Lieu : définition de lieu


Lieu : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

LIEU1, subst. masc.

I. − Au sing. ou au plur. Portion déterminée de l'espace.
A. − [En constr. libre]
1. [L'espace est déterminé par sa situation dans un ensemble, par la chose qui s'y trouve ou l'événement qui s'y produit]
a) [Le subst., employé absol., est considéré d'une manière indéf.] Les mutuelles relations de tous les organismes vivant dans un seul et même lieu (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 7):
1. Vous (...) avez employé quelquefois comme personnage comique le dieu qui occupe je ne sais quel lieu dans l'espace, et qui met seulement, comme dans une de vos chansons, le nez à la fenêtre, pour se rire de la folie des hommes. P. Leroux, Humanité, t. 1, 1840, p. viii.
[Le subst. dans quelques expr. est coordonné à un mot évoquant une idée de temps] Tu as bien choisi le lieu et le moment (Claudel, Père humil.,1920, III, 1, p. 531).Qu'importe le lieu ou l'heure! (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 98).
Expressions
De lieu en lieu. Et tu errais de lieu en lieu, comme tous les gens maudits (Claudel, Échange,1954, II, p. 767).
En tout/tous lieu(x). Partout. Hauts fourneaux, forges, brasseries, raffineries de mélasses s'étaient élevés en tous lieux et absorbaient du combustible (Adam, Enfant Aust.,1902, p. 260).
À toute heure (en tout temps, à tout instant), en tout lieu. Toujours, partout :
2. Je pense à toi, je te vois, je t'adore, À tout instant, à toute heure, en tout lieu, Je pense à toi quand je revois l'aurore, Je pense à toi quand je ferme les yeux. Colette, Sido,1929, p. 111.
GRAMM. Notion, relation par laquelle un objet (ou le déroulement d'un procès) est situé dans l'espace. La relation de lieu peut être impliquée par le sémantisme des mots (...), par des préfixes (Lar. Lang. fr.).
De lieu.Qui exprime une relation de lieu; locatif. Complément (circonstanciel) de lieu. Complément précisant l'endroit où l'on est, où l'on va, par où l'on passe. Il y a parenté entre les compléments de temps et les compléments de lieu (...) l'on construit : au même moment comme : au même endroit (G. Mauger, Gramm. pratique du fr. d'auj., Paris, Hachette, 1968, p. 315).
Préposition de lieu. Préposition introduisant un complément circonstanciel de lieu.
Adverbe, locution adverbiale de lieu. Adverbe, locution adverbiale fonctionnant comme un complément circonstanciel de lieu. L'adverbe relatif de lieu hors (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 123).Certains adverbes de lieu permettent au lecteur de s'orienter dans un livre (...) supra, infra, idem et passim (Gramm. Lar.1977).
b) [Le subst. est déterminé par l'ensemble dans lequel il se situe et qui est précisé]
[par le cont.] Le lieu était absolument désert. Il n'y avait pas une âme dans le bois ni dans la vallée (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 510).Le corps avait été trouvé, couché sur un banc de marbre rose, dans un lieu écarté, au sommet des jardins (Louÿs, Aphrodite,1896, p. 195).
[par un compl. déterminatif] La présence actuelle de cette sphère en tel lieu de l'espace (Cournot, Fond connaiss.,1851, p. 43).La peste donc semble (...) affectionner tous les lieux du corps, tous les emplacements de l'espace physique, où la volonté humaine, la conscience, la pensée sont proches et en passe de se manifester (Artaud, Théâtre et son double,1938, p. 26).
En partic.
[L'espace est une région géogr.]
α) Localité, pays :
3. Je suis Tourangeau, j'habite Luynes, sur la rive droite de la Loire, lieu autrefois considérable, que la révocation de l'édit de Nantes a réduit de mille habitants, et que l'on va réduire à rien par de nouvelles persécutions, si votre prudence n'y met ordre. Courier, Pamphlets pol., Pétition aux deux Chambres, 1816, p. 3.
Nom* de lieux.
Lieu + dit + nom propre. Endroit généralement situé à la campagne et désigné traditionnellement par une particularité d'ordre topographique ou historique (cf. lieu-dit). L'an 1906, le dimanche 22 juillet, à une heure de relevée, à la requête de M. Lureux Étienne, fermier au lieu dit l'Épine, sis commune de Fonteneilles (R. Bazin, Blé,1907, p. 255).Toutes les localités ou propriétés appelées « la Commanderie » ont été bâties ou possédées par les chevaliers de l'Ordre de Malte (...) comme les lieux dits le « Temple » (Proust, Sodome,1922, p. 1104).
β) Habitation. (Être) sans feu ni lieu, n'avoir ni feu ni lieu. (Être) sans résidence fixe; (être) dans la misère. Je suis coquette, Je suis lorette, Reine du jour, reine sans feu ni lieu! (Nadaud, Chansons,1870, p. 23).Avec ces gens qui n'ont ni feu ni lieu (Lacretelle, Silbermann,1922, p. 144).
[L'espace est un livre] Il faudra que demain matin je recherche à quel lieu précis de l'Évangile intervient la parole : « À qui irions-nous, Seigneur? Vous avez les paroles de vie éternelle » (Du Bos, Journal,1927, p. 222).
Spécialement
ASTRON. ,,Point du ciel auquel répond une planète, une comète. Lieu astronomique, apparent, véritable`` (Ac.).
MATH. Lieu (géométrique). Ensemble de points jouissant de la même propriété. La droite en tant que déterminée par deux de ses points a pour opposé le lieu géométrique quelconque de tous les points dont la position est déterminée exclusivement par celle de points extérieurs (Hamelin, Élém. princ. représ.,1907, p. 83).
P. anal. Je suis le lieu géométrique de toutes les contradictions (Valéry, Corresp. [avec Gide], 1899, p. 366).
PHILOSOPHIE
Lieu intérieur, intrinsèque. ,,Étendue même d'un corps, qu'il emporte avec lui si on le déplace`` (Lal. 1968).
Lieu extérieur, extrinsèque. ,,Étendue qu'il [le corps] occupait et que l'on considère comme demeurant en place, tandis que le corps la quitte`` (Lal. 1968).
c) [Le subst. précédé d'un adj. poss. ou suivi d'un compl. prép., est déterminé par la chose (plus rarement la pers.) qui est située dans l'espace en question] On me cite là-bas, à Tours lieu de mon domicile, devant un juge d'instruction (Courier, Pamphlets pol., À réd. Constitutionnel, 1823, p. 202).Il continua donc d'errer en cherchant le lieu de l'embarcadère, autour de la longue maison châtelaine aux ailes inégales, comme une église (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 98).
Au fig. Place, rang, portion de l'espace qui est assignée, réservée à une chose ou à une personne. Si j'étais en votre lieu (...) je me dirais : Landry Barbeau m'a aimée quand je portais des guenilles (Sand, Pte Fad.,1849, p. 301):
4. J'essayerais vainement d'en donner l'analyse [de La femme au xviiiesiècle de E. et J. de Goncourt], car c'est une analyse déjà, mais dont chaque trait est groupé, rapporté à son lieu, et serré dans une trame. Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 4, 1862, p. 2.
DR. Chaque créancier viendra en son lieu (Ac.).
En lieu et place de qqn. À la place de quelqu'un dans l'exercice de ses droits, de ses fonctions. Il importait, dès lors, qu'il acquittât, en votre lieu et place, les 11 et demi pour 100 exigés par la Loi (Courteline, Client sér., Héritier, 1927, p. 151).Subroger quelqu'un en son lieu et place (Hanse1949).
Au/aux lieu et place de qqn. Même sens. C'est la société qui devient vraiment propriétaire des produits du sol : elle en dispose, aux lieu et place du propriétaire individuel (Jaurès, Ét. soc.,1901, p. 229).
C'est le lieu de + verbe à l'inf. C'est le moment et l'endroit opportuns de + verbe à l'inf. Mais ce n'était ni le lieu ni le moment de poser des questions (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1270).C'est sans doute le lieu de dire ici le service que j'eus l'occasion de rendre au maréchal French (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 479).
[Le compl. prép. est sous-entendu]
En temps et lieu. Au moment et à l'endroit opportuns. Je t'avertirai en temps et lieu (Musset, Lorenzaccio,1834, III, 1, p. 168).
En bon lieu. À l'endroit convenable. L'auteur, en cette circonstance, est semblable à un monsieur qui donnerait une poignée de main à une poignée d'amis, les chargeant de la porter en bon lieu (Verlaine, Dédic., Paris, éd. de Cluny, 1940 [1890], p. 66).
De bon lieu. De bonne source. J'ai appris cela de bon lieu, je tiens cela de bon lieu (Ac.).
d) [Le subst. est déterminé par le procès qui s'y déroule] Lieu de l'action, du délit. Le criminel revient toujours au lieu de son crime, comme le boomerang aux pieds de son maître (Giraudoux, Intermezzo,1933, I, 5, p. 36):
5. D'après mes propres conjectures sur le texte de l'anonyme (...), je pensais qu'il fallait chercher aux environs de Montilla le lieu mémorable où, pour la dernière fois, César joua quitte ou double contre les champions de la république. Mérimée, Carmen,1847, p. 3.
Unité de lieu. L'une des quatre règles du théâtre classique qui prescrivait que l'action s'accomplît au même endroit :
6. Quant à la règle de l'unité de lieu, elle n'est considérée comme impérieuse qu'à partir de 1631, sans d'ailleurs être prise dans toute sa rigueur, le lieu unique pouvant être une île, une ville, une province, ou même, selon Corneille (1634) ,,les lieux où l'on peut aller dans les vingt-quatre heures``. Ph. van Tieghem.Les Grandes doctrines littér. en Fr., Paris, P.U.F., 1968, p. 50.
2. [L'espace est qualifié par un adj. qui le caractérise dans ses dimensions, son aspect, sa qualité] Sa boutique, située place du Carrousel, était un lieu féerique où l'on trouvait toute chose à souhait (Murger, Scène vie boh.,1851, p. 182):
7. Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière, Fragment terrestre offert à la lumière, Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux, Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres, Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres Valéry, Charmes,1922, p. 149.
SYNT. Lieu caché, champêtre, charmant, désert, désuet, écarté, élevé, fatal, inaccessible, inconnu, lugubre, nouveau, sauvage, sinistre, tranquille, voisin.
B. − [Formant des syntagmes nom. plus ou moins figés]
1. [Avec un adj. qualificatif antéposé ou postposé ayant souvent une valeur déterminative]
a) [L'adj. n'est pas marqué stylistiquement]
Lieu public. Lieu ouvert librement au public (café, cinéma, restaurant). Une sottise que j'ai faite hier en me montrant dans un lieu public où Madeleine et Julie se trouvaient avec mon oncle (Fromentin, Dominique,1863, p. 223).
Lieu sûr. Lieu où l'on est en sûreté, où l'on ne risque rien. Être, mettre qqn en lieu sûr. Mais, même après l'avoir ramené en lieu sûr, Jos-Mari avait caché à son client la catastrophe (Peyré, Matterhorn,1939, p. 126).
Lieu commun. V. infra II B et commun.
b) [L'adj. est péj. ou laud.]
Haut lieu. V. infra II A 1 a.
Mauvais lieu. Maison de débauche. Je fis d'abord mes adieux aux tripots et aux mauvais lieux de Venise, de compagnie avec l'ingénu et doux vicomte (Milosz, Amour. initiation,1910, p. 239).
Saint lieu, lieu saint, lieu sacré. Église, temple. Je ne dirai rien dans l'église, par respect pour le lieu sacré (Maurois, Silences Bramble,1918, p. 95):
8. Tous ces fronts prosternés, ce feu qui les embrase, Ces parfums, ces soupirs s'exhalant du saint lieu; Ces élans enflammés, ces larmes de l'extase. Tout me répond que c'est un dieu. Lamart., Médit.,1820, p. 229.
c) Position, situation dans une hiérarchie sociale ou politique.
De bas, de petit lieu (vieilli). De basse, de petite condition. Des conseillers sortis de petit lieu (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 386).Nous sommes pauvres et de bas lieu (Mérimée, Théâtre C. Gazul,1825, p. 183).
De haut lieu, de bon lieu (vieilli). De haute noblesse, d'origine honorable. Voyez-vous, qui ne naît pas de bon lieu finit toujours mal (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 51).Comme chien de haut lieu, comme chien familier avec des personnes trop élevées pour seulement se plaire à mes respects (Toepffer, Nouv. genev.,1839p. 106).
En haut lieu. Parmi les dirigeants, les cadres d'une nation, d'une entreprise, p. ex. On m'a demandé, en très haut lieu, pour une grande dame de votre connaissance, les costumes de Salammbô (Flaub., Corresp.,1863, p. 316).
2. [Avec un subst. compl. déterminatif]
a) Siège de la réalisation de quelque chose. Lieu d'origine. Il court au tombeau, enlève triomphant Juliette de ce lieu de mort (Delécluze, Journal,1827, p. 464):
9. − Levez-vous. Vos nom, prénoms? − Lédard François. − Lieu et date de naissance? − Amiens, 26 août 1895. Vercel, Cap. Conan,1934, p. 81.
Lieu d'édition, d'impression. Nom de la ville où l'ouvrage a été édité (ou publié), a été imprimé (d'apr. Rolland-Coul. 1969).
b) Lieu destiné spécifiquement à quelque chose. Un couvent! ce n'est pas un lieu de repos, un asile, une infirmerie! (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 127).
Lieu d'asile. Synon. de lieu de franchise.Et la cathédrale? Elle est lieu d'asile (Cocteau, Bacchus,1952, III, 1, p. 170).
Lieu de franchise*.
Lieu de plaisance. Endroit destiné à l'agrément. Jésus (...) prenait un peu de repos dans le verger d'un établissement agricole [probablement une exploitation d'huile] nommé Gethsémani, qui servait de lieu de plaisance aux habitants (Renan, Vie Jésus,1863, p. 352).
