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Principe

Définitions du mot « principe »

Trésor de la Langue Française informatisé

PRINCIPE, subst. masc.

I.
A.− [Avec une idée de temps] Origine première d'une chose; début absolu. Synon. commencement.Principe et fin de toute chose.
Dès le principe. Dès le début, dès le commencement. Dès le principe, j'ai vu à quoi cette affaire aboutirait (Ac.1835-1935).La grande intuition de Pasteur (...) ce fut de croire inébranlablement à la spécificité absolue des organismes microscopiques. Il l'affirma dès le principe, et avant même que d'être en mesure de l'établir (Cuénot, J. Rostand, Introd. génét.,1936, p. 75).Ainsi se trouvent conjugués dès le principe le goût du passé et le besoin de faire face au présent et à l'avenir (Philos., Relig., 1957, p. 52-7).
À son principe. À son commencement. [L'architecture tudesque] n'est, à son principe, qu'une imitation de notre vieil art français du commencement du XIIIesiècle (Viollet-Le-Duc, Archit.,1872, p. 393).
B.− [À l'idée de commencement s'ajoute l'idée de causalité] Cause efficiente. Principe immatériel, supérieur, suprême, unique, universel; le principe des choses, de l'être, du monde, de l'univers. Dieu est le principe, le premier principe de toutes choses (Ac.1935).Ils font du bien le principe cosmique par excellence, cause génératrice des idées qui déterminent toutes choses (Renouvier, Essais crit. gén.,3eessai, 1864, p. 168):
1. ... Dieu source de tout être, comme premier principe des choses; source de toute vérité, comme lumière intellectuelle des créatures raisonnables; source de toute moralité, comme bien suprême et fin dernière des mêmes créatures. Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1108.
P. anal. Principe spirituel, pensant. [Le journal] contenait entre autres choses trois ou quatre immenses colonnes de métaphysique; c'était des lettres polémiques sur la spiritualité du principe pensant (Michelet, Journal,1834, p. 141).L'homme distinguant en lui-même un principe spirituel et un principe matériel, qu'est-ce autre chose que la nature même, proclamant tour à tour sa double essence, et rendant témoignage de ses propres lois? (Proudhon, Syst. contrad. écon.,t. 1, 1846, p. 16).
P. ext. Chaque peuple possède une âme, principe spirituel qui n'est qu'une émanation de l'instinct naturel (Hist. sc.,1957, p. 1566).
PHILOS., vieilli. [P. réf. aux physiologistes appelés vitalistes] Principe vital. Principe énergétique propre à la vie qui se distingue de l'âme et de l'organisme. Un principe vital qui, du néo-platonisme à la Renaissance et à l'irrationalisme moderne, est conçu comme l'animateur commun du microcosme et du macrocosme (Béguin, Âme romant.,1939, p. 5).Thouless s'accorde avec Rhine pour trouver (...) une nouvelle preuve de l'existence d'un principe vital, voire spirituel, capable d'agir sans intermédiaire physique (Amadou, Parapsychol.,1954, p. 286).
[P. réf. au Manichéisme] Principes du mal et du bien. Principes qui animent l'opposition dans le monde entre le mal et le bien, entre la matière et l'esprit. Les manichéens admettaient deux principes contraires, un principe du bien et un principe du mal (Ac.1835-1935).
II.
A.− [À propos notamment de causes naturelles] Cause active de quelque chose; élément qui a la propriété de produire certains effets. Principe et conséquence; principe de la chaleur, de l'énergie, de la dynamique, du mouvement; principe de la fièvre. Ce principe d'inquiétude et de mécontentement, capable d'action créatrice, existe dans les replis de l'âme humaine (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 203).L'idée magique de supposer en toute chose, vivante et même inanimée, je ne sais quel principe caché de vie (Valéry, Variété IV,1938, p. 113).
Dans son principe; au principe de. À l'origine de; à la source de quelque chose. Peut-être [le Gouvernement] espérait-il que cette mesure, en armant les citoyens les uns contre les autres, étoufferait l'insurrection dans son principe (Balzac, Chouans,1829, p. 8).
B.− Élément qui entre dans la constitution ou l'élaboration de quelque chose en raison de ses propriétés. Principe alcalin, azoté, chimique; principe alimentaire, colorant, doux, fertilisant, minéral, nutritif, organique. Selon les philosophes les atomes sont les principes de tous les corps (Ac.1798-1878).Ce principe nouveau (...) est d'une amertume horrible, peu soluble dans l'eau, très-soluble dans les acides (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 1, 1821, p. 88).On trouve, d'un côté et métaphysiquement, la matérialisation ou plutôt l'extériorisation d'une sorte de drame essentiel qui contiendrait d'une manière à la fois multiple et unique les principes essentiels de tout drame (Artaud, Théâtre et son double,1938, p. 61):
2. ... l'homme a besoin, pour adoucir sa brutalité, pour comprimer son égoïsme, pour détendre son indiscrétion, pour vivifier son objectivité, d'un peu de cette douceur, de ce désintéressement, de cet abandon, de ce sens fervent de la vie, qui sont le meilleur du principe féminin. Mounier, Traité caract.,1946, p. 157.
BIOL., CHIM. ,,Notion suivant laquelle les corps naturels possèdent des propriétés que ne laissent pas deviner leur simple apparence ou leur manipulation courante`` (Hist. de la sc., 1957, p. 844). Principe actif. ,,Partie composante d'un corps chimique ou d'un médicament, qui lui confère des propriétés particulières`` (Méd. Biol. t. 3 1972). Principes constituants. V. constituant A.Principes immédiats. V. immédiat I A 2 b.
III.
A.− PHILOS., LOG. ,,Proposition posée au début d'une déduction, ne se déduisant elle-même d'aucune autre dans le système considéré, et par suite mise, jusqu'à nouvel ordre, en dehors de toute discussion`` (Lal. 1968). Synon. prémisse, postulat.Principe absolu, abstrait, indestructible, universel; raisonner par principe; déduction, raisonnement qui repose sur un principe. Je pose comme un principe scientifique que (...) il n'y a pas d'effet sans cause (Cl. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 265).L'introspection est l'observation dirigée qui met en évidence l'existence des principes rationnels révélés par la conscience (Hist. sc.,1957, p. 1640).
Pétition de principe. V. pétition B log.
P. ext., usuel. En principe.[En incise, exprimant une réserve sur un événement devant logiquement se produire mais pratiquement restant aléatoire] Synon. logiquement, théoriquement.J'avais demandé à Maurice Blanc de m'envoyer des épreuves de ce livre (...) qui, en principe, devait paraître en Suisse quatre mois avant l'édition française (Gide, Journal,1943, p. 184).
B.−
1. P. ext. Notion importante de laquelle dépend tout développement ultérieur en toute connaissance. Synon. loi.Principe central, directeur, essentiel, fécond, général, générateur, incontestable; déduire, découler d'un principe; principes de la constitution, du droit, de la géométrie, de législation, de la mécanique, de la pédagogie, de la philosophie, de la physique, des sciences. C'est ainsi que l'homme d'un esprit supérieur, généralise les idées et saisit les principes premiers, applicables aux diverses sciences (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1578).Nous venons (...) de démontrer métaphysiquement un grand principe de morale et de politique, ou plutôt le principe fondamental de la morale et de la politique (P. Leroux, Humanité,1840, p. 191).
2. Spécialement
Principe + compl. déterminatif
LOG. Principe de causalité. V. causalité A 1 ex. de Cousin.Principe de contradiction. V. contradiction B ex. de Cournot.Principe d'identité. V. identité D 1.Principe du milieu exclu. V. milieu B log.Principe de la raison suffisante. ,,Tout ce qui a raison d'être`` (Foulq.-St-Jean 1962).
PHILOS. [P. réf. à Leibniz] Principe des indiscernables. V. indiscernable II.
Principe + adj.
