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Ligue

Sommaire

  • Définitions du mot ligue
  • Étymologie de « ligue »
  • Phonétique de « ligue »
  • Citations contenant le mot « ligue »
  • Traductions du mot « ligue »
  • Synonymes de « ligue »
  • Antonymes de « ligue »

Définitions du mot « ligue »

Trésor de la Langue Française informatisé

LIGUE, subst. fém.

A. −
1. Étroite alliance de plus ou moins longue durée entre plusieurs états pour défendre des intérêts communs, poursuivre une politique concertée ou attaquer. Ligue défensive, générale, offensive; entrer dans la ligue; faire ligue; rompre la ligue; ligue contre, pour. L'allemand, importé par des colons venus au moyen âge sous les auspices de la ligue hanséatique, appartient à une classe spéciale de la population (Saussure, Ling. gén.,1916, p. 266).En outre, des confédérations se forment à l'amiable entre les cités : confédération béotienne, ligue chalcidienne, ligue achéenne (L'Hist. et ses méthod.,1961, p. 342):
1. Sans anticiper sur le développement juridique que l'on abordera plus loin à propos de cette forme politique, notons que la confédération est une association d'états plus proche de la ligue ou de l'alliance que de l'état fédéral proprement dit. Vedel, Dr. constit.,1949, p. 58.
Ligues grises. ,,Les trois petites républiques qui composaient le corps des Grisons`` (Littré). Il avait [Bonaparte] réuni la Valteline à la Lombardie, en dépit des prétentions des « ligues grises » (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 522).
DR. INTERNAT. PUBL. Ligue arabe. ,,Alliance formée en 1915 et siégeant au Caire, par l'ensemble des états arabes en vue de renforcer les liens entre eux tant au point de vue économique que politique`` (Barr. 1974). Les organismes qui, comme l'Organisation africaine de coopération économique, le secrétariat permanent de la Ligue arabe ou l'Office inter-états du tourisme africain constituent le cadre de plus en plus actif du développement des pays du « tiers monde » (Jocard, Tour. et action État,1966, p. 220).
2. P. anal. Rassemblement à l'intérieur même d'un état destiné à défendre certains intérêts (le plus souvent humanitaires, politiques ou religieux) ou à lutter contre certains abus. Ligue nationale; ligue du Bien Public, des patriotes. Les bons intellectuels ont reçu les jeunes universitaires venus pour leur proposer une ligue nationaliste (Barrès, Cahiers, t. 2, 1898, p. 88).
En partic.
Ligue des Droits de l'Homme. ,,Association à but humanitaire créée en vue de défendre les libertés essentielles de l'individu`` (Barr. 1974). V. aussi ligueur ex. :
2. Sans doute, l'affaire bénéficia-t-elle de l'appui du Progrès Civique − revue de gauche, fort répandue dans les sections de la Ligue des Droits de l'Homme et de la Ligue de l'Enseignement, et dans les loges maçonniques − dont les milliers de lecteurs, fonctionnaires pour la plupart, devinrent autant d'agents de propagande et d'abonnés-actionnaires. Coston, A.B.C. journ.,1952, p. 40.
Ligue française de l'enseignement. Association fondée en 1866 par Jean Macé pour favoriser la diffusion de l'instruction dans les classes populaires et qui devint en 1925 la Confédération générale des œuvres laïques (d'apr. Lar. encyclop.).
HISTOIRE
La Sainte Ligue ou Ligue. ,,Mouvement révolutionnaire catholique qui naquit pendant les guerres de religion, empêcha l'avènement d'un prince hérétique sur le trône de France et prit fin par l'abjuration d'Henri IV en 1593`` (Lep. 1948). Et ceux qui ne sont plus comptent aussi dans la Sainte Ligue (Staël, Consid. Révol. fr., t. 2, 1817, p. 461).Je ne parle pas des temps de crise, comme la Ligue ou la Fronde, où les passions politiques, dès qu'elles tiennent l'individu, le tiennent tout entier (Benda, Trahis. clercs,1927, p. 18).