Lieu de sûreté. Lieu de franchise; fam. prison. Cet étourdi s'est fait mettre en lieu de sûreté (Ac.1835, 1878).
SYNT. Lieu d'agrément, de débauche, de délassement, de délices, d'horreur, de distraction, de luxe, de méditation, de passage, de pèlerinage, de perdition, de plaisir, de prière, de promenade, de rendez-vous, de repos, de réunion, de séjour, de travail.
C. − [Formant des loc.]
1. Loc. verb.
a) Avoir lieu. Se produire à un endroit ou à un moment donné. Le départ eut lieu à sept heures et demie, du moins pour le bataillon de Jerphanion (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 90).
Vieilli. Il y a lieu à + subst.Il y a + subst.Toutes les fois qu'on s'avance de deux cents lieues du midi au nord, il y a lieu à un nouveau paysage comme à un nouveau roman (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 2).Il allait falloir prendre des informations, vérifier les hypothèques, voir s'il y avait lieu à une licitation ou à une liquidation (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 102).
b) Avoir lieu de + verbe (souvent un verbe de sentiment) à l'inf.Avoir un motif de + verbe à l'inf. Nous avons lieu d'être inquiètes de ton sort (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 491).
Il y a lieu de. Il convient de. Il y a lieu de supposer que la rédaction en sera confiée au moine Didon Coupe-Têtes (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 150).
Plus rarement. Il y a lieu à. Mais il y a lieu à demander jusqu'à quel point nos inclinations, nos passions dépendent de nous (Maine de Biran, Journal,1816, p. 145).
Il y a tout lieu de. Il y a de bonnes raisons pour. Il y a donc tout lieu de croire qu'on ne trouvera jamais rien et que l'affaire sera bientôt classée (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 174).
[Dans une phrase hypothétique, souvent avec ell. du verbe] Elle décida, s'il y avait lieu, d'organiser seule sa défense (Radiguet, Bal,1923, p. 116).
c) Donner lieu
Donner lieu à + subst. Fournir le prétexte, l'occasion à + subst. Je vis et revis beaucoup d'amis, et qui me donnèrent lieu à de substantiels entretiens (Du Bos, Journal,1924, p. 143).
Donner lieu de + verbe à l'inf. Permettre, donner l'occasion de + verbe à l'inf. La maladie de ma grand'mère donna lieu à diverses personnes de manifester un excès ou une insuffisance de sympathie qui nous surprirent (Proust, Guermantes 2,1921, p. 325).
d) Tenir lieu de + subst. Remplacer, tenir la place de + subst. C'était (...) une forte ficelle qui tenait lieu de toute ceinture à notre personnage (Montherl., Célibataires,1934, p. 738).
2. Loc. adv.
a) En premier, en second... lieu. Premièrement, deuxièmement. Puisque ce qu'on avait cru probable d'abord s'est montré faux ensuite, et se trouve en troisième lieu être vrai (Proust, Guermantes 2,1921, p. 361).
b) En dernier lieu. Finalement, en définitive. J'insiste, décrivant l'expérience sous la forme donnée en dernier lieu (G. Bataille, Exp. int.,1943, p. 87).
3. Loc. prép. Au lieu de
a) [Pour opposer deux choses] Au lieu de + subst. Au lieu d'une fille, j'ai un fils (Éluard, Donner,1939, p. 14).
b) [Pour opposer deux actions ou deux états] Au lieu de + verbe à l'inf. Elle recula comme épouvantée, au lieu de tomber dans mes bras (About, Roi mont.,1857, p. 292).
Rare. Au lieu que de. Pourquoi ne voulez-vous pas venir à la maison comme je vous l'ai demandé, au lieu que de rester dans cette mauvaise cabane? (Claudel, Échange,1954, I, p. 752).
4. Loc. conj. Au lieu que
a) [Suivi d'un verbe à l'ind. pour opposer deux états, deux actions différentes] Le navigateur s'oriente d'après ces remarques; au lieu que les rossignols et les hirondelles sont portés d'un lieu à l'autre comme les nuages du ciel (Alain, Propos,1921, p. 307).Cette main toute froide, cette main comme de la pierre, au lieu qu'elles étaient si bonnes chaudes avant, si douces à tenir avant (Ramuz, Gde peur mont.,1926, p. 218).
b) [Suivi d'un verbe au subj. pour opposer deux actions dont l'une seulement se réalise ou deux faits dont l'un seulement existe] Comme ma fenêtre donnait, au lieu que ce fût sur une campagne ou sur une rue, sur les champs de la mer (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 953).
II. − Au plur.
A. − Vieilli et littér. [Le plur. exprime la singularité]
1. Endroit où l'on se trouve. Le maître de ces lieux. Je quittais ces lieux le cœur ému, l'âme remplie d'enchantement (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 187):
10. Nous nous arrêtons dans ces citations si incomplètes, si difficiles à faire comprendre sans la musique et sans la poésie des lieux et des hasards, qui font que tel ou tel de ces chants populaires se grave ineffaçablement dans l'esprit. Nerval, Filles feu, Chansons et légendes du Valois, 1854, p. 637.
En partic.
a) Hauts lieux. ,,En Israël, lieu de culte situé sur une hauteur et souvent suspect à cause des pratiques idolâtriques qui s'y déroulaient`` (Foi t. 1 1968). Les rites cananéens ainsi repris étaient appliqués à Yahweh, seul Dieu; mais la dispersion des hauts lieux entraînait avec elle un péril d'idolâtrie (Théol. bibl.1970, s.v. montagne).
P. anal., au sing. ou au plur. Endroit où se sont accomplis de grands faits, endroit mémorable :
11. La Colline inspirée, de Barrès, est une légende d'une portée infinie. Elle montre à quel point la sainteté reste liée à certains sommets, depuis les origines de l'humanité (...). Il n'est pas impossible d'imaginer les événements extraordinaires qui ont ensanglanté ces hauts lieux, à l'aurore des sociétés humaines, et ont consacré ces éminences à jamais, dans l'obscure mémoire de l'espèce. J.-R. Bloch, Dest. du S.,1931, p. 155.
P. métaph. Voici le plus haut lieu, en France, de la géographie romanesque (Mauriac, Mém. intér.,1959, p. 148).
b) Lieux réguliers. Parties intérieures du monastère réservées aux seuls religieux (d'apr. Lep. 1948).
c) Lieux saints. Région (Palestine, Galilée) où s'est déroulée la vie et spécialement la passion du Christ. Visiter les lieux saints. Les saints! L'atmosphère des saints! Respirer le parfum des saints! Aller de temps en temps dire la messe à leurs autels (Dupanloup, Journal,1863, p. 242).
2. Usuel et dans le vocab. jur.
a) Endroit où s'est déroulé un événement. Être, se rendre sur les lieux; les lieux du crime. Les départements de la Mayenne et d'Ille-et-Vilaine étaient alors commandés par un vieil officier qui, jugeant sur les lieux de l'opportunité des mesures à prendre, voulut essayer d'arracher à la Bretagne ses contingents (Balzac, Chouans,1829, p. 9).
b) Maison, immeuble. Aménagement, configuration, plan des lieux; maintien dans les lieux; visiter les lieux (synon. rare aîtres).
État des lieux. V. état I B 3.L'œil-de-bœuf est crevé au front des combles vides qu'on n'inspecte plus. Que manque-t-il encore à cet état des lieux? (Larbaud, F. Marquez,1911, p. 221).
Vider* les lieux.
3. Lieux (d'aisance). Cabinets. Aller aux lieux. Comme une personne enfermée dans les lieux, qui demande à en sortir (Courteline, Femmes d'amis, Lauriers coupés, 1894, p. 183).
Lieux à l'anglaise. Latrines munies d'une cuvette fermée par une soupape qu'on ouvre à volonté. (Dict. xixes.).
B. − Lieux communs
1. RHÉT. Lieux (communs), lieux (oratoires). Sources où un orateur peut puiser des pensées et des preuves sur tous les sujets. Aristote a traité des lieux communs (Ac.).
Lieux (oratoires) extérieurs. Preuves, arguments qui se trouvent hors du sujet lui-même. Les lieux oratoires extérieurs, c'est-à-dire ceux qui sont placés hors du sujet, ne sont pas les mêmes pour toutes les espèces de discours (M. Domairon, Rhét. fr., Paris, Deterville, 1804, p. 219).
Lieux (oratoires) intérieurs. Preuves, arguments qui se trouvent dans le sujet lui-même. Les principaux lieux intérieurs (car il seroit trop long et même inutile de les parcourir tous) sont la définition, l'énumération des parties, la similitude, les contraires et les circonstances (M. Domairon, Rhét. fr., Paris, Deterville, 1804p. 207).
P. ext., au sing. et au plur. V. commun B 2.
Idée générale que l'on utilise pour étayer un sujet, une démonstration. On trouve, il est vrai, chez Bossuet des morceaux et de beaux lieux communs sur la mort, qui ont servi et resservi dans plusieurs de ses sermons ou de ses oraisons funèbres (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 2, 1860, p. 21).
Péj. Idée couramment reçue. Je me montre même plus prévenante, diseuse de banalités et de lieux communs : − Quel beau temps, monsieur Marin! (Colette, Cl. Paris,1901, p. 227):
12. « Dans une société qui répugne à la consommation, qui favorise les plus défavorisés et qui prône l'égalité des chances » (fin de citation), le lieu commun se développe et se reproduit admirablement, nul n'échappe à sa maligne prolifération dont les vecteurs principaux sont les médias. Le Monde dimanche,14 oct. 1979, p. I, col. 1.
P. anal., MUS. Des lieux communs mélodiques (Berlioz, À travers chants,1862, p. 323).
2. THÉOL. Lieux (communs), lieux (théologiques). Sources de la science théologique hiérarchiquement ordonnées et critiquées, où le théologien va prendre ses principes pour élaborer son argumentation et sa construction (d'apr. Foi, t. 1 1968).
Prononc. et Orth. : [ljø]. Att. ds Ac. dep. 1694. Homon. lieue. Étymol. et Hist. A. 1. Fin du xes. loc « portion déterminée de l'espace » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 407); ca 1050 leu (Alexis, éd. Chr. Storey, 133); 2. 1remoitié du xiies. lieu saint « temple, église » (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, XXIII, 3 [locus sanctus]); 1690 lieux saints « lieux de la vie du Christ, en Palestine » (Fur.); 3. 1260 tenir feu et leu « avoir un ménage et une maison » (Étienne Boileau, Métiers, 69 ds T.-L., s.v. feu); 4. 1538 lieu public (Est., s.v. statio); 5. 1690 lieu géom. (Fur.); 1691 lieu géométrique (Ozanam); 6. 1691 haut lieu « hauteur, colline sur laquelle les juifs élevaient des autels et faisaient des sacrifices » (Racine, Athalie, III, 6); 1931 au fig. « lieu mémorable théâtre de hauts faits » (J.-R. Bloch, Dest. du S., p. 155). B. Au plur. 1. a) 1538 dr. « endroit précis où un fait s'est passé » (Est., s.v. in); b) 1643 « endroit unique considéré ou non dans ses parties » (Corneille, Polyeucte, I, 3); 2. 1640 lieux « latrines » (Oudin Curiositez); 1802 lieux d'aisances (Flick, Nouv. dict. fr.-all. et all.-fr. d'apr. FEW t. 5, p. 392b); 3. 1690 « appartement, maison, propriété » (Fur.). C. Dans des loc. 1. a) ca 1100 estre es lius de « être à la place de » (Roland, éd. J. Bédier, 3016 : Seiez es lius Oliver e Rollant); b) ca 1160 en leu de « à la place de » (Eneas, 3554 ds T.-L.); c) 1531 au lieu de « id. » (Est., s.v. vicis); 2. 1155 tens et leu « au moment et à la place convenables » (Wace, Brut, 536 ds T.-L.); 3. a) ca 1200 (aimer) en haut lieu « (aimer) une personne de naissance noble » ([Châtelain de Couci], Chansons, éd. A. Lerond, VIII, 22), cf. lieu « place (d'une personne, d'un groupe) dans la hiérarchie sociale » (ca 1165, Benoît de Sainte-Maure, Troie, 7839 ds T.-L.); b) xiiies. de haut lieu « de naissance noble » (Guillaume au faucon, 216 ds Fabliaux, éd. A. de Montaiglon et G. Raynaud, t. 2, p. 99); c) 1863 en haut lieu « dans les milieux influents » (Flaub., Corresp., p. 316); 4. a) ca 1180 avoir bon lieu « être bien reçu, admis » (Proverbes au vilain, 187 ds T.-L. : bone parole bon lieu a); b) ca 1500 n'avoir nul lieu « ne pas se produire » (Commynes, Mémoires, VIII, 2, éd. J. Calmette, t. 3, p. 143); c) 2emoitié du xvies. avoir lieu « se réaliser (en parlant de souhaits) » (Cholières d'apr. FEW t. 5, p. 393a); d) 1611 il y a lieu de (Cotgr.); 1636 avoir lieu de (Corneille, Le Cid, III, 6); e) 1778 avoir lieu « prendre place (à un moment précis du temps) » (Buffon, Hist. nat. des oiseaux, t. 4, p. 104 ds Littré); 5. a) début du xiiies. lieu « passage d'un livre » (Maurice de Sully, Sermons, éd. C. A. Robson, 1, 89); b) 1538 en premier lieu (Est., s.v. cum); 6. a) 1374 tenir le lieu de « servir de » (N. Oresme, Livre de Yconomique, éd. A. D. Menut, p. 818 : en petite maison, le seigneur tient le lieu de curateur); b) 1534 tenir lieu de (Rabelais, Gargantua, VIII, éd. R. Calder et M. A. Screech, p. 65); 7. a) 1643 donner lieu de « fournir l'occasion » (Corneille, Polyeucte, IV, 3); b) 1656 donner lieu à (Pascal, Provinciales, VII ds Œuvres complètes, éd. L. Lafuma, 1963, p. 399b). D. 1. 1562 lieux communs « arguments, développements et preuves applicables à tous les sujets » (Bonivard, L'Amartigénée, 91 d'apr. FEW t. 5, p. 393a); 2. 1666 « banalité » (Molière, Le Misanthrope, II, 4). Du lat. locus « lieu, place, endroit », servant à traduire le gr. τ ο ́ π ο ς, dont il a pris les sens techn. « endroit d'un ouvrage », terme de rhét. loci communes « lieux communs », v. Ern.-Meillet. Bbg. Cohen 1946, p. 7; Un Terme de scénologie médiév. lieu ou mansion. In : [Mél. Huguet (E.)]. Paris, 1940, pp. 52-58. - Quem. DDL t. 15, 18, 21. - Wexler 1955, p. 83, 84, 86, 87, 88, 91.

