Piquer : définition de piquer


Piquer : définition du Wiktionnaire

Verbe

piquer \pi.ke\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se piquer)

  1. Percer, entamer légèrement avec quelque chose de pointu. Enfoncer, faire pénétrer une pointe.
    • Je m’apprête, pour descendre à table. J’endosse un gilet de fantaisie, un vêtement sombre. Je pique une perle à ma cravate. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Je me suis piqué le doigt avec une écharde.
    • Piquer quelqu’un jusqu’au sang.
  2. Faire de petits trous, à l’aide d’aiguilles.
    • Piquer un papier, du carton.
    • Piquer des épingles sur une pelote.
  3. (Par extension) (Couture) Coudre, unir, faire avec du fil ou de la soie, sur deux ou plusieurs étoffes mises l’une sur l’autre, des points qui les traversent et qui les unissent.
    • Piquer un couvre-pied.
    • Piquer des bottines, Unir par des points l’étoffe des bottines à leur cuir.
    • Piquer un collet d’habit, des poignets de chemise, etc., y faire des points et arrière-points symétriques pour les orner.
    • Piquer à la machine, piquer des étoffes à l’aide d’une machine à coudre.
    • « Aujourd’hui, disait maman, nous irons chez Mlle Mariette piquer ton tablier. » — (Marcel Arland, Terre natale, 1938, réédition Le Livre de Poche, page 100)
    1. S’emploie encore en des sens analogues dans plusieurs termes d’arts, de métiers, de jeux, etc.
      • Piquer une pierre, un moellon, une meule, etc., les rendre rugueux, en y faisant de petits enfoncements avec le côté pointu du marteau.
  4. Mordre, darder en parlant des serpents, de la vermine, des insectes.
    • Être piqué par un serpent.
    • Être piqué par un moustique, par une guêpe.
    • Les mouches piquent les chevaux.
  5. (Par extension) (Familier) : être follement épris ; avoir l'esprit exalté ou dérangé. (C'est à dire avoir été piqué par une tarentule qui était censée par sa piqûre provoquer la folie, l'exaltation.)
    • Ce gars ne sait plus ce qu'il dit, il est piqué !
    • Et je dis pour m'expliquer À la belle dont je suis piqué. (Du film La Belle Équipe ; chanson : Qu'est-ce que tu dis d'ça de Maurice Yvain et Louis Poterat).
  6. Se dit également des insectes qui entament le bois, les étoffes, etc.
    • Les miles, les vers ont piqué ce manteau.
    • Ce livre est piqué des vers.
  7. (Maréchal) Clouter.
    • Piquer un cheval, lui faire entrer la pointe du clou jusqu’à la chair vive, en le ferrant.
  8. (Équitation) Éperonner un cheval pour le pousser au galop.
    • Piquer un cheval et, absolument, piquer.
    • Piquer des deux, faire sentir les deux éperons à un cheval afin d’accélérer sa marche.
    • Piquer un galop.
    • Ils piquèrent droit, au petit trot, et ils arrivaient sur l’aire quand la porte s’ouvrit. — (Jean Giono, Le hussard sur le toit, 1951, réédition Folio Plus, page 352)
  9. (Familier) Plonger, tomber.
    • Piquer une tête, se jeter, tomber la tête la première.
    • Il a piqué la tête la première.
    • J’ai failli piquer une tête du haut du mur.
    • Sur une petite plate-forme, les nageurs se pressent pour piquer leur tête. — (Guy de Maupassant , La femme de Paul, dans La maison Tellier, 1891, réédition Le Livre de Poche, page 226)
  10. (En particulier) (Aéronautique) Descendre brusquement.
    • L’avion revient vers nous, plane un moment sur nos têtes, glisse, remonte et, dans une dernière caracole, pique vers son hangar. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, pages 203-204)
  11. (Marine) Aller à l’encontre du vent.
    • Piquer au vent.
  12. Larder.
    • Piquer de gros lard un morceau de bœuf, Le larder avec de gros lardons.
  13. (Billard) Frapper perpendiculairement.
    • Piquer la bille.
  14. (Musique) Détacher une note.
    • Piquer une note.
  15. (Par extension) Sonner.
    • La cloche venait de « piquer » 19 heures, et nous descendions dîner quand le cri « un ours! » nous rappela sur le pont. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  16. Picoter la langue.
    • Ce vin pique agréablement.
    • Ce fromage pique.
  17. (Figuré) Faire une vive impression.
    • Il n’y a rien dans cet ouvrage, dans ce style qui pique et qui réveille.
    • Il y a dans la physionomie de cette femme je ne sais quoi qui pique et qui attire.
    • Piquer la curiosité de quelqu’un, Inspirer un vif désir de connaître.
  18. Fâcher, irriter, froisser la susceptibilité ou la légitime fierté de quelqu’un, mettre en colère.
    • Ce discours l’a piqué au vif.
    • La moindre chose le pique.
    • Il dit souvent des choses qui piquent.
  19. (Élevage) Euthanasier (en parlant d’un animal domestique).
  20. (Familier) Emprunter, prendre ou voler quelque chose.
    • Dès huit heures du matin, on se pressait dans le métro en bourrant tous les Parisiens maussades à l'idée d'aller au travail pour leur piquer les places assises. Parfois, on s'asseyait sur les strapontins […]. — (Alexandra Varrin, J'ai décidé de m'en foutre, Éditions Léo Scheer, 2015)
    • Je l'ai invité à nous piquer nos bonnes idées. Il n'a pas dit non. — (Jean-François Lisée, Qui veut la peau du PQ?, éditions Carte blanche, 2019, p. 156)
  21. (Pronominal) Se percer légèrement la peau avec quelque chose de pointu.
  22. (Pronominal) Injecter de la morphine ou de quelque autre substance analogue ; se droguer.
    • Il se pique.
  23. (Pronominal) (Familier) (Par ellipse) Se piquer le nez ; s’enivrer légèrement et habituellement.
  24. (Pronominal) Se gâter, en présentant d’ordinaire des trous ou des taches.
    • Ce bois se pique, ces étoffes se piquent, les vers s’y mettent.
    • Ce papier imprimé se pique, il commence à se gâter, faute d’avoir été étendu et séché.
    • Ces confitures se piquent, elles ont des taches de moisissure.
    • Une gravure, un livre qui se pique, où il se fait de petites taches d’humidité.
  25. (Pronominal) Aigrir, tourner au vinaigre.
    • Ce vin, cette boisson se pique, ce vin, cette boisson commence à s’aigrir.
  26. (Pronominal) (Figuré) Se sentir offensé, prendre en mauvaise part.
    • C’est un homme qui se pique du moindre mot qu’on lui dit.
    • Il parle en homme piqué.
  27. (Pronominal) Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en tirer avantage, en faire profession.
    • Il faut avouer que les jansénistes, qui ne se sont jamais piqués d’être fins, l’ont été dans ces derniers temps bien plus qu’ils ne pensaient, et que les jésuites, qui se piquent de l’être beaucoup, ne l’ont été guère. — (Jean le Rond d’Alembert, La Suppression des jésuites (éd. populaire abrégée), Édouard Cornély, 1888)
    • Comment le savez-vous ? lui demandai-je vexé, car je me pique de parler très purement l’espagnol. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Les gens qui se piquaient d’orthodoxie marxiste n'ont voulu ajouter rien d'essen­tiel à ce qu'avait écrit leur maître […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap. V, La grève générale politique, 1908, page 246)
  28. (Tauromachie) (Argot) Lors d’une corrida, achever un taureau d’un coup d’épée.
    • Le généreux picador rejeta bien loin cette exception si avantageuse pour lui. « Si madame et mes compagnons n’ont pas libre pratique, dit-il résolument, je ne piquerai pas ! » — (Prosper Mérimée, Lettres d’Espagne, 1832, rééd. Éditions Complexe, 1989, page 55)
  29. Toucher l’adversaire, dans un duel à l’arme blanche.
    • Ribadier. — Ah ! mais, permettez ! Non ! s’il n’y en a qu’un qui ait le droit de piquer, ce n’est plus un duel, c’est une opération chirurgicale. — (Georges Feydeau, Le Système Ribadier, 1892, acte II, scène 3)
  30. Donner des coups d’aiguillon à un animal de trait pour le forcer à avancer.
    • Il ne sera jamais bon à rien pour le travail de la terre ; mettez-le un peu devant la charrue à piquer les bœufs, vous verrez combien il durera.— (Hector Malot, Sans famille, 1878)
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Piquer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PIQUER. v. tr.
Percer, entamer légèrement avec quelque chose de pointu. Une épingle l'a piqué. Il y a des épines qui piquent fort. Piquer quelqu'un jusqu'au sang. Je me suis piqué. Je me suis piqué le doigt. Piquer un papier, Y faire de petits trous.

