La langue française

Opinion

Sommaire

  • Définitions du mot opinion
  • Étymologie de « opinion »
  • Phonétique de « opinion »
  • Citations contenant le mot « opinion »
  • Traductions du mot « opinion »
  • Synonymes de « opinion »

Définitions du mot « opinion »

Trésor de la Langue Française informatisé

OPINION, subst. fém.

I.
A. −
1. Manière de penser sur un sujet ou un ensemble de sujets, jugement personnel que l'on porte sur une question, qui n'implique pas que ce jugement soit obligatoirement juste. Synon. avis, sentiment.Je n'arrive pour le moment à aucune opinion ou plus exactement à aucun sentiment personnel précis et stable concernant l'homme (Du Bos, Journal,1924, p.58).Le plus haut point d'un être en est donc aussi le plus éloigné, −c'est-à-dire, le plus imprévu de lui-même. Cette opinion n'est pas toute fausse; c'est en quoi elle est redoutable (Valéry, Variété III,1936, p.22):
1. Si j'ai encore un conseil à vous donner, mon ange, c'est de ne pas plus tenir à vos opinions qu'à vos paroles. Quand on vous les demandera, vendez-les. Un homme qui se vante de ne jamais changer d'opinion est un homme qui se charge d'aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l'infaillibilité. Balzac, Goriot,1835, p.130.
SYNT. Se faire, se forger, se former une opinion; avoir une opinion; conserver, garder ses opinions; affirmer, changer, modifier son opinion; formuler, professer, soutenir une opinion; dire, donner, faire connaître, émettre, exprimer, montrer son opinion; avoir le courage, la franchise de ses opinions; cacher, confirmer, défendre une opinion; opinion conformiste, sincère; opinion intime, personnelle, privée; fluctuation, revirement d'opinion; demander à qqn son opinion; faire cas, tenir compte d'une opinion; accréditer, adopter, appuyer, embrasser, flatter, partager, soutenir l'opinion de qqn; réfuter, repousser, vaincre l'opinion de qqn ; influer sur l'opinion de qqn; opinions contradictoires, convergentes, différentes, divergentes; choc, conflit, convergence, divergence, diversité d'opinions.
2. Opinion + adj.Jugement, manière de penser dénotant une orientation particulière.
a) [Jugement ayant une valeur d'affirmation] Opinion autoritaire, arrêtée, tranchée. Tout est embrouillé et sophistiqué dès le principe, et on ne peut plus se faire, sur tous ces objets, que des opinions arbitraires et incohérentes (Destutt de Tr., Comment. sur Espr. des lois, 1807, p.289).S'il fallait se résumer, exprimer une opinion définitive, je me hâterais de dire que le dix-huitième siècle me paraît un des plus grands siècles de l'histoire (Guizot, Hist. civilis.,1828, leçon 14, p.39).
b) [Jugement ayant une valeur de doute] Opinion flottante, fluctuante, incertaine, spéculative. Ces questions ne reposaient pas sur des idées vagues ou des opinions oiseuses, le personnage les appuyait sur des faits positifs (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.186).Je n'ignore point ce que disait Goethe: «Si j'écoute l'opinion d'autrui, je veux qu'elle soit exprimée d'une manière positive, car j'ai assez d'opinions problématiques» (Barrès, Voy. Sparte,1906, p.66).
c) [Jugement ayant une valeur d'erreur] Opinion fausse. Mais, cher Camille, si tu prends la peine d'examiner cette foule d'opinions erronées et absurdes qui déparent les sciences exactes elles-mêmes; (...) tu seras surpris de la confiance de ces messieurs dans les lumières du siècle (Marat, Pamphlets,Charlatans mod., 1791, p.259).
d) [Jugement ayant une valeur de préjugé, de parti pris] Opinion admise, courante, dominante, reçue, répandue. Il était même capable de ne pas avoir en musique des opinions toutes faites, et de porter sournoisement un coup de pioche aux réputations usurpées des grands hommes du jour (Rolland, J.-Chr.,Adolesc., 1905, p.365):
2. Une des conditions de l'expérience doit être d'ignorer, pendant le mesurage de la tête, quels sont les plus intelligents et quels sont les moins intelligents, de manière que l'opinion préconçue que les plus intelligents doivent avoir la tête plus développée ne vienne pas altérer involontairement les résultats de la recherche. Hist. instit. et doctr. pédag.,1912, p.397.
3. [Gén. avec une connotation péj.]
a) Opinion de + subst. (désignant une catégorie sociale ou professionnelle à laquelle on prête de manière réductrice ou abusive un type de jugement ou de pensée particulier).J'ai sûrement des moeurs infâmes et je ne sors pas des cafés, estaminets, etc..., telle est l'opinion du bourgeois sur mon compte (Flaub., Corresp.,1841, p.89):
3. louisa: Je trouve qu'on fait beaucoup de chichi pour cette fleur-là. (...) mais, depuis que j'en vois tant, je trouve que ça fait encore bien mieux sur les robes de mariage. irène: C'est une opinion de couturière qui a sa poésie. H. Bataille, Maman Colibri,1904, III, 1, p.20.
b) Opinion de + subst. (désignant un lieu, une époque, un milieu auquel s'attache des idées, un mode de pensée particulier).Ce sont des opinions de salon, qui ne sauraient aller au grand air (Estaunié, Empreinte,1896, p.164).Ce général représente actuellement sous la république les opinions d'ancien régime les plus caractérisées (Clemenceau, Iniquité,1899, p.418).
B. −
1. Point de vue, position précise que l'on a dans un domaine particulier: social, religieux, politique, intellectuel. Synon. idée, théorie, thèse.Opinions philosophiques, religieuses. Aujourd'hui, elle ne lit pas plus, mais elle a des opinions littéraires, prises dans les bas petits journaux. Un déplorable progrès! (Goncourt, Journal,1866, p.300).L'égalité devant la fonction publique est assurée conformément au préambule de la constitution quelles que soient les opinions politiques des intéressés (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p.236):
4. Mmede Villeparisis regretta qu'il eût dit cela aussi tout haut, mais n'y attacha pas grande importance quand elle vit que l'archiviste, dont les opinions nationalistes la tenaient pour ainsi dire à la chaîne, se trouvait placé trop loin pour avoir pu entendre. Proust, Guermantes 1,1920, p.219.
SYNT. Afficher ses opinions; opinions modérées, conservatrices, libérales, révolutionnaires, républicaines; la couleur, la teinte d'une opinion.
Journal, organe, presse d'opinion. Publication ou ensemble de publications qui se situe dans une ligne politique, intellectuelle déterminée par opposition à une publication d'information. On reconnaît qu'un journal doit vivre, et qu'il doit faire comme les autres; or l'organe d'opinion a dû céder le pas à l'organe d'amusement, lequel se transforme de plus en plus en organe commercial (Civilis. écr.,1939, p.38-16).
Liberté d'opinion. Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions (Déclar. univ. Dr. Homme,1949, p.6).
Délit d'opinion. Délit qui consiste à propager une idée politique considérée comme pouvant porter atteinte à l'ordre public. À défaut de la raison qu'on ne peut convaincre, on cherche à soulever les passions; au délit de la loi qu'on ne peut établir, on s'efforce de substituer le délit d'opinion. Ce n'est point ainsi que procédera la défense (Courier, Pamphlets pol.,Procès, 1821, p.107).Pour opinion (vieilli). Pour avoir exprimé des idées contraires à une certaine idéologie. Si tu avais un peu de sérieux, si tu ne riais pas de la moindre sottise, tu pourrais être dans le salon de ton père, et même ailleurs, un des meilleurs élèves de l'École polytechnique, éliminés pour opinion (Stendhal, L. Leuwen,t.1, 1835, p.14).
2. Vx. Discours, écrit destiné à soutenir une idée politique, une idéologie. Lorsque cet opinant termina son opinion, en proposant l'ajournement pour 1797, je crus que ce n'était qu'une agréable raillerie (Le Moniteur,t.2, 1789, p.392).Je suis agité de craintes, n'osant produire l'opinion sur la liberté de la presse que j'ai fait imprimer (Maine de Biran, Journal,1817, p.98).
C. − Avis, jugement qu'une personne émet à la suite d'une délibération. Quelques jours après que les nobles vieillards eurent recueilli les opinions et mûri leurs idées, le conseil fut convoqué de nouveau (Baudry des Loz., Voy. Louisiane,1802, p.38).
