Métier : définition de métier


Métier : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MÉTIER, subst. masc.

I.
A. − Activité manuelle ou mécanique nécessitant l'acquisition d'un savoir-faire, d'une pratique. Métiers du bois; du bâtiment; Conservatoire, École des Arts et Métiers. L' ennoblissement, n'étoit pour une famille que le passage de la condition privée à l'état public, puisque la famille renonçoit à exercer des professions domestiques, arts ou métiers, pour se dévouer exclusivement à la profession publique de juger et de combattre (Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 325).Comme nous remontions la grande rue, elle fourmillait de monde; les gens de boutiques et de métiers descendaient leurs escaliers en dehors (Erckm.-Chatr.Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 305).
HIST., fréq. au plur. Organisation réglementant une activité précise sous l'Ancien Régime, en particulier le savoir-faire, l'apprentissage, la hiérarchie, les droits et devoirs concernant les personnes exerçant cette activité. Synon. corps de métier.Registre des métiers; bannières des métiers; grands et petits métiers. Il n'y avait qu'à prendre exemple sur le fief; et c'est ainsi qu'en effet s'organisèrent peu à peu les métiers, comme des fiefs industriels et commerciaux (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 68).
B. − P. ext. Occupation, profession utile à la société, donnant des moyens d'existence à celui qui l'exerce. Synon. activité, fonction, gagne-pain, (fam.) boulot.Tout ce que Mme Jeannin réussit à trouver, après mille efforts, fut une place de professeur de piano dans un couvent, métier ingrat et ridiculement payé (Rolland, J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 869).Il est vrai que l'on choisit moins un métier qu'un genre de vie en rapport avec une histoire psychique personnelle (Mounier, Traité caract., 1946, p. 93):
1. Lui, était d'une intelligence très vive, très déliée, honnête même, ayant l'amour de son métier, grisé de sa toute-puissance, qui le faisait, dans son cabinet de juge, maître absolu de la liberté des autres. Zola, Bête hum., 1890, p. 73.
SYNT. Métier dangereux, ennuyeux, fatigant, honnête, indépendant, lucratif, qualifié, pénible; beau, bon, dur métier; (fam. ou pop.) foutu métier; le pire, le dernier des métiers; métier de chien, de cochon; métier manuel, intellectuel; les joies, les nécessités, les risques du métier; les jalousies, les roueries du métier; l'ABC, les ficelles, les secrets, les tours du métier; les métiers d'art, de la guerre, de la mer, de la terre; argot, jargon de métier; apprendre, exercer un métier; aimer, connaître, faire, savoir son métier; faire tous les métiers; chercher, prendre, trouver un métier; avoir un métier dans les mains; gâcher, gâter, lâcher, quitter le métier; être du métier; être rompu au métier; entrer dans le métier; parler métier.
P. anal. Rôle dévolu, activité propre à un animal, un inanimé. Et puis, c'était une lune voilée, brouillée, flasque, veule. Elle faisait quand même son métier de lune, elle tournait (Vogüé, Morts, 1899, p. 420).Ne lui faites pas de mal! C'est un bon chien et qui sait son métier! C'est lui qui nous aide à vivre par son travail (Claudel, Tobie et Sara, 1940, i, 4, p. 1235).
Locutions
Subst. (désignant une activité) + de son métier.Synon. de son état.Brunetto Latini, notaire de son métier, était érudit et subtil; de moeurs contre-nature, si l'on en croit Dante, qui d'ailleurs l'accable de respect (Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p. 215).Moi, je suis menuisier de mon métier. Oui, menuisier, monsieur, reprit-il comme le petit homme levait sur lui un regard plus attentif (Roy, Bonheur occas., 1945, p. 185).
Subst. + de/par métier.[P. oppos. à activité de loisir ou amateur, avec valeur d'adj.] Activité régulière dont on vit. Anton. amateur.Le docteur Lanze est non seulement un médecin par métier, il l'est encore et surtout, par passion (Gobineau, Pléiades, 1874, p. 65).Nous, soldats de métier, nous sommes soldats, quand il s'agit de nous imputer tant de fautes de guerre ou d'avant-guerre; nous sommes «nation armée», quand on veut trouver que ça n'a pas encore trop mal marché (Barrès, Cahiers, t. 11, 1917, p. 221):
2. Semblable au paysan qui fait sa tournée dans son domaine et qui prévoit, à mille signes, la marche du printemps, la menace du gel, l'annonce de la pluie, le pilote de métier, lui aussi, déchiffre des signes de neige, des signes de brume, des signes de nuit bienheureuse. Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 154.
Armée de métier. Armée régulière composée de militaires de profession. L'armée du Directoire, devenue une armée de métier, reprit, par cet afflux qui entraînait un nouvel amalgame, un peu du caractère populaire de celle de l'An II (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p. 533).
Expressions
(À) chacun son métier. Chacun doit faire ce qu'il a à faire. Moi, je ne m'occupe que de vous, de votre bien-être; c'est mon devoir. Que chacun fasse le sien... Chacun son métier, comme on dit (Scribe, Bertrand, 1833, ii, 2, p. 150).
Il n'y a pas de sot métier. Tout métier a son utilité. Y a pas de sots métiers et y a du bon monde dans tous les états... Mais vous êtes une personne rangée. Vous serez riche sur vos vieux jours (A. France, Crainquebille, 1905, p. 3).
C. − P. anal.
1. Occupation, activité permanente s'apparentant à un métier par son utilité sociale, le savoir-faire ou le mode d'existence qu'elle implique. L'influence de la religion se fit nettement sentir dans le sentiment élevé qu'il eut de son devoir, dans la manière admirable dont il allait exercer son métier de roi (...) et de roi chrétien (Grousset, Croisades, 1939, p. 112).Le métier de prêtre lui apparaissait comme le plus beau qui fût et il ne doutait pas de se rapprocher maintenant de la lumière qu'en secret il avait toujours cherchée, du bien qu'il avait désiré toujours (Queffélec, Recteur, 1944, p. 138).
2. Rôle social, intellectuel, politique joué dans la société. Le métier d'homme, de femme, de jeune fille. L'avidité consiste à ravir le bien d'autrui par violence ou par souplesse, comme dans les deux nobles métiers de conquérant et de courtisan (Destutt de Tr., Comment. Espr. des lois, 1807, p. 358).Il faut que je me mette à mon métier de père de famille, que je marie mon Hortense et que j'enterre le libertin (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 73).
Loc. adv. À ce métier. À ce genre d'existence, d'occupation. À ce métier-là, avec les visites à recevoir et à rendre, je n'aurais pas vu mon enfant de la journée et je n'aurais pas aperçu les Pyrénées (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 22).
