Place : définition de place


Place : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PLACE, subst. fém.

I.
A. − [Portion d'espace déterminée]
1. Partie d'espace, portion libre qu'occupe ou que peut occuper quelqu'un ou quelque chose. Synon. endroit, lieu.Place libre, vacante, occupée, restreinte, vide; faire, gagner, tenir de la place; gain, perte de place; tenir, prendre beaucoup, peu de place; trouver place. Ces campagnes fertiles, cette terre favorisée du ciel, où les arts trouvaient à peine de la place pour leurs chefs-d'oeuvre toujours renaissants (Le Moniteur, t.2, 1789, p.395):
1. ... tu n'auras qu'à venir chez nous. Quand il y a de la place pour douze, il y en a pour vingt. Tes garçons coucheront avec les nôtres, et les filles ensemble. Aymé, Jument, 1933, p.89.
Loc. adv.
De place en place, par place(s). Par endroits et de manière discontinue, à de certains endroits dispersés. Synon. çà et là fam. (v. çà1), ici* et là, de loin en loin.Très ancienne, cette église de Toulven (...) s'élève toute grise dans le ciel bleu, avec sa haute flèche de granit à jours, que par place les lichens ont dorée (Loti,Mon frère Yves, 1883, p.196).Sa cravate était moins une cravate qu'une corde vaguement recouverte de place en place d'une étoffe noire passée (Montherl.,Célibataires, 1934, p.737).
À des places (région. (Canada)). Par endroits, à certains endroits. Tu vas faire du ménage dans les maisons que je vas visiter. À des places, c'est pas rose, tu sais (Vézine, p.243 ds Rogers 1977).
Région. (Belgique). ,,Pièce d'une habitation`` (Piron Belgique 1978, p.54). (Canada). Plancher, sol d'une chambre. Elle devait préparer en peu de temps le repas du midi, balayer la place et mettre de l'ordre dans la maison (Guèvremont,Survenant, 1945, p.87).
2. En partic. Lieu où une personne se trouve; endroit assigné à quelqu'un. Demeurer, rester à la même place; bouger de place; céder, laisser la place à qqn; aller s'asseoir à sa place; gagner, reprendre sa place. Faites le réméré, bavard! me dit Gobseck en se levant et me montrant sa place au bureau (Balzac,Gobseck, 1830, p.414).On nous fit voir la place où, pendant quatorze ans, vint s'asseoir le sombre Philippe II, ce roi né pour être grand inquisiteur (Gautier,Tra los montes, 1843, p.129):
2. L'homme ivre d'une ombre qui passe Porte toujours le châtiment D'avoir voulu changer de place. Baudel.,Fl. du Mal, 1857, p.106.
Place d'honneur. V. honneur I D 2.
Loc. verb.
Céder, quitter la place (vieilli). S'en aller vaincu, capituler. Tu seras bien avancé quand tu les auras forcés de quitter la place (Augier,Pierre de touche, 1854, p.95).
Ne pas demeurer/rester, ne pas tenir en place. Être toujours agité, bouger sans arrêt. L'inquiétude devient tellement vive que l'on ne tient plus en place (Vallès,Réfract., 1865, p.41).
Faire place nette. V. net I B 1.
Bien tenir sa place à table*.
(Être, rester) sur place. (Demeurer) au même endroit sans se déplacer, sans avancer. Rester cloué, figé sur place; piétiner, tourner sur place. Les danseurs (...) se démenaient sur place et faisaient craquer leurs os en mesure (About,Roi mont., 1857, p.117).
(Faire qqc.) sur place. (Faire quelque chose) sur les lieux mêmes où un événement a eu lieu; à l'endroit même, sans se déplacer. Déjeuner sur place; effectuer un constat, une enquête sur place. On peut maintenant admirer Velasquez sur place (Gautier,Guide Louvre, 1872, p.253).Vus de loin, du Parlement, ces officiers coloniaux lui avaient toujours paru des serviteurs (...) auxquels il fallait sans cesse allouer des crédits pour les entreprises aléatoires (...). Sur place et au contact immédiat, il les jugeait autrement (Vogüé,Morts, 1899, p.258).Un massif de montagnes (...) aussi sculptées que si quelque statuaire, au lieu d'emporter le marbre, l'avait ciselé sur place (Proust,Sodome, 1922, p.1078).
Faire du sur place. V. surplace infra rem. 2.
Tomber, être mort, être tué sur la place (vx), sur place. Sur le lieu même, sans reculer. Se faire tuer sur place. Un soldat voulut lui couper la tête; mais ce soldat tomba à la renverse et expira sur la place (Chateaubr.,Congrès Vérone, t.1, 1838, p.14).Au fond (...) s'étend la vaste plaine blanche (...) que rayent les lignes lointaines des troupes tombées sur place (Gautier,Guide Louvre, 1872, p.11).
Être à sa place. Être là où l'on doit être. Au fig. Se sentir à l'aise. Si chaque pierre n'est point à sa place, il n'est point de temple. Et si chaque pierre est à sa place et sert le temple, alors comptent seuls le silence qui est né d'elles, et la prière qui s'y forme (Saint-Exup.,Citad., 1944, p.563).
Qui va à la chasse perd sa place (proverbe ou loc. fam.). V. chasse1I A 1 b.
À vos places! (p.ell. de mettez-vous, retournez à vos places). «Maintenant, à vos places, et en route», commanda-t-il. (...) le cortège, titubant, clapotant dans les flaques, se redressa et disparut au tournant du couloir (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p.1284).
Faire, laisser place à qqn, faire faire place à qqn (vx). Se ranger, s'effacer pour laisser passer quelqu'un. La fille de Pétamounoph et Nofré, à qui les serviteurs avaient fait faire place, se tenaient à cet angle, sur le sommet du talus, de façon à voir défiler tout le cortège sous leurs pieds (Gautier,Rom. momie, 1858, p.215).
Place!... Place! (vieilli). ,,Écartez-vous! Laissez le passage``. Synon. fam. dégagez (la piste*).Nous voilà dehors... «Place!... Place!...» Il écarte la foule (Céline,Mort à crédit, 1936, p.540).
Place à...! Laissez passer, cédez la place à (quelqu'un, pour qu'il agisse, prenne la parole). En bas, les canots accostent (...) ceux qui sont attendus montent les premiers. D'abord les maris de ces dames, place aux anciens, qui passent devant! (Loti,Mon frère Yves, 1883, p.21).Place à M. le maire! dit quelqu'un. Place à M. le maire au nom de la commune! (Bernanos,M. Ouine, 1943, p.1493).[Pour annoncer un changement, une activité nouvelle] (Place à la) musique*! J'ai pensé à un manifeste anonyme sur le thème: «Place aux jeunes». (...) la question me préoccupe. Il s'agit de savoir, en somme, si le «flambeau» sera transmis, comment, dans quelles conditions, par qui (Larbaud,Journal, 1934, p.293).
3.
a) Emplacement aménagé, destiné à une fonction particulière. Tente à quatre places. On me montra un de ces lits en forme d'armoire, à deux places, qui avait été préparé pour Yves et pour moi. Je devais habiter l'étagère supérieure, qui était garnie de gros draps de toile rousse bien propres et bien raides (Loti,Mon frère Yves, 1883, p.95).De fines petites voitures à quatre places, les brancards en l'air (Alain-Fournier,Meaulnes, 1913, p.75).
[Dans un véhicule] Avion, voiture à une place (synon. monoplace); à deux places (synon. biplace).
Fam. Place du mort. Siège avant à côté du conducteur. Les week-ends, les arbres à came enfoncés dans les platanes, la place du mort et le mort à sa place (G. Dormann,Je t'apporterai des orages, Paris, Le Livre de poche, 1980 [1971], pp.165-166).
b) En partic. Emplacement, siège réservé dans un lieu public tel qu'une salle de spectacle, un stade, ou dans un moyen de transport en commun. Bonne, mauvaise place; place d'avion; réserver, retenir sa place; location des places; place gratuite; prix des places; concert gratuit dans la mesure des places disponibles; place assise, debout*, place réservée; places numérotées; céder sa place à qqn. [à Naples] le bateau actuel me reprendra pour Marseille. J'y suis très bien aux premières places, table et cabine (Nerval,Corresp., 1843, p.146).Il voulait s'asseoir au bout le plus éloigné de la terrasse. Mais il n'y avait pas de place, et il nous fallut revenir sur nos pas (Gyp,Souv. pte fille, 1928, p.261).
Place de parking. V. parking ex. de Gds ensembles habit.
Prendre place. S'installer, s'asseoir. Madame de Grandlieu prit place sur une chauffeuse (Balzac,Gobseck, 1830, p.380).
La place est toute chaude (fam.). [Pour proposer un siège à qqn qui arrive et lui céder la place] (Ds Lar. Lang. fr.).Au fig. Pourquoi s'est-on contenté de l'intérim du général Borius qui semble avoir reçu la consigne de garder la place chaude en cas de retraite du ministre ambitieux de redevenir gouverneur? (Clemenceau,Vers réparation, 1899, p.163).
P. méton. Prix, tarif; ticket, billet correspondant au prix d'une place louée. Payer place entière, demi-place. Synon. plein tarif, demi-tarif.
Loc. verb. fig., fam. Les places sont chères. ,,La concurrence est âpre, difficile (...) au sens concret, en parlant du stationnement des véhicules («on trouve difficilement à se garer»)`` (Rey-Chantr. Expr. 1979).
4. ADMIN., DR. Droit de place. ,,Situation juridique d'une personne autorisée à occuper un emplacement déterminé sur certaines dépendances du domaine, telles que les halles, marchés, abattoirs; redevance à laquelle est assujetti cet usage du domaine`` (Cap. 1936).
5. [Dans des loc. indiquant le remplacement d'une pers. ou d'une chose par une autre] Un autre postillon prit la place du blessé, et l'on se mit en route avec une vélocité sans pareille (Gautier,Tra los montes, 1843, p.57).
DR. Au lieu et place de (qqn), en lieu et place de (qqn). V. lieu1A 1 c.
À la place de, en place de (vx) (qqn/qqc.), loc. prép. Au lieu de, pour remplacer. Un duo entre le Vice et la Vertu, qu'il propose de faire chanter, tous les ans, à la rentrée des classes, en place du Veni Creator (Jouy,Hermite, t.4, 1813, p.229).Ces tristes enfants que j'ai recueillis, à la place de ceux que Dieu ne m'a pas donnés (Claudel,Soulier, 1944, 1repart., 1rejournée, 5, p.958).
Absol., fam. À la place. Il y en avait même autrefois [de la vigne, dans une propriété]: on a mis des châtaigniers à la place (Senancour,Obermann, t.2, 1840, p.117).
B. − [Situation de qqc. ou de qqn dans un ensemble]
1. Rôle assigné à quelqu'un ou à quelque chose dans un ensemble hiérarchisé ou structuré. La première, la dernière place; qqc. tient une grande place dans qqc.; laisser peu de place à qqc. Les rédacteurs du Code ne leur ont pas fait une place à part, mais en ont traité en même temps que des droits réels (Durkheim,Divis. trav., 1893, p.87).Ne reproche-t-il pas [Barrès] à Polyeucte (...) de «manquer de cette intelligence qui remet les choses à leur place?» (Massis,Jugements, 1923, p.202).
Être, se mettre à la place de qqn. S'imaginer, se supposer dans l'état, dans la situation où la personne en question se trouve (pour mieux juger, comprendre la situation). Synon. se mettre dans la peau* de qqn (fam.).Mettez-vous à ma/sa place; si j'étais à votre place, si vous étiez à ma/sa place. Synon. si j'étais (que) (de) vous, lui, etc.Je voudrais bien vous voir à ma place! Synon. je voudrais bien vous y voir (fam.).Le premier [l'acteur] a eu son moment d'inspiration violente et presque passionnée, dans lequel il a pu se mettre, toujours par l'imagination, à la place du personnage (Delacroix,Journal, 1847, p.173).
Absol. À ta, sa place + prop. au cond. Si j'étais (de) vous, dans votre peau, dans votre cas. À votre place, je n'irais pas. À votre place, je serais gêné quand il me regarderait en face (Curel,Nouv. idole, 1899, ii, 5, p.227).
En partic., dans le domaine des sentiments.Avoir, garder, conserver, obtenir, tenir une grande, une large place dans le coeur, dans l'estime, dans l'amitié de qqn. Synon. avoir une grande part dans (v. part1), compter beaucoup aux yeux* de qqn.Il n'y a pas de place pour la haine dans le coeur de cette personne. Mon coeur où l'amour tient toute la place (J. Bousquet,Trad. du sil., 1935, p.36).
2.
a) Situation, position ou disposition de quelque chose ou de quelqu'un par rapport à un ensemble. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.
b) Spécialement
BIOL. Place vide*.
LING. Place des mots dans la phrase. La structure à trois places est celle des phrases transitives à double complément (Ling.1972).
SPORTS. Classement obtenu dans une épreuve sportive homologuée. F. a été battu par P. pour la seconde place (Le Sport, 11 mai 1859ds Petiot 1982).
SYLVIC. Arbre de place. Arbre poussant sur une surface de terrain destinée aux essais de sylviculture (d'apr. Forest. 1946). (Arbre, pin) de place. ,,Désigné à l'avance pour rester en place lors des martelages successifs`` (Plais. 1969). ,,Conservé dans les peuplements de pin maritime, au cours des coupes d'éclaircie, pour subir le gemmage à vie`` (Agric. 1977). [Les troncs] qui restent sont des arbres de place, c'est-à-dire établis là, assis jusqu'à leur mort, possesseurs à vie du sol conquis (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.20).
3. [Agencement, dans la loc. en place]
Mettre en place (qqn, qqc.)
Mettre, remettre qqc. en place. (Re)placer à l'endroit qui convient, au lieu de rangement ou de fonctionnement. [Maigret] remettait l'argent et les carnets en place, reportait la boîte dans l'armoire (Simenon,Vac. Maigret, 1948, p.130).Mise en place. Au moment de leur mise en place les jeunes plants devront bénéficier d'un certain abri qui les protégera des gelées et d'une insolation excessive (Cochet,Bois, 1963, p.107).
Mettre en place. Mettre en ordre pour le fonctionnement, le travail, une activité:
