, II, 5. Battre quatre ou six œufs, tant qu'ils soient degoutans comme eaue ; autrement ils se tourneroient, ib. Fut fait cest eschange but à but, sans tourner malle ne deniers, entre lesdiz religieux et ledit chevalier, Du Cange, tornare. Que sur les tresoriers de nos guerres ne soient par notre dit tresor tournées aucunes cedulles ou descharges, attendu que le fait d'iceux tresoriers est ordonné pour la guerre, et ne doit estre converti ailleurs, Du Cange, ib.

XVe s. Guy de Flandre… lequel se tourna Anglois en cette mesme année, et devint homme du roi d'Angleterre de foi et d'hommage…, Froissart, I, I, 70. Et estoit [Robert Salle] de membres le mieux tourné et le plus fort homme de toute Angleterre, Froissart, II, II, 114. Celle matinée chevauchoit messire Regnaud de Boullant, un chevalier d'Allemaigne, de la route [troupe] du duc de Lanclastre, et avoit chevauché depuis l'aube du jour, et tourné tout le païs, et n'avoit riens trouvé, Froissart, I, p. 234, dans LACURNE. Laquelle femme, pour avoir un pain d'un denier, voulsist que l'en lui tournast change d'un grant blanc, Du Cange, tornare. Toutefois que la lune tourne ou se mue, Du Cange, ib. Après que la ville fut tournée [eut changé de parti], tous les habitants firent le serment, Commines, I, 12. Partirent de sa maison aucuns de ses serviteurs qui se tournerent au service du roy, Commines, III, 1. Sire, disrent ils, chevauchez seurement ; car nous n'avons garde de tourner champ [reculer] pour tous ceulx que nous voyons là, Lancelot du lac, t. III, f° 38, dans LACURNE.

XVIe s. Il luy sacrifia une chevre sur le bord de la mer, laquelle on trouva s'estre soudainement tournée en un bouc, Amyot, Thém. 21. Dieu s'esjouit grandement, après qu'il eut achevé le monde, quand il le veit tourner et mouveoir son premier mouvement, Amyot, Lyc. 60. Estans les temples tournez vers le soleil levant, l'adorateur se tourne vers celle part, et puis se retourne vers le dieu…, Amyot, Numa, 25. Themistocle, tournant sa parole à luy, repliqua…, Amyot, Thém. 21. Si tost qu'ilz eurent le dos tourné, Pericles y alla aussi avec une armée, Amyot, Péric. 42. On apporta des lettres d'Icetes, par lesquelles il apparoissoit clairement, qu'il avoit tourné sa robbe, et qu'il estoit traistre, Amyot, Timol. 9. Soit qu'il veuille tourner [traduire] une chanson d'Horace…, Ronsard, 664. Les excessives chaleurs et les grands bruits souvent renversent et font tourner les vins, De Serres, 228. Car à tourner d'une langue estrangere, La peine est grande et la gloire est legere, La Boétie, 473. Je tournerois pour toy non pas des vers, Mais bien je croy tout le monde à l'envers, La Boétie, 481. Tournant sa cholere en rage, Montaigne, I, 5. Tourner une chose à bien, Montaigne, I, 19. Ils tournerent leur pensée à la perte qu'ils venoient de faire, Montaigne, I, 63. On me donnoit un theme en mauvais latin pour le tourner en bon, Montaigne, I, 194. Quand j'ois reciter l'estat de quelqu'un, je tourne incontinent les yeux à moy, Montaigne, II, 82. Ces bœufs tournoient certaines grandes roues à puiser de l'eau, Montaigne, II, 173. Trop tourner fait à terre tomber, Génin, Récréat. t. II, p. 251. Puis [deux frères qui avaient amassé quelque butin en guerroyant] s'en retournerent en France, comme c'est la coustume du François ; car, quoy qu'il soit, il faut qu'il tourne voir fumer sa cheminée, ou bien pour faire monstre de sa fortune, ou de sa vaillance et voyage, Brantôme, t. IV, p. 332, éd. MONMERQUÉ. Moulins tournans à vent et à eaue, pressoirs à vin, sont reputez immeubles, Coust. gén. t. I, p. 479. Bon charton tourne en petit lieu, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TOURNER. Ajoutez :
58Neutralement, commencer à s'allonger d'une manière un peu marquée, en parlant des jours. Les jours, comme on dit au village, les jours avaient tourné, Mme de Gasparin, dans STE-BEUVE, Nouv. lundis, t. IX (Mlle Eugénie de Guérin et Mme de Gasparin, I).
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TOURNER, v. act. & neut. c’est mouvoir circulairement. On dit les spheres tournent sur leur axe. La terre tourne autour du soleil, hérésie autrefois, fait d’astronomie démontré aujourd’hui. Il tourne très adroitement les bois & les métaux. On apprend aux soldats à tourner à droite & à gauche. On tourne le dos ; on tourne bride ; la tête tourne ; on se tourne à l’orient, au midi ; le vin & le lait se tournent. On tourne au jeu, une carte qui reste sur le talon, ou qui passe dans la main de celui qui donne, ou dont un joueur peut s’emparer, selon le jeu qu’on joue, & cette carte s’appelle la tourne. On tourne une armée ; on tourne une affaire adroitement ; on prononce un discours bien tourné ; on sait tourner un vers ; on tourne en ridicule les choses les plus sérieuses ; on tourne un objet en tout sens ; on tourne ses forces de ce côté ou de cet autre ; il tourne à la mort, &c. Voyez les articles suivans.

