Hermétique : définition de hermétique


Hermétique : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

HERMÉTIQUE, adj.

I.
A. − [Correspond à hermétisme A] Relatif à l'hermétisme. Science, ouvrage hermétique. Ses membres [de la franc-maçonnerie] se divisent entre eux en deux classes : la franc-maçonnerie philosophique et la franc-maçonnerie hermétique ou égyptienne (...). La seconde se rapporte aux sciences, à celles qui s'occupent des secrets de la nature (Staël, Allemagne, t. 5, 1810, p. 148) :
1. La philosophie hermétique nous enseigne que les corps n'ont aucune action sur les corps, et que, seuls, les esprits sont actifs et pénétrants. Ce sont eux, les esprits, ces agents naturels qui provoquent, au sein de la matière, les transformations que nous y observons. Fulcanelli, Demeures philosophales, t.1, 1929, p. 128.
P. ext., vieilli. Relatif à un savoir occulte. Synon. ésotérique, occulte.Depuis les beaux jours du symbolisme indien et de la mythologie grecque, on n'avait rien connu de plus véritablement hiéroglyphique, cabalistique et hermétique (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 19).
Emploi subst.
Subst. fém. Synon. de hermétisme.Voir Hugo, N.-D. Paris, 1832, p. 122.
Subst. masc. Synon. de hermétiste.Cette huile de Harlem (...) est un médicament qui semble avoir été inventé par un hermétique moyenâgeux (Goncourt, Journal,1893, p. 484).
B. − [Correspond à hermétisme B]
1. [En parlant d'une œuvre d'art ou de l'esprit] Difficile ou impossible à comprendre et/ou à interpréter. Synon. abscons, ésotérique, obscur, sibyllin; anton. clair.Langage, terme hermétique. Je me délectais, aux repas, de récits à mots couverts, de ce langage, employé par les parents, où le vocable hermétique remplace le terme vulgaire (Colette, Mais. Cl.,1922, p. 44).Ils [des prêtres] avaient bien l'air, eux-mêmes, de se mouvoir avec gêne dans ces ténèbres, d'aller à l'aveuglette, de tourner avec un inconscient malaise autour de ces dogmes hermétiques. Ils affirmaient. Ils affirmaient quoi? Ce qu'on leur avait affirmé (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1384).
En partic., domaine de la crit. :
2. À tout le moins le caractère fermé, hermétique, d'une œuvre qui exige pour qu'on l'aborde un état d'âme aussi particulier, risque-t-il de compromettre la foi dont le poète [Claudel] s'est fait le missionnaire et l'apôtre. Massis, Jugements,1924, p. 256.
P. ext. [En parlant d'une pers.] Qui est ou est considéré comme un tenant de l'hermétisme. La brièveté, la précision, la promptitude, le contour, voilà de quoi nous faire prendre pour des écrivains hermétiques (Cocteau, Crit. indir.,1932, p. 25).Le peintre Joan Miró, réputé hermétique (Levinson, Visages danse,1933, p. 74).Emploi subst. masc. Proust, Valéry, Mallarmé et autres hermétiques (Benda, Fr. byz.,1945, p. 147).
Emploi subst. masc. à valeur de neutre. Le culte de l'hermétique; du rare; du précieux (Benda, Fr. byz.,1945p. 223).
2. Hermétique à (qqc.).[En parlant d'une pers.] Qui est insensible à (quelque chose). J'avoue rester hermétique à ses qualités [d'une chanteuse], ni sa voix haut perchée, ni ses mines, ni ses chansons, dont la poésie m'échappe, ne m'ont plu (Le Monde,19 janv. 1952, p. 8, col. 3).
II. − [En parlant de choses] Qui est fermé ou qui ferme de manière à empêcher tout échange avec le milieu ambiant. Synon. étanche.Fermeture, récipient hermétique. Des marmites construites pour résister à la pression, fermées par un couvercle à joint hermétique (Lar. mén.1926, p. 459).
