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Résurrection

Sommaire

  • Définitions du mot résurrection
  • Étymologie de « résurrection »
  • Phonétique de « résurrection »
  • Citations contenant le mot « résurrection »
  • Images d'illustration du mot « résurrection »
  • Traductions du mot « résurrection »
  • Synonymes de « résurrection »
  • Antonymes de « résurrection »

Définitions du mot résurrection

Trésor de la Langue Française informatisé

RÉSURRECTION, subst. fém.

A. −
1. MYTH., RELIG.
a) Retour de la mort à la vie. Résurrection miraculeuse; résurrection de Lazare. Les résurrections accomplies par le Christ redonnent aux bénéficiaires une vie normale; il ne s'agit pas d'une glorification appartenant à l'autre vie (Dheilly1964).
b) THÉOL. Passage de la mort à l'immortalité.
α) RELIG. CHRÉT. [Souvent avec une majuscule] Passage à la vie glorieuse de la nature humaine de Jésus-Christ, trois jours après sa mort sur la croix. Le mystère de la Résurrection. Sa première apparition [de Jésus] après sa résurrection glorieuse, fut à Magdeleine (Chateaubr.,Mém., t. 4, 1848, p. 389):
... si nous parlons de la Résurrection de Jésus-Christ, de l'Ascension de Jésus-Christ, de son intercession pour nous dans les cieux, qui ne voit que toutes ces gloires de Jésus-Christ sont le triomphe de l'homme racheté par Lui? Jésus ressuscité: c'est l'homme vainqueur de la mort et du péché... Monod,Sermons,1911, p. 300.
P. méton. Fête annuelle célébrant cet événement. Célébrer la Résurrection; jour de la Résurrection. Synon. Pâques.Avant Pâques il y a la semaine sainte, dans laquelle les jours du jeudi saint et du vendredi saint sont presque aussi anciens que celui de la Résurrection (Chauve-Bertrand,Question calendrier,1920, p. 76).V. ascension ex. 10.
β) RELIG. (notamment cath., juive, musulmane). Croyance ou dogme selon lequel le corps humain ressuscitera à la fin des temps. Résurrection éternelle, universelle; résurrection de la chair, des corps; résurrection des morts. Le Mauvais Esprit: « Le courroux céleste te menace, Marguerite, les trompettes de la résurrection retentissent; les tombeaux s'ébranlent, et ton cœur va se réveiller pour sentir les flammes éternelles (...) » (Staël,Allemagne, t. 3, 1810, p. 109).Par la résurrection, nous rentrons dans la vie absolue, la vie éternelle (...) nous touchons à la vie totale, définitive, cette vie (...) sur laquelle reposent l'apologétique augustinienne et plus généralement l'apologétique chrétienne (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 260).V. corps ex. 19, palingénésie ex. 1 et résurrectionniste ex. de P. Leroux.
γ) P. méton., BEAUX-ARTS. Œuvre d'art représentant la résurrection du Christ. La Résurrection de Rembrandt (Dict. xixeet xxes.).
2. P. anal., BIOL. [À propos d'un animal inférieur] Reprise d'un processus de vie observable après une suspension prolongée de tout phénomène vital. V. résurrectionnisme rem. s.v. résurrectionniste ex. de J. Rostand.
B. − P. ext.
1. Guérison prompte ou surprenante d'un malade qui a été proche de la mort; retour inattendu et rapide à la santé. C'est une véritable résurrection. Rieux trouva Grand assis sur son lit, parlant avec Tarrou (...). Le soir, Grand pouvait être considéré comme sauvé. Rieux ne comprenait rien à cette résurrection (Camus,Peste,1947, p. 1433).
2. Littéraire
α) [À propos d'un élément de la nature] Action de se manifester à nouveau, résultat de cette action; nouvelle vigueur, vie nouvelle. [La lune] répandait (...) cette lueur mourante (...) qu'elle nous jette chaque mois, à la fin de sa résurrection (Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Amour, 1886, p. 739).Les pâmoisons et les résurrections du végétal, ses voltes rapides vers la lumière (Colette,Gigi,1944, p. 190).
β) [À propos d'un État] Renaissance, nouvel essor. La situation créée par la résurrection de l'Europe et des puissances européennes (Beaufre,Dissuasion et strat.,1964, p. 162).
Vx. Résurrection à qqc.Je souhaite à la Pologne la résurrection à la liberté, et à la Russie la résurrection à l'honneur (Hugo,Actes et par., 2, 1875, p. 53).
C. − Au fig. ou p. métaph.