3. Activité malhonnête, dégradante, exercée habituellement et réprouvée par la société. Métier de voleur, de proxénète. L'avocat général a déclaré aux jurés que de notoriété générale le témoin exerçait le métier de souteneur (Camus, Étranger, 1942, p. 1191).Le boiteux dessina quelque chose sur un bout de papier. «Voilà ce qu'il faut faire et se laisser faire dans le métier de courtisane» (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 269).
En partic. Le plus vieux métier du monde. La prostitution. Le «plus vieux métier du monde» existe aussi en Union soviétique, même s'il est officiellement dénoncé comme une «survivance du passé» et une tare «caractéristique du monde capitaliste» (Le Matin, 17 sept. 1981, p. 23, col. 4).
Loc. Faire métier de + subst. Tirer un profit malhonnête, immoral de quelque chose. Tous ces hommes qui font métier de funérailles (Picard, Avent. E. de Senneville, 1813, i, p.170).Elle avait une âme, elle souffrait de son état et de faire métier de son corps (Arnoux, Juif Errant, 1931, p.129).
Au fig. Faire métier et marchandise de. Tirer profit de l'exploitation malhonnête d'un sentiment, d'un idéal. Maudit soit, m'écriai-je, le premier qui s'est avisé de faire de l'horreur métier et marchandise! Maudit soit la nouvelle école poétique avec ses bourreaux et ses fantômes! (Janin, Âne mort, 1829, p. 87).Évitons de faire métier et marchandise des mystérieuses allégresses et des ineffables émotions de notre vie religieuse (Amiel, Journal, 1866, p. 128).
4. Manière d'être habituelle ou temporaire. Il se rend de là chez mon mari, et lui dit qu'il croit devoir l'avertir que je fais le métier de confidente, de complaisante, et que j'ai favorisé les amours de sa femme (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p.1772).Les hommes, maintenant, penchent vers Geneviève leurs plastrons blancs et font leur métier de séducteurs, comme si l'on gagnait la femme avec des idées (Saint-Exup., Courr. Sud, 1928, p. 23):
3. Ce monsieur Ganguernet, est de Pamiers, où, jusqu'à présent, il a toujours vécu. Il sait tous les tours de son métier de farceur. Il est fort habile à attacher un morceau de viande à la chaîne des sonnettes de porte-cochère, afin que tous les chiens errants de la ville viennent sauter après ce morceau de viande, et éveillent les domestiques dix fois dans la nuit. Soulié, Mém. diable, t. 2, 1837, p. 34.
Loc. Faire métier de + inf. S'appliquer à, s'adonner à. Telle fut l'origine des magiciens, des prêtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, des augures et des oracles interpretes de ses secrets, et en général de tous ceux qui, au nom des Dieux, ont fait métier de tromper les hommes, pour vivre à leurs dépens (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p. 426).À lui, qui, débauché jusques à la folie Et dans les cabarets vivant au jour le jour, Aussi facilement qu'il méprisait la vie Faisait gloire et métier de mépriser l'amour! (Musset, Rolla, 1833, p. 25).
D. − P. méton. Habileté, savoir-faire dans la production ou l'exécution manuelle ou intellectuelle acquise par l'expérience, la pratique que confère un métier ou une activité permanente. Ce qui prouve encore la puissance de M. Corot, ne fût-ce que dans le métier, c'est qu'il sait être coloriste avec une gamme de tons peu variée − et qu'il est toujours harmoniste même avec des tons assez crus et assez vifs (Baudel., Salon, 1845, p. 61).Elle ne vaut rien, rien du tout, continua Christophe. Elle n'a ni voix, ni goût, ni métier, pas l'ombre de talent (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 779).
Péj. [P. oppos. à talent, génie dans le domaine artistique] Maupassant a du métier. Il réussit très bien la nouvelle Normande, et encore y a-t-il dans Monnier des choses plus drôles que son Cochon de Morin. Mais ce n'est pas un grand écrivain; ce n'est pas ce que nous appelons, nous, un artiste (Renard, Journal, 1892, p. 112).
II.
A. − TECHNOL. Métier ou métier à tisser. Machine servant à confectionner un tissu. Métier horizontal, vertical; métier manuel, mécanique; métier à crochets, à navette, à tirettes; tendre un métier. Ces insulaires sont de tous les peuples non civilisés que nous ayons visités (...) les seuls chez qui nous ayons vu des métiers de tisserand: ces métiers sont complets, mais assez petits pour être portatifs (Voy. La Pérouse, t. 4, 1797, p. 77).Le métier français comprend un premier système de fils qui, provenant de bobines placées sur un râtelier, se présentent à l'avant du métier sous forme d'une nappe verticale (Thiébaut, Fabric. tissus, 1961, p. 98):
4. On possède actuellement en France les plus belles manufactures de soieries et de draps qu'il y ait au monde: peut-être les doit-on aux sages encouragemens de Colbert. Il avança 2000 francs aux manufacturiers par chaque métier battant... Say, Écon. pol., 1832, p. 189.
En partic.
Métier à filer. Il manie le tire-ligne et dessine des épures (...): celle d'un engin à creuser les tranchées, d'une machine à scier et à polir le marbre, d'un métier à filer le chanvre (P. Rousseau, Hist. des techn. et des inventions, 1967, p. 242).
♦ Dans le domaine de la bonnet.Métier circulaire, métier à tricoter. Métier permettant la confection des bas et chaussettes et des ouvrages en maille. Mais si notre comparaison schématique entre le métier circulaire et les métiers rectilignes peut se concevoir assez aisément, il n'en demeure pas moins que des problèmes techniques importants se sont posés aux réalisateurs de tels métiers circulaires (Thiébaut, Fabric. tissus, 1961, p. 163).
B. − Support rigide (cadre ou châssis) permettant de maintenir un ouvrage de couture. Métier à dentelle; dentelle au métier. Elle travaillait à un petit métier de tapisserie fort élevé (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 82).Madame de Beaupréau était dans un coin du salon, occupée à broder au métier (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 117).
C. − Au fig. Mettre/avoir sur le métier. Entreprendre ou réaliser quelque chose, en particulier une oeuvre artistique. Il n'est jamais gêné par l'entrechoc et la mêlée des inspirations différentes: − «J'ai sur le métier, dans le même temps, des choses différentes, mais je suis sûr de ne confondre aucune avec les autres...» (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 287).
[P. allus. aux vers de Boileau dans L'Art poétique] Vingt, cent fois remettre sur le métier. Recommencer plusieurs fois une chose pour atteindre la perfection. De tous ces préceptes, je doute si le plus dédaigné n'est pas celui qui nous enjoint de vingt fois sur le métier remettre notre ouvrage (Gide, Journal, 1946, p. 291):
5. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage et vous êtes à peu près sûr de l'achever comme on achève une bête qui va mourir. Toute spontanéité, tout élan, tout ce qui fait qu'un roman ou qu'une pièce vivent et respirent, voilà ce qu'on assassine en retravaillant certains textes. Green, Journal, 1954, p. 238.
Vieilli. [En parlant d'une pers., de ses sentiments, ses idées] Elle est tombée entre les mains des Révérends Pères Jésuites qui l'ont remise sur le métier, et l'ont travaillée à neuf, de façon qu'elle est plus catholique que le Pape (J. de Maistre, Corresp., 1804, p. 227).Nous avons des commandes pour plus de deux ans, sans compter les réputations qui sont sur le métier (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 150).
III.
A. − ART CULIN. Pâtisserie semblable aux oublies. Nous ne parlerons pas ici des métiers (...) qui sont autant de membres de la grande famille des gaufres (J. Mainzer, Français peints par eux-mêmes, t. 4, Le Pâtissier, 1841, p. 213).
B. − BRASS. Liquide que l'on retire des cuves où l'on a fait bouillir le malt et le houblon. Le moût ou métier obtenu d'après l'un ou l'autre procédé (Wurtz, Dict. chim., t. 1, 1ervol., 1869, p. 117).
REM. 1.
Métière, subst. fém.,technol. Bassin d'épuration succédant au jas (v. jas3) dans les salines. Les eaux de la mer sont reçues dans des étriers (...), et, de là, par des vannes elles sont distribuées dans des écours secondaires. La même vanne alimente plusieurs marais (...) les eaux se rendent par un conduit en bois (...) dans le premier réservoir d'évaporation appelé métière (Enquête sur les sels, t. 1, Paris, Impr. Impériale, 1868, p.231).
2.
Mestier, subst. masc.,orfèvr. Sorte de chandelier destiné à recevoir un flambeau; p. méton. le flambeau lui-même. Ces flambeaux carrés à quatre canons ne sont autre chose que le mestier, dont parlent, au XVesiècle Olivier La Marche, puis plus tard Nicot et Savary (Gayt. 21928).
Prononc. et Orth.: [metje]. Ac. 1694, 1718: mestier, dep. 1740: mé-. Étymol. et Hist. I. 1. 881 lo Deo menestier «le service divin (spirituel, liturgique, pastoral)» (Eulalie, 10, ds Henry Chrestomathie, p. 3); 2emoitié xes. mistier (St Léger, éd. J. Linskill, 81: Et sancz Lethgiers fist son mistier, Missae cantat, fist lo mul ben; 103: Et sancz Lethgiers fist so mistier, Ewrui prist a castïer); 2. «fonction, service» a) ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 376); 1130-40 (Wace, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 403: Au deable se retorna, Hardiement li demanda, Son nom et ses mestiers); ca 1165 (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 1824: ... uns forestiers Cui la baillïe et li mestiers Estoit de le forest garder); 1erquart xiiies. en parlant de la fonction de roi (Renclus de Molliens, Carité, 32, 7 ds T.-L.); b) ca 1170 femme de mestier «prostituée» (Marie de France, Lais, éd. J.Rychner, Guigemar, 515) [cf. ca 1170 dameisele menestrale «id.», Rois, éd. E. R. Curtius, III, III, 16, p. 117]; 3. exercice d'une profession, d'un art a) demandant un certain savoir-faire α) 1160-74 en parlant du métier des armes (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3226); ca 1280 (Adenet le Roi, Cleomadès, éd. A. Henry, 16018: Car d'armes est teus li mestiers Que il i couvient aperté); β) ca 1170 (Marie de France, Lais, Milun, 181: Jeo sui uns huem de tel mestier, D'oisels prendre me sai aidier); 1174-87 (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 5698: ... ovriers, Qui feisoient divers mestiers, Si com li mestier sont divers: cil fet hiaumes et cil haubers, Et cil lances et cil blazons) b)procurant une rémunération ca 1200 (Aiol, 971 ds T.-L.: Il vous aprendera quir a taillier; vous viverés mout bien de cest mestier); 4.ca 1165 «manière de procéder, d'agir, d'en user» (Benoît de Ste-Maure, Troie, 24094 ibid.); 5. a) ca 1180 genz de mestiers «ceux dont le métier exige des connaissances, les lettrés» (Proverbe au vilain, 229, 1 ds T.-L.); ca 1260 (Philippe de Novare, Quatre âges, éd. M. de Fréville, 213 : cil de mestier sont mout grant genz; car cil qui ont les soverains mestiers, ce sont prestres et clers); b) début xves. gens de mestier «artisans» (Livre des faicts du Maréchal de Boucicaut, ds Michaud et Poujoulat, Mém. relatifs à l'Hist. de Fr., II, 10, t. 2, p. 266b); fin xve-début xvies. gens de mestier «ouvriers» (Ballade des Haulx-Bonnets ds Anc. poésies fr., éd. A. de Montaiglon, t. 4, p. 332); 6. ca 1316 les mestiers «les gens de métier, les corporations» (Geffroy, Chron. métr. 5078 ds T.-L.). II. Ca 1200 «instrument servant à tisser les textiles» (Jean Renart, Escoufle, 4965, ibid.: uns mestier por gimples faire). Du lat. ministerium «fonction de serviteur [minister], service, fonction», spéc. «service divin» à l'époque class., puis, dans la langue chrét. «service de Dieu, ministère du service de Dieu; ministère de prêtre; sacerdoce; administration des sacrements»; du sens «service de la table» est issu, à basse époque et p. méton. ceux de «ustensile, objet de la table, vaisselle, vase» (anno 136 ds TLL s.v.) et de «mobilier» (viiie-ixes. ds Nierm.); du sens de «service» sont issus au Moy. Âge ceux de 1. «usage, besoin» (861-882, Hincmar de Reims ds Nov. gloss., s.v.), d'où le sens, usuel en a.fr., de «utilité, besoin» ca 1100 avoir mester [a aucun] «(d'une chose) être utile, servir à» (Roland, éd. J.Bédier 1742; début xiies. avoir mester d'aucune rien «d'une personne) avoir besoin de» (Benedeit, St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1484), 2.«métier, profession» (864, Capit. reg. Franc. ds Nov. gloss., s.v.), d'où est dér. celui de «corps de métier» (ca 961, Folcuin, ibid.). Mestier repose sur un lat. vulg. *misterium qui, plutôt qu'à une contraction de ministerium, est dû à un croisement avec le lat. mysterium dont les sens, dans la langue chrét., sont très voisins: «rites, célébration; les saints mystères, la messe» (cf. F. Blatt ds Arch. Lat. Med. Aev. t. 4, 192, p. 80-81 qui explique comment le ministerium et le mysterium se sont confondus dans la personne du prêtre, serviteur [minister] de Dieu, qui renouvelle le mystère [mysterium] du Christ): cf. mysterium au sens de ministerium ds Itala I Cor., XII, 5: divisiones mysteriorum «la diversité des ministères» [Vulgate: div. ministrationum] et veCommodien, Instr., II, 27, 1: mysterium Christi, zacones, exercite casti [= ministerium exercece] ds TLL, s.v mysterium, 1758, 12 sqq.; cf. également le lat. médiév. mysterium au sens de «table, étal» (anno 1116 ds Nov. gloss., s.v. mysterium (à rapprocher de ca 1200 mestier «table» ds T.-L.) et l'a.fr. mistere «métier» (doc. 1334 ds Gdf.). Fréq. abs. littér.: 4850. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5053, b) 6223; xxes.: a) 8085, b)8117. Bbg. Gemmingen Arbeit 1973, p. 89. _ Thomas (A.). Nouv. Essais 1904, p. 133; pp.139-141, 144.

