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Tort

Définitions du mot « tort »

Trésor de la Langue Française informatisé

TORT, subst. masc.

A. −
1. État, fait d'une personne qui se trouve dans une situation ou une position contraire à la vérité, à la raison, au droit ou à l'équité; acte contraire au droit ou à la raison et responsabilité ainsi encourue. Avoir tous les torts, les premiers torts, les torts de son côté. Tout le tort est du côté de la nature ou de la fortune, et toute la gloire du côté des mœurs [dans La Princesse de Clèves] (Marmontel, Essai sur rom., 1799, p. 310).
2. Loc. verb.
a) Avoir tort. Ne pas avoir le droit, la raison de son côté; être dans l'erreur. Les révolutionnaires ont tort; car, s'ils voient le mal, ils n'ont pas plus que les autres l'idée organisatrice. Or il est absurde de détruire, quand on n'a rien à mettre en place (Renan, Avenir sc., 1890, p. 374).De toute évidence, il en devait être un qui avait raison, et l'autre tort (Saint-Exup., Citad., 1944, p. 562).
[Le suj. de la loc. désigne une chose] Le mécanisme spontané des passions, démontrant (...) que la morale a tort en tout et partout où elle s'oppose à la nature (Fourier, Nouv. monde industr., 1830, p. 79).
Expr. proverbiales
Les absents ont toujours tort. V. absent I B.P. allus. Il a toujours suffi qu'un être adoré vive à nos côtés, pour qu'il nous devienne moins cher. Ce sont les présents qui ont tort (Mauriac, Genitrix, 1923, p. 377).
Les morts ont toujours tort, le mort a toujours tort. V. mort2III A 1 b.
Qui doit a tort. V. devoir1I A 1 a β.
b) Avoir tort de + inf.Se tromper, faire une erreur en agissant de telle façon, ne pas avoir de raisons valables pour faire telle chose. Anton. avoir raison* de.Avoir tort de dire, de faire, de vouloir qqc.; ne pas avoir tout à fait tort de. Voyez, messieurs, comme on a tort de gâter ses enfants; ce petit gamin fait la caricature de son père (Becque, Corbeaux, 1882, i, 12, p. 97):
Comme celui-là qui vient avec ses pauvres mots montrer à l'autre qu'il a tort d'être triste, et où voyez-vous que l'autre est changé? Ou qu'il a tort d'être jaloux ou tort d'aimer? Et où voyez-vous que l'autre guérit de l'amour? Saint-Exup., Citad., 1944, p. 580.
c) Donner tort à qqn. Déclarer que quelqu'un est dans l'erreur, qu'il n'est pas dans son bon droit, qu'on le désapprouve. Anton. donner raison*.Je me retirais. La mère me retint, et faisant le bon soldat, elle donna tort à sa fille (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 152).Nous obéirons tous deux au même sentiment (...). J'aurai donc mauvaise grâce à te donner tort, chère tête, et je me donne raison (A. France, Thaïs, 1890, p. 239).
Se donner tort. Plus tard, je me fusse senti coupable; un orphelin conscient se donne tort; offusqués par sa vue, ses parents se sont retirés dans leurs appartements du ciel (Sartre, Mots, 1964, p. 11).
[Le suj. de la loc. désigne une chose] Aller à l'encontre de, démentir. Sous l'influence d'un préjugé métaphysique, on avance que le principe de la conservation de la force s'appliquera à la totalité des phénomènes tant que les faits psychologiques ne lui auront pas donné tort [à cette proposition] (Bergson, Essai donn. imm., 1889, p. 124).
d) Être dans son tort, en tort. Être dans une situation où l'on n'a pas le droit pour soi; être fautif. Si en effet je vous avais dit qu'il ne fallait pas m'écrire sans que je vous eusse indiqué mon adresse, je suis au plus haut degré dans mon tort (Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1859, p. 298).Comme j'estime qu'ils [les chefs de province] sont dans leur tort, j'entrepris de faire partager cette conviction au capitaine Gillmann (Mille, Barnavaux, 1908, p. 175).Vous êtes en tort et passible d'une amende (Rob.1985).
e) Mettre qqn dans son tort. Agir de telle façon que quelqu'un paraisse être responsable d'un acte répréhensible ou critiquable. J'aurais voulu, méchamment, le mettre dans son tort, et qu'un mot inconsidéré ou insultant de sa part servît de justification à la déloyauté que je méditais (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 186).
Se mettre dans son tort. Commettre une infraction, une faute, une erreur. Moments très purs, très riches de résolutions strictes et serrées, de la décision de ne jamais se mettre dans son tort (Du Bos, Journal, 1927, p. 209).
3. Loc. adv.
a) À tort. Sans raison valable ou pour des raisons fallacieuses; de façon erronée. Synon. faussement, indûment, injustement; anton. à/avec raison, justement, à bon droit (v. droit3I C 2), à juste* titre.Accuser, soupçonner qqn à tort; croire à tort à qqc. Je ne sépare point dans mes réflexions les exils d'avec les arrestations et les emprisonnements arbitraires. Car c'est à tort que l'on considère l'exil comme une peine plus douce (Constant, Princ. pol., 1815, p. 152).Bien à tort, on assimile parfois l'Égypte à une longue oasis (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p. 51).