3. ... dans la bataille moderne, le général en chef, après avoir mis ses forces en place et donné ses ordres initiaux, n'a plus qu'à attendre les résultats d'une partie dont le déroulement lui échappe. Joffre,Mém., t.1, 1931, p.399.
Mise en place. Cette circonstance me parut d'abord avantageuse, car elle dissimulait à l'aviation ennemie l'approche et la mise en place des troupes d'attaque (Joffre,Mém., t.1, 1931, p.68).
En place! (p.ell. de mettez-vous en place!). Tout est fin prêt. En place, les bons tireurs! On n'a plus qu'à attendre, l'oeil dur sous les sourcils froncés et la sagaie au poing (Maran,Batouala, 1925, p.176).
En place pour le quadrille (v. quadrille1)!
C. −
1. Position de quelqu'un/quelque chose dans un rang, dans une hiérarchie. Avoir, tenir, occuper la place d'honneur, la première place, une place de choix, une place à part; place éminente, honorable, enviable. La réaction a sa place dans le plan providentiel; elle travaille sans le savoir au bien de l'ensemble (Renan,Avenir sc., 1890, p.384).
Loc. verb.
Rester à sa place (au fig.). Ne pas outrepasser son rang. (Dict.xixeet xxes.).
Mettre qqn à sa véritable place (au fig.). Placer quelqu'un à son rang ou dans son rôle véritable. [La peinture] permet de remettre à sa place l'homme éminent peu estimé du sot public passager, qui ne s'attache qu'au clinquant et à l'écorce du vrai (Delacroix,Journal, 1847, p.173).
Tenir sa place (au fig.). Remplir les obligations de sa charge, de son état; jouer un rôle important:
4. ... Hitler (...) était bien commode pour mâter les communistes, on a eu tort de faire confiance à un peintre en bâtiments, ces gens-là (...) ne savent pas tenir leur place (...) il aurait mieux valu s'adresser à un maréchal, un maréchal ça sait obéir... Vailland,Drôle de jeu, 1945, p.231.
Remettre qqn à sa place (fam.). Faire comprendre à quelqu'un qu'il a enfreint les règles de la politesse, des convenances, le rappeler à ses devoirs. Nous causâmes donc quelques instants; ça l'enhardit, lui, et il voulut prendre des privautés, mais je le remis à sa place, et roide, encore (Maupass.,Contes et nouv., t.1, Bois, 1886, p.556).
Avoir sa place au soleil*.
2. Rang obtenu par un étudiant, un élève, dans un classement à une composition, à une épreuve, à un concours ou par un concurrent dans une compétition sportive. Avoir une bonne place, obtenir les premières, les meilleures places; la place de premier; lutter pour garder sa place, gagner une place, emporter la première place:
5. «Asseyez-vous, messieurs», disait le préfet des études (...). Et alors le professeur lisait les résultats de la dernière composition (...). À la sortie, il entendait: «On a donné les places, chez vous? Qui a été premier? (...)». Larbaud,F. Marquez, 1911, p.51.
P. méton. Cette nomination. Liste des places; lire les places. Quand le père supérieur proclamait les notes et les places, Édouard, s'il se jugeait mal loti, trépignait (Adam,Enf. Aust., 1902, p.183).
3. Emploi rétribué (souvent modeste, notamment en parlant du personnel de maison). Synon. poste2, situation, travail.Belle, bonne place; chercher, trouver une place; perdre sa place. Des économies faites dans une place où j'étais resté quelques semaines (Vallès,Réfract., 1865, p.50):
6. −Icitte, ce n'est pas une place pour vous, Maria. Le pays est trop dur, et le travail est dur aussi: on se fait mourir rien que pour gagner son pain. Là-bas, dans les manufactures, (...) vous auriez vite fait de gagner quasiment autant que moi... Hémon,M. Chapdelaine, 1916, p.181.
4. Vieilli. Situation sociale importante. Grandes places, place de ministre; occuper une place importante. V. lucratif ex. de Flaubert.
Gens en place. Titulaires d'une charge importante. Synon. gens, personnages haut placés (v. haut1II E).
II. − [Espace circonscrit destiné à certains usages particuliers]
A. −
1. Place publique et, p.ell., place. Dans une ville, une agglomération ou un village, lieu public consistant en un espace plus ou moins large, découvert et le plus souvent entouré de bâtiments publics, où aboutissent plusieurs rues ou avenues, et où ont lieu souvent des activités commerciales, festives ou publiques. Place principale, grand'place, place de l'église, du marché, de la mairie; place déserte, vide, noire de monde, silencieuse, éclairée; arbres, fontaine(s), monument(s) d'une place; angle(s), coin(s), centre de la place; contourner, traverser la place, faire le tour de la place, s'installer sur la place; foire, marché sur la place. La cour est pleine comme une place un jour de marché (R. Bazin,Blé, 1907, p.350):
7. ... une place de jolie sous-préfecture, place régulière, entourée d'arcades et plantées d'orangers (...). Les cafés ôtaient leurs volets. Dans un coin, une halle avec des légumes... A. Daudet,Tartarin de T., 1872, p.107.
Place de grève (v. grève1).
Au fig. Nos réflexions, à nous hommes du XXesiècle, sont explosives, nos laboratoires sont sur la place publique, nos arts se font à coup de machines (Schaeffer,Rech. mus. concr., 1952, p.71).
2. Place (de voitures) (vieilli). Emplacement réservé aux voitures publiques. Synon. station.Il avait, disait-on, mis une vieille femme rue de Ménars, sur la place de fiacres qui s'y trouve (Balzac,Ferragus, 1833, p.59).
Voiture de place. Voiture publique qui stationnait à un emplacement déterminé et que l'on pouvait louer. Puis elle monta dans une voiture de place, et sortit de cette ville pour n'y jamais rentrer (Balzac,Langeais, 1834, p.339).
3. DÉFENSE
a) Place d'armes ou, p.ell., place. V. arme II A 4 b.
b) Place forte, place de guerre ou, p.ell., place. Ville fortifiée par une enceinte, des ouvrages de guerre; p.ext., ville de garnison, fortifiée ou non. Place de sûreté; assiéger, attaquer, cerner, investir, libérer une place; s'emparer d'une place; le gouverneur de la place de Paris. Les assistants (...) se pressant pour voir défiler (...) le sous-préfet, le maire de Compiègne, le général commandant la place (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p.1356).On travaillait à l'armement de guerre des places de Metz et de Thionville (Joffre,Mém., t.1, 1931, p.212).
Au fig. Rendre la place. Céder, capituler. T'es pas un homme. V'là qu'tu fuis, maintenant, que tu rends la place! Va donc, Bazaine (Maupass.,Contes et nouv., t.1, Trou, 1886, p.580).
B. − FIN., COMM.
1. Ville, localité où s'effectuent (ou peuvent s'effectuer) des opérations boursières, commerciales ou bancaires. La place de Londres, de Paris; place commerciale, internationale; place de crédit. Négocier un billet sur la place. Être connu, avoir du crédit sur la place de Paris (Ac.).L'État sera à cet égard à la discrétion de la caisse d'escompte, dont les administrateurs sauront bien gouverner le prix de l'argent sur la place (Le Moniteur, t.2, 1789, p.350).L'on peut acquérir les billets sur la place, moyennant tant pour cent (Balzac,E. Grandet, 1834, p.136):
8. ... les «réseaux» de paiements en direction ou en provenance d'autres centres (...) ou d'où émanent et auxquels vont des flux monétaires. Les plus significatifs de ces «centres» sont des ensembles complexes d'organismes monétaires et financiers: les places [it. ds le texte]. Perroux,Écon. XXes., 1964, p.134.
Faire la place, loc. verb., vieilli. Avoir pour métier de placer, d'écouler de la marchandise par démarchage. S'il savait faire quelque chose, un étalage, une addition, la place, la vente (...) pincer le tissu, tenir les livres, le carnet, la caisse! (Vallès,Réfract., 1865, p.17).
Place bancable (comm.). V. bancable B.
Place boursière (fin.). ,,Localité où se tient un marché financier; p.ext. synon. de Bourse`` (Gestion fin. 1982).
Place cambiste (fin.). Localité ,,où l'on traite des opérations de change`` (Banque 1963).
Place financière. ,,Au plan national, on appelle place une zone géographique dans laquelle les établissements financiers interviennent par compensation pour régler leurs échanges sous le contrôle de la Banque de France. Au plan international, les grandes places financières sont les Bourses des valeurs mobilières`` (ceneco Entr. 1980).
2. P. méton. ,,Corps des négociants, des banquiers d'une ville; commerce général de cette ville`` (Barr. 1974).
C. − Région. (Canada). Endroit, localité. De quelle place viens-tu? Mes amis me disaient que c'était [Toronto] la place pour apprendre l'anglais (Le Soleil, 13 avr. 1985, B6, col. 1).
REM. 1.
Placis, subst. masc.,synon. région. (à Rennes notamment) de placette.Petite place publique. La jolie foule si variée (...) attendit, dans une journée radieuse, encombrant tout le placis face à la mer (La Varende,Heur. humbles, Phoebé, 1942, p.156).Le boulanger passe (...) appuie sa bicyclette à la croix forgée du placis et toque à la porte (Genevoix,Assassin, 1948, p.201).
2.
Surplace, sur(-)place,(sur place, sur-place) subst. masc.Faire du surplace. a) Sports. Rester en équilibre en pédalant sur sa bicyclette (d'apr. Petiot 1982). b) Fam. [En parlant d'un conducteur de véhicule ou, p.méton., du véhicule lui-même, ou d'un piéton] Ne pas pouvoir avancer, en raison de la circulation intense, de l'encombrement. Au fig. Nous avions placé de grands espoirs dans ce 10 mai, et aujourd'hui, huit mois après, nous avons le sentiment de ne pas avoir fait un pas vers cette «autre» télévision que nous voulions. Nous faisons du «surplace» et, dans certains domaines, nous avons reculé (Le Monde Dimanche, 31 janv. 1982, p.1).
Prononc. et Orth.: [plas]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. a) Ca 1100 «endroit, lieu, espace où se déroule l'action» (Roland, éd. J. Bédier, 1108); b) ca 1100 en la place «à cet endroit, sur le sol» (ibid., 764); c) 1409 sur la place «sur les lieux» (Trésor des Chartes de Rethel ds Runk., p.152); 1774 sur place (Diderot, Réfutation Hévétius, p.356); 2. a) ca 1100 «partie déterminée d'un espace, d'un lieu, où quelque chose peut être fait ou mis, où quelqu'un peut se mettre» (Roland, éd. J. Bédier, 1507); 1160-74 «emplacement (d'une ancienne ville)» (Wace, Rou, III, 93, éd. A. J. Holden, t.1, p.164); ca 1260 faire place à (Récits d'un ménestrel de Reims, éd. N. de Wailly, par. 100, p.53); ca 1350 metre en place (Gilles Li Muisis, Poésies, II, 233 ds T.-L.); 1377 prendre place «s'installer» (Gace de La Buigne, Roman des Deduis, 4003, ibid.); 1539 être, mettre, entrer en la place de (Est.); 1539 aller de place en place comme les oiseaux (ibid.); 1553 trouver place (O. de Magny, Amours, éd. Courbet, 72 ds IGLF); 1579 ne pas pouvoir demeurer en une place (Larivey, Jaloux, II, 3, éd. Viollet-le-Duc, VI, 28, ibid.); 1705 ne pas tenir en place (Regnard, Ménechmes, Prologue ds Littré); 1606 que ferois-tu, si tu etois en ma place (Nicot); 1671 mettre chaque chose en sa place (Pomey); 1769 de place en place «de manière clairsemée, par-ci par-là» (Saint-Lambert, Les Saisons, p.49); b) 1306 «lieu, logement prévu pour une personne (pour le logement de troupes)» (Joinville, St Louis, 388 ds T.-L.); 1530 «siège pour une personne» (Palsgr.); 3. 1175-80 «partie indéterminée d'espace» poi de place (Renart, éd. E. Martin, XV, 210, t.2, p.146); 1539 fai[re] faire place «écarter la foule» (Est.); 1585 exclamation place place (N. Du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, OEuvres facétieuses, éd. J. Assézat, t.2, p.9); 1652 place! (Scarron, Don Japhet d'Arménie, III, 4, OEuvres, J. Fr. Bastien, t.6, p.429); 4. a) ca 1200 «lieu public découvert et environné de bâtiments» (Aiol, 8947 ds T.-L.); ca 1268 (Brunet Latin, 615, ibid.: la maistre place de la vile); 1370-72 places publiques (Oresme, Ethiques, X, 8, éd. A. D. Menut, p.511); 1737 cocher de place (Caylus, Histoire Guillaume, p.VII); 1790 carrosses, voitures de place (Le Moniteur, t.3, p.47 et p.152); b) 1466 places marchandes (Ordonnances des rois de France, t.16, p.566); c) [1606 place du change (Crespin d'apr. FEW t.9, p.38a)]; 1694 «ensemble des négociants d'une ville» (Ac.); d) 1676 «lieu de rassemblement, de passage ou d'exercices d'hommes en armes» (Félibien, p.110); 5. 1417 places fortes (Archives de Bretagne, V, 214 ds Fonds Barbier); av. 1463 tant bat on place qu'elle est prise (Villon, Ballade des proverbes, 20, éd. Lais et poèmes variés par J. Rychner et A. Henry, p.52); 6. a) ca 1485 fig. «situation, position par rapport à d'autres, degré» (Viel Testament, XLI, 40232, éd. J. de Rothschild, t.5, p.152: J'ay mis mon cueur en haulte place); 1539 (Est.: remettre en se place in gradum reponere); 1690 «position dans un classement d'écoliers» (Fur.); b) 1563 «titre, position sociale, fonction» (B. Palissy, Récepte véritable, Paris, 1930, p.126 ds IGLF: quelque place noble ou office de plus grand honneur et authorité); 1696 homme en place (La Bruyère, Caractères, OEuvres, éd. Grands écrivains de la France, t.2, 1922, p.262). Issu, par l'intermédiaire d'une forme *plattea, avec t géminé, prob. sous l'infl. de *plattus (v. plat), du lat. platea «rue large, place publique», empr. anc. au gr. π λ α τ ε ι ́ α, fém. subst. de π λ α τ υ ́ ς «large» (FEW t.9, p.41b). Fréq. abs. littér.: 27903. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 34903, b) 39105; xxes.: a) 40937, b) 43313. Bbg. Archit. 1972, p.134, 164. _ Gougenheim (G.). «Place» dans la Chanson de Roland. B. jeunes Rom. 1964, t.9, pp.1-4. _ Tournier (M.). Un Vocab. ouvrier en 1848. Paris, 1976, passim.

