Fleur : définition de fleur


Fleur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

FLEUR, subst. fém.

Partie de certains végétaux contenant les organes reproducteurs, souvent odorante et ornée de vives couleurs.
A.− Domaine concr.
1. BOT. ,,Une fleur complète comprend d'ordinaire quatre cercles concentriques ou verticilles de pièces florales insérées sur le réceptacle (...); ce sont, de dehors en dedans : 1. le calice (...); 2. la corolle (...); 3. l'androcée ou organe mâle, formé d'étamines (...); 4. le pistil ou organe femelle`` (Bot. élém., Classes de cinquième A et B. Paris, Larousse, s.d., p. 45). Pétale de fleur, fleur printanière, fleur double :
1. ... l'enfantement progressif du raisin s'élabore. Chaque grappe de fleurs se change en grappe de grains, aussi fournie qu'il y a de pistils, tandis que la parure embaumée qui enveloppait les parties vitales se dessèche et s'en va, à mesure que le fruit est conçu... Pesquidoux, Livre raison,1925, p. 85.
2. Usuel
a) La fleur elle-même, le rameau qui la porte et, p. ext., plante que l'on cultive pour l'agrément. Fleurs coupées; planter des fleurs; arroser des fleurs; pot, parterre de fleurs. Le vent secouait les grands arbres en fleurs, et c'était une pluie de pétales d'un rouge de carmin qui tombaient jusque dans l'église (Loti, Pêch. Isl.,1886, p. 157).Alors on voit, un bouton de rose se former, s'ouvrir, s'épanouir en fleur et mourir (Barrès, Cahiers, t. 10,1914,p. 289);)cf. bouquet1ex. 2 :
2. ... toutes les fleurs diverses, toutes les fleurs libres, bleues, rouges, jaunes, violettes, lilas, roses, blanches, si gentilles, si fraîches, si parfumées, toutes les fleurs de la nature qu'on cueille en se promenant et dont on fait de gros bouquets. Maupass., Contes et nouv.,t. 2, M. Parent, 1886, p. 617.
Eau de fleur d'oranger (cf. Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog.,t. 1, 1821, p. 239).
En fleur (au sing.), lorsqu'il s'agit de fleurs de la même espèce : arbre, pommiers en fleur; en fleur signifie : « dans le temps de la floraison ». En fleurs (au plur.), lorsqu'il s'agit de différentes espèces de fleurs : une prairie, un verger en fleurs; en fleurs évoque la multiplicité de fleurs, d'où le pluriel.
Fleur de la passion. Fleur dont les différents éléments représentent les instruments de la Passion du Christ. Synon. grenadille, passiflore.
Tisane des quatre fleurs. Tisane pectorale de fleurs de mauve, de pied-de-chat, de pas-d'âne et de coquelicot.
Locutions
Fleur au fusil. [En parlant des soldats partant en guerre avec des fleurs ornant le canon du fusil] Avec enthousiasme, joie, entrain. Fleur au fusil, tambour battant il va Il a vingt ans, un cœur d'amant qui bat (...) Quand un soldat s'en va t'-en guerre, il a (...) (F. Lemarqueds Le Livre d'or de la chanson fr.,Paris, Éd. Ouvrières, t. 3, 1975, pp. 196-197).V. aussi Prévert, Paroles, 1946, p. 111.
(La petite) fleur bleue. Cf. bleu.
Langage des fleurs. Signification symbolique attachée aux fleurs isolément (selon leur espèce, leur couleur) ou assemblées (selon leur disposition). Le langage des fleurs, à cause de sa nature même, ne peut être ni devenir un langage grammatical; il est et restera toujours un langage hiéroglyphique (L. de Laere, F. Fertiault, F. de Melmecey, La Fleuriste des salons,Bruxelles, Bruylant-Christophe et Cie, s.d. [1856], p. 186).
Passer fleur. [En parlant de la vigne et des arbres fruitiers dont les fleurs passent sans qu'aucune intempérie n'empêche la formation des fruits] Il fait beau ce soir, nous aurons une belle journée demain! − Un beau temps pour que les pommiers passent fleur! (Balzac, Vieille fille,1836, p. 349).L'expression passer fleur n'est pas, je dois le dire, de la façon de l'écrivain [Mmede Gasparin]. « Dans tout le centre de la France, m'écrit-on, dans l'Ouest, dans le Poitou, il n'y a pas un jardinier qui s'exprime autrement » (Sainte-Beuve, Nouv.. lundis,t. 9, 1863-69, p. 263).
Au fig. Alors on reconnaissait des figures de jeunes filles, d'autres ayant passé fleur depuis longtemps et jusqu'à des vieillardes (Guèvremont, Survenant,1945, p. 117).
(Prière de n'envoyer) ni fleurs, ni couronnes. [Dans un faire-part de décès] Prière de n'envoyer ni fleurs coupées, ni couronnes mortuaires. À son enterrement, où il n'avait voulu ni fleurs ni couronnes (Pesquidoux, Livre raison,1932, p. 170).P. ext., fam. De manière simple.
Proverbe. Il ne faut pas battre une femme, même avec une fleur. Battre les femmes avec une fleur, eh, pourquoi faire? Ça ne leur ferait pas du tout de mal (P.-J. Toulet, Les Trois impostures,Émile-Paul, 1925, p. 29).
Loc. pop. et fam.
Comme une fleur. De manière douce, ingénument. Ce qu'il faudrait, c'est le filet des gladiateurs romains que j'ai vu un jour au ciné : avec ça, t'aurais le bul [Bulgare] comme une fleur et vivant! (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 145).Ingénument, de manière confiante.
Être fleur. [P. réf. à la fleur coupée, fauchée] Être démuni d'argent. Cf. Céline, Mort à crédit, 1936, p. 69.
P. métaph. Synon. de cadeau, pourcentage, avantage consenti à qqn. (sur une affaire).Faire une fleur à qqn. Il demandait pour lui-même qu'une « fleur »... si j'obtenais la commande... rien que cinq pour cent... C'était pas exagéré (Céline, Mort à crédit,1936p. 204).
Arg. Fleur de nave*.
b) P. compar. Couleur rose fleur de pêcher (Lapparent, Minér.,1899, p. 557).Couleur d'un rouge fleur de pêcher (Lapparent, Minér.,1899p. 572).
3. [Reproduction de la fleur]
a) Fleur artificielle. Fleurs en papier. Fleurs artificielles en cire. − On les fait (...) en cire d'abeille, bien blanchie et de première qualité (Rousset, Trav. pts matér.,1928, p. 76).Cf. Barrès, Greco, 1911, p. 111; Guéhenno, Journal homme 40 ans, 1934, p. 39.
b) [En représentation dans l'art] Elle venait de jeter, sur une autre feuille, toute une grappe de fleurs imaginaires, des fleurs de rêve, extravagantes et superbes (Zola, Dr Pascal,1893, p. 11):
3. Le décor le plus fréquent semble avoir consisté en fleurs simples dans le goût de la décoration sur porcelaine; un peu plus tard, on rencontre des bouquets de fleurs, le dessin entourant la fleur faisant un cerne noir (la fleur ainsi exécutée est dite « chatironnée »); on voit aussi des fleurs en relief. G. Fontaine, Céram. fr.,1965, p. 66.
Fleur de lys/lis. Fleur de nature contestée, généralement connue comme fleur de lys d'eau ou d'iris, qui, stylisée, servait d'emblème à la royauté en France à partir du xiiesiècle; p. ext., symbole de la monarchie. L'œuvre polémique qu'accompliront, au cours du XVIIesiècle, contre la monarchie des fleurs de lys, tous les propagandistes comtois anti-français (L. Febvre, Combats pour hist.,Langue en fr. xviiies., 1926, p. 195).Une tente fleurdelisée montre qu'ils [les grands feudataires] sont « princes des fleurs de lis », c'est-à-dire proches parents du roi de France (L'Hist. et ses méth.,1961, p. 418):
4. ... le sceau in absencia magni fit son apparition sous Philippe VI de Valois sous la forme de trois fleurs de lis surmontées d'une couronne. L'Hist. et ses méth.,1961p. 414.
B.− [P. réf. à une qualité particulière de la fleur]
1. [P. réf. à la position de la fleur à l'extrémité supérieure de la plante, du rameau] Ce qui est à la surface de quelque chose; ce qui est supérieur à quelque chose. [P. réf. à la floraison] Époque où certaines personnes ou certaines choses sont dans toute leur beauté, dans tout leur éclat. Façon ingénieuse, compréhensive et délicate de discourir sur toutes les surfaces des choses, de cueillir la fine fleur de tous les sujets, de se promener en observateur multiple dans un coin de l'universel (Renan, Avenir sc.,1890, p. 142):
5. − J'aurais dit qu'en se peignant lui-même, La Fontaine avait fait le portrait de l'artiste, de celui qui consent à ne prendre du monde que l'extérieur, que la surface, que la fleur. Puis j'aurais posé en regard un portrait du savant, du chercheur, de celui qui creuse, et montré enfin que, pendant que le savant cherche, l'artiste trouve... Gide, Faux-monn.,1925, p. 1142.
P. métaph. À l'ombre des jeunes filles en fleurs, roman de Proust.
a) [Sans valorisation]
− Domaine techn.
CHIM. ANC. Substances réduites en poudre et sublimées. Fleurs de soufre, de zinc, d'arsenic, d'antimoine (Ac.1932).Cf. Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog., t. 2, 1821, p. 554; Garcin, Guide vétér., 1944, p. 143; Levadoux, Vigne, 1961, p. 81.
NUMISM. Fleur de coin (cf. coin1B).
TANN. Côté de la peau tourné vers l'extérieur et qui portait les poils. Cf. côté ex. 6.
Loc. prép. À fleur de. Synon. à ras de, à même.
À fleur d'eau. Une flaque de lumière au loin, c'était la mer à marée basse. Quelques écueils à fleur d'eau trouaient de leurs têtes cette surface de clarté (Sartre, Nausée,1938, p. 73).
À fleur de sol. On laboure la vigne en rejetant la terre au milieu du sillon, on la déchausse pied par pied. On aère ainsi la souche, on détruit son système radiculaire à fleur de sol, on la force à chercher en dessous, dans la masse remuée par la charrue défonceuse et plus outre, les couches vierges où tout est substance (Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 110).
À fleur de peau. Il était tout en vif-argent. Il était pur. Et sensible comme un thermomètre. La sensibilité à fleur de peau. Et par là, il était moderne (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 334).
