La langue française

Soif

Sommaire

  • Définitions du mot soif
  • Étymologie de « soif »
  • Phonétique de « soif »
  • Citations contenant le mot « soif »
  • Images d'illustration du mot « soif »
  • Traductions du mot « soif »
  • Synonymes de « soif »
  • Antonymes de « soif »

Définitions du mot soif

Trésor de la Langue Française informatisé

SOIF, subst. fém.

A. −
1. Sensation plus ou moins vive de sécheresse de la bouche et des muqueuses du pharynx, liée à un besoin de l'organisme en eau; besoin ou envie de boire. On essayait de prendre le troupeau par la soif en le privant d'eau pendant plusieurs jours, le troupeau se passait de boire et ne s'aventurait pas davantage (Verne, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868, p. 106).V. adurant ex., étanchement dér. s.v. étancher1ex. de Gide:
La soif latente ou habituelle est cet équilibre insensible qui s'établit entre la vaporisation transpiratoire et la nécessité d'y fournir; c'est elle qui, sans que nous éprouvions quelque douleur, nous invite à boire pendant le repas, et fait que nous pouvons boire presque à tous les moments de la journée. Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 127.
SYNT. Soif abominable, affreuse, ardente, aride, atroce, brûlante, dévorante, excessive, extrême, horrible, importante, inextinguible, insatiable, intarissable, intense, intolérable; la soif brûle, dévore, tourmente; apaiser, assouvir, calmer, désaltérer, étancher, éteindre, guérir la/sa soif; avoir grand, très soif; souffrir de la soif; haleter, tirer la langue de soif; boire sans soif.
Expr. et loc.
Boire à sa soif. Boire autant qu'on en éprouve le besoin ou l'envie. Morin me versa d'une bière légère, et m'avertit que j'en pouvais boire à ma soif, qu'elle ne contenait pas d'alcool (France, Pierre bl., 1905, p. 269).On mangea à sa faim, et on but à sa soif, − on but au delà de sa soif, parce que boire est un plaisir (Ramuz, A. Pache, 1911, p. 30).
Fam. Boire jusqu'à plus soif. Boire à satiété, d'une façon excessive. P. anal. Le bébé essaya de prendre un air fin et même matois, comme si téter jusqu'à plus soif était une bonne farce qu'il avait faite, mais qu'il ne pût la soutenir, faute de forces, parce qu'il était trop petit (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 43).Au fig. (Faire qqc.) jusqu'à plus soif. À satiété, outre mesure. J'ai beau savoir que la rousse se carapatte à mon endroit, je continue de rigoler: je rigolerais jusqu'à plus soif (Estaunié, Vie secrète, 1908, p. 210).
Fam. [Par croisement entre il fait chaud et on a soif] Il fait soif. On a soif. Dites, vous ne trouvez pas qu'il fait soif? (...) [Fefeu] se lève et disparaît dans le salon. Quand il en revient, il tient une bouteille de whisky (R. Borniche, Le Gang, 1975, p. 57 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Fam. [Par croisement de avoir soif et prendre froid] Prendre soif. Avoir soif, être altéré. Le temps qu'on l'attende, qu'on revienne, on prenait soif (Céline, Voyage, 1932, p. 385).
Rester sur sa soif. Ne pas avoir assez bu. Au fig. Éprouver encore le besoin d'une chose, ne pas être satisfait. Synon. rester sur sa faim*.Je suis toujours pressée, pour mon compte aussi, de retrouver mon marmot, et je reste toujours sur ma soif devant les merveilles de la nature (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 19).
Avoir soif à mettre la mer à sec. Avoir très soif. Chœur des satyres: En Bourgogne! En Bourgogne! Vive le vin Bourguignon! (...) Un satyre: Je ne m'arrête pas avant Châlons! Un autre: J'ai soif à mettre la mer à sec! (Claudel, Protée, 1927, ii, 8, p. 404).