b) À tort et à droit, à tort ou à droit (vx). Sans examiner si la chose est juste ou injuste. Il veut ce qu'il veut, à tort et à droit ; à tort ou à droit, il se prétend lésé (Ac. 1798-1878).
c) À tort ou à raison (vx). À juste titre ou injustement, avec ou sans raison valable. Un homme fut traité dans la rue, d'espion de la police, à tort ou à raison, par un autre qui avait à se plaindre de lui, ou qui lui en voulait (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p. 1585).Il ne s'agit plus d'animaux ou d'insectes auxquels nous attribuons une volonté intelligente et particulière grâce à laquelle ils survivent. À tort ou à raison nous ne leur en accordons aucune [à nos fleurs] (Maeterl., Vie abeilles, 1901, p. 205).
d) À tort et à travers. De façon inconsidérée, sans discernement. Synon. à la légère, inconsidérément, n'importe comment (v. importer1).Parler, dépenser à tort et à travers. Avec quel sublime aveuglement distribuent-elles [des institutrices] la pâture uniforme, à tort et à travers! (Frapié, Maternelle, 1904, p. 202).Il n'y a aucune preuve que le vieux ait donné Rosa, dit Henri. Cesse donc de juger les gens à tort et à travers (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 256).
B. −
1. Souvent au plur. Action, comportement blâmable. Synon. erreur(s), faute(s).Tort grave, considérable, involontaire, irréparable; avoir des torts envers, vis-à-vis de qqn; avoir tous les torts, les premiers torts; avoir les torts de son côté; avouer, reconnaître, expier, réparer ses torts; n'avoir aucun tort. Des torts, parbleu! il en comptait dans son existence, comme tout un chacun, beaucoup de torts envers beaucoup de gens (...) mais en somme des torts très réparables (Verlaine, Œuvres posth., t. 1 Histoires comme ça, 1896, p. 347).Cette pauvre femme (...) a pu avoir certains torts à votre égard... elle est un peu vive (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, ii, 5, p. 16).
DR. Aux torts de qqn. En cas de divorce, les mêmes avantages [qu'en cas de veuvage] seront alloués à la femme non remariée quand le divorce aura été prononcé aux torts exclusifs du mari (J.O., Loi sur retraites ouvr. et pays., 1910, p. 2999).En matière de divorce ou de séparation de corps, le jugement est prononcé aux torts réciproques lorsque les conjoints sont l'un et l'autre reconnus coupables (cida1973).
2. Manière d'agir, attitude considérée comme une erreur, une faute que l'on blâme. Synon. faute, défaut, travers.Causer des torts à qqn; prévenir, réparer ses torts. La recette a été mauvaise c'est de ma faute tous les torts sont de mon côté j'aurais dû vous écouter (Prévert, Paroles, 1946, p. 82).À mon avis le seul tort de Perron et de Luc c'est de s'être entêtés à travailler avec des moyens financiers trop limités (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 209).
[À propos d'une chose] Ô qui dira les torts de la Rime? Quel enfant sourd ou quel nègre fou Nous a forgé ce bijou d'un sou Qui sonne creux et faux sous la lime? (Verlaine, Œuvres poét. compl., Jadis, 1962 [1884], p. 327).
Avoir le tort de + inf.Ayant quitté sa boutique l'avant-veille, après l'avoir fermée, elle avait eu le tort d'y laisser des valeurs, cachées dans un mur (Zola, Débâcle, 1892, p. 607).Combattre la paresse de son intestin. M. de Saint-Papoul a peut-être eu le tort de concentrer de bonne heure son attention sur cette infirmité banale (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 43).[À propos d'une chose] Défaut, inconvénient. Pour vos échéances, elles ont le tort d'être trimestrielles, dans un climat où le client est annuel (Romains, Knock, 1923, i, p. 4).
C'est un tort. C'est une erreur, une faute. Tristesse de ma pauvre tête et de mon pénible et infructueux travail. C'est un tort. Il ne faut pas vouloir tout emporter d'un assaut, et agir comme si je pouvais tout (Dupanloup, Journal, 1853, p. 168).
C'est un tort de + inf.Puis de Manon et de Marguerite ma pensée se reportait sur celles que je connaissais et que je voyais s'acheminer en chantant vers une mort presque toujours invariable. Pauvres créatures! Si c'est un tort de les aimer, c'est bien le moins qu'on les plaigne (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 23).
Se donner des torts (vx). Commettre des actions blâmables. Mais en même temps, il faut me plier à des sacrifices pour éviter des scènes dans lesquelles je me donne toujours des torts de parole (Constant, Journaux, 1803, p. 48).
3. Préjudice matériel ou moral causé à quelqu'un. Synon. dommage, lésion, mal3, outrage.Demander réparation d'un tort; réparer le tort qu'on a causé; causer des torts à qqn. On doit réparation d'un tort. M. Cavaignac serait désolé d'avoir porté dommage à un de ses officiers dont la réputation dans le monde n'est plus à faire (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 91).
Redresser les torts. V. redresser I B 4.Redresseur de torts. V. redresseur I A 2 b.
Loc. verb.