LIEU2, subst. masc.

Poisson marin voisin du merlan. Synon. colin, merlan jaune.Un enfant de quinze mois était mort tout à coup, une petite fille, qui, la veille encore, mangeait son lieu séché, buvait l'eau du ciel, aussi bien que père et mère (Queffélec, Recteur,1944, p. 119).Lieu jaune et lieu noir ou colin noir (Clém.Alim.1978).
Prononc. : [ljø]. Étymol. et Hist. 1431 lief (Archives de Bretagne t. 1, 1883, p. 49 d'apr. Fonds Barbier); 1553 lieu (G. de Gouberville, Journal ds Poppe, p. 52). De l'a. nord. lýrr, lýr, de même sens (FEW t. 16, p. 494b). Fréq. abs. littér. : 27 209. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 54 493, b) 34 334; xxes. : a) 29 735, b) 32 937.

Lieu : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

lieu \ljø\ masculin

  1. Portion de l’espace, soit prise en elle-même, soit considérée par rapport à ce qui l’occupe.
    • D’après une étude réalisée en Côte d’Ivoire, dans les lieux où les éléphants avaient disparu depuis longtemps on ne trouvait plus de plants de certaines espèces forestières qu’ils ont coutume de disséminer (Alexandre, 1978). — (Yaa Ntiamoa Baidu, La faune sauvage et la sécurité alimentaire en Afrique, page 52, FAO, 1998)
    • Lieu vaste, étroit, resserré.
    • Lieu élevé, bas, enfoncé, souterrain.
    • C’est le plus beau lieu du monde.
    • C’est un lieu de délices.
    • En quelque lieu qu’il aille, il s’ennuie.
    • Veuillez me dire votre lieu de naissance.
  2. Il se dit aussi par rapport à la destination.
    • Un lieu d’assemblée, de récréation.
    • Lieu privé.
    • Le criminel était arrivé au lieu du supplice.
    • Quel est le lieu du rendez-vous ?
    • Mettre une chose en lieu sûr.
    • Lieu de plaisance, Maison de campagne uniquement destinée à l’agrément.
    • Lieu de franchise, lieu d’asile, lieu où, en vertu de quelque privilège, on est à l’abri de certaines poursuites.
    • Mauvais lieu, maison de débauche.
  3. (Au pluriel) Endroit désigné ou indiqué.
    • Le crépitement de la fusillade amena rapidement sur les lieux le Preussen et le Kiel, qui, avec quelques grenades à main, détruisirent toutes les habitations dans un rayon d’un mille. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 236 de l’éd. de 1921)
    • Les juges ordonnèrent une descente sur les lieux.
    • Une descente de lieux.
  4. (Au pluriel) Appartement ; différentes pièces d’un bien immobilier.
    • Il faut visiter les lieux et voir s’ils sont en état.
    • État des lieux.
  5. (Au pluriel) (Vieilli) (Construction) (Par ellipse) Lieu d’aisance, latrines.
    • Les prisonniers ne pouvaient même plus s’isoler aux lieux, depuis qu’un haut fonctionnaire de la Sécurité sociale s’y était pendu. — (Nathalie Henneberg, La Plaie, 1964)
  6. (Mathématiques) Objet d’étude de la topologie.
    • Lieu géométrique.
  7. (Géographie) Objet d’étude de la topographie.
  8. (Astronomie) Point du ciel auquel répond une planète, une comète.
    • La ligne du vrai lieu et la ligne du lieu apparent sont différentes, elles forment entr’elles un angle qu’on appelle parallaxe.
    • Lieu astronomique.
  9. Place, rang.
    • Il tient le premier lieu.
    • Il faut que chaque chose y soit en son lieu, Il faut que chaque chose soit à la place qui lui convient.
    • Chaque créancier viendra en son lieu.
    1. En termes de Procédure, Être au lieu et place de quelqu’un, avoir la cession de ses droits et actions.
  10. (Vieilli) Maison ou famille, comme dans ces phrases :
    • Cette personne est de bon lieu, elle est de bonne famille.
    • Il s’est allié en bon lieu, il s’est bien allié.
    • Il sent le lieu d’où il vient, il a les habitudes, les goûts des gens de sa classe.
  11. Endroit, temps convenable pour dire, pour faire quelque chose.
    • Ce n’est pas ici le lieu de parler de cela, le lieu de disputer.
    • J’ai parlé de ce fait en son lieu.
  12. (Figuré) Moyen, sujet, occasion. → voir avoir lieu et avoir lieu de
    • Il n’y a pas lieu de douter, de craindre, d’espérer.
    • Je vous avertirai, s’il y a lieu.
  13. (Vieilli) Passage d’un livre.
    • En quel lieu Platon l’a-t-il dit ?
    • Aristote dit dans plus d’un lieu

Nom commun 2

lieu \ljø\ masculin

  1. (Zoologie) Nom donné à deux genres de poissons osseux de mer (Theragra spp. et Pollachius spp.) de la famille des gadidés, proches des merlans, à trois nageoires dorsales et deux anales.
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Lieu : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LIEU. n. m.
Portion de l'espace, soit prise en elle-même, soit considérée par rapport à ce qui l'occupe. Lieu vaste, étroit, resserré. Lieu élevé, bas, enfoncé, souterrain. Lieu humide, marécageux, malsain. Lieu agréable, charmant, affreux, désert, solitaire, inhabité. C'est le plus beau lieu du monde. C'est un lieu de délices. Changer de lieu. En quelque lieu qu'il aille, il s'ennuie. Veuillez me dire votre lieu de naissance. Il se dit aussi par rapport à la destination. Un lieu d'assemblée, de récréation. Lieu public. Lieu privé. Le criminel était arrivé au lieu du supplice. Quel est le lieu du rendez-vous? Mettre une chose en lieu sûr, en lieu de sûreté. Le lieu saint, le saint lieu, L'église, le temple. Les saints lieux, Les lieux de la terre sainte qui sont célèbres par les mystères de notre rédemption. Visiter les saints lieux. Lieu de plaisance, Maison de campagne uniquement destinée à l'agrément. Il est vieux. Lieu de franchise, lieu d'asile, Lieu où, en vertu de quelque privilège, on est à l'abri de certaines poursuites. Les maisons des ambassadeurs sont des lieux de franchise. Autrefois les églises étaient des lieux d'asile. Mauvais lieu, Maison de débauche. Hanter, fréquenter les mauvais lieux. Lieux d'aisances, ou simplement Lieux, Les latrines. Il se dit également d'un Endroit désigné, indiqué; et alors on le met souvent au pluriel. Nous irons sur les lieux. Se transporter sur les lieux. Les juges ordonnèrent une descente sur les lieux. Une descente de lieux. Il se prend aussi, surtout au pluriel, pour les Appartements et les différentes pièces d'une maison, d'une ferme, etc. Il faut visiter les lieux et voir s'ils sont en état. Réparer les lieux. État des lieux. État de lieux. Prov., N'avoir ni feu ni lieu, Être vagabond, sans demeure assurée; ou Être extrêmement pauvre. En termes de Géométrie, il se dit d'une Ligne droite ou courbe, dont tous les points servent à résoudre un problème qui a une infinité de solutions. Lieu géométrique. En termes d'Astronomie, il se dit du Point du ciel auquel répond une planète, une comète. Comme nous les voyons de la surface de la terre, nous les rapportons à un point différent de celui où elles seraient vues du centre de la terre; ce qui fait qu'on distingue le Lieu apparent du Lieu véritable : la différence s'appelle Parallaxe. Lieu astronomique. Il a signifié encore Place, rang. Il tient le premier lieu. Il faut que chaque chose y soit en son lieu, Il faut que chaque chose soit à la place qui lui convient. Il se dit surtout en termes de Procédure. Chaque créancier viendra en son lieu. En termes de Procédure, Être au lieu et place de quelqu'un, Avoir la cession de ses droits et actions. On dit de même Subrogé en son lieu et place. En premier lieu, en second lieu, en troisième lieu, en dernier lieu, Premièrement, secondement, troisièmement, enfin. Tenir lieu de, signifie Remplacer, suppléer. Votre amitié me tient lieu de tout. Ses agréments lui tiennent lieu de jeunesse. Il vous a tenu lieu de père. Il s'est pris autrefois pour Maison ou famille, comme dans ces phrases : Cette personne est de bon lieu, Elle est de bonne famille. Il s'est allié en bon lieu, Il s'est bien allié. Il sent le lieu d'où il vient, Il a les habitudes, les goûts des gens de sa classe. Fam., On a parlé de vous en bon lieu, On a parlé de vous en bonne compagnie. En haut lieu, Auprès d'un souverain, d'un prince, ou de quelque personnage important d'où dépend celui qui est en question. Être bien vu en haut lieu. Il lui revint qu'on n'était pas satisfait de lui en haut lieu. Il signifie aussi l'Endroit, le temps convenable pour dire, pour faire quelque chose. Ce n'est pas ici le lieu de parler de cela, le lieu de disputer. Nous en parlerons en temps et lieu. J'ai parlé de ce fait en son lieu. Ce n'est ni le temps ni le lieu de me demander cela. Il signifie au figuré Moyen, sujet, occasion. J'ai lieu de me plaindre de votre conduite à mon égard. Je n'ai pas donné lieu à vos reproches. Il n'y a pas lieu de douter, de craindre, d'espérer. Je vous avertirai, s'il y a lieu. Avoir lieu se dit en parlant de l'Époque d'un événement. Cet événement eut lieu en dernier. La séance publique aura lieu à la fin de ce mois.

LIEU s'est dit aussi d'un Endroit ou passage d'un livre. En quel lieu Platon l'a-t-il dit? Aristote dit dans plus d'un lieu... Lieux communs. Voyez COMMUN.

AU LIEU DE, Locution prépositive. À la place de, en place de. Au lieu de mon frère que j'attendais, il est venu un homme de sa part. Que mettez-vous au lieu de cette phrase que vous avez ôtée? Cet officier servira au lieu de tel autre. J'ai pris un volume de Racine, au lieu d'un volume de Corneille.

AU LIEU DE marque aussi Opposition, différence. Au lieu de secourir son ami, il l'a abandonné. Au lieu d'étudier, il ne fait que se divertir.

AU LIEU QUE, Locution conjonctive qui marque une opposition entre deux actions, entre deux états. Il ne songe qu'à ses plaisirs, au lieu qu'il devrait veiller à ses affaires.