1. Résurrection de qqn.Fait de retrouver la joie de vivre, le bonheur, la paix de l'âme. L'abbé Taffin: (...) je cherche son autel [de sainte Letgarde], je m'agenouille (...) une douceur me réchauffe, me rassure, me sauve (...) comment exprimer la résurrection morale qui suivit? (Estaunié,Vie secrète,1908, p. 48).
2. Résurrection de qqc./qqn.Fait de faire revivre le passé ou d'évoquer une personne défunte ou que l'on n'a pas vue depuis longtemps. De très-bonne heure (...) M. Michelet (il nous l'a dit) a voulu faire, de l'histoire, non une narration comme Augustin Thierry, non une analyse comme M. Guizot, mais une résurrection (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 152).La résurrection de son image (d'Edmée), non moins que son abolition momentanée, mettait Chéri de bonne humeur (Colette,Fin Chéri,1926, p. 65).
3. Résurrection de qqc./qqn.Renaissance, retour, remise en vogue d'une idée, d'une doctrine et, p. méton., d'une personne, tombée dans l'oubli ou passée de mode. Résurrection d'un art. Des citoyens armés par la Révolution, qui ne vouloient point la résurrection du despotisme (Robesp.,Discours, Guerre, t. 8, 1792, p. 15).Maintenant l'heure de sa résurrection est arrivée; je serais heureux d'avoir donné la main à Milton pour sortir de sa tombe comme prosateur; depuis long-temps la gloire lui a dit comme poète: « Lève-toi » (Chateaubr.,Litt. angl., t. 2, 1836, p. 28).
Prononc. et Orth.: [ʀezyʀ εksjɔ ̃], [-ʀe-]. Ac. 1694-1740: re-; dep. 1762: -. Étymol. et Hist. 1. 1remoit. xiies. resurrectiun « action de se lever » (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, 138, 1, p. 215, également att. ds le Psautier Cambridge, 138, 2, p. 246: resurrecciun); 2. déb. xiies. « fête de la Résurrection, Pâques » (ds Drüppel Afr. Urk., p. 102); ca 1175 resurrection « action de ressusciter » (Chron. Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 26337); spéc. 1680 (Rich.: Résurrection. Estampe qui représente le mistere de la resurrection); 3. 1676 résurrection « retour à l'existence, à l'activité, guérison » (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, Lettre 2 oct., t. 2, p. 414). Empr. au b. lat. eccl.resurrectio, -onis « action de se relever » ves. ds Blaise Lat. chrét., « résurrection » fin ives., ibid., « fête de la Résurrection » ca 870 ds Nierm., formé sur le supin resurrectum de resurgere, v. résurgent. Cf. l'a. m. fr. resuscitement « action de ressusciter » ca 1200 (Dialogue Grégoire, 244, 3 ds T.-L.) − xvies.: 1547, Budé, Institution, ch. 38 ds Hug., repris comme ,,v. lang.`` par Ac. Compl. 1842, et resordement « id. » ca 1210 (Guillaume le Clerc, Bestiaire, éd. R. Reinsch, 2155 ds T.-L.) − 1721, Trév.: résordement. Fréq. abs. littér.: 906. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 320, b) 968; xxes.: a) 1 378, b) 1 378.
DÉR. 1.
Résurrecteur, subst. masc.,rare, littér. a) Personne ou chose qui ressuscite, qui rend la vie ou la santé. « Du vin? En quantité modérée (...). Le plaisir physique? (...). Je vous le permets sans abus (...). L'excès en tout est un défaut. » Du coup, quelle tentation pour le malade de renoncer à ces deux résurrecteurs, l'eau et la chasteté! (Proust,Sodome,1922, p. 641).Saint Nicolas, le protecteur des naufragés et résurrecteur des enfançons [« petits enfants »] réduits en hachis (Arnoux,Rhône,1944, p. 280).b) P. métaph. À Michelet. (...) Votre Louis XV est un de vos plus beaux livres. Ce roi gisait, pourri. Vous êtes venu, résurrecteur. Vous avez dit à ce cadavre: debout! et vous avez remis dedans son âme horrible (Hugo,Corresp.,1866, p. 551). [ʀezyʀ εktœ:ʀ], [-ʀe-]. 1reattest. 1788 (Fér.); de résurrect[ion], suff. -eur2*. Fréq. abs. littér.: 12.
2.
Résurrectionnel, -elle, adj.,rare, littér. a) ,,Relatif à la résurrection du Christ`` (Rob.). b) Qui ressuscite, rend la vie. Il s'agissait de pousser en Pologne (...) au soulèvement national universel, (...) de s'associer, en le dirigeant habilement, à ce mouvement résurrectionnel d'une race si naturellement électrisée (Sainte-Beuve,Nouv. lundis, t. 9, 1864, p. 232). [ʀezyʀ εksjɔnεl], [-ʀe-]. 1reattest. 1832 (Balzac, Œuvres div., t. 2, p. 560); de résurrection, suff. -el*.
BBG.Gohin 1903, p. 262 (s.v. résurrecteur). − Quem. DDL t. 3 (s.v. résurrectionnel).