Place : définition du Wiktionnaire

Nom commun

place \plas\ féminin

  1. Lieu, endroit, espace qu’occupe ou que peut occuper une personne, une chose.
    • …les études chimique et minéralogique assigneront une place définitive dans la systématique, à cette roche qui était une des énigmes de la lithologie. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Je revenais dans l’auto des estafettes, portant des piles et d’autres accessoires lorsque nous offrîmes une place à une sorte d’ambulancier. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 98, Hartmann, 1937)
    • Pôle d'échanges multimodal de la gare de Poitiers, accueillant une gare routière, un dépose-minute ainsi qu’un tout nouveau parking de 700 places. — (Philippe Nomine & Anaïs Claverie, Poitiers Futuroscope, 2010, page 35)
    • Faire place à quelqu’un, se ranger afin qu’il passe, qu’il aille se mettre à sa place, lui donner une place auprès de soi.
    • Quitter la place à quelqu’un, se retirer devant lui, le laisser à la place qu’on occupait.
    • Je m’aperçois que je vous gêne, je vous quitte la place.
    • Ne pas tenir en place, s’agiter, marcher fébrilement, en signe d’impatience ou de joie.
  2. (En particulier) Endroit, lieu, espace que doit occuper une personne ou une chose par rapport aux convenances, à la bienséance, etc.
    • Une place d’honneur m'avait été réservée et une charmante Mangarevienne m'avait couronné de fleurs. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Ce mot n’est pas à sa place : Il ne convient pas à l’endroit où on l’a mis.
    • Cette pensée, ce discours, cette réflexion n’est pas à sa place.
    • Cela n’est pas tout à fait à sa place : Se dit d’une façon d’agir, de parler inopportune ou peu convenable.
    • Tenir une grande place : Être un personnage considérable.
    • Tenir sa place dans le monde : Figurer convenablement dans le monde.
    • Bien tenir sa place à table : Faire honneur au repas, manger de bon appétit.
    • Se tenir à sa place, ne pas se tenir à sa place : Observer, ne pas observer les bienséances qu’exige sa condition, son état.
    • Cet homme est, n’est pas à sa place : Il est, il n’est pas dans la situation, dans l’emploi qui lui convient.
    • Remettre quelqu’un à sa place : Le rappeler aux convenances, à la bienséance.
  3. (Par extension) Logement qu’on occupe.
    • Faire place nette : Vider le logement qu’on occupait dans une maison, en ôter tous les meubles.
  4. (Par extension) Dignité, charge, emploi qu’une personne occupe.
    • La Victoire affirmée, Fagerolle […] pensait pouvoir, sans effort, réoccuper son rang. Il dégota, péniblement, une place de sous-reporter, dans un canard impécunieux du matin. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 29)
    • Par bonheur, au bout d’un certain temps, il trouva une place de manipulateur au laboratoire d’Oustimovitch, professeur de physiologie à l’institut vétérinaire ; […]. — (E. Asratian, I. Pavlov : sa vie et son œuvre, page 11, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1953)
    • Ainsi Coitier s'est vite fait une place importante dans ce cénacle de médecins qui vivent dans l'entourage de Louis XI. — (Docteur J. Colombe, Portraits d’ancêtres - I - Jacques Coitier, Hippocrate revue d'humanisme médical, janvier 1949, n° 1, page 14)
    • La place n’est pas tenable, on ne saurait y demeurer sans incommodité ou sans péril.
    • Il a donné sa démission, la place n’était plus tenable.
    • Se faire place, se faire faire place, pénétrer, arriver, se mettre où on veut être.
    • Place de confiance.
    • Être en place, être dans un emploi, dans une charge qui donne de l’autorité, de la considération.
    • Être sans place, être sans emploi.
    • Un homme en place, Homme qui a une situation, un emploi de quelque importance.
    • Faire la place : (Commerce) Se dit de commis qui vont offrir des marchandises à des magasins de détail ou à des particuliers. Se dit aussi des élèves architectes qui, tout en poursuivant leurs études, vont travailler chez un patron comme dessinateurs apprentis.
    • Je suis courtier en librairie, monsieur. Je fais la place pour les principales maisons de la capitale. — ( Anatole France, Le crime de Sylvestre Bonnard, Calmann-Lévy, 1881 ; éd. Le Livre de Poche, p. 9.)
  5. (Éducation) Rang qu’un écolier obtient dans un classement.
    • On donne aujourd’hui les places.
    • Il a eu une bonne place, une mauvaise place.
    • La place de premier.
  6. Espace, lieu public, découvert et environné de bâtiments.
    • Les Grecs vivaient au grand air […]. Leurs lieux de réunion, cela est assez connu, étaient des places publiques, généralement voisines des portiques ou colonnades où l'on se réfugiait en cas de pluie. — (Pierre Louÿs, Sports antiques, 1901, dans Archipel)
    • Rue de la Paix, des midinettes sortaient en bandes et traversaient la place Vendôme et la rue de Rivoli en se donnant le bras. — (Paul Nizan, La Conspiration, 1938, p.51)
    • On traverse la place de la gare pour aller au bistro d’en face. Il neige dur. La place est toute blanche. — (Albert Vidalie, C'était donc vrai, éd. René Julliard, 1952, page 34)
    • On arriva sur une petite place circulaire, où étaient dressées quelques boutiques, un bal, un manège. Il n'y avait pas grande foule, quelques badauds seulement circulaient. — (André Dhôtel, Le Pays où l'on n'arrive jamais, 1955)
  7. (Vieilli) Endroit de stationnement public.
    • Place de voitures ou, elliptiquement, place, endroit où stationnent les voitures à l’usage du public, d’où l’expression Voiture de place.
    • Vous trouverez un taxi à la place.
  8. Lieu où s’assemblent les agents de change, les banquiers, les négociants pour y traiter leurs affaires et y opérer leurs transactions. (Par extension) Bourse. (Par métonymie) Ensemble des négociants, des banquiers d’une ville.
    • Elle escompterait les lettres de change tirées sur nos places par les exportateurs de produits exotiques sans que ceux ci passassent sous les fourches caudines des banquiers londoniens. — (Le Jacquard: Journal de L'industrie lainière, Elbeuf : H. Saint-Denis (directeur), 1895, page 253)
  9. Ville de guerre ou de garnison.
    • Nos grandes places de guerre, Strasbourg et Metz, les véritables boulevards de notre défense, n’avaient été ni armées, ni approvisionnées. — (Général Ambert, Récits militaires : L’invasion (1870), page 124, Bloud & Barral, 1883)
    • Les défenseurs, après avoir perdu les faubourgs, manquant d’eau, furent obligés de capituler. Le siège entrepris par l’armée des croisés ne dura que du 1er au 15 août, jour de la reddition de la place. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Le général Sarrail commande la place de Verdun. Le 44e régiment de R.A.T. occupe la ville. Le général exige une discipline stricte, prescrit les marques extérieure de respect. — (Pierre Audibert, Les Comédies de la Guerre, 1928, p.93)
    • Les recherches furent continuées par les soins de l’autorité maritime, de la douane et du commandant de place de Bonifacio : elles furent malheureusement tout à fait confirmatives […] — (Frédéric Zurcher et Élie-Philippe Margollé, Les Naufrages célèbres, Hachette, Paris, 1873, 3e édition, 1877, p. 197)
  10. (Sports hippiques) Classement dans une course donnant lieu à une allocation ou à rétribution des parieurs en simple placé, sans pour autant être gagnant.
    • Dans cette course nous visons les places.
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Place : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PLACE. n. f.
Lieu, endroit, espace qu'occupe ou que peut occuper une personne, une chose. La place est prise, occupée, vide. La place est trop petite pour deux. Il y a place pour vingt couverts. Mettre, ranger chaque chose à sa place, en sa place. Changer des livres, des meubles de place. Il change de place à tout moment. Rester, demeurer, se tenir en place. Céder, quitter, perdre sa place. Rendre la place d'un autre. Prendre place à côté de quelqu'un. Trouver place. Payer sa place. Retenir des places au théâtre. Prov., Qui quitte sa place la perd. On dit familièrement dans le même sens Qui va à la chasse perd sa place. Quitter la place à quelqu'un, Se retirer devant lui, le laisser à la place qu'on occupait. Je m'aperçois que je vous gêne, je vous quitte la place. Ne pas tenir en place, S'agiter, marcher fébrilement, en signe d'impatience ou de joie. Faire place nette, Vider le logement qu'on occupait dans une maison, en ôter tous les meubles. Il s'emploie figurément pour signifier qu'on a renvoyé d'une maison, d'une administration, d'une entreprise, etc., tous ceux dont on voulait, pour quelque raison que ce soit, se débarrasser. Son premier soin en prenant la direction de cette affaire a été de faire place nette. On dit aussi Faire maison nette. La place n'est pas tenable, On ne saurait y demeurer sans incommodité ou sans péril. Il a donné sa démission, la place n'était plus tenable. Se faire place, se faire faire place, Pénétrer, arriver, se mettre où on veut être. Faire place à quelqu'un, Se ranger afin qu'il passe, qu'il aille se mettre à sa place. Il signifie aussi Lui donner une place auprès de soi. Venez auprès de nous, nous vous ferons place. Il signifie encore Céder sa place. Il y a longtemps que vous êtes là, faites place aux autres. Fig., L'amour, dans son cœur, a fait place à la haine, La haine y a remplacé l'amour. Place, place! Locution exclamative elliptique dont on se sert pour faire écarter ou ranger ceux qui empêchent la circulation. Figurément, Place aux jeunes! En place! Autre locution elliptique dont on se sert pour inviter plusieurs personnes à prendre leurs places. En place, messieurs! En termes de Beaux-Arts, Mise en place, Action, pour le peintre, de poser son modèle dans l'attitude qu'il doit occuper dans le tableau; ou encore Établissement des grandes lignes, répartition des masses, des volumes d'une composition; pour l'architecte, le décorateur, Action de placer un ornement, un meuble à l'endroit qui lui convient le mieux. Ce mot n'est pas à sa place, Il ne convient pas à l'endroit où on l'a mis. On dit dans le même sens : Cette pensée, ce discours, cette réflexion n'est pas à sa place. Cela n'est pas tout à fait à sa place, se dit d'une Façon d'agir, de parler inopportune ou peu convenable. Fig., Tenir une grande place, Être un personnage considérable. Fig., Tenir sa place dans le monde, Figurer convenablement dans le monde. Fig. et fam., Bien tenir sa place à table, Faire honneur au repas, manger de bon appétit. Fig., Se tenir à sa place, ne pas se tenir à sa place, Observer, ne pas observer les bienséances qu'exige sa condition, son état. Cet homme est, n'est pas à sa place, Il est, il n'est pas dans la situation, dans l'emploi qui lui convient. Fig., Remettre quelqu'un à sa place, Le rappeler aux convenances, à la bienséance. Avoir place dans l'histoire, tenir sa place dans l'histoire, Être mentionné par les historiens. Érostrate a voulu avoir une place dans l'histoire. César tient une grande place dans l'histoire. Cette action mérite d'avoir place dans l'histoire. Cette réflexion, ce fait, ce trait trouvera place, trouvera sa place, aura sa place dans l'ouvrage que j'achève, Il en sera fait mention dans cet ouvrage. Avoir, obtenir, conserver une place dans le cœur de quelqu'un, dans son estime, dans son amitié, dans sa confiance, Être aimé, estimé de lui. On dit aussi Donnez-moi, accordez-moi, ne me refusez pas une place dans votre amitié, dans votre estime, dans votre souvenir. Fig., Se mettre en la place et, plus ordinairement, à la place de quelqu'un, Se supposer dans l'état, dans la situation où il est. Mettez-vous à sa place. Supposez que vous soyez à ma place. Si vous étiez en sa place, vous seriez aussi embarrassé que lui. Elliptiquement, À ma place, que feriez-vous? En termes de Procédure, Subroger quelqu'un en son lieu et place. Je ne voudrais pas être à sa place, se dit en parlant d'une Personne qui est dans une situation pénible, embarrassante, ou qui est menacée de quelque événement fâcheux. Tenir de la place se dit d'une Personne ou d'une chose qui dépasse un peu les proportions normales. Il se dit figurément d'une Personne qui exagère son importance.