Lieu : définition du Littré (1872-1877)

LIEU (lieu) s. m.

Résumé

  • 1° L'espace qu'un corps occupe.
  • 2° Un espace quelconque considéré sans aucun rapport avec les corps qui peuvent le remplir.
  • 3° Il se dit par rapport à la destination.
  • 4° Mauvais lieu.
  • 5° Lieux d'aisance.
  • 6° Endroit désigné, indiqué.
  • 7° Il se dit des différentes pièces d'une maison, d'une terre, d'une ferme.
  • 8° Signification de lieu en géométrie.
  • 9° Signification de ce mot en astronomie.
  • 10° Rang.
  • 11° Place.
  • 12° Il se dit de la position de la tête du cheval.
  • 13° Maison, famille.
  • 14° Il se dit pour désigner d'une manière vague la femme que l'on aime.
  • 15° Bon lieu, la bonne société ; haut lieu, la cour, le gouvernement ; bon lieu, autorité digne de foi.
  • 16° L'endroit, le temps convenable pour dire, pour faire quelque chose.
  • 17° Occasion, sujet, droit.
  • 18° En lieu de, en occasion de, en mesure de.
  • 19° N'avoir pas de lieu, n'être pas reçu, admis.
  • 20° Avoir lieu, se dit de l'époque d'un événement, et aussi pour s'opérer, se faire.
  • 21° Passage d'un livre.
  • 22° Lieu commun.
  • 23° Au lieu de.
  • 24° Au lieu que.
  • 1L'espace qu'un corps occupe. Tout corps occupe un lieu, remplit un lieu, est dans un lieu. Les mots de lieu et d'espace ne signifient rien qui diffère véritablement du corps que nous disons être en quelque lieu, et nous marquent seulement sa grandeur, sa figure, et comment il est situé entre les autres corps, Descartes, Principes, II, 13. Toutefois le lieu et l'espace sont différents en leurs noms, parce que le lieu nous marque plus expressément la situation que la grandeur ou la figure, et qu'au contraire nous pensons plutôt à celles-ci lorsqu'on nous parle de l'espace, Descartes, ib. 14. Vous [Dieu] avez fait le lieu de la même sorte que vous avez fait le temps ; pour vous, Ô Dieu de gloire et de majesté, vous n'avez besoin d'aucun lieu ; vous habitez en vous-même tout entier, Bossuet, Élévat. sur myst. III, 3.
  • 2Un espace quelconque, considéré sans aucun rapport avec les corps qui peuvent le remplir. Lieu humide, vaste, étroit, resserré. Voici un beau lieu. On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France, Corneille, le Ment. I, 1. Son bras ne dompte point de peuples ni de lieux Dont il ne rende hommage au pouvoir de mes yeux, Corneille, Pomp. II, 1. Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà qui s'amuse à couper du bois, Molière, Méd. m. lui, I, 5. Je sais que vos appas vous suivent en tous lieux, Molière, Mis. II, 1. N'avez-vous point entendu le cri que j'ai fait ? toute la forêt l'a répété, et je suis trop heureuse d'être en lieu où je n'ai de témoin de ce premier étonnement que les échos, Sévigné, 28 oct. 1676. Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire, Racine, Phèdre, IV, 2. Il me semble que l'on dépend des lieux pour l'esprit, l'humeur, la passion, le goût et les sentiments, La Bruyère, IV. Allez, dis-je, et sachez quel lieu, les a vus naître, Voltaire, Oreste, II, 3.

    Unité de lieu, voy. UNITÉ.

    Fig. Champ, carrière. Ce n'est point ici le pays de la vérité ; elle erre inconnue parmi les hommes… ce lieu est ouvert au blasphème, Pascal, Pens. XXIII, 31.

  • 3Il se dit par rapport à la destination. Un lieu d'assemblée, de récréation. Un lieu public. Le lieu où l'on rend la justice. Le criminel était arrivé au lieu du supplice. Quel est le lieu du rendez-vous ? Le peuple immolait toujours dans les hauts lieux, parce que jusqu'alors on n'avait point encore bâti de temple au Seigneur, Sacy, Bible, Rois, III, III, 2. La Troche a si bien refagoté ses affaires qu'elle s'est établie dans cette bonne ville, y faisant le siége de son empire et le lieu de toutes ses affaires, Sévigné, 236. On change le lieu de la prière et l'asile sacré des pénitents, en une retraite de voleurs et en une maison de trafic et d'avarice, Massillon, Carême, Temples.

    Lieu de sûreté, lieu où l'on est en sûreté. Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est au prix de Paris un lieu de sûreté, Boileau, Sat. VI.

    En un autre sens. Lieu de sûreté, lieu sûr, prison. On l'a mis en lieu sûr. On mettra toujours une femme en lieu de sûreté, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 5 janv. 1696.

    Le lieu saint, le saint lieu, l'église, le temple. Il [Jésus] court dans ce lieu saint [le temple] venger l'honneur de son Père, Massillon, Carême, Temples.

    Chez les Hébreux, saint lieu, sanctuaire qui précédait le saint des saints.

    Lieux réguliers, les endroits qui sont dans la clôture d'un monastère, et qui servent à la communauté.

    Les lieux saints, les saints lieux, les lieux où se sont opérés les principaux mystères de la rédemption.

    Les hauts lieux, les autels consacrés chez les Juifs aux fausses divinités, ainsi dits parce qu'ils étaient sur des montagnes. Jéhu sur les hauts lieux enfin osant offrir Un téméraire encens que Dieu ne peut souffrir, Racine, Athal. III, 6.

    Fig. Les hauts lieux, les temples, les autels de l'hérésie. Trop zélé sacrificateur du temple de Sion pour souffrir que sous son ministère les hauts lieux se multiplient dans Israël, Massillon, Or. fun. Villars.

    Lieu de plaisance, maison de campagne uniquement destinée à l'agrément.

    Lieu de franchise, lieu d'asile, lieu où, en vertu de quelque privilége, on est à l'abri de certaines poursuites. Les maisons des ambassadeurs sont des lieux de franchise (voy. ASILE, FRANCHISE).

  • 4Mauvais lieu, lieu de débauche. Heureux si ses écrits [de Régnier], craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l'auteur, Boileau, Art p. II. Port-Royal fut détruit avec la fureur qu'on eût employée contre une ville rebelle, et le scandale qu'on déploie dans un mauvais lieu, Duclos, Règne de Louis XIV, Œuv. t. v, p. 121. Cymodocée est condamnée aux lieux infâmes, Chateaubriand, Martyrs, XXII.
  • 5Lieux d'aisances, ou, simplement, lieux, les latrines. Aller aux lieux d'aisances. Aller aux lieux.

    Lieux à l'anglaise, lieux dans lesquels la cuvette est fermée par une soupape qu'on ouvre à volonté.

  • 6Endroit désigné, indiqué. Enfin, exprès, ma sœur, j'ai voulu qu'Hémon même Nous laissât le lieu libre et n'en pût rien savoir, Rotrou, Antig. III, 5. [Le juge] le fera lier [un voleur]… si c'est un Franc ; mais, si c'est une personne plus faible, il sera pendu sur le lieu, Montesquieu, Esp. XXX, 25. Allez chez le magistrat du lieu, rendez plainte, Picard, le Conteur, II, 9.

    Rendez-vous assigné. Prenez entre vous l'ordre et du temps et du lieu ; Je m'y rendrai sur l'heure, et vais l'attendre ; adieu, Corneille, Don Sanche, I, 4.

    Au plur. Terme de pratique. Les lieux, l'endroit dont il s'agit dans une affaire criminelle ou civile. Les juges ordonnèrent une descente sur les lieux.

  • 7Il se prend, sur tout au pluriel, pour les différentes pièces d'une maison, d'une terre, d'une ferme. Voir si les lieux sont en état. Réparer les lieux.

    Vider les lieux, sortir d'un appartement, d'une maison en en ôtant son mobilier.

    État des lieux ou de lieux, écrit qui constate quelle est la condition d'une maison, d'une ferme, etc. au moment où le locataire la reçoit.

    N'avoir ni feu ni lieu, être sans feu ni lieu, être gueux, vagabond, sans domicile. Ici la vertu n'a plus ni feu ni lieu, Boileau, Sat. I.

  • 8 Terme de géométrie. Toute surface, tout solide qui contient les différents points propres à résoudre une question indéterminée.

    Proposition qui a pour objet d'exprimer que tous les points qui satisfont à une même condition se trouvent situés sur une droite, un cercle, ou toute autre ligne.

  • 9 Terme d'astronomie. Le point du ciel auquel répond une planète, une comète. Il [M. Halley] avait formé le projet de rassembler une suite complète d'observations sur les lieux de la lune, Mairan, Éloge de Halley.

    Lieu réel d'une planète, le point où elle se trouve sur son orbite, et lieu moyen, celui où elle serait placée dans le même moment, si l'ellipse parcourue en des temps variables était une circonférence décrite d'un mouvement uniforme, et ayant pour diamètre la ligne des absides, Legoarant

    Lieu héliocentrique, le point de l'écliptique auquel on rapporterait une planète vue du soleil. Lieu géocentrique, le point de l'écliptique auquel on rapporte une planète vue de la terre.

  • 10Rang. Nous te sommes si chers, qu'entre tes créatures, Si l'ange est le premier, l'homme a le second lieu, Malherbe, I, 1. Et qui peut nier qu'après Dieu sa gloire… n'ait mérité… Qu'on lui donne le second lieu ? Malherbe, II, 3. Quel vassal à ce lieu s'est jamais vu monté ? Rotrou, Bélis. III, 5.

    Terme de palais. Chaque créancier viendra en son lieu.

    Ancien terme universitaire. Les lieux, les rangs assignés à des concurrents. La licence de Sorbonne expira ; il fut question de donner les lieux, c'est-à-dire de déclarer lesquels ont le mieux fait dans leurs actes, Retz, I, 15.

    Habitation. L'homme ne sait à quel rang se mettre ; il est visiblement tombé de son vrai lieu, sans le pouvoir retrouver, Pascal, Pens. VIII, 12, éd. HAVET.

  • 11Place. Si mon jugement n'est pas hors de son lieu, Malherbe, IV, 9. L'Aquitaine n'était pas réputée une partie de la France, mais une conquête, et elle gardait toujours les lois et la langue des Romains ; celles des Français n'y avaient point de lieu, Mézerai, Abr. de l'Hist. de France, an 770. Que dirai-je du redoutable secret de la réprobation des Juifs pour donner lieu aux gentils ? Bossuet, Médit. sur l'Évang. 2e part. 1er jour. Je le plains, mais le bien qu'en vous le ciel m'envoie Ne laisse dans mon cœur de lieu que pour la joie, Quinault, Agrip. V, 5. Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu [dans un poëme], Boileau, Art p. I. Le sort ni les suffrages [pour les magistratures] n'ont aucun lieu dans les gouvernements monarchiques, Rousseau, Contr. IV, 3.

    Terme de pratique. Être au lieu et place de quelqu'un, avoir la cession de ses droits et actions.

    On dit de même : subrogé en son lieu et place. En premier, en second, en troisième lieu, en dernier lieu, premièrement, secondement, troisièmement, enfin.

    Tenir lieu de, remplacer, suppléer. D'une main odieuse ils [les bienfaits] tiennent lieu d'offenses, Corneille, Cinna, I, 2. Soyez-vous à vous-même un monde toujours beau, Toujours divers, toujours nouveau, Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste, La Fontaine, Fabl. IX, 2. Mme de R. lui tient lieu de tout, Sévigné, 399. L'approbation tenait lieu de récompense, Bossuet, Hist. III, 6. Il m'aurait tenu lieu d'un père et d'un époux, Racine, Andr. I, 4. J'ai cru que mes serments me tiendraient lieu d'amour, Racine, ib. IV, 5. Un bienfait reproché tint toujours lieu d'offense, Racine, Iph. IV, 6. Il n'y a presque point de province en France où il [Henri IV] n'ait fait des exploits, à la tête de quelques amis qui lui tenaient lieu d'armée, Voltaire, Mœurs, 174.

  • 12 Terme de manége. Porter en beau lieu, se dit du cheval qui tient bien sa tête et relève son encolure avec grâce.
  • 13Maison, famille. Quelque lieu d'où ton sang tire son origine, Tu dois être un rayon de l'essence divine, Rotrou, Bélis. III, 4. On tient toujours du lieu dont on vient…, La Fontaine, Fabl. IX, 7.

    Il sent le lieu, il se sent du lieu d'où il vient, c'est-à-dire il a les habitudes, les goûts des gens de sa classe. Jupiter eut un fils qui, se sentant du lieu Dont il tirait son origine…, La Fontaine, ib. X, 2.

    Maison, société. En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite, Molière, Mis. III, 4.