LOG. Principe logique. Proposition évidente et indémontrable présupposée dans toute opération logique ou déductive. Croce analysait ce mécanisme en invoquant le principe logique de l'indissolubilité du prédicat d'existence et du prédicat de qualification dans le jugement particulier (Marrou, Connaiss. hist.,1954, p. 147).
PHILOS. Principes rationnels. ,,Ensemble des vérités fondamentales, évidentes par elles-mêmes sur lesquelles s'appuient tous les raisonnements`` (Lal. 1968).
C.− Loi de portée générale relative à une science, notamment la physique non démontrée mais vérifiée par ses conséquences. Principe aérodynamique de la relativité; principe d'Archimède, de Carnot, de Galilée, d'exclusion de Pauli; principe de l'action et de la réaction, de la conservation de l'énergie; principe de correspondance de Niels Bohr, de décomposition spectrale, de l'inertie, d'incertitude. Ai-je besoin de faire observer que la chute du principe de Lavoisier entraîne celle du principe de Newton. Ce dernier signifie que le centre de gravité d'un système isolé se meut en ligne droite (H. Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 197).
P. ext., au plur. Règle élémentaire d'une science. Synon. élément, rudiment.Tu connais les premiers principes de la géométrie? lui demanda-t-il (Verne, Île myst.,1874, p. 125).
Spécialement
PSYCHANAL. [P. réf. à Freud] Principe de plaisir. Conception selon laquelle l'activité de l'enfant est d'abord déterminée par la recherche du plaisir et la fuite de la douleur (d'apr. Foulq.-St-Jean 1962).
Principe de réalité. Conception selon laquelle l'expérience de la réalité et l'éducation amènent l'enfant, pour éviter un plus grand mal, à renoncer à certains plaisirs et à supporter certaines douleurs (d'apr. Foulq.-St-Jean 1962).
DR. Principe général du droit. ,,Source non écrite du droit administratif, utilisée par le juge administratif pour juger de la légalité des actes de l'administration`` (Favr.-Vettr. 1981).
IV.
A.− Norme constituant une référence fondée sur des considérations théoriques, des valeurs sur lesquelles il convient de régler une action ou sa conduite. Synon. loi, précepte, règle.Ces lois (...) non-seulement restreignent nos libertés légitimes, mais nous commandent des actions contraires à ces principes éternels de justice et de pitié que l'homme ne peut cesser d'observer sans dégrader et démentir sa nature (Constant, Princ. pol.,1815, p. 14).En dehors de toute idée religieuse il est bon que l'homme ait un principe moral (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 144).Et d'abord, j'examine le côté moral de l'affaire. J'estime que la morale est un principe à la base de toutes choses (Aymé, Travelingue,1941, p. 253).
De principe.Fondé sur des considérations théoriques. En 1946, les constituants n'ont pas reculé devant les affirmations de principe (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 314).
Accord de principe. Acceptation, accord se fondant sur des considérations générales sans préjuger des modalités pratiques d'exécution. [Les ouvriers français] proposent [à leurs camarades anglais] d'organiser une association ouvrière internationale. L'accord de principe est donné (Cacérès, Hist. éduc. pop.,1964, p. 35).
Par principe.Par respect de la règle fixée; par à priori. Elle avait obtenu de lui les réalités de l'amour plus libéralement qu'il ne les accordait à l'ordinaire, par principe (A. France, Anneau améth.,1899, p. 300).Je suis décidé, par principe, à toute opération destinée à prévenir l'attaque de Vichy contre l'Afrique libre (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 429).
Pour le principe.Par respect au moins formel de la maxime morale que l'on s'est donnée. Synon. par acquit de conscience.Un jour que je l'admonestais, elle [une chatte] me sauta au visage, sans trop de griffes, mais pour le principe et le protocole (Colette, Chambre d'hôtel,1940, p. 16).Elle a grogné pour le principe quand l'insignifiant article de la petite Bizet a paru (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 167).
Loc. verb.
Avoir pour principe de + inf., que. Avoir pour règle générale de. Il avait pour principe qu'il est certaines choses qu'il ne faut jamais dire aux femmes (Stendhal, L. Leuwen,t. 3, 1835, p. 359).
Ériger, poser en principe qqc./de + inf. Poser, instituer comme règle de. Les deux sectes se font gloire de poser en principe l'inégalité des conditions, d'après les analogies de la nature qui, disent-elles, a voulu elle-même l'inégalité des capacités (Proudhon, Propriété,1840, p. 219).
B.−
1. Notion considérée comme fondamentale dans la vie sociale et politique. Combattre pour des principes. Nous passâmes quelque temps à Arcachon et je fus à l'école communale : les principes démocratiques de mon grand-père l'exigeaient (Sartre, Mots,1964, p. 62).Le principe de l'égalité des citoyens touche bien d'autres domaines (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p. 187).
2. Au plur. Règles morales. Manquer, faire une entorse à ses principes; être nourri dans les principes; sacrifier aux grands principes (fam.). Il m'a été dit que vous manquiez de religion, et je vous déclare que je ne donnerai jamais ma fille à un homme sans principes (Sand, Mllede La Quintinie,1863, p. 167).[Cette vieille tante Rose] avait l'air d'une bonne femme d'autrefois, d'une femme à principes et à préceptes (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Nos lettres, 1888, p. 1104).
Loc. verb.
Être à cheval sur les principes. V. cheval B 3.
Il n'est pas dans les principes (de qqn) de + inf. Il n'est pas dans les habitudes ou les convictions morales de quelqu'un de. Il n'est pas dans mes principes d'opposer de simples inductions à des charges directes (Marat, Pamphlets,À ses concitoyens élect., 1792, p. 327).
REM.
Principiant, -ante, adj.,hapax. [Corresp. à supra I A] La loi étant l'expression d'une volonté souveraine, principiante et causatrice, la politique, le gouvernement des états a été un art, quelque chose d'arbitraire, non une science (Proudhon, Créat. ordre,1843, p. 92).
Prononc. et Orth. : [pʀ ε ̃sip]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. A. 1. Fin xiies. principle « point de départ, commencement » (Prise d'Orange, éd. Cl. Regnier, 1161); 1803 dès le principe (Chateaubr., Génie, t. 2, p. 363); 2. ca 1265 « origine, source, première cause » (Brunet Latin, Trésor, II, 44, éd. F. J. Carmody, p. 212); 3. fin xiiies. « cause, motif » (Mahieu Le Vilain, Les Metheores d'Aristote, éd. R. Edgren, 49, 2); 4. a) 1636 phys. « ce qui compose les choses matérielles » (Monet); b) 1680 chim. « éléments simples et indécomposés » (Rich. t. 2). B. 1. Ca 1245 « notion fondamentale qui est à la base d'une science » (Henri d'Andeli, IV, 230 ds T.-L.); 2. 1370 « vérité fondamentale sur laquelle s'appuie le raisonnement » principes mathématiques (Oresme, Ethiques, I, 10, éd. A. D. Menut, p. 123); 3. 1611 « premières règles d'un art » (Cotgr.). C. 1. 1351 « règle de conduite » (Ordonnances des Rois de France, t. 2, p. 440); 2. 1590 « règle d'action s'appuyant sur un jugement de valeur » (Montaigne, Essais, II, 12, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 520); 3. 1688 « règles de morale » (La Bruyère, Les Caractères, Des Femmes, 54, éd. G. Servois, II, p. 100); 1742 des femmes sans principes (Crebillon Fils, Le Sopha, p. 140). II. Loc. A. 1755 par principe (Montesquieu, L'Esprit des lois, t. 2, p. 32). B. 1789 de principe (Sieyès, Tiers état, p. 90). C. 1792 en principe (Robesp., Discours, Subsist., t. 9, p. 115). Empr. au lat. principium « commencement », « fondement, origine », au plur. « les éléments », dér. de princeps « qui occupe la première place » Fréq. abs. littér. : 12 403. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 26 586, b) 12 995; xxes. : a) 12 227, b) 15 745. Bbg. Dub. Pol. 1962, p. 383. − Quem. DDL t. 13, 29. − Vardar Soc. pol. 1973 [1970], pp. 292-293.