PIQUER se dit aussi des Serpents, de la vermine, des insectes qui mordent, qui entament la peau. Être piqué par un serpent. Être piqué par un moustique, par une guêpe. Les mouches piquent les chevaux. Fig. et fam., Quelle mouche le pique, l'a piqué? se dit d'un Homme qui se fâche, qui s'est fâché sans sujet apparent.

PIQUER se dit également des Insectes qui entament le bois, les étoffes, etc. Les miles, les vers ont piqué ce manteau. Ce livre est piqué des vers. Fig. et fam., Voilà qui n'est pas piqué des vers, Cela n'est pas mauvais, cela a du mérite. En termes de Maréchal, Piquer un cheval, Lui faire entrer la pointe du clou jusqu'à la chair vive, en le ferrant. En termes de Manège, Piquer un cheval et, absolument, Piquer, Donner des éperons à un cheval et le pousser au galop. Il piqua son cheval, qui partit au galop. Piquer des deux, Faire sentir les deux éperons à un cheval afin d'accélérer sa marche. En termes d'Équitation, Piquer un galop.

PIQUER signifie aussi Enfoncer, faire pénétrer par la pointe. Piquer des épingles sur une pelote. Fam., Piquer une tête, Se jeter, tomber la tête la première. Il a piqué une tête dans l'eau. J'ai failli piquer une tête du haut du mur. En termes de Marine, Piquer au vent, Aller à l'encontre du vent.

PIQUER signifie aussi Faire avec du fil ou de la soie, sur deux ou plusieurs étoffes mises l'une sur l'autre, des points qui les traversent et qui les unissent. Piquer un couvre-pied. Piquer des bonnets. Piquer des bottines, Unir par des points l'étoffe des bottines à leur cuir. Piquer un collet d'habit, des poignets de chemise, etc., Y faire des points et arrière-points symétriques pour les orner. Piquer à la machine, Piquer des étoffes à l'aide d'une machine à coudre.

