La langue française

Gré

Sommaire

  • Définitions du mot gré
  • Étymologie de « gré »
  • Phonétique de « gré »
  • Citations contenant le mot « gré »
  • Images d'illustration du mot « gré »
  • Traductions du mot « gré »
  • Synonymes de « gré »

Définitions du mot gré

Trésor de la Langue Française informatisé

GRÉ, subst. masc.

A. −
1. Vx. Assentiment, satisfaction qu'une personne trouve chez quelqu'un ou dans quelque chose qui est conforme à son goût, à sa volonté :
1. Qui ne sait (...) que la fameuse ordonnance de Blois, de mai 1579, dispose formellement que ceux qui se trouveront avoir suborné fils ou fille mineurs de vingt-cinq ans (...) sans le gré, vouloir ou consentement exprès des père, mère et des tuteurs seront punis de mort? A. France, Bonnard,1881, p. 482.
2. Mod. [Dans des loc. figées]
a) [La personne dont le goût, le caprice ou la volonté sont satisfaits, est exprimée par un adj. poss.] Tout marche à mon gré; se marier à son gré, selon son gré (vieilli); trouver qqn, qqc. à son gré. Il exposa en vente sa marchandise. Certains Franconiens qui vinrent la voir y trouvèrent plusieurs bijoux fort à leur gré (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 100).Possesseur du monde qu'il a fait, Dieu le gouverne à son gré (Gilson, Espr. philos. médiév.,1932, p. 3) :
2. Ce qui fait de l'espérance un plaisir si intense, c'est que l'avenir, dont nous disposons à notre gré, nous apparaît en même temps sous une multitude de formes, également souriantes, également possibles. Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 21.
En partic. [Dans un dialogue] À ton gré, à votre gré. Comme tu voudras, comme vous voudrez :
3. don carlos. − Je vais être empereur d'Allemagne. Je vous fais mettre au ban de l'empire. hernani.À ton gré. Hugo, Hernani,1830, II, 3, p. 47.
b) [La pers. dont le goût, le caprice ou la volonté sont satisfaits, est exprimée par un compl. prép. de] Agir au gré de qqn. La principale rue du bourg, rue caillouteuse, à sinuosités, bordée de maisons construites au gré des propriétaires (Balzac, Méd. camp.,1833, p. 14).Faut-il, me direz-vous, tirés de votre asile Au gré d'un éditeur courir de ville en ville (M. de Guérin, Poés.,1839, p. 36) :
4. ... le seigneur de Bruyères remonta gravement le perron, non sans avoir lancé (...) un coup d'œil libertin à Zerbine, qui lui souriait d'une façon beaucoup trop avenante au gré de donna Sérafina, outrée de l'impudence de la soubrette. Gautier, Fracasse,1863, p. 92.
c) [Ce qui est satisfait chez une pers. est exprimé par un compl. prép. de, éventuellement suivi d'un adj. poss.] En suivant (les caprices de). Au gré de son ambition, de son désir, de sa fantaisie. Tout y change [dans la démocratie], avec une rapidité effrayante, au gré des passions et des opinions (Lamennais, Religion,1825, p. 34) :
5. ... chacun, au gré de ses préférences personnelles, peut opter pour la fréquence ou pour la rareté de ce singulier phénomène qu'est la vie. J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 195.
d) Au fig. Au gré de qqc. [Le compl. prép. désigne une chose concr. ou abstr.] En suivant quelque chose, conformément à quelque chose de variable, d'incertain. Au gré du vent, des courants; au gré des événements, des saisons. Des guirlandes de papier plissé, de couleurs tendres, qui flotteront un peu partout au gré de la brise (Colette, Cl. école,1900, p. 266).Les découvertes se produisirent au gré des intuitions des savants et des circonstances plus ou moins fortuites de leur carrière (Carrel, L'Homme,1935, p. 26) :
6. Ainsi donc, à chaque voyage, avant d'atteindre le lieu de mon travail, de mes soucis, de mes pensées, il me fallait, au gré du tramway brimbaleur, traverser toute cette pouillerie, en recevoir les reproches et les avertissements. Duhamel, Terre promise,1934, p. 37.
e) Vieilli. Avoir, prendre, recevoir qqn ou qqc. en gré. Trouver quelqu'un ou quelque chose à sa convenance. Prenez en gré l'avis que je vous donne (Ac.). Un écuyer de l'hôtel, nommé Huguet de Guisay, que le roi avait fort en gré, parce qu'il était grand inventeur de toutes sortes d'amusements (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 2, 1821-24, p. 95).Le général commençait à satisfaire son appétit, il fit connaissance avec les enfants, qu'il prit fort en gré et avec lesquels il sortit après le déjeuner (Ségur, Auberge ange gard.,1863, p. 137).
En partic. Prendre en gré qqc. Recevoir quelque chose avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie (Littré).
B. − [Dans des loc. figées] Bonne ou mauvaise volonté avec laquelle on accomplit quelque chose. Obéir de bon gré, de son (plein) gré, contre son gré. M. le professeur donne, de son propre gré, à ses élèves privilégiés des leçons d'algèbre auxquelles il a la bonté de nous inviter (Hugo, Corresp.,1816, p. 296).Les jeunes filles qu'on enlève, à Paris, sont généralement enlevées de leur plein gré (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 392).Diverses illustrations ont été faites en ce livre, sans m'avoir été soumises et même contre mon gré (Villiers de L'I.-A., Corresp.,1886, p. 123) :
7. Il n'y a pas plus de quatre cents mètres entre les Alibert et le mas Théotime; mais je les franchis de si mauvais gré qu'il m'y fallut plus qu'un quart d'heure. Bosco, Mas Théot.,1945, p. 91.