Wiktionnaire

Nom commun

principe \pʁɛ̃.sip\ masculin

  1. Commencement ; origine ; source : cause première.
    • La Foi qui sert de fondement à toutes les Religions n'est qu'un principe d’erreurs, d’illusions et d’impostures. — (Jean Meslier, Le Testament, chap. X, édition de Rudolf Charles, t.1, p.66, 1864)
    • Des philosophes ont fait de l’intérêt personnel le principe de toutes nos actions.
  2. (Arts) Premiers préceptes ; premières règles d’un art.
    • Il veut parler d’un art dont il n’a même pas les premiers principes.
  3. (Philosophie) Première et plus évidente des vérités qui peut être connue par la raison.
    • Ce principe de la philosophie cartésienne, « je pense, donc je suis », est ce que les adversaires du cartésianisme ont attaqué avec le plus de persévérance; et cela se conçoit, car ce principe admis, l'autorité de la conscience et de la raison s'ensuit nécessairement. — (Jules Simon, Introduction de: « Œuvres de Descartes », édition Charpentier à Paris, 1845)
    • Il ne disait pas encore , comme Franklin, que « le temps, c'est de l'argent », mais ce principe s'appliquait déjà en un sens spirituel : le temps est infiniment précieux parce que toute heure de travail perdue était une heure de moins au service de la gloire de Dieu. — (Max Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, chap.II (Éthique du métier), § 2, traduction Flammarion, 2000)
    • Ainsi, Constantin V, successeur de Léon III, en partant des mêmes principes christologiques que les iconophiles, arrive à des conclusions opposées aux leurs. — (Carole Talon-Hugon, Une histoire personnelle et philosophique des arts : Moyen Âge et Renaissance, Presses Universitaires de France, 2014)
  4. (Sciences & techniques) Notion fondamentale qui est à la base d’une science ou d’une technique.
    • Ray, Montius, Scheuchzer, Micheli se sont les premiers occupés de l’Agrostographie. Tous ont à peu près suivi le même plan, et travaillé d’après les mêmes principes et sur les mêmes bases. — (Ambrose-Marie-François-Joseph Palisot de Beauvois, Essai d'une nouvelle agrostographie ou Nouveaux genres des graminées;, page LI, 1812)
    • La lisseuse est à tubes sécheurs ou à tambours sécheurs, mais le principe reste toujours le même. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature; 1re partie: Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
    • Leur activité se donnait surtout libre cours dans la location des bicyclettes. C’était là un singulier commerce que ne régissait aucun principe commercial ou économique connu, que ne régissait, à vrai dire, aucun principe. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 44 de l’éd. de 1921)
  5. (Sciences) Loi que certaines observations ont d’abord rendue vraisemblable et à laquelle on a donné ensuite la plus grande généralité.
    • Ne regardons donc plus comme des principes absolus des faits n’ayant jamais existé que dans l’imagination de ceux qui les ont conçus ; […]. — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
    • L'opinion de Pavlov sur le rôle décisif du milieu ambiant […], se trouve ainsi en concordance parfaite avec les thèses théoriques de Mitchourine, avec les principes du darwinisme soviétique créateur développé actuellement par T. Lyssenko. — (E. Asratian, I. Pavlov : sa vie et son œuvre, page 100, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1953)
  6. (Chimie) Élément constitutif des corps.
    • Si l’on admet que, pour végéter, la plante doive retirer du sol les principes minéraux qui lui sont nécessaires, il n'y a plus d’espèces préférantes ni indifférentes, mais uniquement des espèces propres à tel ou tel sol. — (Bulletin de la Société Botanique de France, vol.5, page 73, 1858)
    • Le jus contient, en outre du principe sucré, une foule de matières étrangères dont quelques-unes sont susceptibles de fermenter et d'altérer le sucre. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 125)
  7. (Courant) Maxime ; motif ; règle de conduite.
    • Et il faut que notre expérience s'incline devant les idées préconçues et les principes d'un tas de crétins, envoyés à la Chambre parce qu'ils ont bien déliré pendant les trois semaines d'une période électorale dans les arrière-salles de café. — (André Cayatte & ‎Philippe Lamour, Un monstre, Nouvelles Éditions Latines,, 1934, p. 175)
    • La doctrine mercantiliste, sur les relations entre économie et politique des nations, a pour point de départ, pour principe la formule célèbre : « L'argent est le nerf de la guerre. » — (Raymond Aron, Paix et Guerre entre les nations, p.249, Calman-Lévy, 1962)
  8. (Absolument) Base de la morale, de la religion.
    • La lutte des intérêts matériels et des principes moraux, de l'utilité et du devoir, du matérialisme et du spiritualisme, se représente ici avec une nouvelle force, et sous un point de vue encore plus important. — (Pellegrino Rossi, Traité de droit pénal, 1829, page 180)
    • Là dessus, ses principes étaient d’autant plus fixes qu’ils étaient plus récents. — (Pierre Louÿs, Les aventures du roi Pausole, 1901)
    • LA FARLETTE.– Il y a ceux qui sont à cheval sur les principes, et ceux qui s’assoient dessus. Pour moi, je les monte en amazone. — (Marcel Jouhandeau, Chaminadour, Gallimard, 1941 et 1953, collection Le Livre de Poche, page 380)
    • Admettre cette préséance, c'est léser l'esprit républicain, porter atteinte aux principes de 89, faire fi des sacrifices consentis par les révolutionnaires de 1830 à 1871 ! — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
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Littré (1872-1877)

