La langue française

Conjuration

Définitions du mot « conjuration »

Trésor de la Langue Française informatisé

CONJURATION1, subst. fém.

A.− Formules pratiques, magiques pour détourner des influences maléfiques. On fit des conjurations avec pompe (Ac.1835-1932).En partic. Exorcismes pour éloigner le démon.
B.− P. ext.
1. Pratiques magiques. Les conjurations d'un sorcier (Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 104).
Action consistant à employer ces pratiques; résultat de cette action. Formules de conjuration. On aperçoit plus clairement sur quels mécanismes psycho-physiologiques reposent les cas (...) de mort par conjuration ou envoûtement (C. Levi-Strauss, Anthropol. struct.,1958, p. 183).
2. Action d'éloigner un danger quelconque. On payait cher la conjuration du feu au moulin de la place (Pourrat, Gaspard des Montagnes,La Tour du Levant, 1931, p. 290).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃ ʒyʀasjɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932.

CONJURATION2, subst. fém.

A.− [L'idée de base est celle d'une association fondée sur un serment] Machination ourdie par un groupe d'individus, liés entre eux par un serment de fidélité, en vue de renverser le pouvoir en place. La conjuration de Catilina, la conjuration d'Amboise; tremper dans une conjuration :
1. ... le bureau de Malvy, place Beauvau, et celui de son directeur de la S.G., Leymarie, étaient le centre d'une conjuration contre la nation. L. Daudet, Bréviaire du journ.,1936, p. 156.
B.− P. ext. Action menée conjointement et dans le plus grand secret par plusieurs personnes contre quelqu'un ou quelque chose. L'âme de la conjuration. On croirait voir une conjuration de valets pour écarter les maîtres (Chamfort, Maximes et pensées,1794, p. 41).
P. méton. Cette vaste conjuration du capital contre le travail (Proudhon, Système des contradictions écon., t. 2, 1846, p. 72).
Rem. Peut aussi se dire d'une action entreprise en faveur de quelqu'un :
2. Il eut un moment l'espérance de surprendre Bordeaux, où se tramait une conjuration en faveur des Français; mais elle fut découverte. Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 2, 1821-24, p. 353.
P. métaph. ou au fig. Coalition de forces naturelles. La conjuration des éléments (Ac. 1878-1932) :
3. Mais une conjuration obscure des habitudes et des pensées de son séjour dans le village coupé du monde, dans la maison du « Mont-Cervin » où s'était organisée à son insu sa nouvelle solitude, se nouait déjà autour d'elle, et, sourdement, la retenait. Peyré, Matterhorn,1939, p. 192.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃ ʒyʀasjɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. 1160-74 « serment » (B. de Ste-Maure, Chron. Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 8650), à nouv. 1537 ds Hug.; 2. 1470 conjuration « complot contre le pouvoir établi » (H. Br. IV, 320b ds Bartzsch, p. 152); 1559 « action concertée de plusieurs personnes contre quelque chose ou quelqu'un » (Amyot, Lucul., 85 ds Littré). B. 1. fin xiies. conjuration « pratique pour combattre les influences maléfiques » (St Gilles, éd. G. Paris et A. Bos, 2920); 1690 spéc. conjuration « exorcisme » (Fur.); 2. 1594 « prière, supplication » (G. Du Vair, Actions et traictez oratoires, éd. R. Radouant, VIII, 353, p. 158), Rich. le considère comme sorti de l'usage. Empr. au lat. conjuratio class. « alliance; complot »; médiév. « adjuration » et « formule magique » (Nierm.), à rapprocher de conjurer* A 1, 2; cf. l'a. fr. conjuroison (dér. de conjurer* avec traitement pop. du suff. -atione) attesté aux sens B 1 (1160 B. de Ste-Maure, Troie, 1359 ds T.-L.), B 2 (Id., ibid., 26940, ibid.) et A 2 1180 (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 86, 14).
STAT. − Conjuration1 et 2. Fréq. abs. littér. : 226. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 443, b) 333; xxes. : a) 169, b) 302.