Rem. On relève à contre-gré, contre-bon-gré. Je vis en face de cet homme et je suis occupée (...) à le faire plier, et à me faire servir de lui contre-bon-gré (Claudel, Otage, 1911, II, 2, p. 265). Les derniers promeneurs, à contre-gré, se dirigeaient vers les sorties, talonnés par les gardes (Gide, Si le grain, 1924, p. 356).
Bon gré, mal gré. De bon cœur ou en se résignant. Les anciennes classes dirigeantes acceptent, bon gré, mal gré, l'expérience socialiste (Mauriac, Bâillon dén.,1945, p. 417).[Mathilde] lui aurait définitivement démontré qu'elle lui était indispensable, que bon gré, mal gré, il ne pouvait pas vivre sans elle (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 215).
Bon gré mal gré qu'il/elle en ait. Qu'il/elle le veuille ou non (cf. malgré) :
8. ... associés ou non, nos trois industriels sont forcés d'agir comme s'ils l'étaient; (...) bon gré mal gré qu'ils en aient, la force des choses, la nécessité mathématique les associe. Proudhon, Propriété,1840, p. 270.
De gré ou de force. Volontairement ou sous la contrainte. Faire qqc. de gré ou de force. L'action qui se fait au nom de tous étant nécessairement de gré ou de force à la disposition d'un seul ou de quelques-uns (Constant, Princ. pol.,1815, p. 11).
De gré à gré. Par un arrangement qui satisfait les parties en présence. Traiter de gré à gré; un partage fait de gré à gré. La valeur d'un morceau d'argent se règle de gré à gré dans les transactions qui se font entre les particuliers (Say, Écon. pol.,1832, p. 292) :
9. Je ne mérite aucun reproche, je n'en supporterai aucun, monsieur. Que cela soit dit une fois pour toutes : c'est une convention entre nous, un simple accord, de gré à gré! Bernanos, Imposture,1927, p. 518.
DR. ADMIN. Marché de gré à gré. ,,Marché dans lequel l'administration engage les discussions avec les entreprises de son choix et attribue ce marché à celle qu'elle a retenue`` (Admin. 1972).
C. − [Dans une loc. figée] Ce que l'on estime convenable. Synon. avis, goût, sentiment.À mon gré, ce discours est très beau (Ac.). Le jour grandissait lentement à son gré, son inquiétude croissait (Sand, Lélia,1833, p. 300) :
10. ... Renan prétendra alléger, raffiner, épurer les notions de la religion catholique, trop précises, trop lourdes, trop matérielles à son gré. Massis, Jugements,1923, p. 106.
D. −
1. Vx. ,,Satisfaction que quelqu'un témoigne à celui qui a fait quelque chose pour lui`` (DG).
2. Mod. [Dans des loc. figées]
Savoir gré, savoir bon gré, un gré infini à qqn (de qqc.). Être reconnaissant envers quelqu'un. Je vous sais gré d'être là, comme je sais gré à un beau jour de luire sur ma tête, à un air parfumé de courir autour de moi (Soulié, Mém. diable, t. 1, 1837, p. 159).Je suis bien curieux de voir ta rédaction et je te sais bon gré de me demander là-dessus mes avis (Flaub., Corresp.,1846, p. 210) :
11. Elle ne se cabrait pas devant ses questions; peu à peu, elle lui savait même un certain gré de les avoir posées; et elle s'étonnait, la première, d'éprouver une sorte de plaisir à se départir, pour lui, de son habituelle réserve. Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 365.
[Dans le style épistolaire] Je vous saurais gré de bien vouloir... Si vous pouviez me fournir ce renseignement, je vous en saurais un gré infini. Adieu, mon cher ami, mille amitiés bien sincères (Tocqueville, Corresp. [avec Reeve], 1839, p. 50).
Rem. Au plur., rare. J'aime beaucoup Balzac, et je sais tous les grés du monde à M. Barbey d'Aurevilly de l'excellent chapitre qu'il a consacré à ce maître (Verlaine, Œuvres posth., t. 2, Crit. et conf., 1896, p. 320).
Savoir mauvais gré, peu de gré à qqn. Être peu satisfait ou mécontent de la conduite, des procédés de quelqu'un. Ne parle pas de cette plaisanterie : on m'en saurait mauvais gré (Staël, Lettres jeun.,1790, p. 406).
Se savoir bon, mauvais gré de qqc. (vieilli). Se féliciter de quelque chose, se reprocher quelque chose. Corinne aussi se savait mauvais gré de n'être pas assez reconnaissante des marques de dévouement que lui donnait le comte d'Erfeuil (Staël, Corinne, t. 3, 1807, p. 263).La maîtresse de la maison (...) se sut bon gré d'avoir engagé l'académicien à dîner. Il amuse M. de La Mole, pensait-elle (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 245).
Prononc. et Orth. : [gʀe]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 2emoitié xes. « consentement, permission, volonté » estre so gret « contre le gré de quelqu'un » (St Léger, éd. J. Linskill, 62); 1280 au gré de (Clef d'Amour, 1254 ds T.-L.); ca 1330 bon gré, mau gré (G. de Digulleville, Pèlerinage vie hum., 10174 ds T.-L.); 2. ca 1050 « reconnaissance » savoir bon gré « être reconnaissant » (Alexis, éd. Chr. Storey, 28 : un filz lur dunet, si l'en sourent bon gret). Du lat. gratum, neutre subst. de l'adj. gratus « agréable, bienvenu; aimable; accepté avec reconnaissance, reconnaissant ». Fréq. abs. littér. : 3 090. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 411, b) 3 691; xxes. : a) 3 625, b) 4 364. Bbg. Dauzat Ling. fr. 1946, p. 304. - Orr (J.). Some ambivalent words and etymology... Mod. Lang. R. 1953, pp. 212-214.