(Garder une) poire pour la soif. V. poire I A.Quand j'ai quitté ma famille, j'emportais comme réserve, comme poire pour la soif, une paire de boucles d'oreilles en diamants (Duhamel, Désert Bièvres, 1937, p. 82).Être une poire pour la soif. Être une réserve en cas de nécessité. Le général (...) lui donna un jour (à Berthier) un diamant magnifique de plus de cent mille francs. « Tenez, lui dit-il, gardez cela; nous jouons souvent gros jeu; que cela vous soit au besoin une poire pour la soif » (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 893).
Proverbe. On ne saurait faire boire un âne s'il n'a pas soif. V. boire1I A 2 d.
En partic.
Besoin, désir de boire de l'alcool. Le public de Londres est depuis longtemps dans le cas des gens qui font abus des liqueurs fortes, et dont la soif est devenue une fièvre ardente (Delécluze, Journal, 1828, p. 493).
Soif de + compl. précisant le genre de boisson alcoolisée.Désir de boire un alcool. Les courtisanes racoleuses du client capable d'étancher leur soif de grand cru (Hamp, Champagne, 1909, p. 182).
Au fig., littér. Soif de sang. Désir de meurtre. Et cette soif de sang qui s'irrite en son sein, Ô fureur! contre l'homme arme l'homme assassin! (Fontanes, Œuvres, t. 2, Ode sur l'enlèvement du pape, 1821, p. 89).Je te montre deux épées, et tu me demandes pourquoi faire ces deux épées? (...) parce que tu dois avoir soif de mon sang comme j'ai soif du tien (Dumas père, Don Juan, 1836, iv, 7etabl., 4, p. 88).
Les dieux ont soif. Les dieux ont soif de sang, veulent faire verser le sang des hommes. Le grand-prêtre Hébert, Momoro et leurs pareils (...) disent sans cesse aux Jacobins, à la commune, aux Cordeliers, ce que disaient les prêtres espagnols à Montézume: Les dieux ont soif (Desmoulinsds Vx Cordelier, 1793-94, p. 248).
2. P. ext. Besoin de boire non satisfait; privation d'eau nécessaire à la santé, à la vie. Une horrible mort, la mort par la faim et par la soif, les attendait sur ce roc! (Verne, Île myst., 1874, p. 610).Aux limites de la steppe, (...) certaines années, les cadavres des troupeaux décimés par la famine et la soif jonchent le sol (Wolkowitsch, Élev., 1966, p. 35).
Expr. et loc.
Mourir de soif. Mourir par manque d'eau. P. hyperb. Mourir de soif, crever de soif (pop.). Ressentir une soif très vive. Entrons au Napolitain, je commence à crever de soif (Maupass., Bel-Ami, 1885, p. 12).Une autre femme, mourante de soif, demandait à Pélagie un verre d'eau (Goncourt, Journal, 1896, p. 1004).
Fam., vieilli. La faim a épousé la soif, c'est la faim et la soif. (Ds Hautel 1808). C'est la faim qui épouse la soif. (Ds Ac.). Marier la faim et la soif. V. faim B.
3. P. anal. [À propos de la terre, de la végétation] Manque d'eau. Les petits pois se couchent de soif au pied des rames (Renard, Journal, 1901, p. 671).L'eau, sagement et parcimonieusement répartie, satisfait à la soif des plantes, puis leur est aussitôt retirée (Gide, Immor., 1902, p. 392).
Loc. verb. [Le suj. désigne la terre, un végétal] Avoir soif. Avoir besoin d'eau. Une terre a soif après les longs mois d'été (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 69).
B. − Au fig., littér. Désir passionné, impatient d'une chose d'ordre matériel ou moral. Synon. appétit, besoin, envie, faim.Soif exagérée, excessive, immense, impérieuse, insatiable de qqc./qqn; soif d'absolu, d'affection, d'amour, de bien-être, de bonheur, de conquête, d'honneur(s), d'inconnu, d'infini, de richesse(s), de vengeance. Dévoré de la soif d'une autre vie et de l'impatience de m'y élever (...), j'ai longtemps, souvent, partout cherché ce dieu que mon désespoir implore (Nodier, J. Sbogar, 1818, p. 149).Notre époque est dévorée d'une soif de recherches et de découvertes d'autant plus vive que notre monde s'est rétréci davantage et que nous croyons n'avoir plus rien à explorer (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p. 218).V. apaiser I A 1 b ex. 7 et rem.
