La langue française

Doigt

Sommaire

  • Définitions du mot doigt
  • Étymologie de « doigt »
  • Phonétique de « doigt »
  • Évolution historique de l’usage du mot « doigt »
  • Citations contenant le mot « doigt »
  • Images d'illustration du mot « doigt »
  • Traductions du mot « doigt »
  • Synonymes de « doigt »

Définitions du mot doigt

Trésor de la Langue Française informatisé

DOIGT, subst. masc.

I.− Chacune des parties distinctes, articulées et généralement libres qui terminent la main et le pied de l'homme et de certains animaux. La membrane qui réunit les doigts des oiseaux palmipèdes (Cuvier, Anat. comp.,t. 2, 1805, p. 556).Les « mammifères onguiculés » (...) ont quatre membres, des ongles aplatis ou pointus à l'extrémité de leurs doigts (Lamarck, Philos. zool.,t. 1, 1809, p. 142):
1. Les doigts sont les avances libres et mobiles qui terminent la main. (...) Ils sont au nombre de cinq. Chacun d'eux, à l'exception du pouce, est composé de trois phalanges ou articles, dont le premier, ou celui qui est reçu sur l'os du métacarpe, est le plus long. Le plus petit est celui qui termine le doigt et qui porte l'ongle ongueal. Cuvier, Anat. comp.,t. 1, 1805, p. 308.
Spéc., ANAT. HUM. Doigt de pied. Synon. orteil.Une crampe dans les doigts de pied (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 42).
A.− [Le doigt considéré dans son aspect, son dessin] Une longue main aux doigts minces, rapide comme une patte (Colette, Naiss. jour,1928, p. 56).
SYNT. Joli(s), pauvre(s) doigt(s); doigt(s) blanc(s), boudiné(s), effilé(s), énorme(s), fin(s), fluet(s), fuselé(s), ganté(s), maigre(s), menu(s), mince(s), noir(s), noueux, osseux, rose(s), rouge(s), velu(s).
1. P. allus. littér. L'aurore aux doigts de rose. Quand des fiers combats Homère se repose, Il aime à colorer l'aurore aux doigts de rose (Delille, Homme des champs,1800, p. 38).
2. P. anal. Ce qui a la forme d'un doigt. Le long doigt du gaz dans l'entrée, cru et sifflant, s'appuyait sur les passants (Céline, Voyage,1932, p. 428).La grande fourchette à deux doigts (Faral, Vie temps St Louis,1942, p. 157).
En partic. Membrane de protection qui recouvre le doigt en épousant sa forme. Des gantelets sans doigts enfermaient leurs mains (Flaub., Salammbô,t. 1, 1863, p. 150).Synon. doigtier.Un doigt de caoutchouc lui retroussait une paupière (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 117).
Spéc., TECHNOL. Petite pièce, généralement métallique, servant à mettre en position, arrêter ou pousser une autre pièce. Le pignon de commande porte un doigt excentré qui, aux fins de course, vient s'insérer dans une rainure de guidage (Civilis. écr.,1939, p. 812).
B.− En partic. [Le doigt considéré en tant qu'élément de la main]
1. [Les doigts considérés dans leur unité, leur nombre]
SYNT. Cinquième, premier, second, seul doigt; doigt de la main droite/gauche, du milieu; nombre de doigts.
Expr. et loc. Agir/tirer au doigt mouillé. Tirer au sort en demandant de choisir entre différents doigts dont un est mouillé d'avance par en dessous. Ils veulent partager comme de bons amis; Chacun en garde six, il en reste un treizième : L'aîné le veut, l'autre le veut aussi. − Tirons au doigt mouillé (Florian, Fables,1792, p. 124).Au fig. Agir au hasard. L'homme moderne a acquis trop de puissance sur la nature pour que nous puissions continuer à agir au doigt mouillé (Beaufre, Dissuasion et strat.,1964, p. 194).Compter sur ses doigts. Compte sur tes doigts jusqu'à cent cinquante (Ponson du terr., Rocambole,t. 4, 1859, p. 188).Donner un doigt de sa main (p. réf. au nombre et à l'utilité des doigts). Je suis épuisé par l'insomnie. (...) Je donnerais un doigt de ma main pour une vraie nuit, complète (Duhamel, Nuit St-Jean,1935, p. 87).Être unis, se tenir comme les doigts de la main. Indiquant par geste que c'était comme son frère, (...) ils étaient unis ainsi que les deux doigts de la main (Barante, Hist. ducs Bourg.,t. 2, 1821-24, p. 198).Ces gens-là se tiennent comme les doigts de la main (Bernanos, Crime,1935, p. 818).
2. [Certains doigts considérés dans leur mode d'expr. symbolique]
a) [Le doigt tendu (gén. l'index), pour indiquer une direction, pour désigner qqn ou qqc. à l'attention gén., pour accuser] Des lorettes de premier choix qui désignent du doigt les célébrités du fond du café (Goncourt, Ch. Demailly,1860, p. 115). :
2. Le silence était complet dans la salle quand elle a eu fini. Le procureur s'est alors levé, très grave et d'une voix que j'ai trouvé vraiment émue, le doigt tendu vers moi, il a articulé lentement : « Messieurs les jurés, le lendemain de la mort de sa mère, cet homme prenait des bains, commençait une liaison irrégulière, et allait rire devant un film comique. Je n'ai rien de plus à vous dire ». Camus, L'Étranger,1942, p. 1190.
P. anal. [En parlant de ce qui ressemble à un index tendu] Le doigt noir du cadran solaire tournait sur le mur de la villa (Jouve, Paulina,1925, p. 73):
3. La mer tient l'homme et l'isole, Et l'égare loin du port; Par le doigt de la boussole Il se fait montrer le nord. Hugo, Les Chansons des rues et des bois,Liberté, 1865, p. 258.
P. métaph. Je pensais à l'âme de ma pauvre sœur envolée, (...) sans aucun doigt pour lui montrer la route (Lamart., Nouv. Confid.,1851, p. 177).
Expr. et loc. Le doigt de Dieu, du destin, de la providence. Ce qui conduit les événements, qui dirige les hommes. On discute, on piétine : une femme s'avance avec le mot juste qui éclaire deux heures de raisonnements (...). Ce n'est pas qu'elle soit alors nécessairement touchée du doigt des dieux (Mounier, Traité caract.,1946, p. 607).Mais, pour moi comme pour ce bateau, touchés à mort sans que cela se sache, nous continuâmes à courir sur notre erre jusqu'à notre fin déjà marquée par le doigt du destin (Vialar, Risques et périls,1948, p. 203).Lever le doigt (pour attirer l'attention, demander la parole). Violaine, « levant le doigt ». − Écoute! (Claudel, Annonce,1948, III, 2, p. 200).Marcher/obéir au doigt et à l'œil (p. réf. au geste qui accompagne un ordre). Elle le regardait en dressant les oreilles, et lui obéissait au doigt et à l'œil (Pourrat, Gaspard,1925, p. 221).Montrer au/du doigt. Comme s'il redoutait encore d'être montré au doigt par les gamins (Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p. 1365).Au fig. Montrer/désigner du doigt. Il [Chateaubriand] sait retenir et citer de beaux vers d'André Chénier encore inconnu, en le désignant du doigt comme poëte (Sainte-Beuve, Chateaubr.,t. 2, 1860, p. 98).Se fourrer le doigt dans l'œil (fam.). Se tromper grossièrement. Claude Monet (...), un paysagiste de talent parfois, un détraqué souvent, un homme qui se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coude (Huysmans, Art. mod.,1883, p. 109).
b) [L'auriculaire (le petit doigt), considéré dans son apparence de faiblesse, de petitesse relative, etc.] Vous valez mieux dans votre petit doigt que le Buckingham, dans toute sa personne (Dumas père, Laird de Dumbiky,1844, II, 4, p. 44).
Expr. Boire en levant le petit doigt. Témoigner de l'affectation dans son comportement. Cf. désenchanteur ex. 1.Mon petit doigt l'a dit/ne ment pas (pour exprimer l'idée d'une connaissance secrète et infaillible). Elle hochait la tête, elle assurait que son petit doigt ne mentait jamais (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 256).
Rem. L'auriculaire serait le doigt sacré, symbole de la connaissance, de la divination (cf. Divin. 1964, p. 381).
c) [L'annulaire] Alliance, bague au doigt. Cœuvre. − Je te donnerai une robe d'épouse, je passerai mon anneau à ton doigt (Claudel, Ville,1893, I, p. 334).
Rem. On remarque un rapprochement fréq. du doigt et des organes des sens, ou d'une partie du visage avec une valeur symbolique pour marquer l'attention : doigt sur la bouche (pour demander le silence); doigt au front, sur la tempe (méditation, réflexion, etc.); doigt dans les oreilles (refus d'entendre); doigt sur les paupières (refus de voir), etc.
C.−
1. [Le doigt considéré comme instrument de travail, d'action servant à saisir, frapper, écrire, etc.] Phonsine faisait pivoter la tarte qu'elle dentelait de ses doigts malhabiles (Guèvremont, Survenant,1945, p. 40).Il y a en nous un nerf alerté, tapi, qui pour jamais est à l'écoute de ce seul bruit, rien d'autre ne peut l'atteindre. Moi, c'était le Farghestan dont je guettais le coup du doigt replié sur la vitre (Gracq, Syrtes,1951, p. 339).
Au fig. Cinq doigts de fer se crispèrent sur le cœur de Mathieu (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 137).
SYNT. (S')essuyer, frapper, taper, tapoter du/les doigt(s); froisser, glisser, pétrir, presser, rouler, saisir, serrer entre les/ses doigts.