Métier : définition du Wiktionnaire

Nom commun

métier \me.tje\ masculin

  1. Profession.
    • Les marchands nomades, notamment, cherchent à circonvenir par tous les moyens, tous ceux faisant métier de vérifier les animaux. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
    • Bert effleura successivement un bon nombre de métiers : il fut groom dans un magasin de nouveautés et chez un médecin, garçon de pharmacie, apprenti plombier, griffonneur d’adresses, garçon laitier, « golf caddie », et enfin aide-mécanicien chez un loueur et réparateur de bicyclettes. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 11 de l’éd. de 1921)
    • […] et si le bon sens n’a jamais proféré cette absurdité monstrueuse qu’il n’y a pas de sot métier, il est bien forcé de reconnaître qu’un métier, si sot soit-il, on est bien forcé de l’exercer pour gagner sa vie, quand on n’en a pas d’autre. — (Franc-Nohain [Maurice Étienne Legrand], Guide du bon sens, Éditions des Portiques, 1932)
    • […] les docteurs du Talmud ne donnaient-ils pas eux-mêmes l’exemple en exerçant, pour assurer leur gagne-pain, les métiers les plus humbles, tels que forgerons, ou savetier, ou fabricant d’épingles, etc. […] ? — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • La justice française vient de trancher : des commerciaux de la société Ricard ont le droit de se plaindre de l’alcoolisme consubstantiel à l’exercice de leur métier. — (Renaud Lecadre, Chez Ricard, la révolte des saouls fifres, dans Libération (journal) du 18 juillet 2011, p. 15)
  2. (Par extension) Domaine d’activité d’une entreprise.
    • Le métier de cette industrie est l’aéronautique.
  3. S’emploie quelquefois par opposition au mot art.
    • C’est faire d’un art un métier.
  4. Habileté technique, expérience d’un art.
    • Avoir du métier.
  5. (Péjoratif) Fait de faire habituellement quelque chose dans des vues intéressées, en faire une sorte de trafic.
    • C’est un bon métier que celui de prophète, mais à la condition d’y éviter les trop grosses bourdes et de ne pas montrer aux simples mortels combien est peu sensible parfois l’écart entre une prédiction et une bévue. — (Anatole Claveau, « Les Snobs », dans Sermons laïques, Paul Ollendorff, Paris, 1898, 3e éd., p. 39)
  6. (Figuré) (Péjoratif) Mauvaise habitude.
    • Le métier de coquette.
  7. (Péjoratif) Activité malhonnête ou répréhensible.
    • La plupart de ces messieurs que tu vois là, autour de nous, s’enorgueillissent de casiers judiciaires confortables… Ils sortent de prison ou vont y entrer. Ce sont les risques du métier. Mais le métier a du bon. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, pages 19-20)
  8. Mécanisme, dispositif qui sert à certaines fabrications, à certains ouvrages.
    • Entre cette table et la marquise, une grande et belle jeune fille travaillait, assise devant un métier à tapisserie sur lequel se penchait et d’où s’éloignait alternativement sa tête […] — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • […] ses deux garçons étaient tisserands, et dans ce vieux nid on entendait grincer les métiers et siffler les navettes du matin au soir. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Toutes les pièces du linge et des vêtements sont tissées au métier par la candidate […] — (Pierre Louÿs, Lesbos aujourd’hui, 1901, dans Archipel, 1932)
  9. (Figuré) Pour les productions de l’esprit, désigne un en-cours.
    • Il a un roman sur le métier.
  10. (Pêche) Activité pratiquée par une unité de pêche et définie, au minimum, par une combinaison entre engin de pêche, espèce cible et zone d’activité.

Adjectif

métier \me.tje\ masculin et féminin identiques

  1. (Informatique) Qui concerne le domaine d’activité de l’entreprise cliente.
    • Logiciel métier.
    • Objet métier.
    • Problématique métier.
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Métier : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MÉTIER. n. m.
Profession d'un art mécanique. Apprendre, savoir, avoir, exercer un métier. Faire l'apprentissage d'un métier. Le métier de cordonnier, de tailleur, de serrurier, de menuisier. Gens de métier. Il apprend le métier de son père. Il est maçon de son métier. Un bon, un mauvais métier. Un métier qui nourrit bien son homme, qui ne nourrit pas son homme. Corps de métier, Corps des artisans de même métier. Arts et métiers. Voyez ART.

MÉTIER s'emploie quelquefois par opposition au mot Art. C'est faire d'un art un métier. Il se dit aussi de l'Habileté technique, de l'expérience d'un art. Avoir du métier.