Faire tort à (qqn/qqc.) (vieilli ou littér.). Nuire à (quelqu'un, quelque chose). Il ne faut pas faire tort à son prochain. Les gens que vous fréquentez vous font tort, font tort à votre réputation (Ac.1835, 1878).Ce Christel m'a fait tort, il m'a causé des pertes, il m'a empêché de gagner dans telle circonstance (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 139).
[Le suj. de la loc. désigne une chose] Les livres de morale profitent à l'amitié, mais font tort aux amis. Il est si commode de trouver dans sa bibliothèque un ami sensible, éclairé, discret, toujours disposé à nous parler, et d'humeur toujours égale, que cela fait négliger les amis du dehors (Bern. de St.-P., Harm. nat., 1814, p. 309).
Faire tort à qqn de qqc. (vieilli). Priver injustement quelqu'un de quelque chose, faire perdre quelque chose à quelqu'un. Laurency: Il n'y a guère d'affection entre cette femme et moi... Il n'y a qu'un lourd devoir, une cruelle habitude. Clotilde: Alors, elle ne me fera pas tort de ma part de tendresse? (Lenormand, Simoun, 1921, 4etabl., p. 42).
Faire du tort à (qqn, qqc.). Nuire, porter préjudice à quelqu'un, à quelque chose. L'intrusion d'un certain moralisme et l'attribution intempestive aux indices caractérologiques de coefficients péjoratifs ou mélioratifs feraient le plus grand tort à leur étude positive (Mounier, Traité caract., 1946, p. 60).
Se faire du tort; se faire tort (vieilli). Je lui parlai des vingt mille francs, et je lui demandai si elle croyait pouvoir les accepter, sans se faire tort (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 29).La science et la foi sont hétérogènes: elles ne peuvent mutuellement ni se prêter secours ni se faire tort (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 96).
Porter tort à (qqn, qqc.). Porter préjudice à (quelqu'un, quelque chose). Le cinéma porte tort au théâtre dans la mesure où il confisque à son profit les meilleurs interprètes (Mauriac, Journal 3, 1940, p. 258).V. porter11reSection II C 2 a β ex. de Vialar.
Expr. fam. Cela/ça ne fait de/du tort à personne. Cela ne porte pas à conséquence, ne peut avoir de conséquences fâcheuses. On se doit des honnêtetés entre camarades, quand on n'est pas des sauvages, et un petit verre par-ci par-là, ça ne fait de tort à personne (Bloy, Femme pauvre, 1897, p. 27).
Prononc. et Orth.: [tɔ:ʀ]. Homon. taure, tore, tors et formes de tordre. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. En loc. 1. Fin xes. a tort « pour des raisons contraires au droit » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 290: El mort a tort, ren non forsfist; mais nos a dreit per colpas granz esmes oidi en cest ahanz); 1100 ne a droit ne a tort (Roland, éd. J. Bédier, 2293); 1121-34 seit a tort u a droit (Philippe de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 1640); 2. ca 1165 parler en tort e en travers (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. E. Constans, 19710); ca 1200 venir de tors et de travers (Escoufle, 6227 ds T.-L.); 1remoit. xiiies. [ms.] de tort et de travers (Première Continuation de Perceval, 4288, éd. W. Roach, t. 2, p. 128); 1316 a tort et a travers (Geffroy de Paris, La Chronique Métrique, éd. A. Diverrès, 2763); 3. 2emoit. xiiies. [ms.] tors ou raison (Première Continuation de Perceval, 1544, t. 1, p. 42: mais or ne me soit pas noïe De vostre voie l'achoison, que que ce soit, tors ou raison); 1770 à tort ou à raison (P.-H. d'Holbach, Système de la nature, p. 235). B. 1. a) 1100 « attitude d'une personne qui a causé une faute au détriment du droit » (Roland, 1015: Paien unt tort e chrestien unt dreit); b) id. « action, attitude qui constitue une erreur, une faute que l'on blâme » (ibid., 833: Tort fait kil me demandet); α) 1remoit. xiiies. (se mettre) an son tort (Première Continuation de Perceval, 14138, t. 2, p. 425); β) 1580 avoir grand tort de + inf. (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 160); γ) 1601 donner le tort à qqn (A. de Montchrestien, La Reine d'Écosse, éd. J. D. Crivelli, p. 88); 1643 donner le tort à qqn de qqc. (F. Tristan L'Hermite, Le Page disgracié, p. 186); 1783 donner tort à (L. Mercier, Tableau de Paris, t. 5, p. 166: je hais ceux dont le zèle extrême donne tort au bon droit); 2. a) 1174-76 faire tort « nuire » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, Vie St Thomas, éd. E. Walberg, 668); b) fin xiies.-déb. xiiies. « dommage causé indûment à quelqu'un, préjudice » (Gace Brulé, Chansons, X, 31, éd. H. Petersen Dyggue, p. 224); 1610 faire du tort à (H. d'Urfé, L'Astrée, t. 2, p. 80); 1634 avec un nom de chose comme suj. (N. de Peiresc, Lettres, t. 3, p. 66). Du lat. pop. tortum (Edit de Charles le Chauve ds FEW t. 13, 2, p. 98b), neutre subst. de tortus, part. passé de torquere « tordre », propr. « ce qui est tordu », d'où « action contraire au droit ». Fréq. abs. littér.: 6 451. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9 911, b) 10 137; xxes.: a) 8 064, b) 8 695.