PIQUER s'emploie encore en des sens analogues dans plusieurs termes d'arts, de métiers, de jeux, etc. Piquer une pierre, un moellon, une meule, etc., Les rendre rugueux, en y faisant de petits enfoncements avec le côté pointu du marteau. Piquer de la viande, La larder avec de petits lardons. Veau piqué. Piquer de gros lard un morceau de bœuf, Le larder avec de gros lardons. Au jeu de Billard, Piquer la bille, La toucher presque perpendiculairement avec la queue. En termes de Musique, Piquer une note, Détacher une note. Note piquée, Note au-dessus de laquelle est marqué un point.

PIQUER se dit aussi des Choses qui affectent le goût de telle sorte que la langue semble en être piquée. Ce vin pique la langue agréablement, désagréablement. Ce fromage pique. Il se dit figurément des Choses qui font une impression vive et agréable. Il n'y a rien dans cet ouvrage, dans ce style qui pique et qui réveille. Il y a dans la physionomie de cette femme je ne sais quoi qui pique et qui attire. Piquer la curiosité de quelqu'un, Inspirer un vif désir de connaître.

PIQUER signifie aussi Fâcher, irriter, froisser la susceptibilité ou la légitime fierté de quelqu'un, mettre en colère. Ce discours l'a piqué, l'a piqué au vif, jusqu'au vif. La moindre chose le pique. Il dit souvent des choses qui piquent. Il se dit pour Faire des injections de morphine ou de quelque autre substance analogue. Il se pique à la morphine. Fig. et fam., Se piquer le nez, S'enivrer légèrement et habituellement.

SE PIQUER se dit aussi de Certaines choses qui se gâtent en présentant d'ordinaire des trous ou des taches. Ce bois se pique, ces étoffes se piquent, Les vers s'y mettent. Ce papier imprimé se pique, Il commence à se gâter, faute d'avoir été étendu et séché. Ces confitures se piquent, Elles ont des taches de moisissure. Une gravure, un livre qui se pique, Où il se fait de petites taches d'humidité. Ce vin, cette boisson se pique, Ce vin, cette boisson commence à s'aigrir.

SE PIQUER signifie, au figuré, Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. C'est un homme qui se pique du moindre mot qu'on lui dit. Il parle en homme piqué. Il signifie aussi Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en tirer avantage, en faire profession. Il se pique de bien écrire, de bien parler, etc. Il se pique d'être toujours bien renseigné. Il se pique de bonne éducation, de politesse raffinée. Se piquer d'honneur, Dans une certaine circonstance, exiger de soi-même une conduite que l'on juge conforme à l'honneur. Se piquer au jeu ou simplement Se piquer, S'opiniâtrer à jouer malgré la perte. Fig. et fam., Se piquer au jeu, être piqué au jeu se dit d'une Personne qui veut venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles qu'elle y trouve, ou même d'autant plus vivement qu'elle y trouve plus d'obstacles. Le participe passé s'emploie aussi adjectivement. Poulet piqué, Poulet lardé.

PIQUÉ se dit aussi familièrement de Quelqu'un qui a le cerveau un peu dérangé. Il est un peu piqué.

Piquer : définition du Littré (1872-1877)

PIQUER (pi-ké), je piquais, nous piquions, vous piquiez ; que je pique, que nous piquions, que vous piquiez v. a.

Résumé

  • 1° Entamer légèrement avec quelque chose de pointu.
  • 2° Percer la peau avec la lancette.
  • 3° Se dit des serpents, des insectes.
  • 4° Entamer les étoffes, le bois, en parlant d'insectes, de vers.
  • 5° Piquer un cheval.
  • 6° Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier.
  • 7° Piquer une pierre.
  • 8° Piquer un dessin
  • 9° Piquer, en charpenterie en marine, en serrurerie
  • 10° Frotter, polir.
  • 11° Ajouter un robinet à une conduite d'eau.
  • 12° En cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient.
  • 13° Au billard, piquer la bille.
  • 14° À la natation, piquer une tête.
  • 15° Piquer les tables, les assiettes, vivre en parasite. Piquer le coffre, le tabouret, l'escabelle.
  • 16° Marquer ceux qui manquent à un appel.
  • 17° En parlant des mets, avoir un goût fort.
  • 18° Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre.
  • 19° Fig. Exciter, réveiller, animer.
  • 20° Faire naître un sentiment d'amour.
  • 21° Faire une impression vive et agréable.
  • 22° Frapper d'un trait satirique.
  • 23° Fâcher, irriter, mettre en colère.
  • 24° V. n. Piquer, en fauconnerie, en vénerie.
  • 25° En marine, piquer au vent.
  • 26° Au jeu, piquer sur.
  • 27° V. réfl. Se piquer, s'entamer avec un corps pointu.
  • 28° Devenir percé de petits trous, en parlant d'étoffes, de livres, etc.
  • 29° Commencer à s'aigrir.
  • 30° Fig. Se prendre d'amour.
  • 31° Se vanter de, avoir des prétentions à.
  • 32° S'affliger.
  • 33° Se sentir offensé.
  • 1Entamer légèrement avec quelque chose de pointu. Il se piquait un doigt toutes les fois qu'il écrivait à cette princesse, et ne lui écrivait jamais que de son sang, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 292, dans POUGENS. Il [le tangaras] se nourrit de fruits, et pique les bananes et les goyaves, qu'il détruit en grande quantité, Buffon, Ois. t. VII, p. 388.