Rem. Nationale à l'origine, la Sainte Ligue prit un caractère international.
Ligue d'Augsbourg. ,,Ligue qui a donné son nom à la coalition des puissances européennes contre la France, de 1686 à 1697`` (Lar. encyclop.).
POL. ,,On attribua le nom de Ligue à certaines formations de combat d'extrême-droite qui virent le jour à partir de 1933 en France`` (Debb.-Daudet Pol. 1978).
Proverbe. [P. allus. aux guerres de la Ligue (1588-1594) auxquelles fait notamment écho La Fontaine, Fables, II, 5, v. 34] Vive le roi! vive la Ligue! ,,S'est dit de ceux qui se rangeaient alternativement et selon leur intérêt du côté du souverain ou du côté des ligueurs`` (Ac. 1878). Mais, avertis tard des changements, de peur de ne pas crier à propos : Vive le Roi! vive la Ligue! nous ne crions rien du tout (Courier, Pamphlets pol., Pétition aux deux Chambres, 1816, p. 9).
B. −
1. P. ext.
a) [Désignation d'associations ou de fédérations se proposant les buts les plus divers] Ligue d'acheteurs, de consommateurs; ligue commerciale, régionale, urbaine et rurale; ligue contre le cancer. Nous faisons partie de la ligue antialcoolique! (Achard, Voulez-vous jouer,1924, I, 3, p. 48):
3. ... j'aimais beaucoup Zola et j'admirais Drumont; son courage, ses propos embrasés. Sans connaître rien des Juifs, j'adhérai à la ligue antisémite et je portai fièrement mon bulletin à Jacques de Biez, mystagogue des plus curieux, qui m'inscrivit sous le numéro 3. L. Daudet, Brév. journ.,1936, p. 16.
b) Péj. Faire ligue avec qqn, former une ligue contre qqn. Monter une cabale avec ou contre quelqu'un visant à réaliser quelque projet. Mais maintenant tous les privilégiés font ligue entre eux (Staël, Consid. Révol. fr., t. 2, 1817, p. 166).Ils forment une espèce de ligue contre vous tous les trois (Butor, Modif.,1957, p. 33).
2. Au fig. Coalition de certaines forces. Ligue des amours-propres, des médiocrités, des passions, du silence. Voyons ce que d'autres philosophes ont entendu par ce mot. Addison prononce avec trop d'humeur « que l'amitié des gens du monde n'est qu'une confédération de vices ou une ligue de plaisirs » (Jouy, Hermite, t. 2, 1812, p. 245).Une ligue de toutes les sottises étend sur le monde un couvercle de plomb, sous lequel on étouffe (Renan, Souv. enf.,1883, p. 65).
Prononc. et Orth. : [lig]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Début xives. « association de plusieurs états ayant des intérêts communs » (Aimé du Mont-Cassin, Ystoire de li Normant, éd. V. de Bartholomaeis, p. 145, 4). B. 2emoitié xves. lique « association de personnes réunies dans un but politique ou religieux » (Myst. Vieil Testament, éd. J. de Rothschild, 38465); spéc. 1. 1585 « faction, association de comploteurs » (N. du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 1, p. 223); 2. 1585 « union des catholiques formée en France en 1576 pour combattre le protestantisme » (Journal de l'Estoile pour le règne de Henri III, éd. L.-R. Lefèvre, p. 409). Empr. à l'ital.liga « alliance » (dep. xiiies. d'apr. DEI), forme anc. et septentr. de lega, déverbal de ligare, anc. forme de legare (lier*). Fréq. abs. littér. : 551. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 887, b) 484; xxes. : a) 643, b) 935. Bbg. Dub. Pol. 1962, p. 335. - Hope 1971, p. 43. - Kohlm. 1901, p. 22. - Quem. DDL t. 20. - Vardar Soc. pol. 1973 [1970], p. 263.