b) [Avec valorisation] La meilleure partie, la plus belle d'une chose. La fleur de la chevalerie. Synon. choix, élite.Ces travailleurs récoltaient du froment la plus pure des fleurs (Jammes, Géorgiques,chants 1-2, 1911, p. 6).L'homme sélectionne pour tirer la fleur de tout (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 255).La bourgeoisie spirituelle, la vraie, la pure, la très vaticane, la non moins patriote, le sel de la terre, la fleur des élus (H. Bazin, Vipère,1948, p. 112):
6. ... le clergé séculier ne peut être qu'un déchet, car les ordres contemplatifs et l'armée des missionnaires enlèvent, chaque année, la fleur du panier des âmes... Huysmans, En route,t. 1, 1895, p. 72.
(Fine) fleur (de farine). Cf. fin2II B 1 b.
Région. (Canada). Synon. de farine.Le lundi matin on ouvrait une poche de fleur et on se faisait des crêpes plein un siau (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 75).
Fam. [Souvent en parlant d'une pers.] La fleur des pois. Ce qu'il y a de plus élégant, de plus recherché. Le plus brillant, est le vicomte d'Escarel, une vraie fleur des pois, la coqueluche de ces dames (Feuillet, Voyageur,1884, p. 237).
2. [P. réf. à l'évocation, à l'aspect de la fleur]
a) P. métaph. Ces étranges fleurs minérales qu'on nomme roses du Souf (Gide, Feuilles de route,1896, p. 82).Papillon, fleur vagabonde (Renard, Journal,1908, p. 1191):
7. Car ce sont de vraies fleurs que ces filles dans leur robe de danse, corolle renversée, leurs jambes en pistil secret que découvrent la volte ou certains pas chassant l'étoffe et son ampleur. T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 112.
b) Au fig. [Par évocation de la fleur, de sa fragilité, de sa fraîcheur, de son éclat] Je ne dirai point ces choses, car l'émotion perdrait sa fleur de spontanéité sincère, à être analysée, pour l'écrire (Gide, Journal,1890, p. 14).Car la femme estivale est belle, et une fleur de féminité (Montherl., Pte Inf. Castille,1929, p. 666):
8. Ceux [des portraits] exposés au présent Salon sont charmants, surtout celui d'une petite fille assise de profil, qui est peinte avec une fleur de coloris telle qu'il faut remonter aux anciens peintres de l'école anglaise pour en trouver une qui l'approche. Curieusement épris des reflets du soleil sur le velouté de la peau, des jeux de rayons courant sur les cheveux et sur les étoffes, M. Renoir a baigné ses figures dans de la vraie lumière et il faut voir quelles adorables nuances, quelles fines irisations sont écloses sur sa toile! Huysmans, Art mod.,1883, p. 203.
Les Fleurs du Mal. Titre d'un recueil de poèmes de Baudelaire. Qu'est-ce qu'il a écrit, Baudelaire? − Les Fleurs du Mal. − Ah! − Rassurez-vous. Ce sont des fleurs de beauté, des confidences, des tendresses, des terreurs (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 134).
3. [P. réf. à la fleur considérée comme une production de la plante] Expression, fruit, résultat (de quelque chose).
a) J'ai rencontré dans les stades féminins quelques jeunes filles, extrêmes fleurs de ces familles de noblesse bretonne (Montherl., Olymp.,1924, p. 281):
9. Aux deux phases de la pensée humaine correspondent, en effet, deux sortes de littératures : − littératures primitives, jets naïfs de la spontanéité des peuples, fleurs rustiques mais naturelles, expressions immédiates du génie et des traditions nationales; − littératures réfléchies, bien plus individuelles ... Renan, Avenir sc.,1890, p. 265.
b) Vous nous trouverez toujours prêts à faciliter l'éclosion de la plus humble fleur de justice sur le terreau décomposé de la société capitaliste (Vogüé, Morts,1899, p. 5).L'art lui-même, cette fleur délicate jaillie des profondeurs communes à tous les hommes (Bloch, Dest. du S.,1931, p. 199):
10. Dans les merveilleux, dans les très douloureux jardins des âmes Peuple jardinier qui as fait pousser les plus belles fleurs De sainteté Par la grâce de cette petite espérance. Péguy, Porche Myst.,1911, p. 272.
4. [P. réf. à l'épanouissement de la fleur et à la floraison] La plus belle époque.
a) Étape transitoire (maximum, plénitude, épanouissement au physique ou au figuré) précédant le début du déclin. Assurément elle avait perdu ce qu'on est convenu d'appeler la fleur de la jeunesse (Boylesve, Leçon d'amour,1902, p. 20).Cela va bien (...) tant que la nation est saine et dans la fleur de sa virilité. Mais un jour vient où son énergie tombe (Rolland, J.-Chr.,Maison, 1909, p. 985):
11. Celui qui veut vendre, c'est moi, qui suis à la fleur de l'âge. Cinquante-et-un ans! Quoi! C'est le milieu de la vie. Duhamel, Passion J. Pasquier,1945, p. 166.
b) Vieilli. La première vue, le premier usage de. Voilà une étoffe qu'on n'a encore montrée à personne, vous en aurez la fleur (Ac.1798-1878).Ce matin, elles ont tâché de se lever avant leurs voisines pour que leurs vaches aient la fleur de l'eau à la fontaine (Pourrat, Gaspard,1931, p. 31):
12. ... il lui restait à l'âme une singulière et inexplicable rancune contre feu Souris qui avait possédé cette femme le premier, qui avait eu la fleur de sa jeunesse et de son âme, qui l'avait même un peu dépoétisée. Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Vengeur, 1883, p. 911.
c) Absol. La virginité (d'une femme). Trahie, vendue, outragée et goujatement lapidée d'ordures par celui même à qui elle avait sacrifié son unique fleur, quel châtiment rigoureux pour la folie d'un seul jour! (Bloy, Femme pauvre,1897, p. 36).La fille du roi de France et de « la reine Constantine », enlevée par un chevalier, et voulant garder sa fleur, lui dit qu'elle est fille de lépreux, de sorte qu'il ne la touche pas (Montherl., Lépreuses,1939, p. 1445).
5. [P. réf. à l'emploi, l'aspect décoratif, ornemental de la fleur]
a) Agrément verbal.
Compliment, louange décerné(e) à quelqu'un (oralement ou par écrit). Jeter des fleurs à qqn. Il devrait me couvrir de fleurs et il me jette à la porte. Il a sûrement un but (Duhamel, Combat ombres,1939, p. 224).
Fleurs (de rhétorique). Ornements conventionnels ou poétiques du style, du discours; rhétorique. Justinien reprit; rien ne décourageait son éloquence. À présent, c'était le comte de Passavant qu'il couvrait de fleurs de sa rhétorique (Gide, Faux-monn.,1925, p. 1166).Je ne peux plus lire Nolhac du tout : ce style tout en fleurs défleuries, ces pâles bénédictions académiques (Du Bos, Journal,1928, p. 56):
13. Ils se moquent de Realito, et des fleurs exubérantes du verbalisme andalou, héritier direct du style oriental. Ils réprouvent que, pour des entrechats de donzelles, Realito, transportant dans sa littérature le saint délire de la chorégraphie, invoque à tout bout de champ les glorieux ancêtres et la conquête des Indes... Montherl., Pte Inf. Castille,1929, p. 669.
b) Agrément de valeur morale.
Non indispensable à l'essentiel. En de certains jours comme aujourd'hui, par exemple, je m'étonne de n'en pas crever. Si vous saviez ce que je fais vous auriez pitié de moi! Et dans une vie si aride pas « une fleur », rien? Voilà le vrai (Flaub., Corresp.,1879, p. 269).Il s'obstina, ne dit qu'une messe basse, expédia les cinq communiants, n'ajouta pas une fleur, pas un oremus de consolation (Zola, Terre,1887, p. 272).
Ornement, agrément cachant la véritable nature de quelque chose :
14. Mais la vérité suprême, conclut-il avec lyrisme, c'est qu'au-dessus des maîtres apparents, il y aura les maîtres cachés. J'en suis et vous en êtes. Seulement, avant, pour nous, le chemin n'est pas précisément couvert de fleurs ... Abellio, Pacifiques,1946, p. 72.
Expression. [En parlant de qqc. qui est dangereux, caché sous des apparences séduisantes] Le serpent est caché sous les fleurs. Sans doute, reprit le moine, ce n'est qu'après l'avoir lu [Lamennais], quand on y réfléchit, qu'on aperçoit le serpent caché sous les fleurs de la séduction (Sand, Nouv. lettres voy.,1876, p. 78).
Prononc. et Orth. : [flœ:ʀ]. Enq. /fløʀ/. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 bot. flor (Roland, éd. J. Bédier, 2871); 2. ca 1100 flur « élite, le meilleur de quelque chose » (ibid., 2431); 3. 1121-34 « fine farine » (Ph. Thaon, Bestiaire, 983 ds T.-L.); 4. xives. a la fleur de l'iaue (Modus et Ratio, 80, 69, ibid.). Du lat. flos, floris « fleur; partie la plus fine de quelque chose » au fig. « élite »; le sens 4 peut-être p. réf. à l'idée de « partie la meilleure de quelque chose » d'où « partie supérieure » et « surface de quelque chose » ou bien d'apr. les emplois agric. fleur de vin « moisissures à la surface » et surtout fleur de lait « crème », la loc. paraissant s'être formée en Normandie (cf. affleurer). Fréq. abs. littér. : 15 502. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 23 765, b) 26 601; xxes. : a) 24 900, b) 16 417. Bbg. Buyssens (E.). Le Double probl. de la fleur de lis. Archivum linguisticum. 1951, t. 3, pp. 38-44. − Chautard (É.). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 248. − Duch. Beauté 1960, pp. 102-103. − Giese (W.). Myosotis, ein Beispiel volkstümlicher Namengebung. Beitr. rom. Philol. 1966, t. 5, pp. 168-170. − La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 318. − Lommatzsch (E.). Blumen und Früchte im altfranzösischen Wörterbuch. Z. fr. Spr. Lit. 1966, t. 76, pp. 312-336. − Quem. DDL t. 8, 14. − Rommel 1954, p. 112, 114, 117, 120. − Spitzer (L.). Fleur et rose, synon. par position hiérarchique. In : [Mél. Pidal (M.)]. 1950, t. 1, pp. 135-155.