Wiktionnaire

Nom commun

résurrection \ʁe.zy.ʁɛk.sjɔ̃\ féminin

  1. Retour de la mort à la vie.
    • (Religion)Prévoyante, la religion chrétienne garantit la résurrection des corps, postulant ainsi l’affectation ad aeternam d’une âme à un corps, mais avant ? Où sommes-nous ? — (Paul Guimard, L'Age de Pierre, Grasset, p. 125)
    • (Religion)Le Père Malebranche prouve la résurrection par les chenilles qui deviennent papillons. Cette preuve, comme on voit, est aussi légère que les ailes des insectes dont il l'emprunte. — (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1765)
    • La résurrection d’Athelstane a été souvent critiquée comme outrepassant les règles de la vraisemblance, même dans un ouvrage aussi romanesque. — (Walter Scott, Ivanhoé, ch. XLII, note de l’auteur, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • (Par extension)[…] et là, quand tout espoir sera détruit pour la résurrection de leur patrie, les uns seront forcés de suivre en Étrurie et à Naples la fortune de leurs nouveaux rois; les autres, plus malheureux, iront, sous le ciel brûlant des tropiques, lutter contre un climat pestilentiel. — (Anonyme, Légions polonaises en Italie, Revue des Deux Mondes, 1829, tome 1)
    • Commune à ces divers récits, la résurrection par Jésus d'un coq rôti, placé sur la table lors du dernier repas : revenu à la vie, le coq annonce la Passion du Seigneur. — (François Bovon, L’Évangile selon saint Luc: texte imprimé; vol. 4, p. 225, Labor et Fides, 2009)
    • Mais les cryobiologistes espèrent qu'une nouvelle technique, appelée nanotechnologie, fera bientôt de la résurrection une réalité. […]. Certains cryobiologistes prédisent que le premier réveil suite à une cryogénisation pourrait se produire vers 2040. — (Mark Brake & ‎Jon Chase, Congeler les gens pose quelques soucis, dans La science dans Star Wars : Ce qui se cache derrière la Force, le sabre laser, les voyages intergalactiques..., traduit de l'anglais par Marion McGuinness, éd. De Boeck Supérieur, 2019)
    • (Figuré)Nous nous levons à demi habillés, des inconnus autour de nous surgissant du foin, à la vitesse et avec les ennuis d'une résurrection, se plaignant du bras, d'une fluxion, de la jambe. — (Jean Giraudoux, Retour d'Alsace - Août 1914, 1916)
  2. (Par hyperbole) (Familier) Guérison surprenante, inopinée. Dans ce cas, on peut dire aussi résuscitation.
    • L'état physique du malade était des plus piteux : […]. Le malade vint en septembre 1915, sur le conseil d'un de mes clients. À partir de ce moment, les progrès ont été très rapides et actuellement (1925), ce monsieur se porte parfaitement bien. C'est une vraie résurrection. — (Émile Coué, La Maîtrise de Soi-même par l'autosuggestion consciente, 1922, éd. 1935, p.40)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RÉSURRECTION. n. f.
Retour de la mort à la vie. La résurrection de Notre-Seigneur. La résurrection de Lazare. La résurrection des morts. Par extension, La résurrection d'un peuple. Fig. et fam., C'est une résurrection, une véritable résurrection se dit d'une Guérison surprenante, inopinée.