Wiktionnaire

Nom commun

ligue \liɡ\ féminin

  1. Confédération de plusieurs États, pour se défendre ou pour attaquer.
    • Toutefois, les cités islamiques n'avaient jamais créé d'institutions autonomes, pas plus qu'elles n'avaient pris de mesures de défense comparables à celles des ligues lombardes ou hanséatiques. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992)
    • La confédération béotienne, à l'inverse des ligues péloponnésiennes ou athéniennes, ne semble pas avoir d'abord été une symmachie, mais bien plutôt se rattacher à ces Koina qui rassemblaient autour d'un sanctuaire les cités d'un même ethnos. — (Claude Mossé, Les institutions grecques à l'époque classique, éd. Armand Colin, 2008, chap. 8)
  2. (Absolument) (France) Union qui s’était formée en France, vers la fin du seizième siècle, pour défendre la religion catholique contre les huguenots.
    • Les terribles prêcheurs de Seize, les moines qui portaient le mousquet aux processions de la Ligue, s'humanisent tout à coup ; les voilà devenus bénins. C'est qu'il faut bien essayer d’endormir ceux qu'on n'a pas pu tuer. — (Jules Michelet, Le prêtre, la femme, la famille, Paris : Chamerot, 1862 (8e éd.), p.17)
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  3. (Péjoratif) Complot, cabale que plusieurs particuliers font ensemble pour réussir dans quelque projet.
    • La ligue de la nation contre les jésuites ressemble à la ligue de Cambra contre la république de Venise, qui avait pour principale cause les richesses et l’insolence de ces républicains. — (Jean le Rond d’Alembert, La Suppression des jésuites (éd. populaire abrégée), Édouard Cornély, 1888)
    • Le templier perd, comme tu l’as dit, ses droits sociaux, son libre arbitre ; mais il fait partie et devient membre d’un corps puissant devant lequel les trônes commencent déjà à trembler. Comme la goutte de pluie qui se mêle à la mer devient une portion de cet océan irrésistible qui mine les rochers et engloutit des flottes, cette ligue formidable est aussi une mer immense. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
  4. Association à but social ou humanitaire.
    • Alors comment redonner aux bourgeois français le goût de la famille et des progénitures copieuses ? Des ligues pour la repopulation ? Bah ! Elles sont composées, en majeure partie, de célibataires endurcis […]. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930)

Forme de verbe

ligue \liɡ\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de liguer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de liguer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de liguer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de liguer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de liguer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LIGUE. n. f.
Confédération de plusieurs États, pour se défendre ou pour attaquer. Ligue défensive. Ligue offensive. Ligue offensive et défensive. Former une ligue. Négocier, rompre une ligue. Il s'est dit absolument de l'Union qui s'était formée en France, vers la fin du seizième siècle, pour défendre la religion catholique contre les huguenots. Les mémoires de la Ligue. Les prédicateurs de la Ligue. Fam., Vive le roi, vive la Ligue, s'est dit de Ceux qui se rangeaient alternativement et selon leur intérêt du côté du souverain ou du côté des ligueurs; il se dit encore des Gens qui changent aisément d'opinion et de parti. Il signifie aussi Complot, cabale que plusieurs particuliers font ensemble pour réussir dans quelque projet; et alors il se dit presque toujours en mauvaise part. Ses ennemis ont formé une ligue dont il a été la victime.

Littré (1872-1877)

LIGUE (li-gh') s. f.
  • 1Union de plusieurs princes ou États pour se défendre et pour attaquer. Ligue offensive. Ligue défensive. En 1537, pendant que Bucer continuait à négocier avec les Suisses, les luthériens se trouvèrent à Smalcalde, lieu ordinaire de leurs assemblées, et où se sont traitées toutes leurs ligues, Bossuet, Var. IV, § 33. Que peuvent contre lui [Dieu] tous les rois de la terre ?… Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer, Racine, Esth. I, 3. S'il entrait dans leur ligue contre les Dauniens, Fénelon, Tél. XI. Il assure qu'un tel prince renonce à la ligue et quitte ses confédérés, La Bruyère, X.

    Ligue de Souabe, confédération qui se forma en Allemagne, en 1448, pour garantir la paix publique, et protéger les particuliers contre les brigandages des nobles.