    Absolument. Le bon sens et l'expérience nous assurent que le meilleur moyen pour n'être point blessé par la douleur d'une piqûre, c'est qu'il ne faut point se piquer ; mais les stoïciens disent : Piquez, et je vais, par la force de mon esprit et par le secours de ma philosophie…, Malebranche, Rech. vér. v, 2.

    Piquer un papier, y faire de petits trous.

    Il ne sent rien quand on le pique, se dit d'un ladre ou lépreux dont la peau est insensible, et fig. de celui qui est insensible aux affronts.

    Fig. Elle mit une haie d'épines autour de ses oreilles, pour arrêter et pour piquer les médisants, Fléchier, Dauphine.

    Terme de pêche. Piquer un poisson, donner à l'hameçon une secousse plus ou moins forte, pour le faire entrer dans les chairs du poisson, quand on sent que la proie mord.

    Synonyme de harponner.

    En termes de marine, piquer un homme, le frapper avec un bout de corde.

  • 2Se dit du chirurgien qui perce la peau avec la lancette pour saigner. Je me regarde saigner, je tiens moi-même la lumière, ce qui est fort simple, et je ne puis, sans quelque peine, voir piquer une autre personne, Genlis, Veillées du château t. I, p. 136, dans POUGENS.

    Piquer l'artère, piquer le tendon, se dit de la lésion de ces organes faite par la lancette en saignant.

  • 3Il se dit aussi des serpents, des insectes. Une vipère le piqua au pied. Son corps nu, exposé au soleil, fut bientôt couvert et piqué de mouches et de moucherons, Scarron, Rom. com. II, 16. Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie, Boileau, Lutr. I.

    Absolument. Tous venins y mourront comme aux temps de nos pères, Et mêmes les vipères Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas, Malherbe, VI, 6.

    Fig. On ne sait quelle mouche le pique, on ne sait point le sujet de sa colère, de son dépit. On ne sait bien souvent quelle mouche le pique, Boileau, Sat. IX.

  • 4Il se dit des entamures que certains insectes font aux étoffes, aux bois. Les teignes, les vers ont piqué cet habit, ces livres.
  • 5 Terme de maréchalerie. Piquer un cheval, lui faire entrer, en le ferrant, la pointe d'un clou jusqu'à la chair vive.

    Terme de manége. Piquer un cheval, ou, absolument, piquer, donner de l'éperon à un cheval, et le pousser au galop. Il ne songea donc plus qu'à piquer sa bête qui n'était pas fort bonne, Scarron, Rom. com. II, 13. Malgré les fâcheuses circonstances de son État, Sa Majesté Britannique ne laissait pas d'aller courageusement à la chasse avec Monseigneur, et piquait comme eût pu faire un homme de vingt ans qui n'a d'autre souci que celui de se divertir, La Fayette, Mém. cour de France, Œuv. t. II, p. 408, dans POUGENS. Ils virent paraître du côté de Valence quatre ou cinq cavaliers qui piquaient à outrance, Lesage, Diable boit ch. 13.

    Ce cavalier pique bien, il pousse vigoureusement son cheval au galop

    Piquer des deux, donner des deux éperons à la fois, et, par conséquent, donner vigoureusement de l'éperon pour accélérer sa marche. Tantôt piquant des deux, tantôt marchant à petits pas, Rousseau, Ém. v.

    Fig. Piquer des deux, faire grande diligence. C'est une affaire où il faut piquer des deux.

    Familièrement. Piquer la mazette, monter un mauvais cheval. Depuis huit jours entiers avec vos longues traites Nous sommes à piquer des chiennes de mazettes, Molière, Sgan. 7.

    Terme de chasse. Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le fort du bois.

  • 6Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier, dont le second point entre dans le trou fait par le premier et ainsi de suite, de façon qu'il n'y a point d'intervalle entre les points.

    Piquer un collet d'habit, des poignets de chemises, y faire des points et des arrière-points symétriques pour les orner.

    Piquer du taffetas, du tabis, le percer et le figurer avec un petit fer.

    Terme de cordonnier. Faire des rangs de points tout autour de la première semelle. Le cordonnier pique aussi les bordures des souliers, l'étoffe des bottines à leur cuir.

    Terme de tapissier. Fixer le crin avec la toile de rembourrure pour former le fond et le dossier d'un siége.

  • 7 Terme de maçonnerie. Piquer une pierre, la rendre raboteuse, en y faisant de petits trous avec un marteau. Tout s'est borné à des préparatifs, et à piquer à coups de marteaux de grandes pierres de roche, qui, à mon gré, ne conviennent point du tout à une maison de campagne, Voltaire, Lett. Mme de St-Julien, 14 déc. 1775.
  • 8 Terme de beaux-arts. Piquer un dessin, en suivre les contours en piquant légèrement, de manière à former un poncis.

    Rehausser les parties claires par des touches de crayon blanc, ou avec du blanc détrempé dans de l'eau de gomme.

  • 9 Terme de charpentier. Marquer avec le traceret sur une pièce de bois l'ouvrage qu'il faut y faire.