Vx. Suffrage, vote. J'avais dîné chez elle avec plusieurs personnes dévouées au parti de Necker, et ardentes à soutenir le doublement du tiers, et l'opinion par tête (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p.1581).
Partage d'opinions. Absence de majorité au cours d'une délibération. Les dépêches de Vienne firent connaître les insinuations et les désirs de cette cour. Il y eut partage d'opinions: l'alliance de la Russie, celle de la Saxe, celle de l'Autriche, furent appuyées (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.2, 1823, p.68).
D. − Jugement de valeur que l'on porte sur quelqu'un, sur quelque chose. Méchante, mauvaise, pauvre, piètre, triste opinion; haute opinion; opinion favorable, défavorable; remonter, déchoir dans l'opinion de qqn. Après avoir jeté sur moi un de ces regards par lesquels les femmes complètent leur opinion sur un homme (Dumas fils, Dame Cam.,1848, p.85).Tu crois que ma mère me défendrait de partir? Tu as une riche opinion d'elle (Montherl.,Exil,1929, i, 5, p.46).
Opinion de soi. Jugement que l'on porte sur soi-même. L'homme donc s'aime d'autant plus qu'il le mérite moins, et son opinion de lui-même grandit avec son insignifiance (Amiel, Journal,1866, p.72).Ces succès confirmaient la bonne opinion que j'avais de moi, ils assuraient mon avenir, je leur accordais une grande importance et je n'aurais voulu pour rien au monde y renoncer (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p.243).
E. − Spécialement
1. GRAMM. Verbe d'opinion. Synon. de déclaratif.
2. PHILOS., LOG.
a) État d'esprit qui consiste à reconnaître le caractère subjectif de la connaissance que l'on a d'une chose, en inclinant à penser que cette connaissance se rapproche de la vérité tout en admettant qu'on se trompe peut-être. Les faits observés à plusieurs reprises par des hommes en état de les voir sous toutes leurs faces, une fois qu'ils sont bien constatés et bien décrits, sortent du domaine de l'opinion pour entrer dans celui de la vérité (Say, Écon. pol.,1832, p.44).Une opinion est un choix que l'on fait en ne connaissant qu'une partie des choses, en supposant qu'on en voit le tout et le tout des conséquences (Valéry, Mauv. pens.,1942, p.179):
5. Il est donc essentiel à la certitude de s'établir sous bénéfice d'inventaire et il y a une opinion [it. ds le texte] qui n'est pas une forme provisoire du savoir, destinée à être remplacée par un savoir absolu, mais au contraire la forme à la fois la plus ancienne ou la plus rudimentaire et la plus consciente ou la plus mûre du savoir, −une opinion originaire dans le double sens d'«originelle» et de «fondamentale». Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p.454.
b) Hypothèse non vérifiée. Cet esprit nouveau [de l'éclectisme] introduit dans les sciences naturelles, a remplacé le règne des opinions par celui des observations, et leur a fait parcourir en cinquante ans plus de chemin qu'elles n'en avaient fait depuis l'origine du monde (Jouffroy, Mél. philos.,1833, p.279).Parmi les plus célèbres représentants de l'école thomiste jusqu'au XIXesiècle, citons, depuis Cajétan (...): Jean de Saint-Thomas (...); Salmanticenses, qui citent en faveur de l'opinion de la causalité physique tous les anciens tenants de la causalité efficiente dispositive (Théol. cath.t.14, 11938, p.617).
3. THÉOL. Opinion probable. Opinion qui s'appuie sur quelque raison sérieuse, même s'il y a lieu de croire que l'opinion opposée est plus fondée (d'apr. Marcel 1938).
II. − Gén. au sing.
A. − Jugement collectif, type de pensée, ensemble d'idées partagées par un groupe humain sur un sujet ou un ensemble de sujets. S'occuper, s'émouvoir de l'opinion d'autrui, des autres, de la foule; aller contre l'opinion de tout le quartier. Parce qu'avant tout, on tient à l'opinion de la société, et, quand on est père de famille, quand depuis quarante ans on mène une conduite irréprochable... on n'aime pas à la voir ternir (Sue, Atar-Gull,1831, p.24).L'allocution de Pétain à la L.V.F. fut peut-être de tous ses actes celui qui le condamna le plus radicalement dans l'opinion des prisonniers (Ambrière, Gdes vac.,1946, p.140).[Le timide] redoute surtout les actes qui entraînent une valorisation sociale positive ou négative, et qui impliquent la conquête de l'opinion d'autrui (Mounier, Traité caract.,1946, p.405).
B. − L'opinion publique, et absol. l'opinion. Ensemble des idées et jugements partagés par la majorité des membres d'une société, en particulier en ce qui concerne le champ politique, social et culturel de cette société. Braver l'opinion. Dans toute étude du moyen âge, la foi implicite du peuple, l'adhésion unanime de l'opinion publique, donnent à toutes les traditions populaires inspirées par la religion, une force qu'il est impossible à l'historien de ne pas apprécier (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. xcvi).Mais par son universalité, par l'imprécision de ses frontières, la démographie reste méconnue. L'opinion a trop tendance à la confondre avec la statistique (Hist. sc.,1957, p.1622):
6. ... l'inqualifiable ordonnance Gisquet, qui enjoignait aux médecins de dénoncer les blessés, ayant indigné l'opinion, et non seulement l'opinion, mais le roi tout le premier, les blessés furent couverts et protégés par cette indignation... Hugo, Misér.,t.2, 1862, p.596.
En partic. Ensemble des attitudes morales, intellectuelles et sociales dominant dans une société, dans la manière dont elles se manifestent, s'appréhendent ou s'évaluent. Mouvement, revirement d'opinion. Il faut en rendre grâce aux découvertes de Freud. Sur la foi de ces découvertes, un courant d'opinion se dessine enfin, à la faveur duquel l'explorateur humain pourra pousser plus loin ses investigations (Breton, Manif. Surréal.,1erManif., 1924, p.23).La société inorganisée ignore ses propres désirs et prie le législateur de sonder l'opinion et de découvrir ses besoins pour pouvoir ensuite les administrer et les satisfaire (David, Cybern.,1965, p.82).
Sondage* d'opinion.
SOCIOL. POL. Forme particulière de pensée, prise de position morale et intellectuelle d'une société, d'un groupe social, professionnel ou ethnique en tant que force de pression. Opinion mondiale, internationale; opinion civile; opinion morale, ouvrière. L'Évangile nous montre partout le peuple imbu de l'idée du grand Sabbat divin (...). Seulement on distingue encore fort clairement, dans l'opinion populaire signalée par l'Évangile, les trois nuances que nous avons marquées plus haut (P. Leroux, Humanité,1840, p.754).Bien moins raisonnables sont parfois des opinions nationales volontiers chauvines, surexcitées par la presse des démagogues ignares (Jeux et sports,1967, p.1231):
7. En déployant un paternalisme d'avant-garde, le Chancelier de Fer visait à prévenir les exigences d'un socialisme menaçant; son but était de rallier l'opinion d'une classe laborieuse, arbitre de l'équilibre politique intérieur et principal agent de l'essor économique de l'Allemagne impériale. Bariéty, Coury, Hist. méd.,1963, p.797.
Prononc. et Orth.: [ɔpinjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. a) Ca 1200 «sentiment que l'on a de quelque chose» (Dialogue Grégoire, éd. W. Foerster, p.27); b) 1538 «jugement (bon ou mauvais) porté sur une personne ou une chose» (Est.); c) ca 1590 opinion publique (Montaigne, Essais, I, 23, éd. Villey-Saulnier, t.1, p.117). Empr. au lat. opinio (de opinari, v. opiner) «conjoncture, croyance, idée qu'on se fait d'une chose». Fréq. abs. littér.: 9576. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 23038, b) 10510; xxes.: a) 9845, b) 9512. Bbg. Dub. Pol. 1962, pp.355-356. _ Gohin 1903, p.291, 338. _ Landowski (E.). L'Opinion publ. et ses porte-parole. Doc. Gr. Rech. sémio-ling. 1980, no12, pp.5-35. _ Quem. DDL t.11. _ Ranft 1908, p.54. _ Vardar Soc. pol. 1973 [1970], pp.275-276.