Expr. et loc. À pleins doigts. À pleine main. Les doigts dans le nez. Facilement, sans l'aide des mains. Je les rejoints [sic] « les doigts dans le nez » (Match,27 août 1935, 6 ds Grubb, Fr. sp. neol., 1937, p. 34).Il n'aurait qu'à bouger/lever/remuer un doigt. Chef d'état-major et ministre étaient, depuis l'origine, au courant de l'affaire. Ils n'avaient qu'à lever le doigt pour que l'enquête du colonel Picquart fût étouffée dans l'œuf (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 305).S'en lécher les doigts (à propos d'un mets partic. bon). Tu en as mangé une cuisse ce soir... hein? Tu t'en es léché les doigts! (Zola, Germinal,1885, p. 1483).Manger avec les doigts. Ce festin, je ferai des milliards de lieues Pour me l'offrir et le manger avec les doigts, Goulûment, salement, sans grand goût ni grand choix (Verlaine, Œuvres compl.,t. 3, Invect., 1896, p. 312).Mettre le doigt à (au fig.). Il ne trempe nullement dans la révolution qui s'accomplit sous ses yeux! Il ne met pas le bout du doigt à cette pâte libérale (Musset, Revue des Deux-Mondes,1833, p. 734).Rester oisif, ne rien faire de ses dix doigts. Si ta femme avait voulu, disait-elle à son frère, je lui aurais appris le tricot; mais elle aime mieux rester oisive de ses dix doigts et regarder par la fenêtre (Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 62).
2. En partic. [Le doigt comme instrument professionnel caractérisé par certaines qualités] Le doigt du potier indigène (...) pétrit la matière au gré de ses fantaisies et de ses besoins (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 201).
Expr. et loc. Sous les doigts de (au fig.). Modelé, dirigé par quelqu'un. Le chef ne trouve plus sous ses doigts la matière résistante, la matière étrangère, si énergiquement nommée le matériel humain (Alain, Propos,1928, p. 774).Avoir des doigts de fée, avoir qqc. dans les doigts. Avoir un don pour un travail manuel ou artistique. Oh! toi, tu seras reçu : les sculpteurs sont plus larges que les peintres. Et, du reste, tu sais très bien ton affaire, tu as dans les doigts quelque chose qui plaît (Zola, Œuvre,1886, p. 88).
D.− [Le doigt considéré comme mode de connaissance]
1. [Le doigt dans sa sensibilité physique]
Expr. et loc. Brûler les doigts; les doigts lui cuisent, lui démangent. Son argent te brûlerait les doigts (Balzac, Goriot,1835, p. 107).Donner/taper sur les doigts (en manière de réprimande; au fig.). Donner une leçon. Il faut que chaque œuvre maintenant ait sa signification morale (...) qu'un drame tape sur les doigts aux monarques et qu'une aquarelle adoucisse les mœurs (Flaub., Corresp.,1846, p. 322).Mettre le doigt dans un engrenage; (ne pas) mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce/l'enclume et le marteau/sous l'arçon. (Éviter de) se mettre dans une situation embarrassante. Va donc lui demander, Olivares, à lui, qui passe pour sorcier, ce que fait Maria en ce moment. − Ami! Ne mettons pas le doigt entre le marteau et l'enclume (Borel, Champavert,1833, p. 67).Nous t'apprendrons alors à ne point mettre les doigts sous l'arçon pour trotter, sacré renard! (Adam, Enfant Aust.,1902, p. 311).Quel homme, à condition qu'il réfléchisse un peu, ne se dira pas, lorsqu'il s'approche d'une femme, qu'il met le doigt dans un engrenage de malheurs (Montherl., J. filles,1936, p. 1011).Par déformation littér. Après tout, pourquoi fourrer son doigt entre la pelote et l'épingle? (Genevoix, Mains vides,1928, p. 89).
2. [Le (bout du) doigt considéré dans sa précision tactile, dans sa finesse d'appréhension] :
4. ... M. Gustave Charpentier (...) donne le goût (...) aussi bien dans l'art que dans la vie à des jeunes filles (...) et leurs jolis doigts fuselés si adroits à chiffonner les rubans, caressent la harpe chromatique... Debussy, Monsieur Croche antidilettante,1926, p. 120.
SYNT. Contact, extrémité, pression du/des doigt(s); ôter, passer, poser, tremper un/son doigt; sentir, suivre du doigt.
Expr. et loc. Du bout du doigt. Avec légèreté. Effleurant du bout du doigt le clavier (Daniel-Rops, Mort,1934, p. 78).Touchant du bout du doigt le paquet (Claudel, Échange,1954, I, p. 749).Connaître, savoir sur le bout du doigt. Connaître très bien. Je savais mon catéchisme sur le bout du doigt dès la première semaine (Sand, Hist. vie,t. 3, 1855, p. 52).Mettre le doigt sur une plaie/sur un point faible (au fig.). Aviver une douleur physique ou morale, frapper juste. Les larmes qui montèrent aux yeux de Mouret lui prouvèrent qu'il avait mis le doigt sur une plaie vive (Zola, Fortune Rougon,1871, p. 117).P. ext. Dévoiler une vérité. Mes présomptions sont fondées : j'ai mis le doigt sur la vérité (Gozlan, Notaire,1836, p. 170).Toucher du doigt (au fig.). [Chez MM. de Goncourt] une méthode qui tient du spectacle et qui fait toucher du doigt toutes les matérialités du récit (Zola, Romanc. natur.,1881, p. 188).
P. allus. à St Thomas. J'ai vu le saint Thomas du Titien poser son doigt sur la plaie du Christ (...) Il touche la plaie; le blasphème étonné s'arrête sur ses lèvres (Musset, Confess. enf. s.,1836, p. 286).
E.− [Les doigts considérés comme mode d'expr. d'un sentiment, du caractère] Il sait celui qui rit, qui cause, qui sommeille, (...) et quel doigt polisson D'une adroite boulette a visé son menton (Delille, Homme des champs,1800, p. 59).Avec le même geste agaçant de ses doigts voraces (Bernanos, Mauv. rêve,1948, p. 899):
5. Le doigt distrait de cet illustre passant décrivait, le long des murs fuyants à l'inverse de sa marche, des arcs inconscients, qui trahissaient l'état profond d'un cerveau de géomètre... Valéry, Variété II,1929, p. 161.
Au fig. Vinet, dont la reconnaissance fut réveillée par les doigts crochus de l'intérêt personnel (Balzac, Pierrette,1840, p. 81).
Loc. Se mordre les doigts (en signe de nervosité). S'en mordre les doigts (au fig.). Regretter quelque chose. Joli chevalier (...) Dites, venez m'assumer, vous ne vous en mordrez certainement pas les doigts (Laforgue, Moral. légend.,1887, p. 113).
II.− P. méton. Unité de mesure grossièrement évaluée à l'épaisseur d'un doigt. Un doigt de vin. Une couche épaisse de deux ou trois travers de doigt (Cuvier, Anat. comp.,t. 2, 1805, p. 578):
6. ... on pouvait croire que l'un des cinq doigts était l'unité de mesure [du corps], et, dans ce cas, c'était le médius qui avait dû être choisi, parce que le médius était, pour les initiés au symbolisme antique, le doigt de la destinée, comme il est pour les chiromanciens, originaires de l'Égypte, le doigt de Saturne. Ch. Blanc, Gramm. des arts du dessin,1876, p. 41.
P. ext. Un doigt de. En petite quantité. Synon. un brin de, un peu de.Quoique jamais, peut-être, il n'y ait eu si belle occasion de lui faire monter aux joues [à Jacqueline] deux doigts de honte (Toulet, Demois. La Mortagne,1920, p. 89).J'ai pourtant mis un doigt de poudre sur les cernes, pour n'avoir pas l'air malade (Montherl., Songe,1922, p. 209).
Au fig. Je vais faire un doigt de cour à ma mère (Proust, Temps retr.,1922, p. 704).Au fig. À deux/trois doigts de. Très près. Une névrose enragée, à deux doigts des convulsions (Rolland, J.-Ch.,Foire, 1908, p. 709).
Prononc. et Orth. : [dwa]. ,,Le t se lie dans le parler soutenu`` (Littré). Cependant Grammont Prononc. 1958 est d'avis qu'on ne lie plus au doigt et à l'œil. Ds Ac. dep. 1694. Homon. devoir aux formes dois, doit; doit substantif. Étymol. et Hist. 1. a) [Ca 1100 plur. dous deie « largeur d'un doigt » (Roland, éd. J. Bédier, 444 : Cuntre dous deie l'ad del furrel getee), attesté en a. fr., cf. T.-L.]; b) xiiies. [ms.] plain doi ne demi pié (Couronnement de Louis, éd. E. Langlois, 226 var.); 1552 être à deux doigts de (Rabelais, Le Quart-Livre, éd. R. Marichal, XXIII, 123); 2. a) ca 1120 demustrer al dei (Ph. de Thaon, Best., 2453 ds T.-L.); ca 1223 monstrer au doit (G. de Coincy, Mir. Vierge, éd. V. F. Kœnig, II, Mir. 17, 133); b) av. 1570 compter sur ses doigts (J. Grevin, La Trésor., éd. L. Pinvert, p. 64); c) 1665 savoir sur le bout des doigts (Molière, Dom Juan, I, 2); 3. 1174-80 (Ch. de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 8796 : le plus petit doi de mon pié). Du lat. class. digitus, *ditus « doigt de la main, du pied », forme doigt par réfection étymol.; l'a. fr. deie, doie plur. de genre indéterminé (1 a) est issu du plur. neutre *dita à valeur collective. Fréq. abs. littér. : 10 416. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 9 852, b) 16 186; xxes. : a) 17 564, b) 16 655. Bbg. Allard (I.). Lang. de la bouvine. Vie Lang. 1972, p. 290. − André (P.). Le Vocab. du violoniste. Vie Lang. 1973, p. 49. − Gottsch. Redens. 1930, passim.Guiraud (P.). Le Champ morpho-sém. du mot tromper. B. Soc. Ling. 1968, t. 63, pp. 96-109; Mél. d'étymol. arg. Cah. Lexicol. 1970, t. 16, p. 70. − Quem. Fichier. − Rog. 1965, pp. 27-28, p. 180. − Sain. Sources t. 2 1972 [1925] p. 194. − Van Windekens (A. J.). Grec δ α ́ κ τ υ λ ο ς « doigt, doigt de pied »... Orbis. 1975, t. 24, pp. 125-129.