Wiktionnaire

Nom commun

conjuration \kɔ̃.ʒy.ʁa.sjɔ̃\ féminin

  1. Conspiration, complot contre l’État par plusieurs personnes qui se sont prêté serment de fidélité.
    • Tramer une conjuration.
    • Tous ceux qui entrèrent dans la conjuration.
  2. (Par extension) Concours de plusieurs personnes ou de plusieurs choses à une action commune.
    • La conjuration des éléments.
  3. Paroles, cérémonies par lesquelles on conjure les démons, la peste, l’orage, etc. (Religion) Exorcisme, prière pour éloigner le démon.
    • …le bandit était mort en prononçant une espèce de conjuration contre moi, et en disant que, le lendemain à six heures, heure à laquelle il avait été exécuté, j'aurais de ses nouvelles. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes - Le Chat, l’huissier et le squelette)
    • Jadis le sorcier, le magicien, le jeteur de sort faisaient grand usage du crapaud […] On l'employait aux conjurations et aux envoûtements. — (Jean Rostand, La vie des crapauds, 1933)
    • On fit des conjurations avec pompe.
  4. (Par extension) Instante prière.
    • Ses sanglots et ses conjurations ne purent le fléchir.


Nom commun

conjuration féminin

  1. Conjuration, enchantement.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CONJURATION. n. f.
Conspiration, complot contre l'État par plusieurs personnes qui se sont prêté serment de fidélité. Tramer une conjuration. Découvrir une conjuration. Tous ceux qui entrèrent dans la conjuration. La conjuration d'Amboise. Par extension, il signifie Concours de plusieurs personnes ou de plusieurs choses à une action commune. La conjuration des mécontents. La conjuration des éléments. Il se dit aussi des Paroles, des cérémonies par lesquelles des magiciens prétendaient conjurer les démons, la peste, l'orage, etc. Après avoir tracé un cercle autour de lui, il commença ses conjurations. Dans ce sens et dans les deux suivants, il s'emploie presque toujours au pluriel. Il signifie encore Exorcisme, prière pour éloigner le démon. On fit des conjurations avec pompe. Il se dit encore par extension pour Instante prière. Ses sanglots et ses conjurations ne purent le fléchir.

Littré (1872-1877)

CONJURATION (kon-ju-ra-sion ; en poésie, de cinq syllabes) s. f.
  • 1Complot contre le prince ou l'État. Elle accusa Narbal d'être entré dans une conjuration contre Pygmalion, Fénelon, Tél. VIII. Dites que tout cela ne se fit pas à l'instigation de la Renaudie en suite des résolutions de cette assemblée ; dites encore que la Renaudie, huguenot lui-même, ne fut pas établi par les huguenots et par leur chef pour être le conducteur de la conjuration d'Amboise, qui éclata quelques mois après, Bossuet, Variat. Défense, 1er discours, § 16.
  • 2 Par extension, ligue, cabale. Comment résister à une si forte et si générale conjuration ? On n'aurait encore obtenu qu'une partie de ce qu'on peut espérer d'une conjuration d'hommes éclairés en faveur du progrès des sciences, Condorcet, sur l'Atlantide.
  • 3En langage ecclésiastique, exorcisme ou cérémonie pour chasser l'esprit malin et d'autres choses nuisibles.
  • 4Paroles de sortilége. Le magicien commença ses conjurations. Platof [général des cosaques] a dit lui-même qu'à cette affaire un officier fut blessé près de lui, ce qui le surprit peu ; mais qu'il n'en fit pas moins fustiger devant tous ses cosaques le sorcier qui l'accompagnait, l'accusant hautement de paresse pour n'avoir pas détourné les balles par ses conjurations, comme il en était expressément chargé, Ségur, Hist. de Nap. VII, 5.
  • 5 Au pluriel, prières instantes, avec protestations, promesses. Ses sanglots et ses conjurations ne purent le fléchir.
  • 6À Rome, serment de mourir pour la patrie, que prêtait solennellement le peuple assemblé.

HISTORIQUE

XIIe s. E cume Absalon fist le sacrefise, ces ki od lui furent firent cunjureisun encuntre David, Rois, 174. Pur ço que vus avez fait cunjureisun encuntre mei, e nuls n'est ki rien me vuille acuinter, ib. 86.