Wiktionnaire

Nom commun

opinion \ɔ.pi.njɔ̃\ féminin

  1. Avis que l'on a sur une chose ; jugement de cette chose.
    • Pour en revenir aux plaisirs d'opinion, ne sont-ce pas, de tous les plaisirs, ceux qu’on se procure le plus aisément ? […]. L'opinion au contraire se présente d’elle même, il semble qu’on la respire ; et néanmoins elle fait autant et même beaucoup plus pour le bonheur que la connaissance réelle des choses. — (Érasme ; Éloge de la folie, 1509. Traduction de Thibault de Laveaux en 1780)
    • La partie de nos pensées qui est provisoire, inétudiée, simpliste, résultant de la date, de la mode, de la classe de l'interlocuteur présent, du décor... de tout, excepté de la chose même qu'elle semble viser, c'est l'opinion.
      — (Paul Valéry, Tel Quel, Gallimard, éd. 1943, p. 299)
    • Elle est toujours de l’avis de son interlocuteur, car, en fait d’opinions, elle estime que la meilleure, c’est de ne pas en avoir. En tout cas c’est la moins fatigante ! — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, p. 108.)
    • La méthode récente des analyses polliniques a permis d'avoir une opinion sur l’évolution de la végétation au voisinage de nombreuses tourbières d’Europe : […]. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p. 61)
    • Si les musulmans radicaux sont la nouvelle droite, ils partagent avec l'ancienne une opinion pessimiste de la civilisation moderne décadente. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992, p. 111)
  2. (Par ellipse) L'Opinion : opinion publique.
    • Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’Opinion. — (Paul Valéry, Mélange, Gallimard, 1941)
    • Cette trahison se colore de grands mots. Aimer son pays c'est toujours, selon l’opinion régnante, aimer la gloire, la richesse, et le pouvoir. Cette vertu est un peu trop facile. — (Alain, Souvenirs de guerre, Hartmann, 1937, p. 236)
    • Plus que l'opinion cancanière, l'instituteur redoute l'intime réaction d'Héloïse. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • De la même façon que les médias et le Net créent un nouveau territoire entre info et fiction, la sondagite aiguë dont est frappée la France y ajoute le risque de confusion entre opinion réelle et opinion imaginaire. — (Thierry Saussez, Manifeste pour l'optimisme, Plon, 2011)
  3. (Au pluriel) Courant de pensée ; mouvance ; tendance sociale, philosophique, politique, etc.
    • Dans des quantités de communes dont les maires sont des radicaux ou des radicaux-socialistes, les électeurs, bien qu'il leur advienne de patronner, quand bon leur semble, les opinions les plus extrêmes, tiennent à faire leurs Pâques et à communier deux fois par an. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Une avalanche d'opinions absolues - et absolument contradictoires - déferle chaque jour dans la presse ; les images défilent: Nationalisme, Fédéralisme, Séparatisme, Colonialisme, Terrorisme, [...] - ensemble abracadabrant, qui fait songer à trois ou quatre romans de la Série Noire dont un éditeur négligent aurait mélangé les pages avant le brochage. — (Germaine Tillon, L'Algérie en 1957, 1957)
    • Peu préparé à la politique, mais d’opinions légitimistes , il se révèle politicien sans horizon. Les de Broglie et Cie n'ont pas de peine à le circonvenir. — (Alexandre Zévaès, Histoire de la Troisième République 1870 à 1926, Éditions Georges-Anquetil, 1926, p. 108)

Nom commun

opinion \ə.ˈpɪn.jən\

  1. Opinion, avis.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

OPINION. n. f.
Avis de celui qui opine sur quelque affaire mise en délibération. Aller aux opinions. Recueillir, prendre les opinions. Résumer les opinions. Il y avait trois opinions. Les opinions sont partagées. L'opinion de la majorité, de la minorité d'une assemblée. Il signifie, par extension, Jugement, en bien ou en mal, qu'on porte sur une chose. J'ai mauvaise opinion de sa conduite. Quelle opinion avez-vous de cette affaire? Les opinions sont libres. C'est votre opinion, ce n'est pas la mienne. Je ne suis pas de cette opinion. Opinion ancienne, nouvelle. Opinion bien fondée, erronée. La diversité des opinions. L'incertitude des opinions humaines. Je partage votre opinion. Je m'en rapporte à votre opinion. Ne pas tenir à son opinion. Opinion reçue, établie. Cette opinion est démentie, confirmée par l'expérience. Je n'ai point changé d'opinion. Combattre l'opinion de quelqu'un. Défendre, abandonner son opinion. Suivre, soutenir, adopter une opinion. Cet homme n'a pas d'opinion à lui, n'a d'opinion sur rien. Je n'ai pas encore une opinion formée sur ce sujet. Mon opinion n'est pas fixée sur ce point. La vérité jaillit souvent du choc, du conflit des opinions. C'est une affaire d'opinion, C'est une chose sur laquelle chacun peut penser comme il lui plaît. C'est une opinion, C'est une assertion qui n'est pas sûre, qui n'a d'autre valeur que celle d'un sentiment individuel. L'opinion publique ou simplement L'opinion, Ce que le public pense sur quelque chose, sur quelqu'un. Il respecte, il craint, il brave l'opinion publique. L'opinion commune, générale, universelle. Le pouvoir, l'empire, l'influence de l'opinion. En ce sens, on dit proverbialement L'opinion est la reine du monde.