P. ext. et p. plaisant. Qui est parfaitement clos. Les voyageurs ont souvent des objets qui pourraient tenter la cupidité des larrons, et leurs logements doivent être clos, de façon hermétique (Gautier, Fracasse,1863, p. 283).Contenir dans ma bouche hermétique le rire qui cherche une issue (Renard, Lanterne sourde,1893, p. 194).Elle arrive embobelinée dans un vaste cache-poussière, en soie glacée d'argent, si hermétique et si convenable que je m'étonne (Colette, Cl. s'en va,1903, p. 109).
P. métaph. ou au fig. Qui empêche toute communication. Frontières hermétiques. L'hiver, le printemps, l'été, ne sont pas séparés par des cloisons aussi hermétiques que tend à le croire le boulevardier qui jusqu'aux premières chaleurs s'imagine le monde comme renfermant seulement des maisons nues sous la pluie (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 634).
III. − [En parlant d'une expression, d'une partie du corps] Qui ne laisse pas paraître les réactions, les sentiments (d'une personne). Synon. fermé, impénétrable; anton. ouvert.L'adolescent avait fermé des yeux qui peut-être eussent trahi malgré lui une faiblesse, le désir de plier, − visage strictement hermétique, osseux, comme taillé dans le silex, où rien de sensible ne subsistait que la double meurtrissure des paupières (Mauriac, Désert am.,1925, p. 24).
P. ext. [En parlant de pers.] Synon. de secret.Hanté de négoce, dangereusement dolent par calcul, hermétique et imprudent, désarmant dès qu'il le voulait, il n'omit jamais de ménager ma part de tourments précis et de plaisirs confus (Colette, Apprent.,1936, p. 118).
Rem. En archit. [Correspond à Hermès] Colonne hermétique. Colonne surmontée d'une tête d'homme en guise de chapiteau. (Dict. xixeet xxes.).
Prononc. et Orth. : [ε ʀmetik]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1. a) 1554 « se dit d'un mode particulier de fermeture des vases réalisé par les alchimistes » hermetic vase (Bl.-W. 1-5); 1620 fermeture hermétique (Jean Beguin, Les Elemens de Chymie ds Fr. mod. t. 14, p. 285); b) 1837 plus gén. « se dit de toute fermeture parfaitement étanche » (Balzac, C. Birotteau, p. 367 : fermeture plus ou moins hermétique); 2. 1610 « relatif à l'alchimie » pierres hermetiques (Beroalde de Verville, Voyages des princes fortunez, p. 377 ds Hug.); 1762 subst. fém. « science, doctrines de l'alchimie » (Ac.); 3. 1843 « occulte, secret; difficile à interpréter » significations hermétiques (Gautier, Voyage en Espagne, p. 164 ds Rob.); cf. 1863 rêvasseries hermétiques (Id., Fracasse, p. 92). Dér. irrég. du b. lat. Hermes Trismegistus, du gr. Ε ρ μ η ̃ ς Τ ρ ι σ μ ε ́ γ ι σ τ ο ς (iiies. apr. J.-C. ds Liddell-Scott) c'est-à-dire « Hermès trois fois très grand », désignant le dieu Thot des Égyptiens, ainsi nommé par les Grecs de l'époque hellénistique et à qui les alchimistes attribuaient la fondation de leur art. Fréq. abs. littér. : 114.
DÉR.
Herméticité, subst. fém.[Correspond à hermétique II] Qualité de ce qui est clos ou de ce qui ferme d'une manière hermétique. Herméticité d'un récipient. [Dans les puits artésiens], il convient d'assurer l'herméticité des joints d'une section à la suivante, en coulant du béton dans l'intervalle des deux fractions du tubage (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p. 223).[ε ʀmetisite]. 1reattest. 1846 (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, p. 199 : caché par une pierre qui le refermait avec une herméticité presque parfaite); de hermétique, suff. -ité*.
BBG.Jourjon (A.). Rem. lexicogr. R. Philol. fr. 1915/16, t. 29, pp. 297-298.