XVe s. Pour aucunes conspirations, monopoles et conjuroisons longtemps apensées et contrepensées, Du Cange, appensatus.

XVIe s. Pompeius eut recours à l'amitié, ou, pour parler plus rondement, à la conspiration et conjuration de Crassus et de Caesar, Amyot, Lucul. 85.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CONJURATION. - HIST. Ajoutez :

XIIIe s. Lorsque Cateline fist à Rome la grant conjuroison, Latini, Trésor, p. 505.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

CONJURATION, s. f. (Hist. mod.) complot de personnes mal intentionnées contre le prince ou contre l’état. Voyez Salluste & l’abbé de Saint-Réal.

* Conjuration, (Hist. anc.) cérémonie qui se pratiquoit dans les grands dangers : alors les soldats juroient tous ensemble de remplir leur devoir. Le général se rendoit au capitole, y plaçoit un étendart rouge pour l’infanterie, & un bleu pour les chevaux, & disoit qui vult rempublicam salvam me sequatur ; les soldats qui s’étoient rassemblés répondoient à cette invitation par un cri, & marchoient de là contre l’ennemi.

Conjuration, s. f. (Divinat.) parole, caractere, ou cérémonie, par lesquels on évoque ou l’on chasse les esprits malins, on détourne les tempêtes, les maladies, & les autres fléaux.

Dans l’Église Catholique & Romaine on employe, pour expulser les démons des corps des possédés, certaines conjurations ou exorcismes, & on les asperge d’eau-benite avec des prieres & des cérémonies particulieres. Voyez Exorcisme.

Il y a cette différence entre conjuration & sortilége, que dans la conjuration on agit par des prieres, par l’invocation des saints, & au nom de Dieu, pour forcer les diables à obéir. Le ministre qui conjure par la fonction sainte qu’il exerce, commande au diable, & l’esprit malin agit alors par pure contrainte : au lieu que dans le sortilége on agit en s’adressant au diable, que l’on suppose répondre favorablement en vertu de quelque pacte fait avec lui, ensorte que le magicien & le diable n’ont entre eux aucune opposition. Voyez Sortilége.

L’un & l’autre different encore de l’enchantement & des maléfices, en ce que dans ces derniers on agit lentement & secrettement par des charmes, par des caracteres magiques, &c. sans jamais appeller le diable, ni avoir aucun entretien avec lui. Voyez Charme & Maléfice.

Quelques démonographes ont prétendu qu’un moyen très-efficace de reconnoître les sorciers dans les exorcismes, étoit de les conjurer par les larmes de Jesus-Christ ; & que si par cette conjuration on pouvoit leur en tirer à eux-mêmes, c’étoit une marque de leur innocence ; & qu’au contraire si elle ne leur en arrachoit pas, c’étoit un signe de magie. Modus autem conjurandi, disent-ils, ad lacrymas veras si innoxia fuerit & cohibere lacrymas falsas, talis vel consimilis practicari in sententia à judice potest seu presbytero, manum super caput delati seu delatæ ponendo : conjuro te per amarissimas lacrymas à nostro salvatore Domino, &c. Delrio, qui cite cette pratique & cette formule, regarde avec raison l’une & l’autre comme superstitieuses : & d’ailleurs, quel moyen facile de justification n’offriroit-elle pas aux sorciers, & sur-tout aux sorcieres, qui sont d’un sexe à qui l’on sait que les larmes ne coutent rien ? Voyez Delrio, disquisit. magicar. lib. V. sect. jx. pag. 741. & suiv.