    Bon lieu, bonne famille. Elle est de fort bon lieu, mon père, Corneille, le Ment. II, 5. En trop bon lieu, dis-tu, ton épouse nourrie…, Boileau, Sat. x. [Ils] croient que venir de bon lieu, c'est venir de loin, La Bruyère, XIV. Louville était un gentilhomme de bon lieu dont la mère l'était aussi, Saint-Simon, 15, 168.

    Haut lieu, famille de haute noblesse. Nous qui sommes, De par Dieu, Gentilshommes De haut lieu, Hugo, Ball. XI.

    Bas lieu, basse extraction. Son sang n'était-il point issu d'un lieu trop bas ? Régnier, Élég. IV.

  • 14Lieu se dit pour désigner d'une manière vague la femme que l'on aime, ou que l'on veut aimer. M'en croirez-vous, seigneur ? ne la revoyez point ; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses, Corneille, Poly. II, 1. Que me vient-il de dire, et qu'est-ce que je voi ? Cliton, sans doute il aime en même lieu que moi, Corneille, Suite du Menteur, IV, 4. J'ai le cœur trop bon pour lui prêter l'oreille. - Dites le cœur trop bas pour aimer en bon lieu, Corneille, Théod. I, 2. Aimez en d'autres lieux et plaignez Hypsipile, Corneille, Toison d'or, II, 5. J'aime en un lieu, seigneur, où je ne puis atteindre, Rotrou, Vencesl. III, 6. Mézence était amant en même lieu que moi, Quinault, Agrippa, I, 5.
  • 15Bon lieu, la bonne société, la société opulente. Où la science triste, affreuse, délaissée Est partout des bons lieux comme infâme chassée, Boileau, Sat. I.

    Familièrement. On a parlé de vous en bon lieu, on a parlé de vous en bonne compagnie.

    Haut lieu, la cour, le gouvernement. Il en sera question en haut lieu.

    Dans un sens analogue. Il m'assura qu'il en rendrait compte en bon lieu, Sévigné, 107. Il ne cède pas à l'iniquité, sous prétexte qu'elle est armée et soutenue d'une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d'un lieu éminent, d'où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s'élever contre, Bossuet, Panég. St-Thomas, 2.

    Bon lieu, source digne de foi, société haut placée et bien informée. Mme de Lavardin m'envoie une bonne relation [de la bataille de Fleurus] plus exacte et prise en bon lieu, Sévigné, juill. 1690. Tout ce détail est de très bon lieu et rien n'est plus vrai, Sévigné, 119. Ce que je vous mande est toujours vrai et vient de bon lieu, Sévigné, 142. À ce qu'on me mande de très bon lieu, Bossuet, Lett. quiét. 393.

    Par extension, personnage distingué, auteur recommandable. Mme de Chaulnes… me paraît transportée d'avoir M. de Fieubet pour commissaire [aux états de Bretagne] ; j'en suis ravie aussi, et j'avoue que je n'eusse jamais cru qu'on eût mis la main en si bon lieu, Sévigné, 8 juill. 1685. Je lis les figures de la sainte Écriture [l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec figures]… le style en est fort beau et vient de bon lieu, Sévigné, 28 août 1676. J'ai commencé un livre de piété… c'est un Traité de la prière perpétuelle… la préface est de bon lieu [probablement de Nicole], Sévigné, 10 juill. 1689.

  • 16L'endroit, le temps convenable pour dire, pour faire quelque chose. Ce n'est pas le lieu de parler de cela. Nous en parlerons en temps et lieu. Va, je reconnaîtrai ce service en son lieu, Corneille, Rodog. III, 1. Quand je verrai M. de Vardes en lieu de le remercier, Sévigné, 24 nov. 1687. Les lieux, les temps, l'occasion, Font votre gloire ou votre chute ; Hier on aimait votre nom, Aujourd'hui l'on vous persécute, Voltaire, Ép. LXVI.
  • 17Occasion, sujet, droit. Dans les délibérations d'État, où un homme d'importance, consulté par un roi, s'explique de sens rassis, ces sortes de discours trouvent lieu de plus d'étendue, Corneille, 1er disc. Ce sont des termes qu'il a si peu expliqués, qu'il nous laisse grand lieu de douter de ce qu'il veut dire, Corneille, ib. Ma valeur n'a point lieu de te désavouer, Corneille, Cid, III, 6. Ne feignez qu'un moment, laissez partir Sévère, Et donnez lieu d'agir aux bontés de mon père, Corneille, Poly. IV, 3. Puisqu'il me donne lieu de ce petit service, Corneille, le Ment. IV, 2. Certes Rome à ce coup pourrait bien se vanter D'avoir eu juste lieu de me persécuter, Corneille, Pomp. III, 2. Et [je] lui veux bien donner tout lieu de me surprendre, Corneille, Rodog. V, 4. Il n'est aucun de nous à qui sa violence N'ait donné trop de lieu d'une juste vengeance, Corneille, Héracl. IV, 6. Carlos a tant de lieu de vous considérer, Que, s'il devient mon roi, vous devez espérer, Corneille, D. Sanche, V, 1. Vous n'avez aucun lieu de rien examiner, Corneille, Sertor. I, 2. Ma sœur, auparavant engagez l'entretien, Et, s'il s'en offre lieu, jouez d'un peu d'adresse Pour votre intérêt et le mien, Corneille, Agés. I, 1. Autrefois j'ai connu cet honnête garçon, Et vous n'avez pas lieu d'en prendre aucun soupçon, Molière, l'Ét. I, 4. Pourvu qu'on ne donne pas lieu à des meurtres, Pascal, Prov. VII. Sur ce fondement ils prennent lieu de blasphémer la religion chrétienne, parce qu'ils la connaissent mal, Pascal, Pens. XI, 10 bis. …Sujets qui tombent sous le sens ou sous le raisonnement : l'autorité y est inutile ; la raison seule a lieu d'en connaître, Pascal, Fragm. d'un traité du vide. Mme de Montglas a marié sa fille à un provincial appelé Tomassin ; ce provincial a une espèce de moulin qui s'appelle Saint-Paul ; cela donne lieu d'appeler cette jeune femme Mme la comtesse de Saint-Paul, Sévigné, 10 sept. 1681. La pauvre Marsillac est désolée ; j'ai envie de vous envoyer sa lettre ; cela vous donnera lieu de lui parler et d'entrer en matière, Sévigné, mai 1690. C'est ce qui donna lieu à la vocation d'Abraham, Bossuet, Hist. I, 2. Ce serait ici le lieu de vous la représenter…, Fléchier, Mme de Montausier. Ah ! qu'un aveu si doux aurait lieu de me plaire ! Racine, Bérén. III, 1. Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer, Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer, Racine, Ath. II, 5. Achetons le droit d'être insensibles à leurs censures, en n'y donnant point de lieu, Massillon, Carême, Injust. Quel homme jusque-là avait paru sur la terre qui eût plus de lieu de se glorifier lui-même que Jésus-Christ ? Massillon, Petit car. Passion. Des ministres dont vous avez tout lieu de vous louer, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 26 oct. 1762.

    Impersonnellement. Il y a lieu d'examiner cette question.

  • 18En lieu de, en occasion de, en situation de, en mesure de. Il est en lieu de vous mander les nouvelles beaucoup mieux que moi, Sévigné, 128. Si j'étais en lieu de vous donner des conseils, Sévigné, 239. Vous êtes en lieu de faire précisément tout ce qu'il faut, Sévigné, 1er juill. 1685. Ce que vous dit Favier [célèbre avocat] est admirable ; vous en saurez profiter ; vous êtes en bon lieu pour prendre les meilleurs conseils, Sévigné, 28 janv. 1685. Divertissez-vous de cette jolie enfant [Pauline, fille de Mme de Grignan], ne la mettez point en lieu d'être gâtée, Sévigné, 17 janv. 1680. Luxembourg fut averti de la marche de Tilly avec un corps de cavalerie de six mille hommes, pour se poster en lieu d'incommoder ses convois, Saint-Simon, II, 130.

    Chateaubriand a dit : mettre à lieu de, pour : mettre en mesure de. Votre père doit sentir l'importance d'une position qui peut vous mettre à lieu de réparer le mal que la révolution a fait à votre fortune, Lett. à Chénedollé, 10 prairial, an X, dans Rev. des Deux-Mondes, 1er juin 1849, p. 747. ; sur quoi M. Sainte-Beuve remarque : « Cette expression revient dans ces lettres de Chateaubriand, comme dans celles de sa sœur Lucile ; ce doit être une locution du pays [la Bretagne]. »

  • 19N'avoir point de lieu, n'être pas reçu, admis. Les avertissements n'ont ni force ni lieu, Régnier, Sat. VI. Et mes vœux n'auront point de lieu, Si par le trépas je n'évite La douleur de vous dire adieu, Malherbe, Stances pour M. de Bellegarde. Cette condition n'aura point de lieu, Corneille, Ex. du Cid. Ce grand silence de Jésus-Christ sur les comédies me fait souvenir qu'il n'avait pas besoin d'en parler à la maison d'Israël, pour laquelle il était venu, où ces plaisirs de tout temps n'avaient point de lieu, Bossuet, Lett. Corn. 20.

    Cet emploi vieillit.

  • 20Avoir lieu, se dit en parlant de l'époque d'un événement. Cet événement eut lieu l'an dernier. La séance publique aura lieu à la fin de ce mois.

    Par une extension qui n'est pas fort ancienne, avoir lieu a pris le sens de s'opérer, se faire. La combinaison des deux substances aura lieu si l'expérience est bien faite. Plus elles [les faisanes] avançaient en âge, plus elles devenaient semblables aux mâles, comme cela a lieu plus ou moins dans presque tous les animaux, Buffon, Ois. t. IV, p. 104.

  • 21Passage d'un livre. Il faut marquer d'un trait de plume les lieux où l'on trouvera de la difficulté, et continuer de lire sans interruption jusqu'à la fin, Descartes, Principes, préface, 10. Saint Thomas explique le lieu de saint Jacques sur la préférence des riches, Pascal, Pens. XXV, 103. Pour ce qui regarde les donatistes, il n'y a personne qui ne sache les fureurs de leurs circumcellions (voy. CIRCONCELLIONS) rapportées en tant de lieux de saint Augustin, Bossuet, 5e avert. § 51.
  • 22 Terme de rhétorique. Lieux communs, lieux oratoires, ou, simplement, lieux, sorte de points principaux auxquels les anciens rhéteurs rapportaient toutes les preuves dont ils faisaient usage dans leurs discours.

    Lieux de logique, chefs généraux auxquels on peut rapporter toutes les preuves dont on se sert dans les diverses matières qu'on traite. Lieux métaphysiques, termes généraux convenant à tous les êtres auxquels on rapporte les arguments, comme les causes, les effets, le tout, les parties, les termes opposés.

    Lieux théologiques, les sources où les théologiens puisent leurs arguments.

    Par extension, lieux communs, se dit de traits généraux qui s'appliquent à tout. Et tous ces lieux communs de morale lubrique Que Lulli réchauffa des sons de sa musique, Boileau, Sat. X. Il épuisa tous ses lieux communs à tourner la musique en ridicule, Hamilton, Gramm. 6. L'orateur ajoutera ici un petit lieu commun pour montrer combien il est difficile d'être victorieux et d'être humble tout ensemble, Rollin, Traité des Ét. III, 2. C'est une chose assez singulière que les anciens lieux communs contre les princes et leurs courtisans soient toujours reçus d'eux avec complaisance, comme de petits chiens qui jappent et qui amusent, Voltaire, Pol. et législ. Comm. Espr. des lois. IX. On trouve souvent dans Corneille de ces maximes vagues et de ces lieux communs, où le poëte se met à la place du personnage, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Héraclius, I, 1. Elle ne disait jamais rien de neuf ou de saillant ; mais elle avait perfectionné tous les lieux communs de la conversation, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 182, dans POUGENS.

    Lieux communs se dit aussi d'idées usées, rebattues. Ils [les lâches conseillers] étalent de grands lieux communs sur les louanges de la paix et du repos, Guez de Balzac, De la cour, 5e disc. Gordon se garda bien de lui étaler ces lieux communs fastidieux par lesquels on essaye de prouver qu'il n'est pas permis d'user de sa liberté pour cesser d'être, Voltaire, Ingénu, 20. Le plus grand écueil des arts dans le monde, c'est ce qu'on appelle les lieux communs, Voltaire, Lett. Porée, 15 janv. 1739. À présent tout est lieu commun ; la plupart des auteurs modernes ne sont que les fripiers des siècles passés, Voltaire, Lett. Debure, 19 août 1776. Je connais l'ouvrage sur les lettres de cachet ; il serait meilleur si l'auteur, qui n'est pas Linguet, y avait moins prodigué les lieux communs et les déclamations, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 28 avr. 1782. Ces vérités éternelles que vous appelez des lieux communs, Georges Sand, le Compagnon du tour de France, t. II, p. 392.

  • 23Au lieu, loc. adverb. En la place, en remplacement. …Farre par ce moyen que, si ces balles [réfléchies contre un corps dur] n'ont eu auparavant qu'un simple mouvement droit, elles en perdent une partie et en acquièrent, au lieu, un circulaire, Descartes, Dioptr. 1.