MÉTIER se dit, par extension, de Plusieurs professions non mécaniques. Le métier des armes. Le métier de la guerre. Cet officier aime son métier. S'il faut s'en rapporter aux gens du métier, ce tableau, cette musique, ce poème ne vaut rien. Consultez-le sur votre roman, il est du métier. Savoir son métier. Chacun son métier. Mêlez-vous de votre métier. La Bruyère a dit que c'est un métier de faire un livre. Jalousie de métier, Jalousie qu'une rivalité d'intérêt ou de réputation fait naître entre personnes qui exercent la même profession, qui suivent la même carrière. Faire métier d'une chose, Faire habituellement quelque chose dans des vues intéressées, en faire une sorte de trafic. Cet homme ne débite que des mensonges : il en fait métier. L'hypocrite, à la manière de Tartufe, est celui qui fait métier de dévotion. Avoir cœur, le cœur au métier, Travailler avec zèle, avec ardeur, affectionner ce qu'on fait, ce qu'on doit faire. Fam., Gâter le métier. Voyez GÂTER.

MÉTIER se dit figurément de Ce qu'on a coutume de faire; et, dans ce sens, il se prend ordinairement en mauvaise part. Le métier de coquette. Il fait métier de duper tout le monde. Il fait le métier de délateur, d'espion, de parasite. Un vilain métier. Un rude métier. Prov. et fig., Quand chacun fait son métier, les vaches sont bien gardées, en sont mieux gardées, Toutes choses sont bien réglées, quand chacun ne se mêle que de ce qu'il doit faire. Fig. et fam., Donner, servir un plat de son métier. Voyez PLAT. Fig. et fam., Jouer un tour de son métier. Voyez JOUER.

MÉTIER se dit aussi d'un Mécanisme, d'un dispositif qui sert à certaines fabrications, à certains ouvrages. Un métier de brodeur, de tisserand, de passementier, etc. Métier à tapisserie. Métier à broder. La toile est sur le métier. Monter, démonter un métier. Des bas faits au métier. Ce fabricant a tant de métiers montés, tant de métiers battants. Il se dit, figurément et familièrement, en parlant des Productions de l'esprit. Il a un roman sur le métier. Il faut remettre cet ouvrage sur le métier.

Métier : définition du Littré (1872-1877)

MÉTIER (mé-tié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des mé-tié-z en activité) s. m.
  • 1Exercice d'un art mécanique. Le métier de cordonnier, de tailleur, de serrurier, de tisserand, etc. Apprendre, savoir, avoir, exercer un métier. Il est maçon de son métier. Parmi les Égyptiens, les prêtres et les soldats avaient des marques d'honneur particulières ; mais tous les métiers jusqu'aux moindres étaient en estime, Bossuet, Hist. III, 3. Qui ne sait son métier doit fermer sa boutique, Dancourt, Sancho Pança, II, 1. Une loi d'Athènes obligeait les enfants de nourrir leurs pères tombés dans l'indigence ; elle exemptait… ceux à qui il [le père] n'avait point donné de métier pour gagner leur vie, Montesquieu, Esp. XXVI, 5.

    Un homme de métier, des gens de métier, ceux qui exercent un art mécanique. Les prédicateurs des Vaudois sont des marchands, des gens de métier, Bossuet, Var. 11.

    Gâter le métier, voy. GÂTER, n° 4.

    Fig. C'est un homme de tous métiers, c'est un homme intrigant et capable de se prêter à tout selon les conjonctures. Vous faisiez des livres de dévotion sans être dévot ; vous vouliez être de tous les métiers, Fénelon, Dial. des morts mod. Dial. 19.

    Fig. Il est de tous métiers, et si il ne peut vivre, se dit d'un intrigant qui ne réussit pourtant pas à se pousser.

    Entreprendre sur le métier, se disait d'un compagnon qui travaillait hors de l'atelier de son maître.

  • 2Arts et métiers, l'ensemble des métiers, des arts mécaniques. Ecole des arts et métiers. Conservatoire des arts et métiers.
  • 3Corps de métiers, ancienne organisation des artisans qui, dans chaque profession, étaient soumis à des règlements spéciaux et divisés en maîtres, compagnons et affranchis. Les six métiers de l'hôtel du roi comprenant la domesticité et l'administration des palais et des hôtels, c'était la paneterie, l'échansonnerie, l'écurie, la cuisine, la fruiterie et la fourrière ; celle-ci s'acquittait des menues dépenses, De Laborde, Émaux, p. 388.

    Les petits métiers, les petites industries, telles que celles de revendeur, de marchand sur le pavé, etc.

    Sur la côte de basse Normandie, on appelle grand métier la pêche au chalut, et petit métier la pêche aux filets ordinaires et aux hameçons.

  • 4 Par opposition au mot art, occupation mécanique. Ces auteurs… qui… Mettent leur Apollon aux gages d'un libraire, Et font d'un art divin un métier mercenaire, Boileau, Art p. IV.

    De métier, se dit quelquefois comme qualificatif de quelqu'un qui fait une chose sans aucune libéralité d'esprit. Rien n'est plus méprisable qu'un parleur de métier, qui fait de ses paroles ce qu'un charlatan fait de ses remèdes, Fénelon, t. XXI, p. 176.

    Par métier, se dit dans le même sens. On s'imaginait que je pouvais écrire par métier comme tous les autres gens de lettres, au lieu que je ne sus jamais écrire que par passion, Rousseau, Conf. IX.

  • 5Habileté d'exécution, mais rien de plus, en parlant de la peinture, de la sculpture ; le talent acquis de vaincre facilement la matière. Avoir du métier. Il n'y en a pas un [tableau] où il n'y ait des choses de métier supérieurement faites, Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 147, dans POUGENS. Vois toutes ces esquisses ; il y a de la main, du métier ; mais où est la conception, où est l'idée ? Reybaud, dans Excentricités du langage.

    Il se dit, dans le même sens, de la littérature.

  • 6 Par extension, profession quelconque. Le métier des armes. J'ai vu aujourd'hui le roi [le jeune Louis XIV] qui s'en allait à la chasse ; c'est un beau prince, fort et robuste ; c'est dommage qu'il ne sait pas son métier.. Patin, Lett. t. II, p. 386. Montrez-lui comme il faut s'endurcir à la peine, Dans le métier de Mars se rendre sans égal…, Corneille, Cid, I, 6. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine Saurait mal son métier s'il laissait prendre haleine, Corneille, Pomp. I, 4. La guerre est le plus beau métier du monde, il en faut demeurer d'accord ; mais, à le bien prendre, un honnête homme n'a point de métier ; quoiqu'il sache parfaitement une chose et que même il soit obligé d'y passer sa vie, il me semble que sa manière d'agir ni son entretien ne le font point remarquer, Méré, dans PASC. Pens. VI, 15, éd. HAVET. C'est elle [la coutume] qui fait tant de chrétiens, c'est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, ID. ib. X, 8. La chose la plus importante à toute la vie, c'est le choix du métier : le hasard en dispose, ID. ib. III, 4. On ne s'était pas encore avisé de faire un métier de la justice, Bossuet, Hist. III, 3. Paul, ce grand médecin… Est curé maintenant, et met les gens en terre : Il n'a point changé de métier, Boileau, Épigr. XX. Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier ; Laissez là cet habit, quittez ce vil métier [de servir dans le temple à Jérusalem], Racine, Ath. II, 7. Depuis qu'il [Frédéric II] est sur le trône et qu'il fait, jour et nuit, son métier de roi avec une application infatigable, Voltaire, Lett. d'Argental, 12 juill. 1740. Son métier [d'un prince], c'est de régner un jour, s'il plaît à Dieu, Courier, Simple discours.