PLACE se dit, figurément, de la Dignité, de la charge, de l'emploi qu'une personne occupe dans le monde; de l'emploi d'un commis, d'un domestique, etc. Place de confiance. Demander, solliciter, obtenir, accepter, refuser une place. Il remplit bien sa place. Connaître les droits, les devoirs de sa place. On n'en voulait pas à sa personne, on n'en voulait qu'à sa place. Perdre sa place. Absolument, Être en place, Être dans un emploi, dans une charge qui donne de l'autorité, de la considération. Être sans place, Être sans emploi. Un homme en place, Un homme qui a une situation, un emploi de quelque importance. Les gens en place.

PLACE, dans les Collèges, désigne le Rang qu'un écolier obtient dans un classement. On donne aujourd'hui les places. Il a eu une bonne place, une mauvaise place. La place de premier.

PLACE signifie aussi Espace, lieu public, découvert et environné de bâtiments. Place publique. La place Vendôme. La place des Victoires. Place de voitures ou, elliptiquement, Place, Endroit où stationnent les voitures à l'usage du public. D'où l'expression : Voiture de place. Vous trouverez un taxi à la place.

PLACE s'emploie quelquefois absolument pour désigner le Lieu où s'assemblent les agents de change, les banquiers, les négociants pour y traiter leurs affaires et y opérer leurs transactions. Négocier un billet sur la place. Être connu, avoir du crédit sur la place de Paris. L'argent est facile, abondant sur la place. Il se dit quelquefois de l'Ensemble des négociants, des banquiers d'une ville. La place de Lyon est une des plus riches de France. Cette place n'est pas sûre, on y est menacé de beaucoup de faillites. Faire la place se dit, dans le Commerce, de Commis qui vont offrir des marchandises à des magasins de détail ou à des particuliers. Il se dit aussi des Élèves architectes qui, tout en poursuivant leurs études, vont travailler chez un patron comme dessinateurs apprentis.

PLACE désigne encore une Ville de guerre ou de garnison. Place forte. Place frontière. Place maritime. Reconnaître, assiéger, attaquer, investir, bloquer une place. Emporter une place d'assaut. Démanteler une place. La garnison d'une place. Le commandant de place. Place d'armes, Terrain destiné à des revues, à des exercices militaires. Dans cette ville il y a une très belle place d'armes. Place d'armes se dit aussi de la Partie des tranchées dans laquelle on réunit les troupes destinées à repousser les attaques ou à donner l'assaut. Place d'armes se dit encore de la Ville frontière où est le dépôt principal des vivres, des munitions de l'armée, et sous laquelle les troupes peuvent se retirer en cas de besoin.

SUR PLACE, SUR LA PLACE, loc. adv. À l'endroit même. S'agiter, piétiner, tourner sur place. Avancer sur place se dit d'un Fonctionnaire qui, sans changer de résidence, passe à une classe supérieure. Il est demeuré deux mille hommes sur la place, Deux mille hommes ont été tués sur le lieu où s'est donné le combat. Tomber mort sur la place, Tomber mort sur-le-champ. Sur la place signifie aussi À terre, par terre. Du premier coup de poing, il l'a étendu sur la place.

Place : définition du Littré (1872-1877)

PLACE (pla-s') s. f.
  • 1Espace, lieu public découvert et environné de bâtiments (ce qui est le sens étymologique). Aristarque se transporte dans la place avec un héraut et un trompette ; celui-ci commence, toute la multitude accourt et se rassemble, La Bruyère, IX. Après avoir fait achever le pont Neuf, commencé sous Henri III… il [Henri IV] fit bâtir la place Royale sur l'emplacement de l'hôtel des Tournelles, et la place Dauphine sur deux petites îles qu'on joignit ensemble, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 17, dans POUGENS.

    On dit dans le même sens : place publique. Les uns assassinés dans les places publiques, Corneille, Cinna, I, 3. Les hommes, toujours au travail, ou dans la place publique, ne se tenaient guère dans les maisons, Montesquieu, Rom. 1.

    Dévots de place, hypocrites qui font parade de leur dévotion comme sur une place. Que ces francs charlatans, que ces dévots de place…, Molière, Tart. I, 6.

    Place de fiacres, de cabriolets, endroit où stationnent les voitures à l'usage du public. La tête, la fin de la place. Une voiture de place. Un cabriolet de place.

  • 2Place marchande, place commode pour vendre de la marchandise.

    Être en place marchande, être dans une place où l'on peut bien vendre, et fig. Être dans un lieu où l'on ne peut manquer d'être vu.

    Fig. Nous ne sommes pas en place marchande, nous ne sommes pas en lieu convenable pour traiter d'affaires.

  • 3Place d'armes, terrain libre et spacieux où s'assemble la garnison d'une ville de guerre.

    Se dit aussi, dans un camp, du lieu où la troupe campée vient s'assembler.

    Place d'armes d'une attaque ou d'une tranchée, poste où on loge de la cavalerie et de l'infanterie pour s'opposer aux sorties de la garnison et favoriser le travail des tranchées.

    Place d'armes d'un fossé sec, espèce de chemin couvert qui en traverse toute la largeur.

    Places d'armes du chemin couvert, espaces pratiqués à ses angles saillants et rentrants pour assembler les soldats.

    Places basses, les casemates et les flancs de bastion qui défendent le fossé et la courtine.

    Place d'armes se dit aussi d'une ville frontière où est le dépôt principal des vivres, des munitions, etc.

    Terme de marine. Dans les anciens navires, place d'armes, partie du gaillard d'arrière comprise entre le grand mât et l'entrée de la dunette, où était le corps de garde, Jal

  • 4En général, lieu découvert, espace libre. Les lieux où des feux étaient allumés et les bêtes déchaînées, s'appelaient, en la langue de la primitive Église, la place où l'on donne les couronnes, Guez de Balzac, Socr. chrét. III. Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces ? Corneille, Hor. V, 3. Je me représente la vaste enceinte des sciences, comme un grand terrain parsemé de places obscures et de places éclairées, Diderot, Interprét. de la nat. n° 14.

    Sur la place, à terre, par terre. Un coup de bâton l'étendit sur la place. Il fallait à la justice divine un nombre infini de victimes ; elle voulait voir onze cent mille hommes couchés sur la place, dans le siége d'une seule ville [de Jérusalem par Titus], Bossuet, Sermons, Bonté et rigueur de Dieu, 2.

    On dit quelquefois dans le même sens : au milieu de la place. Cela est tombé au milieu de la place.

    Demeurer, rester sur la place, être jeté à terre et y rester étendu, mort ou non. Je tombe, et hors de moi demeure sur la place, Rotrou, Vencesl. IV, 2. Il y eut près de cinq mille hommes de l'armée de Nicanor qui demeurèrent sur la place, Sacy, Bible, Machab. I, VII, 32.

    Fig. Demeurer sur la place, avoir le dessous. Enfin, mon cher maître, voilà la bataille engagée, et le signal donné : il faut que Shakspeare ou Racine demeure sur la place, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 20 août 1776.

    Par la place, à terre, par terre. À certains endroits vous jetterez le livre [du P. Maimbourg] par la place, Sévigné, 1er déc. 1675.

    Terme d'eaux et forêts. Places vaines et vagues, terrains qui ne produisent rien ; vides d'une grande étendue dans une forêt. Place vide, clairière absolument sans bois.

    Terme de manége. Endroit où on se trouve étant à cheval. Arrêter sur la place ou sur place.

    Espace qui est entre deux poteaux dans une écurie, pour loger un cheval.

  • 5Espace qu'occupe ou que peut occuper une personne. Une place au parterre, dans un wagon, etc. Je n'ai pu trouver de place, trouver place au concert. Faites-moi une petite place auprès de vous. Il me gardait une place. J'ai payé votre place. Carlos, voulant s'asseoir parmi les comtes, et empêché par Don Manrique : J'ai vu la place vide, et cru la bien remplir. - Don Manrique : Un soldat bien remplir une place de comte ! Corneille, Don Sanche, I, 3. Mien, tien : c'est là ma place ou soleil ; voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre, Pascal, Pens. VI, 50, éd. HAVET. Je pense qu'elle [Mme de Gèvres] s'attendait que je lui dusse offrir ma place ; ma foi, je lui devais une incivilité de l'autre jour ; je la lui payai comptant, et ne branlai pas, Sévigné, 27. Mme Scarron se souvint avec combien d'esprit vous aviez soutenu autrefois une mauvaise cause, à la même place et sur le même tapis où nous étions, Sévigné, 6 janv. 1672. La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place, Bossuet, Duch. d'Orl. Elle va descendre à ces sombres lieux… avec ces rois et ces princes anéantis, parmi lesquels à peine peut-on la placer, tant les rangs y sont pressés, tant la mort est prompte à remplir ces places, Bossuet, ib. L'infidèle s'est vu partout envelopper, Et je n'ai pu trouver de place pour frapper, Racine, Andr. V, 3. Il se met le premier à table et dans la première place, La Bruyère, V. Il [Giton, le riche] occupe à table et à la promenade plus de place qu'un autre, La Bruyère, VI. Il [Phédon, le pauvre] n'occupe point de lieu, il ne tient point de place, il va les épaules serrées, La Bruyère, ib.

    Fig. Tenir une grande place, être un personnage considérable. Le voilà donc mort, ce grand ministre [Louvois], cet homme si considérable, qui tenait une si grande place, dont le moi, comme dit M. Nicole, était si étendu, Sévigné, 26 juillet 1691.

    Il est aujourd'hui la Saint-Lambert, qui quitte sa place la perd (voy. LAMBERT).

    Prendre place, s'asseoir. Mes enfants, prenez place, Corneille, Rodog. II, 3. À la table d'Esther l'insolent près du roi A déjà pris sa place, Racine, Esth. III, 3.

    Demeurer en place, ne pas bouger. J'ai peine, je l'avoue, à demeurer en place, Et de mille soucis mon esprit s'embarrasse, Molière, Éc. des f. IV, 1.

    Ne pas tenir en place, aimer à voyager. Vous savez, grand dieu du Parnasse, Que je ne me tiens guère en place, Regnard, Ménechmes, Prologue.

    Ne pas tenir en place, s'agiter, marcher, par impatience ou par allégresse. Non, j'entendrai debout ; vous savez qu'en parlant je ne saurais tenir en place, Beaumarchais, Mère coupable, IV, 13. Je ne tiens pas en place, je me sens heureux et léger, Picard, Vieille tante, IV, 1.

    La place n'est pas tenable, on ne saurait y demeurer sans y souffrir.

    Tenir la place de, occuper la place. Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place, Pascal, Prov. X. À ce Christ, à cet homme-Dieu, à cet homme qui tient sur la terre, comme parle saint Augustin, la place de la vérité, Bossuet, Hist. II, 6.

    Faire place à quelqu'un, se ranger afin qu'il passe ; lui donner une place auprès de soi ou lui céder celle qu'on occupe. Tyran, descends du trône et fais place à ton maître, Corneille, Héracl. I, 2. À ces mots La médiocrité revient ; on lui fait place, La Fontaine, Fabl. VII, 6. Allons, mon gentilhomme, une superbe audace ! Un train de roi ! cet air qui dit : faites-moi place ! Delavigne, les Enfants d'Édouard, II, 3.