Wiktionnaire

Nom commun

gré \ɡʁe\ masculin, invariable

  1. Volonté, caprice, fantaisie.
    • L’exploit dont on désespérait était accompli ! Un homme voyageait dans les airs, à son gré et en toute sécurité ! — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 30 de l’éd. de 1921)
    • En 1808, Napoléon, […], voulu nous remettre à notre rang! […]. Au mépris de la géographie et de l'histoire, sans consulter les populations et même contre leur gré, contre leurs intérêts, contre leurs désirs, l'autocrate dessina ce département mosaïque […]. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Qu'on y ajoute une liberté extrême laissée aux enfants qui sortent sans solliciter la permission, se déplacent dans la classe à leur gré, […]. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • (Figuré) Errer sur la mer au gré des vents, au gré de la tempête. — Se laisser aller au gré du courant.
  2. (En particulier) Bonne, franche volonté qu’on a de faire quelque chose.
    • Il y est allé de son plein gré, de son bon gré, contre son gré.
    • Ce n’a pas été de son gré, de son plein gré.
    • Il le fera de gré ou de force.
    • Il viendra bon gré ou mal gré.
    • De gré à gré, à l’amiable, en se mettant d’accord.
    • Ils ont fait cela de gré à gré.
    • (Finance) Marché de gré à gré.
  3. Il se prend aussi pour goût, sentiment, opinion.
    • Cela est-il à votre gré ?
    • à mon gré, ce discours est très beau.
    • Avoir quelque chose en gré, le recevoir, le prendre en gré. Agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir.
    • Prenez en gré l’avis que je vous donne. Cela se dit aussi en parlant des personnes.
    • Il m’a pris fort en gré.
  4. Gratitude, reconnaissance. — Note : Dans cette dernière acception, il n’est plus guère usité que dans les locutions construites avec savoir gré.