    Ligue du bien public, ligue formée contre Louis XI par les princes et seigneurs français.

    Ligue sainte, ligue de Cambrai, celle que le pape Jules II forma contre les Vénitiens.

    Ligue d'Augsbourg, ligue formée contre Louis XIV par la plupart des souverains de l'Europe (en 1687).

  • 2Ligues grises, les trois petites républiques qui composaient le corps des Grisons.
  • 3Associations et complots entre particuliers pour des intérêts politiques. Combien pour le répandre [le sang] a-t-il [Octave] formé de brigues ! Combien de fois changé de partis et de ligues ! Corneille, Cinna, I, 3. Envieux l'un de l'autre ils mènent tout par brigues, Que leur ambition tourne en sanglantes ligues, Corneille, ib. II, 1. …dans ces tristes temps de ligues et de haines, Voltaire, Adél. du Guesclin. I, 2.

    La sainte Ligue, ou, absolument, la Ligue (avec une majuscule), union des catholiques formée en France à la fin du XVIe siècle pour combattre le protestantisme, et qui fut amenée à faire la guerre aux rois Henri III et Henri IV. Les troubles de Flandres et les intrigues de la Ligue en France coûtèrent à ce même Philippe II, de son propre aveu, plus de trois mille millions de livres de notre monnaie d'aujourd'hui, Voltaire, Mœurs, 145.

    Fig. Vive le roi, vive la Ligue, se dit de ceux qui ne prennent aucun parti dans un différend ou dans les discordes civiles, et qui sont toujours pour le plus fort. Le sage dit selon les gens : Vive le roi, vive la Ligue, La Fontaine, Fabl. II, 5.

  • 4Cabales pour différents intérêts. Si l'on joue quelques marquis, je trouve qu'il y a bien plus de quoi jouer les auteurs, et que ce serait une chose plaisante à mettre sur le théâtre… leurs ligues offensives et défensives, aussi bien que leurs guerres d'esprit et leurs combats de prose et de vers, Molière, Critique, 7.

HISTORIQUE

XVe s. Ces vieilles ligues d'Allemaigne qu'on appelle suysses, Commines, V, 1.

XVIe s. Mais dites-moy, que signifie Que les ligueurs ont double croix [la double croix de Lorraine] ? C'est qu'en la Ligue on crucifie Jesus Christ encore une fois, Sat. Ménippée, éd. LABITTE, p. 249.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LIGUE, (Gramm.) union ou confédération entre des princes ou des particuliers pour attaquer ou pour se défendre mutuellement.

Ligue, la, (Hist. de France.) on nomme ainsi par excellence toutes les confédérations qui se formerent dans les troubles du royaume contre Henri III. & contre Henri IV. depuis 1576 jusqu’en 1593.

On appella ces factions la sainte union ou la sainte ligue ; les zélés catholiques en furent les instrumens, les nouveaux religieux les trompettes, & les lorrains les conducteurs. La mollesse d’Henri III. lui laissa prendre l’accroissement, & la reine mere y donna la main ; le pape & le roi d’Espagne la soutintent de toute leur autorité ; ce dernier à cause de la liaison des calvinistes de France avec les confédérés des pays-bas ; l’autre par la crainte qu’il eut de ces mêmes huguenots, qui, s’ils devenoient les plus forts, auroient bientôt sappé sa puissance. Abrégeons tous ces faits que j’ai recueillis par la lecture de plus de trente historiens.

Depuis le massacre de la saint Barthélemi ; le royaume étoit tombé dans une affreuse confusion, à laquelle Henri III. mit le comble à son retour de Pologne. La nation fut accablée d’édits bursaux, les campagnes désolées par la soldatesque, les villes par la rapacité des financiers, l’Eglise par la simonie & le scandale.