Wiktionnaire

Nom commun

doigt \dwa\ masculin

  1. (Anatomie) Extrémité articulée des mains de l’être humain.
    • Il appuya sa tête livide sur l’épaule de la jeune femme, et ses doigts crispés se cramponnèrent, en la déchirant, à la fine batiste brodée qui couvrait d’un flot de gaze le corps de Marguerite. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VIII)
    • Il m’a salué à sa manière, en portant deux doigts à sa tête et en souriant d’un air bonasse. — (Émile Thirion, La Politique au village, p. 133, Fischbacher, 1896)
    • Il leur suffisait de tremper le bout des doigts dans une pipe de cidre ou une cuvée de vin pour changer cidre et vin en bouse liquide ; […]. — (Octave Mirbeau, Rabalan,)
    • […] des messieurs, […], auscultaient des paumes les charmes de ces demoiselles servantes, impassibles mais souriantes. Il y avait aussi des femmes qui les expertisaient d’un doigt agile, les yeux endiamantés de concupiscence. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 81)
    • Hélène, avec la patience mélancolique des malades, s’amusait à entortiller autour de ses doigts une chaînette d’argent qui lui servait de bracelet. — (André Dhôtel, Le Pays où l’on n’arrive jamais, 1955)
    • Malgré moi, les doigts de mes deux mains s’agitèrent follement. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Ses doigts tordaient et retordaient une fibre imaginaire qu’il simulait de nouer gravement. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. Partie du gant dans laquelle entre le doigt de la main ; → voir doigt de gant.
    • Les doigts d’un gant.
  3. Orteil.
    • Doigt de pied.
  4. (Par analogie) Extrémité plus ou moins agile et articulées d’un pied d’un animal.
    • Les doigts du canard.
  5. (Métrologie) Mesure de longueur, approximativement le travers d’un doigt, soit 1,8 à 2 centimètres.
    • Avec le bord du quart, il m’entr’ouvrait les lèvres. Il n’y avait laissé qu’un doigt de liquide et je voyais l’eau fraîche s’agiter au fond, mais je ne pouvais en absorber une goutte. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
  6. (Par extension) Petite quantité ; → voir à deux doigts de.
    • Cette femme se met un doigt de rouge sur le visage.
    • Faire un doigt de cour à une femme, lui dire des galanteries, lui faire un moment la cour sans conviction profonde.
    • Faire dix doigts de cour à une femme.
  7. (Par ellipse) Doigt d’honneur
    • Quand j’ai klaxonné, il m’a fait un doigt.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DOIGT. n. m.
Chacune des parties mobiles et distinctes qui terminent la main ou le pied de l'homme. Doigts longs, courts, menus. Les cinq doigts de la main. Les quatre doigts et le pouce. Les doigts du pied. Le gros doigt. Le petit doigt. Le doigt du milieu. Le doigt annulaire. Les ongles des doigts. Les jointures, les articulations des doigts. Remuer les doigts. Faire craquer ses doigts. Avoir mal au doigt, à un doigt. Il a une bague au doigt. Compter sur ses doigts. Toucher du bout du doigt. Presser quelque chose du doigt. Il se dit, dans un sens analogue, en parlant de Quelques animaux. La main, les doigts du singe. Doigt de canard, de bécasse. Les doigts d'un gant, Les parties d'un gant dans lesquelles entrent les doigts. Un doigt de gant. Fig. et fam., Les doigts lui démangent. Voyez DÉMANGER. Fig., Cette femme a des doigts de fée. Voyez FÉE. Fig., Montrer quelqu'un au doigt, S'en moquer publiquement, s'en moquer comme d'une personne décriée ou ridicule. C'est un homme qu'on montre au doigt. Il se fait montrer au doigt. Fig. et fam., Donner sur les doigts à quelqu'un, Le châtier, lui faire souffrir quelque peine, quelque dommage, quelque confusion. Avoir, recevoir sur les doigts, en avoir sur les doigts, Recevoir la punition, le châtiment de quelque faute, de quelque imprudence. Fig. et fam., S'en mordre les doigts, Se repentir de quelque chose. Vous avez trop de confiance en lui, vous pourriez bien un jour vous en mordre les doigts. Fig. et fam., C'est une bague au doigt. Voyez BAGUE. Fig., Avoir des yeux au bout des doigts, Avoir le tact très fin, faire avec habileté des ouvrages manuels très délicats. Fig. et fam., Avoir de l'esprit au bout des doigts; Avoir de l'esprit jusqu'au bout des doigts. Voyez ESPRIT. Fam., Il y met les quatre doigts et le pouce, se dit de Celui qui prend avidement et malproprement dans un plat ce qui est à sa portée. Cela se dit, par extension, en parlant de Tout ce qu'une personne fait sans ménagement et sans délicatesse. Fig., Ils sont comme les deux doigts de la main, ce sont les deux doigts de la main, se dit de Deux personnes extrêmement unies d'amitié. Fig., Il ne faut pas mettre le doigt entre le bois et l'écorce, ou Entre l'arbre et l'écorce il ne faut pas mettre le doigt. Voyez ARBRE. Fam., Ne faire œuvre de ses dix doigts, Ne faire rien du tout, ne point travailler. Fig., Savoir une chose sur le bout du doigt. Voyez BOUT. Fig. et fam., Toucher du bout du doigt. Voyez BOUT. Fig., Faire toucher une chose au doigt, du doigt, La démontrer clairement, en convaincre par des preuves indubitables, telles que sont ordinairement celles que l'on acquiert par le toucher. Fig. et fam., Mettre le doigt sur quelque chose, Deviner, découvrir une chose. C'est cela, vous avez mis le doigt dessus. Il a mis le doigt sur la difficulté. Fig. et fam., Être servi au doigt et à l'œil, Être servi ponctuellement, avec grande exactitude et au premier signe. On dit dans le même sens Faire marcher au doigt et à l'œil, Se faire obéir sévèrement, avec exactitude. Fig. et popul., Se mettre le doigt dans l'œil, Se tromper grossièrement, se faire du tort à soi-même, par une maladresse, par un faux calcul. Fig. et fam., Mon petit doigt me l'a dit, Phrase qu'on emploie quelquefois avec les enfants, pour leur faire croire que l'on sait la vérité de quelque chose qu'ils ne veulent pas avouer. Fig., Le doigt de Dieu, se dit, dans certaines phrases du style élevé, pour désigner Ce qui est ou paraît être une manifestation de la volonté particulière de Dieu. Le doigt de Dieu est ici. On y voit, on y reconnaît le doigt de Dieu.

DOIGT se dit aussi par souvenir d'une ancienne mesure qui équivalait à peu près à un travers de doigt. Il n'a pas grandi d'un doigt depuis trois ans. Boire un doigt de vin. Par exagération, Cette femme se met un doigt de rouge sur le visage, Elle se met un peu de rouge. Fig. et fam., Faire un doigt de cour à une femme, Lui dire des galanteries, lui faire un moment la cour. À deux doigts de, se dit pour exprimer une Très petite distance. Être à deux doigts d'un précipice. Il est tombé une tuile qui a passé à deux doigts de ma tête. Fig., Être à deux doigts de sa ruine, de sa perte, En être fort proche.