Wiktionnaire

Nom commun

tort \tɔʁ\ masculin

  1. Propriété de celui qui se trompe, qui n’a pas le droit, la raison de son côté.
    • Lequel des deux a tort ? Ils ont tort tous deux.
    • Le tort est de votre côté
    • Vous avez grand tort de parler comme vous faites.
  2. Le fait d’avoir quelque chose à se reprocher envers quelqu’un.
    • Mais à cette réunion, j'eus le tort de présenter mes idées sous une forme édulcorée (la théorie de l'onde-pilote) qui prêtait à de nombreuses objections. — (Louis de Broglie; La Physique quantique restera-t-elle indéterministe ? Séance de l'Académie des Sciences, du 25 avril 1953)
    • En revenant du lycée Raoul entra dans la chambre de sa sœur. Il éprouvait un vague malaise et aurait voulu réparer d'une manière quelconque son tort de la veille, mais il était si peu accoutumé à faire quelque chose pour les autres, qu'il ne savait comment s'y prendre. — (Élise de Pressensé; Deux ans au lycée, 1867)
    • C’est un tort que je ne vous pardonnerai jamais. — Réparer, effacer tous ses torts.
    • Le divorce a été prononcé aux torts réciproques des époux.
  3. Lésion, dommage qu’on souffre ou qu’on fait souffrir.
    • Réparer le tort qu’on a fait. — Il ne faut pas faire tort à son prochain.
    • Quel tort cela vous fait-il ? — Cela m’a fait grand tort.
    • Il ne fait tort qu’à lui-même.
    • Notre chambre, comme toutes les chambres espagnoles, était crépie à la chaux et revêtue de ces tableaux encroûtés et jaunis, de ces barbouillages mystiques peints comme des enseignes à bière, qu’on rencontre si fréquemment dans la Péninsule, le pays du monde où il y a le plus de mauvais tableaux ; cela soit dit sans faire tort aux bons. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
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Littré (1872-1877)