    Au lieu de, loc. prép. À la place de. Prends courage, ma fille, et sache qu'aujourd'hui Le roi te veut servir de père au lieu de lui, Corneille, Cid, II, 9. S'il régnait au lieu d'eux, ce n'était que sous moi, Corneille, Rodog. II, 2.

    Au lieu de, marque aussi opposition, différence. Les grands noms abaissent au lieu d'élever ceux qui ne les savent pas soutenir, La Rochefoucauld, Max. 94. Au lieu de faire un gros livre contre moi, que ne fait-il une Henriade meilleure ? cela est si aisé, Voltaire, Comm. aut. Henriade. Si la terre était le centre du mouvement du soleil comme elle l'est du mouvement de la lune, la révolution du soleil serait de quatre cent soixante et quinze ans, au lieu d'une année, Voltaire, Phil. Newt. III, 5. Mais j'ai trouvé dans cette cour L'intrigue au lieu de l'art de plaire, L'intérêt au lieu du désir, La débauche au lieu du plaisir, Le scandale au lieu du mystère, Desmahis, Poés. p. 92.

  • 24Au lieu que, loc. conjonct. Tandis que, avec un sens d'opposition. Il n'est rien de plus utile à leur instruction [des princes] que de joindre aux exemples des siècles passés les expériences qu'ils font tous les jours, au lieu qu'ordinairement ils n'apprennent qu'aux dépens de leurs sujets et de leur propre gloire à juger des affaires dangereuses qui leur arrivent, Bossuet, Hist. préface. Fût-elle bergère au lieu qu'elle est fille du roi, Fénelon, Tél. XXII. Tu es savant, Gil Blas, avant que d'être médecin, au lieu que les autres sont longtemps médecins, et la plupart toute leur vie, avant que d'être savants, Lesage, Gil Blas, II, 3.

HISTORIQUE

Xe s. Lieu de avant dist, Fragm. de Valenc. p. 469.

XIe s. …en tans lius les avons nous portées [nos épées], Ch. de Rol. CXI. Mais Vaillantif [nom d'un cheval] ont en vint lius navret, ib. CLVIII. Seiez es lius [en place de] Olivier et Rolant, ib. CCXV.

XIIe s. Mais fol desir fait souvent cuer [cœur] penser En si haut lieu qu'il n'i peut avenir, Couci, X. Encor viendra lieus et tens De ma très grant joie avoir, ib. XI. Lors me souvient d'une douce dolor Et du douz lieu où mes cuers tent et bée, ib. XVII. Beaus services ne sera ja peris à fin amant qui en bon lieu l'emploie, ib. p. 124.

XIIIe s. Car à nos tems est perdus li sains lieus, Où Diex souffri pour nous mort glorieuse, Quesnes, Romanc. p. 95. Se vous voliez otroier que mes fils demorast en la terre en mon lieu pour garder la et gouverner, je prenroie maintenant la crois, Villehardouin, XXXIX. Qui l'ont de lieus en lieus çà et là conqueilli [un récit], Berte, I. Et sa cote qui ert [était] en maint lieu despanée, ib. XLVI. De bon lieu [famille] [elle] est venue, ib. XLVII. Et quant lieus en sera, tost [nous] y serons verti [revenus], ib. LIX. Jà fut Berte ma fille en si bon lieu nourrie [en si bonne famille], ib. LXXII. Com est Berte ma fille richement mariée, Et en très noble lieu venue et arrivée, ib. LXXXII. Bien set que honte li fera ; Ja si bien ne s'en gardera, S'il en puet leu ne aise avoir, Ren. 17935. Et sor tout ce, se riens doutés, Faictes i clef, si l'emportés, Et la clef soit en leu d'ostages, la Rose, 2003. Le [la] difference qui est entre le lieu saint et le lieu religieus, Beaumanoir, XI, 1. Celi jour porte l'en croix aus processions en moult de liex, et en France les appele l'en les croiz noires, Joinville, 201.

XIVe s. Aucuns jouvenceaux qui n'estoient pas nez de petit lieu, Bercheure, f° 18, recto.

XVe s. Lors desnuerent leurs chefs, puis s'en allerent à la fontaine laver leurs mains, puis retournerent seoir lez les deux chevaliers qui leur firent lieu [place], Perceforest, t. VI, f° 104. Le roy René l'institua en son lieu, avant que mourir, Commines, VII, 1. En lieu de le recueillir, luy tyrerent de grans coups de canon, Commines, III, 4. Toutes fois cela n'eut point de lieu et l'empeschoit Monseigneur de Ligny, Commines, VIII, 2.

XVIe s. Que droit regne et justice ait lieu, Marot, Psaume 33. Ceste denonciation n'est pas vaine ne frivole, combien qu'elle n'ait pas tousjours lieu, Calvin, Inst. 288. C'est un grand deshonneur si les chiens et les porceaux ont lieu entre les enfans de Dieu, Calvin, ib. 824. Exception d'argent non nombré n'a point de lieu, Loysel, 707. Au lieu de s'animer des bravades de cet ennemy, Montaigne, I, 4. Assigner l'heure et le lieu de la bataille, Montaigne, I, 24. Il n'est lieu d'où la mort ne nous vienne, Montaigne, I, 71. En premier lieu, je te demande…, Montaigne, I, 129. Ils vont semant parmy leurs ouvrages des lieux entiers des anciens, Montaigne, I, 156. Je ne laisse d'aller deux fois de jour par tous vos jardins et edifice, dont je me treuve, en lieu de lasse, fortifiée, Marguerite de Navarre, Lettre LIV. Ce porteur vous saura si bien redire des nouvelles, tant du lieu dont il vient que de cetuy cy, que sa suffisance merite donner lieu à sa parole, Marguerite de Navarre, Lettre LXIV. Ilz amasserent bonne trouppe d'hommes vagabonds, qui n'avoient ne feu ne lieu, Amyot, Rom. 6. M. Caton, dès le commencement que les lettres grecques commencerent à avoir lieu et estre aimées à Rome, en fut mal content, Amyot, Caton, 47.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LIEU. Ajoutez :
25 Terme de topographie. Lieu dit, lieu qui porte un nom particulier. Le but vers lequel tend la publication actuelle n'est autre que d'attirer l'attention sur la valeur historique ou géographique des lieux dits, mis en place sur des tableaux, d'après les feuilles cadastrales, et dont la philologie essayera d'expliquer les noms si variés, Peigné-Delacourt, Topographie archéologique des cantons de la France ; Canton de Ribécourt, Oise, Noyon, 1874, p. VI.
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Lieu : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

LIEU, locus, s. m. (en Philosophie) c’est cette partie de l’espace immobile qui est occupée par un corps. Voyez Corps & Espace.

Aristote & ses sectateurs divisent le lieu en interne & en externe.

Le lieu interne est cet espace ou cette place qu’un corps contient.

Le lieu externe est celui qui renferme le corps : Aristote l’appelle encore la premiere surface concave & immobile du corps environnant.

On dispute fort dans les écoles sur la question du lieu interne. On demande, si c’est un être réel qui existe indépendamment des corps, ou seulement un être imaginaire ; c’est-à-dire, si c’est seulement une aptitude & une capacité de recevoir des corps ?

Il y en a qui soutiennent que c’est un être positif, incorporel, éternel, indépendant & infini ; & ils poussent leur assertion jusqu’à prétendre que le lieu interne constitue l’immensité de Dieu.

Les Cartésiens, au contraire, soutiennent que le lieu interne, considéré par abstraction, n’est pas différent de l’étendue des corps qui y sont contenus, & qu’ainsi il ne differe en rien des corps eux-mêmes. Voyez Matiere.

Les Scholastiques mettent pareillement en question, si le lieu externe est mobile ou immobile. On déduit son immobilité de cette considération, que tout ce qui se meut doit nécessairement quitter sa place ; ce qui ne pourroit arriver, si le lieu s’en alloit avec le mobile ; car si le lieu se mouvoit avec le mobile, le mobile ne changeroit pas de place. D’autres traitent d’absurde cette opinion d’Aristote ; ils prétendent que si un corps en mouvement change de lieu en ce sens qu’il répond continuellement par la surface extérieure à différens corps ou à différentes parties de l’espace, on devroit dire par la même raison qu’un corps réellement en repos change continuellement de place.

Par exemple, qu’une tour dans une plaine, ou un rocher au milieu de la mer, sont continuellement en mouvement, ou changent de place, à cause que l’un & l’autre sont perpétuellement enveloppés de nouvel air ou de nouvelle eau.

Pour résoudre cette difficulté, on a eu recours à une infinité d’expédiens. Les Scotistes tiennent que le lieu n’est immobile qu’équivalemment. Ainsi, disent-ils, quand le vent souffle, il est vrai que l’air qui environne la surface de la tour s’en éloigne ; mais tout de suite un autre air semblable & équivalent en prend la place. Les Thomistes aiment mieux déduire l’immobilité du lieu externe, de ce qu’il garde toujours la même distance au centre & aux points cardinaux du monde. Les Nominaux prétendent que l’immobilité du lieu externe consiste dans une correspondance avec certaine partie virtuelle de l’immensité divine. Nous passons légerement sur toutes ces rêveries qui doivent nécessairement trouver leur place dans un ouvrage destiné à l’histoire de l’esprit humain, mais qui ne doivent aussi y occuper que très-peu d’espace.

Les Cartésiens nient absolument que le lieu externe soit une surface environnante ou un corps environné : ils prétendent que c’est seulement la situation d’un corps parmi d’autres corps voisins, considéré comme en repos. Ainsi la tour, disent-ils, sera réputée rester dans le même lieu, quoique l’air environnant soit changé, puisqu’elle conserve toujours la même situation par rapport aux montagnes, aux arbres & aux autres parties de la terre qui sont en repos. Voyez Mouvement.

Il est visible que la question du lieu tient à celle de l’espace. Voyez Espace & Étendue.

Les Cartésiens ont raison, si l’espace & l’étendue ne sont rien de réel & de distingué de la matiere ; mais si l’étendue ou l’espace & la matiere sont deux choses différentes, il faut alors regarder le lieu comme une chose distinguée des corps, & comme une partie immobile & pénétrable de l’espace indéfini : on peut voir aux articles cités la discussion de cette opinion ; il est certain que suivant notre maniere ordinaire de concevoir, & indépendamment de toute subtilité philosophique, il a un espace indéfini que nous regardons comme le lieu général de tous les corps, & que les différentes parties de cet espace, lesquelles sont immobiles, sont le lieu particulier des différens corps qui y répondent. Au reste, comme on l’a remarqué au mot Élémens des Sciences, cette question du lieu est absolument inutile à la théorie du mouvement tel que tous les hommes le conçoivent. Quoi qu’il en soit, c’est de cette idée vulgaire & simple de l’espace & du lieu qu’on doit partir quand on voudra donner une notion simple & claire du mouvement.

C’est aussi d’après cette idée que M. Newton distingue le lieu en lieu absolu & en lieu relatif.

Le lieu absolu est cette partie de l’espace infini & immobile qui est occupée par un corps.

Le lieu relatif est l’espace qu’occupe un corps considéré par rapport aux autres objets qui l’environnent.

M. Locke observe que le lieu se prend aussi pour cette portion de l’espace infini que le monde matériel occupe ; il ajoute cependant que cet espace seroit plus proprement appellé étendue.

La véritable idée du lieu, selon lui, est la position relative d’une chose par rapport à sa distance de certains points fixes ; ainsi nous disons qu’une chose a ou n’a pas changé de place ou de lieu, quand sa distance n’a point changé par rapport à ces points. Quant à la vision du lieu des corps, Voyez Vision & Visible.

Lieu dans l’optique ou lieu optique, c’est le point auquel l’œil rapporte un objet.

Ainsi les points D, E, (Pl. opt. fig. 68.) auxquels deux spectateurs en d & en e rapportent l’objet C, sont appellés lieux optiques. Voyez Vision.

Si une ligne droite joignant les lieux optiques D, E, est parallele à une ligne droite qui passe par les yeux des spectateurs d, e, la distance des lieux optiques D, E sera à la distance des spectateurs d, e, comme la distance EC est à la distance Ce.

Le lieu optique ou simplement le lieu d’une étoile on d’une planete, est un point dans la surface de la sphere du monde, comme C ou B (Pl. ast. fig. 27.) auquel un spectateur placé en E ou en I, rapporte le centre de l’étoile ou de la planete S. Voyez Étoile, Planete, &c.

Ce lieu se divise en vrai & en apparent. Le lieu vrai est ce point B de la surface de la sphere où un spectateur, placé au centre de la terre, voit le centre de l’étoile ; ce point se détermine par une ligne droite, tirée du centre de la terre par le centre de l’étoile, & terminée à la sphere du monde. Voyez Sphere.

Le lieu apparent, est ce point de la surface de la sphere, où un spectateur placé sur la surface de la terre en E, voit le centre de l’étoile S. Ce point C se trouve par le moyen d’une ligne qui va de l’œil du spectateur à l’étoile, & se termine dans la sphere des étoiles. Voyez Apparent.