Nom commun

gré \Prononciation ?\ masculin

  1. Degré, marche d’escalier.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GRÉ. n. m.
Volonté, caprice, fantaisie. Se marier contre le gré de ses parents. Donner les emplois et les retirer à son gré. Vous pouvez, à votre gré, partir ou rester. Tout marche à son gré. Tout réussit à mon gré. Fig., Errer sur la mer au gré des vents, au gré de la tempête. Se laisser aller au gré du courant. Il change d'opinion au gré des événements. Tout s'arrange au gré de nos vœux, de nos désirs. Il signifie particulièrement Bonne, franche volonté qu'on a de faire quelque chose. Il y est allé de son gré, de son bon gré, contre son gré. Ce n'a pas été de son gré, de son plein gré. Il le fera de gré ou de force. Bon gré, mal gré, Volontairement ou de force. Il viendra bon gré ou mal gré. Sur malgré, préposition, voir ce mot. De gré à gré, À l'amiable, en se mettant d'accord. Ils ont fait cela de gré à gré. Marché fait de gré à gré. Il se prend aussi pour Goût, sentiment, opinion. Cela est-il à votre gré? À mon gré, ce discours est très beau. Avoir quelque chose en gré, le recevoir, le prendre en gré. Agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir. Prenez en gré l'avis que je vous donne. Cela se dit aussi en parlant des Personnes. Il m'a pris fort en gré. Dans le langage ascétique, Prendre en gré, Recevoir avec patience, avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie. Il signifie encore Gratitude, reconnaissance. Dans ce sens il n'est plus guère usité que dans les locutions suivantes : Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, savoir mauvais gré, peu de gré à quelqu'un, Être satisfait, être mal satisfait d'une chose qu'il a dite ou faite; être content ou mécontent de sa conduite, de son procédé. Je lui sais gré de ce qu'il a fait. Je lui en sais bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, le meilleur gré du monde. Se savoir bon gré d'avoir fait quelque chose, S'en applaudir.

Littré (1872-1877)

GRÉ (gré) s. m.
  • 1Ce qui plaît, ce qui convient, ce qui est agréable à la volonté. Se marier contre le gré de ses parents. Il est allé de son gré, contre son gré. Ce n'a pas été de son plein gré. On la considère comme ayant agi contre son gré, Pascal, Prov. 4. Les affections sont aussi différentes que le sont les caractères, et le gré de l'un est souvent tout opposé à celui de l'autre, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 481.

    Avoir quelque chose en gré, le recevoir en gré, le prendre en gré, agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir. Si vous prenez pour eux cette fortune en gré, [ils] Vous chériront encore en un plus haut degré, Mairet, Sophon. v, 2.

    Dans le langage ascétique. Prendre en gré, recevoir avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie.

    Prendre en gré quelqu'un, l'avoir pour agréable, se plaire avec lui.

    Prendre en gré de… , vouloir, consentir. L'évêque de Warmie prit en gré de vouloir faire la cérémonie du mariage dans Notre-Dame, Retz, II, 77. Mais s'il lui prend un jour en gré de revenir, Dancourt, Céphale et Procris, II, 7.

    À gré, agréable, qui convient. Un lion de haut parentage… Rencontra bergère à son gré, La Fontaine, Fabl. IV, 1. Si notre compagnie, Lui disent-ils, vous pouvait être à gré, La Fontaine, Or.