PRINCIPE (prin-si-p') s. m.
  • 1Origine, cause première. J'ai tâché de trouver en général les principes ou premières causes de tout ce qui est ou qui peut être dans le monde, sans rien considérer pour cet effet que Dieu seul qui l'a créé, ni les tirer d'ailleurs que de certaines semences de vérités qui sont naturellement en nos âmes, Descartes, Méth. VI, 3. Ces titres si ordinaires : des Principes des choses, des Principes de la philosophie, et titres semblables aussi fastueux en effet, quoique non en apparence, que cet autre qui crève les yeux : De omnire scibili, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. Tant que nous regarderons l'homme par les yeux du corps, sans y démêler par l'intelligence ce secret principe de toutes nos actions qui, étant capable de s'unir à Dieu, doit nécessairement y retourner, Bossuet, Duchesse d'Orléans. Comme il est nécessaire que chaque chose soit réunie à son principe, Bossuet, ib. Non-seulement le principe de ma pensée m'est inconnu, mais le principe de mes mouvements m'est également caché, Voltaire, Hist. d'un bon bramin. Je dirai que nos sens sont le principe de nos connaissances, parce que c'est aux sens qu'elles commencent, et je dirai une chose qui s'entend, Condillac, Log. II, 6.

    Dès le principe, dès le commencement.

    Dans le principe, dans le commencement.

  • 2En un sens plus restreint, ce qui produit, opère comme un principe. Nous avons un autre principe d'erreur, les maladies ; elles nous gâtent le jugement et le sens, Pascal, Pens. III, 3, édit. HAVET. Examinons donc, je vous prie, de quel principe part ce mouvement [une certaine déclaration des jésuites], Pascal, Prov. XII. Il jetait dans les esprits le principe de cette licence, Bossuet, Hist. III, 7. Comme la matière que je traite me fournit un exemple manifeste et unique dans tous les siècles de ces extrémités furieuses [les révolutions], il est de la nécessité de mon sujet de remonter jusqu'au principe, Bossuet, Reine d'Anglet. Je vois de tes froideurs le principe odieux, Racine, Phèdre, IV, 2. Vous êtes, madame, le premier principe de tant de faveurs, Voltaire, Lett. Mme de Choiseul, 26 mars 1770.
  • 3Les deux principes, les deux causes suprêmes du bien et du mal, suivant la religion des Perses et suivant les manichéens. La secte impie des marcionites et des manichéens qui enseignaient deux principes, et attribuaient au mauvais la création de l'univers, Bossuet, Var. XI, 201. Les mages admettaient deux principes : l'un du bien et de la lumière, Oromaze ; l'autre du mal et des ténèbres, Arimane, Condillac, Hist. anc. III, 6.
  • 4 Terme de physique. Ce qui constitue, compose les choses matérielles. Selon quelques philosophes, les atomes sont les principes de tous les corps, Dict. de l'Acad.

    Terme de chimie. Synonyme d'élément.

    Principes actifs, certains corps qui agissent sur les autres, et principes passifs, corps qui sont le sujet de cette action (cette locution ne se dit plus guère).

    En chimie organique, principes immédiats, ceux qui sont tout formés dans les êtres vivants, et qu'on en sépare au moyen des réactifs ou des dissolvants.

    Principes nutritifs, ou, absolument, principes, ce qui, dans les substances alimentaires, sert à la nutrition. Ce lait [de la jument], quoique moins séreux que celui d'ânesse, n'est cependant pas aussi riche en principes, que celui des ruminants, Genlis, Maison rust. t. II, p. 39, dans POUGENS.

  • 5Il se dit de toutes les causes naturelles, de toutes celles par lesquelles les corps se meuvent, agissent, vivent. Le principe de la chaleur. Il ne s'agit pas de savoir ce que c'est que la gravitation ; je crois qu'il est impossible de connaître jamais aucun premier principe, Voltaire, Mél. litt. Au père Tournemine. Cette gaieté annonce en elle [Votre Majesté] un principe de vie encore très animé, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 26 oct. 1781. Le principe de la vie est précisément le principe de la mort ; et ce qui nous fait vivre est réellement ce qui nous fait mourir, Bonnet, Paling. XXII, 6. Allant demander au soleil quelques principes de vie pour lutter contre mes maux, Staël, Corinne, I, 2.