    Terme de marine. Piquer une pièce de bois, la brocheter.

    Terme de serrurier. Piquer une serrure, tracer avec une pointe sur le palastre l'endroit où doivent répondre les différentes parties qui, par leur assemblage, forment la serrure.

  • 10Frotter la surface d'une glace avec une autre glace, en introduisant entre elles de l'émeri humecté d'eau.

    Terme de marbrier. Polir une pièce de marbrerie en frottant sa surface avec un bouchon de linge fin humecté d'eau, sous lequel on met du plomb en limaille, ou de l'émeri, ou bien encore de la boue de lapidaire.

  • 11 Terme de fontainier. Ajouter un robinet sur une conduite.
  • 12 En termes de cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient. Piquer des oignons de clous de girofle.

    Piquer de la viande, la larder. Il y a les Hébreux qui ne vous donneront jamais de boudin ni de lard… ils aimeraient mieux mourir que de piquer un poulet, Voltaire, Dial. 16.

    Piquer de gros lard un morceau de bœuf, le larder avec de gros lardons.

    Piquer menu, piquer avec des lardons fins. Nous trouvâmes qu'il fallait qu'ils fussent pour le moins trois cents piqueurs pour piquer menu, Sévigné, 68.

  • 13 Terme de billard. Piquer la bille, la toucher presque perpendiculairement avec la queue.
  • 14Piquer une tête, s'élancer dans l'eau la tête la première, ou y tomber la tête la première.
  • 15 Fig. Piquer les tables, les assiettes, et, plus ordinairement, piquer l'assiette, courir après les dîners, vivre en parasite.

    Substantivement. Un pique-assiette, un parasite.

    Fig. Piquer le coffre, piquer le tabouret, se disait de celui qui, chez le roi ou chez un grand, attendait dans une antichambre, assis sur un coffre.

    Piquer l'escabelle, en parlant d'un jeune homme, travailler dans les études des notaires ou des avoués (locution peu usitée).

  • 16 Fig. Piquer les absents, marquer ceux qui manquent à leur poste, à un appel. Le sous-chef donnait au chef le nom des absents, et, dans l'instant où le travail commençait, sans faire d'appel, tous les absents étaient notés et piqués, Forfait, Instit. Mém. scienc. t. v, p. 287.

    Piquer des ouvriers, veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps.

    Terme de marine. Piquer l'heure, toucher, avec le battant d'une cloche, un certain nombre de fois déterminé par l'usage, la paroi intérieure de cette cloche, pour annoncer l'heure. À bord des bâtiments français, on a l'habitude de piquer l'heure toutes les trente minutes, Jal

  • 17 Fig. En parlant des mets, avoir un goût fort, faire une vive impression. Ce vin pique la langue.

    Absolument. Ce fromage pique.

    Il se dit absolument aussi du poisson qui n'est plus frais et qui affecte désagréablement le goût. Cette alose pique.

  • 18 Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre. Son histoire m'a remué tout l'esprit et piqué tout ce qu'il a de sensible, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 7. Le blâme piquait au vif les cœurs généreux et retenait les plus faibles dans le devoir, Bossuet, Hist III, 6. Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage : en nous dégoûtant, elles nous purifient ; en nous piquant, elles nous guérissent, Massillon, Carême, Dégoûts. Piquer de…, faire éprouver un certain sentiment. Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance, …Et suis trop au-dessus de cette indignité Pour te vouloir piquer de générosité, Corneille, Héracl. III, 2. Ils [les Juifs] m'ont, dit-il [Jéhovah], piqué de jalousie, en adorant ceux qui n'étaient pas dieux, Bossuet, 2e sermon, profession, 3.

    Piquer d'honneur, exciter une personne à quelque chose, en lui représentant qu'elle a du cœur et de l'honneur. Le connétable de Montmorency aida à me tromper : il me persuada qu'il fallait vous piquer d'honneur, en vous laissant passer sans condition, Fénelon, Dial. des morts mod. (Charles V, François Ier)

  • 19 Fig. Exciter, réveiller, animer. Un brûlant aiguillon lui pique le courage, Régnier, Épît. I. Cette immortalité où ils aspiraient, et dont l'espérance les piquait, les encourageait, les emportait au travers de tous les obstacles, Bourdaloue, Serm. pour la Toussaint, III. Voilà comment s'expliquaient autrefois les prophètes pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toute divine dont ils tâchaient de les piquer, Bourdaloue, Serm. pour le dim. octave de la Passion, II. La peine doit être aussi légère qu'il est possible, mais accompagnée de toutes les circonstances qui peuvent piquer l'enfant de honte et de remords, Fénelon, Éduc. des filles, v. Il [Cambyse] le prit [Polycrate] par ce double appât, en piquant par la même offre et son avarice et son ambition, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. II, p. 331. Des marques d'honneur et de justes récompenses attachées au mérite piquent et réveillent l'industrie, Rollin, Traité des Ét. VI, II, 1.

    Piquer la curiosité de quelqu'un, rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose. Je ne m'amuserai point à dire que j'ai choisi, dans toute la philosophie, la matière la plus capable de piquer la curiosité ; il semble que rien ne devrait nous intéresser davantage, que de savoir comment est fait ce monde que nous habitons, Fontenelle, Mondes, Préf.