    Trouver quelqu'un à son gré, le trouver agréable, trouver qu'il plaît ; cela se dit souvent d'un homme à l'égard d'une femme, ou d'une femme à l'égard d'un homme. Ah ! que je suis heureux ! et que j'ai de plaisir De trouver une femme au gré de mon désir ! Molière, Éc. des mar. II, 12. Je la trouve fort à mon gré, Sévigné, 38. Mme de Senantes le trouvait à son gré, Hamilton, Gramm. 4.

    Au gré de, suivant la volonté de, suivant le désir, suivant ce qui plaît à. S'en vont au gré d'Amour tout le monde courir, Malherbe, VI, 10. Pour moi, quoique le ciel, au gré de mon amour, Dût encore des vents retarder le retour, Racine, Iphig. III, 3. J'ai pris sans étude et sans choix les premières paroles que me présente l'Ecclésiaste [vanité des vanités, et tout est vanité], où, quoique la vanité ait été si souvent nommée, elle ne l'est pas encore assez à mon gré pour le dessein que je me propose, Bossuet, Duch. d'Orl. Le ciel pouvait me réserver une belle fille qui fût plus au gré du monde, mais non pas qui fût plus au gré de mon cœur, Marivaux, Marianne, 4e part.

    Fig. Voguer au gré des flots. Et le tronc [le corps de Pompée] sous les flots coule dorénavant Au gré de la fortune et de l'onde et du vent, Corneille, Pomp. II, 2. Neptune frappait la terre et on en voyait sortir un cheval fougueux ; ses crins flottaient au gré du vent, Fénelon, Tél. XVII. Est-il rien de plus doux dans la vie, Que d'aller, de venir au gré de son envie ? Collin D'Harleville, Chât. en Espagne, II, 3.

    Fig. Au gré de… suivant l'opinion de… C'est se rendre, à mon gré, coupable mille fois Que d'empêcher d'agir la clémence des rois, Du Ryer, Scévole, v, 5. Celle du troisième acte [la narration], qui est, à mon gré, la plus magnifique, Corneille, Ex. de Pompée. Les peines qu'on souffre pour le monde sont, à leur gré, plus supportables que celles qu'on souffre pour Dieu, Fléchier, Serm. I, 324. Le sang, à votre gré, coule trop lentement, Racine, Athal. II, 5.

    De gré ou de force, de bonne volonté ou malgré soi. De force ou de gré je veux me satisfaire, Corneille, Héracl. I, 2. Ou de force ou de gré, nous verrons ce que c'est, Hauteroche, Espr. foll. II, 4.

    De gré à gré, à l'amiable, en y consentant de part et d'autre. Nous prendrons une autre place [de guerre], et ce sera pièce pour pièce ; il y avait un fou qui disait dans un cas pareil : Changez vos villes de gré à gré, vous épargnerez vos hommes ; il y avait bien de la sagesse à ce discours, Sévigné, 293.

    Fig. Est-il possible qu'on puisse s'accommoder de gré à gré avec des maux si désagréables et si dangereux ? Sévigné, 457.

    Scarron a dit : gré à gré. L'argent qu'on leur donne ne s'exige point, mais se donne gré à gré, Œuv. t. I, p. 218.

  • 2Bon gré, bonne, franche volonté de faire quelque chose. Il [Jésus] n'a point été traîné par force à l'autel ; c'est une victime obéissante qui va de son bon gré à la mort, Bossuet, Euchar. I, 7. Aucun commissaire espagnol ne trahit son correspondant français ; cette fidélité, si honorable à la nation espagnole, prouve bien que les hommes n'obéissent de bon gré qu'aux lois qu'ils se sont faites pour le bien de la société, Voltaire, Mœurs, 145.

    Bon gré mal gré, volontairement ou de force. Il faut bon gré mal gré que l'âme résolue Suive ce qu'a marqué sa puissance absolue, Tristan, Mar. I, 3. Qui de nous peut s'empêcher de fermer les yeux ou de détourner la tête, quand on feint seulement de nous y vouloir frapper ? alors, si notre raison avait quelque force, elle nous rassurerait contre un ami qui se joue ; mais, bon gré mal gré, il faut fermer l'œil, il faut détourner la tête, Bossuet, Connaiss. v, 3. …Il veut bon gré mal gré Ne se coucher qu'en robe et qu'en bonnet carré, Racine, Plaid. I, 1.