    Le livre des Principes de Newton, ouvrage contenant la théorie du système du monde.

    Principe vital, la cause, quelle qu'elle soit, des phénomènes que manifestent les êtres organisés.

    Principe se dit aussi de ce qui fait la vie d'un État. Le gouvernement est frappé dans son principe, Montesquieu, Esp. XIII, 20. Lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus, les meilleures lois deviennent mauvaises, et se tournent contre l'État ; lorsque les principes en sont sains, les mauvaises ont l'effet des bonnes ; la force du principe entraîne tout, Montesquieu, ib. VIII, 11.

  • 6Les premiers préceptes d'un art, d'une science. Les principes de la géométrie, de la physique, de la chimie. Benedetto Lutti donna les premiers principes de l'art à Jean et Charles Vanloo, Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 39, dans POUGENS.

    S'emploie, au pluriel, dans le titre de plusieurs ouvrages didactiques élémentaires : Principes de calcul, de chimie, etc.

    Principes de dessin, principes d'architecture, recueils d'exemples à l'usage de l'enseignement primaire. On dit semblablement : Principes d'écriture, de musique, etc.

  • 7 Terme de philosophie. Opinion, proposition que l'esprit admet comme point de départ. Elles [les sciences] sont infinies dans la multitude et la délicatesse de leurs principes ; car qui ne voit que ceux qu'on propose pour les derniers ne se soutiennent pas d'eux-mêmes et qu'ils sont appuyés sur d'autres qui, en ayant d'autres pour appui, ne souffrent jamais de dernier ? Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. L'omission d'un principe mène à l'erreur, Pascal, ib. VII, 2 bis. Ceux qui sont accoutumés à raisonner par principes ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes, et ne pouvant voir d'une vue, Pascal, ib. VII, 33. Un principe jeté dans un bon esprit produit, Pascal, ib. XXV, 65. Les principes généraux sont bientôt saisis, quand ils peuvent l'être, Fontenelle, Lahire. Plus on diminue le nombre des principes d'une science, plus on leur donne d'étendue, puisque, l'objet d'une science étant nécessairement déterminé, les principes appliqués à cet objet seront d'autant plus féconds qu'ils seront en plus petit nombre, D'Alembert, Disc. Encycl Œuv. t. I, p. 202, dans POUGENS. Les vérités que, dans chaque science, on appelle principes et qu'on regarde comme la base des vérités de détail, ne sont peut-être elles-mêmes que des conséquences fort éloignées d'autres principes plus généraux que leur sublimité dérobe à nos regards, D'Alembert, Mélanges, etc. t. V, § III. Cette maxime singulière, qu'il ne faut pas mettre les principes en question, maxime d'un abus d'autant plus grand qu'il n'y a point d'erreur où elle ne puisse entraîner, Condillac, Traité des syst. ch. 3. Principe et maxime sont deux mots synonymes : ils signifient tous deux une vérité qui est le précis de plusieurs autres ; mais celui-là s'applique plus particulièrement aux connaissances théoriques, et celui-ci aux connaissances pratiques, Condillac, Art d'écr. II, 9.

    Principe d'Archimède, principe d'hydrostatique d'après lequel tout corps plongé dans un liquide perd de son poids une partie égale au poids du volume de liquide qu'il déplace.

    Premiers principes, vérités ou propositions primitives.

  • 8Maxime, règle de conduite, précepte de morale. De bons, de mauvais principes. Un faux principe d'honneur. Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Pascal, Pens. III, 13, édit. HAVET. Je ne suis ni à Dieu ni au diable… on n'est point au diable, parce qu'on craint Dieu et qu'au fond on a un principe de religion ; on n'est point à Dieu…, Sévigné, 10 juin 1671. Elle [la mère de Montausier] employa ses premiers soins à lui apprendre les principes d'une fausse religion [le protestantisme], Fléchier, Duc de Mont. Ceux qui ont des principes pour le gouvernement, Fénelon, Tél. XXII. Il faut avoir des principes certains de justice, Fénelon, ib. XXIV. Vous n'avez que des vertus naturelles ; elle a des principes solides et invariables, Genlis, Veill. du chât t. I, p. 288, dans POUGENS.

    Se dit, dans la logique de Kant, d'un jugement à priori immédiatement certain.

  • 9 Absolument, au pluriel, il se dit de bons principes de morale, de religion. La plupart des femmes n'ont guère de principes ; elles se conduisent par le cœur, et dépendent, pour leurs mœurs, de ceux qu'elles aiment, La Bruyère, III. J'entends par des principes des idées justes sur ce qui est mal, Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 214, dans POUGENS. C'est un homme sans principes, et on m'en a conté des traits abominables, Genlis, Mères riv. t. I, p. 31, dans POUGENS.

HISTORIQUE

XIVe s. De chascun des premiers principes, puisqu'il est le premier et commencement, il ne fault plus en oultre enquerir, Oresme, Éth. XI, 17. Il convient que les premisses de aucun sillogisme soient principes, et que elles ne soient pas monstrées ou prouvées par autre sillogisme, Oresme, ib. 173. Comment oses-tu m'oultrageant, Sans congnoistre mon vif argent, Qu'est mon principe vivifique, Tenter l'euvre philosophique ? Nat. à l'alch. 103.

XVIe s. Les principes de geometrie, Montaigne, I, 180. Les principes d'Aristote ne luy soient principes, non plus que ceulx des stoiciens ou epicuriens, Montaigne, I, 162. Or estant M. de Chastillon colonnel, pour son principe [son début] il fut devant Boulogne, Brantôme, Cap. franç. t. IV, p. 223, dans LACURNE.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

Principe, s. m. (Phys.) on appelle principe d’un corps naturel, ce qui contribue à l’essence d’un corps, ou ce qui le constitue primitivement. Voyez Corps.

Pour avoir une idée d’un principe naturel, il faut considérer un corps dans ses différens états ; un charbon, par exemple, étoit une petite piece de bois ; par conséquent le morceau de bois contient le principe du charbon, &c. Chambers.

Principes, (Chimie.) la maniere dont les Chimistes conçoivent & considerent la composition des sujets chimiques, est exposée dans plusieurs articles de ce Dictionnaire, & principalement dans l’article Chimie, & dans l’article Mixtion. Les divers matériaux dont ces corps sont composés, sont leurs principes chimiques : c’est ainsi que le savon étant formé par l’union chimique de l’huile & de l’alkali fixe, l’huile & l’alkali fixe sont les principes du savon.