Littré (1872-1877)

DOIGT (doi ; le t se lie dans le parler soutenu : un doi-t effilé ; au plur. l's se lie : des doî-z effilés) s. m.
  • 1Chacune des parties distinctes et mobiles qui terminent les mains et les pieds de l'homme. Le doigt indicateur, le doigt qui vient après le pouce. Le doigt du milieu, le doigt le plus long. Le doigt annulaire, celui qui vient après le doigt du milieu. Le petit doigt. Ton aiguille à mon doigt est un faix bien léger, Rotrou, Herc. m. I, 4. D'abord avec son haleine Il se réchauffe les doigts, La Fontaine, Fables, V, 7. Il se fit une quatrième guerre à Geth, où il se trouva un grand homme qui avait six doigts aux pieds et aux mains, c'est-à-dire vingt-quatre doigts, Sacy, Bible, Rois, II, 21,20. Cydias, après avoir toussé, relevé sa manchette et ouvert les doigts, débite gravement ses pensées quintessenciées, La Bruyère, V. Leur doigt mystérieux [des sorcières] se posait sur leur bouche, Ducis, Macbeth, II,6. La biche… Broutait entre ses doigts [de Jocelyn] de tendres jets de saule, Lamartine, Joc. III, 109.

    Compter sur ses doigts ou avec ses doigts, faire par ce moyen un calcul qu'on ne peut faire de tête.

    Par extension. Compter sur ou par ses doigts, supputer avec attention. Moi… Qui compte tous les jours vos défauts par mes doigts, Boileau, Sat. IX. Cent fois dans la route il avait calculé par ses doigts le fond de sa fortune, Diderot, Regrets s. sa robe de chambre.

    Terme de pêche. Pêcher au doigt, se dit quelquefois pour, tenir la ligne à la main sans canne.

    Les doigs lui démangent, se dit de quelqu'un qui a envie de se battre ou d'écrire contre quelqu'un.

    Familièrement. A lèche-doigts, se dit des choses à manger qui sont données en trop petite quantité. Le plat était bon, mais il n'y en avait qu'à lèche-doigts.

    Mettre son doigt au feu d'une chose, en être tellement sûr qu'on se condamnerait à mettre le doigt dans le feu si elle faisait défaut. Notre légiste eût mis son doigt au feu Que son épouse était toujours fidèle, La Fontaine, Cal.

    Montrer du doigt, faire avec le doigt le geste de montrer. D'un œil moqueur les Grâces infidèles Montrent du doigt mon réduit délaissé, Béranger, Fuite de l'amour.

    Fig. Montrer quelqu'un du doigt, au doigt, s'en moquer. Faut-il que désormais à deux doigts on te montre, Qu'on te mette en chansons et qu'en toute rencontre On te rejette au nez le scandaleux affront Qu'une femme mal née imprime sur ton front ? Molière, Sgan. 9. Aussi plus elle [sa femme] brille, Plus on le montre au doigt, Béranger, Pet. H. gris.

    Mettre le doigt sur la bouche, signe qui indique de garder le silence. Songez qu'Harpocrate, l'un de nos plus grands dieux, a toujours le doigt sur la bouche, Voltaire, Taureau blanc, ch, I.

    C'est une bague au doigt, se dit d'une chose de prix dont on peut toujours se défaire avec avantage, et aussi d'un avantage considérable, dignité, place, faveur, etc. qui échoit à un homme.

    Familièrement. Il croit que pour réussir il ne faut que remuer et souffler les doigts, c'est un homme avantageux qui croit que tout lui est facile.

    Familièrement. Mon petit doigt me l'a dit, phrase dont on se sert avec les enfants, pour leur faire croire que l'on sait la vérité sur quelque chose qu'ils ne veulent pas avouer ; on fait souvent, en disant ces mots, le geste de mettre son petit doigt dans son oreille. Voilà mon petit doigt qui me dit quelque chose que vous avez vu et que vous ne m'avez pas dit, Molière, Mal. imag. II, 11.

    Donner sur les doigts, infliger une correction manuelle.

    Par extension. Donner sur les doigts, faire éprouver un échec. Nicératus, ayant considéré que, pour le mépris que les ennemis faisaient de sa faiblesse, ils ne marchaient jamais qu'en désordre, s'imagina qu'il y avait un moyen de leur donner sur les doigts, Malherbe, Le XXXIIIe livre de Tite Live, chap. 14.

    Fig. Donner sur les doigts, réprimander, châtier. Momus en donne [de sa marotte] sur les doigts Du grand que l'on encense, Béranger, Marotte.

    Avoir sur les doigts, être châtié, réprimandé, moqué. Le railleur sera raillé et il aura sur les doigts, ma foi, Molière, Impromptu,3.

    Mordre ses doigts, acte réel qui est un signe d'impatience, d'embarras, de préoccupation. J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts, Boileau, Sat. VII.

    Fig. Se mordre les doigts, se repentir d'une chose. Il a refusé, maintenant il s'en mord les doigts. En leur rivage discourtois [ils] En ont depuis mordu leurs doigts, Scarron, Virg. Trav. VI. Les trois en ont regret et se mordent les doigts, La Fontaine, Mazet.

    Ils sont comme les deux doigts de la main, se dit de deux amis très intimes. Vous êtes présentement les deux doigts de la main, Sévigné, 447. Monsieur de Marseille vint hier au soir ; nous dînons chez lui ; c'est l'affaire des deux doigts de la main, Sévigné, Lett. 231, t. III, p. 87, dans POUGENS. Mme de Roquelaure et Mme de la Vieuville étaient de tout temps les deux doigts de la main, Saint-Simon, 199 , 158. Dans cette famille-là, ils sont unis comme les doigts de la main, Georges Sand, dans le Dict. de POITEVIN.

    Familièrement. Il y met les quatre doigts et le pouce, se dit d'un homme qui prend avidement et malproprement dans un plat ce qui est à sa portée ; et, par extension, de celui qui agit sans ménagement et sans délicatesse.

    Ne faire œuvre de ses dix doigts, vivre dans la fainéantise.

    Atis ne vaut pas seulement un doigt du personnage [il lui est très inférieur], La Fontaine, Petit chien.

    Toucher du doigt, toucher au doigt, voir, comprendre clairement. C'est-à-dire qu'il faut toucher au doigt la chose, Molière, Sgan. 12. Viens, maraud, viens, je te veux bien faire toucher au doigt ta poltronerie, prends garde, Molière, Fest. de Pierre, III, 7. J'espère trouver le moyen de faire toucher au doigt sa mauvaise foi, Bossuet, Avert. 6. L'espérance qui nous fait toucher au doigt le temps où nous serons ensemble, Sévigné, 456. Oyez- le bien, vous toucherez au doigt Que l'Iliade est un conte plus froid Que Cendrillon, Peau-d'Âne ou Barbe-Bleue, Rousseau J.-B. Épigr. II, 14.

    On trouve voir au doigt et à l'œil, ce qui ne paraît pas bon. Elle a fait voir au doigt et à l'œil que…, Sévigné, 321.

    On trouve aussi toucher au doigt et à l'œil, ce qui ne paraît pas bon non plus. Il est à propos d'en donner une idée plus sensible et qui fasse toucher au doigt et à l'œil la grandeur du défaut, Vauban, Dîme, p. 229.

    Se mettre le doigt dans l'œil, se faire un tort, du mal. En vendant sa campagne pour acheter des rentes, il s'est mis le doigt dans l'œil.

    Être servi au doigt et à l'œil, être servi ponctuellement.

    Familièrement et par plaisanterie. Cette montre va au doigt et à l'œil, elle est mauvaise, il faut toucher souvent à l'aiguille.

    Vous avez mis le doigt dessus c'est-à-dire vous avez deviné. Chacun a justement mis le doigt sur la source du mal, Bossuet, Visite, 2. Vous avez mis le doigt sur le but, la plupart des sermons sont des raisonnements de philosophes, Fénelon, t. XXI, p. 97. Sire, Votre Majesté a mis le doigt dessus, Voltaire, Dial. 27.

  • 2Les cinq doigts, la main entière. Je lui donnai de mes cinq doigts Au beau milieu de son minois, Scarron, Virg. Trav. II. Je répondis en lui couvrant la face De mes cinq doigts…, Voltaire, Pauvre diable.
  • 3Le bout du doigt. Si jamais un philosophe aveugle et sourd de naissance fait un homme à l'imitation de celui de Descartes, j'ose vous assurer, madame, qu'il placera l'âme au bout des doigts, Diderot, Lett. sur les aveugles, Œuvres, t. II, p. 200, dans POUGENS.

    Fig . Il se gratte la tête du bout du doigt, se dit de quelqu'un qui a quelque chagrin, quelque inquiétude.

    Au bout des doigts, d'une manière facile, aisée, sans peine. Ce taponnage vous est naturel, il est au bout de vos doigts, Sévigné, 42.

    Avoir mal au bout du doigt, avoir un mal léger. Lui [Monsieur] et Madame n'avaient pas mal au bout du doigt que le roi n'y allât dans l'instant, Saint-Simon, 93, 217.

    Prendre au bout des doigts, saisir violemment; locution inusitée aujourd'hui. La peste [qui a sévi dernièrement] était une petite maladie en comparaison de celle-ci qui prend tout le monde au bout des doigts, Guez de Balzac, livre IV, lett. 25.