    Faire place, céder. Tout fit place à mes armes, Racine, Bérén. II, 2.

    Faire faire place, faire écarter la foule. Dorus passe en litière par la voie Appienne, précédé de ses affranchis et de ses esclaves, qui détournent le peuple et font faire place, La Bruyère, VI.

    Se faire place, écarter, pour passer, ceux qu'on a devant soi. À qui veut fortement les choses, nul obstacle n'est invincible ; un génie appliqué perce tout, se fait faire place, arrive enfin à son but, Bossuet, 3e sermon, Pentec. I. Là le chantre à grand bruit arrive et se fait place, Boileau, Lutr. V.

    Quitter la place, céder la place, se retirer. Il [Pomenars] est si hardi et si effronté que tous les jours du monde il fait quitter la place au premier président, Sévigné, 77. Finissons là, de grâce : Allez-vous m'en parler ? je vous cède la place, Gresset, le Méch. I, 4.

    Place, place ! rangez-vous, laissez passer. Place ! place ! voici le grand Japhet, Scarron, D. Japhet, III, 4. Place à Mathieu Crochet, Regnard, le Bal, 19.

    En place, loc. elliptique, pour : restez en place, ou remettez-vous en place. En place les danseurs. On dit dans le même sens : à vos places.

    Faire place nette, vider le logement qu'on occupait dans une maison.

    À la place de, au lieu de. Et qui des rois, hélas ! heureux petit moineau, Ne voudrait être en votre place ! Molière, Mélicerte, I, 5. La Garde veut toujours que, si M. de Grignan ne vient pas, vous veniez à sa place, Sévigné, 15 déc. 1673. Et toujours la créature adorée à la place du créateur, Bossuet, Hist. II, 12. La loi se met à la place de celui qui est offensé, et demande pour lui la satisfaction que, dans un moment de sang-froid, il aurait demandée lui-même, Montesquieu, XXX, 19.

    Fig. Se mettre en ou à la place de quelqu'un, se supposer dans l'état, la situation où il se trouve. Mettez-vous en ma place, représentez-vous les circonstances… et dites-moi votre avis, Sévigné, 7 févr. 1689. Il se mettait volontiers en la place des autres, ce qui produit l'équité et l'indulgence, Fontenelle, Boerhaave. Il n'est pas dans le cœur humain de se mettre à la place des gens qui sont plus heureux que nous, mais seulement de ceux qui sont plus à plaindre, Rousseau, Émile, IV. Figaro : On fait comme on peut : mettez-vous à ma place. - Bartholo : Me mettre à votre place ! ah ! parbleu, je dirais de belles sottises, Beaumarchais, le Barb. de Sév. III, 5. On dit dans un sens analogue : mettre en la place de. Que la compassion soit un retour vers nous-mêmes qui nous mette en la place des malheureux, La Bruyère, IV.

    À la place de, en supposant qu'on fût dans la position de celui dont il s'agit. Je n'ai rien fait, monsieur, que vous n'eussiez fait à ma place, Molière, Festin, III, 5. À votre place, je prendrais mon parti, j'abandonnerais tout ce tripotage, Th. Leclercq, Prov. t. IV, p. 259, dans POUGENS.

    On dit, dans un sens analogue : être dans la place de quelqu'un. Si j'étais dans votre place, je ne jouerais plus, Hamilton, Gram. 3.

    Je ne voudrais pas être à sa place, se dit de quelqu'un qui est dans une situation embarrassante, ou menacé de quelque événement fâcheux.

    Fig être en place de, être à même de. Vous qui êtes en place de sentir ces désagréments, Sévigné, 18 janv. 1690.

    En termes de pratique, subroger quelqu'un en son lieu et place.

  • 6Espace qu'occupe ou que peut occuper une chose. Ranger chaque chose à sa place, en sa place. Changer des meubles de place. C'était là la place de sa maison. Il n'y a pas de place ici pour tous ces livres. La place d'une blessure. Au vestibule obscur il marque une autre place, Boileau, Art p. IV. Et, marquant à mon bras la place de son cœur, Semblait d'un coup plus sûr implorer la faveur, Racine, Mithr. V, 4. Ses amis s'apercevaient de la place qu'ils avaient dans son cœur, par celles que leurs portraits occupaient dans sa chambre [le chevet du lit, le dessus de la porte, l'antichambre et le grenier], Mme de Caylus, Souvenirs, p. 123, dans POUGENS. Alexandre voyait la terre comme une belle place bien propre à y établir un grand empire, Fontenelle, Mond. 3e soir.

    En termes d'architecture, emplacement, lieu propre pour bâtir.

    En place, dans la place qui est destinée à un objet. Il faut voir les choses en place, Lamotte, Fabl. I, 15.

    Fig. Tenir une grande place, se dit des choses qui prennent une grande part du temps ou de l'intérêt. Recevoir des lettres, y faire réponse, tient une grande place dans notre vie, Sévigné, 582.

    Tenir place de quelque chose, en être l'équivalent. C'est une chose étrange qu'il n'y ait rien dans la nature qui n'ait été capable de lui [à l'homme] en tenir la place [de Dieu] : astres, ciel, terre, élément, plantes, choux…, Pascal, Pens. VIII, 2.

    Faire place, être substitué à. Les bois font place aux champs, Bossuet, Hist. I, 2. Le jour neuf fois a fait place à la nuit, Depuis qu'aux bords voisins sa flotte l'a conduit, Delavigne, Vêpres siciliennes, I, 1.

    Faire place, passer après. Tout fait place à ce commerce [de lettres], Sévigné, 192.

    Prendre la place de, succéder à. La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle, Bossuet, Mar.-Thér.

    Fig. Un esprit hors de sa place, se dit d'un esprit troublé d'une façon quelconque. J'ai l'esprit un peu hors de sa place, Sévigné, 147. Je me suis souvenu de l'étonnement où vous en étiez [de la mort de Madame], et comme votre esprit en était hors de sa place, Sévigné, 8 juill. 1671.

    À la place de, dans le lieu occupé par. Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent, Mettez une pierre à la place ; Elle vous vaudra tout autant, La Fontaine, Fabl. IV, 20. On ne persuade pas facilement aux hommes de mettre leur raison en la place de leurs yeux, Fontenelle, Mond. 6e soir. Je ne vous parlerai point de frère Thiriot ; il a mis l'indifférence à la place de la philosophie, Voltaire, Lett. Damilaville, 16 avr. 1764.

    Laisser place, permettre. Mes soins à vos soupçons ne laissent pas de place, Racine, Brit. V, 3. Pompée a saisi l'avantage D'une nuit qui laissait peu de place au courage, Racine, Mithr. II, 3. Hélas ! de tant de maux les atteintes cruelles Laissent donc place encore à des larmes nouvelles ! Voltaire, Orphel. I, 6.

    Ce fait, cette réflexion trouvera place, aura place dans l'ouvrage, il en sera fait mention.

  • 7La situation, le rang qui convient ou appartient à une personne. Les pilotes du fils d'Éson, Dont le nom jamais ne s'efface, Ont gagné la première place En la fable de la toison, Malherbe, III, 3. La place de Mme de Maintenon est unique dans le monde, Sévigné, 27 sept. 1684. Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle, Bossuet, Reine d'Anglet. Toutes les fois que, regardant cette grande place qu'elle remplissait si bien, vous sentirez qu'elle y manque, Bossuet, Duch. d'Orl. Quoique le roi d'Angleterre sût que la princesse sa sœur, recherchée de tant de rois, pouvait honorer un trône, il lui vit remplir avec joie la seconde place de France, que la dignité d'un si grand royaume peut mettre en comparaison avec les premières du reste du monde, Bossuet, ib. J'espérais que, fuyant un indigne repos, Je prendrais quelque place entre tant de héros, Racine, Baj. II, 5. Quand je suis dans une situation qui demande de la force et du courage, il me semble que je me trouve presque à ma place, Montesquieu, Lysim. Lorsque les rois de Macédoine obtinrent une place parmi les amphictyons, Montesquieu, Esp. IX, 2. Les places que la postérité donne sont sujettes, comme les autres, aux caprices de la fortune, Montesquieu, Rom. 1. L'homme n'est point une énigme, comme vous vous le figurez pour avoir le plaisir de la deviner ; l'homme paraît être à sa place dans la nature, Voltaire, Pens. Pascal, III.

    Avoir place dans l'histoire, tenir sa place dans l'histoire, être mentionné, être célèbre dans l'histoire.

    Cet homme n'est pas à sa place, il n'est pas dans la situation, dans l'emploi qui lui convient. Chacun se plaint, nul n'est à sa place, Massillon, Carême, Dégoûts.

    Fig. Se tenir à sa place, ne pas se tenir à sa place, observer, ne pas observer les bienséances qu'exige sa condition, son état.

    Tenir sa place, figurer convenablement, remplir un rôle convenable. M. et Mme de Grignan tiendraient fort bien leur place à la cour, Sévigné, 399. Quand l'espérance voudra se mêler à ces pensées, elle y sera la très bien venue et y tiendra sa place admirablement, Sévigné, 340.

    Remettre quelqu'un à sa place, lui faire sentir qu'il s'écarte des convenances, des bienséances.

  • 8Il se dit, dans un sens analogue, du rang donné aux choses. On souffre bien des douleurs inutiles dans l'éloignement, et jamais notre joie ni notre tristesse ne sont à leur place, Sévigné, 15 mars 1676. Quand on est si loin, on ne fait quasi rien, on ne dit quasi rien qui ne soit hors de sa place, Sévigné, 6 déc. 1671. Cette petite nouvelle… a paru une misère qui n'a pas tenu sa place devant la mort de M. de Turenne, Sévigné, 26 août 1671. Un retour à la volonté de Dieu… remet la raison à sa place et fait prendre patience, Sévigné, 30 nov. 1689. Il faut… que… j'accoutume votre esprit à mettre ces événements dans leur place, sans y regarder autre chose que l'ordre des temps, Bossuet, Hist. Dessein génér. Malherbe… D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, Boileau, Art p. I. Les belles choses le sont moins hors de leur place, La Bruyère, XIV.

    Être à sa place, se dit d'une chose qui est dans de justes convenances. Je ne suis point blessée de toutes les choses qui sont à leur place, Sévigné, 11 nov. 1671. Rien n'est plus à sa place que d'être protégée par un gendre, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 15 déc. 1715. C'est en ce moment que la réserve et la gravité sont à leur place, Rousseau, Ém. IV.

    Cela n'est pas tout à fait à sa place, se dit, par adoucissement, d'une action, d'une parole manquant de convenance. Je ne sais s'il était à sa place de permettre sur le théâtre français de couvrir de ridicule des esprits qui font assurément honneur à la nation, Mme de Puisieux, Ridic. à la mode, p. 292, dans POUGENS.

  • 9 Fig. Place se dit de l'intérêt, de l'attachement, de l'estime, de l'amour qui occupent l'esprit, le cœur. Ne me refusez pas une place dans votre amitié. Et que serait heureux qui pourrait aujourd'hui Disputer cette place [dans le cœur] et l'emporter sur lui ! Corneille, Nicom. I, 2. Il n'est plus temps, madame, une autre a pris la place, Molière, Fem. sav. IV, 2. Et [je] ne veux nulle place en des cœurs corrompus, Molière, Mis. I, 1. Il ne faut point d'art ni d'étude [pour recevoir l'impression de la beauté] ; il semble même que nous ayons une place à remplir dans nos cœurs et qui se remplit effectivement, Pascal, Pass. de l'amour. S'il y a une petite place de reste dans votre cœur, vous me ferez un plaisir extrême de me la donner ; car vous en avez une très grande dans le mien, Sévigné, 3. Je le prie [le P. Gaillard] de ne me point oublier ; je suis flattée de la pensée d'avoir une place dans une si bonne tête, Sévigné, 29 déc. 1688. L'ingrate en mon cœur reprit bientôt sa place, Racine, Andr. I, 1. Toutes les places sont prises auprès des beautés de la cour, Hamilton, Gram. 6.

    Obtenir une place dans le cœur, dans l'estime de quelqu'un, être aimé, estimé de lui.

  • 10Dignité, fonction, charge, emploi. Une si haute place, Corneille, Cinna, I, 1. Richelieu sembla montrer son successeur à la France ; et Mazarin s'avançait secrètement à la première place, Bossuet, le Tellier. Est-on, disait-il, dans les places pour se reposer et pour y vivre ? ne doit-on pas sa vie à Dieu, au prince et à l'État ? Bossuet, ib. M. de Colbert est mort, et M. le président Pelletier va remplir sa place, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 7 sept. 1683. L'on se présente pour les charges de ville, l'on postule une place dans l'Académie française, La Bruyère, VIII. On pensa à moi pour une place ; mais, par malheur, j'y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint, Beaumarchais, Mar. de Fig. v, 3.

    Prendre la place de, s'emparer de la dignité de. Il n'a défait Tryphon que pour prendre sa place, Corneille, Rodog. II, 3.

    On dit dans un sens analogue : se mettre en la place de. Ne croyez point pourtant que, semblable à Pharnace, Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place, Racine, Mithr. I, 2.