Soif de + inf. complétif.Soif d'aimer, d'apprendre. J'ai faim de vous lire et soif de vous embrasser (Hugo, Corresp., 1852, p. 73).Les chefs ont des sentiments actifs, et la jalousie se transforme chez eux en une soif d'arriver, coûte que coûte, aux positions les plus enviées (Sorel, Réflex. violence, 1908, p. 244).Ayant faim et soif de connaître, il [le grand siècle florentin] eut de grands éclairs de joie sur un fond de désespoir (Faure, Hist. art, 1914, p. 367).V. faim ex. 5.
Loc. verb. Avoir (grand) soif. Désirer ardemment, vivement (quelque chose/quelqu'un). J'ai soif de toi. J'ai soif d'un chez-soi! J'ai soif de boire à longs traits la vie en commun, la vie à deux (Balzac, Lettres Étr., t. 3, 1846, p. 184).Laurent avait grand'soif d'ombre, grand désir de fraîcheur (Duhamel, Combat ombres, 1939, p. 246).
REM. 1.
Boit-sans-soif, subst. masc. inv.,pop., fam. Personne qui boit outre mesure, soiffard. Guiccioli se mit à rire: − Il dit qu'il n'a pas soif! Tu ne sais donc pas, malheureux, qu'on est la bande des boit-sans-soif? (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 111).
2.
Soifier, subst. masc.,hapax. Homme du Nord, ardent navigateur perdu dans les brouillards (...), infatigable soifier d'idéal, aimez les femmes froides (Baudel., Max. consol., 1867, p. 620).
Prononc. et Orth.: [swaf]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Déb. xiies. sei (Benoît de Ste-Maure, Voyage de St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 332); ca 1230 morir de fain et de soif (Eustache le Moine, 1612 ds T.-L.); 1690 boire à sa soif (Fur.); 1854 être soif (Goncourt, Journal, p. 152); 1855 en soif (Id., ibid., p. 194); 1867 jusqu'à plus soif (Delvau, p. 268); 1870 faire soif (Poulot, Sublime, p. 131); b) 1550 p. anal. en parlant de la terre (Ronsard, Odes, III, 10, éd. P. Laumonier, t. 2, p. 23); 2. fig. a) 1263 « désir passionné » de mal fere soi (Rutebeuf, Renart le Bestourné, éd. E. Faral et J. Bastin, t. 1, p. 543); b) 1693, 3 juin avoir grand'soif « avoir besoin d'argent » (Mmede Sévigné, Lettres, éd. R. Duchêne, t. 3, p. 1003). Du lat. sitim, acc. de sitis « soif ». Le f final semble dû à l'infl. anal. de mots du type de l'a. fr. noif (v. neige), et pour éviter l'homon. avec soi* et soit*. Fréq. abs. littér.: 2 697. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 159, b) 3 842; xxes.: a) 4 170, b) 4 207.
DÉR.
Soiffer, verbe,pop. a) Empl. intrans. Avoir toujours soif, boire outre mesure du vin, de l'alcool. [Gervaise] soiffait à tirelarigot (Zola, Assommoir, 1877, p. 707).Les pochards arrivent (...) Le broc se vide en écumant. On ne boit plus; on soiffe (Richepin, Pavé, 1883, p. 280).b) Empl. trans. α) [Le compl. désigne une boisson] Boire avec excès, rapidement. Soiffer un litre (Cellard-Rey 1980). β) [Le compl. désigne une somme] Dépenser son argent à boire. Elle m'a en plus fait cadeau de quatre pièces de cinquante centimes (...). Je l'ai vite soiffé ce petit pèze en bocks à deux sous... Il a fait une chaleur infâme pendant l'été 1910 (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 371). [swafe], (il) soiffe [swaf]. 1resattest. 1802 (pop. d'apr. Esn. 1966), 1808 (Hautel); de soif, dés. -er.
BBG. Jaberg (K.). Soif und die sprachliche Expansion in Nordfrankreich. Z. fr. Spr. Lit. 1912, t. 38, pp. 231-273. − Ménard (Ph.). « Je meurs de soif auprès de la fontaine ». Romania. 1966, t. 87, pp. 394-400. − Thomasson (de). Semantica francese: faim et soif. Le Lingue del Mondo. 1961, t. 26, pp. 179-192.