    Avoir des yeux au bout des doigts, avoir le toucher très fin, faire avec habileté des ouvrages de main délicats.

    Avoir de l'esprit au bout des doigts, être adroit aux ouvrages de la main.

    Avoir de l'esprit jusqu'au bout des doigts, avoir beaucoup d'esprit.

    Toucher du bout du doigt, toucher légèrement, ne pas trop appuyer. Il ne toucha que du bout du doigt l'endroit endolori. Et fig. C'est un sujet délicat, il ne faut y toucher que du bout du doigt.

    Toucher une chose du bout du doigt, la toucher du doigt, se dit en parlant d'une chose qui est près d'arriver. Nous touchons du bout du doigt de bien graves événements.

    Savoir une chose sur le bout du doigt, la savoir parfaitement. Savoir une personne sur le bout du doigt, la connaître parfaitement. Il sait sa leçon sur le bout du doigt. Je sais mon don Juan sur le bout du doigt, Molière, Fest. I, 2. Je sais tout cela sur l'extrémité du doigt. - Quelle pitié! on dit savoir une chose sur le bout du doigt, et non sur l'extrémité du doigt, Boileau, Fragm. d'un dialogue contre ceux qui font des vers latins.

  • 4 Terme de musique. Avoir des doigts, de bons doigts, c'est-à-dire avoir les doigts très agiles, très forts, très exercés.

    Terme d'escrime. Avoir des doigts, conserver à ses doigts le jeu convenable, lorsque la main s'enlève en déployant un coup ou en se replaçant.

  • 5Doigt mouillé, manière entre enfants de décider de certains litiges, et où un d'eux, après avoir mouillé un de ses doigts, les présente tous à ses camarades pour qu'ils en choisissent chacun un ; celui qui prend le doigt mouillé gagne ou perd suivant ce qui a été convenu. Tirons au doigt mouillé à qui aura cette bille.
  • 6Le doigt de Dieu, sa puissance, son intervention. Le doigt de Dieu a paru visiblement en cette rencontre. Le doigt de Dieu était dans cette œuvre, Bossuet, Hist. II, 12. Ses divins attributs [de Dieu] paraissent-ils mieux dans les cieux qu'il a formés de ses doigts, que dans ces rares talents qu'il distribue comme il lui plaît aux hommes extraordinaires ? Bossuet, Louis de Bourbon. Je vois le doigt de Dieu marqué dans nos malheurs, Voltaire, Alz. V, 7.
  • 7 Terme de zoologie. Nom donné aux prolongements qui terminent les membres, à partir des os métatarsiens et métacarpiens. Les doigts des chats sont armés de griffes.

    Terme d'hippiatrique. Extrémité du pied du cheval formée de trois phalanges, l'os du paturon, l'os de la couronne et l'os du pied.

    Chacun des deux articles de la pince des crustacés.

  • 8 Par analogie, les doigts d'un gant.
  • 9Doigt, grandeur équivalente à un travers de doigt. Il s'en faut seulement de deux doigts. Un mouchoir noir, de deux grands doigts trop court, La Fontaine, Or. Ce vent vous avez jetée sous une arche à deux doigts du pilier, Sévigné, 36. Oh ! la pesante croix ! Dit M. de la Martinèire, Car le nom de Martin était crû de trois doigts, Lamotte, Fabl. V, 17.

    Un doigt de vin, une très petite quantité de vin. Il est bon de prendre tous les matins un doigt de vin avant de sortir. Ma grand'mère, un soir à sa fête, De vin pur ayant bu deux doigts, Béranger, Ma grand'mère.

    Par exagération. Cette femme met un doigt, deux doigts de rouge, elle met beaucoup de rouge.

    Faire un doigt de cour à une femme, lui dire des galanteries, lui faire un moment la cour.

    Être à deux doigts de sa ruine, de sa perte, en être fort proche. Ah ! Cliton. Je me trouve à deux doigts de ma perte, Corneille, Ment. III, 6. La guerre est pour sa vie un agréable orage Qui le porte sans cesse à deux doigts du naufrage, Mairet, Soliman, I, 1. Ils étaient à deux doigts de tomber dans la rivière, Sévigné, 363. Être toujours à deux doigts de la mort, Sévigné, 528.

    Terme de pêche. Se dit quelquefois de la grandeur des mailles. Deux doigts, six doigts.

  • 10 Terme d'astronomie. Un doigt, une des douze parties égales en lesquelles on divise le disque du soleil et de la lune. Cette division sert à mesurer la grandeur des éclipses.
  • 11Mesure de longueur égyptienne et grecque, valant dix-huit millimètres.
  • 12Doigt marin, le solen manche de couteau, sorte de coquillage.
  • 13Petite pièce de la cadrature d'une montre ou pendule à répétition, qui entre carrément sur l'arbre du barillet du ressort du petit rouage ; autre pièce servant à faire sonner les quarts.

PROVERBES

Il ne faut pas mettre le doigt entre le bois et l'écorce, ou entre l'arbre et l'écorce il ne faut pas mettre le doigt, c'est-à-dire il ne faut pas s'ingérer dans les affaires des personnes naturellement unies.

Les cinq doigts de la main ne se ressemblent point, c'est-à-dire il ne faut pas exiger une exacte ressemblance entre les personnes, entre les caractères, entre les choses.

HISTORIQUE

XIe s. Del dei après le polcier [pouce], Lois de Guill. 13. Contre deus deis [à deux doigts près] l'ad du forrer [fourreau] jetée [son épée], Ch. de Rol. XXXIII.

XIIe s. Ses blanches mains, ses doigts lons et tretis, Couci, V. N'es Brabenchuns n'est pas de la fin demurance, N'es Flamencs, n'es Engleis, ne en tuz cels de France, Car en sun petit dei en tient Deus la balance, Qui met tant cum li plest noz mesfaiz en suffrance, Th. Le mart. 157.

XIIIe s. Car onques mieudres dame n'ot en son doi anel, Berte, LXXXV. Symons vient à Bertain, si la prent par la doie, ib. CXVII. Por ce veus tu la rose avoir ;C'est ce qui la pel t'amegroie, la Rose, 4621. Je n'oserai nului veoir: Entre gent ne devrai seoir, Que l'en mi monsterroit au doi : Or ne sai-je que fere doi, Rutebeuf, II,80. Laquelle Nichole se trouva si perdue en toutes les parties de son cors qu'ele n'en sentoit riens, fors sanz plus en deux doiz de la main destre, c'est à savoir en celui que l'en apele mire [le doigt médecin, le doigt annulaire], et en celui que l'en apele le moien ou le lonc, Du Cange, digitus.

XIVe s. Et monstré n'en doit estre au doit, Puis qu'il ne fait que ce qu'il doit, J. Bruyant, dans Ménagier, t. II, p. 19.

XVe s. Et se tenoient par la main au doigt les deux enfans, Froissart, II, II, 120. D'icelui cop fut blecié le dit Pierre au doi medicinal de la main dextre, Du Cange, digitus. Nuz com le doy [nu comme la main], Deschamps, Poésies mss. f° 561, dans LACURNE. Faisons raison et justice à dix doigts [de tout notre pouvoir], Deschamps, ib. f° 104. Aimer du petit doy [aimer faiblement], Perceforest, t. V, f° 43. Aidez à vostre serviteur, Qui est mieulx pris que par le doy, Ou mort me voy, Orléans, Rondel de Fredet. Tu demonstres, comment Dieu se retire à misericorde et clemence, et que pour ung doy de service à luy fait de bon cueur humble, il en rend fruit à cent doubles, Chastelain, Exposit. s. vérité. Mez n'en estes pas à deux doie, Que la pucelle à vous atouche ; Vous n'avez mais dens en la bouche : Elle aroit beau mary en vous! Nativ. de N. S. J. C.

XVIe s. Recepte de laquelle il ne se fault servir tant qu'il y a un doigt d'esperance de reste, Montaigne, II, 30. Sejournant quelque peu à Villeneuve pour boire un doigt, Despériers, Contes, XXVI. Je m'en vai escrire au roi de Navarre deux doigts de pappier…, D'Aubigné, Hist. II, 413. Les compagnies de chevaux legers eurent sur les doits par ceux d'Avignon, D'Aubigné, ib. I, 320. Ces deux sieurs que l'on appelloit les deux doigts de la main, Carloix, II, 11. Nous disons d'une viande apprestée fort friandement : vous en mangeriez vos doigts ; ils en ont cuidé manger leurs doigts, H. Estienne, Conformité, p. 128. Ne mets ton doigt en anneau trop estroit, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 354. Qui a mal au doy gesir en doit, Leroux de Lincy, ib. 381. Faire voir à l'œil et toucher au doigt, Nuits de Straparole, t. II, p. 109, dans LACURNE. La veue [visite des juges en des lieux] doit estre faite aux quatre angles de l'heritage, de bout en bout, de long en long, à l'œil et au doigt, Grand Coutumier de la Fr. p. 370, dans LACURNE. Nous ne sommes si proches du port que nous puissions esperer si tost le fonds. - Au contraire, respondit-il, pour tout seur, je sens et esgratigne la terre des petits doigts [orteils], l'amant ressusc. P. 25, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DOIGT. Ajoutez : - REM. Bien que un doigt de rouge signifie d'ordinaire une couche épaisse de rouge, en quelques cas il n'exprime qu'une couche légère. Une fois les joues enfarinées, on ne peut pas rester… comme un pierrot ; il faut un doigt de rouge, c'est fatal, G. Droz, M. Mme et Bébé, Bal d'ambassade.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : De quante espesseur sont les ais de ceste nauf ? - Elles sont, respondit le pilot, de deux bons doigts espesses, n'ayez paour. - Vertus Dieu, dit Panurge, nous sommes donques continuellement à deux doigts près de la mort, Rabelais, Pant. IV, 23.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DOIGT, s. m. (Anat.) Les doigts forment les dernieres parties de la main. Ils sont naturellement au nombre de cinq à chaque main, nommés le pouce, l’index, le long doigt ou le doigt du milieu, l’annulaire, l’auriculaire ou le petit doigt. Voyez Pouce, Index, &c.