    Prendre la place de, succéder à, remplacer.

    Mettre à la place de, remplacer par. Asdrubal mourut, et Annibal, quoiqu'il n'eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place, Bossuet, Hist. I, 8.

    Les grandes places, les hauts emplois dans le gouvernement. Il avait appris d'un politique philosophe, que les grandes places sont comme les rochers escarpés, qu'il n'y a que les aigles et les reptiles qui y parviennent, D'Alembert, Éloges, l'abbé de Choisy. L'habitude des affaires apprend à mal penser des hommes ; et cette mauvaise opinion de l'humanité est un malheur attaché aux grandes places, Condorcet, Maurepas.

    Un homme en place, un homme qui exerce un emploi important dans l'administration. Il faut plaire aux femmes et aux hommes en place, se mêler des plaisirs et des affaires, Vauvenargues, Max. LX. Les gens en place sont, au fond, beaucoup plus modestes qu'on ne le croit ; car ils supposent toujours que les louanges qu'on leur donne sont intéressées, Genlis, Mlle de la Fayette, p. 190, dans POUGENS.

    Être en place, être dans un emploi, dans une charge qui donne de l'autorité, de la considération. On dit : être en place, depuis que M. un tel est en place, pour dire : depuis qu'il est pourvu de quelque emploi qui lui donne de l'autorité ou du crédit ; toutes ces nouvelles façons de parler sont bonnes, Caillières, Mots à la mode, Convers. I.

    Rester en place, conserver son emploi.

    Perdre sa place, être destitué.

    Être sans place, n'avoir point d'emploi.

    Être hors de place, avoir été dépouillé de son emploi.

  • 11Place se dit d'un domestique en service. Être en place. Une bonne place. être sans place.
  • 12 Terme de collége. Rang qu'un élève obtient par sa composition. On a donné les places ; il est le premier.

    Une bonne place, une place parmi les premiers. Cet élève a toujours de bonnes places.

  • 13Le lieu du change, de la banque ; l'endroit où les négociants s'assemblent pour y traiter les affaires de leur commerce. Ils [des financiers] étaient des plus riches et pécunieux de la place, Mém. duc d'Orl. depuis 1608, p. 137, dans LACURNE. Après vingt ans entiers qu'on me débite dans la place [qu'on vend mes ouvrages], La Bruyère, XII. Il y avait, ce jour-là, de compte fait, cinquante trois religions sur la place [la bourse d'Amsterdam], en comptant les arméniens et les jansénistes ; on fit pour cinquante-trois millions d'affaires le plus paisiblement du monde, Voltaire, Facéties, Pot-pourri, 5.

    Avoir du crédit sur la place, avoir du crédit parmi les gens de banque, de commerce d'une ville. Je crois que sa fortune et la vôtre sont toutes faites, et son papier a sur la place un crédit…, Dancourt, les Agiot. III, 6.

    Jour de place, un des jours où les négociants d'une ville ont coutume de s'assembler.

    Faire la place, se dit d'un commis qui va dans toute une ville offrir les marchandises de son patron aux autres commerçants, ou conclure des traités avec eux.

    Par extension, place, tout le corps des négociants, des banquiers d'une ville. Cette grande faillite a mis la place en émoi.

  • 14Place se dit d'une ville, d'une localité. M. de Rével est parti ce matin pour aller voir Brest, qui est présentement la plus belle place qu'on puisse voir, Sévigné, 569.
  • 15Place forte ou place fortifiée, ou, simplement, place, ville défendue, protégée par des remparts capables de soutenir un siége. Les ordres avaient été donnés au connétable Wrangel pour entrer dans les États de l'électeur de Brandebourg, et même pour aller droit à Berlin, qui n'est pas une place de grande défense, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 211, dans POUGENS. Elle assiége et prend d'assaut une place considérable, Bossuet, Reine d'Anglet. Le prince, par son campement, avait mis en sûreté non-seulement toute notre frontière et toutes nos places, mais encore tous nos soldats : il veille, et c'est assez, Bossuet, Louis de Bourbon. Elle trahit mon père, et remit aux Romains La place et les trésors confiés à ses soins, Racine, Mithr. I, 1. Louvois voulait que tout fût place et garnison ; c'était là son génie, c'était aussi le goût du roi, Voltaire, Louis XIV, 11. Il [Louis XIV] construisit ou répara cent cinquante places de guerre, Voltaire, ib. 29. Cohorn et Vauban ouvrirent les yeux à l'Europe sur l'art de défendre, mais surtout d'attaquer les places, Raynal, Hist. phil. XIX, 4.

    Fig. Enfin cette beauté m'a la place rendue, Malherbe, V. 4. Je sens qu'elle [ma vertu] chancelle et défend mal la place, Corneille, Hor. II, 5. Ouvrez mon cœur, Seigneur ; entrez dans cette place rebelle que les vices ont occupée, Pascal, Prière. Je suis fort aise, comme vous, de la diversion que la goutte fait aux entrailles de M. de Grignan ; Dieu conserve le dedans de cette place, et empêche les dehors d'être si terriblement insultés ! Sévigné, 5 oct. 1689. En remontant des phénomènes les plus sensibles par une exacte analyse de tous les dehors de la nature, je me flatte de parvenir bien plus sûrement au corps intérieur de la place, Le P. Castel, dans Mém. de Trévoux, 1725, t. I, p. 296.

  • 16Ustensile de fer enfoncé par le pied dans un gros bloc de bois, qui sert comme d'établi au cloutier pour fabriquer les clous.

HISTORIQUE

XIe s. Nus remaindrons [demeurerons] en l'estal [debout] en la place, Ch. de Rol. LXXXV. [Ils] Vienent ad Ais, descendent en la place, ib. CCLXXXIX.

XIIe s. Enmi la place [il] l'abat tout estendu, Ronc. p. 61. Sur une verte place unt le rei atendu, Th. le mart. 118. Li veillart sont oscis es places, Machab. I, 2.

XIIIe s. Ele [Troie] fu jà de moult grant signorie ; Or n'i puet on que la place trover, Quesnes, Romancero, p. 108. Or li convient guerpir [quitter] la place, Se il ne velt lessier la pel, Renart, 2448.

XIVe s. En la plache vinrent tout droit Là ù je m'estoie arresteis, Jean de Condé, t. III, p. 3. Es gieuz que l'en fait es places publiques, Oresme, Eth. 308. Les tisserans avoient plache en la ville de Rouen pour eus alouer, jouste une maison que l'en appelle Damiette, Du Cange, placea.

XVe s. Allons ! allons ! celle ribaudaille ont tué notre heraut ; mais il leur sera cher comparé [vendu], ou nous demeurerons tous sur la place, Froissart, II, II, 207. [Les six bourgeois de Calais agenouillés aux pieds d'Édouard implorent sa pitié] Certes il n'y eut adonc en la place seigneur, chevalier, ni vaillant homme qui se pust abstenir de pleurer, Froissart, I, I, 321. Leur vaillant capitaine, qui mie ne s'y espargnoit, ains y tenoit si bien sa place, que nul tant n'y traveilloit, Bouciq. I, 32. Tant bat-on place, qu'elle est prise, Villon, Ball.

XVIe s. Parmy les soldats, où la peur debvroit trouver moins de place, Montaigne, I, 61. En la mesme place [endroit] où il avoit livré bataille…, Montaigne, I, 261. Retirant et ostant les garnisons qu'il avoit mises ès fortes places, Amyot, Pélop. 64. Il en fut destitué [de sa charge], et mis un autre en sa place, pour…, Amyot, Marcel. 5. Les senateurs luy firent place, et le receurent entre eulx, Amyot, Flam. 38. Bien de sa place part qui son amy y laisse, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PLACE. Ajoutez :
17Place de commerce, ville où se font beaucoup d'affaires commerciales.
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Place : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PLACE, LIEU, ENDROIT, (Synonym.) lieu marque un total d’espace ; endroit n’indique proprement que la partie d’un espace plus étendu ; place insinue une idée d’ordre & d’arrangement. Ainsi l’on dit le lieu de l’habitation ; l’endroit d’un livre cité ; la place d’un convive, ou de quelqu’un qui a séance dans une assemblée.

On est dans le lieu, on cherche l’endroit, on occupe la place.

Paris est le lieu de toute la France le plus agréable ; les espions vont dans tous les endroits de la ville ; les premieres places ne sont pas toujours les plus commodes.

Il faut, tant qu’on peut, préférer les lieux sains, les endroits connus, & les places convenables. Gitard.

Le mot place a un grand nombre d’acceptions différentes : on dit la plaine S. Denis seroit une belle place pour donner bataille ; c’est en greve que se font les exécutions, j’évite de passer par cette place ; il a eu la maison pour rien, car il n’a payé que la place ; vous n’aurez pas assez de place pour le monde que vous vous proposez de recevoir ; vous n’aurez pas de place au sermon si on ne vous la retient ; je ne voudrois pas être à la place de cet homme qu’on loue tant ; il est resté mort sur la place ; il aura place dans l’histoire ; la place est bonne, elle tiendra long-tems ; l’étapier a tant de places à fournir par compagnie ; ne prenez pas la place d’honneur, si vous n’avez un titre qui vous la décerne ; le mépris a pris la place de l’estime ; dans ce monde tout est à sa place, on ne conçoit pas qu’il en puisse être autrement ; il occupe une belle place ; combien ces effets valent-ils sur la place ? la place de Lyon est une des meilleures de France ; on l’a subrogé en lieu & place du titulaire, &c.

Place, (Jurisprud.) ce terme a dans cette matiere plusieurs significations différentes.

Place se prend souvent pour le lieu où l’on siege dans un tribunal ou autre assemblée.

Quelquefois place se prend pour le rang, ou pour la dignité même de celui qui occupe, comme la place de chancelier, celle de premier président.

On entend aussi par le terme de place certains états & offices qui ne sont point vénaux, comme la place de conseiller d’état.

Place signifie quelquefois un terrein vain & vague, comme une place à bâtir, une place qui est ordinairement en pascage.

On appelle place publique, celle qui est destinée pour l’usage public, comme sont les marchés, ou comme les places de décoration & celles destinées pour les réjouissances publiques, & pour les exécutions de justice.

On appelle encore place, un certain espace de terrein où des marchands & débitans exposent leurs marchandises, comme font les Boulangers & les marchandes de poisson & de légumes dans les marchés. Ces places dépendent la plupart du domaine ; en quelques marchés il y en a qui dépendent des seigneurs hauts justiciers.

On dit aussi une place de barbier, c’est-à-dire l’état de barbier ; ces places ne sont point des offices.

Les places monachales sont les lieux destinés à loger & entretenir un certain nombre de religieux : ces places ne sont point des bénéfices ; mais quand un monastere est fondé pour tant de religieux, le chapitre général peut obliger ce monastere de recevoir des religieux à proportion du nombre qu’il y a de places vacantes. Voyez Couvent, Monastere, Religieux. (A)

Place, s. f. (Archit.) espace de figure réguliere ou irréguliere, destiné pour bâtir : on l’apelloit anciennement parterre.

Place publique, grande place découverte, entourée de bâtimens, pour la magnificence d’une ville ; comme les places de Vendôme, Royale, des Victoires à Paris ; de Bellecourt, à Lyon ; de S. Charles, à Turin, &c. ou pour l’utilité, telle qu’une halle, un marché ; ainsi, par exemple, que la place Navonne, à Rome.

On proportionne la grandeur des places publiques, pour ce dernier usage, au nombre des habitans d’une ville, afin qu’elle ne soit pas trop petite si beaucoup de personnes y ont affaire, ou qu’elle ne paroisse pas trop vaste si la ville n’est pas beaucoup peuplée.

Les places publiques des Grecs sont quarrées, & il y a au-tour de doubles portiques, dont les colonnes serrées les unes contre les autres, soutiennent des architraves de pierre ou de marbre, avec des galeries au-dessus. C’est sur ces galeries, & dans ces portiques que se plaçoient les spectateurs pour voir le combat des gladiateurs qu’on donnoit autrefois dans ces places. Daviler. (D. J.)

Place, en terme de guerre, est un mot générique, qui signifie toutes sortes de forteresses ou l’on peut se défendre. Voyez Forteresse.

En ce sens l’on peut dire que c’est un lieu tellement disposé, que les parties qui l’entourent se défendent & se flanquent mutuellement. Voyez Fort & Fortification.

Place forte ou place fortifiée, est un lieu flanqué & couvert de bastions. Voyez Bastion & Forteresse.

Place réguliere, est celle dont les angles, les côtés, les bastions, & les autres parties sont égales. Elle prend ordinairement son nom du nombre de ses angles ; on l’appelle un pentagone, un hexagone, &c. Voyez Pentagone, Hexagone, &c. Voyez aussi Régulier. Palmanova, bâtie par les Vénitiens, est un dodécagone. Voyez Dodécagone.

Une place irréguliere, est celle dont les côtés & les angles sont inégaux. Voyez Fortification irréguliere.

Place d’armes, en fortification, c’est une place forte, choisie pour être le principal magasin d’une armée.