Wiktionnaire

Nom commun

soif \swaf\ féminin

  1. Désir, envie ou besoin de boire.
    • N’avez-vous pas faim et soif, seigneur archer ? reprit la jeune fille ; mettez-vous donc à cette table, et buvez et mangez ; c’est moi qui vous y invite. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
    • Il y avait deux longues heures que nous marchions, dans les champs, sous le soleil qui tombait du ciel comme une pluie de feu ; la sueur ruisselait sur mon corps et la soif, une soif ardente, me dévorait. — (Octave Mirbeau, Le Père Nicolas, dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • Avez-vous parfois enduré cette trinité de supplices : la faim, la soif, la chaleur ?... Avez-vous eu en même temps l’estomac creux, le gosier sec, le crâne en feu ? — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895)
    • La poussière de craie donnait soif et cet automne était chaud. Je me souviens d'avoir bu un jour peut-être dix quarts de bouillon brûlant pris à la cuisine roulante. — (Alain, Souvenirs de guerre, p.111, Hartmann, 1937)
    • Je les ai vus, ceux qui ont souffert de la soif, la soif, jalousie de l'eau, plus dure que la maladie, car le corps connaît son remède et l'exige comme il exigerait la femme, et voit en songe les autres boire. — (Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle (1948), XXXI)
  2. (Figuré) Désir immodéré ou impatient.
    • Le démon, au contraire, a envoyé dans les cloîtres des monastères la faim et la soif d'entendre les paroles des hommes et les bruits du monde, en sorte qu'occupés d'un vain parlage, nous repoussions d'autant plus la parole divine, […]. — (Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, Lettre VIII, traduction de Octave Gréard, Garnier, 1875, p.274)
    • Tous les actes extérieurs de sa vie, son âpre ambition, sa rude soif de l'or, tout cela n'était qu'un moyen et non un but. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Le trait le plus saillant de la mentalité salutiste, celui qui saute aux yeux autant que le célèbre uniforme, c'est la soif de l’apostolat. Ils ont le sens de la valeur des âmes, ces gens-là, […]. — (La Vie intellectuelle, 1931, vol. 13, p. 203)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOIF. n. f.
Désir, envie, besoin de boire. Soif brûlante, ardente, cruelle, pressante. Avoir soif. Mourir de soif. Étancher sa soif. Ne boire qu'à sa soif. Boire sans soif. Cela fait passer la soif. Cela ne fait qu'exaspérer la soif. Je n'ai ni faim ni soif. Fig. et fam., C'est la faim qui épouse la soif se dit de Deux personnes qui n'ont point de fortune et qui se marient. Fig. et fam., Garder une poire pour la soif, Ménager, réserver quelque chose pour les besoins à venir. Prov. et fig., On ne saurait faire boire un âne s'il n'a soif, qui n'a pas soif, On ne saurait obliger une personne entêtée à faire ce qu'elle n'a pas envie de faire.

SOIF signifie, au figuré, Désir immodéré, impatient. Soif de biens, d'honneurs, de pouvoir, de gloire, de vengeance. La soif de régner. La soif de l'or. Être dévoré de la soif des grandeurs, des richesses. Il est dit dans l'Évangile : Bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de la justice.

Littré (1872-1877)

SOIF (soif ; au XVIe siècle, on prononçait soi, PALSGRAVE, p. 24, et, au commencement du XVIIIe siècle, l'f ne se faisait pas plus entendre que dans clef) s. f.
  • 1Sensation du besoin de boire, d'introduire des liquides dans l'estomac. L'incommodité de la soif est incroyable, et inconcevable à qui ne l'a pas éprouvée, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 465, dans POUGENS. Il [l'homme] sut qu'il n'était plus… Qu'un chétif animal pétri d'un peu de terre, à qui la faim, la soif partout faisaient la guerre, Boileau, Sat. XI. Guérissez-moi ma fièvre seulement, Et pour ma soif ce sera mon affaire, Rousseau J.-B. Épigr. I, 13. Déjà l'ardente soif le sèche, le dévore, Ducis, Abuf. I, 3. Boire sans soif et faire l'amour en tout temps…, Beaumarchais, Mar. de Fig. I. Il n'avait de goût onéreux Qu'une soif un peu vive, Béranger, Roi d'Yvetot.

    Fig. De ce sable étancher la soif démesurée, Boileau, Épît. X.