Le pouce est le plus gros de tous les doigts, après lui c’est le troisieme ; le second & le quatrieme sont moins longs & presque égaux, mais le quatrieme est un peu moins long que le second ; le cinquieme est le plus petit de tous. Leur rapport, leurs proportions, & leurs beautés perfectionnées par l’art, brillent dans les tableaux de Vandyck ; mais leur structure anatomique est représentée dans les planches d’Eustachi & de Vesale : c’est à ces planches que nous renvoyons le lecteur, car nous ne sommes ici qu’anatomistes.

En cette qualité nous remarquons d’abord que les doigts représentent comme autant de pyramides osseuses, composées, longues, menues, convexes d’un côté, legerement caves de l’autre, attachées par leur base au carpe & au métacarpe, d’où elles vont ensuite en diminuant aboutir à une espece de petite tête.

Les os des doigts sont au nombre de quinze, trois à chaque doigt ; ces os sont disposés en trois ordres, qui portent le nom de phalanges. Voyez Phalange.

A l’extrémité de la derniere phalange de chaque doigt, il y a une petite tubérosité qui sert à appuyer l’ongle. Voyez Ongle.

Les doigts ainsi composés de plusieurs pieces osseuses, sont rendus plus plians, & plus propres à faire différens mouvemens. Ils sont convexes par-dehors, concaves en-dedans, & un peu applatis pour loger plus commodément les tendons des muscles fléchisseurs. Tout le long des côtes de leurs os, il y a une crête à laquelle est attachée une gaîne cartilagineuse qui enveloppe les tendons fléchisseurs. La peau qui couvre les doigts se trouve comme collée aux endroits de la gaîne qui répondent aux articulations de la seconde phalange avec la premiere & avec la troisieme. Ces os étant joints par ginglyme, c’est-à-dire par de petites têtes & de petites cavités qui se reçoivent réciproquement, ils ont le mouvement de flexion & d’extension, & ils sont affermis les uns avec les autres par des ligamens. Leur articulation avec le métacarpe se fait par artrodie ; & cette maniere d’articulation les rend capables de se mouvoir en tout sens. Les ligamens de toutes ces articulations étant lâches & capsulaires, facilitent tous leurs mouvemens. Les muscles qui y sont destinés, & qui les exécutent, ont été partagés en communs & en propres.

Les muscles communs sont ceux qui meuvent les quatre derniers doigts ; & on a donné le nom de muscles propres à ceux qui font les mouvemens particuliers de certains doigts. Les uns & les autres portent aussi le nom de fléchisseurs ou d’extenseurs, d’abducteurs ou d’adducteurs, selon leurs différentes fonctions. Les muscles communs ont reçu les noms de sublime, profond, d’extenseurs communs, de lombricaux, & d’interosseux. V. Sublime, Profond, &c.

Les muscles propres des doigts appartiennent au pouce, au doigt index, & au doigt auriculaire. Voyez Pouce, Index, &c.

Voilà comme M. Winslow divise les muscles qui servent aux mouvemens des doigts ; M. Lieutaud les distingue en muscles extenseurs, muscles fléchisseurs, & muscles latéraux ; & cette derniere méthode nous paroît plus simple & plus conforme à la structure de la main. Passons aux vaisseaux & aux nerfs des doigts.

L’artere cubitale jette plusieurs rameaux le long des parties latérales des doigts, & principalement des quatre derniers. L’artere radiale fournit des rameaux au pouce ; & se continuant derriere les tendons fléchisseurs des doigts, vient s’anastamoser avec un rameau de la cubitale. La veine céphalique forme des aréoles qui vont au pouce, aux muscles latéraux & interosseux des doigts, & communique avec un petit rejetton de la veine basilique, laquelle à l’égard des doigts suit à peu-près la route de l’artere de ce nom. Le nerf cubital, le nerf radial, & le nerf médian, donnent des rameaux à tous les doigts de la main. Mais quels sont les usages des doigts ? ils sont infinis.

Outre l’utilité perpétuelle que nous en retirons dans presque toutes les choses de la vie, outre leur secours essentiel pour faire l’appréhension, ils sont le principal organe du toucher, non pas uniquement parce qu’ils ont à leur extrémité une plus grande quantité de houppes nerveuses, mais encore parce que ce sont des parties toutes mobiles, toutes flexibles, toutes agissantes en même tems, & obéissantes à la volonté, suivant la remarque de l’auteur de l’histoire naturelle de l’homme. Comme le toucher n’est, dit-il, qu’un contact de superficie des corps, les doigts ont l’avantage d’embrasser à la fois avec un sentiment exquis une plus grande partie de la superficie des corps, & de les toucher par tous leurs points. Ils peuvent d’ailleurs s’étendre, se raccourcir, se plier, se séparer, se joindre, & s’ajuster à toutes sortes de surfaces, autre avantage pour rendre cette partie l’organe de ce sentiment exact & précis, qui est nécessaire pour nous donner l’idée de la forme des corps.

Si les mains des hommes avoient un plus grand nombre de doigts, ajoûte le même auteur ; si ces doigts avoient un plus grand nombre d’articulations & de mouvemens, il n’est pas douteux que le sentiment du toucher ne fût plus parfait, parce que la main pourroit alors s’appliquer plus immédiatement sur les différentes surfaces des corps ; il n’est pas douteux aussi que le sentiment du toucher ne fût infiniment plus délicat par la plus grande quantité de houppes nerveuses, qui seroient affectées en même tems.

Supposons au contraire la main sans doigts, le sentiment du toucher seroit beaucoup plus grossier, & nous n’aurions que des notions très-imparfaites de la forme des corps les plus palpables ; il nous faudroit beaucoup plus d’expériences & de tems pour acquérir ces notions. Reconnoissons donc la bonté & la sagesse de la Providence dans ce qu’elle donne & dans ce qu’elle refuse. Quel seroit l’usage d’un toucher plus délicat que le nôtre, si rendus extrêmement sensibles au moyen d’une telle organisation, les douleurs & les agonies s’introduisoient par chaque doigt. Combien détesterions-nous un présent si funeste !

On n’ignore guere que la nature exerce ici ses jeux. Il n’est pas rare de voir venir des enfans au monde avec plus de cinq doigts, soit aux mains, soit aux piés. J’en tire le premier exemple de l’Ecriture-sainte. Voici le passage même : « Dans la quatrieme bataille qui se donna en Geph, il s’y trouva un homme fort grand qui avoit six doigts à chaque main & à chaque pié, c’est-à-dire vingt-quatre en tout : il étoit de la lignée d’Etrapha, blasphéma Israel, & fut tué par Jonathas fils de Samaa frere de David ». II. liv. des rois, ch. xxj. vers. 20 & 21.

Pline le naturaliste parle d’une famille où étoient deux sœurs qui avoient six doigts aux mains, & qui pour cette raison furent appellées sexdigites, liv. xj. chap. 43.

Anne de Boulen si fameuse dans l’histoire d’Henri VIII. si séduisante par ses manieres, si pleine de charmes, qu’il sembloit que tous les agrémens du monde se fussent réunis en sa personne, avoit six doigts à la main droite, une dent mal rangée à la machoire supérieure, & sur l’os de la gorge une petite élévation qu’elle cachoit avec beaucoup d’art. Larrey, hist. d’Angl.

En 1687, M. Saviard a vû à l’Hôtel-Dieu un enfant nouveau-né qui avoit dix doigts à chaque main, & autant aux piés, dont les phalanges paroissoient toutes rompues & blessées. Saviard, observ. chirurg.

Voici un cas plus étrange encore. Ruysch, dans le catalogue des choses rares, à la fin de son traité intitulé, observationes anatomicæ & chirurgicæ, a donné la description d’un squelete qui avoit un grand nombre de doigts surnuméraires, & qu’il appelle pour cela sceleton polydactilon ; la main droite avoit sept doigts, la main gauche six ; & outre cela le pouce étoit double ; le pié droit avoit huit doigts, le pié gauche neuf ; le métatarse droit six os, & le métatarse gauche sept. La figure & la description du même squelete se trouvent dans le traité de Kerkringius intitulé, spicilegium anatomicum ; & M. Ruysch en parle encore dans ses derniers ouvrages intitulés aversaria, decad, 1. n. 8.