Place d’armes, dans une ville ou dans une garnison ; c’est un grand espace de terrein, ouvert ordinairement vers le centre, où l’on assemble les soldats pour les fonctions militaires, comme pour monter la garde, faire les revues, & en cas d’allarmes, pour y recevoir les ordres du gouverneur ou du commandant. Voyez Garnison. Chambers.

Ces sortes de places d’armes ont différentes figures dans les places irrégulieres, mais dans les régulieres, elles sont ordinairement ou quarrées, ou de la figure du polygone de la place. Une place d’armes quarrée est plus avantageuse, pour la régularité des maisons, que celle qui forme un autre polygone, parce que leur emplacement est alors rectangulaire, au lieu qu’il ne l’est point lorsqu’elle a une autre figure. Les principales rues de la ville doivent aboutir à la place d’armes, & l’on doit aussi de cette place pouvoir conduire les troupes aisément & promptement au rempart.

La grandeur des places d’armes est fort difficile à régler avec précision : car elle doit être relative à celle de la ville à la garnison, au nombre des habitans, & à la quantité du terrein dont on peut disposer. Une place d’armes, grande & spacieuse, a quelque chose de plus agréable qu’une petite. C’est un ornement pour la ville. D’ailleurs les principaux édifices, comme la grande église, l’hôtel-de-ville, le gouvernement ou la maison du gouverneur, ont ordinairement leur principale porte sur la place d’armes. Tout cela y attire un grand concours de monde. Lorsque les villes sont fort grandes, elles ont ordinairement plusieurs places d’armes ; mais la plus grande ou la principale en occupe presque toujours à-peu-près le centre. Suivant le livre de la Science des Ingenieurs, lorsque la ville ou la place est un pentagone, le côté du quarré de la place d’armes doit avoir 40 toises, 45 ou 50 si elle a six bastions ; 55 à 60 si elle en a sept, 70 ou 75 si elle en a huit ; & enfin 90 ou 95 si la place à onze ou douze bastions.

Place d’armes dans un siege, est une espece de tranchée parallele à la place, qui a été mise en usage par M. le maréchal de Vauban, & où l’on a toujours des soldats préparés à soutenir ceux qui travaillent aux approches contre les entreprises de la garnison. Voyez Paralleles ou Places d’armes.

Place d’armes particuliere dans une garnison, c’est une place proche de chaque bastion, où les soldats que l’on envoie de la grande place aux quartiers qui leur sont assignés, viennent relever ceux qui sont de garde ou qui sont au combat. Chambers.

Place d’armes dans un camp, est un grand espace à la tête d’un camp, pour y ranger l’armée en bataille. Il y en a aussi pour faire assembler chaque corps particulier. Voyez Camp.

Place d’armes d’une troupe ou d’une compagnie, c’est l’étendue du terrein sur lequel une troupe ou une compagnie se range en bataille. Voyez Troupe, &c.

Face d’une place Voyez Face
Feu de la place Feu
Tenaille de la place Tenaille
Chambers

Place d’armes dans le fossé sec, est une espece de chemin couvert que l’on y pratique, qui en traverse la largeur, & qui sert à augmenter la défense du fossé. Ces places ne consistent que dans un parapet perpendiculaire aux faces de demi-lunes, & autres ouvrages construits dans les fossés secs : elles occupent toute la largeur du fossé à l’exception d’un petit espace auprès de la contrescarpe qui est fermé par une barriere. Ce parapet est élevé de trois piés sur le niveau du fossé, lequel fossé est creusé dans cet endroit de la même quantité, il se perd en glacis comme celui du chemin couvert : il a aussi une banquette, & il est palissadé.

Place d’armes du chemin couvert, sont des espaces pratiqués à ses angle, rentrant & saillant, pour assembler les soldats nécessaires à la défense du chemin couvert, & faire des sorties sur l’ennemi. Les places d’armes des angles saillans sont appellées saillantes, & elles sont formées par l’arrondissement de la contrescarpe. A l’égard des places d’armes des angles rentrans, & qu’on appelle places d’armes rentrantes, elles se construisent ainsi. On prend 12 ou 15 toises de part & d’autre de l’angle rentrant du chemin couvert, & sur la ligne qui le termine vers la campagne. De l’extrémité S & T de chacune de ces lignes (Pl. I. des fortifications, fig. 5.), & de l’intervalle de 18 ou 20 toises, on décrit deux arcs qui se coupent dans un point V vis-à-vis l’angle rentrant du chemin couvert. On tire de ce point deux lignes, VS, VT, aux extrémités des 12 ou 15 toises prises sur le côté intérieur du chemin couvert. Ces lignes sont les faces des places d’armes. Les deux premieres lignes qui ne paroissent plus lorsque le plan est achevé, se nomment les demi-gorges. Il faut observer que l’angle que les faces des places d’armes font avec le chemin couvert, ne doit jamais être aigu, mais droit ou un peu obtus ; autrement les soldats placés le long des faces des places d’armes, pourroient en tirant, tuer ou estropier ceux qui seroient sur les branches voisines. Les places d’armes de M. le maréchal de Vauban, n’ont que 10 toises de demi-gorge, & 12 de face ; mais ces dimensions sont trop petites. De grandes places d’armes sont plus propres à être soutenues que de petites ; & d’ailleurs les faces en flanquent bien plus avantageusement les branches du chemin couvert. (Q)

Place fortifiée, Forteresse ou Fortification ; c’est une place bien flanquée & bien couverte d’ouvrages.

Les places fortifiées, selon la méthode des modernes, consistent principalement en bastions, courtines, & quelquefois en demi-bastions, selon la situation du terrein ; en cavaliers, remparts, fausses-braies, fossés, contrescarpes, chemins couverts, demi-lunes ou ravelins, ouvrages à corne, à couronne, rédans & tenailles. Voyez chacun de ces ouvrages à l’article qui est particulier à chacun d’eux, c’est-à-dire, voyez Fortification, Bastion, Courtine, Rempart, Cavalier, Fausse-braie, Fossé, &c. Chambers.

Toutes ces pieces sont composées d’un rempart & d’un parapet. Elles ont des bermes lorsqu’elles sont revêtues de gasons, & alors elles sont ordinairement fraisées. Voyez Berme, Fraises, &c.

Ces ouvrages sont composés de plusieurs parties qui ont différens noms ; ainsi un bastion est composé de faces, de flancs, de casemates, d’orillons, de gorges, une demi-lune, de demi-gorges, de faces & quelquefois de flancs ; un ouvrage à corne de demi-bastions & d’aîles, branches ou longs côtés, &c. Voyez les articles de tous ces différens ouvrages.

Places en premiere ligne, se dit dans l’Art militaire de celles qui couvrent les Provinces frontieres des états, & qui se trouvent par conséquent les plus exposées aux entreprises de l’ennemi. Celles qui forment une espece de seconde enceinte derriere la premiere, sont dites être en seconde ligne, & celles qui suivent, en troisieme ligne.

Les places en premiere & en seconde ligne, doivent être exactement fortifiées & disposées de maniere, qu’elles ferment absolument l’entrée du pays à l’ennemi. On doit s’attacher à faire ensorte qu’il n’y en ait aucune qui n’ait son utilité ; mais pour déterminer celles qui sont de cette espece, il faut outre une grande connoissance du pays, des vues supérieures pour juger de tout ce qu’un ennemi intelligent peut faire, & des situations propres à arrêter ses progrès. Les livres ne peuvent guères donner que des idées fort superficielles sur cet objet, c’est-à-dire quelques principes généraux dont il est aisé de convenir, comme par exemple, que la premiere maxime de la fortification, qu’il ne doit y avoir aucun endroit de l’enceinte d’une place, qui ne soit vu & défendu de quelqu’autre partie de cette enceinte, doit s’appliquer aux différentes places des frontieres des états ; qu’ainsi ces places doivent fermer tous les passages à l’ennemi, & être disposées de maniere qu’il ne puisse ni les éviter, ni pénétrer dans l’intérieur du pays pour en avoir forcé quelques-unes : ou bien comme ledit M. le comte de Beausobre dans la deuxieme partie de son commentaire sur Enée le tacticien, que la tactique, la fortification particuliere d’une place, & la fortification générale d’une frontiere, sont dans la même analogie. Ces principes, quoique assez exactement vrais en eux-mêmes, n’en souffrent pas moins de difficultés dans la pratique. Il y a tant de circonstances particulieres à examiner & à combiner pour les appliquer judicieusement, qu’on ne peut guere présumer d’y réussir parfaitement. Si l’on ajoute à cela les changemens que la guerre occasionne dans les frontieres & dans les intérêts particuliers des princes, on verra qu’il est presque impossible de parvenir & de déterminer exactement le nombre & la nature des places fortes qui doivent faire la barriere des grands états. On peut voir ce que M. de Beausobre dit sur ce sujet, dans l’ouvrage que nous venons de citer, & la maniere dont il répond à cette question qu’il se fait. Combien faut-il de places fortes dans un état, & quel doit être leur distribution & leur ordonnance ? (Q)

Place, reconnoître une (Art milit.) c’est en faire le tour avant que de l’assiéger, & remarquer avec soin les avantages & les défauts de son assiette & de sa fortification, afin de l’attaquer par l’endroit le plus foible. C’est un soin que le général doit prendre lui-même. On ne fait point de siege, qu’on n’aille auparavant reconnoître la place. Dict. milit. (D. J.)

Place, secourir une (Art. milit.) c’est faire lever le siege à une armée qui l’attaque. Le secours qu’on veut donner à une place assiégée, consiste ou en hommes, ou en munitions, ou en vivres. On proportionne la disposition du secours qu’on veut faire entrer. à la maniere qu’on desire qu’il soit, c’est-à-dire, que s’il ne s’agit que d’introduire dans la place un nombre d’hommes pour en fortifier la garnison, ou un convoi de vivres pour en augmenter les provisions, ou l’un & l’autre tout ensemble ; on tâche de le faire avant que les lignes de circonvallation soient parfaites. Les difficultés qu’elles opposent sont très-difficiles à surmonter ; elles ne sont cependant pas impossibles à vaincre, mais on ne peut donner des regles certaines sur cela. Il faut de nécessité que ce soit la disposition des lieux, & celle de l’ennemi qui en décident.

Celui qui conduit l’entreprise s’instruit si bien de ses dispositions, qu’il n’est pas besoin d’autre guide que de lui-même. Si ce sont des troupes qu’on veut jetter dans une place, il faut qu’il se souvienne que c’est de l’infanterie qui y est nécessaire, & non pas de la cavalerie. Les cavaliers qui sont chargés d’introduire de la poudre dans une place, ont soin de les mettre dans des sacs de cuir, de peur que la poudre, si on la mettoit dans sacs de toile, ne se répande le long du chemin.

La meilleure maniere de secourir les places, est d’y aller avec une bonne armée, pour combattre celle de l’assiégeant, de quelque maniere qu’elle soit portée, afin de la contraindre de lever le siege. Si dans cette occasion il y a une armée d’observation, ou si celle qui assiege sort des lignes pour venir au-devant pendant l’action, pourvu que l’occasion se présente de jetter des troupes ou d’autres secours dans la place, il en faut profiter à cause du succès incertain de l’entreprise. Cette action doit être concertée avec le gouverneur par le moyen des espions, afin que pendant son cours, il fasse de son côté des efforts pour donner tout ce qu’il a besoin pour faire une vigoureuse résistance.

Mais si l’ennemi ne sort point de ses retranchemens, & qu’il faille l’y forcer, un général a deux partis à prendre. Le premier est d’attaquer en lignes déployées une partie de la circonvallation, separée de l’autre par quelque riviere, ruisseau ou autre défilé, afin de n’avoir pas toutes les forces de l’ennemi à combattre ; ces corps ne manquent pas de profiter de leur absence pour pénétrer dans les lignes, & pousser, s’il est possible, jusqu’aux tranchées, ou du moins faire une puissante diversion. Le second parti est d’attaquer le retranchement par têtes de colonnes ; on les forme en divers endroits. Dans ce cas on choisit les plus foibles, d’où on puisse le plus aisément pénétrer jusqu’à la place.

Quelques mesures que l’assiégeant prenne, il ne lui est guère possible d’en prendre d’assez justes, pour s’opposer à ces sortes d’attaques ; car en faisant une disposition semblable, en opposant colonne contre colonne, il ne le peut sans être obligé de dégarnir presqu’entierement le derriere de ses parapets, & sans s’exposer à être emporté par ces endroits. Il est infiniment plus aisé à l’assaillant de donner le change, qu’il ne lui est facile de s’en garantir. (D. J.)

Places publiques de Rome, (Antiquités de Rome.) les Grecs & les Romains se sont distingués par leurs places publiques, monumens à jamais célebres de leur magnificence & de leur goût pour les arts.

Les places publiques chez les Grecs étoient quarrées, & avoient tout-autour de doubles & amples portiques, dont les colonnes étoient serrées, & soutenoient des architraves de pierre ou de marbre, avec des galeries en haut ; mais cela ne se pratiquoit point en Italie, parce que l’ancienne coutume étant de faire voir au peuple les combats de gladiateurs dans ces places, il falloit pour de tels spectacles, qu’elles eussent tout-autour des entre-colonnes plus larges ; & que sous les portiques, les boutiques des changeurs & les balcons au-dessus, eussent l’espace nécessaire pour faire le trafic, & pour la recette des deniers publics.