Mais comme l’huile & l’alkali fixe sont eux-mêmes des corps composés ; que l’huile grasse employée à la préparation du savon vulgaire, par exemple, est formée par l’union de l’huile primitive, (voyez Huile.) & d’une substance mucilagineuse ; que chacune de ces nouvelles substances est composée encore ; l’huile primitive, par exemple, d’acide, de phlogistique, & d’eau, & que cet acide l’est à son tour de terre & d’eau : on peut absolument diviser sous cet aspect les principes des mixtes en principes immédiats ou prochains, & en principes éloignés. Cette maniere d’envisager cet objet n’est pourtant point exacte : car les principes dont les matériaux immédiats d’un certain corps sont formés, n’appartiennent pas proprement à ce corps ; les matériaux de ce corps, soit après, soit avant leur séparation, sont des substances distinctes, dont la connoissance ultérieure peut bien importer à la connoissance très-intime du premier corps, mais n’entre point dans l’idée de sa composition. Au reste, si cette observation est utile pour fixer la meilleure maniere de concevoir la composition des corps chimiques ; elle est bien plus essentielle encore lorsqu’on l’applique à la pratique, qu’on l’emploie à éclairer la marche réguliere de l’analyse : car une analyse ne peut être exacte qu’autant qu’elle attaque successivement les divers ordres de composition, qu’elle sépare le savon premierement en huile, & en alkali fixe ; qu’elle prend ensuite l’huile d’un côté, & l’alkali de l’autre ; qu’elle procede sur chacun de ces principes séparément, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à des corps inaltérables, ou qui sont suffisamment connus : car une analyse est complette dès qu’on est parvenu aux principes suffisamment connus, soit absolument, soit relativement au dessein actuel de l’analyste. Ainsi l’analyse du savon seroit achevée dès qu’il seroit résout en huile & en alkali fixe, pour quiconque connoîtroit d’ailleurs l’huile & l’alkali fixe ; on n’auroit pas besoin, relativement à sa recherche présente, d’en déterminer la nature chimique, la composition intérieure. Au contraire, le vice capital de l’analyse chimique, c’est de procéder tumultueusement, d’attaquer pêle-mêle, & tout-d’un-coup, les ordres de principes les plus éloignés ; de décomposer en même tems, dans l’exemple proposé, & l’acide de l’huile, & les principes du même ordre de l’alkali fixe, &c. Cette doctrine est exposée à propos de l’analyse des végétaux à l’article Végétal, (Chimie.) Voyez cet article.

Lorsqu’on a admis une fois cette meilleure maniere d’envisager les composés chimiques, & de procéder à leur décomposition, toutes les discussions qui ont divisé les Chimistes sur la doctrine des principes, & dans lesquelles les Physiciens ont aussi balbutié ; toutes ces discussions, dis-je, tombent d’elles-mêmes ; car elles sont toutes nées de la maniere vicieuse de concevoir & d’opérer, qui lui est opposée.

Premierement, c’est parce que la distillation analytique qu’on employa seule pendant long-tems à la décomposition des corps très-composés, savoir les végétaux & les animaux, fournit un petit nombre de principes toujours les mêmes, & dont on ne pouvoit ou ne savoit point reconnoître l’origine, qu’on agita ces problèmes si mal discutés des deux parts ; savoir, si ces produits étoient des principes hypostatiques, ou prééxistans dans le mixte, ou bien des créatures du feu ; savoir, s’ils étoient des principes principians ou principiés, c’est-à-dire des corps simples, les vrais élémens, ou des substances composées ; savoir, s’il y avoit trois principes seulement, ou bien cinq, ou bien un seul, savoir, si tous les mixtes contenoient tous les principes, &c. Encore un coup, toutes ces questions sont oiseuses, dès qu’elles sont fournies par une méthode qu’il faut abandonner. Il faut savoir pourtant sur toute cette fameuse doctrine des trois & des cinq principes, que Paracelse répandit principalement, le dogme, que tous les corps naturels sont formés de trois principes, sel, soufre, & mercure, dogme qu’il avoit pris de Basile Valentin, ou de Hollandus, & qui n’avoit été appliqué d’abord qu’aux substances métalliques ; comme le dogme des trois terres de Becher, qui ne sont proprement que ces trois principes sous d’autres noms (Voyez Terres de Becher.), que Paracelse, & les Paracelsistes varierent, retournerent, forcerent, détournerent singulierement l’application de ces différens noms aux divers produits de l’analyse des végétaux, & des animaux ; qu’enfin, Willis rendit cette doctrine plus simple, plus soutenable, en ajoutant aux trois principes, au ternaire paracelsique, deux nouveaux principes, le phlegme, ou eau, & la terre, qui s’appella quelquefois damnée, ou caput mortuum, (Voyez Caput mortuum) ; que la plus grande puérilité dans laquelle soient tombés les demi-chimistes, ou les physiciens, qui ont combattu cette doctrine véritablement misérable en soi, c’est d’avoir appliqué bonnement ce nom de mercure ou de soufre, au mercure commun, & au soufre commun ; car quoique la substance désignée par ces expressions, & sur-tout par ce mot mercure, (voyez Mercure principe.) soit très-indéfinie chez les Paracelsistes, il est clair au moins qu’il ne s’agit point du mercure commun, & beaucoup moins encore du soufre commun. Il est même très-connu, que le soufre retiré par l’analyse à la violence du feu, des végétaux & des animaux, est de l’huile. Ainsi Boyle auroit dû au-moins produire de l’huile, & non pas du soufre vulgaire, pour objecter légitimement aux Chimistes la producibilité de ce principe chimique. Enfin, il est reconnu généralement aujourd’hui que la plûpart de ces produits de l’analyse à la violence du feu, ne sont pas les principes hypostatiques, ou formellement préexistans des végétaux & des animaux d’où on les retire ; mais que les Chimistes très-versés dans la connoissance des principes réels, & préexistans dans ces corps, que l’analyse menstruelle découvre très-évidemment, & dans celle de l’action réciproque de tous ces principes ; ces Chimistes, dis-je, connoissent très-bien l’origine de tous ces divers produits ; ils savent quels d’entre eux proviennent du premier ordre de composition, où étoient principes véritablement immédiats, hypostatiques, constituans ; quels autres sont des débris de tel ou de tel principe immédiat ; quels autres sont dûs à des combinaisons nouvelles, &c. & que cette théorie très-transcendante, & qui jusqu’à présent n’a pas été publiée, est une de ces subtilités de pure spéculation, & de l’ordre des problèmes très-compliqués sur les objets scientifiques de tous les genres, qui n’ont d’autre mérite que celui de la difficulté vaincue. J’ai cité dans un mémoire sur l’analyse des végétaux, (Mémoires présentés à l’académie royale des Sciences, par divers savans, &c. vol. II.) comme un exemple de ces théories chimiques très-compliquées, celle de la préparation du sublimé corrosif à la maniere d’Hollande, & celle que Mender a donnée de la préparation du régule d’antimoine par les sels. La théorie dont il s’agit ici, est encore d’un ordre bien supérieur. Au reste, j’observerai sur ces trois théories si merveilleuses, qui demandent beaucoup de connoissances & de sagacité, qu’elles ont toutes les trois pour objet des opérations vicieuses, ou du-moins imparfaites & mal entendues ; d’où on est porté à inférer qu’en chimie, vraissemblablement comme par-tout ailleurs, les manœuvres les plus compliquées sont toujours les plus mauvaises, & cela tout aussi-bien quand on entend leur théorie, que quand on ne l’entend pas.