Fleur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

fleur \flœʁ\ féminin

  1. (Botanique) Ensemble des organes de la reproduction sexuée et des enveloppes qui les entourent chez les angiospermes, aussi appelés « plantes à fleurs ».
    • (Figuré) — Elle contempla longtemps, comme pour engourdir sa peine, le patient manège des abeilles qui s’affairaient d’une fleur à l’autre. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
    • Soudain, sans raison valable, elle se réveillait chez un tel parce que les sorbiers croulaient de fleurs musquées, chez un autre parce qu’un gel tardif avait rôti leurs blancs corymbes. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (Par métonymie) La plante à fleurs elle-même.
    • Madame Hanson a la gracieuseté de nous apporter des fleurs, la chose la plus précieuse qu'elle puisse nous offrir sous ce triste climat; […]. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 34)
    • Mais je n’aime pas les fleurs bêtes, car si blasphématoire que cela paraisse, il y a des fleurs bêtes, ou plutôt des fleurs, des pauvres fleurs à qui les horticulteurs ont communiqué leur bêtise contagieuse. — (Octave Mirbeau, Le Concombre fugitif, édition 1921)
    • Non, il cultivait toutes sortes de fleurs, pas seulement des ipomées.— (Keigo Higashino, La Fleur de l’illusion, traduit par Sophie Refle, 2016)
  3. (Par extension) Motif décoratif qui imite ces fleurs.
    • Mariées au lendemain de la Grande Guerre, on les a peut-être vues en robe à pois et blouse à fleurs, l’été, pendant quatre ou cinq ans, le temps que les funérailles entrent dans la danse. — (Maxime Rapaille, Le feu des Fagnes, page 59, Dricot, 2001)
    • Au contraire, rien de plus gracieux que la statue de Xochipilli, dieu de la jeunesse, de la musique et des jeux, tout décoré de fleurs.— (Jacques Soustelle, Les Aztèques: « Que sais-je ? » n° 1391, octobre 2011)
  4. (Figuré) Service rendu aimablement par une personne à une autre.
    • Le patron n'a pas voulu que je paie ma note. C'était bien le premier jour qu'il me faisait une fleur. — (Jo Barnais [Georges Auguste Charles Guibourg, dit Georgius], Mort aux ténors, ch. XXV, Série noire, Gallimard, 1956, p. 227)
  5. (Figuré) Le meilleur de quelque chose.
    • Nos immenses possessions dans tous les empires de l’Europe, notre haute réputation militaire, qui fait que la fleur de la chevalerie, dans tous les climats chrétiens, s’est rangée sous nos bannières, […]. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • D’un radieux univers villageois ils ne voulaient que la fleur, le meilleur, le plus désert, le non-foulé, tout ce qui rajeunit et recommence à l’écart de l’homme. — (Colette, Sido, 1930, Fayard, page 84.)
    • D’ailleurs, qui est sur l’autre liste ? Toute la fleur : le quincaillier, le tailleur, le cordonnier… bref, un échantillon de tous les réactionnaires. — (Jean Rogissart, Mervale, Éditions Denoël, Paris, 1937, page 87)
    • Seigneur, je n’ai cessé, dès la fleur de mon âge,
      D’amasser sur mon chef péchés dessus péchés […]
      — (Jean Vauquelin de La Fresnaye, Les diverses poésies)
    • Le 4 août 1578, à Ksar el-Kébir, la bataille des Trois Rois se solda par une tragique victoire de l'allié d'Élisabeth : 8 000 morts, 15 000 prisonniers, la fleur de la noblesse portugaise décimée, et ce fut bien le diable si une centaine de survivants en réchappèrent. — (Joanny Moulin, Elisabeth : La reine de fer, Éditions du Cerf, 2015, chap. 23)
  6. (Canada) (Désuet) (Français dialectal) Farine. Note : Par réduction de fleur de farine.
    • Va me chercher la fleur dans le garde-manger.
    • Je me suis acheté quelques livres de fleur d’avoine et du sucre […]. — (Journal de Lorenzo Létourneau (1899), 17 Eldorado, Qualigram/Linguatech, Montréal, 2006)
    • Ce mot n’est plus vraiment employé. Quand j’en entends parler, c’est toujours quelqu’un qui me raconte un souvenir d’une de ses aïeules qui utilisait le mot fleur pour nommer la farine. Évidemment, comme l’anglais flour « farine » se prononce de la même manière que flower « fleur », il est très facile de conclure à l’anglicisme. Pourtant, il n’en est rien. […] L’expression fleur de farine était utilisée pour faire référence à la farine la plus fine. Par économie, on en est venu à utiliser seulement le mot fleur. — (Anne-Marie Beaudoin-Bégin, La langue rapaillée, éditions Somme toute, 2015, p. 88)
  7. (Figuré) Virginité d’une femme.
    • Il est bon de garder sa fleur;
      Mais pour l’avoir perdue il ne se faut pas pendre
      — (Jean de la Fontaine, La fiancée du roi de Garbe)
  8. (Figuré) Sexe de la femme.
    • Aude m'observait toujours, les jambes légèrement écartées, et j'aperçus, tout en nageant, cette petite fleur rose et nacrée qui m'avait fait dire à Aude, chez Mme de Lugarde, qu'elle avait le sexe le plus élégant qu'il m'ait jamais été donné de contempler [...] — (Jean Raspail, Les Yeux d'Irène, Paris, Albin Michel, 1984)
  9. (Chimie) Substances à l’état de pureté ou d’extrême division, produites par sublimation. → voir fleur de sel
    • […], on descendit dans des caves, on suivit des souterrains dont les parois, cotonnées par les fleurs du nitre, […], laissaient suinter l’eau qui retombait en gouttes. — (Maurice Maindron, Blancador l’avantageux, Éditions de la Revue Blanche, 1901, page 362)
  10. Surface d’une chose. → voir à fleur de
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Fleur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FLEUR. n. f.
Partie du végétal, ordinairement colorée et souvent odorante, qui porte les organes de la reproduction et qui précède le fruit. Le calice, la corolle d'une fleur. Bouton de fleur. Fleur de pêcher, de pommier. Une fleur qui se fane, qui se flétrit. Un arbre en fleur. Un bouquet, une guirlande, une couronne de fleurs. Semé, jonché de fleurs. Cueillir une fleur. Vase de fleurs. Les fleurs des champs. Le parfum des fleurs. Langage des fleurs, Langage symbolique dans lequel les fleurs, soit isolées, soit assemblées suivant un certain choix, servent à exprimer une pensée, un sentiment secret. En termes de Pharmacie, Les quatre fleurs, Les fleurs de mauve, de pied-de-chat, de pas-d'âne et de coquelicot, dont on fait une tisane pectorale. Fig. et fam., Le serpent est caché sous les fleurs, se dit en parlant de Choses dangereuses dont les apparences sont séduisantes. Couvrir quelqu'un de fleurs, Lui donner des louanges abondantes, lui faire beaucoup de compliments, soit sérieusement, soit avec ironie.