Tourner, v. act. (Archit.) c’est exposer & disposer un bâtiment avec avantage. Ainsi une église est bien tournée quand elle a, conformément aux canons, son portail vers l’occident, & son grand autel vers l’orient ; une maison est bien tournée lorsqu’elle est dans une agréable exposition, & que ses parties sont placées suivant leurs usages ; & un appartement est bien tourné, quand il y a de la proportion & de la suite entre ses pieces, avec des dégagemens nécessaires. (D. J.)

Tourner au tour, (Archit.) c’est donner sur le tour la derniere forme à un balustre de bois ébauché. On finit aussi au tour les bases des colonnes, les vases, balustres de pierre & de marbre qu’on polit ensuite avec la rape & la peau de chien de mer. (D. J.)

Tourner le pain, en terme de Boulanger, c’est joindre & lier la pâte ensorte qu’il n’y ait point d’yeux & de crevasses, & donner au pain la forme qu’on souhaite.

Tourner, en terme de Confiseur, signifie enlever la peau ou l’écorce fort mince & fort étroite avec un petit couteau en tournant autour du citron.

Tourner, en terme d’Epinglier, voyez Gaudronner.

Tourner, Tourné, (Jardinage.) on dit que le fruit tourne, quand après avoir pris sa grosseur naturelle, il commence à mûrir.

Tourner, en termes de manege, signifie changer de main. On dit ce cheval est bien dressé, il tourne à toutes mains. On assouplit avec le cavesson à la newcastle un cheval entier, c’est-à-dire, qui refuse de tourner au gré du cavalier. Les écuyers font tourner la pointe du pié en-dedans.

L’action de tourner avec justesse au bout d’une passade ou de quelqu’autre manege, est de tous les mouvemens celui qui coute le plus à apprendre à la plûpart des chevaux.

Tourner l’étain, (Potier d’étain.) c’est lui ôter par le moyen des outils sa couleur brute qu’il a prise en moule, pour lui donner le vif & le brun dont il a besoin pour être perfectionné, & pour lui donner une figure plus nette & plus parfaite que celle qu’il a déja reçue.

L’ouvrier qui travaille au tour, commence par dresser son empreinte qui est pour tourner la vaisselle, ou son calibre pour de la poterie ou menuiserie ; ces outils sont de bois, tournés & formés à la figure & proportion des différentes pieces, soit pour les dehors ou les dedans ; ou autrement, ils ont une gaine ou trou quarré, revêtu d’étain, formé par le mandrin de l’arbre du tour dans lequel il entre ; puis on fait tenir sa piece sur ces empreintes ou calibres, si c’est de la vaisselle, par le moyen de trois petits crampons de fer qui tiennent la piece sur l’empreinte par l’extrémité du bord, en commençant par les derrieres, & après les dedans sur la même empreinte qui doit être creusée de la grandeur & de la forme de la piece ; ainsi il en faut avoir autant qu’on a de moules de différentes grandeurs, ou bien on tourne à la belouze, qui est une maniere d’attacher les pieces en les soudant à trois gouttes sur le bord avec le fer sur une piece d’étain montée sur le tour, à qui on donne ce nom de belouze. Si c’est de la poterie, on la dresse sur le calibre qu’on a monté sur le mandrin, & qui est tourné proportionnément à la grosseur de la piece qu’on veut mettre dessus ; on la fait tenir en frappant d’un marteau, sur une planche appuyée contre la piece pendant qu’elle tourne, jusqu’à ce qu’elle tienne & tourne rondement : cela s’appelle tourner à la volée. Mais il y a une autre maniere plus diligente & plus sûre, surtout pour des pieces longues, qui est de tourner à la pointe ; c’est une vis qui marche dans un écrou enclavé dans la poupée de la droite du tour, à-peu-près comme la vis d’un étau de serrurier, & par le moyen d’une manivelle ou d’un boulon, on avance & retire cette vis dont le bout presque pointu joint un morceau de bois ou de plomb qui s’emboite au bout de la piece qu’on tourne, ensorte qu’elle la met ronde, & la tient sans qu’elle se dérange ni qu’elle puisse s’échapper. Voyez les figures du métier de Potier d’étain.