Mais je ne dois pas taire qu’en parcourant les fastes anatomiques, j’ai trouvé deux exemples de doigts surnuméraires sans difformité ni incommodité. Ces deux exemples curieux termineront mon article.

En 1743, MM. de l’académie des Sciences virent dans une de leurs assemblées un petit garçon âgé de seize mois, qui avoit six doigts à chaque main & à chaque pié ; le sixieme doigt de la main droite étoit à côté du petit doigt, & articulé avec le même os du métacarpe, qui vers son extrémité étoit plus large qu’à l’ordinaire, & s’y terminoit par deux petites éminences, dont l’une soûtenoit le petit doigt ordinaire, & l’autre le doigt surnuméraire. A la main gauche le doigt surnuméraire étoit aussi à côté du petit doigt ordinaire, mais articulé sur un os particulier ou surnuméraire du métacarpe ; le sixieme doigt de chaque pié étoit comme aux mains à côté du petit doigt, & ils avoient chacun leur os propre de métatarse ; de sorte qu’au lieu de cinq os à l’ordinaire, chaque métatarse en avoit six. Cette augmentation de doigts faisoit seulement paroître un peu plus de largeur aux mains & aux piés de l’enfant, mais sans difformité, & même il remuoit tous les doigts surnuméraires avec la même facilité que les autres. Hist. de l’acad. année 1743.

Thomas Bartholin dans les actes de Copenhague, rapporte un exemple tout semblable à celui-ci, d’un negre qui n’étoit point incommodé de cette multiplication de doigts, & qui paroissoit au contraire, dit Bartholin, l’avoir reçu de la nature pour un plus grand avantage. Acta Hafniensia, vol. II. n. 32.

Cependant il ne faut pas abuser des deux cas singuliers que nous venons de citer, pour laisser les doigts surnuméraires aux enfans qui viennent au monde, car il est certain qu’ils causent presque toûjours une difformité & une incommodité qui demande leur extirpation ; l’Anatomie souffre cette extirpation, & la Chirurgie l’exécute avec succès. Voyez l’article suiv. Article de M. le Chev. de Jaucourt.

Doigt. (Chirurg.) Les doigts sont sujets à quelques difformités de naissance, & pendant le cours de la vie à mille fâcheux accidens.

Les deux principaux défauts de conformation des doigts sont d’être doubles ou unis ensemble.

Les doigts surnuméraires ne sont presque jamais aussi-bien formés que les autres. Ils sont presque toûjours inutiles ou incommodes ; ils sont communément placés en-dehors de la main ou du pié, proche le petit doigt ; ils n’ont pour l’ordinaire point d’os, & quelquefois point d’ongles. Enfin ils sont comme des appendices charnues qui pendent à la main, & qui par conséquent demandent d’être extirpées ; comme l’opération s’en fait avec succès, tout concourt à la mettre en pratique. Alors, s’il se trouve quelque phalange osseuse ou cartilagineuse qui attache ces sortes de doigts fortement, on peut se servir d’une petite tenaille incisive pour couper le tout à la fois. Le pansement étant le même que celui des plaies simples, il est inutile de nous y arrêter. Passons à l’union des doigts contre nature.

Personne n’ignore qu’il arrive quelquefois que les orteils & les doigts des enfans nouveau-nés, ne sont point séparés, mais tiennent ensemble : ce qui se fait en deux manieres, ou par union, ou par agglutination. On appelle union, quand l’enfant venant au monde, a les doigts adhérens & comme collés les uns avec les autres, ou attachés ensemble par une membrane intermédiate en forme de patte d’oie. On appelle agglutination, lorsqu’après des ulceres ou quelque grande brûlure qui a dépouillé la main de sa peau, on laisse par négligence les doigts se coller & se joindre.

Comme une pareille cohésion défigure la main & cause plusieurs autres inconvéniens, le chirurgien doit la séparer avec le plus de dextérité qu’il lui est possible : il a deux moyens d’y réussir ; ou en coupant la tunique intermédiate, soit avec des ciseaux, soit avec le scalpel ; ou si les doigts tiennent ensemble, sans qu’il y ait de membrane, en les séparant les uns des autres avec un petit bistouri. Pour empêcher qu’ils ne se recollent durant la cure, il faut les envelopper séparément d’un doigtier, ou d’une petite bande de linge d’environ un travers de doigt de large, après l’avoir empregnée d’eau de chaux, d’esprit-de-vin, ou de quelque eau vulnéraire, jusqu’à ce que le malade soit parfaitement guéri.

Mais les vices de conformation sont peu de chose, si on les compare à la multitude des maux auxquels nos doigts sont exposés depuis la naissance. En effet ils peuvent être déjettés, luxés, courbés, coupés, fracturés, écrasés, gangrenés, gelés, cancérés, &c. Disons un mot de chacun de ces cas.

Le déjettement des doigts n’est pas communément dangereux ; les enfans se les défigurent ainsi assez souvent, en se les tiraillant pour les faire claquer. Cet amusement disloque les doigts, & les fait déjetter tantôt à droite, tantôt à gauche. Pour y remédier, il faut leur appliquer des lames de fer blanc enveloppées d’un linge, & les fixer par un bandage qui les tienne assujettis pendant quelque tems dans leur état naturel.

Les doigts de la main peuvent se luxer à chaque phalange, & en tout sens ; cependant cette luxation est aussi facile à découvrir qu’à réduire ; car comme les ligamens sont foibles, la graisse & les muscles peu épais, & les cavités des articulations superficielles, tout l’office du chirurgien se réduit à faire l’extension d’une main, & la réduction de l’autre, en y employant les bandages convenables.

Une main est très-défigurée par des doigts courbes & crochus ; outre que cela est fort incommode pour celui qui les porte, parce que ne pouvant pas les étendre, ni trop bien les employer, il se trouve dans l’impuissance de s’en servir dans beaucoup d’occasions : & là où il le peut, c’est toûjours de mauvaise grace. Cette difformité est presque ordinairement sans remede. On tâchera cependant, quand elle procede d’une anchilose dans les jointures, de l’amollir & de la traiter suivant les regles de l’art. Si la difformité vient d’une cicatrice mal faite qui empêche le doigt de se redresser, il faut le débrider, mettre ensuite deux petites éclisses droites, l’une dessus, l’autre dessous le doigt, qu’on maintiendra par un bandage, & qu’on serrera tous les jours un peu plus, jusqu’à ce que le doigt ait repris sa figure naturelle.

Si on s’étoit coupé un doigt avec un instrument tranchant, sans qu’il fût entierement séparé de la main, il faut, quelque considérable que soit la plaie, remettre le doigt dans son premier état, le panser, & le maintenir ; & quand même la partie seroit presque séparée de la main, ne tenant plus qu’à un filet, pourvû que la plaie soit oblique & récente, les habiles chirurgiens conseillent toûjours de remettre le doigt dans sa situation naturelle, de l’y retenir avec un emplâtre, & d’essayer de le réunir peu-à-peu ; car il vaut encore mieux tenter la réunion des parties par ce moyen, quoiqu’elle réussisse peu souvent, que de couper par impatience le doigt qu’on eût pû sauver.

Lorsque les tendons extenseurs des doigts ont été coupés transversalement, les doigts perdent leur action, & le blessé ne peut les étendre. En ce cas quelques chirurgiens proposent de réunir les tendons divisés, au moyen de la suture enchevillée ; mais cette espece de suture abandonnée par nos ancêtres, & renouvellée par feu M. Bienaise, est aujourd’hui pratiquée très-rarement. Presque tous les modernes la regardent comme dangereuse & inutile. En effet la section en partie du tendon est suivie d’ordinaire d’accidens très-funestes, & qu’on ne fait cesser qu’en divisant totalement le tendon. Outre cela, les tendons servent à tirer une partie mobile qu’on peut mettre & maintenir dans une extension qui rapproche les parties divisées, & en procure la réunion. Pour faciliter le succès de cette pratique, à l’égard des extenseurs des doigts des mains, on se sert d’une machine de fer blanc composée d’une espece de gouttiere dans laquelle on pose l’avant-bras, & d’une plaque qu’on ajuste à la gouttiere par le moyen d’une charniere & d’une goupille. Cette derniere piece, qui est mobile, peut former avec la gouttiere un angle plus ou moins mousse, selon qu’il est nécessaire pour mettre la main, dont on applique le plat sur elle en une extension plus ou moins grande. On soûtient cette piece par deux crochets qui y sont attachés, & deux cremailleres soudées à la gouttiere. M. Petit a inventé cette machine, & en a donné la figure.

Le but principal que doit avoir le chirurgien, quand il y a un ou plusieurs doigts de fracturés, est de rétablir dans leur situation les parties qui sont déplacées, & d’y faire ensuite un bandage, suivant les regles de l’art, avec un ruban étroit ; mais quand par malheur la collision des doigts jointe au sphacele, est si considérable, qu’ils ne tiennent plus à la main, il faut les séparer tout-à-fait avec le bistouri ou avec les ciseaux ; car il vaut mieux prendre alors tout d’un coup le parti de l’amputation, que de fatiguer le malade par une cure pénible, qui n’aura point de succès : d’ailleurs la gangrene ne permet pas de différer l’opération.