FLEUR se dit, par extension, des Plantes à fleurs que l'on cultive pour l'agrément. C'est une fleur extrêmement recherchée. Planter, cultiver, arroser des fleurs. Avoir des pots de fleurs sur sa fenêtre. Marché aux fleurs. Il a ce dernier sens dans les dénominations vulgaires de diverses plantes remarquables par la couleur ou la forme de leur fleurs. Fleur de coucou, etc. Il se dit également des Figures, des représentations de fleurs, et même de fruits, de feuilles. Peindre ces fleurs. Peintre de fleurs. Collection de fleurs lithographiées. On a gravé une fleur sur ce cachet. Broder une fleur, des fleurs sur une étoffe. Étoffe à fleurs, Étoffe où il y a des figures de fleurs, etc., tissues ou brochées avec l'étoffe. Damas à fleurs. À fleurs d'or, à fleurs d'argent. Fleurs artificielles se dit de Certains ouvrages qui imitent des fleurs ou des plantes à fleurs, et qui servent à faire des bouquets, à orner les coiffures de femme, etc. Fleur de lis. Voyez LIS. Il se dit figurément, en parlant de Certaines choses, pour désigner le Temps où elles sont dans toute leur beauté, dans leur fraîcheur nouvelle, dans leur plus grand éclat, comme les arbres et les plantes lorsqu'ils sont en fleur. Mourir à la fleur de l'âge. Elle était alors dans la fleur de sa beauté, dans toute la fleur de sa beauté. Fleurs de rhétorique, Ornements factices du discours. Il a prodigué les fleurs de rhétorique et n'a rien dit sur la question à traiter. Il se dit encore, figurément, d'une Légère blancheur qui paraît sur la peau de certains fruits, tels que les prunes, les raisins lorsqu'on vient de les cueillir. La fleur du teint, Cet éclat, cette fraîcheur de teint que donnent la jeunesse et la santé. On dit dans le même sens La fleur d'innocence. Il se dit aussi, figurément, pour Élite, choix, ce qu'il y a de meilleur, d'excellent. Voyez Fleur de chevalerie, fine fleur de chevalerie. FIN (adj.). Ne prendre que la fleur d'un sujet, Prendre seulement ce qu'il y a de meilleur. Fig. et fam., La fleur des pois, se dit d'un Homme à la mode, élégant, et exceptionnellement recherché. Fleur de farine, La partie la plus fine la plus belle de la farine. Un gâteau de fleur de farine.

FLEURS s'est dit dans l'ancienne Chimie et se dit quelquefois encore de Certaines substances à l'état de pureté ou d'extrême division, produites par sublimation. Fleurs de soufre, de zinc, d'arsenic, d'antimoine. On dit de même, au singulier, Fleur de soufre. Fleurs du vin, Petites moisissures qui paraissent sur le vin au contact de l'air, dans les tonneaux ou dans les bouteilles.

À FLEUR DE, loc. prép. Presque au niveau de. Les fondements de cet édifice sont déjà à fleur de terre. À fleur d'eau, Au niveau de la superficie de l'eau. La digue n'était pas encore à fleur d'eau. Il a de gros yeux à fleur de tête, Si saillants qu'ils sont presque au niveau de la tête. À fleur de peau, Sans dépasser la surface de la peau. Fig., Une raillerie à fleur de peau, Une raillerie superficielle. En termes de jeu de Paume, La balle a passé à fleur de corde, Elle a légèrement effleuré la corde, en passant par-dessus, en sorte qu'il s'en est peu fallu que le coup ne fût perdu. Cette médaille est à fleur de coin, Elle est parfaitement conservée.

Fleur : définition du Littré (1872-1877)

FLEUR (fleur) s. f.
  • 1Corolle simple ou composée de certaines plantes, ordinairement odorante et douée de vives couleurs. Puisque les fleurs sont le plus pur et le plus bel ouvrage de la terre…, Voiture, Lett. 73. Le chef, au lieu de fleurs, couronné de lauriers, Corneille, Cid, IV, 5. Et cet aimable garçon disparaît en un moment comme une fleur que le vent emporte, sans guerre, sans occasion, sans mauvaise vie, Sévigné, Lett. 29 mars 1696. À quoi es-tu réduite, âme raisonnable ? toi qui étais née pour l'éternité et pour un objet immortel, tu deviens éprise et captive d'une fleur que le soleil dessèche, d'une vapeur que le vent emporte, en un mot d'un corps qui par la mortalité est devenu un empêchement et un fardeau à l'esprit, Bossuet, la Vallière. Ils [les voluptueux] ne parlent que de fleurs, que de festins, que de danses, que de passe-temps : couronnons nos têtes de fleurs, avant qu'elles soient flétries, Bossuet, Sermons, Impén. finale, 3. Je verrai les chemins encor tout parfumés Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés, Racine, Iphig. IV, 4. Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché, Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché, Racine, Athal. I, 2. Il donne aux fleurs leur aimable peinture, Racine, ib. 4. Il faut qu'avril jaloux brûle de ses gelées Le beau pommier, trop fier de ses fleurs étoilées, Hugo, Orient. XXXIII.

    Dans le langage de la botanique, la fleur est l'ensemble des organes de la reproduction des végétaux.

    Fleurs stériles, celles qui sont réduites aux enveloppes florales, soit par suite d'avortement des organes sexuels (anthères, pistil), soit par transformation de ces organes en enveloppes florales, obtenue par culture, comme dans beaucoup de fleurs doubles.

    Fleur double, celle dont les organes sexuels se sont métamorphosés en pétales.

    Fleur incomplète, fleur manquant d'un ou plusieurs des quatre verticilles regardés comme essentiels.

    Fleur nue, fleur dépourvue tout à la fois du calice et de la corolle.

    Fleur mâle, fleur qui ne porte que des étamines. Fleur femelle, fleur qui ne porte que des pistils.

    Fleur ailée, nom donné aux fleurs insectiformes des orchidacées, etc.

    On désigne aussi sous le nom de fleur l'urne des mousses et les sores des fougères.

    Langage des fleurs, langage symbolique dans lequel on exprime une pensée, un sentiment secret par des fleurs isolées ou arrangées d'après un certain choix.

    Passer fleur, se dit de la vigne dont la floraison passe sans qu'aucune intempérie empêche le grain de se former. Si la vigne peut passer fleur et ne point couler, on ne saura où mettre tout le vin de cette année, Courier, II, 87.

  • 2 Terme de pharmacie. Les quatre fleurs, celles de mauve, de pied-de-chat, de pas-d'âne et de coquelicot, dont on fait une tisane pectorale.
  • 3 Par extension, plantes qu'on cultive pour l'agrément. Planter, cultiver des fleurs. Des pots de fleurs. Que votre éclat est peu durable, Charmantes fleurs, honneur de nos jardins, Deshoulières, dans RICHELET.
  • 4Figure, représentation de diverses fleurs. Broder des fleurs sur une étoffe. Peindre des fleurs.

    Étoffe à fleurs, étoffe où il y a des figures de fleurs, tissues ou brochées avec l'étoffe. Damas à fleurs.

    Fleur de broderie, ouvrage de brodeur, fait en manière de fleur.

    Peintre de fleurs, peintre qui représente des fleurs, et même aussi des fruits et des plantes entières.

    Fleurs artificielles, et, absolument, fleurs, se dit de certains ouvrages qui imitent des fleurs ou des plantes à fleurs et qui sont employés à la parure ou à la décoration.