Littré (1872-1877)

RÉSURRECTION (ré-zu-rè-ksion ; en vers, de cinq syllabes) s. f.
  • 1Retour de la mort à la vie. Paul… s'écria dans le conseil : je suis pharisien, fils de pharisien ; je suis tiré en cause pour l'espérance et pour la résurrection des morts ; et, quand, il eut dit cela, il s'éleva une discussion entre les pharisiens et les saducéens… car les saducéens disent qu'il n'y a point de résurrection, ni d'ange, ni d'esprit ; mais les pharisiens soutiennent l'un et l'autre, Actes des Apôtres, XXIV, 6, 7 et 8. Après la résurrection les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les anges dans le ciel, Sacy, Bible, Évang. St Matthieu XXII, 30. Qu'ont-ils à dire contre la résurrection ? Pascal, Pens. XXIV, 20, éd. HAVET. La part que nous avons aux souffrances de Jésus-Christ nous assure que nous avons part à sa résurrection, Bossuet, Euchar. II, 7. Elle professait hautement la foi catholique et la résurrection des morts, cette précieuse consolation des fidèles mourants, Bossuet, Duch. d'Orl. Quand il se leva, je crus voir la résurrection du Lazare ; imaginez-vous un corps si sec, qu'en le voyant à nu on aurait fort bien pu apprendre l'ostéologie, Lesage, Gil Blas, IV, 7. Je compris à la réponse du pasteur et à quelques signes d'intelligence, qu'un des points ci-devant contestés entre eux était la résurrection des corps, Rousseau, Hél. VI, 11. J'étais venu à envisager la mort comme une sorte de développement, et la résurrection comme un second développement, Bonnet, Œuv. mêlées, t. XVIII, p. 33, dans POUGENS.

    Fête que l'Église célèbre en mémoire de Jésus-Christ ressuscité.

    Tableau ou estampe qui représente la résurrection de Jésus-Christ. Une belle Résurrection (avec une majuscule).

  • 2 Par exagération, guérison surprenante et inattendue. C'est une résurrection, une véritable résurrection. Elle [Mme de Maintenon] témoigna beaucoup de tendresse à cette pauvre malade [Mme de Coulanges], et bien de la joie de sa résurrection, Sévigné, 2 oct. 1676.
  • 3 Fig. Il se dit d'un ouvrage qui, mis de côté, reparaît dans la publicité. Oserais-je demander encore cette grâce [une faveur pour un médecin] à Votre Majesté le propre jour de la grande résurrection de Tartuffe, ressuscité par vos bontés ? Molière, 3e placet au roi.

    La résurrection des lettres et des arts, se dit des lettres et des arts qui reprennent vie et sortent de leur décadence.

HISTORIQUE

XIVe s. Le pape prioit l'empereur qu'il allast à Rome, et qu'il fust à la resurrection, Chr. de St-Denis, t. I, f° 164, dans LACURNE.

XVIe s. …Et de la chair la resurrection, Marot, IV, 342.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RÉSURRECTION, s. f. (Théolog.) c’est l’acte de retourner après la mort à une seconde ou nouvelle vie. Voyez Vie & Mort.

La résurrection peut être ou pour un tems ou perpétuelle. La résurrection pour un tems est celle où un homme mort ressuscite pour mourir de nouveau. Telles sont les résurrections miraculeuses dont il est fait mention dans l’Ecriture, comme celle de Lazare. La résurrection perpétuelle est celle où l’on passe de la mort à l’immortalité, telle qu’a été la résurrection de Jesus-Christ, & telle que la foi nous fait espérer que sera la nôtre à la fin des siecles. C’est dans le dernier sens que nous allons prendre le mot de résurrection dans tout cet article.

Le dogme de la résurrection des morts est une créance commune aux Juifs & aux Chrétiens. On le trouve clairement marqué dans l’ancien & le nouveau Testament. Comme, Psalm. xv. 10. Job xix. 25. Ezéch. xxxvij. 1, 2, 3. Macch. viij. 9, 14, 23, 29, lorsque Jesus-Christ parut dans la Judée, la résurrection des morts étoit reçue comme un des principaux articles de foi de la religion des Juifs par tout le corps de la nation, à l’exception des seuls Sadducéens qui la nioient & qui toutefois étoient tolérés, mais Jesus-Christ a enseigné expressément ce point de notre foi & est lui-même ressuscité.