  • 2 Fig. Désir vif, immodéré. Elle a soif de mon sang, elle a voulu l'épandre, Corneille, Rodog. V, 4. Après m'avoir montré cette soif du baptême, Corneille, Poly. V, 3. Ce fils donc qu'a pressé la soif de la vengeance, Corneille, Nicom. I, 5. Vous avez soif d'être seule ; eh ! mon Dieu, ma chère ! venez dans nos bois, c'est une solitude parfaite, Sévigné, 239. Il [Ch. de Sévigné] volera ici avec une soif non pareille de revoir son cher pays, Sévigné, 3 juill. 1680. Saint Grégoire a raison de dire qu'il [Dieu] a fait que nous ayons soif de lui, et qu'il reçoit comme un bienfait, quand nous lui donnons occasion de nous bien faire, Bossuet, Sermons, Visitat. 2. Perfides, contentez votre soif sanguinaire, Racine, Iphig. V, 4. Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable, Racine, Athal. I, 1. Né ministre du dieu qu'en ce temple on adore, Peut-être que Mathan le servirait encore, Si l'amour des grandeurs, la soif de commander Avec son joug étroit pouvait s'accommoder, Racine, ib. III, 4. Voilà, monsieur, ce que les hommes de tous les temps et de tous les pays appellent un héros [Charles XII] ; mais c'est le vulgaire de tous les temps et de tous les pays qui donne ce nom à la soif du carnage, Voltaire, Lett. Schouvaloff, 17 juillet 1758. Il [un financier] avait brûlé, toute sa vie, de la soif d'avoir ; le démon de la convoitise l'avait perpétuellement tourmenté, Voltaire, Dict. phil. Avarice. La soif du bonheur ne s'éteint pas dans le cœur de l'homme, Rousseau, Confess. IX. La soif la plus ardente est celle de la richesse, Diderot, Opin. des anc. philos. Sarrasins.
  • 3 Fig. Grand besoin d'argent. J'ai donné ce que j'avais d'argent, à cause du décri ; ainsi ma soif est grande, Sévigné, à Mme de Guitaut, 7 janv. 1693. Ceux qui attendent mon argent ont grand'soif, Sévigné, ib. 3 juin 1693. Toujours une soif et un besoin d'argent… sa main [de Ch. de Sévigné] est un creuset qui fond l'argent, Sévigné, 27 mai 1680.

PROVERBES

Il faut garder une poire pour la soif, il faut réserver quelque chose pour le besoin. Songez… que Bourbilly est à vous ; c'est un petit morceau qu'il était bon de garder pour la soif ; mais vous ne sauriez être plus altérée que vous l'êtes présentement, Sévigné, à Mme de Grignan, 22 janv. 1690.

On ne saurait faire boire un âne s'il n'a soif, qui n'a pas soif, se dit de ceux qui n'ont pas envie de faire une chose, quoique cette chose soit agréable.

La faim a épousé la soif, se dit de deux personnes pauvres qui se marient ensemble.

On dit aussi de deux époux sans bien : c'est la faim et la soif.

Quand l'un a soif, l'autre veut boire, se dit de deux compagnons de bouteille.

HISTORIQUE

XIIe s. Il posad flums [fleuves] en desert e eissemenz d'ewes en seid, Liber psalm p. 165.

XIIIe s. Mais tu vendras [viendras] encor ça jus, à tot le moins qant auras soi, T'en convendra venir par moi. Ren. 339.

XVe s. Quant on s'en va sur la soif, Ce n'est jamais en bon escot, Basselin, XXII.

XVIe s. Il n'a pas soif qui de l'eau ne boit, Cotgrave

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOIF, s. f. (Physiolog.) c’est l’appétit des fluides ; il ne faut point croire que ce qui est la source de la soif soit aussi la source de la faim ; souvent cette derniere sensation n’est pas accompagnée de la soif, & souvent on l’éprouve dans le tems qu’on a le moins d’appétit. Elle a son siége non-seulement dans l’estomac, mais dans l’ésophage, dans le pharynx & dans toute la bouche.

Son origine n’est pas facile à développer ; mais en général il paroît que la soif provient d’une certaine chaleur qui s’excite dans l’estomac par différentes causes ; les principales sont les alimens chauds, les vins spiritueux, les liqueurs fortes, les assaisonnemens aromatiques, le violent exercice, la chaleur de la saison, le crachement excessif des gens pituiteux, phthisiques, mélancholiques, &c.

Si donc 1°. le gosier n’est pas humecté, la soif se fait sentir, parce que les vaisseaux étant secs se retrécissent, & augmentent par-là le mouvement du sang ; c’est à cause de cette sécheresse, que les phthisiques ont la paume de la main fort chaude après le repas.

2°. S’il y a des matieres gluantes dans l’estomac, la soif peut survenir, parce que ces matieres qui ont de la viscosité, sont un effet de la chaleur, & quelquefois elles supposent un sang privé de sa lymphe ; quand le sang n’a pas d’humeur aqueuse, il est épais, & alors il ne peut pas passer librement par les vaisseaux capillaires, il gonfle donc les arteres qui doivent en conséquence battre plus fréquemment & plus fortement, ce qui ne sauroit arriver que la chaleur ne s’augmente.