Hermétique : définition du Wiktionnaire

Adjectif

hermétique \ɛʁ.me.tik\ masculin et féminin identiques

  1. Qui a rapport à l’alchimie.
    • Et vainement ai-je feuilleté pendant trois jours et trois nuits, aux blafardes lueurs de la lampe, les livres hermétiques de Raymond Lulle. — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
  2. (Chimie) Qualifie la fermeture qu’on obtient en faisant fondre les bords du vase que l’on veut clore.
  3. (Par extension) Se dit de toute fermeture parfaite.
    • Ils aimaient ce pub cuirassé contre le monde extérieur, hermétique à la pluie, au soleil, à la neige, au printemps. — (René Fallet, Charleston, chapitre III ; Éditions Denoël, Paris, 1967)
    • - les poches de la victime contenaient par contre des papiers à rouler, du tabac et des résidus de cannabis dans un petit sachet hermétique. — (Patrick Quartenoud, À dos, les sens, Mon Petit Éditeur, 2015, p. 114)
  4. (Architecture) Qui supporte la tête d’Hermès, au lieu de chapiteau.
  5. (Par extension)(Architecture) Qui supporte une tête d’homme, au lieu de chapiteau.
    • Colonne hermétique.
  6. (Familier) Incompréhensible ; qui dépasse l'entendement.
    • Il se plongeait dans l'aridité des études financières, le jargon des affaires, la jonglerie des chiffres et, lentement, ces choses, hier hermétiques, lui devenaient familières. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 116)
    • L’apparente simplicité du codage en verlan se révèle d'une grande efficacité pour pouvoir rendre le discours hermétique aux non-initiés grâce aux reverlanisations, réductions et troncations. — (Valéry Debov, Glossaire du verlan dans le rap français, Éditions L'Harmattan, 2015, p. 16)
  7. (Figuré) Replié sur soi, taciturne, secret, dont on ne peut percer les émotions ou les pensées.
    • L'homme qui n'a pu s'épanouir sainement dans la rencontre chaleureuse des autres, deviendra plus ou moins secret, hermétique, ou bien il ne pourra exprimer sa sympathie, son amitié, voire son affection, que par une ironie mordante ou une agressivité totalement inattendue. — (Michel Quoist, Construire l'homme, Éditions de l'atelier, Paris, 1997, p. 60)
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Hermétique : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HERMÉTIQUE. adj. des deux genres
. Qui a rapport à l'alchimie. Science hermétique. Philosophie hermétique. Œuvre hermétique Chimie hermétique. Les livres hermétiques. Il se dit, en termes de Chimie, d'une Fermeture qu'on obtient en faisant fondre les bords du vase que l'on veut clore. Il se dit aussi, par extension, de Toute fermeture parfaite. Clôture hermétique.

Hermétique : définition du Littré (1872-1877)

HERMÉTIQUE (èr-mé-ti-k') adj.
  • 1 Terme d'archéologie. Colonnes hermétiques, colonnes surmontées d'un hermès.

    Terme d'architecture. Colonne hermétique, colonne qui a une tête d'homme au lieu de chapiteau.

  • 2Qui appartient aux doctrines d'Hermès trismégiste. Science, philosophie hermétique. Livres hermétiques. Cosmogonie hermétique.
  • 3Qui appartient à la science du grand œuvre, à la connaissance de la transmutation des métaux, à l'alchimie.

    Médecine hermétique ou spagirique, médecine surtout chimique dont on supposait que les moyens de guérison qu'elle employait avaient été trouvés dans les livres d'Hermès.

  • 4Fermeture hermétique, fermeture parfaite que l'on obtient en faisant fondre les bords du vase que l'on veut clore ; ces fermetures viennent de l'art hermétique ou alchimie.

    Appareils hermétiques, appareils dont la clôture est parfaite.

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Hermétique : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

HERMÉTIQUE, (Philosophie) c’est le nom le plus honorable de l’Alchimie, ou de l’art de transmuer les métaux ignobles en métaux parfaits, par le moyen du magister, du grand élixir, de la divine pierre, de la pierre philosophale, &c. Voyez Pierre philosophale.

C’est proprement la science, le système de principes & d’expériences, la théorie de l’art, le dogme que les alchimistes les plus modestes ont désigné par le nom de philosophie hermétique. Ils ont bien voulu qu’on les distinguât par ce titre spécial, des philosophes vulgaires ; c’est-à-dire des plus profonds métaphysiciens, des plus sublimes physiciens, des Descartes, des Newton, des Leibnitz. Car les vrais alchimistes, les initiés, les adeptes prétendent à la possession exclusive de la qualité de philosophes ; ils sont les philosophes par excellence, les seuls sages. Ils ont emprunté, par un travers fanatique & extravagant, le ton & les expressions mêmes que l’éloquence chrétienne emploie à établir la prééminence des vérités révélées sur la Philosophie du siecle. Ils apprécient avec un mépris froid & sententieux, les sciences humaines, vulgaires, communes. Ils traitent la leur de surnaturelle, de divinement inspirée, d’accordée par une grace supérieure, &c. Ils se sont fait un jargon mystique, une maniere enthousiastique, sur laquelle ils ne fondent pas moins la supériorité de leur art que sur son précieux objet.