  • 20 Fig. Faire naître un sentiment d'amour, une passion. Ce penser… Du trait de sa beauté me pique jour et nuit, Régnier, Plainte. …les âmes… S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer, Corneille, Rodog. I, 7. …Elle-même est l'objet qui le pique, Th. Corneille, Berger extravag. I, 4.
  • 21 Fig. Faire une impression vive et agréable. Les plaisirs défendus n'auront rien qui vous pique, La Fontaine, Coupe. Ils essayent de tout : rien ne les pique, Massillon, Pet. carême, Malh.

    Absolument. La physionomie de cette femme pique et attire. C'est la plus divine lettre du monde ; il n'y a rien qui ne pique et qui ne soit salé, Sévigné, 19 juill. 1675. La vie de sérail est une vie unie qui ne pique pas, Montesquieu, Lett. pers. 34.

  • 22 Fig. Frapper d'un trait satirique. D'un ris et de ces mots elle m'alla piquant…, Régnier, Élég. IV. M. Jurieu… en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat, Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 66. Mais qu'on nous pique, même légèrement, mais qu'on nous rende un mauvais office ; c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte, Bourdaloue, Dim. Octave de l'Ascension, Dominic. t. II, p. 275.

    Absolument. C'est ce qui m'a contraint de librement écrire, Et, sans piquer au vif, me mettre à la satire, Régnier, Sat. I.

  • 23 Fig. Fâcher, irriter, mettre en colère. Et vous n'ignorez pas combien cela me pique, Corneille, le Ment. III, 1. Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique, Molière, l'Ét. II, 14. La déraison me pique, et le manque de bonne foi m'offense, Sévigné, 8 avr. 1671. Dites d'une femme mondaine, qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiez un commerce de galanterie, Bourdaloue, 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 326.

    Absolument. Un malheur continuel [au jeu] pique et offense, Sévigné, 9 mars 1672.

    Piquer au vif, causer une très vive irritation.

  • 24 V. n. Terme de fauconnerie. Piquer après la sonnette, suivre l'oiseau, qui porte en effet une sonnette.

    Terme de chasse. Piquer à la queue des chiens, les suivre d'assez près pour les aider et les faire manœuvrer. Le piqueur doit bien accompagner ses chiens, toujours piquer à côté d'eux, toujours les animer sans trop les presser, Buffon, Quadrup. t. II, p. 21.

  • 25 Terme de marine. Piquer au vent, même sens que pincer le vent.
  • 26Au jeu, piquer sur, commencer à prendre des points sur un adversaire qui a déjà une grande avance.
  • 27Se piquer, v. réfl. S'entamer avec un corps pointu. Il s'est piqué dans les ronces.

    Fig. Il est impossible de s'approcher d'eux [des gens mal gracieux] sans se piquer, Guez de Balzac, De la cour, 6e disc.

  • 28Il se dit de certaines choses, étoffes, livres, etc. que les vers percent de petits trous. Ce bois se pique. Ces étoffes se piquent.

    Par assimilation aux piqûres de vers, ce papier imprimé se pique, il jaunit, se tache.

  • 29Cette boisson se pique, elle commence à s'aigrir.
  • 30 Fig. Se prendre d'amour. Il se piqua pour certaine femelle De haut état…, La Fontaine, Magnif. S'il se fût piqué d'elle, La Fontaine, Court.
  • 31 Fig. Se vanter de, avoir des prétentions à. Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien, La Rochefoucauld, Max. 203. Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse, La Fontaine, Fabl. VI, 7. Parmi les animaux le chien se pique d'être Soigneux et fidèle à son maître, La Fontaine, ib. VIII, 25. On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes [hommes comme il faut] ; et ils ne se piquent jamais tant de savoir rien du reste, comme d'être honnêtes hommes, Pascal, Pens. VI, 32, éd. HAVET. Je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie, Sévigné, 125. Je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes que de se piquer de science ; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage, Bossuet, Déf. var. 1er disc. 62. Je ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé, Racine, Baj. I, 1. La plupart [des sophistes], comme Gorgias, se piquaient de satisfaire sur-le-champ à toutes les questions qu'on leur pouvait faire, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 386, dans POUGENS. Catinat avait dans l'esprit une application et une agilité qui le rendaient capable de tout, sans qu'il se piquât jamais de rien, Voltaire, Louis XIV, 16. Il se piquait de tout, et n'était bon à rien, Marmontel, Cont. mor. Heureusement.

    S'en piquer, avoir la prétention d'exceller en quelque chose. Eh comment diable ! je ne ferais pas mieux, moi qui m'en pique [de versifier], Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 6.

    Se piquer d'honneur, montrer dans quelque occasion plus de courage, plus de générosité, etc. qu'on n'a coutume d'en faire paraître. Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre, Corneille, le Ment. IV, 6.

    Se piquer d'honneur, signifie aussi tenir obstinément à ce qu'on a décidé. Le siége apostolique a cela de recommandable qu'il ne se pique pas d'honneur, et se porte volontiers à révoquer ce qu'on a tiré par surprise, Pascal, Prov. XVIII.

    Se piquer au jeu, ou, simplement, se piquer, s'opiniâtrer à jouer malgré la perte.

    Fig. Se piquer au jeu, persister dans une entreprise malgré les obstacles, s'y opiniâtrer.