Dès que la piece est bien dressée, l’ouvrier tenant son crochet sous le bras & posé sur la barre qu’il tient ensemble avec la main gauche, il le conduit de la droite par un mouvement égal & réglé en le faisant couper l’étain : ce qui forme ce qu’on nomme ratures ; on appelle cette premiere façon ébaucher. On se sert ensuite de crochets qui coupent moins, parce qu’on les passe sur un cuir où on a mis de la potée d’étain ; ces crochets se nomment planes ; & enfin on acheve avec un brunissoir. Lorsqu’on s’en sert, il faut auparavant répandre avec une patrouille de l’eau de savon sur sa piece, & ne point appuyer le brunissoir trop fort, ni s’arrêter pour ne point faire d’ondes ; il suffit d’effacer seulement les traits du crochet, & on essuie l’eau de savon après qu’on a bruni avec un linge doux qu’on appelle polissoir, pendant que la piece tourne encore.

Il faut remarquer que les bons outils dans la main d’un habile ouvrier contribuent à faire le bel ouvrage. Chacun a sa maniere pour leur donner un taillant propre à son gré ; mais généralement les crochets quarrés, quarrés demi-ronds, à deux côtés, en pointe, &c. sont préférables à toutes autres formes. Les crochets, grattoirs & brunissoirs doivent être acérés du meilleur acier d’Allemagne. Il faut une meule pour les émoudre, & une bonne pierre d’Angleterre pour les affiler.

Il y a des brunissoirs de différentes figures pour la vaisselle ou poterie, & pour réparer & achever. Voyez Brunissoir.

Pour tourner des plats d’une grandeur extraordinaire ou des jattes ou grands bassins qui pesent jusqu’à 20 ou 25 liv. piece, ou enfin d’autres pieces d’un trop gros poids, au lieu de faire aller le tour avec la roue, ce qui n’est presque pas possible, on emmanche une manivelle dans le bout de derriere de l’arbre du tour, par le moyen de laquelle on tourne une piece comme on tourne une meule de taillandier, & par ce moyen on en vient plus aisément à bout : cela s’appelle tourner à la ginguette.

Il faut observer que pour tourner la vaisselle, l’ouvrier conduit ses crochets & brunissoirs presque perpendiculairement, tantôt du bas de sa piece au milieu en montant, & tantôt du milieu en descendant enbas, appuyant sur ses outils, afin de couper l’étain également par-tout, & que la piece ne soit point fausse, c’est-à-dire, forte à un endroit & mince à un autre ; lorsqu’on veut rendre une piece mince, on repasse plusieurs fois le crochet qui ébauche, & pour la poterie, on conduit le crochet sous la piece horisontalement, tantôt de droit à gauche, & de gauche à droite, & le brunissoir de même, mais moins en-dessous que le crochet ; & la meilleure maniere est de ne le passer qu’une fois.

Autrefois on tournoit toute la vaisselle sur un outil nommé croisée composé de trois branches de fer & de trois crampons coulans sur ces branches ; on avance & recule ces crampons suivant la grandeur des pieces, & on les arrête par le moyen d’un coin qui est derriere chaque crampon ; on ne s’en sert plus guere à présent depuis l’invention de tourner à la belouze, si ce n’est pour tourner des jattes ou grands bassins, cette maniere étant dangereuse pour l’ouvrier qui y travaille.

Tourner, en terme de Tabletier Cornetier ; voyez Tourner, en terme de Tabletier en écaille, c’est la même opération pour la corne comme pour l’écaille.