L’argument qu’on tire de sa résurrection en faveur de la vérité de la religion chrétienne est un de ceux qui pressent avec plus de force & de conviction. Les circonstances en sont telles qu’elles portent ce point jusqu’à la démonstration, suivant la méthode des géometres, comme Ditton l’a exécuté avec succès.

Quoique les Juifs admettent la résurrection, ils varient beaucoup sur la maniere dont elle se fera. Les uns la croient générale, d’autres avancent que tous les hommes ne ressusciteront pas, mais seulement les Israélites, encore exceptent-ils du nombre de ceux-ci les plus grands scélérats. Les uns n’admettent qu’une résurrection à tems, les autres une résurrection perpétuelle, mais seulement pour les ames. Léon de Modene, cérémon. des Juifs, part. IV. c. ij. dit qu’il y en a qui croient, comme Pythagore, que les ames passent d’un corps dans un autre, ce qu’ils appellent gilgul ou roulement. D’autres expliquent ce roulement du transport qui se fera à la fin du monde par la puissance de Dieu de tous les corps des Juifs morts hors de la Judée, pour venir dans ce dernier pays se réunir à leurs ames. Voyez Gilgul.

Ceux d’entre les Juifs qui admettent la métempsycose sont fort embarrassés sur la maniere dont se fera la résurrection ; car comment l’ame pourra-t-elle animer tous les corps dans lesquels elle aura passé ? Si elle n’en anime qu’un, que deviendront tous les autres ? & seroit-il à son choix de prendre celui qu’elle jugera le plus à propos ? Les uns croient qu’elle reprendra son premier corps, d’autres qu’elle se réunira au dernier ; & que les autres corps qu’elle a autrefois animés, demeureront dans la poussiere confondus avec le reste de la matiere.

Les anciens Philosophes qui ont enseigné la métempsycose, ne paroissent pas avoir connu d’autre résurrection, & il est fort probable que par la résurrection plusieurs Juifs n’entendoient non plus que la transmigration successive des ames.

On demande quelle sera la nature des corps ressuscités, quelle sera leur taille, leur âge, leur sexe ? Jesus-Christ, dans l’Evangile de S. Matth. chap. xxij. vers. 30, nous apprend que les hommes, après la résurrection, seront comme les anges de Dieu, c’est-à-dire, selon les peres, qu’ils seront immortels, incorruptibles, transparens, légers, lumineux, & en quelque sorte spirituels, sans toutefois quitter les qualités corporelles, comme nous voyons que le corps de Jesus-Christ ressuscité étoit sensible, & avoit de la chair & des os. Luc xxiv. 9.

Quelques anciens docteurs hébreux, cités dans la Gemarre, soutenoient que les hommes ressusciteroient avec la même taille, avec les mêmes qualités & les mêmes défauts corporels qu’ils avoient eu dans cette vie ; opinion embrassée par quelques Chrétiens qui se fondoient sur ce que Jesus-Christ avoit conservé les stigmates de ses plaies après sa résurrection. Mais, comme le remarque S. Augustin, Jesus-Christ n’en usa de la sorte que pour convaincre l’incrédulité de ses disciples, & les autres hommes n’auront pas de pareilles raisons pour ressusciter avec des défauts corporels ou des difformités. Sermon. 242. n°. 3 & 4.

La résurrection des enfans renferme aussi des difficultés. S’ils ressuscitent petits, foibles & dans la forme qu’ils ont eue dans le monde, de quoi leur servira la résurrection ? Et s’ils ressuscitent grands, bien faits & comme dans un âge avancé, ils seront ce qu’ils n’ont jamais été, & ce ne sera pas proprement une résurrection. S. Augustin penche pour cette derniere opinion, & dit que la résurrection leur donnera toute la perfection qu’ils auroient eue, s’ils avoient eu le tems de grandir, & qu’elle les garantira de tous les défauts qu’ils auroient pû contracter en grandissant. Plusieurs, tant anciens que modernes, ont cru que tous les hommes ressusciteront à l’âge où Jesus-Christ est mort, c’est-à-dire vers 33 ou 35 ans. Pour accomplir cette parole de S. Paul, afin que nous arrivions tous à l’état d’un homme parfait à la mesure de l’âge complet de Jesus-Christ. Ce que les meilleurs interpretes entendent dans un sens spirituel des progrès que doivent faire les Chrétiens dans la foi & dans la vertu. Aug. epist. 167. de civit. Dei, l. XXII. c. xiij. & xv. Hieron. epitaph. Paul. D. Thom. & Est. in epher. iv. 13.