Mais il y a une question plus importante sur les principes chimiques : nous avons dit plus haut que l’analyse ou décomposition des corps parvenoit enfin quelquefois jusqu’à des principes inaltérables, du moins que l’art ne savoit point simplifier ultérieurement, & dont on n’observoit aucune altération dans la nature. Les Chimistes appellent ces corps premiers principes ou élémens : ces élémens de chimistes sont donc des substances indestructibles, incommutables, persistant constamment dans leur essence quelques mixtions qu’elles subissent, & par quelque moyen qu’on les dégage de ces mixtions.

Cette question importante roule sur ces premiers principes, savoir s’il y a plusieurs corps qui soient véritablement & essentiellement élémentaires, ou s’il n’y a qu’une matiere unique ou homogene qui constitue par ses diverses modifications tous les corps, même réputés les plus simples.

L’observation bien résumée, ou le système de tous les faits chimiques démontre qu’une pareille matiere est un pur concept, un être abstrait, que non-seulement on admet gratuitement & inutilement, mais même dont la supposition a jetté dans des erreurs manifestes tous les philosophes qui l’ont défendue, parce qu’ils ont attribué aux corps dépouillés de leurs qualités réelles par cette abstraction, des propriétés qu’ils ne peuvent avoir qu’à raison de ces qualités. C’est de cette source, par exemple, qu’a coulé l’erreur des Physiciens sur les prétendues lois de la cohésion observée entre les différens corps, c’est-à-dire, entre diverses portions de matiere déja spécifiée, les corps ou la matiere, ont-ils dit, sont cohérens en raison de la proximité de leurs parties : mais nul corps de la nature n’est de la matiere proprement dite, & par conséquent nul exercice des lois de la cohésion entre diverses portions de matiere ; les sujets soumis à ces lois sont toujours ou de l’eau ou de l’air, ou un métal, ou de l’huile, &c. Or la façon de l’être qui spécifie chacun de ces corps, diversifiant essentiellement & manifestement leur cohésibilité réciproque, il est clair que la contemplation des lois d’adhésion, qui devroient être absolument uniformes entre les portions d’une matiere homogene, ne peut être qu’abstraite, & que lorsque l’esprit l’applique à des sujets qui existent réellement & hors de lui, prend nécessairement sa chimere pour la réalité. Cette considération est vraiment essentielle & fondamentale dans la doctrine chimique, qui ne connoît d’abstractions que les vérités composées ou générales, & qui dans l’estimation des faits singuliers, n’établit jamais ses dogmes que d’après l’observation.

Les chimistes modernes ont admis assez généralement pour leurs principes premiers & inaltérables, les quatre élémens des Péripatéticiens ; le feu qu’ils appellent phlogistique avec les Stahlliens, l’air, l’eau, & la terre. Mais cette énumération est incomplette & inexacte, en ce qu’il y a plusieurs especes de terre véritablement inaltérables & incommutables, & qui seront par conséquent pour eux autant de premiers principes, tant qu’ils n’auront pas su simplifier ces especes de terre jusqu’au point de parvenir à un principe terreux, unique & commun.

Il est très-vraissemblable pourtant que cette vraie terre primitive réellement simple existe, & que l’une des quatre terres connues, savoir, la vitrifiable, l’argileuse, la calcaire, & la gypseuse ; que l’une de ces quatre terres, dis-je, est la terre primitive, mais sans qu’on sache laquelle, & quoiqu’il puisse bien être aussi que pas une des quatre ne soit simple.

Si les deux métaux parfaits, l’or & l’argent, sont véritablement indestructibles, on n’est en droit de leur refuser la simplicité, que parce qu’il est très probable qu’ils sont formés des mêmes principes que les autres substances métalliques, dont ils ne different que par l’union plus intime de ces principes.

Bien loin que l’esprit se prête difficilement à concevoir plusieurs principes primitifs essentiellement divers & incommutables, ou, ce qui est la même chose, plusieurs matieres primitivement & essentiellement diverses ; il me semble au contraire qu’il s’accommode mieux de cette pluralité de matieres, & que la magnificence de la nature que cette opinion suppose, vaut bien la noble simplicité qui peut faire pencher vers le sentiment opposé. Je trouve même très-probable que les corps composés des autres mondes, & même des autres planetes de celui-ci, aient non-seulement des formes diverses, mais même qu’ils soient composés d’élémens divers ; qu’il n’y ait, par exemple, dans la lune ni terre argilleuse, ni terre vitrifiable, ni peut-être aucune matiere douée des propriétés très-communes de nos terres ; qu’il y ait au lieu de cela un élément qu’on peut appeller si l’on veut, lune, &c. ce n’est que le feu qui me paroît être très-vraissemblablement un élément universel.

Parmi les systèmes philosophiques, tant anciens que modernes, qui ont admis un principe unique & primitif de tous les êtres, le plus ancien & celui qui mérite le plus d’attention, est celui que Thalès a publié ou plûtôt renouvellé, que Vanhelmont a soutenu & prétendu prouver par des expériences, & qui admet l’eau pour ce principe premier & commun. Mais, malgré les expériences postérieures de Boyle & de M. Duhamel, rapportées au commencement de l’article Eau, Chimie, (voyez cet article.) les chimistes modernes ont appris à ne plus conclure de ces expériences, que l’eau se change en terre, en air, & autres principes éloignés des végétaux. (b)

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Étymologie de « principe »

Lat. principium, du même radical que princeps (voy. PRINCE).