    Fig. Il semblait qu'il n'agît que par réminiscence, Et qu'il eût autrefois fait le métier d'amant, Tant il le fit parfaitement, La Fontaine, Fabl. XI, 2. Elle chante, elle danse, et fait son métier [de maîtresse] de bonne foi, Sévigné, 216. Il y a un nombre infini de pleureuses de la mort de M. de Longueville, qui rend ridicule le métier, Sévigné, 8 juill. 1672. Nous allons faire voir à ce coquet de Dorante, qu'il ne sait pas son métier, puisqu'il donne le temps à une fille de faire des réflexions, Regnard, Attendez-moi sous l'orme, sc. 15. Votre métier de héros et votre place de roi ne rendent pas le cœur bien sensible ; c'est dommage, car ce cœur était fait pour être humain, Voltaire, Lett. Roi de Pr. 19 mai 1759.

    Fig. Apprendre à quelqu'un son métier, lui donner une leçon, lui infliger une punition. Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier, Molière, Bourg. gent. II, 3.

    Homme du métier, homme qui se connaît à une chose ; être du métier, se connaître à une chose. Quant à ceux du métier, ils ont de quoi s'ébattre, Régnier, Sat. XI. Vous savez que je suis quelque peu du métier, Molière, l'Ét. III, 2. Monsieur Purgon, monsieur, m'a défendu de découvrir ma tête ; vous êtes du métier, et vous savez les conséquences, Molière, Mal. imag. II, 6. Une conduite toute miraculeuse et que les gens du métier ne se lassent point d'admirer, Sévigné, 200. Il faudrait être du métier, pour faire remarquer dans les différents combats qu'ont donnés Annibal et Scipion…, Rollin, Traité des Ét. III, 1.

    Faire un vilain métier, ou, ironiquement, faire un joli métier, se dit de celui qui se conduit mal en une certaine circonstance. Votre maîtresse fait un fort joli métier, Regnard, Ménechmes, II, 3.

    Jalousie de métier, jalousie qu'une rivalité d'intérêt ou de réputation fait naître entre personnes qui exercent la même profession, qui suivent la même carrière.

  • 7Ce qu'on a coutume de faire ; et, dans ce sens, il peut se prendre en mauvaise part. C'est un rude métier d'être toujours en représentation devant le public. Il fait le métier de parasite. Je sais bien mon métier, et ma simplicité Joue aussi bien son jeu que ton avidité, Corneille, le Ment. IV, 7. Et ces grands cœurs… Pour qui l'obéissance est un métier bien rude, Corneille, Nicom. II, 1. Contre elle [la cour] il fait métier de pester chaque jour, Molière, Mis. II, 5. Muse, changeons de style, et quittons la satire ; C'est un méchant métier que celui de médire, Boileau, Sat. VII. Songez que je ne dis jamais tout ce que je pense, et qu'il y a soixante ans que je fais ce métier, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 1er juin 1771.

    De son métier, par métier, se dit dans le langage familier, pour exprimer une manière d'être habituelle. Un tel, fripon de son métier. Un citoyen du Mans, chapon de son métier, La Fontaine, Fabl. VIII, 21. Envieux par nature et brigands par métier, Ils vendent l'infamie à qui veut la payer, Chénier M. J. la Calomnie.

    Faire métier et marchandise d'une chose, voy. MARCHANDISE.

    Avoir cœur, le cœur au métier, travailler avec zèle, affectionner ce qu'on fait. La lettre de votre enfant vous fera plaisir, elle est d'un homme satisfait, et qui a le cœur au métier, Sévigné, 23 mars 1689. …Il avait le cœur trop au métier, Racine, Plaid. I, 1.

    Donner, servir un plat de son métier, faire ou dire quelque chose qui tienne du caractère qu'on a ou de la profession qu'on exerce.

    Jouer un tour de son métier, se dit dans un sens analogue au précédent. Encor faut-il finir par un tour du métier, Régnier, Sat. XI. Fortune nous jouant un tour de son métier, La Fontaine, Quipr. Ne vous avisez pas de me jouer ici quelque tour de votre métier, Legrand, Belphégor, III, 7.

    C'est une femme du métier, se dit d'une femme de mauvaise vie.

  • 8Occupation quelconque. Cet avocat manie la parole avec une grande facilité ; c'est son métier. Vous exposez avec beaucoup de netteté et de précision les vérités de la géométrie. - C'est mon métier, ce n'est pas étonnant.
  • 9Espèce de machine qui sert à certaines fabrications. Un métier de brodeur, de tisserand, etc. Des bas faits au métier. Il a quatre ou cinq sortes d'étoffes sur le métier. Plus dru qu'une navette au travers d'un métier, Régnier, Sat. X.

    Métier ouvrant ou battant, se dit d'un métier à étoffes qui travaille actuellement.

    Fig. Quelle intrigue peut-on entamer avec espoir de la mener à bien, si tout est affiché le même jour [dans les papiers publics] ? quelle trame saurait-on mettre sur le métier ? Courier, Lett. X.

    Fig. Sur le métier, se dit en parlant des productions de l'esprit auxquelles l'auteur est occupé. Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse et le repolissez, Boileau, Art p. I. Cydias est bel esprit, c'est sa profession… une idylle est sur le métier, c'est pour Crantor qui le presse, et qui lui laisse espérer un riche salaire, La Bruyère, V. Tout ouvrage gagne à rester sur le métier, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 122. Plusieurs ouvrages que j'avais sur le métier me permettaient, sans rançonner les libraires, des suppléments suffisants pour travailler à mon aise, Rousseau, Confess. IX.