Cet excès d’opprobre enhardit le duc Henri de Guise à former la ligue projettée par son oncle le cardinal de Lorraine, & à s’élever sur les ruines d’un état si mal-gouverné. Il étoit devenu le chef de la maison de Lorraine en France, ayant le crédit en main, & vivant dans un tems où tout respiroit les factions ; Henri de Guise étoit fait pour elle. Il avoit, dit-on, toutes les qualités de son pere avec une ambition plus adroite, plus artificieuse & plus effrénée, telle enfin qu’après avoir causé mille maux au royaume, il tomba dans le précipice.

On lui donne la plus belle figure du monde, une éloquence insinuante, qui dans le particulier triomphoit de tous les cœurs ; une libéralité qui alloit jusqu’à la profusion, un train magnifique, une politesse infinie, & un air de dignité dans toutes ses actions ; fin & prudent dans les conseils, prompt dans l’exécution, secret ou plutôt dissimulé sous l’apparence de la franchise ; du reste accoutumé à souffrir également le froid & le chaud, la faim & la soif, dormant peu, travaillant sans cesse, & si habile à manier les affaires, que les plus importantes ne sembloient être pour lui qu’un badinage. La France, dit Balzac, étoit folle de cet homme-là ; car c’est trop peu de dire amoureuse ; une telle passion alloit bien près de l’idolâtrie. Un courtisan de ce regne prétendoit que les huguenots étoient de la ligue quand ils regardoient le duc de Guise. C’est de son pere & de lui que la maréchale de Retz disoit, qu’auprès d’eux tous les autres princes paroissoient peuple.

On vantoit aussi la générosité de son cœur ; mais il n’en donna pas un exemple, quand il investit lui-même la maison de l’amiral Coligny, &, qu’attendant dans la cour l’exécution de l’assassinat de ce grand homme, qu’il fit commettre par son valet (Breme), il cria qu’on jettât le cadavre par les fenêtres, pour s’en assurer & le voir à ses piés : tel étoit le duc de Guise, à qui la soif de régner applanit tous les chemins du crime.

Il commença par proposer la ligue dans Paris, fit courir chez les bourgeois, qu’il avoit déja gagnés par ses largesses, des papiers qui contenoient un projet d’association, pour défendre la religion, le roi & la liberté de l’état, c’est-à-dire pour opprimer à la fois la fois le roi & l’état, par les armes de la religion ; la ligue fut ensuite signée solemnellement à Péronne, & dans presque toute la Picardie, par les menées & le credit de d’Humieres gouverneur de la province. Il ne fut pas difficile d’engager la Champagne & la Bourgogne dans cette association, les Guises y étoient absolus. La Tremouille y porta le Poitou, & bientôt après toutes les autres provinces y entrerent.

Le roi craignant que les états ne nommassent le duc de Guise à la tête du parti qui vouloit lui ravir la liberté, crut faire un coup d’état, en signant lui-même la ligue, de peur qu’elle ne l’écrasât. Il devint, de roi, chef de cabale, & de pere commun, ennemi de ses propres sujets. Il ignoroit que les princes doivent veiller sur les ligues, & n’y jamais entrer. Les rois sont la planéte centrale qui entraîne tous les globes dans son tourbillon : ceux-ci ont un mouvement particulier, mais toujours lent & subordonné à la marche uniforme & rapide du premier mobile. En vain, dans la suite, Henri III. voulut arrêter les progrès de cette ligue : il ne sut pas y travailler ni l’éteindre ; elle éclata contre lui, & fut cause de sa perte.

Comme le premier dessein de la ligue étoit la ruine des calvinistes, on ne manqua pas d’en communiquer avec dom Juan d’Autriche, qui, allant prendre possession des Pays-Bas, se rendit déguisé à Paris, pour en concerter avec le duc de Guise : on se conduisit de même avec le légat du pape. En conséquence la guerre se renouvela contre les protestans ; mais le roi s’étant embarqué trop légérement dans ces nouvelles hostilités, fit bien-tôt la paix, & créa l’ordre du S. Esprit, comptant, par le serment auquel s’engageoient les nouveaux chevaliers, d’avoir un moyen sûr pour s’opposer aux desseins de la ligue. Cependant dans le même tems, il se rendit odieux & méprisable, par son genre de vie efféminée, par ses confrairies, par ses pénitences, & par ses profusions pour ses favoris qui l’engagerent à établir sans nécessité des édits bursaux, & à les faire vérifier par son parlement.