OPINION signifie aussi Manière de penser sur un sujet, dans un ordre d'idées donné. En ce sens, il s'emploie surtout au pluriel. Opinions philosophiques. Opinions religieuses. Opinions politiques. Chacun est libre de ses opinions. Il désigne quelquefois, quand on parle de politique, un Parti, l'ensemble des personnes qui pensent de même sur les affaires publiques, sur le gouvernement de l'État. Il fut soutenu par l'opinion libérale. L'opinion légitimiste. Délit d'opinion se dit d'un Délit qui consiste dans le fait d'exprimer, de propager par la voie de la presse ou par tout autre moyen une opinion jugée contraire aux lois, à l'ordre public, etc.

OPINION signifie aussi Jugement en bien ou en mal qu'on porte sur une personne. J'ai mauvaise opinion de cette personne. Je n'ai pas une haute opinion de cet homme. Vous avez une opinion avantageuse de lui. En termes de Logique et de Psychologie, il signifie Croyance probable; manière de penser qui ne repose pas sur un fondement certain; état d'esprit qui consiste à croire qu'une assertion est vraie tout en admettant qu'elle peut ne pas l'être. La démonstration engendre la science et l'argument probable engendre l'opinion.

Littré (1872-1877)

OPINION (o-pi-ni-on) s. f.
  • 1Avis, sentiment de celui qui opine sur quelque affaire mise en délibération. L'opinion de la majorité, de la minorité d'une assemblée. Il a été de l'opinion d'un tel. Les opinions sont partagées.

    Au plur. Voix, suffrages. Recueillir les opinions. Mesdames Fouquet ont obtenu une copie de cette déposition, qu'elles présenteront demain à la chambre ; peut-être qu'on ne la recevra pas, parce qu'on est aux opinions ; mais…, Sévigné, à Pompone, 17 déc. 1664.

  • 2Sentiment qu'on se forme des choses. Voilà mes opinions, ou, si vous voulez, mes hérésies touchant les principaux points de l'art ; et je ne sais point mieux accorder les règles anciennes avec les agréments modernes, Corneille, 3e disc. trois unit. Je te soutiendrai mon opinion jusqu'à la dernière goutte de mon encre, Molière, Mar. forcé, 6. Personne n'ignore qu'il y a deux entrées par où les opinions sont reçues dans l'âme, qui sont ses deux principales puissances, l'entendement et la volonté, Pascal, Esprit géométrique, II. Toute opinion peut être préférable à la vie, dont l'amour paraît si fort et si naturel, Pascal, Pens. VI, 38, éd. HAVET. On aime à voir dans les disputes les combats des opinions, Pascal, ib. VI, 31. Encore que les opinions du peuple soient saines, elles ne le sont pas dans sa tête, car il pense que la vérité est où elle n'est pas ; la vérité est bien dans leurs opinions, mais non pas au point où ils se figurent, Pascal, ib. V, 2 ter. Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu'on a de lumière, Pascal, ib. V, 2. C'est dans ce doute qui doute de soi et dans cette ignorance qui s'ignore, et qu'il [Montaigne] appelle sa maîtresse forme, qu'est l'essence de son opinion, qu'il n'a pu exprimer par aucun terme positif, Pascal, Entretien avec M. de Saci. Avez-vous bien peur que j'aime mieux Mme de Brissac que vous ? …avez-vous opinion que sa beauté efface vos charmes ? Sévigné, à Mme de Grignan, 22 avr. 1671. Ce n'est pas l'homme que j'ai méprisé, ne le croyez pas ; ce sont les opinions, ce sont les erreurs par lesquelles l'homme abusé se déshonore lui-même, Bossuet, Duch. d'Orl. Les opinions [relativement aux affaires ecclésiastiques] sont plus saines dans le barreau éclairé et parmi les magistrats intelligents, que dans les livres de quelques auteurs, Bossuet, le Tellier. S'il disputait avec ardeur, ce n'est pas qu'il voulût assujettir le monde à ses opinions, Fléchier, Duc de Mont. Elles [les personnes d'esprit] se piquent de briller dans les conversations, de réduire tout à leur sens, et d'exercer un empire tyrannique sur les opinions, Fléchier, Mme de Mont. Cette généreuse fille se mit au-dessus des opinions vulgaires : parmi les erreurs et faux jugements du monde, elle s'appliqua à découvrir ce point de vérité qui fait regarder la vanité des choses humaines, Fléchier, ib. Il eût fallu changer tout d'un coup l'opinion des hommes, qui ne change qu'avec le temps, Voltaire, Hist. Parl. XXXIII. Il faut des siècles pour détruire une opinion populaire, Voltaire, Dict. phil. Opinion. Nos opinions sont nos maîtresses ; et où est l'amant qui souffre patiemment qu'on lui dise que sa maîtresse est laide ? Diderot, Mém. t. III, p. 292, dans POUGENS. On était dans l'opinion que ni l'or ni l'argent, mis au feu, et même tenus en fusion, ne perdaient rien de leur substance, Buffon, Min. t. V, p. 59. Les attachements profonds qui se nourrissent par le silence, par la conformité des goûts, des opinions, des sentiments, Condorcet, Maurepas. Craignons des opinions qui, sous prétexte de réduire les sciences à leur véritable destination, favoriseraient l'ignorance, le plus grand des fléaux de l'espèce humaine, Condorcet, Duhamel.

    C'est une affaire d'opinion, c'est une chose sur laquelle chacun peut penser comme il lui plaît.

    C'est une opinion, c'est une assertion qui n'est pas sûre.

    Un mal d'opinion, un mal imaginaire. Un mal d'opinion ne touche que les sots, Molière, Amph. I, 4.

    Par opinion, par une simple manière de voir. Tous ceux qui sont en effet vertueux, et non point par faux semblant ni seulement par opinion, Descartes, Méth. VI, 3.