TORT (tor ; le t ne se lie pas ; au plur. l's ne se lie pas : des tor égaux : cependant quelques-uns la lient : des tor-z égaux) s. m.
  • 1Ce qui est opposé à la raison, à la justice. Il n'y a point de gens qui aient plus souvent tort, que ceux qui ne peuvent souffrir d'en avoir, La Rochefoucauld, Réfl. mor. n° 386. Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend parler de leur conduite, La Rochefoucauld, Max. 494. Il y a des temps où certaines gens ont toujours raison ; par la raison des contraires, Mazarin avait toujours tort, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 69, dans POUGENS. On est quelquefois empêtré dans son orgueil ; c'est une belle charité que d'en tirer une créature qui ne sent peut-être pas son tort, Sévigné, 441. Faisons la paix, mon pauvre cousin : j'ai tort, je ne sais jamais faire autre chose que de l'avouer, Sévigné, à Bussy, 3 avril 1681. Vous voyez que je n'ai point de tort [dans des lettres retardées], Sévigné, 3 avril 1675. Ainsi les Grecs avaient tort de s'imaginer, du temps de Polybe, que Rome s'agrandissait plutôt par hasard que par conduite, Bossuet, Hist. III, 6. Ca lettre leur donnait le tort à tous deux, Bossuet, Var. 2. C'est ici Madame du Tort : Qui la voit et ne l'aime a tort ; Mais qui l'entend et ne l'adore A mille fois plus tort encore ; Pour celui qui fait ces vers-ci, Il n'eut aucun tort, Dieu merci, Fontenelle, Portr. de Mme du Tort, Œuv. t. x, p. 404, dans POUGENS. Il n'y a rien de plus beau que de dire franchement : j'ai tort, Fénelon, Éduc. filles, 5. Mon héros dit qu'il n'a eu qu'une fois tort avec moi, et que j'ai toujours tort avec lui ; je pense qu'en cela même mon héros a grand tort, Voltaire, Lett. Richelieu, 13 juin 1768. J'ai tort, madame, j'ai très tort ; mais je n'ai pas pourtant si grand tort que vous le pensez, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 10 août 1772. Il [Malesherbes] a bien des torts ; mais il est digne qu'on lui dise ses torts ; c'est le plus grand éloge que je puisse faire de lui, Voltaire, Lett. d'Argental, 10 sept. 1755. Je ne devrais ni planter des jardins, ni faire des vers tendres ; cependant j'ai ces deux torts, et j'en demande pardon à la raison, Voltaire, ib. 8 nov. 1757. Je n'examine point lequel des deux avait tort ; ils l'avaient peut-être tous deux, comme il arrive dans presque toutes les querelles, Voltaire, Jenni, 3. Tu prends ton tonnerre au lieu de répondre, dit Ménippe à Jupiter, lu as donc tort, Voltaire, Mél. litt. Cons. à L. Rac. Une scène violente entre le baron et moi, scène dans laquelle le tort était de mon côté, Diderot, Lett à Mlle Voland 20 nov 1770. Un j'ai tort vaut mieux que cent répliques ingénieuses, Bonnet, Lett. div. Œuv. t. XII, p. 63, dans POUGENS. Ces femmes-là vous font croire aisément que ce sont leurs maris qui ont des torts avec elles, Carmontelle, Prov. posth. Promen. des Tuileries, sc. 2. Je lui cherchais des torts imaginaires ; elle me pardonnait sans cesse des torts réels, Genlis, Veill. du chât. t. I, p. 329, dans POUGENS. Quand les étrangers insultent à ce pays [l'Italie]… quand ils sont sans pitié pour nos torts, qui naissent de nos malheurs, Staël, Corinne, II, 2.

    Il a tous les torts, tous les mauvais procédés sont de son côté.