Cette science est déposée dans cinq ou six mille traités, dont Borel & l’abbé Lenglet Dufrenoy ont dressé la liste ; liste qui s’est grossie depuis que ces auteurs l’ont rédigée, & que quelques nouveaux ouvrages augmentent de tems-en-tems.

Nous traiterons à l’article pierre philosophale de la pratique de l’Alchimie, de l’exécution de la grande merveille que la science promet, du grand œuvre : & nous n’aurons presque dans cet article qu’à discuter la réalité de ses promesses, l’existence de l’art ; nous nous occuperons dans celui-ci de ses préceptes écrits, transmis, raisonnés ; en un mot de la doctrine des livres.

Les lecteurs les plus instruits, les Alchimistes, les auteurs d’Alchimie eux-mêmes, les Philosophes hermétiques conviennent que les livres de leurs prédécesseurs, aussi-bien que les leurs propres, sont très-obscurs. Il est évident que les plus habiles d’entre les Chimistes qui ont admis la réalité de la transmutation métallique, n’ont pas entendu les livres d’Alchimie, n’en ont rien, absolument rien entendu. Becher qui a fait des traités fort longs, fort raisonnés, fort doctes pour démontrer la possibilité de la génération & de la transmutation des métaux, sçavoir les trois supplémens de sa physique soûterraine, prouve mon assertion d’une maniere bien évidente, soit par les sens forcés qu’il donne à la plûpart des passages qu’il cite, soit par le peu de fruits qu’il a tirés de son immense érudition. En effet Becher, le plus grand des Chimistes, après avoir tiré de tous les philosophes hermétiques les plus célebres, des autorités pour étayer sa doctrine de transmutation, qu’il considere sous un changement particulier qu’il appelle mercurification (Voyez Mercurification), n’est parvenu par toute cette étude, qu’à deux découvertes de peu d’importance, si même ces découvertes n’ont devancé la théorie. La premiere est l’extraction & la réduction du fer caché dans la glaise commune, opérations très-vulgaires qui lui ont imposé pour une vraie génération. La seconde est sa mine de sable perpétuelle, dont l’exploitation avec profit n’est pas démontrée, & qui, si ce profit étoit réel, pourroit la faire compter tout au plus parmi ces améliorations ou ces augmentations qui sont dûes aux procédés que les gens de l’art appellent des particuliers, c’est-à-dire des moyens d’obtenir des métaux parfaits par des changemens partiaux ; opérations bien différentes de la transmutation générale proprement dite, ou du grand œuvre, qui doit changer son sujet entiérement, absolument, radicalement. Voyez Particulier & Pierre philosophale.

Au reste, ces ouvrages de Becher sont, malgré sa magnifique, sa sublime théorie, tout aussi obscurs que ceux des cent très-célebres alchimistes qu’il cite : car après avoir établi comme l’extrait, l’abrégé de toute l’Alchimie, summa Alchimiæ, que sa fin, son moyen & son principe, sont le mercure ; il avertit qu’on doit bien se donner de garde de prendre pour le mercure dont il parle le mercure coulant ordinaire, qu’il ne s’agit du-tout point de celui-là ; que son mercure, le mercure des Sages & des Philosophes, mercurius sophicus, celui qu’il appelle medium objectum ou tinctura, est le mercure de l’or : quod (aurum) totâ suâ substantiâ mercurius est communi mercurio, quoad substantiam in omnibus similis, sed quoad qualitates in omnibus ei contrarius : nempè fixus, coctus, calidus, siccus, digestus, purus, undè qualitatem & vim mercurium communem digerendi & alterandi habet. Il est presque inutile d’ajoûter, & par conséquent un être imaginaire, du-moins tout aussi arcane que ce qui est le plus gratuitement promis, ou le plus soigneusement caché dans tous les ouvrages hermétiques.

Je pense avec l’auteur du discours historique sur la Chimie, imprimé à la tête du cours de Chimie, selon les principes de Newton & de Stahl, qu’on ne sçauroit donner une idée plus claire des principes & de la maniere des écrivains alchimistes, qu’en rapportant un morceau remarquable de quelque adepte fameux. L’auteur dont je suis l’idée transcrit un long passage de Riplée, chanoine de Brilingthon. Ce passage est très-bien choisi : le voici.