    Bon gré mal gré qu'il en ait, c'est-à-dire qu'il le veuille ou non.

  • 3Gratitude, reconnaissance. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange, La Fontaine, Fabl. I, 14. Que cette suite de travaux Pour récompense avait, de tous tant que nous sommes, Force coups, peu de gré, La Fontaine, ib. X, 2. Heureux de ne devoir à pas un domestique Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendaient, La Fontaine, Phil. et Baucis. Il y a des volontés de Dieu qui n'exigent de nous autre chose que le gré du cœur, Bourdaloue, Exhort. sur la prière de J. C. t. I, p. 411. Très peu de gré, mille traits de satire Sont le loyer de quiconque ose écrire, Voltaire, Épître à la duch. du Maine.

    Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, être satisfait, très satisfait. Je lui en sais le meilleur gré du monde. Si vous les trouvez fort mauvais [mes vers], vous m'en devez savoir d'autant plus de gré, de ce que, les connaissant comme vous, je n'ai pas laissé de vous les envoyer, Voiture, Lett. 12. Satisfaites le ciel par votre amendement, Et sachez-moi bon gré de cet enseignement, Rotrou, Antig. v, 5. Les généreux soins du duc d'Enghien qui ménagea cette grâce [les bonnes grâces du roi rendues au prince de Conti], ni le gré que lui sut le prince [de Condé] d'avoir été si soigneux, Bossuet, Louis de Bourbon. Elle n'en sut pas bon gré à Mme de Senantes, Hamilton, Gramm. 4. Je sais un gré infini à Collé d'avoir mis Henri IV sur le théâtre ; son nom seul attirera tout Paris pendant six mois, Voltaire, Lett. d'Argental, 17 avril 1762. Le public vous en saurait gré, si le public sait jamais gré de quelque chose, Voltaire, Lett. Richelieu, 20 avril 1770.

    Se savoir gré, bon gré de, s'applaudir de. La belle se sut gré de tous ces sentiments, La Fontaine, Fabl. VII, 5. Je me sais quelque gré de l'avoir fait [d'avoir fait rire], Racine, Plaid. Préface. Il commença à se savoir bon gré de sa complaisance, Hamilton, Gramm. 4. Vous vous savez donc bon gré d'avoir eu bien des galanteries ? Fontenelle, Alex. et Phr.

    Savoir mauvais gré, savoir peu de gré, être mal satisfait. Je ne vous sais point mauvais gré de m'avoir abusée, Molière, Princ. d'Él. v, 2. Je ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes, Racine, Bérén. Préface.

HISTORIQUE

XIe s. Sire compain, faites le vous de gred [exprès] ? Ch. de Rol. CXLVII.

XIIe s. La reregarde faites de moult bon gré, Ronc. p. 35. À peines iert [sera] acomplis Li servirs dont j'atent gré, Couci, XI. …Encor [elle] me saura gré De mon travail et de ma longue peine, ib. XI. Car qui le sien done retraanment [de mauvaise grâce], Son gré en pert…, ib. XVI. Sire quens [comte], fait li reis, bien sai par verité, Quant servi sun seignur par si grant leauté, S'eüst esté mis huem, qu'il me servist à gré, Th. le mart. 54. L'apostolies [le pape] l'asiet [Thomas] juste lui erramment, E bien seit il venuz, co li ad dit suvent ; E mult li seit bon gré que si grant fais enprent, Qu'encontre rei de terre sainte iglise defent, ib. 58.