Il est bien rare qu’il y ait à un des doigts une plaie d’armes-à-feu, sans que ce doigt soit emporté en partie ; il faut cependant tâcher de le conserver encore à cause de la nécessité dont il est à l’homme ; & comme de telles blessures sont souvent accompagnées d’inflammation & d’abcès, qui s’étendent jusques dans la main, & même dans l’avant-bras, on préviendra ces accidens, autant qu’il est possible, par des incisions, par des contre-ouvertures, par le régime, par les saignées, & par les topiques d’usage. A l’égard des plaies qui peuvent être faites à la premiere phalange du pouce, comme elles different de celles des autres doigts, à cause des gros muscles qui recouvrent cette premiere phalange, je remarque en passant qu’elles sont de la nature de toutes les plaies faites dans les parties où les os sont recouverts de beaucoup de muscles, & qu’elles demandent les mêmes secours de la part du chirurgien.

Dans l’écrasement des doigts, la premiere attention sera de conserver & la main & les doigts, & de ne les couper qu’à la derniere extrémité ; car s’il reste encore quelque artere pour y porter la vie, & quelque veine pour entretenir la circulation du sang, il faut en différer l’extirpation. On tâchera de les garantir de la gangrene, ou du moins d’en empêcher le progrès par des fomentations de quelque liqueur spiritueuse & résolutive ; d’heureux succès les plus inespérés ont confirmé cette méthode. Mais supposé qu’on ne voie plus d’espérance de rétablir dans leur premier état les doigts qui ont été écrasés ; supposé qu’ils soient entierement mortifiés, leur amputation devient nécessaire.

Enfin elle l’est malheureusement, 1° quand l’un des doigts est cancéré ; 2° quand la carie s’y porte, parce que son sentiment a été perdu par une forte gelée qui a étouffé la chaleur naturelle, & qu’on a tenté vainement de rappeller ; 3° quand ce sentiment est encore éteint par un sphacele confirmé. Dans ces cas desespérés, l’extirpation n’est plus douteuse ; elle se fait de trois manieres, 1° avec des ciseaux pour des enfans, 2° avec le ciseau & le maillet, 3° avec le bistouri, en laissant assez de peau pour recouvrir l’os. Après l’amputation, on applique sur la plaie de la charpie & des compresses, & l’on assûre le tout avec une bande roulée.

Pour ce qui concerne l’abcès qui vient à l’extrémité des doigts, & que les medecins nomment panaris (voyez Panaris), c’est un mal très-commun, très-douloureux, fort compliqué, dont conséquemment il importe beaucoup d’indiquer les différentes especes, & leurs remedes. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Doigt, en Astronomie, est la douzieme partie du diametre apparent du Soleil ou de la Lune. Chaque doigt se divise en soixante minutes. On dit dans les éclipses de Lune ou de Soleil, qu’il y a tant de doigts d’éclipsés, & ces doigts éclipsés s’appellent doigts écliptiques, digiti ecliptici. Voyez Eclipse. (O)

Doigt, (Hist. anc.) pris comme mesure parmi les Hébreux, qui l’appelloient esbah, contenoit un de pouce. Il y avoit quatre doigts dans le palme, & six palmes dans la coudée. Voyez Coudée. (G)

Doigt, (Commerce.) se prend pour une des mesures des longueurs : c’est la plus petite après la ligne ; elle contient quatre lignes, ce qui fait le tiers du pouce du roi. Voyez Pouce. Dict. du Comm. (G)

Doigt (travers de), est une mesure qui a la longueur de deux grains d’orge mis l’un au bout de l’autre, ou de quatre posés en travers. Voy. Mesure.

Doigt, (Horlogerie.) piece de la quadrature d’une montre ou d’une pendule à répétition : elle entre à quarré sur l’arbre de la grande roue de sonnerie, & sert à faire sonner les quarts, en ramenant la piece des quarts dans son repos. Voyez d, fig. 57. Pl. II. de l’Horlogerie. (T)

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Étymologie de « doigt »

De l’ancien français dei, doi, du latin populaire *dĭtus, altération du latin dĭgĭtus (« doigt »), issu d’une racine indo-européenne *deik (« montrer ») dont est issu index mais aussi juge. La graphie moderne est une fausse régression inspirée du latin classique.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Nivernais, det ; ital. dito, et, au féminin, dita ; du latin digitus, rattaché au radical sanscrit diç, montrer. Dans l'ancien français, à côté de doit, on trouve doie, au féminin, comme dita dans l'italien.

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Phonétique du mot « doigt »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
doigt dwa

Évolution historique de l’usage du mot « doigt »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « doigt »

  • Deux yeux qui voient un beau cul, ne valent pas un doigt qui touche. De Professeur Choron
  • Quand le doigt ne sait où aller, il entre dans le nez. De Proverbe bété
  • On est bien forcé de croire au doigt de Dieu, quand on voit comme il se l'est mis dans l'œil. Germain Nouveau, Album Richepin, CaillerL'Album Richepin a été écrit en collaboration avec Jean Richepin et ses amis du groupe des Vivants : Ponchon, Bourget et Mercier
  • Les cinq doigts de la main ne sont pas tous égaux ! Frédéric Mistral, Mireille, VII Mirèio, VII
  • Bague au doigt, corde au cou. De Proverbe québécois
  • Le doigt de Dieu se fourre partout. De Gustave Flaubert / Dictionnaire des idées reçues
  • Alliance au doigt : on est un pigeon bagué. De André Birabeau
  • Le clocher est un doigt qui nous montre le ciel. De Proverbe allemand
  • Ils te montrent la lune et tu regardes le doigt. De Proverbe foulfouldé
  • Un seul doigt ne peut attraper les puces. De Proverbe créole
  • Une alliance ne protège qu'un seul doigt. De Groucho Marx
  • Ne montrez personne du doigt. Quand vous le faites, vous dirigez un doigt contre l'autre et trois contre vous. De Archie Fire Lame Deer
  • Mettre à l'index, c'est montrer du doigt. De Anonyme
  • Donne le doigt au Diable et il voudra toute la main. De Proverbe russe
  • Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. De Proverbe chinois
  • Le soir même, neuf colistiers du maire tout juste élu, Philippe Maréchal (sans étiquette, également coiffeur du village), se retrouvent chez l’une d’entre eux, Angie Monribot, pour fêter leur succès. On ouvre une bouteille, les têtes tournent et finissent par se retrouver sur Facebook, dans un cliché mémorable : l’ensemble des participants adressant, hilares, de fiers doigts d’honneur. Une vidéo de six minutes aurait aussi été brièvement publiée sur les réseaux sociaux, dans laquelle certains se lâchent davantage : «C’est qui le patron ? C’est qui le patron ? On va vous en faire chier pendant six ans.» Libération.fr, Dans l'Oise, des élus pointés du doigt d'honneur - Libération
  • Voilà au moins une utilité au mode panoramique de l'appareil photo de l'iPhone ! Avec un peu d'entraînement, vous pourrez augmenter démesurément la longueur de n'importe quel objet en le maintenant devant le capteur de l'appareil. L'effet demande un peu d'entraînement, mais c'est rigolo et ça marche pour autre chose que les doigts (je vous vois 👀 les coquinous 🍆) : banane, citron, du beurre… Voici un exemple saisissant avec un hot-dog : MacGeneration, 👉 Quand le mode panoramique tire sur le doigt 👈 | MacGeneration
  • Technologie : Une nouvelle étude pointe du doigt le rôle de la Corée du Nord dans le lancement de nombreuses campagnes de piratage de données bancaires. ZDNet France, Vol de données bancaires : la Corée du Nord pointée du doigt - ZDNet
  • Ce rapport consciemment construit est appelé «rationalité instrumentale». Cette réflexion, qui ne s’inscrit ni dans l’humanisme ni dans l’écologisme, se propose comme une monstration, un doigt-sur une situation inédite qui est le résultat d’un long processus qui commença avec la technologie lithique et continue avec l’industrie 4.0, et qui constitue, selon moi, un seul et même continuum. Toutefois, cet essai n’intervient pas pour vitupérer ce mode de pensée, en ce sens qu’il fait appel à révolutionner le monde, mais plutôt le questionner à propos de notre sujétion aux implications philosophiques et morales du libéralisme économique. El Watan, Un doigt-sur notre monde : Notes en marge de la Covid-19 (Première partie) | El Watan
  • On y voit une grande partie de la liste posant le majeur tendus, en forme de doigt d’honneur. Oise Hebdo, Balagny-sur-Thérain. les doigts d’honneur des nouveaux élus font scandale - Oise Hebdo

Images d'illustration du mot « doigt »

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Traductions du mot « doigt »

Langue Traduction
Anglais finger
Espagnol dedo
Italien dito
Allemand finger
Chinois 手指
Arabe اصبع اليد
Portugais dedo
Russe палец
Japonais
Basque hatz
Corse ditu
Source : Google Translate API

Synonymes de « doigt »

Source : synonymes de doigt sur lebonsynonyme.fr
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