3°. Les sels, les matieres âcres, ou les corps qui contiennent beaucoup de feu doivent causer la soif, car toutes ces substances mettent en mouvement les parties solides, & y excitent par conséquent de la chaleur.

4°. Dans les fievres, la soif se fait sentir avec violence, la raison n’est pas difficile à trouver ; les fievres ne sont causées que par un excès de mouvement, les arteres étant bouchées se gonflent, il faut donc qu’elles battent plus fortement & plus fréquemment, & que par-là il survienne plus de chaleur.

5°. Dans l’hydropisie, l’on sent une soif violente, cela vient de ce que la partie aqueuse du sang reste dans l’abdomen ; il n’y aura donc qu’un sang épais dans les autres parties, cette épaisseur causera nécessairement de la chaleur ; d’ailleurs l’abdomen étant rempli d’eau, les vaisseaux sanguins sont fort comprimés, le sang coule donc en plus grande quantité vers les parties supérieures ; de-là il suit que le mouvement & la chaleur y sont plus considérables, & qu’il arrive souvent des hémorrhagies aux hydropiques.

6°. On voit par ce détail que c’est un mauvais signe, comme dit Hippocrate, que de n’avoir pas soif dans les maladies fort aiguës ; cela marque que les organes deviennent insensibles, & que la mort n’est pas éloignée. L’origine de ce dégoût pour les fluides, vient du resserrement des vaisseaux lactés ; il faudroit alors employer quelque liquide très-humectant, auquel le malade se porteroit plus volontiers.

La cause finale de la soif, est de nous avertir des vices du sang, de sa diverse acrimonie, de son épaississement, de son inflammation ; du desséchement du pharynx, de l’ésophage & du ventricule, desséchement qui arrive toutes les fois que les glandes cessent de filtrer un suc doux & muqueux.

Entre les quadrupedes qui peuvent le plus supporter la soif, on n’en connoît point qui jouissent de cet avantage comme le chameau ; car même dans les pays brûlans, ils supportent la soif des semaines entieres. Cet animal a dans le second de ses quatre ventricules plusieurs cavités faites comme des sacs, qui selon quelques physiciens pourroient être les réservoirs où Pline dit que les chameaux gardent fort long-tems l’eau qu’ils boivent en quantité quand ils en trouvent dans les déserts.

Ce qu’il y a de plus certain, c’est que l’homme n’a pas le même bonheur, & que quand il ne peut satisfaire à ce besoin pressant, cet état est suivi au bout de quelques jours de l’inflammation du ventricule, de la fievre, du resserrement de la gorge, & de la mort. C’est un tourment inexprimable, par lequel on recherche dans le secours de l’eau ou de toute autre liquide, le remede au mal qu’on endure ; on donneroit alors un royaume pour un verre d’eau, comme fit Lysimaque.

Il n’y a, dit l’amiral Anson, dans son voyage de la mer du Sud, que ceux qui ont souffert long-tems la soif, & qui peuvent se rappeller l’effet que les seules idées de sources & de ruisseaux ont produit alors en eux, qui soient en état de juger de l’émotion avec laquelle nous regardâmes une grande cascade d’une eau transparente, qui tomboit d’un rocher haut de près de cent piés dans la mer, à une petite distance de notre vaisseau. Ceux de nos malades qui n’étoient point à l’extrémité, quoiqu’alités depuis long-tems, se servirent du peu de force qui leur restoit, & se traînerent sur le tillac pour jouir d’un spectacle si ravissant. (D. J.)

Soif, (Lang. franç.) ce mot au figuré désigne une grande passion, un desir vif, inquiet, & ardent de quelque chose ; il s’emploie dans le style noble, la soif de l’or, la soif des honneurs, la soif de la gloire. L’Evangile dit, que ceux qui ont soif de la justice sont bienheureux ; c’est une belle idée. La poésie s’est enrichie de ce mot.

Cette soif de régner que rien ne peut éteindre

Rac. Iphig. act. 4. sc. 4.

Perfides, contentez votre soif sanguinaire.

Iphig. act. 5. sc. 4.

Vous brûlez d’une soif qu’on ne peut étancher.

Despreaux.

(D. J.)