XIIIe s. Bernart, quant ne somes d'un gré [n'étant pas d'accord], Ce ju [jeu] parti en envoions Au comte d'Anjou… Et de juger droit le prions, Le Comte de Bret. Romancero, p. 162. En cele amor la domoisele ont prise Si parent, et doné seigneur [mari], Contre son gré un vavasseur, Audefroi le Bastard, ib. p. 6. Lors parlerent ensemble li baron, et distrent qu'il envoieroient à Rome à l'apostole, pour ce qu'il leur savoit mauvais gré de la prise de Jadres, Villehardouin, LV. Et il i est venus volontiers et de gré, Berte, X. [Elle] la [sa peine] prent pour Dieu en gré et loiaument le sert, ib. XXXIV. Dont doi je prendre en gré se j'ai froid et poverte [pauvreté], ib. XXX. Por ce que [je] ne vous puis à mon gré conjoïr, ib. LXXXVII. Et manderons que on vous envoit les enfans à vingt plus rices homes de Melans et les lairons en ostages desci adont que vostre grés sera fais, Chr. de Rains, p. 124. Diex, dist Renart, en ait les grez, Qant par moi estes respassez [rétabli], Ren. 19717. Au roy enseigna en son sermon comment il se devoit maintenir au gré de son peuple, Joinville, 288. Dieu vous sceit pire gré d'un petit peché, quand vous le faites, que il ne fait à nous d'un grant qui n'en congnoissons point…, Joinville, 258. Et le roy leur devoit jurer aussi à leur faire gré de deux cens mille livres, avant que il partisist du flum, et deux cens mille en Acre, Joinville, 246.

XIVe s. Car la dame doit faire le gret à son baron [ce qui convient à son mari], Beaud. de Seb. VIII, 720.

XVe s. Icellui Guillaume compta et fist gré [fit payement] à l'oste de l'escot de lui et de ses compaignons, Du Cange, gratum. Leur repondit que c'estoit bien son gré que ils s'en partissent quand il leur plairoit, Froissart, I, I, 139. Dieu me veuille aider, j'en sai pire gré à messire Geffroi de Chargny que à toi…, Froissart, I, I, 326. Le duc de Bourgogne print très mal en gré ces advertissements, Commines, III, 3.

XVIe s. Si en quelques endroicts ces fables n'ont aucune conformité avec chose croyable, il est besoing que les lisans m'excusent gracieusement, recevans en gré ce que l'on peult escrire de choses si anciennes, Amyot, Thés. 1. Il la bailla, du bon gré et consentement d'elle mesme, à un autre, Amyot, Péricl. 47. Ce qui restoit fut aussi pillé par les soudards bon gré mal gré que l'on en eust, Amyot, Marcel. 28. N'y prendre aulcune chose que de gré à gré, et en payant raisonnablement, Carloix, V, 6. …Et bon gré mal gré de toutes choses faites par raison et methode, ceste matiere a son periode et paroxysme, Paré, XXI, 2. Comme je ne me sçais aucun gré du service que je me fois, aussi…, Montaigne, I, 215. Tout homme pecunieux est avaricieux à mon gré [à mon avis], Montaigne, I, 316. On ne peult attribuer à punition ce qui vient à gré à celuy qui le souffre, Montaigne, II, 258. Il en fut fait information, et me souvient qu'un des records, estant ouy en jugement de ceste force et batterie, disoit au juge : Monsieur, je ne receus ja mais si beau soufflet à mon gré que celui que me bailla un de ceuz qui nous empescherent de mettre en prison, Bouchet, Serées, liv. III, p. 92, dans LACURNE. Qui preste non r'a ; si r'a, non tost ; si tost, non tout ; si tout, non gré ; si gré, non tel, Loysel, Instit. coutum. liv. IV, tit. 6, règle 1.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GRÉ. Ajoutez :
4Mauvais gré, sorte de droit qui grève les fermes, dans certains pays, au profit des fermiers. C'est dans le Santerre et le Vermandois que sont principalement situées les fermes qui sont grevées du droit de marché ou mauvais gré, dont l'origine est encore inconnue, Heuzé, la France agricole, p. 11. Mauvais gré, nom, dans le Hainaut, d'un abus très semblable au droit de marché et par lequel le fermier détient à perpétuité et héréditairement le bien qu'il a pris à ferme, Journ. offic. 10 août 1876, p. 6152, 2e col. (voy. MARCHÉ au Supplément).
5 En termes de navigation des rivières, à gré d'eau, autant que l'eau le permet. Sur le bas Rhône, la navigation se fait à la descente, à gré d'eau, à la rame ou à la voile, E. Grangez, Voies navigables de la France, p. 520.