Les peuples voyant que du trône & du sanctuaire de la Justice, il ne sortoit plus que des édits d’oppression, perdirent peu à peu le respect & l’affection qu’ils portoient au prince & au parlement. Les chefs de la ligue ne manquerent pas de s’en prévaloir, & en recueillant ces édits onéreux, d’attiser le mépris & l’aversion du peuple.

Henri III. ne regnoit plus : ses mignons disposoient insolemment & souverainement des finances, pendant que la ligue catholique & les confédérés protestans se faisoient la guerre malgré lui dans les provinces ; les maladies contagieuses & la famine se joignoient à tant de fléaux. C’est dans ces momens de calamités, que, pour opposer des favoris au duc de Guise, il dépensa quatre millions aux nôces du duc de Joyeuse. De nouveaux impôts qu’il mit à ce sujet, changerent les marques d’affection en haine & en indignation publique.

Dans ces conjonctures, le duc d’Anjou son frere, vint dans les Pays-Bas, chercher au milieu d’une désolation non moins funeste, une principauté qu’il perdit par une tirannique imprudence, que sa mort suivit de près.

Cette mort rendant le roi de Navarre le plus proche héritier de la couronne, parce qu’on regardoit comme une chose certaine, qu’Henri III. n’auroit point d’enfans, servit de prétexte au duc de Guise, pour se déclarer chef de la ligue, en faisant craindre aux François d’avoir pour roi un prince séparé de l’Eglise. En même tems, le pape fulmina contre le roi de Navarre & le prince de Condé, cette fameuse bulle dans laquelle il les appelle génération bâtarde & détestable de la maison de Bourbon ; il les déclare en conséquence déchus de tout droit & de toute succession. La ligue profitant de cette bulle, força le roi à poursuivre son beau-frere qui vouloit le secourir, & à seconder le duc de Guise qui vouloit le détrôner.

Ce duc, de son côté, persuada au vieux cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, que la couronne le regardoit, afin de se donner le tems, à l’abri de ce nom, d’agir pour lui-même. Le vieux cardinal, charmé de se croire l’héritier présomptif de la couronne, vint à aimer le duc de Guise comme son soutien, à haïr le roi de Navarre son neveu, comme son rival, & à lever l’étendart de la ligue contre l’autorité royale, sans ménagement, sans crainte & sans mesure.

Il fit plus ; il prit en 1585, dans un manifeste public, le titre de premier prince du sang, & recommandoit aux François de maintenir la couronne dans la branche catholique. Le manifeste étoit appuyé des noms de plusieurs princes, & entr’autres, de ceux du roi d’Espagne & du pape à la tête : Henri III. au lieu d’opposer la force à cette insulte, fit son apologie ; & les ligueurs s’emparerent de quelques villes du royaume, entr’autres, de Tours & de Verdun.

C’est cette même année 1585, que se fit l’établissement des seize, espece de ligue particuliere pour Paris seulement, composée de gens vendus au duc de Guise, & ennemis jurés de la royauté. Leur audace alla si loin, que le lieutenant du prevôt de l’île de France révéla au roi l’entreprise qu’ils avoient formée de lui ôter la couronne & la liberté. Henri III. se contenta de menaces, qui porterent les seize à presser le duc de Guise de revenir à Paris. Le roi écrivit deux lettres au duc, pour lui défendre d’y venir.

M. de Voltaire rapporte à ce sujet une anecdote fort curieuse ; il nous apprend qu’Henri III. ordonna qu’on dépêchât ses deux lettres par deux couriers, & que, comme on ne trouva point d’argent dans l’épargne pour cette dépense nécessaire, on mit les lettres à la poste ; de sorte que le duc de Guise se rendit à Paris, ayant pour excuse, qu’il n’avoit point reçû d’ordre contraire.