Enfin plusieurs anciens ont douté que les femmes dussent ressusciter dans leur propre sexe, se fondant sur ces paroles de Jesus-Christ, dans la résurrection ils ne se marieront pas & n’épouseront point de femmes. A quoi l’on ajoute que, selon Moïse, la femme n’a été tirée de l’homme que comme un accident ou un accessoire, & par conséquent qu’elle ressuscitera sans distinction du sexe. Mais on répond que si la distinction des sexes n’est pas nécessaire après la résurrection, elle ne l’est pas plus pour l’homme que pour la femme : que la femme n’est pas moins parfaite en son genre que l’homme, & qu’enfin le sexe de la femme n’est rien moins qu’un défaut ou une imperfection de la nature. Non onim est vitium sexus fæmineus sed natura. Aug. de civit. Dei, lib. XXII. c. xvij. Origen. in Matth. xxiij. 30. Hilar. & Hieron. in eund. loc. Athanas. Basil. & alii apud August. lib. XXII. de civil. Dei, c. xvij. Dictionn. de la Bible de Calmet, tome III. lettre R, au mot résurrection, p. 371. & suiv.

Les Chrétiens croient en général la résurrection du même corps identique, de la même chair & des mêmes os qu’on aura eu pendant la vie au jour du jugement. Voici deux objections que les Philosophes opposent à cette opinion avec les solutions qu’on y donne.

1°. On objecte que la même masse de matiere & de substance pourroit faire au tems de la résurrection partie de deux ou de plusieurs corps. Ainsi quand un poisson se nourrit du corps d’un homme, & qu’un autre homme ensuite se nourrit du poisson, partie du corps de ce premier homme devient d’abord incorporé avec le poisson, & ensuite dans le dernier homme qui se nourrit de ce poisson. D’ailleurs on a vu des exemples d’hommes qui en mangeoient d’autres, comme les Cannibales & les autres sauvages des Indes occidentales le pratiquent encore à l’égard de leurs prisonniers. Or quand la substance de l’un est ainsi convertie en celle de l’autre, chacun ne peut pas ressusciter avec son corps entier ; à qui donc, demande-t-on, échoira la partie qui est commune à ces deux hommes ?

Quelques-uns répondent à cette difficulté que comme toute matiere n’est pas propre & disposée à être égalée au corps & à s’incorporer avec lui, la chair humaine peut être probablement de cette espece, & par conséquent que la partie du corps d’un homme qui est ainsi mangée par un autre homme, peut sortir & être chassée par les secrétions, & que, quoique confondue en apparence avec le reste de la matiere, elle s’en séparera par la toute-puissance divine au jour de la résurrection générale, pour le rejoindre au corps dont elle aura fait partie pendant la vie présente.

Mais la réponse de M. Leibnitz paroît être plus solide. Tout ce qui est essentiel au corps, dit-il, est le stamen originel qui existoit dans la semence du pere, bien plus, suivant la théorie moderne de la génération, qui existoit même dans la semence du premier homme. Nous pouvons concevoir ce stamen comme la plus petite tache ou point imaginable, qui par conséquent ne peut être séparé ou déchiré pour s’unir au stamen d’aucun autre homme. Toute cette masse que nous voyons dans le corps n’est qu’un accroissement au stamen originel, une addition de matiere étrangere, de nouveaux sucs qui se sont joints au stamen solide & primitif : il n’y a donc point de réciprocation de la matiere propre du corps humain, par conséquent point d’incorporation, & la difficulté proposée tombe d’elle-même, parce qu’elle n’est appuyée que sur une fausse hypothèse. Voyez Stamen, Solide, Génération.

2°. On objecte que, selon les dernieres découvertes qu’on a faites sur l’économie animale, le corps humain change perpétuellement. Le corps d’un homme, dit-on, n’est pas entierement le même aujourd’hui qu’il étoit hier. On prétend qu’en sept ans de tems le corps éprouve un changement total, de sorte qu’il n’en reste pas la moindre particule. Quel est, demande-t-on, celui de tous ces corps qu’un homme a eu pendant le cours de sa vie qui ressuscitera ? Toute la matiere qui lui a appartenu ressuscitera-t-elle ? Ou si ce n’en sera qu’un système particulier, c’est-à-dire la portion qui aura composé son corps pendant tel ou tel espace de tems, sera-ce le corps qu’il aura eu à vingt ans, ou à trente ou à soixante ans ? S’il n’y a que tel ou tel de ces corps qui ressuscite, comment est-ce qu’il pourra être récompensé ou puni pour ce qui aura été fait par un autre corps ? Quelle justice y a-t-il de faire souffrir une personne pour une autre ?