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(Siècle à préciser) Du latin principium.
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Phonétique du mot « principe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
principe prɛ̃sip

Citations contenant le mot « principe »

  • Satisfaire à un principe, c'est s'en libérer. De Gilbert Choquette / L'interrogation
  • Le mariage est le tombeau de la femme, le principe de toute servitude féminine. De Charles Fourier
  • Il vaudrait mieux sacrifier les colonies qu'un principe. Pierre Samuel Dupont, de Nemours, Discours à l'Assemblée constituante, 13 mai 1791 Alphonse de Prât de Lamartine, dans son Histoire des Girondins
  • La simplicité est le principe de l'art. De Bruce Lee
  • Le premier principe d’une religion est l’oisiveté pensante. De Grigori Evseevitch Zinoviev
  • La mort est fin et principe de vie. De Clément Marot / La mort du juste et du pécheur
  • La vie sans religion est une vie sans principe, et une vie sans principe est comme un bateau sans gouvernail. De Gandhi / Lettres à l'Ashram
  • Le principe des moines : se retirer du monde, pour agir sur le monde, a bien souvent été aussi le principe du génie. De Vilhelm Ekelund / Aphorismes
  • La démagogie s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe d'égalité s'abâtardit en principe d'identité. De Antoine de Saint-Exupéry / Pilote de guerre
  • Travaillons donc bien à penser : voilà le principe de la morale. De Blaise Pascal
  • Le chaos n'est qu'un principe méconnu de l'ordre. De Anonyme
  • Le principe de finalité n'est pas constitutif mais régulateur. De Emmanuel Kant
  • Mon devoir est une chose que je ne fais jamais, par principe. De Oscar Wilde
  • L'injustice est le principe même de la marche de cet univers. De Ernest Renan
  • Le premier principe pour réussir est de tomber amoureux de son travail. De Soeur Marie-Laurette
  • La propriété est odieuse dans son principe et meurtrière dans ces effets. De Gracchus Babeuf
  • Le principe Franck-Condon possède une interprétation semi-classique bien connue basée sur les apports originaux de James Franck datant de 1927. Les transitions électroniques sont considérées comme instantanées dans l'échelle de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) des mouvements nucléaires ce qui fait que si la molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui peut exister à l'état libre, et qui représente la plus petite...) considérée évolue vers un nouveau niveau vibrationnel durant une transition électronique, ce nouvel état doit être instantanément compatible avec les positions nucléaires et les quantités de mouvement du niveau vibrationnel de la molécule dans l'état électronique se créant. Dans la description semi-classique des vibrations (oscillations) d'un oscillateur harmonique (Les oscillateurs existent dans de nombreux domaines de la physique : mécanique, électricité et électronique, optique. Le modèle de base des oscillateurs est l'oscillateur harmonique : ses oscillations sont...) simple, les conditions nécessaires peuvent s'obtenir aux points d'inversion, où la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une collection ou un...) de mouvement est nulle. Techno-Science.net, 🔎 Principe Franck-Condon - Définition et Explications
  • L'énergie est au coeur de cette organisation circulaire. Depuis 2008, le projet Vasco - coordonné par le port de Marseille Fos et une douzaine d'entreprises partenaires - planche, par exemple, sur le potentiel industriel de valorisation et de stockage du CO2 (dioxyde de carbone), dont la zone de Fos est un des grands émetteurs, avec 14 millions de tonnes émises chaque année. Le principe de ce projet de recherche est rudimentaire : les fumées industrielles de trois usines sidérurgiques, Kem One , Arcelor Mittal et Solamat-Merex, sont récupérées et directement injectées dans des bassins de culture où elles servent de nourriture à des microalgues. « La part de biomasse de ces cultures est ensuite extraite, déshydratée et transformée en pâte que l'on envoie vers une branche spécialisée du CEA [Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives, NDLR], qui la raffine en biocarburant », expliquait la responsable de ce programme, Magali Deveze, à l'occasion de sa présentation l'été dernier. Ce système a permis de capter dans la biomasse 60 % du CO2 injecté, et ce chiffre sera encore amélioré en phase industrielle, selon les coordinateurs du programme. A ce jour, l'installation peut produire quotidiennement 1 kg de biobrut (la phase solide carbonée mélangée à de l'eau et de l'huile) à partir de 25 kg de pâte d'algues. Les Echos, Le port de Marseille Fos expérimente le principe de territoire circulaire | Les Echos
  • Pour tous, il y a d’abord urgence à préserver les espaces non artificialisés et à réintroduire du végétal en ville. Au nom de ce principe, la zone de la Jallère à Bordeaux, coincée entre le quartier du Lac et la Garonne, accueillera une « véritable forêt urbaine », assure Bernard-Louis Blanc, et non les logements et commerces imaginés par l’architecte Nicolas Michelin. De son côté, la ville de Strasbourg a commandé à l’agence d’urbanisme un inventaire des espaces non bâtis pour identifier les « îlots de fraîcheur » à sanctuariser en prévision des étés caniculaires. L’Etat devrait aussi montrer l’exemple en rendant accessible aux habitants le parc arboré du palais du Rhin, suggère Suzanne Brolly, la nouvelle adjointe à l’urbanisme. Le Monde.fr, Les nouveaux maires écologistes vantent le principe de sobriété
  • Le tribunal de Turin examinera lundi 13 juillet le recours d’enfants qui dénoncent l’installation d’antennes-relais près de leur école pendant le confinement. S’il leur donne raison, le principe de précaution pourrait devenir en Europe un véritable instrument au service de la protection de la santé publique, expliquent les auteurs de cette tribune. Reporterre, le quotidien de l'écologie, Antennes téléphoniques : des enfants italiens invoquent le principe de précaution

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Traductions du mot « principe »

Langue Traduction
Anglais principle
Espagnol principio
Italien principio
Allemand prinzip
Chinois 原理
Arabe المبدأ
Portugais princípio
Russe принцип
Japonais 原理
Basque printzipioz
Corse principiu
Source : Google Translate API

Synonymes de « principe »

Source : synonymes de principe sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « principe »

Principe

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