De-là suivit la journée des barricades, trop connue pour en faire le récit ; c’est assez de dire que le duc de Guise, se piquant de générosité, rendit les armes aux gardes du roi qui suivant le conseil de sa mere, ou plutôt de sa frayeur, se sauva en grand desordre & à toute bride à Chartres. Le duc, maître de la capitale, négocia avec Catherine de Médicis un traité de paix qui fut tout à l’avantage de la ligue, & à la honte de la royauté.

A peine le roi l’eut conclu, qu’il s’apperçut, quand il n’en fut plus tems, de l’abîme que la reine mere lui avoit creusé, & de l’autorité souveraine des Guises, dont l’audace portée au comble, demandoit quelque coup d’éclat. Ayant donc médité son plan, dans un accès de bile noire à laquelle il étoit sujet en hiver, il convoqua les états de Blois, & là, il fit assassiner le 23 & le 24 Décembre le duc de Guise, & le cardinal son frere.

Les lois, dit très-bien le poëte immortel de l’histoire de la ligue, les lois sont une chose si respectable & si sainte, que si Henri III. en avoit seulement conservé l’apparence, & qu’ayant dans ses mains le duc & le cardinal, il eût mis quelque formalité de justice dans leur mort ; sa gloire, & peut-être sa vie eussent été sauvées ; mais l’assassinat d’un héros & d’un prêtre le rendirent exécrable aux yeux de tous les catholiques, sans le rendre plus redoutable.

Il commit une seconde faute, en ne courant pas dans l’instant à Paris avec ses troupes. Les ligueurs, ameutés par son absence, & irrités de la mort du duc & du cardinal de Guise, continuerent leurs excès. La Sorbonne s’enhardit à donner un decret qui délioit les sujets du serment de fidélité qu’ils doivent au roi, & le pape l’excommunia. A tous ces attentats, ce prince n’opposa que de la cire & du parchemin.

Cependant le duc de Mayenne en particulier se voyoit chargé à regret de vanger la mort de son frere qu’il n’aimoit pas, & qu’il avoit autrefois appellé en duel. Il sentoit d’ailleurs que tôt ou tard le parti des Ligueurs seroit accablé ; mais sa position & son honneur emporterent la balance. Il vint à Paris, & s’y fit déclarer lieutenant général de la couronne de France, par le conseil de l’union : ce conseil de l’union se trouvoit alors composé de 70 personnes.

L’exemple de la capitale entraîna le reste du royaume ; Henri III. réduit à l’extrémité, prit le parti, par l’avis de M. de Schomberg, d’appeller à son aide le roi de Navarre qu’il avoit tant persécuté ; celui-ci, dont l’ame étoit si belle & si grande, vole à son secours, l’embrasse, & décide qu’il falloit se rendre à force ouverte dans la capitale.

Déja les deux rois s’avançoient vers Paris, avec leurs armées réunies, fortes de plus de trente mille hommes ; déja le siége de cette ville étoit ordonné, & sa prise immanquable, quand Henri III. fut assassiné, le premier Août 1589, par le frere Jacques Clement, dominiquain : ce prêtre fanatique fut encouragé à ce parricide par son prieur Bourgoin, & par l’esprit de la ligue.

Quelques Historiens ajoutent, que Madame de Montpensier eut grande part à cette horrible action, moins peut-être par vengeance du sang de son frere, que par un ancien ressentiment que cette dame conservoit dans le cœur, de certains discours libres tenus autrefois par le roi sur son compte, & qui découvroient quelques défauts secrets qu’elle avoit : outrage, dit Mézerai, bien plus impardonnable à l’égard des femmes, que celui qu’on fait à leur honneur.

Personne n’ignore qu’on mit sur les autels de Paris le portrait du parricide ; qu’on tira le canon à Rome, à la nouvelle du succès de son crime ; enfin, qu’on prononça dans cette capitale du monde-catholique l’éloge du moine assassin.