« J’ai promis de donner divers procédés ; mais il faut que j’explique les termes obscurs. Les Philosophes se servent de divers noms ; par-là ils cachent leur science à ceux qui en sont indignes. Notre pierre est une matiere unique. Il y a une substance qui porte le nom d’un des sept jours ; elle paroît vile, mais on en retire une humeur vaporeuse, qu’on nomme le sang de lion vert ; de ce sang on forme l’eau appellée blanc d’œuf, eau-de-vie, la rosée de Mai : cette eau donne une terre appellée soufre vif, chaux du corps du soleil, coque d’œuf, céruse, arsenic. L’eau contient l’air, la terre renferme le feu, l’un & l’autre se pourrissent ensemble : on en peut séparer les quatre élémens par la distillation & l’extraction. Mais pour former le grand elixir, il suffit de séparer l’eau de la terre, de calciner la terre, de rectifier l’eau en la faisant circuler, de la rejoindre ensuite à la terre. Quand vous lirez dans quelque philosophe, prenez une telle matiere, souvenez-vous qu’il ne vous marque que la pierre ou ses parties. L’arsenic, par exemple, est le feu de la pierre, le soufre l’air, l’huile le feu ; l’ammoniac noir dissout la terre, le mercure l’eau, & quelquefois le mercure même, le mercure sublimé, l’eau exaltée avec sa chaux qui se doit congeler en sel. Ce sel se nomme salpêtre, ou soufre de Bacon. Quand vous lirez, prenez du mercure, de l’arsenic, du saturne, le lion vert ; ne prenez pas l’argent vif, l’arsenic du vulgaire, le vermillon, le cuivre & le vitriol. Je dis la même chose de l’or & de l’argent ; bannissez les sels, les eaux corrosives qui ne sont pas métalliques. Le dessein des Philosophes, c’est d’imiter la nature ; ils ont voulu former en peu de tems ce qu’elle donne en plusieurs années. Pour faire l’or & l’argent, ils ont pris une terre rouge & une terre blanche ; ils les joignent jusqu’à ce qu’elles soient fixes & fusibles. L’or n’est qu’une terre rouge unie à un mercure rouge : l’argent est une terre blanche incorporée à un mercure blanc. On doit fixer ces mercures dans leur terre, jusqu’à ce qu’ils soûtiennent toutes sortes d’épreuves. Il faut qu’un peu de cette composition puisse teindre une grande quantité de quelque métal que ce soit. Les Philosophes ne se sont pas servi d’or & d’argent pour cette teinture ; c’est pour cela qu’ils ont dit qu’elle ne demandoit pas de dépense. La plûpart de ceux qui cherchent la pierre, travaillent sur l’or, l’argent, ou le mercure vulgaire ; ils se trompent. L’or & l’argent des Philosophes sont renfermés dans un même corps que la nature n’a pas amené à sa perfection. C’est dans cette terre blanche ou rouge que les Philosophes disent que la pierre est le lion verd, l’assa fœtida, la fumée blanche ; ils se sont servi de ces noms pour faire illusion aux ignorans. Par le lion verd on entend la semence de l’or. L’assa fœtida signifie l’odeur que donne la matiere impure dans la premiere distillation. Le nom de fumée blanche vient des vapeurs blanches qui s’élevent au commencement. Plusieurs s’imaginent que la matiere de la pierre est dans les excrémens ; ils se fondent sur les Philosophes qui disent qu’elle se présente sous une forme desagréable, qu’elle est en tout lieu, qu’elle prend naissance entre deux montagnes, qu’on la foule aux piés, qu’elle vient de mâle, de femelle ; mais ils se trompent. Les Philosophes nous avertissent eux-mêmes que ce n’est pas dans les matieres fécales qu’il faut chercher la pierre.

Il se présente ici une difficulté, suivant ce que nous venons de dire. Ce n’est pas dans l’or & l’argent qu’il faut chercher la pierre : cependant les Philosophes nous disent ailleurs que la pierre n’est pas dans des matieres d’un genre différent ; ils entendent par-là seulement, qu’elle vient du premier principe, c’est-à-dire de la chaleur naturelle ou végétable. Si l’on ne connoît pas cette chaleur qu’on a nommée ventre de cheval, feu humide, fumier, c’est en vain qu’on travaillera ».