Il y avoit à Rome 17 places publiques nommées fora ; mais il y avoit 3 places publiques principales où les Romains rendoient la justice : 1°. la place romaine, forum romanum, qui étoit la plus ancienne & la plus fameuse de toutes, & dans laquelle étoient les rostres : 2°. la place de César, forum Julii Cæsaris : 3°. la place d’Auguste, forum Augusti. Ces deux dernieres ne furent ajoutées que pour servir de supplément à la place romaine, à cause du grand nombre de plaideurs & de procès, comme dit Suétone.

Ces trois places étoient destinées aux assemblées du peuple, aux harangues, & à l’administration de la justice. A ces trois places, on en ajouta encore deux autres ; l’une fut commencée par Domitien, & achevée par l’empereur Nerva, qui, de son nom, fut appellée forum divi Nervæ ; & l’autre fut bâtie par Trajan, & nommée de son nom, forum Trajani. Disons un mot de toutes ces fameuses places.

La place romaine, située entre le mont Palatin & le Capitole, comprenoit tout cet espace qui s’étendoit depuis l’arc de Septimus Severus, jusqu’au temple de Jupiter Stator. Du tems de Romulus, ce n’étoit qu’une simple place sans édifices & sans ornemens. Tullus Hostilius fut le premier qui l’environna de galeries & de boutiques. Après lui ses successeurs, ensuite les consuls & les autres magistrats l’embellirent tellement, que dans le tems de la république florissante, c’étoit une des plus belles places du monde : elle étoit entourée d’édifices magnifiques, avec des galeries soutenues de colonnes, & s’étendoit alors depuis le pié du mont Capitolin où étoit l’arc de Septimus, jusqu’à l’arc de Titus ; & depuis le bas du mont Palatin, jusqu’à la voie sacrée.

Ses principales parties étoient le lieu appellé comitium, le comice, où le peuple s’assembloit pour les affaires publiques. Les édiles & les préteurs y donnoient souvent des jeux pour divertir le peuple. Marcelius, fils d’Octavie, sœur d’Auguste, dont Virgile a fait un si bel éloge, le fit couvrir de toile l’année de son édilité pour la commodité des plaideurs, ut salubrius litigantes consisterent, pour me servir des termes de Pline ; Caton le censeur disoit au contraire, qu’il le falloit faire paver de pierres pointues, afin que les plaideurs n’y allassent pas si souvent, & qu’en y perdant patience, ils perdissent aussi l’envie de plaider. Dans ce lieu du comice ou de l’assemblée, il y avoit quatre basiliques, celle de Paulus, l’Opimia, où le sénat s’assembloit, la Julia, qui fut bâtie par Vitruve, & la Portia par Portius Caton.

A l’un des coins de cette place, au pié de la roche Tarpéienne, étoit cette grande & affreuse prison que fit faire Ancus Martius, & que Servius Tullius augmenta depuis de plusieurs cachots, d’où vient qu’on l’appella Tullianum. A l’entrée de la place, ou, comme dit Tacite, près du temple de Saturne, étoit la célebre colonne appellée milliarium aureum, d’où l’on commençoit les mesures des distances des milles d’Italie. Il y avoit aussi une galerie, ou comme un pont de marbre, que fit faire l’empereur Caligula, pour aller & venir du mont Palatin au capitole par la place romaine. Elle étoit soutenue par quatre vingt grosses colonnes de marbre blanc. La vieille place romaine est appellée aujourd’hui campo vacino, &c.

La place de César, étoit celle dont Jules César fit l’acquisition pour l’embellissement de Rome, & pour servir aux assemblées du peuple, il l’acheta cent millions de sesterces, qui valoient, selon le calcul de Budé en argent de France de son tems deux millions cinq cens mille écus, & Jules-César dépensa deux cent cinquante mille écus pour la faire paver. Ce dictateur y fit bâtir la basilique Julienne, & y fit dresser sa statue sur un cheval de bronze.

La place d’Auguste à Rome fut l’ouvrage de cet empereur, parce que l’ancienne place romaine, & celle de Jules-César réunies, ne suffisoient pas pour toutes les assemblées publiques. On s’y rendoit pour déliberer de la guerre ou de la paix, & du triomphe que l’on accordoit aux vainqueurs, lesquels y apportoient les enseignes & les trophées de leurs victoires. Le temple de Mars étoit dans cette place, & l’on y faisoit quelquefois des courses à cheval, & des jeux publics. On y voyoit une magnifique statue d’albâtre, qui représentoit Auguste, avec les statues de tous ceux qui avoient triomphé. Il y avoit aussi deux tableaux de la main d’Apelle, dont l’un représentoit Castor & Pollux, & l’autre les victoires d’Alexandre le Grand, monté sur un char de triomphe. Cette place d’Auguste étoit près de la place romaine, & voisine du Tibre, qui s’y déborda du tems de cet empereur.

La place de Nerva, à côté de celle d’Auguste, commencée par l’empereur Domitien, fut achevée & embellie par Nerva son successeur. Elle étoit ornée de plusieurs statues, & de colonnes de bronze d’une hauteur extraordinaire, couvertes de bande de cuivre. Il y avoit près de-là un palais magnifique, avec un superbe portique, dont il reste encore quelques débris.

La place de Trajan, est celle que cet empereur fit bâtir entre la place de Nerva, le capitole & le mont Quirinal. Tout y étoit de la derniere magnificence. On y voyoit un superbe portique soutenu d’un grand nombre de colonnes, dont la hauteur & la structure donnoient de l’admiration. Tout cela étoit accompagné d’un arc triomphal, orné de figures de marbre, avec la statue du cheval de Trajan, qui étoit élevée sur un superbe piédestal. Au milieu de la place, étoit la colonne de Trajan. Voyez Colonne Trajane. (D. J.)

Place du change, ou place commune des Marchands ; c’est un lieu public établi dans les villes de négoce, où les marchands, négocians, banquiers, courtiers ou agens de change, & autres personnes qui se mêlent du commerce des lettres & billets de change, ou qui font valoir leur argent, se trouvent à certains jours de la semaine pour y parler & traiter des affaires de leur commerce, & savoir le cours du change. Voyez Change.

A Paris on dit simplement la place, elle est située dans la cour du palais sous la galerie dauphine. A Lyon on la nomme aussi la place ou la place du change ; à Toulouse, à Londres, à Amsterdam, & presque dans tous les pays étrangers, la bourse. Voyez Bourse.

Faire des traites & remises de place en place, c’est faire tenir de l’argent d’une ville à une autre par le moyen des lettres-de-change, moyennant un certain droit qui se regle suivant que le change est plus ou moins haut. Voyez Remise.

Quelquefois le mot de place se prend pour tout le corps des marchands & négocians d’une ville. On dit en ce sens que la place de Lyon est la plus considerable & la plus riche de France, pour dire qu’il n’y a point dans le royaume de banquiers & de marchands plus riches ni plus accrédités que ceux de Lyon.

On dit en termes de commerces : c’est demain jour de place. Je vais à la place. Il y a peu d’argent sur la place. L’argent de la place est à tant. Le change est haussé ou baissé sur la place, &c. Dans toutes ces expressions le nom de place ne signifie que le concours & l’assemblée des marchands qui négocient ensemble. Diction. de comm. tom. III. p. 865.

Place ; on appelle encore ainsi en terme de commerce de mer, certains endroits destinés dans les ports de mer. Les bâtimens marchands, suivant les ordonnances de marine, ne doivent point être mêlés ni engagés avec les vaisseaux de roi, & avoir déchargé leurs poudres & autres marchandises combustibles, avant que de pouvoir prendre leurs places dans le port. Idem. Ibid.

Place est encore un lieu public, dans lequel se tiennent les foires ou marchés où les marchands ont leurs échopes ou petites boutiques pour étaler leurs marchandises, quelquefois sans payer aucun droit, & le plus souvent en le payant au roi ou aux seigneurs.

Place se dit aussi du lieu que les maîtres de quelques communautés des arts & métiers de Paris ont droit d’avoir aux halles pour y étaler leurs marchandises les jours de marché, la place des Potiers de terre, &c.

Place s’entend aussi des endroits où les vendeurs d’images & les petits merciers étalent leurs marchandises, comme sont à Paris le cimetiere des SS. Innocens, les murs des églises & des grands hôtels. Dict. de comm.

Place, terme de Cloutier ; c’est un ustensile de fer enfoncé par le pié dans un gros bloc de bois, qui sert comme d’établi au cloutier pour fabriquer ses cloux. Cet ustencile est une espece d’enclume plus plate que quarrée, plus large par en-haut que par en-bas, dont la surface supérieure est unie & quarrée d’un côté, & alongée de l’autre ; c’est sur cet instrument que les ouvriers forgent & amenuisent leur baguette de fer pour en former les cloux ; il sert aussi pour appuyer la clouillere. Voyez les Planches du Cloutier.

Place, (Maréchal.) on appelle ainsi l’espace qui est entre deux poteaux dans une écurie, lequel est destiné pour y attacher & loger un cheval. Place s’entend dans quelques occasions pour le manege, comme quand le maître dit à l’écolier qui est à cheval de venir par le milieu de la place ; d’arrêter au milieu de la place ; il entend par cette expression le milieu du manege.

Places, tirer les, au médiateur, se dit d’une cérémonie de politesse qui sert de preuve à la bonne-foi des joueurs en se plaçant où le sort l’a décidé. On prend pour cela quatre cartes dans un jeu ; savoir, un roi, une dame, un valet & un as, que l’on présente aux joueurs pour leur en faire prendre une à chacun. Celui qui a tiré le roi se place où il veut, la dame après lui, le valet ensuite, & l’as au-dessus, pour lui donner la main.

Places, tirer les, au jeu de quadrille ; c’est voir au sort où chaque joueur doit se placer, ce qui se fait pour éviter toutes supercheries, & de la maniere suivante : on prend d’abord quatre cartes, une de chaque couleur, que l’on met à découvert à chaque place de la table, puis on en prend encore une de chaque couleur, que l’on mêle & que l’on présente, la couleur cachée, à chacun des joueurs, qui doit en prendre une & se placer à la couleur qui répond à cette carte prise.

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Étymologie de « place »

Étymologie de place - Littré

Picard, plache ; bourg. plaice ; provenç. plassa ; esp. plaza ; port. praça ; ital. piazza ; du lat. platea, place publique, lequel vient du grec πλατεῖα, féminin de πλατὺς, large (comparez PLAT).

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Étymologie de place - Wiktionnaire

(1694) Du latin populaire *plattĕa, altération (par gémination expressive ou par analogie avec plattus « plat ») du latin classique platĕa (« large rue »), emprunté au grec ancien πλατεία, plateia (hodos) (« large rue »).
Note : Cette racine grecque est apparentée à l’indo-européen *plat dont sont issus « plat, plateau, platane », etc.
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Phonétique du mot « place »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
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  • 1 et 2) Au départ de la place de l’Hôtel-de-Ville, emprunter la rue de Mars à gauche (façade aux nº29-31) jusqu’aux anciennes halles (1927-1929). Journal L'Union, Randonnée: Balade de place en place à Reims
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  • Les changements changent seulement le mal de place. De Pierre Filion / Juré craché
  • Une amnésie romancée prend la place des occasions perdues. De Georges Henein / L'Esprit frappeur
  • L'humoriste se place derrière sa victime. De Georges Meredith / L'Egoïste
  • Je vous céderais bien ma place, mais elle est occupée. De Groucho Marx
  • W.C. : après avoir tiré la chasse, on perd sa place. De Jean L'Anselme
  • Le péché est la place béante de Dieu. De Stanislas Fumet / Notre Baudelaire
  • Une tête sans mémoire est une place sans garnison. De Napoléon Bonaparte
  • Qui va à la chasse, perd sa place. De Joachim Duflot
  • Cesse de chercher ta place dans la vie, ta place te cherche. De Kalif Ali
  • Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. De Samuel Smiles / Frugalité
  • Une place pour les rêves Mais les rêves à leur place. De Robert Desnos
  • L’optimiste seul reste en place. De Lucien Jerphagnon / Laudator temporis acti
  • Le feu se peut changer de place. De Jean de Sponde / Premier recueil de poésie
  • Le réel est toujours à sa place. De Jacques Lacan / Ecrits
  • C'est un axiome que ceux à qui tout le monde accorde la seconde place ont des titres indiscutables à la première. Jonathan Swift, Le Conte du tonneau A Tale of a Tub
  • Une place pour les rêves Mais les rêves à leur place. Robert Desnos, État de veille, Robert-J. Godet

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Traductions du mot « place »

Langue Traduction
Corse quadru
Basque karratu
Japonais 平方
Russe квадрат
Portugais quadrado
Arabe ميدان
Chinois 广场
Allemand quadrat
Italien piazza
Espagnol cuadrado
Anglais square
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Synonymes de « place »

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