La distance entre ces deux lieux optiques, savoir le vrai & l’apparent, fait ce qu’on appelle la parallaxe. Voyez Parallaxe.

Le lieu astronomique du soleil, d’une étoile ou d’une planete, signifie simplement le signe & degré du zodiaque, où se trouve un de ces astres. Voyez Soleil, Étoiles, &c.

Ou bien c’est le degré de l’écliptique, à compter du commencement d’Aries, qui est rencontré par le cercle de longitude de la planete ou de l’étoile, & qui par conséquent indique la longitude du soleil, de la planete ou de l’étoile. Voyez Longitude.

Le sinus de la plus grande déclinaison du soleil, qui est environ 23°. 30′. est au sinus d’une déclinaison quelconque actuelle, donné ou observé, par exemple, 23°. 15′, comme le rayon est au sinus de la longitude ; ce qui donneroit, si la déclinaison étoit septentrionale, le 20°. 52′. des gémeaux ; & si elle étoit méridionale, 20°. 52′. du capricorne pour le lieu du soleil.

Le lieu de la lune est le point de son orbite où elle se trouve en un tems quelconque. Voyez Lune & Orbite.

Le lieu est assez long à calculer à cause des grandes inégalités qui se rencontrent dans les mouvemens de la lune, ce qui exige un grand nombre d’équations & de réductions avant que l’on trouve le lieu vrai. Voyez Équation & Lune.

Le lieu excentrique d’une planete dans son orbite, est le lieu de l’orbite où paroîtroit cette planete, si on la voyoit du soleil. Voyez Excentrique.

Ainsi supposons que NEOR (Pl. ast. fig. 26.) soit le plan de l’écliptique, NPOQ, l’orbite de la planete, le soleil en S, la terre en T, & la planete en P ; la ligne droite SP donne le lieu excentrique dans l’orbite.

Le lieu héliocentrique d’une planete ou son lieu réduit à l’écliptique, ou bien le lieu excentrique dans l’écliptique, est ce point de l’écliptique, auquel on rapporte une planete vue du soleil. Voyez Héliocentrique.

Si on tire la perpendiculaire PS à l’écliptique, la ligne droite RS, indique le lieu héliocentrique ou le lieu réduit à l’écliptique.

Le lieu geocentrique est ce point de l’écliptique, auquel on rapporte une planete vue de la terre. Voyez Géocentrique.

Ainsi NEOR représentant l’écliptique, &c. T, R donnera le lieu géocentrique. Sur le calcul du lieu d’une planete, voyez Planete, Équation, &c. Chambers. (O)

Lieu géometrique, signifie une ligne par laquelle se résout un problème géométrique. Voyez Problème & Geometrique.

Un lieu est une ligne dont chaque point peut également résoudre un problème indéterminé. S’il ne faut qu’une droite pour construire l’équation du probleme, le lieu s’appelle alors lieu à la ligne droite ; s’il ne faut qu’un cercle, lieu au cercle ; s’il ne faut qu’une parabole, lieu à la parabole ; s’il ne faut qu’une ellipse, lieu à l’ellipse, & ainsi des autres, &c.

Les anciens nommoient lieux plans, les lieux des équations qui se réduisent à des droites ou à des cercles ; & lieux solides ceux qui sont ou des paraboles, ou des hyperboles, ou des ellipses.

M. Wolf donne une autre définition des lieux, & il les range en différens ordres, selon le nombre de dimensions auxquelles la quantité indéterminée s’éleve dans l’équation. Ainsi ce sera un lieu du premier ordre, si l’équation est  ; un lieu du second ordre, si c’est , ou , &c. un lieu du troisieme, si on a pour équation , ou ... &c.

Pour mieux concevoir la nature des lieux géométriques, supposons deux droites inconnues & variables AP, PM (Pl. d’analyse, fig. 29, 30), qui fassent entre elles un angle donné quelconque. APM, dont nous nommerons l’une, par exemple AP, qui a son origine fixe en A, & qui s’etend indéfiniment dans une direction donnée, x, & l’autre PM, qui change continuellement de position & de grandeur, mais qui reste toujours parallele à elle-même, y. Supposons de plus une équation qui ne contienne d’inconnues que ces deux quantités x, y, mêlées avec des quantités connues, & qui exprime le rapport de la variable AP, x, à la valeur de PM, ou de l’y correspondante ; enfin imaginons qu’a l’extrémité de chaque valeur possible de x, on ait tracé en effet l’y correspondante que cette équation détermine ; la ligne droite ou courbe qui passera par les extrémités de toutes les y ainsi tracées, ou par tous les points M, sera nommée en général lieu géométrique, & lieu de l’équation proposée en particulier.

Toutes les équations dont les lieux sont du premier ordre peuvent se réduire à quelqu’une des quatre formules suivantes : 1°.  : 2°.  : 3°.  : 4°. , dans lesquelles la quantité inconnue y est supposée toûjours avoir été délivrée de fractions, la traction qui multiplie l’autre inconnue x est supposée réduite à cette expression  ; & tous les autres termes sont comme censés réduits à celui . Le lieu de la premiere formule est d’abord déterminé, puisqu’il est évident que c’est une droite qui coupe l’axe dans son origine A, & qui fait avec lui un angle tel que les deux inconnues x, y soient toûjours entre elles comme a est à b. Or supposant ce premier lieu connu, il faudra pour trouver celui de la seconde formule , prendre d’abord sur la ligne AP (fig. 31.), une partie AB = a, & tirer BE = b & AD = c paralleles à PM. Vous tirerez ensuite du même côté que AP & vers E la ligne AE d’une longueur indéfinie, & la ligne droite & indéfinie DM parallele à AE ; je dis que la ligne DM est le lieu de l’équation, ou la formule que nous voulions construire. Car si par un point quelconque M de cette ligne, on tire MP parallele à AQ, les triangles ABE, APF, seront semblables ; ce qui donnera , , & par conséquent . Si on fait , c’est à-dire si les points DA tombent l’un sur l’autre, & DM sur AF, la ligne AF sera alors le lieu de l’équation . Pour trouver le lieu de la troisieme formule, il faudra s’y prendre de cette sorte : vous ferez (fig. 32.) & vous tirerez les droites , paralleles à PM, l’une de l’un des côtés de AP, & l’autre de l’autre côté : par les points A, E, vous tirerez la droite AE, que vous prolongerez indéfiniment vers E, & par le point D la ligne DM, parallele à AE, je dis que la droite indéfinie GM sera le lieu cherché. Car nous aurons toûjours , . Enfin pour trouver le lieu de la quatrieme formule, sur AP (fig. 33.), vous prendrez AB = a, & vous tirerez BE = b, & AD = c, l’une d’un des côtés de AP, & l’autre de l’autre côté. De plus, par les points A, E, vous tirerez AE, que vous prolongerez indéfiniment vers E, & par le point D la ligne DM parallele à AE, je dis que DG sera le lieu cherché. Car si par un de ses points quelconques M on tire la ligne MP parallele à AQ, on aura toûjours .

Il s’ensuit de là qu’il n’y a de lieu du premier degré que les seules lignes droites ; ce qui peut se voir facilement, puisque toutes les équations possibles du premier degré se réduisent à l’une des formules précédentes.

Tous les lieux du second degré ne peuvent être que des sections coniques, savoir la parabole, l’ellipse ou le cercle, qui est une espece d’ellipse, & l’hyperbole, qui dans certains cas devient équilatere : si on suppose donc donnée une équation indéterminée, dont le lieu soit du second degré, & qu’on demande de décrire la section conique qui en est le lieu ; il faudra commencer par considérer une parabole, une ellipse & une hyperbole quelconque, en la rapportant à des droites ou des coordonnées, telles que l’équation qui en exprimera la nature, se trouve être par là la plus composée & la plus générale qu’il soit possible. Ces équations les plus générales, ou ces formules des trois sections coniques & de leurs subdivisions étant découvertes, & en ayant examiné les caracteres, il sera aisé de conclure à laquelle d’entr’elles se rapportera l’équation proposée, c’est-à dire quelle section conique cette même équation aura pour lieu. Il ne s’agira plus après cela que de comparer tous les termes de l’équation proposée avec ceux de l’équation générale du lieu, auquel on aura trouvé que cette équation se rapporte, cela déterminera les coefficiens de cette équation générale, ou ce qui est la même chose, les droites qui doivent être données de proportion & de grandeur pour décrire le lieu ; & ces coefficiens ou ces droites étant une fois déterminées, on décrira facilement le lieu, par les moyens que les traités des sections coniques fournissent.

Par exemple que AP, x, PM, y soient deux droites inconnues & variables (fig. 34) ; & que m, p, r, s, soient des droites données ; sur la ligne AP, prenez la portion AB = m, & tirez BE = n, AD = r ; & par le point A, tirez AE = e, & par le point D, la ligne indéfinie DG parallelle à AE ; sur DG, prenez DC = s, & prenant CG pour diametre, les ordonnées paralleles a PM, & la ligne CH = p pour parametre, décrivez la parabole CM, & elle sera le lieu de la formule générale suivante.

car si d’un de ses points quelconques M on tire l’ordonnée PM, les triangles ABE, APF, seront semblables, & par conséquent

ou & , & par conséquent ou , & ou . Mais par la nature de la parabole  ; & cette derniere équation deviendra la formule générale elle-même, si on y substitue à la place des droites qui sont employées, leurs valeurs marquées ci-dessus.

Cette équation est la plus générale qui puisse appartenir à la parabole, puisqu’elle renferme 1°. le quarré de chacune des inconnues x, y ; 2°. le produit xy de l’une par l’autre ; 3°. les inconnues linéaires x, y, & un terme tout constant. Une équation du second degré, ou les indéterminées x, y, se trouvent mêlées, ne sauroit contenir un plus grand nombre de termes.

Par le point fixe A, tirez la droite indéfinie AQ, (fig. 35) parallele à PM ; prenez AB = m, tirez BE = n parallele à AP, & par les points déterminés AE, la droite AE = e ; sur AP, prenez AD = r, tirez la droite indéfinie DG, parallele à AE, & prenez la portion DC = s. Enfin prenant pour diametre CG, & supposant les ordonnées paralleles à AP, & pour parametre la ligne CH = p, décrivez une parabole CM ; cette parabole seroit le lieu de cette seconde équation ou formule.

xx

xx - 2rx

xx - 2rx

car si d’un point quelconque M on tire la droite MQ parallele à AP, on aura ou ou & , & par conséquent ou & ou & ainsi par la propriété de la parabole, vous trouverez encore la seconde des équations générales ou des formules précédentes ; & vous vous y prendrez de la même sorte, pour trouver les équations générales ou les formules des autres sections coniques.

Si on demande maintenant de décrire la parabole qui doit être le lieu de l’équation suivante, que nous supposerons donnée , comme se trouve ici sans fraction, de même que dans notre premiere formule, il vaudra mieux comparer la proposée avec cette premiere formule qu’avec l’autre ; & d’abord puisque le rectangle xy ne se trouve point dans la proposée, ou qu’il peut y être censé multiplié par 0, nous en conclurons que la fraction doit être = 0, & par conséquent aussi qu’on doit avoir n, ou BE = 0 ; de sorte que les points B, E, doivent être co-incidens, ou que la droite AE doit tomber sur AB & lui être égale, c’est-à-dire que m = e : détruisant donc dans la formule tous les termes affectés de ou de n, & substituant par-tout m à la place de e, elle se changera en ', & comparant encore les termes correspondans, & , & , enfin , & , nous aurons , , & en substituant ces valeurs dans la derniere équation de comparaison, , ou bien , qui par conséquent sera une quantité négative, si a est plus grand que c, comme nous le supposons ici. Il ne serviroit de rien de comparer les deux premiers termes, parce qu’étant les mêmes des deux côtés, savoir , cette comparaison ne pourroit rien faire découvrir.

Or les valeurs de m, n, r, p, s, ayant été ainsi trouvées, on construira facilement le lieu cherché par les moyens qui nous ont servi à la construction de la formule & de la maniere suivante, comme BE (n) est = 0 (fig. 36.) & que les points B, E, coincident, ou que AE tombe sur AP, il faudra par cette raison tirer du point A la droite AD (r) parallele à PM & = a, & la droite DG parallele à AP, dans laquelle vous marquerez la droite DC , laquelle doit être prise au-delà de l’origine, dans un sens opposé à DG ou AP, parce que la fraction est négative par la supposition. Ensuite regardant DC comme diametre, prenant des ordonnées paralleles à PM, & la droite CH pour parametre ; vous décrirez une parabole, je dis qu’elle sera le lieu de l’équation donnée, & il est en effet aisé de le prouver. Si c’eût été le quarré qui se fût trouvé tout-d’un-coup sans fraction dans la proposée, il auroit été alors plus naturel de se servir de la seconde formule. On voit au reste qu’au moyen d’une division fort facile, on peut délivrer des fractions tel des deux quarrés qu’on voudra ; & il faudroit commencer par cette division, si l’on voyoit que la comparaison des termes en dût devenir plus simple.