    Fleur de lis, voy. LIS.

    En architecture, fleurs se dit des ornements qui imitent les fleurs. L'espèce de rose qui est au milieu de l'abaque du chapiteau corinthien, se nomme fleur de chapiteau.

  • 5 Fig. Semer, jeter, répandre des fleurs sur la tombe de quelqu'un, lui donner des louanges, rendre un culte à sa mémoire. Ce serait là le sujet du panégyrique d'un autre ; c'est la moindre partie du sien ; je ne prends que ses vertus extraordinaires, et je choisis les fleurs que je jette sur son tombeau, Fléchier, Mme d'Aiguillon. Ô vous surtout, infortuné Bavière, Jeune Froulai, si digne de nos pleurs, Qui chantera votre vertu guerrière ? Sur vos tombeaux qui répandra des fleurs ? Voltaire, Épît. LXII.
  • 6Dans le langage relevé, agréments, plaisirs. La froideur qui est entre vous et lui est d'autant plus dangereuse qu'elle est cachée sous des fleurs, Sévigné, 461. Le poëte… …Orne, élève, embellit, agrandit toutes choses, Et trouve sous sa main des fleurs toujours écloses, Boileau, Art p. III. Rions, chantons, dit cette troupe impie ; De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs, Promenons nos désirs, Racine, Athal. II, 9.

    Cacher sous des fleurs, couvrir de fleurs le bord du précipice, un piége, cacher sous des apparences séduisantes des choses souverainement dangereuses. Je leur semai de fleurs les bords des précipices, Racine, Athal. III, 3. Il faut couvrir de fleurs l'abîme où je l'entraîne, Voltaire, M. de Cés. I, 4.

  • 7Le temps où certaines choses sont dans toute leur beauté, dans tout leur éclat. Cent autres passions, des sages condamnées, Ont pris comme à l'envi la fleur de mes années, La Fontaine, Poésies mêlées, LXIX. Être dans la fleur de sa fortune, Maucroix, Schisme, livre II, dans RICHELET. Nous nous sommes plaints que la mort, ennemie des fruits que nous promettait la princesse, les a ravagés dans la fleur, Bossuet, Duch. d'Orl. Votre vie ailleurs et longue et fortunée, Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée, Racine, Iphig. I, 2. J'ai perdu dans la fleur de leur jeune saison Six frères ; quel espoir d'une illustre maison ! Racine, Phèd. II, 1. L'un dans la fleur des ans, l'autre vers son déclin, Voltaire, Mérope, II, 2. Je le suivis [Alexandre] dans ses folies de l'Inde ; enfin je l'ai vu mourir à la fleur de son âge dans Babylone, pour s'être enivré comme le dernier des goujats de son armée, Voltaire, Dial. XXIX, 1. Travaillez, disiez-vous, vous avez des talents ; Si le malheur vous suit, le travail le surmonte : On peut veiller sans crainte à la fleur de ses ans, Gilbert, à M. d'Arnaud.
  • 8Poétiquement et dans le style élevé, personne jeune, belle, ou même jeune enfant. Vous parlerai-je de la mort de ses chers enfants…Représentons-nous ce jeune prince que les Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains ; pardonnez-moi ces expressions ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur, Bossuet, Marie-Thér. De cette fleur si tendre et si tôt moissonnée, Racine, Athal. IV, 3. Chère et dernière fleur d'une tige si belle, Racine, ib. IV, 6. J'apprends que vous avez perdu Mlle Guichard… voilà donc cette pauvre petite fleur si souvent battue de la grêle, à la fin coupée pour jamais, Voltaire, Lett. d'Argental, 27 avr. 1751. Fleur de vingt ans, vertu parfaite, Vous rajeunira, sur ma foi, Béranger, M. de Charlemagne. Quoi, mortes ! quoi, déjà sous la pierre couchées ! Quoi, tant d'êtres charmants sans regard et sans voix ! Tant de flambeaux éteints, tant de fleurs arrachées ! Hugo, Orient. XXXIII. Toutes fragiles fleurs, sitôt mortes que nées, Hugo, ib.
  • 9 Terme de littérature. Ornement, embellissement, parure d'un style fleuri. Il a essayé de jeter quelques fleurs sur ce sujet aride. …Sans fleurs de bien dire ou d'autre art plus profond, Nous tombâmes d'accord, Régnier, Sat. X. Que penseriez-vous d'un avocat qui, plaidant une cause où il s'agirait de tout le bien de votre famille, ferait le bel esprit et remplirait son plaidoyer de fleurs et d'ornements ? Fénelon, t. XXI, p. 35. J'ai du regret de voir Tite Live jeter des fleurs sur ces énormes colosses, Montesquieu, Rom. 5. Si, au lieu de faire une satire contre les femmes, l'exact, le solide, le laborieux, l'élégant Despréaux avait consulté les femmes de la cour les plus spirituelles, il eût ajouté à l'art et au mérite de ses ouvrages si bien travaillés, des grâces et des fleurs qui leur eussent encore donné un nouveau charme, Voltaire, Alz. Ép. déd.

    Fleurs de rhétorique, nom donné à tous les ornements du style, et surtout aux figures agréables recommandées par les rhéteurs. N'allez pas, s'il vous plaît, me défendre comme Scaramouche défendait Arlequin, en avouant qu'il était un ivrogne, un gourmand, un débauché attaqué de maladies honteuses, et s'excusant envers Arlequin en lui disant que c'était des fleurs de rhétorique, Voltaire, Lett. duc de Richelieu, 27 févr. 1765.

    En mauvaise part, se dit d'un discours où les fleurs de rhétorique, prodiguées sans mesure et sans goût, tiennent lieu de ce qui aurait dû être dit.

  • 10Velouté délicat qui recouvre la peau de certains fruits. On a détruit la fleur de ces fruits en y touchant. Des prunes couvertes de leur fleur.
  • 11Les couleurs brillantes du teint. Et, mettant la céruse et le plâtre en usage, Composa de sa main les fleurs de son visage, Boileau, Ép. IX. Des fleurs de votre teint Où faites-vous emplette ? Béranger, Lisette.

    Par extension, lustre, tendre éclat de la beauté. Une légère fleur du corps que non-seulement la mort fait tomber, mais qui s'enfuit aux premières approches de la vieillesse, Guez de Balzac, lett. 10, liv. VI. La mort ternit dans les plus beaux corps toute cette fleur de beauté, Bossuet, Sermons, III, Profess. 1. De son teint la fleur naïve, Toujours fraîche, toujours vive, Confond les efforts de l'art, Favart, Ninette, I, 2. Quelquefois un souffle rapide Obscurcit un moment sous sa vapeur humide L'or, qui reprend soudain sa brillante couleur ; Ainsi du Sirius, ô jeune bien-aimée, Un moment l'haleine enflammée De ta beauté vermeille a fatigué la fleur, Chénier, à Fanny malade. Quand la douleur N'avait point de ta joue éteint la jeune fleur, Chénier, 43. Les revers ont soufflé sur la fleur de son âge ; Mais le malheur, assis sur son front consterné, Ne put en effacer la grâce et le courage, Masson, Helvétiens, VI.

    Il se dit, en un sens analogue, du lustre de la santé. La jeunesse en sa fleur brille sur son visage, Boileau, Lutr. I. La fleur de la santé brille sur son visage, Voltaire, Candide, 24. Fig. Ce qu'il [Dieu] peut faire de mieux [pour ses serviteurs], c'est de répandre mille amertumes sur tous leurs plaisirs, de ne leur permettre pas de s'y reposer, de secouer et d'abattre cette fieur du monde qui leur rit trop agréablement, Bossuet, 2e sermon pour l'Exalt. de la sainte croix, 1.

  • 12 Par extension, lustre, tendre éclat des choses morales ou intellectuelles. Cette fleur d'innocence qui donne tant de charme au jeune âge. La connaissance des affaires, l'application à ses devoirs, l'éloignement de tout intérêt le firent connaître au public, et produisirent cette première fleur de réputation qui répand son odeur plus agréable que les parfums sur tout le reste d'une belle vie, Fléchier, Letellier. Il en avait pris surtout cette brillante superficie, cette fleur qui jette de l'agrément dans le commerce, même avec les femmes, Rousseau, Conf. IV. La Jérusalem [du Tasse] a une fleur de poésie exquise, Chateaubriand, Génie, II, VI, 2.
  • 13Superficie. Son esprit ne contemple que la fleur des objets.

    À fleur de, loc. prép. Au niveau, sur le même plan. La digue est à fleur d'eau. Le visage plein, les yeux à fleur ce tête, Rousseau, Conf. V. Les mines d'or et d'argent qui s'y découvrent presque à fleur de terre, attestent une révolution du globe très ancienne, mais postérieure à celles qui ont bouleversé notre hémisphère, Raynal, Hist. phil. XVII, 3.