  • 3L'opinion publique, ou, simplement, l'opinion, ce que pense le public. C'est souvent du hasard que naît l'opinion, Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue, La Fontaine, Fabl. VII, 15. L'empire fondé sur l'opinion et l'imagination règne quelque temps, et cet empire est doux et volontaire ; celui de la force règne toujours ; aussi l'opinion est comme la reine du monde, mais la force en est le tyran, Pascal, Pens. V, 5. La force est la reine du monde, et non pas l'opinion ; mais l'opinion est celle qui use de la force, Pascal, ib. XXIV, 91. L'opinion fait tout ; elle t'a condamné, Voltaire, Olymp. IV, 2. On nomme l'opinion la reine du monde ; elle l'est si bien, que, quand la raison vient la combattre, la raison est condamnée à la mort, Voltaire, Dict. phil. Opinion. L'opinion gouverne le monde, et les philosophes, à la longue, gouvernent l'opinion des hommes, Voltaire, Lett. d'Argental, 27 janv. 1766. Pourrais-je, en proie aux soins vulgaires, Dans la commune illusion, Offusquer mes propres lumières Du bandeau de l'opinion ? Gresset, Chartreuse. Les coupables ne sauraient se soustraire à tout châtiment ; ils sont punis par le jugement que le public porte de leur conduite ; ainsi l'opinion est une loi qui statue sur les actions dont la loi civile ne prend pas connaissance, Condillac, Hist. anc. Lois, ch. 11. L'opinion est le tombeau de la vertu parmi les hommes, et son trône parmi les femmes, Rousseau, Ém. V. Je parle des mœurs, des coutumes, et surtout de l'opinion, partie inconnue à nos politiques, mais de laquelle dépend le succès de toutes les autres, Rousseau, Contr. soc. II, 12. Tôt ou tard les hommes qui pensent et qui écrivent gouvernent l'opinion ; et l'opinion, comme vous savez, gouverne le monde, D'Alembert, Dial. Christ. et Descart. Il avait vu, dans plus d'une occasion, qu'un des moyens les plus sûrs de terminer facilement les affaires qui ne sont importantes que dans l'opinion, est de montrer, par la manière de les traiter, qu'on a su les réduire à leur juste valeur, Condorcet, Maurepas. Si on réduisait la culture des sciences aux travaux dont l'opinion publique doit être la récompense, on verrait bientôt cette opinion s'égarer de plus en plus, et mettre à leurs progrès réels une limite que le temps et le génie pourraient à peine reculer, Condorcet, Margraaf. Il savait sans doute que l'opinion publique ne plaçait pas son nom à côté des leurs [Morgagni et Haller], Condorcet, Bertin. Celui qui fait dépendre sa conduite de l'opinion, n'est jamais sûr de lui-même, Marmontel, Bélis. VII. Il me sera pénible de me présenter ainsi à toute l'armée de l'opinion [cercle où se rencontre toute la haute société parisienne], Staël, Delphine, IV, 23. L'opinion, j'appelle ainsi l'accord des esprits sur toute chose qui intéresse les hommes : une force apparemment, car la pensée de tous peut devenir l'action de tous, Dupont-White, la Liberté politique, p. 289.

    Fête de l'opinion, la 5e des fêtes instituées par la Convention, pour être célébrées pendant les jours complémentaires.

  • 4Jugement, en bien ou en mal, qu'on porte d'une personne ou d'une chose. Par cet endroit fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages français, Malherbe, II, 12. Vous apprendrez par là du moins les vœux de tous, Et quelle opinion les peuples ont de vous, Corneille, D. Sanche, IV, 2. La constante hauteur de sa présomption, Cette intrépidité de bonne opinion, Molière, F. sav. I, 4. L'opinion que j'ai de moi-même est trop bonne Pour croire auprès de moi que quelque autre te plût, Molière, Dépit amour. I, 2. Ils ont assez bonne opinion d'eux-mêmes pour croire…, Pascal, Prov. V. Tant elle a donné bonne opinion de sa sagesse, Sévigné, 2. Il n'y a qu'une opinion sur son sujet, Sévigné, 497. Vous avez eu trop bonne opinion de moi, Sévigné, 232. Il a donné au public une bonne opinion de son érudition, Bossuet, Lett. 63. Si l'on jette quelque profondeur dans certains écrits, si l'on affecte une finesse de tour et quelquefois une trop grande délicatesse, ce n'est que par la bonne opinion qu'on a de ses lecteurs, La Bruyère, I. Il est arrivé souvent à plus d'un grand homme d'exprimer naïvement la bonne opinion qu'il avait de lui-même, D'Alembert, Éloges, Bossuet, note 14. Quel est celui qui, sans être un sot, ne s'est jamais trompé dans la bonne ou mauvaise opinion qu'il avait conçue des hommes ? Diderot, Claude et Nér. I, 120. Il est important au bonheur de votre fils qu'il ait, en général, une opinion avantageuse des femmes, Genlis, Adèle et Théod. t. II, p. 224, dans POUGENS.

    Absolument. Avoir opinion de quelqu'un, de quelque chose, en bien augurer. J'ai opinion d'un tel. Je n'ai pas opinion du succès de cet ouvrage. Le fond de tout cela est qu'il [Manfredi] avait sincèrement peu d'opinion de lui-même, disposition qu'on pourrait nommer héroïque, Fontenelle, Manfredi.

  • 5 Terme de logique. Croyance probable. La démonstration engendre la science, et l'argument probable engendre l'opinion. Parmi les choses qu'on ne sait pas, il y en a qu'on croit sur le témoignage d'autrui, c'est ce qui s'appelle foi ; il y en a sur lesquelles on suspend son jugement, et avant et après l'examen, c'est ce qui s'appelle doute ; et, quand dans le doute on penche d'un côté plutôt que d'un autre, sans pourtant rien déterminer absolument, cela s'appelle opinion, Bossuet, Connaiss. I, 14. L'opinion est une connaissance douteuse qui n'est pas sans apparence et sans fondement, mais qui n'a point de certitude, Fléchier, t. II, p. 155. Toutes les sciences, renfermées dans les faits autant qu'il leur est possible et dans les conséquences qu'on en peut déduire, n'accordent rien à l'opinion que quand elles y sont forcées, D'Alembert, Disc. prélim. Encycl. Œuv. t. I, p. 289, dans POUGENS.

    Terme de casuiste. Opinion probable, opinion qui avait pour elle quelque docteur, quelque auteur autorisé, et qu'on pouvait suivre en conscience, quelque douteuse qu'elle fût en soi. Quand le pénitent, dit-il, suit une opinion probable, le confesseur le doit absoudre, quoique son opinion soit contraire à celle du pénitent, Pascal, Prov. V. Nous avons bien voulu que d'autres que les jésuites puissent rendre leurs opinions probables, afin qu'on ne puisse pas nous les imputer toutes ; et ainsi, quand quelque auteur que ce soit en a avancé une, nous avons droit de la prendre, si nous le voulons, par la doctrine des opinions probables, Pascal, ib.

  • 6Doctrine de politique ou de religion, parti. Les opinions des stoïciens, des académiciens. Les opinions des luthériens. Opinions philosophiques. Opinions religieuses. L'opinion légitimiste dominait en cette ville. L'opinion libérale. Les hommes de même opinion. Avouez que les opinions ont plus causé de maux sur ce petit globe que la peste ou les tremblements de terre, Voltaire, Lett. à M***, 5 janv. 1759. Il importe tant aux hommes de tenir moins aux opinions qui les divisent qu'à celles qui les unissent, Rousseau, Lett. à l'archevêque.

    L'opinion avancée, ou les opinions avancées, se dit de ceux qui sont attachés aux nuances très prononcées du libéralisme.

    Les opinions relâchées, opinions de ceux qui ont peu de sévérité en morale. Les opinions relâchées plaisent tant aux hommes, qu'il est étrange que les leurs [des jésuites] déplaisent, Pascal, Pens. XXIV, 65, édit. HAVET.