Voilà une idée de la méthode de construire les lieux des équations lorsqu’ils doivent être des sections coniques, ou ce qui est la même chose, lorsque les équations ne passent pas le second degré : car on doit sentir que les lieux à l’ellipse & à l’hyperbole, doivent se déterminer par une méthode semblable.

Mais une pareille équation étant donnée, au lieu de demander comme tout-à-l’heure, d’en construire le lieu, si on se contente de demander quelle doit être l’espece de la section conique qui en est le lieu, si c’est une parabole, une ellipse ou même un cercle, un hyperbole équilatere, ou non équilatere, il faudroit pour en juger commencer par faire passer d’un même côté tous les termes de l’équation, de façon qu’il restât zero de l’autre côté ; & cela étant fait, il pourroit se présenter deux cas différens.

Premier cas ; supposons que le rectangle xy, ne se trouve point dans l’équation ; alors 1°. s’il n’y a qu’un des deux quarrés , ou , le lieu sera une parabole. 2°. Si les deux quarrés s’y trouvent tout-à-la-fois & avec le même signe, le lieu sera une ellipse, & en particulier un cercle, lorsque ni l’un ni l’autre des deux quarrés n’aura de coefficient, ou (si on n’avoit point réduit l’un d’eux à n’en point avoir), lorsqu’ils auront les mêmes coefficiens, & que de plus l’angle des coordonnées sera droit. 3°. si les deux quarrés xx, & yy se trouvent dans l’équation, & avec des signes différens, le lieu sera une hyperbole laquelle deviendra équilatere dans les mêmes suppositions, qui font de l’ellipse un cercle.

Second cas ; quand le rectangle xy se trouve dans l’équation, alors 1°. si il ne s’y trouve aucun des deux quarrés, qu’il ne s’y en trouve qu’un, ou encore qu’ils s’y trouvent tous deux avec différens signes, ou enfin que s’y trouvant tous deux avec les mêmes signes, le quarré du coefficient qui multiplie xy, soit plus grand que le quadruple du rectangle des coefficiens de xx & yy, dans toutes ces suppositions le lieu sera une hyperbole. 2°. Si ces deux quarrés s’y trouvant toujours, & étant de même signe ; si le quarré du coefficient xy, est plus petit que le quadruple du rectangle des coefficiens de xx & yy, le lieu sera alors une ellipse. 3°. Enfin, si dans la même supposition ce quarré & le quadruple du rectangle dont nous venons de parler, sont égaux entre eux, le lieu sera alors une parabole.

Cette méthode de construire les lieux géometriques, en les rapportant aux équations les plus composées qu’il soit possible, est dûe à M. Craig, auteur anglois, qui l’a publiée le premier dans son traité de la quadrature des courbes, en 1693. Elle est expliquée fort au long dans le septieme & le huitieme livre des sections coniques de M. le Marquis de l’Hôpital, qui sans doute en auroit fait honneur au géometre anglois, s’il eût eu le tems de mettre la derniere main à son ouvrage.

M. Guisnée, dans son application de l’Algebre à la Géométrie, donne une autre méthode pour construire les lieux géométriques. Elle est plus commode à certains égards que la précédente, en ce qu’elle apprend à construire tout d’un coup & immédiatement une équation donnée, sans la rapporter à une équation plus générale ; mais d’un autre côté elle demande aussi dans la pratique plus de précaution pour ne se point tromper.

Nous ne devons pas oublier de dire que M. l’abbé de Gua, dans les usages de l’analyse de Descartes, pag. 342, remarque une espece de faute qu’on pourroit reprocher aux auteurs qui ont écrit jusqu’ici sur la construction des lieux géométriques, & fait voir cependant que cette faute n’a point dû tirer à conséquence dans les regles ou les méthodes que ces auteurs ont données.

Cette faute, qu’il seroit trop long de détailler ici, consiste en général en ce que ces auteurs n’ont enseigné à réduire à l’hyperbole entre ses asymptotes, que les lieux où il manque un des quarrés x, y. On peut réduire à l’hyperbole entre ses asymptotes une équation même qui contiendroit ces deux quarrés, mais alors aucune des deux asymptotes ne seroit parallele à la ligne des x, ni à celle des y. Voyez Transformation des Axes ; voyez aussi sur les lieux en général, & sur ceux aux sections coniques en particulier ; les articles Courbe, Equation, Conique, Ellipse, Construction, &c. (O)

Lieux-communs, (Rhétor.) ce sont dans l’art oratoire, des recueils de pensées, de réflexions, de sentences, dont on a rempli sa mémoire, & qu’on applique à propos aux sujets qu’on traite, pour les embellir ou leur donner de la force. Démosthène n’en condamne pas l’emploi judicieux ; il conseille même aux orateurs qui doivent souvent monter sur la tribune pour y traiter différens sujets, de faire une provision d’exordes & de péroraisons. Cicéron, (& nous n’avons rien au dessus de ses préceptes, ni peut-être de ses exemples) vouloit, de plus que Démosthène, qu’on eût des sujets entiers traités d’avance & des discours préparés dans l’occasion, aux noms & aux circonstances près ; mais ces beaux génies n’avoient-ils pas un fond assez riche dans leur propre enthousiasme, & dans la fécondité de leurs talens, sans recourir à ces sortes de ressources ? Il semble que leur méthode ne pouvoit guere être d’usage que pour les esprits médiocres qui faisoient à Athènes & à Rome une espece de trafic de l’éloquence. Cette même méthode serviroit encore moins dans notre barreau, où l’on ne traite que de petits objets de droit écrit & de droit coutumier, dans lesquels il ne s’agit que d’exposer ses demandes ou ses moyens d’appel, selon les regles de la jurisprudence des lieux. (D. J.)

Lieux, les, s. m. pl. (Archit. mod.) terme synonyme à aisance, commodités, privés. Voyez ces trois mots.

On pratique ordinairement les lieux à rez-de-chaussée, au haut d’un escalier ou dans les angles. Dans les grands hôtels & dans les maisons commodes, on les place dans de petits escaliers, jamais dans les grands ; dans les maisons religieuses & de communauté, les aisances sont partagées entre plusieurs cabinets de suite, avec une cuillier de pierre, percée pour la décharge des urines.

Elles doivent être carrelées, pavées de pierre ou revêtues de plomb, & en pente du côté du siege, avec un petit ruisseau pour l’écoulement des eaux dans la chaussée, percée au bas de la devanture.

On place présentement les aisances dans les garderobes, où elles tiennent lieux de chaises percées : on les fait de la derniere propreté, & en forme de baguette, dont le lambris se leve & cache la lunette. La chaussée d’aisance est fort large & fort profonde, pour empêcher la mauvaise odeur : on y pratique aussi de larges ventouses ; le boisseau qui tient à la lunette est en forme d’entonnoir renversé, & soutenu par un cercle de cuivre à feuillure, dans lequel s’ajuste une soupape de cuivre, qui s’ouvre & se ferme en levant & fermant le lambris du dessus, ce qui empêche la communication de la mauvaise odeur. On pratique dans quelque coin de ces lieux, ou dans les entresolles au-dessus, un petit réservoir d’eau, d’où l’on amene une conduite, à l’extrémité de laquelle est un robinet qui sert à laver les urines qui pourroient s’être attachées au boisseau & à la soupape. On pratique aussi une autre conduite qui vient s’ajuster dans le boisseau, & à l’extrémité de laquelle est un robinet. Ce robinet se tire au moyen d’un registre vers le milieu du boisseau, ce qui sert à se laver à l’eau chaude & à l’eau froide, suivant les saisons. Ces robinets s’appellent flageolets, & ces aisances lieux à l’angloise, parce que c’est aux Anglois qu’on en doit l’invention. (D. J.)

Lieu, (Maréch.) ce terme se dit de la posture & de la situation de la tête du cheval ; ainsi un cheval qui porte en beau lieu, ou simplement qui porte beau, est celui qui soutient bien son encolure, qui l’a élevée & tournée en arc comme le cou d’un cygne, & qui tient la tête haute sans contrainte, ferme & bien placée. Voyez Encolure.

Lieu hilegiaux, en terme d’Astrologie, sont ceux qui donnent à la planete qui s’y trouve le pouvoir de dominer sur la vie qu’on lui attribue. Voyez Hilegiau.

Lieu, terme de Pêche, sorte de poisson du genre des morues, & semblable aux éperlans, excepté qu’il est plus gros & plus ventru, & que sa peau est beaucoup plus noire. Cette pêche commence à Pâques, & finit à la fin de Juin, parce qu’alors les Pêcheurs s’équipent pour la pêche du congre ; ce sont les grands bateaux qui y sont employés ; la manœuvre de cette pêche est particuliere ; il faut du vent pour y réussir, & que le bateau soit à la voile ; on amorce les ains ou hameçons d’un morceau de peau d’anguille, en forme de petite sardine ; le lieu qui est fort vorace & goulu, n’a pas le tems par la dérive du bateau d’examiner l’appât & de le dévorer ; ainsi il sert à faire la pêche de plusieurs lieux.

On sale ce poisson pendant deux jours, après l’avoir dépouillé de sa tête & ouvert par le ventre. Deux fois vingt-quatre heures après on le retire du sel, on le lave dans l’eau de mer, & on l’expose à terre au soleil pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’il soit sec ; quand son apprêt est fini, on le met en grenier, & les Pêcheurs le viennent vendre à la saint Michel aux marchands d’Audierne qui l’achetent depuis sept jusqu’à dix livres le cent pesant ; ces derniers le mettent en paquets de deux quintaux pesant, & l’envoient ensuite à leur risque à Bordeaux en tems de foire.

Ce poisson au contraire du congre sec qui déperit continuellement par les mittes qui le consomment, ne déperit point par la garde ; quand il est une fois bien sec, il augmente de poids par l’humidité ; la consommation s’en fait en France ; on prépare le lieu sec comme on fait la morue de même qualité.

Les Pêcheurs sont tous à la part ; le bateau, le maître & chaque matelot n’ont chacun également qu’un lot.

Ils ont de cinq principales especes d’ains ; les plus gros semblables à ceux des Pêcheurs de Terre-neuve sur le Banc, servent à la pêche des congres & des posteaux ; les deuxiemes à prendre les lieux ; les troisiemes pour la pêche des vieilles ; les quatriemes hameçons ou claveaux servent à prendre des dorées, des plombs, & autres semblables poissons, dont les chairs servent de boîte & d’appât aux claveaux, & les plus petits pour les moindres dorées qui servent aussi à boiter ; cette derniere sorte d’hameçons & plusieurs autres moindres servent pour le même usage.

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Étymologie de « lieu »

Étymologie de lieu - Littré

Franc-comtois, luë ; bourg. leu, lei ; wallon, lué ; picard, liu ; provenç. loc, luoc, luec ; cat. lloc ; anc. esp. luego ; ital. loco, luogo ; du lat. locus, anciennement stlocus (dans Festus).

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Étymologie de lieu - Wiktionnaire

(Nom 1) (Date à préciser) Du latin locus (sens similaires).
(Nom 2) (Date à préciser) Du scandinave lyr, pour le poisson.
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Phonétique du mot « lieu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
lieu ljø play_arrow

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  • Le mérite tient lieu des plus nobles aïeux. De Destouches / La force du naturel
  • Le monde est tout ce qui a lieu. De Ludwig Wittgenstein / Tractatus logico-philosophicus
  • Au lieu de rêver ta vie, vis ton rêve ! De Anonyme / Petit livre du bonheur
  • Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées. De Louis Scutenaire / Mes Inscriptions
  • Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense. De Jean Racine / Iphigénie
  • Quand le temps s’arrête, il devient lieu. De Chawki Abdelamir
  • L'avis du sage tient lieu de prédiction. De Proverbe oriental
  • Le sommeil n’est pas un lieu sûr. De Jean Cocteau
  • On tient toujours du lieu dont on vient. De Jean de La Fontaine
  • Le théâtre n'est pas le lieu des apparences, il est le lieu des apparitions. De Richard Monod
  • Le théâtre, lieu objectif et actif.
  • Agissons au lieu de prier. De Jean-Marie Guyau
  • Il ne faut pas se servir des gens de bas lieu : ils sont trop austères et trop difficiles. Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu, Testament politique
  • Il y a peut-être des lieux où l'on se trouve soudain comme dans le ciel. André Dhôtel, Mémoires de Sébastien, Grasset
  • Les hommes éclatants ont un penchant pour les lieux obscurs. François René, vicomte de Chateaubriand, Vie de Rancé
  • Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Il est des lieux où souffle l'esprit. Maurice Barrès, La Colline inspirée, Plon

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Traductions du mot « lieu »

Langue Traduction
Corse locu
Basque kokapena
Japonais ロケーション
Russe расположение
Portugais localização
Arabe موقعك
Chinois 位置
Allemand ort
Italien luogo
Espagnol ubicación
Anglais location
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Synonymes de « lieu »

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