  • 10Cadre de bois monté sur des pieds servant à tendre certains ouvrages de femme. Broderie, tapisserie faite au métier. Métier à broder.
  • 11Cuve où les vinaigriers pressurent la lie du vin.
  • 12Premier métier, deuxième métier, liqueurs qu'on retire successivement des cuves dans lesquelles on a fait bouillir le malt et le houblon. Les vinaigriers seront divisés en trois classes : dans la première seront compris tous les vinaigriers fabriquant leurs vinaigres avec de la bière soit cuite ou non cuite, ou proprement avec des métiers pour la bière, préparés dans la cuve matière, sans macération ou fermentation, soit qu'ils achètent cette bière ou métiers d'un brasseur…, Loi belge du 2 août 1822, sur les bières et vinaigres, art. 23.
  • 13Métier, ou petit métier, nom d'une espèce de pâtisserie, composée de farine, d'œufs, de sucre et d'eau, qu'on fait cuire entre deux fers, et qu'on roule ensuite en forme de petits cornets ; c'est une sorte d'oublie.

PROVERBES

Quand chacun fait son métier, les vaches sont bien gardées, c'est-à-dire les choses sont bien faites, quand chacun ne se mêle que de celles qu'il sait faire.

Il n'y a point de si petit métier qui ne nourrisse son maître.

De tous métiers il en est de pauvres et de riches.

C'est un méchant métier que celui qui fait pendre son maître.

Il n'est pas de sot métier, c'est-à-dire toute occupation qui nourrit son homme est bonne.

HISTORIQUE

Xe s. Ne ule cose non la pouret [put] omque pleier, [que] La polle [jeune fille] non amast lo deo menestier [le service de Dieu], Eulalie.

XIe s. Jà li corners [sonner du cor] ne nus aureit mestier [service, utilité], Ch. de Rol. CXXX.

XIIe s. Pieres [pierreries] i a de precieux mestier [travail], Ronc. 30. Tot lor tems [les Saxons] la maintinrent [la guerre] ; mais ne leur ot mestier [avantage] : François se defendirent com nobile guerrier, Sax. IV. Guiteclins le cuida puis vers Carlon vengier ; Li fil après les peres reprirent le mestier, ib. IV. Or vous auroit mestier [besoin] l'aïe Salemon [l'aide de Salomon], ib. XI. Sans vous amer [si je ne vous aime], n'a ma vie mestier [emploi], Couci, VIII. Illuec curreit une ewe de mestier, Th. le mart. 94. Quant ne puis, fait li sainz, par ma parosse [paroisse] aler, Parosses e eglises conseillier e guarder, Ne puis pas mun mestier faire ne celebrer, ib. 131.

XIIIe s. E murdris fu en un mostier, ù il ooit [entendait] le Dieu mestier [le service divin], Ph. Mouskes, ms. p. 472, dans LACURNE. Et sachiés qu'il porterent es nés [navires] perrieres et mangoniaus plus de trois cens, et tous engins qui ont mestier à ville prendre, Villehardouin, XLIV. Menestrel s'apareillent pour faire leur mestier, Berte, X. Dame, si vraiement com j'en ai grant mestier [besoin], ib. XXXIX. Pieça qu'on dist que li mestiers Aprent l'omme et la grant soufrete, Lai de l'ombre. Quant en arés passé le pont, Dont troverés le pontenier, Mes compains est, de mon mestier, Fl. et Bl. 1556. …Mesdisans, cele vilaine gent, Qui servi m'ont de leur vilain mestier, Ms. de poésies franç. avant 1300, t. II, p. 597, dans LACURNE. Qui n'aime son mestier, Ne son mestier lui, Ce dit li vilains, Prov. du comte de Bret. ms. de St-Germain, f° 114, dans LACURNE. Bien li fu mestier que il eust en sa joenesce l'aide de Dieu, Joinville, 201. Des foilles y ot quatre paire, Que nature par grant mestire I ot assise tire à tire, la Rose, 1671. Se certes ont de vous mestier [besoin], Servés les de vostre mestier, ib. 7452.

XIVe s. Quatre chandeliers, appellez mestiers d'argent, De Laborde, Émaux, p. 388. Se ma trompette alloit et faisoit son mestier, Tel le porroit oïr, espie ou messagier, Que aus Englois iroit ma venue noncier, Guesclin. 18270.

XVe s. Et si elle les festa et gracia grandement, ce n'est pas de merveilles, car elle avoit bien mestier de leur venue, Froissart, I, I, 177. Par quoi les gens que vous avez, et plus encore, vous feront bien mestier [besoin], Froissart, I, I, 272. Et tost arez, sans delayer, Chose qui est sur le mestier, Qui vous plaira…, Orléans, Rondel 49. Des trois mestiers qui sont d'armes tenus, Joustes, tournois et la guerre n'oublie, Deschamps, Poésies mss. f° 204. Si y auroit bon mestier [besoin] d'un tel gouverneur à Paris, Bouciq. IV, 3. Car, pour compaigner l'ypocras, On posera cy le mestier [pâtisserie sèche], Rec. de farces, etc. p. 335. Voicy le gracieux mestier, Pour faire la souppe jolye, ib. p. 358.

XVIe s. Mais il est paresseux, et craint tant son mestier, Que, s'il devoit jeuner, ce croy-je, un mois entier, Il ne travailleroit seulement un quart d'heure, Du Bellay, J. VI, 18, verso. Voilà comment sur le mestier humain Non les trois sœurs, mais Amour de sa main Tist et retist la toile de ma vie, Du Bellay, J. II, 31, recto. Un jour, il alla mener ses grands chevaux (dont il commençoit à bien savoir le mestier) en une grande place de la ville, Marguerite de Navarre, Nouv. XLII. Lycurgue ne permettoit point qu'ilz se peussent employer à mestier quelconque vil ne mechanique, Amyot, Lyc. 52. Ilz entendoient très bien comment il falloit conduire telles brigues, et par importunité de crieries et de voye de faict, si mestier estoit, obtenir ce qu'ilz vouloient, Amyot, P. Aem. 60. Sur le dressoir qu'estoit en la chambre de ma dite dame avoit tousjours deux chandeliers d'argent que l'on appelle à la cour mestiers, là où il y avoit tousjours deux grands flambeaux ardants, Honneurs de la cour, ms. p. 36, dans LACURNE. Toutes ces considerations mises en balance firent condamner ce pauvre malheureux à estre roué, et, auparavant estant mis sur le mestier [à la question], il confessa le tout à la descharge de la conscience de ses juges, Pasquier, Recherches, liv. VI, p. 574. À d'autres, nous sommes du mestier, Oudin, Curios. franç. Ces gens-cy font de science mestier et marchandise, Charron, Sagesse, p. 526, dans LACURNE. C'est mestier juré, il n'en est pas qui veut, Cotgrave Mieux vaut mestier qu'esparvier, Cotgrave Qui sçait mestier, il est renté, Cotgrave Icy s'asseoir, là je la vy danser : Sus le mestier d'un si vague penser Amour ourdit les trames de ma vie, Ronsard, Amours de Cassandre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MÉTIER. Ajoutez :
14Dans l'ancienne Flandre, nom de certains territoires. Le métier de Furnes. Il [l'empereur] lui confirma [au comte Baudouin] la possession du château de Gand et du territoire auquel le fort commandait, c'est-à-dire la rive droite de l'Escaut, le pays de Waes et les quatre métiers, Edw. Leglay, Hist. des comtes de Flandre, t. I, p. 142. (Note communiquée par M. Du Bois, avocat à Gand)
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Étymologie de « métier »