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Étymologie de « soif »

Du latin sitis. En ancien français, sei, soi. Le passage de soi à soif paraît dû à une fausse analogie avec le mot neif, noif (cas sujet nois), (« neige ») et éviter l'homophonie avec soi et soit.
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Bourg. et saintong. soi ; Berry, soi, soué ; wallon, seu, s. m. ; provenç. set ; espagn. sed ; portug. sede ; ital. sete ; du lat. sitim, t changé en f, comme dans fief de feodum, mœuf de modus, etc.

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Phonétique du mot « soif »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
soif swaf

Citations contenant le mot « soif »

  • Contrairement à ce qui est dit dans le sermon sur la Montagne, si tu as soif de justice, tu auras toujours soif. De Jules Renard / Journal
  • Celui qui a soif, n'a pas d'argent, et celui qui a de l'argent, n'a pas soif ! De Adolphe Matthis
  • La soif du coeur ne s'apaise pas avec une goutte d'eau. De Mocharrafoddin Saadi
  • Les gens ont soif de considération bien plus que de mérite. De Hervé Bazin
  • Qui est maître de sa soif est maître de sa santé. De Auguste Brizeux
  • La renommée est la soif de la jeunesse. De George Gordon, Lord Byron / Le pèlerinage de Childe Harold
  • La soif de l'or - auri sacra fames - est devenue tellement impérieuse au jour d'aujourd'hui, que beaucoup de gens n'hésitent pas, pour se procurer des sommes, à employer le meurtre, la félonie, parfois même l'indélicatesse. Alphonse Allais, Rose et vert pomme, Ollendorf
  • Il peut tout de même arriver que le plaisir de donner soif à l'autre soit moins grand que celui de lui donner à boire. Robert Mallet, Apostilles, Gallimard
  • Je meurs de soif en cousté* la fontaine ; Tremblant de froid au feu des amoureux. Charles d'Orléans, Ballades
  • L'appétit vient en mangeant, […] la soif s'en va en buvant. François Rabelais, Gargantua, 5
  • Je meurs de soif auprès de la fontaine […] Rien ne m'est sûr que la chose incertaine. François Villon, Ballade du concours de Blois
  • Plus on boit, plus on a soif. De Ovide / Les fastes
  • L'origine de la douleur, c'est la soif de plaisir, la soif d'existence, la soif d'impermanence. De Anonyme / Vinayapitaka : Le sermon de Bénarès
  • L'Amour : une source qui a soif. De Marie Noël
  • Que la lumière soif... Et la lumière but. De André Beucler
  • Creusez un puits avant d'avoir soif. De Proverbe chinois
  • Vos idées, j’entends bien, mais votre soif ? De Maurice Barrès
  • Il faut se garder une poire pour la soif. De Proverbe québécois
  • Le Soleil extérieur a soif du soleil intérieur. De Jakob Böhme
  • Par la soif, on apprend l'eau. De Emily Dickinson / Poèmes
  • Ainsi encadré, le boulevard Cassanyès se prépare au rush des aoûtiens, traditionnellement encore plus nombreux. Et assoiffés ! leparisien.fr, A Canet-en-Roussillon, la fête est désormais masquée dans la rue de la Soif - Le Parisien
  • Le propriétaire des dix chiens retrouvés morts de faim et de soif en Corrèze vient d'être jugé par le tribunal de Brive. En dépression depuis une rupture conjugale, le mis en cause de 40 ans s'est expliqué et a finalement été condamné. Il ne pourra plus jamais détenir d'animaux, entre autres. France Bleu, Dix chiens morts de faim et de soif en Corrèze : leur maître ne pourra plus jamais détenir d'animaux
  • La justice a été peu clémente avec Rabia, une des protestataires contre la soif, rapporte Alyaoum24. Elle aurait humilié un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, selon une plainte déposée à son encontre par l’arrondissement de Menara de Marrakech. Elle a été relâchée après avoir passé 15 jours en détention préventive. Bladi.net, Marrakech : 3 mois de prison pour avoir manifesté contre la soif

Images d'illustration du mot « soif »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « soif »

Langue Traduction
Anglais thirst
Espagnol sed
Italien sete
Allemand durst
Chinois 口渴
Arabe العطش
Portugais sede
Russe жажда
Japonais 渇き
Basque egarria
Corse sete
Source : Google Translate API

Synonymes de « soif »

Source : synonymes de soif sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « soif »

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