  • 32 Fig. S'affliger (vieilli en ce sens). Après tout, entre nous, confesse franchement Qu'une fille en ces lieux qui perd un frère unique, Jusques au désespoir fort rarement se pique, Corneille, Mél. IV, 10.

    Devenir plus cuisant, plus amer. Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret ; Par là mon désespoir davantage se pique, Corneille, la Gal. du Pal. III, 11.

  • 33 Fig. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. Ces gens à se piquer ardents, Régnier, Sat. x. Entre amis on ne va pas se piquer pour si peu de chose, Molière, Préc. 15.

HISTORIQUE

XIIIe s. Illec [là] les Turs nous assailloient de toutes pars ; une partie d'eulz entrerent en la meson deffete, et nous piquoient de leurs glaives par desus, Joinville, 225.

XVe s. Et ceux de dehors avoient fait chas et instrumens, par quoi on piquoit les murs, tout à couvert, Froissart, I, I, 155. Chascun qui puet [peut] prent, hape et pique, Pour avoir grant estat et mise, Deschamps, Poésies mss. f° 337. Le suppliant loua les jumens ou eques de Raymond, pour piquer ou batre son mil ou blé, Du Cange, picare. Au rapport qu'il fit, il estoit fort malade, et, à la verité dire, aussi estoit-il bien piqué [amoureux], Louis XI, Nouv. XLVIII. L'autre se taisoit et piquoit son chemin [fuyait], Louis XI, ib. LXXXIV. Elle monta sur son cheval, et piqua fort, tant qu'ils eurent eslongé la place, Louis XI, ib. XCVIII.

XVIe s. Ces hommes satyriques font profession de mesdire et de picquer tout le monde, Amyot, Péric. 30. Le dit Luther demouroit piqué [arrêté] en sa doctrine, Sleidan, f. 4. Il fallut courir à l'escurie, où depuis trois semaines par prevoiance on avoit accoustumé de picquer des chevaux en une carriere ouverte, D'Aubigné, Hist. II, 187. Puis le fils ayant picqué près du pere pour avoir veu à son visage une esmotion non accoustumée, D'Aubigné, Mém. éd. LALANNE, p 5. On pique à pointe de marteau les meules de moulin, quand elles sont trop applanies, Paré, IV, 1. Un sachet de tafetas bien piqué, Paré, XXI, 2. Comme les tempestes se picquent contre l'orgueil de nos bastiments, Montaigne, I, 66. Sans se picquer [s'entêter] et opiniastrer à se convaincre…, Montaigne, I, 97. De quoy Plutarque se picque [se fâche] avec raison, Montaigne, I, 265. Il s'y affectionne, il s'y picque et s'y plaist [à cet exercice], Montaigne, II, 358. Trop piquer le cheval le fait restif, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PIQUER.
29Ajoutez :

Se piquer, s'altérer, se dit aussi en parlant de l'huile. Au bout d'une année, l'huile d'olive de Dalmatie se pique, suivant l'expression populaire, et n'est plus mangeable, Journ. offic. 3 fév. 1873, p. 791, 2e col.

34Locution populaire. Piquer un chien, dormir dans la journée sans être couché.

On attribue cette métaphore avec vraisemblance aux mendiants aveugles assis avec leur chien devant eux, qui auraient soin de tenir dirigée vers l'animal la pointe de leur bâton, afin que, s'ils viennent à s'endormir et dès lors à se pencher en avant, la pointe pique le chien, qui, en remuant, les réveille.

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Piquer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PIQUER, v. a. (Manufacture.) ce terme est d’un assez grand usage dans les manufactures & les communautés des arts & métiers.

Les tapissiers piquent des matelats, des couvertures ou courtepointes, des chantournés & des dedans & doublures de lits. Ils piquent aussi des matelats d’espace en espace avec une longue aiguille de fer, de la ficelle & des flocons de coton, pour les dresser & arrêter la laine entre les toiles ; ils piquent d’autres matelats avec de la soie & sur des desseins donnés par les dessinateurs pour leur servir d’ornement.

Les Tailleurs pour femmes piquent des corps de jupe & des corsets entre de la baleine pour les affermir.

Les Ceinturiers piquent des baudriers & ceinturons avec de la soie, de l’or & de l’argent pour les enrichir, &c.

Les faiseuses de bonnets les piquent, en y faisant avec l’aiguille plusieurs petits points quarrés en œil de perdrix ou autrement.

Piquer, v. act. (Charp. & Maçon.) piquer en Charpenterie, c’est marquer un piece de bois, pour la tailler & la façonner. Piquer en Maçonnerie, c’est rustiquer le parement ou les lits d’une pierre, c’est-à-dire que piquer signifie en fait de moilon le tailler grossierement ; on emploie le moilon piqué de la sorte aux voûtes de caves, aux puits & aux murs de clôture. Piquer signifie aussi faire sur les matériaux destinés à la construction extérieure les bâtimens, les petits points ou creux nécessaires pour leur servir d’ornement ; on pique de cette maniere la pierre de taille, le grès & le moilon particulierement pour l’ordre toscan. (D. J.)

Piquer, terme de Bourrelier, &c. qui signifie faire avec du fil blanc une espece de broderie sur différentes parties de harnois de chevaux de carosse. Ils se servent pour cela d’une alene plus fine que les autres, qu’ils appellent alène à piquer, & passent dans les trous du fil de Cologne en plusieurs doubles qu’ils frottent de cire.