On retrouve la même maniere dans le plus ancien des auteurs purement alchimistes, dont l’ouvrage ait été imprimé, Morien, romain, hermite de Jérusalem, de qui Boerhaave a dit qu’il avoit écrit castissimè, c’est-à-dire sans doute, sincerement ; & qu’il étoit compté parmi les auteurs purissimos, c’est-à-dire apparemment les moins défigurés par les copistes, les traducteurs, les éditeurs. Le morceau le plus clair de cet ouvrage, c’est son dernier chapitre qui contient l’exposition des matériaux, specierum. L’auteur annonce d’abord dans ce chapitre, que les Philosophes qui l’ont précédé ont caché ces especes sous différens noms, pour que ceux qui chercheroient ce magistere indignement, fussent induits absolument en erreur. Il explique ensuite chaque nom mystérieux par des noms connus ; & il ajoûte : « Quoique le vrai nom des especes soit révélé, laissez les fous chercher toutes les autres choses nécessaires à sçavoir pour la confection de ce magistere, & s’égarer en les cherchant, parce qu’ils ne parviendront à l’effectuer que quand le soleil & la lune seront réduits en un même corps ; ce qui ne peut arriver sans le précepte divin ».

De sorte que, de l’aveu même des philosophes hermétiques, ou les noms des matieres sont cachés, ou bien interpretés d’une maniere illusoire ou inutile. Leurs procédés ne sont jamais mieux voilés que lorsqu’ils paroissent exposés le plus nuement : car lorsque toutes les matieres, toutes les opérations & tous les produits sont des choses connues, il est unanimement avoué que ces choses connues sont des emblèmes de choses cachées. Les philosophes hermétiques écrivent donc très-obscurement à dessein, par état, par esprit de corps ; ils en font profession.

Il faut distinguer ces auteurs en deux classes ; les écrivains d’Alchimie pure, qui, comme Morien & Riplée que nous venons de citer, & la tourbe reléguée de la vraie Chimie, n’ont discouru que de la pratique essentielle de l’Alchimie, de la confection du grand-œuvre. Les autres sont ceux qui dans des ouvrages où ils ont eu pour objet premier & fondamental la transmutation métallique, ont enchâssé cependant dans le jargon alchimique des découvertes sur l’art de traiter les corps par le feu & les menstrues, c’est-à-dire la Chimie générale, y ont décrit des opérations & des instrumens nouveaux ou perfectionnés, ou enfin qui ont enrichi l’art de préparations utiles, usuelles, ou de théories philosophiques lumineuses. Ceux qui sont les plus distingués dans cette derniere classe tiennent aussi le premier rang parmi les premiers chimistes depuis Geber jusqu’à Becher. Voyez la partie historique de l’article Chimie, dans lequel on trouvera (depuis la page 425 au bas de premiere colonne, jusqu’à la fin de la page 428) sur les antiquités alchimiques & sur les plus anciens auteurs, des recherches fort étendues, & qu’il auroit été inutile de répéter ici, même en extrait ou en abrégé.

Je crois pouvoir déduire du petit nombre d’observations que je viens de rapporter sur les écrits alchimiques, que sans décider même de la nullité de l’art & de la frivolité des prétextes allégués pour défendre l’obscurité de la doctrine, que ce seroit, dis-je, une manie bien bisarre que celle de s’occuper à pénétrer le sens des énigmes hermétiques ; qu’il est très-probable même que ces énigmes n’ont pas un sens. J’ai sacrifié un tems assez considérable à parcourir les plus célebres des ouvrages hermétiques purs anciens & modernes, imprimés & manuscrits, pour en tirer les matériaux de trois articles de ce Dictionnaire, savoir l’historique de l’article Chimie, celui-ci, & l’article Pierre philosophale ; & je puis assûrer avec vérité que l’extrait de toutes les connoissances qu’on y peut puiser pour l’acquisition du grand arcane, le véritable esprit de tous ces livres peut se réduire à cette formule tirée d’Avicenne par Becher : qui accipit quod debet & operatur sicut debet, procedit indè sicut debet : « celui qui prend ce qu’il faut & opere comme il faut, réussit par-là comme il faut » ; & à ce beau précepte, labora & ora, travaille & prie. Or quand même cet appareil de mystère ne seroit pas rebutant en soi, qu’il se trouveroit des esprits pour qui ces ténebres même seroient un appât très-séduisant, au-moins qu’il y auroit eu des siecles & des nations dont la philosophie auroit été reservée à un petit nombre d’élus ; certainement ce goût n’est ni de notre siecle ni de notre nation ; notre philosophie est communicative & amie de l’évidence. Les mystères hermétiques ne sauroient s’accommoder avec sa méthode, ni tenter ses sectateurs.