    Fig. Et puis de pénibles souvenirs, quelque chose de son crime et de son repentir paraît encore au milieu de ces joies à fleur d'âme, par lesquelles il [Love lace] veut se tromper lui-même, Villemain, Litt. franç. 18e siècle, 1re leçon.

    Cette médaille est à fleur de coin, l'empreinte en est parfaitement conservée.

    Au jeu de paume, la balle a passé à fleur de corde, elle a légèrement touché la corde, de sorte que peu s'en est fallu que le coup ne fût perdu.

    Fig. Cette affaire n'a passé qu'à fleur de corde, peu s'en est fallu qu'elle n'échouât.

  • 14Première vue ou premier usage d'une chose nouvelle. Voilà une étoffe qui vient d'arriver dans notre magasin ; vous en aurez la fleur.
  • 15La fleur de la virginité, la virginité même.

    Dans un langage un peu libre, fleur, pris absolument, a le même sens. Ce n'est qu'un faux appât, et, sous cette couleur, Il ne veut cependant que surprendre une fleur, Corneille, la Suiv. III, 6 (1re éd.) . Cette fleur, qui avait été réservée pour le beau prince de Massa-Carrara, me fut ravie par le capitaine corsaire, Voltaire, Candide, 11. Un vieux pirate… s'en est allé livrer ma fleur au commandant de la contrée, Voltaire, 3 Manières.

  • 16Ce qu'il y a de meilleur, d'excellent. Ne prendre que la fleur d'un sujet. Je ne me repens point d'avoir par mon adresse Sauvé le sang des dieux et la fleur de la Grèce, Corneille, Méd. II, 2. La fleur de nos guerriers, le sang de tant de dieux…, Corneille, ib. II, 5. Il donne la fleur de la cavalerie à un homme de qui il n'était pas assuré, Perrot D'Ablancourt, Arrien, liv. II, dans RICHELET. Bornons ici notre carrière ; Les longs ouvrages me font peur ; Loin d'épuiser une matière, On n'en doit prendre que la fleur, La Fontaine, Fabl. VI, Épil. Notre souper d'hier au soir, ma fille, il me semble qu'il était fort beau, fort bien servi ; je m'y trouvai avec la fleur de mes amis, Sévigné, 29 janv. 1685. Je vous donne avec plaisir le dessus de tous les paniers, c'est-à-dire la fleur de mon esprit, de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de mon écritoire, Sévigné, 234. La jeunesse, qui est la fleur de toute la nation, Fénelon, Tél. XI. Il y a trois ordres de l'architecture des Grecs : le dorique, l'ionique et le corinthien ; on peut les appeler avec raison la fleur et la perfection des ordres, puisqu'ils contiennent non-seulement tout le beau, mais encore tout le nécessaire de l'architecture, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re partie, p. 16, dans POUGENS. Une foule de princes, les ministres, la fleur de la noblesse, tout ce qui composait la cour d'Atabaliba, fut égorgé, Raynal, Hist. phil. VII, 5.

    Par antiphrase. Ah ! noble espion, la fleur des drôles, qui faites ici le bon valet et voulez nous souffler la dot, Beaumarchais, Mère coup. II, 24. Fine fleur de Normand [un Normand plus Normand que tous les autres], La Fontaine, Rem.

    Fleur de chevalerie, fine fleur de chevalerie, s'est dit, dans les romans de chevalerie, de l'élite des chevaliers, ou d'un chevalier accompli.

    Familièrement. Fine fleur de chevalerie, homme qui a beaucoup de valeur et de probité.

    La fleur des chevaliers, le plus brave des chevaliers. L'endroit où la fleur des chevaliers, Roland, termina ses hauts faits, Chateaubriand, Génie, IV, III, 3.

    Fleur des coursiers, un excellent cheval. Rossinante, la fleur des coursiers d'Ibérie, Boileau, Poésies div. 25.

    C'est la fleur de la galanterie, se dit d'un homme très galant auprès des femmes ; se dit aussi des attentions délicates qu'on emploie pour leur plaire.

    La fleur des pois, voy. POIS.

    Fleur des saints, ancienne histoire de la vie des saints, écrite en espagnol par Ribadeneira et mise plusieurs fois en français. Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des saints, Molière, Tart. I, 2.

  • 17Cartes de fleur, cartes à jouer de la plus belle qualité.

    Blanchi à fleur, s'est dit pour très bien blanchi. Fil de lin blanchi à fleur, Tabl. ann. aux lett. pat. du 16 déc. 1780.

  • 18Fleur de farine, la partie la plus fine de la farine.
  • 19Fleur est le nom d'une foule de plantes.

    Fleur de l'air, nom vulgaire de l'épidendre aéranthe (orchidées), appelée ainsi parce qu'à Montevideo et entre les tropiques elle végète suspendue aux fenêtres, et sans terre, Legoarant

    Fleur aux cocus, un des noms vulgaires de l'anemone nemorosa, L. plante qui fleurit en même temps que le coucou (primula veris).

    Fleur bleue, plante dont on se sert en Asie pour colorer les mets en un beau bleu qui s'évanouit bientôt, c'est la clitore de Ternate (légumineuses), Legoarant

    Fleur du tan, nom vulgaire du champignon nommé fuligo des jardins, dit aussi bourrée, et qui croît sur la tannée.

    Fleur du soleil, le cistus helianthemum de Linné, appelé maintenant hélianthème vulgaire.

    Fleur du soleil, le souci des jardins, calendula officinalis, L. (composées), dit encore fleur de tous les mois.

    Fleur changeante, la ketmie à fleur changeante (malvacées).

    Fleur du ciel, un des noms donné au nostoc commun (algues), dit crachat de lune.

    Fleur de la passion, fleur qui représente les instruments de la passion (passiflore bleue).

    Fleur de Constantinople, un des noms vulgaires de la lychnide chalcédonique (caryophyllées), appelée encore fleur de Jérusalem.

    Fleur royale, un des noms du pied d'alouette.

    Fleur sanguine, la petite capucine.

    Fleur de la trinité, un des noms de la pensée.

    Fleur de jalousie, un des noms vulgaires de l'amarante tricolore, dite aussi jalousie.

    Fleur d'onze heures, un des noms vulgaires de l'ornithogale ombellé (liliacées), dit encore dame d'onze heures, nommée ainsi parce que c'est vers cette heure que sa fleur s'ouvre.

    Fleur de paradis, un des noms vulgaires de la poinciane très belle, dite aussi poincillade, et fleur de paon (légumineuses).

    Fleur miellée, fleur de miel, nom vulgaire des espèces du genre mélianthe (zygophyllées). Ces fleurs ont des nectaires qui sécrètent en abondance une liqueur miellée, Legoarant

    Fleur à musc, espèce de ketmie.

    Fleur de veuve. voy. SCABIEUSE.

  • 20Double fleur, variété de poirier, le fruit de ce poirier. Planter une double fleur. Manger une double fleur.
  • 21Fleurs de vin, de bière, de vinaigre, pellicules qui se produisent sur ces liquides et qui sont formées de petites plantes, dites mycodermes, d'une organisation très inférieure.
  • 22Fleurs de corail, petites boules arrondies qu'on trouve aux extrémités des branches, lorsque les coraux sont encore jeunes et tendres.
  • 23 Terme d'ancienne chimie. On nommait fleurs les substances en poudre et les sublimés, qui se composent de particules très divisées ou d'aiguilles fort déliées.

    Fleur d'alun, l'alun de plume.

    Fleurs d'antimoine, acide antimonieux préparé par sublimation. Il perd en même temps une partie de sa substance qui s'exhale en fumée que l'on peut condenser et recueillir en aiguilles brillantes auxquelles on a donné le nom de fleurs argentines d'antimoine, Buffon, Min. t. v, p. 267.

    Fleurs d'arsenic, acide arsénieux sublimé.

    Fleurs de benjoin, acide benzoïque obtenu par sublimation.

    Fleurs de bismuth, efflorescence d'oxyde de bismuth qu'on trouve à la surface des minéraux qui renferment en même temps ce métal à l'état natif.

    Fleur de chaux, voy. FARINE, n° 4.

    Fleurs de cobalt, arsénite de cobalt pulvérulent. Le premier et le plus sûr des indices qui peuvent annoncer une mine prochaine de cobalt est une efflorescence minérale, couleur de rose, de structure radiée, à laquelle on a donné le nom de fleurs de cobalt, Buffon, Min. t. VI, p. 5.

    Fleurs de cuivre, oxyde de cuivre capillaire.

    Fleurs de nickel, oxyde de nickel.

    Fleurs de sel ammoniac, chlorure d'ammoniaque sublimé.

    Fleurs de sel ammoniac cuivreuses, chlorure d'ammoniaque et de cuivre sublimé.