On peut répondre à cela sur les principes de M. Locke, que l’identité personnelle d’un être raisonnable consiste dans le sentiment intérieur, dans la puissance de se considérer soi-même comme la même chose en différens tems & lieux. Par-là chacun est à soi, ce qu’il appelle soi-même, sans considérer si ce même est continué dans la même substance ou dans des substances différentes. L’identité de cette personne va même jusques-là ; elle est à présent le même soi-même qu’elle étoit alors, & c’est par le même soi-même qui réfléchit maintenant sur l’action que l’action a été faite.

Or c’est cette identité personnelle qui est l’objet des récompenses & des punitions, & que nous avons observé pouvoir exister dans les différentes successions de matiere ; de sorte que pour rendre les récompenses ou les punitions justes & raisonnables, il ne faut rien autre chose sinon que nous ressuscitions avec un corps rel que nous puissions avec lui retenir le temoignage de nos actions. Au reste on peut voir dans Nieuvenrit une excellente dissertation sur la résurrection. Cet auteur prouve très-bien l’identité que l’on conteste & répond solidement aux objections.

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Étymologie de « résurrection »

Du latin resurrectio.
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Provenç. resurrectio ; espagn. resurreccion ; ital. resurrezione ; du lat. resurrectionem, de resurgere, de re, et surgere, se lever (voy. SURGIR).

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Phonétique du mot « résurrection »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
résurrection resyrɛksjɔ̃

Citations contenant le mot « résurrection »

  • Parfois, insurrection, c'est résurrection. De Victor Hugo / Les Misérables
  • Les cimetières sont les vestiaires de la résurrection. De André Frossard / Il y a un autre monde
  • La résurrection est une idée toute naturelle ; il n’est pas plus étonnant de naître deux fois qu’une. De Voltaire
  • Organisation du travail, résurrection religieuse telles sont les deux grandes oeuvres que notre époque demande à l'avenir. De Père Enfantin
  • L’embêtant avec la résurrection, c’est qu’il faut mourir avant. De Frédéric Beigbeder / Au secours pardon
  • Nous croyons de toute notre âme à la résurrection de la chair ; mais il faut que chaque être humain donne son consentement à cette vocation de pourrir. De François Mauriac / Vie de Jésus
  • Notre résurrection n'est pas tout entière dans le futur, elle est aussi en nous, elle commence, elle a déjà commencé. De Paul Claudel / Correspondance avec André Gide
  • Ecrire, c'est risquer un pas vers la mort. Mais c'est aussi sentir que la résurrection vous brûle les ailes De Françoise Lefèvre / Souliers d'automne
  • Vincent Lindon est un garçon merveilleux qui contribue grandement à la résurrection d'un cinéma français que nous n'avons plus et qui nous est essentiel. De Gérard Depardieu / L'Obs, 11-17 juin 2015
  • Ne pas croire en la résurrection a toujours été inconcevable pour moi. Mais je constate de plus en plus les dangers du monothéisme en ce bas monde. De Jim Harrison / L'Obs, 26 mars 2009
  • À Venise, mort et résurrection Merci de me faire connaître Venise par vos billets si amoureux, une Venise que je ne connaîtrai pas autrement, puisque je choisis de ne plus voyager, moi qui l’ai tant fait. Par souci d’écologie, de respect des lieux et, surtout, de respect pour les habitants. L’actualité, À Venise, mort et résurrection | L’actualité
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Images d'illustration du mot « résurrection »

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Traductions du mot « résurrection »

Langue Traduction
Anglais resurrection
Espagnol resurrección
Italien risurrezione
Allemand auferstehung
Chinois 复活
Arabe القيامة
Portugais ressurreição
Russe воскрешение
Japonais 復活
Basque berpizkundea
Corse risurrezzione
Source : Google Translate API

Synonymes de « résurrection »

Source : synonymes de résurrection sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « résurrection »

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