Les Payens avoient coûtume de conjurer les animaux nuisibles aux biens & aux fruits de la terre, & entr’autres les rats. C’étoit au nom de quelque divinité fabuleuse, qu’on interdisoit à ces animaux destructeurs l’entrée des maisons, des jardins, ou des campagnes. Aldrovandus, dans son ouvrage sur l’histoire naturelle, pag. 438. a pris soin de nous en conserver cette formule : Adjuro vos, omnes mures, qui hic comistitis, ne mihi inferatis injuriam : assigno vobis hunc agrum, in quo si vos posthac deprehendero, matrem deorum testor, singulos vestrum in septem frusta discerpam. Mais il ne dit pas l’effet que produisoit ce talisman. Voyez Talisman. Celui qui voudra connoître jusqu’où peut aller la méchanceté de l’homme, n’aura qu’à lire l’histoire de la conjuration des diables de Loudun, & la mort d’Urbain Grandier. (G)

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Étymologie de « conjuration »

Du latin conjurationem, accusatif de conjuratio.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. conjuration ; espagn. conjuracion ; ital. congiurazione ; du latin conjurationem, de conjurare, conjurer. La formation régulière est conjuraison ou conjuroison, comme dans les plus anciens textes, la finale latine atio se changeant en aison ou oison, comme dans oraison, raison, etc. L'ancien français avait aussi conjur et conjurement.

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Phonétique du mot « conjuration »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
conjuration kɔ̃ʒyrasjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « conjuration »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « conjuration »

  • Quand une conjuration échoue par l'effet du hasard, il est plus urgent de de changer de police que de punir les conspirateurs. De Duc de Lévis / Maximes politiques
  • On s'aperçoit qu'un nouveau talent a emergé au fait qu'il se crée spontanément autour de lui une conjuration d'imbéciles pour le briser. De Jean-Simon Bitan
  • Les conjurations, lors même qu'elles réussissent, ont le plus souvent de très funestes conséquences, parce qu'elles se font presque toujours contre le tyran et non contre la tyrannie. De Vittorio Alfieri / De la tyrannie
  • Jeu en famille  » Cold case : la conjuration du Prieuré  » 2020-07-01 – 2020-08-30 Rue de l’église Musée du prieuré Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais Rhône Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais Unidivers, Jeu en famille  » Cold case : la conjuration du Prieuré «  Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais mercredi 1 juillet 2020
  • «Ce Liban, s’il n’était d’abord liberté, ne serait rien. Nous nous sommes faits par une permanente complicité avec tout le vaste monde ; nous sommes le produit d’une universelle conjuration des pensées et des richesses des peuples. C’est ce qui fait l’originalité et l’authentique grandeur de notre mission. Notre destin, si nous ne voulons pas trahir notre vocation, est de maintenir les communications ouvertes. Et ne nous demandez pas de nous emmurer avec vous !  » L'Orient-Le Jour, Préservez-moi de mes alliés... - L'Orient-Le Jour
  • Durant cette session d'été, Alberto Fabbri, 53 ans, est présenté par le PDC pour être élu par le Parlement comme juge au Tribunal pénal fédéral. Dans un communiqué publié mardi, le groupe UDC des Chambres écrit: «Il est en effet établi que cet homme était en 2007 l'un des acteurs de la conjuration contre Christoph Blocher, alors ministre de la justice (...) Il est également prouvé qu'Alberto Fabbri avait sciemment trompé la commission de gestion parlementaire dans l'affaire Valentin Roschacher. Partant de ces constats, il semble évident que Fabbri n'a pas les qualités caractérielles qu'exige une des fonctions judiciaires les plus importantes de la Confédération.» lematin.ch/, Vengeance: Le complot contre Christoph Blocher resurgit à Berne - Suisse - lematin.ch
  • Conjurer est considéré comme synonyme d’une histoire d’horreur. La conjuration est une histoire si effrayante qu’elle effraie l’enfer de n’importe qui. La meilleure partie est que leur partie de Conjuring est sur le point de sortir. Il serait réalisé par le réalisateur Michael Chaves. Ce serait le huitième film de la franchise de Conjuring. The Conjuring 3: Quelle est la date de sortie? Betanews.fr, The Conjuring 3: Devil m'a fait faire ça, date de sortie et suites révélées - Betanews.fr

Traductions du mot « conjuration »

Langue Traduction
Anglais conjuration
Espagnol conjuración
Italien incantesimo
Allemand beschwörung
Chinois 召唤
Arabe شعوذة
Portugais conjuração
Russe колдовство
Japonais 活用
Basque conjuration
Corse conjurazione
Source : Google Translate API

Synonymes de « conjuration »

Source : synonymes de conjuration sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « conjuration »

Conjuration

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