HISTORIQUE

XIIIe s. Opinions est ou de verité ou de fausseté ; mais elections est eslire le bien ou le mal, Latini, Trésor, p. 277. Plains de science et de bonne opinion et de concorde, desirrous d'amor, Latini, ib. p. 319. L'opinion dou bien et dou mal vient en nos de tel maniere que nos savons naturelment que nos devons faire le bien et eschuer [éviter] le mal, Latini, ib. p. 463. Li hom se doit garder que sa opinion ne soit corrompue, et que il ait bone entension, Latini, ib. p. 464. Et por ce que cist [ceux-là] faisoient noblement ces choses et autres semblables, li très grans flaireurs et li fames [renommée] de lor bone opinion fu espandue largement par le monde, Légende en prose de Girart, cité dans J. des savants, avr. 1860, p. 303. [Échevins] qui soient discret et de boinne opinion, Tailliar, Recueil, p. 509. M'opinions est que il le doit recevoir à le [la] mesure de Clermont, Beaumanoir, XXVI, 3.

XIVe s. Chertes, au coer me vient si bonne opinions, Qu'encore arons victoire, se bien nous defeendons, Baud. de Seb. V, 202. De l'anathomie de l'oyl [œil] l'opinion est diverse selon diverses gens, H. de Mondeville, f° 16, verso. L'emplastre que Thederic loe moult sous l'opinion d'un maistre, H. de Mondeville, f° 49. Mais Fedris le fery par tel opinion, Qu'ens u cors lui conduit le [la] lance et le pingnon, Hugues Capet, v. 852. Dieu confonde ce conte… Et tous lez confortans en cel' oppinion De grever le [la] roïne à le [la] clere fachon, ib. v. 2579. Aucun vousirent [voulurent] dire que cest enfant [Servius Tullius] fut serf ; mes à ceste opinion contredist et resiste le grant honneur que li roys li a fait, Bercheure, f° 20.

XVe s. Si fut ainsi avisé pour retraire le dessus dit de l'opinion des Anglois [le retirer du parti des Anglais], Froissart, I, I, 250. Les aucuns des capitaines françois estoient d'opinion que toute la puissance des François saillissent et con batissent les Anglois, Chartier, Hist. de Charles VII. Ne prenez mie vostre opinion ; que [car] vous ne tenrez [tiendrez] mie France du roy du ciel, le filz sainte Marie, mais la tendra [tiendra] le roy Charles, vray heritier à qui Dieu l'a donnée, qui entrera à Paris à belle compaignie, Lett. de Jeanne d'Arc aux Anglois dans Chron. de la pucelle, ch. 44. Quoy voyant, le roy se mit en opinion de passer outre, Commines, VII, 6.

XVIe s. Madame, j'ai tant fait par mes journées, que Pauline n'a plus d'opinion [jalousie] de vous, Marguerite de Navarre, Nouv. X. Je vous supplie que vous ne vous desesperiez point ; car il y a vingt-quatre heures au jour, esquelles l'homme peut changer d'opinion, Marguerite de Navarre, ib. XXXVII. Elle respondit que la vie et la fin de cette fille monstroient que jamais n'avoit eu opinion [pensée] à homme vivant, qu'à celui qu'elle aimoit plus que sa vie…, Marguerite de Navarre, ib. XLII. Il rabilla, en bien mourant, la mauvaise opinion qu'on avoit eu de luy, Montaigne, I, 67. Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est…, Montaigne, I, 69. Ayant jugé que ce n'estoit que fantaisie et opinion [idée]…, Montaigne, I, 100. L'opinion publicque, Montaigne, I, 117. Pour suyvre l'ordre accoustumé, il vous a pleu me commander de faire l'ouverture des opinions [dire le premier mon avis], Condé, Mém. p. 557. …Nostre opinion seule ne nous contente, Et ce qui rend plus fort un esprit embrasé, C'est de voir que son choix de chacun est prisé, Desportes, Élégies, II, 3. Chacun a son opinion, et non discretion, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 266.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

OPINION. Ajoutez :
7Intention (sens vieilli). Il eut opinion de les sauver, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne. Tullius Marcellinus… se trouvant saisi d'une maladie… longue et fâcheuse… prit opinion de se faire mourir, Malherbe, ib.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

OPINION, opinio, s. f. (Logique.) est un mot qui signifie une créance fondée sur un motif probable, ou un jugement de l’esprit douteux & incertain. L’opinion est mieux définie, le consentement que l’esprit donne aux propositions qui ne lui paroissent pas vraies au premier coup-d’œil, ou qui ne se déguisent pas par une conséquence nécessaire de celles qui portent en elles l’empreinte de la vérité.

On définit l’opinion dans l’école assensus intellectûs cum formidine de opposito, c’est-à-dire un consentement que l’entendement donne à une chose avec une espece de crainte que le contraire ne soit vrai.

Selon les Logiciens, la démonstration produit la science ou la connoissance certaine, & les argumens probables produisent l’opinion. Toutes les fois que le consentement de l’esprit à une vérité qu’on lui propose est accompagné de doute, on l’appelle opinion. Platon fait de l’opinion un milieu entre la connoissance & l’ignorance ; il dit qu’elle est plus claire & plus expresse que l’ignorance, mais plus obscure & moins satisfaisante que la science.

On soutient communément dans l’école que l’opinion n’est pas incompatible avec la science sur un même sujet : quoique l’opinion suppose du doute, & que la science exclue toute incertitude, parce que l’entendement, dit-on, peut consentir à une vérité par différens motifs & de diverses manieres. Cependant, si l’on examine de près la question, on comprendra qu’il est absolument impossible qu’on puisse en même tems douter & être certain de la même chose ; que la différence des motifs, ou certains ou probables, ne sauroit produire cet effet dans l’esprit, parce que les raisons probables qui forment l’opinion sont une lumiere foible qui ne peut jamais obscurcir l’évidence des raisons certaines qui forment la science ; ce qu’il faudroit pourtant qu’elle fît pour introduire dans l’esprit cette obscurité dont elle doit être accompagnée, & produire dans le consentement le doute nécessaire & essentiel à l’opinion. D’ailleurs la science étant certaine & évidente par elle-même, elle bannit par la seule présence toute oscillation, & par conséquent l’opinion même dont elle prend la place, & saisit l’esprit entier de l’éclat de la lumiere. Tout ce qu’elle lui permet alors, c’est de distinguer au milieu de cette grande lumiere la foiblesse de celle de l’opinion ; & de voir que si les raisons évidentes qui entrainent son consentement & le rendent certain, lui avoient manqué, les raisons probables & conjecturales n’auroient obtenu de lui qu’un assentement foible & perplexe : de sorte que ceux qui se proposent de prouver la compatibilité de la science & de l’opinion par la différence de ces motifs, ne font autre chose que confondre la conscience qu’on a de l’incertitude du consentement, ce qui est très-différent. Car il n’est point de raison, quelque bonne qu’elle soit, qui empêche de sentir l’incertitude d’une autre raison sur le même sujet ; & il n’en est aucune, quelqu’incertaine qu’elle soit, qui puisse affoiblir la certitude d’une autre raison ; certitude qui empêche toujours le consentement d’être incertain, quoique l’esprit entrevoye d’autres motifs qui ne sont précisément que des conjectures ; certitude qui ne change pas à la vérité la nature des raisons incertaines, mais qui chasse l’obscurité que laisse leur peu de lumiere.