Piquer, en terme de Cordonnier, c’est faire des rangs de points tout-autour de la premiere semelle d’un soulier. (D. J.)

Piquer la botte, (même métier.) c’est coudre avec du fil blanc le tour des talons couverts.

Piquer, terme de Découpeur, c’est enlever avec un fer quelque partie d’une étoffe, & y faire une quantité de petites mouchetures. On pique de cette maniere les satins, les taffetas, les draps & les cuirs, particulierement ceux qui sont parfumés, & dont on fait quelques ouvrages pour l’usage des dames, tels que sont des corps de jupe & de souliers. (D. J.)

Piquer, en terme d’Epinglier, c’est percer les papiers à distances égales & en plusieurs endroits pour y attacher les épingles ; ce qui se fait avec un poinçon qui a autant de pointes, c’est-à-dire vingt-cinq, que l’on veut percer de trous : le papier est ployé en quarrés doubles que l’outil perce à-la-fois. Voyez les fig. & les Pl. de l’Epinglier ; ce poinçon s’appelle quarteron.

Piquer, v. act. terme de Manege, c’est donner de l’éperon au cheval pour le faire aller plus vîte, courir ou galoper.

Piquer des deux, (Maréchallerie.) c’est la même chose qu’appuyer. Voyez Appuyer.

Piquer un cheval, en terme de Maréchal, c’est le blesser avec un clou en le ferrant.

On appelle selle à piquer une selle à troussequin, dans laquelle on est tellement engagé qu’on peut soutenir les secousses que donnent les sauteurs, lorsqu’on les pique avec le poinçon. Voyez Poinçon.

Piquer, en terme de Pâtissier, c’est faire de petits trous sur une piece pour lui donner plus belle apparence.

Piquer, en terme de Piqueur de tabatiere, c’est percer avec une aiguille la piece pour la garnir ensuite de clous d’or, d’argent, &c. Voyez Aiguille & Garnir.

Piquer les cartons, (Relieur.) c’est faire trois trous en triangle vis-à-vis chaque nerf ou ficelle auxquelles le livre est cousu. On pique avec un poinçon proportionné selon la grosseur des ficelles. On dit piquer le carton.

Piquer la viande, (Rotisseur.) ce mot signifie la larder proprement, & la couvrir entierement de petits lardons ou morceaux de lard, conduits également avec la lardoire.

Piquer, (Serrurerie.) c’est tracer les places où doivent être posées les pieces & garnitures d’une serrure.

Piquer, n’est autre chose en terme de Sucrerie, que de démonceler à coups de pique. Voyez Pique. Les matieres trop mastiquées dans le bac à sucre. Voyez Bac a sucre.

Piquer, (même Manufacture.) est une opération par laquelle on fait des trous dans toute l’étendue de la terre & qui en traversent toute l’épaisseur. Plus on fait de ces trous, plus la terre se nettoie aisément.

Piquer une futaille, (Tonnelier.) se dit de la petite ouverture que le tonnelier, le marchand de vin, ou le cabaretier y font avec le foret, pour essayer & goûter le vin, soit pour le vendre, soit pour le mettre en perce. (D. J.)

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Piquer : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « piquer » les plus populaires.

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Étymologie de « piquer »

Étymologie de piquer - Littré

Pic 1 ; prov. picar, pichar ; espagn. picar ; ital. piechiare ; angl. to pick ; allem. picken.

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Étymologie de piquer - Wiktionnaire

Dérivé de pic issu du latin picus (« pic-vert »).
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Phonétique du mot « piquer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
piquer pike play_arrow

Conjugaison du verbe « piquer »

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Citations contenant le mot « piquer »

  • À l'heure où il est plus agréable de manger dehors et de dormir les fenêtres ouvertes, une question revient : comment se fait-il que certains se fassent systématiquement piquer, tandis que d'autres semblent passer à travers ?  RTL.fr, Moustiques : pourquoi certains se font-ils plus piquer ?
  • Les partis politiques c’est quand même l’art d’occuper le pouvoir quel que soit le programme et de piquer les idées des autres pour les appliquer si on voit qu’elles marchent. De Brice Lalonde / Entretien avec Karl Zéro
  • Il n'y a pas moyen d'avoir de l'esprit sans être un peu méchant. La malice d'un bon mot est la pointe qui le fait piquer. De Shéridan / L'École de la médisance
  • Un moustique peut piquer et faire se cabrer un cheval, mais l'un demeure un insecte et l'autre est toujours un cheval. De Jules Renard
  • C’est très difficile de piquer son argent à quelqu’un qui en a vraiment beaucoup. En général, ça se fait plutôt par la force. De Philippe Jean / Politics
  • Une puce ne peut pas piquer une locomotive, mais elle peut rendre fou le machiniste. De Quino / Mafalda
  • Il faut se piquer d'être raisonnable, mais non pas d'avoir raison. De Joseph Joubert / Pensées

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Traductions du mot « piquer »

Langue Traduction
Corse sting
Basque sting
Japonais 刺す
Russe ужалить
Portugais picada
Arabe العقرب
Chinois
Allemand stachel
Italien puntura
Espagnol picadura
Anglais sting
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Synonymes de « piquer »

Source : synonymes de piquer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « piquer »


Mots similaires