    Fleurs de soufre, soufre sublimé en très petits cristaux aciculaires.

    Fleurs de zinc, oxyde de zinc produit par la combustion du métal. Pour tirer le zinc de la calamine ou des blendes, il suffit de les exposer au feu de calcination ; ce demi-métal se sublime en vapeurs qui, par leur condensation, forment de petits flocons blancs et légers auxquels on a donné le nom de fleurs de zinc, Buffon, Min. t. V, p. 397.

  • 24 Terme de tanneur. Le côté de la peau d'où le poil a été enlevé. On étend la peau sur une table bien propre, la fleur en dessus, et par conséquent la chair touche la table… on la plie en deux, fleur contre fleur, et on ne la tord pas, Manuel du relieur, p. 115 (Roret, 1827)
  • 25 Terme de marine. Les fleurs d'un vaisseau sont les parties qui sont formées par les extrémités des varangues, avec les membres courbes, qui se mettent au fond et qui s'appellent genoux.
  • 26Fleurs blanches, voy. FLEURS.

PROVERBES

Les fèves sont en fleur, se dit à une personne qu'on accuse de folie, à cause de l'influence que l'on attribue au printemps sur l'explosion de la folie.

Le serpent est caché sous des fleurs, se dit des choses séduisantes, mais dangereuses.

HISTORIQUE

XIe s. L'escut [il] lui freint qui est à flurs et or, Ch. de Rol. XCVI. De douce France [il] m'ont tolude la flur, ib. CLXXIV.

XIIe s. Marsile mande des Sarazins la flor, Ronc. p. 39. Pour verdure, ne pour prée, Ne pour fueille, ne pour flor, Couci, I. Grans fu la noise, et esforciés li cris, Et Gautelés s'est cele part guenchis : Armes ot beles, paintes à flor de lis, Raoul de C. 166.

XIIIe s. Mais m'aura [en mariage], se Dieu plait, cil qui en ot la flor [virginité], Audefroi le Bastard, Romancero, p. 33. Berte fut gracieuse come est la fleur sur l'ente, Berte, X.

XIVe s. Metz le coffret en terre, que le couvercle soit à fleur de la terre, Modus, f° LXXIV. [Le roi de Navarre haranguant le peuple de Paris dit] qu'il aimoit moult le royaume de France, et qu'il y estoit bien tenu, car il estoit des fleurs de lys de tous costés [parent de la famille royale], Chr. de St Denis, t. II, p. 250, dans LACURNE.

XVe s. Ce royaume ci a esté un grand temps en fleur, et vous savez, une chose qui est en fleur, elle a greigneur mestier que elle soit près gardée que quand elle est contournée en fruit, Froissart, II, II, 36. En ce temps que ceste croix [croisade] estoit en si grande fleur, et qu'on ne parloit d'autre chose, Froissart, I, I, 62. …Et très bien montés sur fleur de roncins et de gros coursiers, Froissart, I, I, 139. Le gentil chevalier messire Jean de Hainaut, qui estoit en la fleur de son aage, Froissart, I, I, 14. Toute la fleur de Gascogne, chevaliers et escuyers estoient pris, Froissart, II, II, 7. En la compagnie de l'amiral avoit grand foison de bonnes gens d'armes, toute fleur de chevalerie et d'escuierie, Froissart, II, II, 224. La fleur des fleurs, c'est madame m'amie, Deschamps, Poésies mss. f° 146, dans LACURNE. Sur laquelle beste avoit environ deux boteaux de fleur ou farine, Du Cange, flora.

XVIe s. Voyans les peuples passer les deux tropiques, volter soubz la zone torride, avoir l'unz et l'aultre pole en veue à fleur de leur orizon, Rabelais, Pant. III, 51. Fleur de quinze ans…, Marot, III, 104. Elle commençoit à passer fleur [vieillir], Yver, p. 644. Couleur de fleur de siegle… fleur de pesché, fleur mourante, etc. D'Aubigné, Faen. I, 2. Encores que toute la contr'escarpe fust en feu de coups de canon, qui tiroit à fleur du rempart, D'Aubigné, Hist. II, 46. [Au vin nouveau] il y a la fleur qui est au dessus, la lye qui est au fond, Paré, Introd. 6. Camillus estoit environ de ce temps là en la fleur de son credit, Amyot, Cam. 1. Il n'oublioit surtout d'y inciter toute la fleur de la jeunesse de la cour, si bien qu'on disoit que c'estoit la fleur des feves, Brantôme, cité par CH. NISARD, Revue de l'instruction publique, 15 nov. 1860. Combien de villes sont à fleur de champ laissées, Poésies de PERRIN. p. 23, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FLEUR. Ajoutez :
27Fleurs coupées, fleurs qui se vendent en bouquets. Il se vend pour plusieurs millions par an de fleurs coupées, comme on appelle l'article en termes du métier… il y a généralement beaucoup de déchet sur la fleur coupée ; mais le bénéfice rachète la perte, Journ. offic. 31 mai 1875.
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Fleur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

FLEUR, s. f. (Bot. histor. anc.) Les anciens n’ont point déterminé fixement ce qu’ils entendoient par le mot de fleur, flos : quelquefois ils ont caractérisé de ce nom les étamines ou filets qui sont au centre de la fleur ; & c’est ce qu’il faut savoir pour entendre plusieurs passages de leurs écrits. Par exemple, quand Aurélianus nomme la rose une fleur d’un beau jaune, soûtenue par un calice pourpre, il est clair qu’il entend par le mot de fleur, les étamines qui sont au milieu de la rose, lesquelles sont en effet d’un beau jaune & en grand nombre ; & qu’il appelle le calice de la fleur, les feuilles ou pétales pourpres que nous nommons communément la rose même. C’est en suivant la même explication qu’il semble que Virgile peint notre baume sous le nom d’amello ; il dit qu’il a une fleur jaune, & des feuilles pourpres pour disque. Or on voit qu’il désigne par le nom de fleur, les étamines ou filets qui sont jaunes dans le baume ; & par les feuilles qui l’entourent, il entend le calice de la fleur qui est pourpre ou violet : mais que de graces ne sait-il point mettre dans la peinture de son amello !

Est étiam flos in prætis, cui nomen amello
Fecêre agricolæ, facilis quærentibus herba.
Namque uno ingentem tollit de cespite sylvam
Aureus ipse : sed in foliis quæ plurima circum
Funduntur, violæ sublucet purpura nigræ.
Sæpe deûm nexis ornatæ torquibus aræ.
Asper in ore sapor : tonsis in vallibus illum
Pastores, & curva legunt prope flumina mellæ.
Hujus odorato radices incoque Baccho,
Pabulaque in foribus plenis appone canistris.

Georg. liv. IV.

Pline en décrivant le narcisse, appelle le calice cette partie jaune qui occupe le centre, & il nomme fleurs les feuilles ou pétales qui l’environnent. On a critiqué Pline d’avoir appellé cette partie de la fleur le calice ; mais son dessein n’étoit dans cette occasion, que de comparer la fleur tubuleuse du narcisse pour la ressemblance, avec celle des calices ou ciboires dont les Grecs & les Romains se servoient dans les festins.

Fleur, (Botan. histor. mod.) production naturelle qui précede le fruit, & produit la graine ; ou bien, si on l’aime mieux, c’est la partie de la plante qui renferme les parties propres pour la multiplication de l’espece.

Suivant Rai, la fleur est la partie la plus tendre de la plante ; partie remarquable par sa couleur, sa forme, ou par l’une & l’autre, & qui adhere communément aux rudimens du fruit. M. de Jussieu dit, qu’on doit nommer proprement fleur, cette partie de la plante qui est composée de filets & d’un pistil, & qui est d’usage dans la génération : mais plusieurs fleurs n’ont point de pistil, & plusieurs autres n’ont point de filets. M. de Tournefort définit la fleur, cette partie de la plante qui se distingue ordinairement des autres parties par des couleurs particulieres, qui est le plus souvent attachée aux embryons des fruits, & qui dans la plûpart des plantes semble être faite pour préparer les sucs qui doivent servir de premiere nourriture à ces embryons, & commencer le développement de leurs parties.

Enfin M. Vaillant regarde les fleurs comme les organes qui constituent les différens sexes dans les plantes ; il prétend que les feuilles des fleurs ne sont que des enveloppes qui servent à couvrir les organes de la génération, & à les défendre ; il appelle ces enveloppes ou tuniques du nom de fleurs, quelque structure & quelque couleur qu’elles ayent, soit qu’elles entourent les organes des deux sexes réunis, soit qu’elles ne contiennent que ceux de l’un ou de l’autre, ou seulement quelques parties dépendantes de l’un des deux, pourvû toutefois que la figure de ces tuniques ne soit pas la même que celle des feuilles de la plante, supposé qu’elle en ait. Sur ce principe il nomme fausses fleurs ou fleurs nues, les organes de la génération qui sont dénués de tuniques ; & de vraies fleurs, ceux qui en sont revêtus : ainsi il exclut du nombre des vraies fleurs, les fleurs à étamines.