Il en est donc de la science & de l’opinion à-peu-près comme de l’éclat du soleil & de la lumiere d’un flambeau, ou plutôt d’une lampe : le soleil découvre distinctement les objets ; la lampe ne les montre qu’obscurément. Si l’on allume celle-ci en plein midi, on s’appercevra bien qu’elle ne peut jetter sur les objets qu’une lumiere foible, & ne les dévoile à nos yeux qu’imparfaitement & avec quelque nuance obscure, mais elle ne les fera point alors appercevoir effectivement de cette maniere. Sa foiblesse, quoique connue, n’ôtera point aux objets le brillant qu’ils tiennent du grand jour ; & quelqu’usage qu’on fasse alors de la lampe allumée, nos yeux ne verront que d’une façon, c’est-à-dire comme on voit en plein midi, & jamais comme on voit la nuit, à la lumiere d’une lampe. De même la science est une lumiere pleine & entiere qui découvre les choses clairement, & répand sur elles la certitude & l’évidence ; l’opinion n’est qu’une lumiere foible & imparfaite qui ne découvre les choses que par conjecture, & les laisse toujours dans l’incertitude & le doute ; l’une est le plus, l’autre est le moins. Enfin c’est le beaucoup & le moins d’une même chose, qu’il est impossible de trouver en même tems dans un même sujet à l’égard de la même matiere. Il n’y a qu’à l’école des chimeres où de pareilles thèses puissent être proposées & soutenues.

Quant à la parité qu’on institue en disant que la science subsiste bien avec la foi, quoique celle-ci soit obscure, & que celle-là soit évidente, il faut avouer que si cette parité étoit juste & entiere, la foi ne pourroit pas subsister avec la science non plus qu’avec l’opinion. Mais je crois y voir une fort grande différence : car afin que l’opinion & la science se trouvent dans un même sujet, il faut qu’il y ait en même tems de la certitude & de l’incertitude, puisque sans certitude il n’y auroit point de science, & sans incertitude point d’opinion. Au lieu qu’il n’est pas nécessaire pour que la foi soit jointe à la science que l’obscurité se trouve en même tems dans le consentement que l’esprit donne à une vérité connue par ces deux voies ; parce que la foi peut subsister sans répandre l’obscurité dans un entendement qui est éclairé d’ailleurs, & l’opinion ne le peut pas sans y mettre de l’incertitude. Mais, dira-t-on, s’il n’y a point d’obscurité, il n’y aura point de foi, puisque la foi est des choses obscures, selon la définition de l’apôtre saint Paul : Fides est argumentum non apparentium. Je réponds à cela que l’obscurité essentielle à la foi reste toujours, parce que cette obscurité n’est pas celle de l’entendement, mais seulement celle des motifs de la révélation. Ainsi pour faire un acte de foi, il n’est pas nécessaire de ne voir qu’obscurément les vérités auxquelles on donne son consentement ; il suffit de donner ce consentement par un motif obscur, quoiqu’on ait encore un motif clair & évident, ce qui est très-possible. Car on peut croire une chose par différens motifs ; mais les différens motifs ne peuvent rien mettre de contradictoire dans l’esprit & dans le consentement, sans se détruire l’un ou l’autre. Voilà précisément ce qui arrive à l’égard de la science & de l’opinion. L’une y met nécessairement de l’évidence & de la certitude, & l’autre essentiellement de l’incertitude & de l’obscurité. Mais la foi souffre dans l’esprit toute l’évidence que la science y apporte, & sans y répandre la moindre obscurité, elle la laisse toute entiere dans son motif. Ainsi l’évidence d’une raison naturelle à l’égard d’une vérité chrétienne & révélée empêche bien que l’esprit ne demeure dans l’obscurité où la révélation le laisseroit ; mais elle n’empêche pas que la révélation ne soit obscure, ni qu’il ne puisse croire cette vérité précisément par le motif de la révélation, parce que, comme je l’ai dit, un motif n’empêche pas l’effet de l’autre, lorsqu’ils s’accordent & tendent à une même fin, telle que se trouve être ici celle de la science & de la foi ; car l’une & l’autre commandent également un consentement ferme & certain. Quant à l’évidence & à l’obscurité, le consentement en étant par lui-même incapable, elles subsistent dans différens sujets ; la premiere, dans l’esprit entraîné par la force des preuves, qui contiennent la philosophie & le philosophe, dont le consentement est un acte de raison ; la seconde, dans la volonté soumise à l’autorité de la révélation qui fait la religion & le chrétien, dont le consentement est un acte de foi.

Opinions, (Jurisprud.) sont les avis de chaque juge qui servent à former le jugement.

La maniere de recueillir & de compter les opinions n’a pas toujours été la même.

Chez les Grecs on opinoit par le moyen de tablettes que l’on mettoit dans une boîte : on en donnoit trois à chacun ; une marquée d’un A qui signifioit absolvatur ; une marquée V. P qui signifioit non liquet, & la troisieme d’un C. pour dire condemnetur.

Les aréopagistes voulurent que leurs opinions fussent ainsi données en secret & par bulletins, de peur que les jeunes, au lieu de dire leur avis par eux-mêmes, se contentassent de suivre celui des anciens.

T. Arius ayant appellé César avec d’autres pour juger son propre fils, pria que chacun opinât par écrit, de crainte que tout le monde ne fût de l’avis de César.

Ce fut dans cette vue, qu’au procès de Métellus, Tibere se mit à dire son avis tout haut : mais Pison lui en fit sentir l’inconvénient.

On opinoit donc ordinairement par écrit à Rome & sur des tablettes, comme chez les Grecs ; & comme chaque décurie avoit ses tablettes différentes, on savoit qui avoit été la plus severe.

Dans les assemblées du peuple nul ne disoit son avis qu’il ne lui fût demandé par celui qui présidoit. Le droit d’opiner le premier s’appelloit prærogativa, quasi prius erogare sententiam : ce terme a depuis été appliqué à toute sorte de prééminences.

Cet honneur d’opiner avant tous les autres, appartenoit à la tribu appellée veturea, qui fut aussi surnommée de-là tribus prærogativa.

On tiroit au sort laquelle des centuries opineroit la premiere, & son suffrage étoit fort recherché.

Au senat, l’on opinoit au commencement suivant l’ancienneté de l’âge, comme on faisoit à Athènes, à Lacédémone & à Syracuse. Dans la suite on demanda l’avis à chacun, selon le rang qu’il tenoit dans le sénat ; jusqu’à ce que César se donna la liberté de demander l’avis à quatre personnes hors de leur rang ; Auguste ne suivit plus de regle, demandant l’avis de chacun, dans tel ordre qu’il lui plaisoit, afin que les suffrages fussent plus libres.

Caligula voulut qu’entre les consulaires on suivît le rang d’ancienneté, ce qui fut confirmé par les empereurs Théodose & Arcade.

En France, dans les causes d’audience, les juges opinent dans l’ordre où ils sont assis : quand il y a beaucoup de juges, on fait plusieurs bureaux ou conseils : celui qui préside recueille les opinions ; & lorsqu’il y a divers avis, il retourne aux opinions pour les concilier : chacun est obligé de se ranger à l’un des deux avis qui prévalent par le nombre de voix.

Dans les affaires de rapport, les juges opinent sans aucun rang, comme ils se trouvent assis auprès du rapporteur.

Il n’y a jamais de partage d’opinions en matiere criminelle ; quand le nombre de voix est égal, l’avis le plus doux doit être préféré : cet usage est fort ancien, puisqu’il se trouve déja consigné dans les capitulaires, liv. V. n. 160.