REMARQUE

Savoir gré est une locution dont on ne se rend pas facilement compte tout d'abord. Elle a besoin de quelque explication. Elle représente exactement le grec εἰδέναι χάριν. Non que je veuille dire que la locution française vienne de la locution grecque ; pour cela, il faudrait des intermédiaires qui manquent absolument. Mais on est conduit à admettre qu'un même mode de concevoir la gratitude a conduit à un même mode de s'exprimer. Au reste, l'allemand dit aussi : einem Dank wissen. L'εἰδέναι χάριν signifie : savoir qu'on a du gré pour quelqu'un, lui être reconnaissant dans le cœur. C'est aussi l'explication de la locution française et de la locution allemande. Le mot de reconnaissance rentre dans le même ordre d'idées.

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Étymologie de « gré »

Du latin gratus (« reconnaissant », « gré »).
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Du latin gressus (« pas, marche ») → voir gras.
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Provenç. grat ; espagn. port. et ital. grato ; du latin gratum, chose agréable. Gratus a la forme d'un participe passif ; d'après Curtius, la racine en est le sanscrit har (ghar) désirer, qui se trouve aussi dans χαίρω, réjouir, χάρις, grâce ; au contraire Böthlingck et Roth comparent gratus au sanscrit gurta, bienvenu, agréable.

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Phonétique du mot « gré »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
gré gre

Citations contenant le mot « gré »

  • Le vrai comédien est l'imitateur de la nature : il doit éprouver à son gré tous les sentiments. De Dazincourt
  • Difficile de dire qui suit le courant de son plein gré. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • L'homme n'atteint pas tout ce qu'il espère. Les vents ne soufflent pas au gré des voiliers. De Zahiri de Samarcande / Le livre des sept vizirs
  • Si vous me savez peu de gré de ce que je vous dis, sachez-m'en beaucoup de ce que je ne vous dis pas. De Denis Diderot / Jacques le fataliste et son maître
  • Evidemment, nous devons prendre le monde tel qu’il est, car s’il n’est pas en notre pouvoir de le changer à notre gré, nous pouvons y vivre en le regardant sous un angle différent, en changeant d’attitude envers lui. De Swâmi Râmdâs
  • Nous avons adopté certains mots que nous façonnons au gré de nos ambitions et de nos désirs. Utilité devient utilitarisme avec tous les relents d'argent que le terme comporte. De Geneviève de La Tour Fondue / Retour à la vigie
  • Chacun se modifie au gré d'événements incommunicables. Les amis s'oublient, se perdent de vue. On obéit souvent à un tracé intérieur. De Jean-Claude Clari / L'Appartenance
  • Nul ne tend de son plein gré vers ce qui est ou ce qu'il croit mauvais. Platon, Protagoras, 358c (traduction Croiset et Bodin)
  • Tu as tes occupations et la vie se hâte ; sur ces entrefaits la mort sera là, à laquelle, bon gré mal gré, il faut bien finir par se livrer. De Sénèque
  • Travailler de bon gré est pire que l'esclavage. De Proverbe corse
  • Les lois de la guerre permettent aux vainqueurs de traiter à leur gré les vaincus. De Arioviste
  • "Un mort désencombre ; on lui en sait gré." De Victor Hugo / Moi, l'amour, la femme
  • Les marchés sont scindés en deux blocs avec d’un côté les marchés organisés et de l’autre ceux dits de gré à gré. Capital.fr, Marché de gré à gré : principe, avantages et inconvénients - Capital.fr
  • Les plus belles vies sont à mon gré celles qui se rangent au modèle commun, sans merveille. De Michel de Montaigne / Essais
  • Le plus âpre et difficile métier du monde, à mon gré, c'est faire dignement le roi. De Michel de Montaigne / Essais
  • La femme est une page blanche sur laquelle l’époux écrit à son gré. De Paul Doumer / Le livre de mes fils

Images d'illustration du mot « gré »

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Traductions du mot « gré »

Langue Traduction
Anglais grateful
Espagnol agradecido
Italien grato
Allemand dankbar
Chinois 感激
Arabe ممتن
Portugais grato
Russe благодарный
Japonais 感謝
Basque eskertu
Corse grata
Source : Google Translate API

Synonymes de « gré »

Source : synonymes de gré sur lebonsynonyme.fr
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