Étymologie de métier - Littré

Wallon, mestî ; bourguig. métei, besoin ; provenç. mestrier, mester, meisteir ; espagn. et portug. mester ; ital. mestiere ; du lat. ministerium, office, service. En Normandie, dans les campagnes, on dit encore métier au sens de besoin, utilité.

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Étymologie de métier - Wiktionnaire

(Date à préciser) De l’ancien français mestier, lui-même du latin ministerium (« service ») dont est aussi issu ministère. (Xe siècle) menestier, mistier, « service, office ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « métier »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
métier metie play_arrow

Citations contenant le mot « métier »

  • Le trafic routier est étonnamment fluide en ce début des vacances scolaires sur l’autoroute A10 au péage de Saint-Arnoult, le plus grand de France (39 cabines). Quand les automobilistes prendront enfin la route des vacances, ils pourront compter sur la présence des patrouilleurs autoroutiers - les hommes en jaune comme on les appelle dans le jargon - prêts à leur venir en aide en cas de besoin. Parmi eux, Bryan a accepté de nous amener dans son fourgon jaune pour nous faire découvrir son métier. Capital.fr, Patrouilleur autoroutier, découverte de ce métier à haut risque - Capital.fr
  • Quel que soit le métier que vous choisissez, vous devez tout d’abord en être passionné. Viennent ensuite les autres conditions, dont les qualités requises et les diplômes exigés. , Les essentiels à connaître sur le métier d’un façadier – BatiPresse
  • Face aux conditions de travail difficiles et qui se dégradent au fil des années, de nombreux aides-soignants et de nombreuses aides-soignantes, du secteur privé comme du public, souhaitent changer de vie. Pourtant, bien souvent, ils et elles n’ont pas conscience de leurs nombreuses compétences et savoir-être parfaitement valorisables sur le marché du travail. Voici quelques exemples de métiers pour une reconversion aide-soignante. Toute la Franchise, Reconversion aide-soignante : quel métier faire après ?
  • Comédien, c'est un métier de flemmard. De Jean-Louis Trintignant
  • Le théâtre est le premier et le dernier des métiers. De Voltaire
  • La vocation, c'est avoir pour métier sa passion. De Stendhal
  • Quand c’est un métier, lire exige des yeux et de l’esprit une grande disponibilité. De Bernard Pivot / Le Métier de lire
  • Je trouve le métier de journaliste dur et chronophage. Et puis c’est un métier où l’on ne vieillit pas bien. De Leïla Slimani / Libération, 29 septembre 2014
  • Le cinéma est un métier d’artisan, un métier qui s’apprend. De Florent-Emilio Siri / Le Nouvel Observateur - Octobre 2007
  • Le devoir des juges est de rendre la justice ; leur métier est de la différer ; quelques-uns savent leur devoir et font leur métier. De Jean de La Bruyère / Caractères
  • Le métier vient tout seul, malgré soi, avec l'exercice, et d'autant plus facilement qu'on pense à autre chose que le métier. De Paul Gauguin / Lettre à Daniel de Monfreid
  • Quels drôles de métiers que les métiers d'argent. De Françoise Giroud / Journal d'une parisienne
  • Le plus beau métier d'homme est le métier d'unir les hommes. De Antoine de Saint-Exupéry
  • Il n’y a pas de métier masculin et de métier féminin. De Pierre Mauroy / Paris - 8 Mars 1983
  • Qui ne donne pas de métier à son fils lui donne le métier de voleur. De Le Talmud
  • Les métiers sans ennuis sont les métiers qu’on ne fait pas. De Alain / Propos I
  • Métier d’auteur, métier d’oseur. De Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
  • Quel beau métier que d'être un homme sur la terre. Alekseï Maksimovitch Pechkov, dit Maksim Gorki, La Naissance de l'homme
  • À Paris, le métier est un art, et l'art une philosophie. Elizabeth Barrett, Mrs. Browning, Aurora Leigh, VI
  • Il est beau de ne pratiquer aucun métier, car un homme libre ne doit pas vivre pour servir autrui. Aristote, Rhétorique, I, 9, 27 (traduction J. Voilquin)
  • Que chacun fasse donc le métier qu'il sait faire. Aristophane, Les Guêpes, 1431 (traduction H. Van Daële) Cicéron, Tusculanes (I, 18) Horace, Épîtres (I, XIV, 44)
  • La chose la plus importante à toute la vie est le choix du métier : le hasard en dispose. Blaise Pascal, Pensées, 97 Pensées
  • Le plus âpre et difficile métier du monde, à mon gré, c'est faire dignement le roi. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 7
  • Mon métier et mon art, c'est vivre. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 6
  • Ce loup ne savait pas encor bien son métier. Jean de La Fontaine, Fables, le Loup et le Chien maigre
  • C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule. Jean de La Bruyère, Les Caractères, Des ouvrages de l'esprit
  • […] Chacun son métier, Les vaches seront bien gardées. Jean-Pierre Claris de Florian, Fables, le Vacher et le Garde-Chasse
  • Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Écrire est un métier […] qui s'apprend en écrivant. Simone de Beauvoir, La Force de l'âge, Gallimard
  • [Balzac,] son métier c'est son génie. Maurice Barrès, Mes cahiers, Plon

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Traductions du mot « métier »

Langue Traduction
Corse impiegu
Basque lana
Japonais ジョブ
Russe работа
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Allemand job
Italien lavoro
Espagnol trabajo
Anglais job
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Synonymes de « métier »

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Antonymes de « métier »


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