    Mettre quelqu'un dans son tort, lui faire des propositions qu'il ne puisse refuser sans faire voir qu'il est déraisonnable, avoir pour lui un procédé auquel il ait tort de ne pas répondre. Il [le plénipotentiaire] fait de fausses offres, mais extraordinaires, qui donnent de la défiance et obligent de rejeter ce que l'on accepterait inutilement, qui lui sont cependant une occasion de faire des demandes exorbitantes, et mettent dans leur tort ceux qui les lui refusent, La Bruyère, X. Les politiques dirent que Torcy n'était allé s'humilier à la Haye que pour mettre les ennemis dans leur tort, Voltaire, Louis XIV, 21.

    Mettre quelqu'un dans son tort, faire que quelqu'un ait un tort à notre égard. Il est pénible à un homme fier de pardonner à celui qui le surprend en faute et qui se plaint de lui avec raison ; sa fierté ne s'adoucit que lorsqu'il reprend ses avantages et qu'il met l'autre dans son tort, La Bruyère, IV. Gardez-vous bien de souffrir qu'il vous mette à son tour dans le tort, Fénelon, Tél. X. Tu vois tout ce que je fais pour la mettre dans son tort, Dancourt, Bourg. à la mode, IV, 7.

  • 2Lésion, dommage qu'on souffre ou qu'on fait souffrir. Réparateur, redresseur des torts. La grêle a fait bien du tort en ce canton. Il ne lui a pas fait tort d'un écu. Je lui demanderai si j'ai fait tort à ***, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5. Ah ! ne me faites pas ce tort de juger de moi par les autres ! Molière, l'Av. I, 1. Et je me vis contrainte à demeurer d'accord Que l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort, Molière, Mis. III, 4. Des maximes qui vous font tort dans le monde, Pascal, Prov. XI. Meurtres qui feraient tort à l'État, Pascal, ib. XII. La plus aimable chose du monde est un portrait bien fait ; quoi que vous puissiez dire, celui-là ne vous fait point de tort, Sévigné, 63. Je fais tort au chevalier de vous mander ces sortes de choses [c'était lui qui devait les mander à Mme de Grignan], Sévigné, 417. Adieu, mon pauvre cousin ; ce n'est point ici une belle lettre, ni une réponse digne de la vôtre ; mais on n'est pas toujours en belle humeur ; il y a huit jours que je suis malade ; cela fait tort à ma vivacité, Sévigné, à Bussy, 19 juill. 1655. Ce serait faire tort à la mémoire de cette femme forte, que de montrer de la faiblesse, Fléchier, Duch. de Montaus. Il [M. de Montausier] n'eut pas besoin de réparer, sur ses vieux ans, les torts qu'il avait faits en sa jeunesse, Fléchier, Duc de Mont.

    Faire tort à, être injuste envers. J'ai peur que vous ne soyez abattu ; mais je vous fais tort, et je vous ai vu soutenir de si grands malheurs…, Sévigné, à Bussy, 22 juill. 1685. Il y fallait regarder, élire entre les doctes, sans faire tort aux autres, les deux plus doctes, Courier, Lettre à MM. de l'Académie.

  • 3À tort, loc. adv. sans raison, injustement, sans motif. Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez, Corneille, Hor. IV, 2. Il a mis à tort ce pape au nombre des hérétiques, Pascal, Prov. XVII. Peut-être tes soupçons à tort m'ont alarmé, Delavigne, Paria, IV, 1.
  • 4À tort et à travers, loc. adv. Sans discernement, sans y regarder. Le juge prétendait qu'à tort et à travers On ne saurait manquer condamnant un pervers, La Fontaine, Fabl. II, 3. J'interrompais leur entretien pour parler à tort et à travers, Lesage, Gil Blas, I, 5. La coutume d'introduire l'amour à tort et à travers dans les ouvrages dramatiques passa de Paris à Londres vers l'an 1660, avec nos rubans et nos perruques, Voltaire, Mél. litt. Tragéd. angl. Presque plus de véritables arts, presque plus de génie [après le siècle de Louis XIV] ; le mérite consistait à raisonner à tort et à travers sur le mérite du siècle passé, Voltaire, Princ. de Babyl. 10. Vous êtes moqueuse à l'excès, inappliquée, légère… vous parlez à tort et à travers, Genlis, Traité d'éduc. la Bonne mère, I, 1.

    On a dit aussi : de tort et de travers. Il en faut discourir de tort et de travers, Régnier, Sat. II.

  • 5À tort et à droit, sans examiner si la chose est juste ou injuste. Il veut ce qu'il veut, à tort et à droit.
  • 6À tort ou à droit, à tort ou à raison, avec droit ou sans droit, avec raison ou sans raison. À tort ou à droit il se prétend lésé.