Henri IV (car il faut maintenant l’appeller ainsi avec M. de Voltaire, puisque ce nom si célebre & si cher est devenu un nom propre) Henri IV. dis-je, changea la face de la ligue. Tout le monde sait comment ce prince, le pere & le vainqueur de son peuple, vint à bout de la détruire. Je me contenterai seulement de remarquer, que le cardinal de Bourbon, dit Charles X. oncle d’Henri IV. mourut dans sa prison le 9 Mai 1590 ; que le cardinal Cajetan légat à latere, & Mendoze ambassadeur d’Espagne, s’accorderent pour faire tomber la couronne à l’infante d’Espagne, tandis que le duc de Lorraine la vouloit pour lui-même, & que le duc de Mayenne ne songeoit qu’à prolonger son autorité. Sixte V. mourut dégouté de la ligue. Grégoire XIV. publia sans succès, des lettres monitoriales contre Henri IV. en vain le jeune cardinal de Bourbon neveu du dernier mort, tenta de former quelque faction en sa faveur ; en vain le duc de Parme voulut soutenir celle d’Espagne, les armes à la main ; Henri IV. fut partout victorieux ; par-tout il battit les troupes des ligueurs, à Arques, à Ivry, à Fontaine françoise, comme à Coutras. Enfin, reconnu roi, il soumit par ses bienfaits, le royaume à son obéissance : son abjuration porta le dernier coup à cette ligue monstrueuse, qui fait l’événement le plus étrange de toute l’histoire de France.

Aucuns regnes n’ont fourni tant d’anecdotes, tant de piéces fugitives, tant de mémoires, tant de livres, tant de chansons satyriques, tant d’estampes, en un mot, tant de choses singulieres, que les regnes d’Henri III. & d’Henri IV. Et, en admirant le regne de ce dernier monarque, nous ne sommes pas moins avides d’être instruits des faits arrivés sous son prédécesseur, que si nous avions à vivre dans des tems si malheureux. (D. J.)

Ligue, (Géog.) nom commun aux trois parties qui composent le pays des Grisons ; l’une se nomme la ligue grise ou haute, l’autre la ligue de la Caddée, & la troisieme la ligue des dix jurisdictions, ou des dix droitures. Voyez Grisons.

La ligue grise, ou la ligue haute, en allemand, graw-bunds, en latin, fœdus superius, ou fœdus canum, est la plus considérable des trois, & a communiqué son nom à tout le pays. C’est ici que se trouvent les trois sources du Rhin. Cette ligue est partagée en huit grandes communautés, qui contiennent vingt-deux jurisdictions. Les habitans de la ligue grise parlent, les uns allemand, les autres italien, & d’autres un certain jargon qu’ils appellent roman : ce jargon est un mélange d’italien ou de latin, & de la langue des anciens Lépontiens.

La ligue de la Caddée, ou maison de Dieu, en allemand, gotts hansf-bundt, est partagée en onze grandes communautés, qui se subdivisent en vingt-une jurisdictions. Dans les affaires générales qui se nomment autrement dietes, cette ligue a vingt-quatre voix. Voyez Cadée.

La ligue des dix jurisdictions, ou dix droitures, tire son nom des dix jurisdictions qui la forment, sous sept communautés générales : tous les habitans de cette derniere ligue, à un ou deux villages près, parlent allemand. (D. J.)

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Étymologie de « ligue »

(Début du XIVe siècle) De l’italien liga « alliance », du latin ligare (« lier »).
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Espagn. liga ; ital. lega ; bas-lat. liga, action de lier ; du lat. ligare, lier.

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Phonétique du mot « ligue »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ligue lig

Citations contenant le mot « ligue »

  • Le sage dit, selon les gens : Vive le roi, vive la ligue ! Jean de La Fontaine, Fables, la Chauve-souris et les Deux Belettes
  • Rhum. Terme générique pour de brûlantes eaux-de-vie qui plongent dans le délire les ligues de tempérance. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du Diable

Traductions du mot « ligue »

Langue Traduction
Anglais league
Espagnol liga
Italien lega
Allemand liga
Chinois 联盟
Arabe إتحاد
Portugais liga
Russe лига
Japonais 同盟
Basque liga
Corse lega
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Synonymes de « ligue »

Source : synonymes de ligue sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ligue »

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