Je sais bien qu’il y aura beaucoup de grands chimistes qui accuseront ce jugement de paresse ou d’ignorance. Mais nous répondrons encore que tel est le goût de notre siecle, que nous sommes parvenus enfin, tout à-travers de l’enthousiasme des Sciences, à apprécier assez sainement les merveilles qu’elles nous découvrent, pour croire les acheter trop cher, s’il faut les puiser dans des ouvrages seulement prolixes, dissous dans une surabondance de paroles, d’observations, de théories, d’expériences, s’il est permis à un chimiste d’employer dans un article de chimie une image chimique, à plus forte raison si ces ouvrages sont obscurs. Nous osons donc être dégoûtés des ouvrages même des alchimistes de la seconde classe, des Lulles, des Paracelses, &c. en avouant pourtant qu’il faut que les vrais maîtres de l’art s’abreuvent de ces premieres sources, toutes troubles & ameres qu’elles sont.

Les Alchimistes ne se sont pas contentés de cacher leurs arcanes vrais ou prétendus, par l’obscurité de leurs écrits, ils les ont encore enveloppés sous des hyéroglyphes ou des emblèmes tout aussi peu intelligibles. Les plus fameux auteurs hermétiques ont orné leurs ouvrages de quelques-uns de ces tableaux emblématiques, & même ils ont dressé des suites d’emblèmes. La plus complette qui soit parvenue jusqu’à nous est connue sous le nom de liber mutus ; elle est gravée à la fin de la Bibliotheque chimique de Manget, & à la fin de nos Planches de Chimie. (b)

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Étymologie de « hermétique »

Étymologie de hermétique - Littré

Hermès.

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Étymologie de hermétique - Wiktionnaire

(XVIe siècle) De l’anglais hermetic, hermetic vase : « se dit d'un mode particulier de fermeture des vases réalisé par les alchimistes » ; (1620) fermeture hermétique ; (1837) prend le sens général de « parfaitement étanche ».
Dérivé irrégulier de Hermès Trismégiste à qui les alchimistes attribuaient la fondation de leur art ainsi que l'écriture des Hermetica
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Phonétique du mot « hermétique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
hermétique ɛrmetik play_arrow

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  • Ainsi, les joueurs ne pourront pas voir les équipes résidents dans d'autres hôtels et ne pourront donc logiquement pas sortir de la bulle. Une interdiction qui ne s'applique pas au personnel de Disney World qui regagnera son domicile après le travail. La bulle ne sera donc pas si hermétique que ça. Dans un état sujet à une recrudescence des cas de coronavirus, ce sujet inquiète. Ce n'est plus qu'une question d'heures avant que l'ensemble des participants à la reprise soit à Orlando. Ne restera plus à la NBA qu'à attendre de voir si sa bulle est si sûre que prévue et si elle permet la tenue de la fin de saison dans de bonnes conditions. Eurosport, Pas de double au ping-pong, jeu de cartes, bulle non-hermétique : les aberrations du protocole - NBA 2019-2020 - Basketball - Eurosport
  • Les affaires d’honneur sont des cases hermétiques auxquelles ont seuls accès les maîtres du drame. De Gabriel Garcia Marquez / Chronique d'une mort annoncée
  • A l'heure où les satellites traversent toutes les frontières, les langues, les idéologies, il est impossible de créer une société hermétique. De Allan Bay / Le Monde de l'éducation - Décembre 1999

Traductions du mot « hermétique »

Langue Traduction
Corse ermetica
Basque hermetiko
Japonais 気密
Russe герметический
Portugais hermético
Arabe غير قابل للنفاذ
Chinois 密闭
Allemand hermetisch
Italien ermetico
Espagnol hermético
Anglais hermetic
Source : Google Translate API

Synonymes de « hermétique »

Source : synonymes de hermétique sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « hermétique »


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