PROVERBES

Qui doit a tort, on présume toujours que, quand on plaide, c'est qu'on ne veut pas payer.

Le mort a toujours tort, un homme mort ne pouvant se défendre, on rejette la faute de beaucoup de choses sur lui. On dit dans le même sens : Les absents ont tort.

La mort a toujours tort, se dit pour accuser les médecins, qui rejettent sur le compte de la maladie ce qui pourrait être le fait de leur inhabileté.

REMARQUE

Quoique, dans la locution avoir tort, tort soit sans article, on peut le représenter par le pronom le, quand le sens est clair. Je crois que j'avais tort. - Oui vraiment vous l'aviez, Andrieux, les Étourdis, III, 4.

HISTORIQUE

XIe s. Qui tort eslevera, u faus jugement fera, Lois de Guill. 41.

Si li ad dit : à tort vos curuciez, Ch. de Rol. XXX. Charles respunt : tort fait kil me demandet, ib. LXV. Paien unt tort, e chrestien unt dreit, ib. LXXVII. Devers vos est li orguilz e li torz, ib. CXVIII. Josque li uns sun tor i reconnuisset, ib. CCLXI.

XIIe s. Certes, dame, moult s'honeure Qui courtois est contre tort, Couci, IV. Voirs est [il est vrai] qu'amours m'a à son tort grevé, ib. XI. Du tort et de la honte me vorroie vengier, Sax. XVI.

XIIIe s. Bien savons que [la terre] est tolue à tort à lui et à son pere, Villehardouin, XLIII. Et je ne doute ne tant ne quant que nous n'aions la victoire ; car nous avons droit et il ont tort, Villehardouin, XXV. Et de ce Robiert issirent li Robiertois, qui dient encore que on for fait tort dou roiaume, pour çou que cius [celui-là] estoit ainsnés, ib. p. 3. Li communs pueples vit plus en pais, quant li prevos et li sergans ne leur ozent riens meffere à tort, Beaumanoir, I, 9. Que se il muert à vostre tort [par votre faute], Vostre est la coupe [coulpe] de sa mort, Du Cange, Gloss. français.

XIVe s. De tort et de travers si fiert et frappe et maille ; Touz tue ceulx qu'il fiert de son branc qui bien taille, Girart de Ross. v. 3853. Mielx vault estre en tort cras et aise, Qu'en droit chetif et à malaise, J. Bruyant, dans Ménagier, t. II, p. 217. Miex vaut homme un denier, puisque loiaument a, Que cent libvres de tort, quant larecin i a, Baud. de Seb. VIII, 1065.

XVe s. Si on nous a fait des torts, nous en ferons aussi, Froissart, II, II, 59. Aucunes foiz, soit droict ou tort, Orléans, Ball. 3. Par voz arts et par vos pratiques Nous faisiez du droict le tort ; Bien estes causes les plusieurs De partie de nos douleurs, Monstrelet, t. I, p. 327, dans LACURNE. À tous deux il tenoit grand tort [il avait de grands torts envers l'un et l'autre], Commines, IV, 3.

XVIe s. Elle abbatit tout le boys, à tordz, à travers, de czà, de là…, Rabelais, Garg. I, 16. Nous ne nous efforcerons point de voller les honneurs par droit ou par tort, par violence ou cautele et autres moyens obliques, Calvin, Instit. 546. Qu'ils facent bien à ceux qui leur tiennent tort et qu'ils prient pour ceux qui mesdisent d'eux, Calvin, ib. 1207. Je ferois tort à l'affecsion que je vous porte, si…, Marguerite de Navarre, Lett. 63. J'experimente tant la bonne voulenté que vous portés à tout ce qui me touche, que je me fays tort quand je vous les recommande, Marguerite de Navarre, ib. 117. Nous avons grand tort d'estimer que…, Montaigne, I, 69. Le peuple s'excusa envers luy du tort qu'il luy avoit ingratement fait, Amyot, Péric. 70. Ilz l'avoient envoyé querir pour aider à celuy qui auroit le droit, à l'encontre de celuy qui auroit tort, Amyot, Pélop. 48. La memoire du tort et injure moult plus que benefice dure, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 325.