Tourner, (Vénérie.) il se dit de la bête que l’on chasse, lorsqu’elle tourne & fait un retour, c’est aussi faire tourner les chiens pour en trouver le retour & le bout de la ruse.

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Étymologie de « tourner »

Berry et picard, torner ; bourg. tonnai ; provenc. et espagn. tornar ; ital. tornare ; du lat. tornare, travailler au tour (voy. TOUR 2).

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Du latin tornare (« tourner », « façonner au tour », « tourner ou rouler entre ses doigts »), via l’ancien français torner.
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Phonétique du mot « tourner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tourner turne

Citations contenant le mot « tourner »

  • N’appelle pas tout le village pour faire tourner ton moulin à huile. De Proverbe indien
  • La femme qui s’entend avec son mari fait tourner la lune entre ses doigts. De Proverbe arabe
  • Retraite : Après avoir filé droit, voici le temps venu de tourner en rond. De Anonyme
  • Les idées sont comme les jolies filles : elles peuvent aussi mal tourner. De Georges Bernanos
  • Si l'expression "tourner en rond" avait un sens, il serait giratoire. De Vincent Guérin
  • Si tout le monde devient seigneur, qui fera tourner notre moulin ? De Proverbe russe
  • Les eaux passées ne font plus tourner le moulin. De Proverbe ladino
  • Il faut tourner le moulin lorsque souffle le vent. De Proverbe français
  • Recevoir sans donner fait tourner l’amitié. De Proverbe français
  • Il faut faire tourner le moulin lorsque le vent souffle. De Proverbe français
  • J’enseigne l’art de tourner l’angoisse en délice. De Georges Bataille / Somme athéologique
  • Il ne me reste qu'une seule certitude : tourner, tourner, tourner... J'apprends tous les jours et plus le temps passe, plus j'ai envie de filmer. De Jean-Jacques Beineix
  • Il ne faut pas toujours tourner la page, il faut parfois la déchirer. De Achille Chavée
  • La fortune n'est jamais seule à nous tourner le dos. De Jules Petit-Senn
  • Les tendresses des spectateurs ne m'appartiennent pas, mais elles me touchent. Les films que j'ai pu tourner et qui bénéficient de ces tendresses-là ne sont pas toujours les mêmes, mais c'est assez gratifiant, car il serait triste d'être le réalisateur d'un seul film ! Le Point, Patrice Leconte : « Je m'ingénie à tourner des films hors du temps » - Le Point
  • Le sport et la nutrition jouent un rôle majeur pour le joueur de 76 ans. «Je suis active depuis que je peux penser», dit-elle. “Je veux pouvoir bouger, je veux tourner et tourner.” Elle mange également des «bonnes choses». “Nous adorons cuisiner.” En vue de la pandémie corona, l’actrice a appelé au respect de la réglementation. “Je suis si sensible à faire ce qu’on nous demande.” Elle pense qu’il est très négligent si les gens refusent de porter un masque buccal dans le métro. 45 Secondes.fr, Actrice par âge: Uschi Glas veut tourner et tourner
  • Jeffrey Dean Morgan veut tourner un film sur Negan Geeks Lands, Jeffrey Dean Morgan veut tourner un film sur Negan | Geeks Lands
  • C’est cette histoire qui est actuellement mise en boîte. En tout, l’épisode mobilise 17 rôles, 180 figurants et 60 techniciens issus de la région. "Il y a une équipe principale de 45 personnes, détaille le producteur. On renforce le nombre au gré de la complexité des plans à tourner, des séquences, du nombre de comédiens, de figurants. C’est un travail à géométrie variable." Pour quel résultat ? Les spectateurs devront encore attendre pour le découvrir… "Le film sera livré à la chaîne d’ici la fin de l’année, affirme Jean-Baptiste Neyrac. C’est elle ensuite qui gère la programmation". ladepeche.fr, Télévision : silence, ça tourne à Toulouse - ladepeche.fr

Images d'illustration du mot « tourner »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « tourner »

Langue Traduction
Anglais turn
Espagnol girar
Italien voltare
Allemand wende
Chinois
Arabe منعطف أو دور
Portugais virar
Russe перемена
Japonais 順番
Basque piztu
Corse vultate
Source : Google Translate API

Synonymes de « tourner »

Source : synonymes de tourner sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « tourner »

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