Une voix de plus ne suffit pas pour départager, en matiere criminelle ; il en faut au moins deux.

Au conseil privé du roi il n’y a point de partage, M. le chancelier ayant la voix préponderante.

A la grand-chambre du parlement, une voix de plus départage à l’audience ; au rapport il en faut deux.

Au grand-conseil, il en faut toujours deux pour départager, soit à l’audience, soit au rapport.

Dans tous les sieges qui jugent, à la charge de l’appel, une voix de plus départage au civil ; en matiere criminelle il en faut deux. Voyez Partage.

Au reste, les opinions qui se donnent, soit à l’audience ou au rapport, doivent également être secretes : il est détendu par les ordonnances aux juges, greffiers & huissiers de les revéler : c’est pour prévenir cet inconvénient que l’on opinoit à Rome sur des tablettes ; & qu’encore à present dans les chancelleries de Valladolid & de Grenade, les opinions se donnent par écrit sur un registre.

Les opinions du pere & du fils, de l’oncle & du neveu, du beau-pere & du gendre, & des deux beau-freres ne sont comptées que pour une. édit de Janvier 1681. Voyez le Dictionnaire des arrêts, au mot Opinions. (A)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « opinion »

Du latin opinio.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Prov. opinio ; espagn. opinion ; ital. opinione ; du lat. opinionem, de opinari, opiner.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « opinion »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
opinion ɔpinjɔ̃

Citations contenant le mot « opinion »

  • On s'entend toujours ; il suffit de ne pas être du même avis. Henri de Régnier, Donc , Kra
  • L’opinion publique est un tyran. De Proverbe français
  • C'est une question de propreté : il faut changer d'avis, comme de chemise. Jules Renard, Journal, 17 octobre 1902 , Gallimard
  • Je respecte l’opinion des particuliers en général et l’opinion des généraux en particulier. De Aurélien Scholl
  • Notre véritable sentiment n'est pas celui dans lequel nous n'avons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus habituellement revenus. Denis Diderot, Entretiens
  • Il n'est de vraiment haineuse que l'opinion qui, pétrifiée sur elle-même, ne parle pas. Joseph Arthur, comte de Gobineau, Les Religions et les philosophies
  • Une opinion n'est choquante que lorsqu'elle est une conviction. Remy de Gourmont, Promenades philosophiques, Mercure de France
  • Pourquoi faire part de nos opinions ? Demain, nous en aurons changé. Paul Léautaud, Journal littéraire, Mercure de France
  • Un homme doit savoir braver l'opinion ; une femme s'y soumettre. Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, dite Mme de Staël, Delphine, Épigraphe
  • Chacun parle de l’opinion publique, entendant par là l’opinion publique, moins la sienne. De Gilbert Keith Chesterton / Hérétiques
  • Une crise de nerfs n'est pas une opinion. De Henri Fauconnier / Malaisie
  • L'hérétique est celui qui a une opinion. De Ferdinand Brunetière / Discours de combat
  • Une collection de baïonnettes ou de guillotines ne peut pas plus arrêter une opinion qu'une collection de louis ne peut arrêter la goutte. Henri Beyle, dit Stendhal, Correspondance, au baron de Mareste, 21 décembre 1819
  • Autant d'hommes, autant d'opinions. Térence en latin Publius Terentius Afer, Phormion, II, 4
  • Rien, selon moi, n'est plus funeste à l'homme qu'une opinion fausse. Platon, Gorgias, 458a (traduction Croiset et Bodin)
  • C'est cette force qui maintient en tout temps l'opinion juste et légitime sur ce qu'il faut craindre et ne pas craindre que j'appelle et définis courage. Platon, La République, 430b (traduction Chambry)
  • Il faut appeler philosophes ceux qui s'attachent en tout à l'essence, et non amis de l'opinion. Platon, La République, 480a (traduction Chambry)
  • C'est l'opinion qui gouverne le monde. De Charles-Guillaume Etienne / Les Deux Gendres
  • Croyance : milieu entre l’opinion et le savoir. De Emmanuel Kant / Métaphysique des moeurs
  • La foi n'est pas une opinion. De Henri Guillemin / Sulivan ou la parole libératrice
  • Je veux bien changer d'opinion, mais avec qui ? De Tristan Bernard / Le Poil civil
  • Les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d'abord par de grands coupables, et dépensée ensuite par d'honnêtes gens qui perpétuent le crime sans savoir ce qu'ils font. comte Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg
  • Il n'y a d'opinion que de ce qu'on ne connaît pas. Gabriel Marcel, Du refus à l'invocation, Gallimard
  • En vérité, dans un sens, tout m'est bon ; les événements, les choses, les opinions ; tout a une anse, une prise. Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, Lettre au major de Mauvillon
  • Chose étrange de voir comme avec passion Un chacun est chaussé de son opinion ! Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, L'École des femmes, I, 1, Arnolphe
  • C'est mon opinion, et je la partage. Henri Monnier, Mémoires de M. Joseph Prudhomme
  • Je pense avoir les opinions bonnes et saines ; mais qui n'en croit autant des siennes ? L'une des meilleures preuves que j'en aie, c'est le peu d'estime que je fais de moi. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 17
  • L'obstination et ardeur d'opinion est la plus sûre preuve de bêtise : est-il rien certain, résolu, dédaigneux, contemplatif, grave, sérieux, comme l'âne ? Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 8
  • Toute opinion est assez forte pour se faire épouser au prix de la vie. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 14
  • Le propre de l'hérétique, c'est-à-dire de celui qui a une opinion particulière, est de s'attacher à ses propres pensées. Jacques Bénigne Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes
  • Ce n'est pas l'esprit qui fait les opinions, c'est le cœur. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères
  • Je n'épouse pas les opinions, excepté celles des livres d'Euclide. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. Assemblée nationale constituante, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Article X
  • Toutes les opinions sont respectables. Bon. C'est vous qui le dites. Moi, je dis le contraire. C'est mon opinion : respectez-la donc ! Jacques Prévert, Spectacle, Gallimard
  • Un milieu élégant est celui où l'opinion de chacun est faite de l'opinion des autres. Est-elle faite du contre-pied de l'opinion des autres ? C'est un milieu littéraire. Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours, Gallimard
  • Ceux qui approuvent une opinion l'appellent opinion ; mais ceux qui la désapprouvent l'appellent hérésie. Thomas Hobbes, Leviathan, I, 11
  • C'est la différence d'opinion qui fait les courses de chevaux. Samuel Langhorne Clemens, dit Mark Twain, Pudd'nhead Wilson's Calendar
  • La médecine est une opinion. De Massimo Bontempelli / La Femme du Nadir
  • Absurdité. Affirmation manifestement incompatible avec son opinion propre. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du Diable
  • L'opinion, c'est la justice ! De Jacques Brillant / Le soleil se cherche tout l'été
  • Rejette l'opinion et tu seras sauvé. De Marc-Aurèle / Pensées pour moi-même...

Traductions du mot « opinion »

Langue Traduction
Anglais opinion
Espagnol opinión
Italien opinione
Allemand meinung
Chinois 意见
Arabe رأي
Portugais opinião
Russe мнение
Japonais 意見
Basque iritzia
Corse opinione
Source : Google Translate API

Synonymes de « opinion »

Source : synonymes de opinion sur lebonsynonyme.fr
Partager