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Étymologie de « tort »

(Date à préciser) Du latin tortus, participe passé de torquere.
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Wallon, toîr ; provenç. tort ; espagn. tuerto ; ital. torto ; du bas-lat. tortum, injustice, qui est le participe passif tortus, tordu, de torquere (voy. TORDRE). Le tort se trouve dans d'anciens livres de droit pour celui qui a tort.

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Phonétique du mot « tort »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tort tɔr

Citations contenant le mot « tort »

  • On ne fait pas tort à qui consent. De Proverbe latin
  • Si vous avez compris, vous avez sûrement tort. De Jacques Lacan
  • Une précaution excessive ne fait pas de tort. De Proverbe latin
  • La mort, qui a toujours tort, a raison de chacun. De Jacques Sternberg
  • En démocratie, on a le droit d'avoir tort. De Claude Pepper
  • Eût-il tort, le maître a toujours raison. De Plaute / Captivi
  • Il est vertueux, celui qui rougit quand il a tort. De Proverbe français
  • Pour le bourgmestre d'Anvers, d'autres grandes villes ont des soucis à se faire face au coronavirus. Il n'a peut-être pas tort... L'Echo, Pour donner tort à Bart De Wever | L'Echo
  • Prouver que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tort. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, I, 1
  • Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin. André Isaac, dit Pierre Dac, L'Os à moelle, Julliard
  • Les absents ont toujours tort. Philippe Néricault, dit Destouches, L'Obstacle imprévu, I, 6, Nérine
  • Je suis toujours furieux contre moi quand les autres ont tort. Jean Giraudoux, Ondine, I, 4, le chevalier , Grasset
  • Bergers, bergers, le loup n'a tort Que quand il n'est pas le plus fort ! Jean de La Fontaine, Fables, le Loup et les Bergers
  • Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort n'était que d'un côté. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • C'est avoir déjà tort que d'avoir trop raison. Ponce Denis Écouchard Lebrun, À M. de Brancas
  • Malheur aux gens qui n'ont jamais tort ; ils n'ont jamais raison. Charles Joseph, prince de Ligne, Mes écarts
  • Le difficile n'est pas d'être avec ses amis quand ils ont raison, mais quand ils ont tort. André Malraux, L'Espoir, Gallimard
  • Un homme qui enseigne peut devenir aisément opiniâtre, parce qu'il fait le métier d'un homme qui n'a jamais tort. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères
  • On ne peut pas être heureux à tort ; on ne peut pas avoir tort d'être heureux. Henri Petit, Les Justes Solitudes, Grasset
  • Quand on a raison, il faut raisonner comme un homme ; et comme une femme, quand on a tort. Paul-Jean Toulet, Les Trois Impostures, Émile-Paul
  • Les prophètes ont toujours tort d'avoir raison. Boris Vian, L'Herbe rouge, Toutain
  • Police : a toujours tort. De Gustave Flaubert / Dictionnaire des idées reçues
  • La mort a toujours tort. De Anonyme
  • Les malheureux ont toujours tort. De F.-J. Desbillons
  • La conscience ne peut avoir tort. De Alfred de Vigny / Chatterton
  • Les absents ont toujours tort de revenir. De Jules Renard / Journal
  • Un amant n'a jamais tort. De Honoré de Balzac / Physiologie du mariage
  • On ne porte pas tort à celui qui consent. De Proverbe français
  • Tout ça à la fois. Les sachants, bien sûr, qui, en réalité ne savaient rien mais qui nous terrorisaient avec leurs fausses informations. Mais aussi les médias qui ne donnaient la parole qu'à eux alors qu'ils auraient très bien pu faire aussi parler des psys, des enseignants, des chômeurs, des patrons, des responsables d'ONG en charge des SDF, des collectifs de femmes battues que le confinement exposait encore davantage, bref, le reste de la société civile. La santé est une affaire sérieuse. On a eu tort de la laisser aux seuls médecins. leparisien.fr, Bernard-Henri Lévy : «On a eu tort de laisser la santé aux seuls médecins» - Le Parisien

Images d'illustration du mot « tort »

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Traductions du mot « tort »

Langue Traduction
Anglais wrong
Espagnol incorrecto
Italien sbagliato
Allemand falsch
Chinois 错误
Arabe خطأ
Portugais errado
Russe неправильно
Japonais 違う
Basque oker
Corse sbagliatu
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Synonymes de « tort »

Source : synonymes de tort sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « tort »

Tort

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