On distingue dans les fleurs, les feuilles ou pétales, les filets, les sommets, le pistil, & le calice : sur quoi voyez l’article Fleurs des Plantes. J’ajoûte que les fleurs, conformément au nombre de leurs pétales, sont nommées monopétales, dipétales, tripétales, terapétales, c’est-à-dire à une, à deux, à trois, à quatre feuilles, &c.

Rai prétend que toute fleur parfaite a des pétales, des étamines, des sommets, & un pistil, qui est lui-même ou le plein fruit, ou l’extrémité du fruit ; & il regarde comme fleurs imparfaites, toutes celles qui manquent de quelqu’une de ces parties.

Les fleurs sont distinguées en mâles, femelles, & hermaphrodites. Les fleurs mâles sont celles dans lesquelles il y a des étamines, mais qui ne portent point de fruit. Les fleurs femelles sont celles qui contiennent un pistil, auquel le fruit succede. Les fleurs hermaphrodites sont celles dans lesquelles se trouvent les deux sexes, & c’est ce qui est le plus ordinaire ; telles sont le narcisse, le lis, la tulipe, le géranium, la sauge, le thym, le romarin, &c.

La structure des parties est la même dans les fleurs où les sexes sont partagés ; la seule différence consiste en ce que les étamines & les sommets, c’est-à-dire les parties mâles sont séparées dans celles-ci des pistils, & se trouvent quelquefois sur la même plante, & quelquefois sur des plantes différentes ; entre les plantes qui ont les parties mâles & femelles, mais à quelque distance les unes des autres, l’on compte le concombre, le melon, la courge, le blé de Turquie, le tournesol, le noyer, le chêne, le hêtre, &c. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Fleurs des Plantes, (Bot. syst.) M. de Tournefort a préféré, dans sa distribution méthodique des plantes, les caracteres tirés des fleurs, pour établir les classes de sa méthode, qui est celle que nous suivons dans cet ouvrage pour la dénomination & la définition des différens genres de plantes. Cet auteur distingue cinq parties dans les fleurs ; savoir les feuilles, les filets, les sommets, le pistil, & le calice ; mais toutes ces parties ne se trouvent pas dans toutes les fleurs.

Les feuilles de la fleur sont aussi appellées pétales, pour les distinguer des feuilles de la plante. Les pétales sont ordinairement les parties les plus apparentes & les plus belles de la fleur, mais toutes les fleurs n’en ont pas, & il est souvent très-difficile de déterminer les parties auxquelles on doit donner le nom de pétales, ou celui de calice.

Les filets sont placés pour l’ordinaire dans le milieu de la fleur ; ceux qui soûtiennent des sommets sont appellés étamines. Il y a des filets simples, il y en a de fourchus.

Les sommets sont les parties qui terminent les étamines, quelquefois l’extrémité de l’étamine forme le filet en s’élargissant ; mais dans le plus grand nombre des plantes, les sommets sont attachés à l’extrémité des étamines. La plûpart des sommets sont partagés en deux bourses qui renferment de petits grains de poussier, & qui s’ouvrent de différentes manieres.

Le pistil est pour l’ordinaire au centre de la fleur ; il y a beaucoup de variété dans la figure de cette partie ; elle est pointue dans un très-grand nombre de plantes, & renflée à la base. Il y a aussi des pistils qui sont arrondis, quarrés, triangulaires, ovales, semblables à un fuseau, à un chapiteau, &c. L’embryon du fruit se trouve le plus souvent dans le pistil ; il est aussi quelquefois au-dessous ou au dessus. Dans presque toutes les plantes, l’extrémité du pistil est couverte de poils fistuleux, parsemée de petites veines, & ouverte par plusieurs fentes.

Le calice est la partie extérieure de la fleur, qui enveloppe les autres parties, ou les soûtient, ou qui les enveloppe & les soûtient. On doit donner aussi le nom de calice à la partie extérieure & postérieure qui se trouve dans quelques fleurs, & qui est différente des feuilles, des fleurs, & de leur pédicule. Il y a des fleurs qui ont des feuilles qui paroissent être un calice ; elles sont de vraies feuilles, lorsqu’elles ne servent ni d’enveloppe ni de capsule aux semences qui viennent après la fleur ; mais si ces prétendues feuilles restent & servent d’enveloppe ou de capsule aux semences, on doit leur donner le nom de calice.

M. de Tournefort ne considere pour la distribution méthodique des plantes, que la structure des fleurs ; il les divise d’abord en fleurs à feuilles, & en fleurs à étamines. Les premieres sont celles qui ont non-seulement des filets chargés de sommets, c’est-à-dire des étamines, mais encore des feuilles que l’on appelle pétales, flores petalodes ; les autres au contraire n’ont que des étamines sans pétales, flores staminei, seu capillacei & apetali : telles sont les fleurs de l’avoine, de l’arroche, de la bistorte, &c. Les chatons, nucamenta seu juli, sont des fleurs à étamines.

Les fleurs à feuilles sont simples ou composées. Les fleurs simples se trouvent chacune dans un calice : il y en a de plusieurs sortes ; les unes n’ont qu’une seule feuille coupée régulierement ou irrégulierement, telles sont les fleurs en cloche, flores campaniformes, c’est-à-dire les fleurs qui ont la figure d’une cloche, d’une campane, ou d’un grelot ; les autres ressemblent à un entonnoir, flores infundibuliformes, par exemple la fleur de l’oreille d’ours. Les fleurs en soûcoupe different des précédentes, en ce que leur partie supérieure a la forme d’un bassin plat, dont les bords sont relevés. Les fleurs des primeveres sont de cette espece. Les fleurs en rosette, flores rosati, ont la figure d’une mollette d’éperon ou d’une roue. Les fleurs en mufle, flores labiati, sont formées en-devant par une sorte de masque. Les fleurs en gueule, flores personati, sont terminées en-avant par deux levres, qui leur donnent l’apparence d’une gueule. Enfin les fleurs irrégulieres d’une seule feuille ressemblent à différentes choses, & peuvent être désignées par ces ressemblances.

Parmi les fleurs simples, il s’en trouve qui ont quatre feuilles qui forment une croix, flores cruciformes. Il y en a d’autres qui ont plusieurs feuilles disposées, comme celles de la rose, flores rosalli ; ou de l’œillet, flores cariophillei ; ou du lis, flores liliacei ; ou qui sont placées irrégulierement, flores polypetali anomali. Les fleurs papilionacées, flores papilionacei, sont ainsi appellées, parce qu’elles ressemblent en quelque sorte à un papillon qui a les ailes étendues ; ce sont les fleurs des plantes légumineuses, comme les pois, les feves, &c. flores leguminosi ; elles ont quatre ou cinq feuilles : il y en a une au-dessus de la fleur qui est appellée l’étendard, vexillum, & une autre au-dessous qui est le plus souvent double, & que l’on nomme carina, parce qu’elle ressemble au fond d’un bateau ; les deux autres sont sur les côtés de la fleur comme des ailes.

Les fleurs composées sont celles dont le calice renferme plusieurs fleurs que l’on appelle fleurons, flosculi, ou demi-fleurons, semiflosculi. Parmi les fleurs composées on distingue les fleurs à fleurons, flores flosculosi ; les fleurs à demi-fleurons, flores semiflosoulosi, & les fleurs radiées, flores radiati. Les fleurs à fleurons sont composées de plusieurs tuyaux que l’on appelle fleurons ; il sont ordinairement fermés par le bas, ouverts par le haut, évasés, découpés le plus souvent en laniere ou en étoile à plusieurs pointes, rassemblés en un seul bouquet, & renfermés dans un calice dont le fond est appellé la couche, thalamus, parce qu’il porte les embryons des semences qui ont chacun un fleuron. Les fleurs de l’absynthe, des chardons, de la jacée, sont des fleurs à fleurons. Les fleurs à demi-fleurons sont composées de plusieurs parties fistuleuses par le bas, & applaties en feuilles dans le reste de leur longueur ; ce sont les demi-fleurons qui ne forment qu’un seul bouquet renfermé dans un calice, qui sert de couche aux embryons des semences. La dent de lion, la laitue, le laitron, &c. ont des fleurs à demi-fleurons. Les fleurs radiées ont des fleurons & des demi-fleurons ; les fleurons sont rassemblés dans le milieu de la fleur, & forment le disque ou le bassin ; les demi-fleurons sont rangés autour du disque en forme de couronne. Ces fleurons & ces demi-fleurons sont enveloppés d’un calice commun, qui est la couche des embryons des semences ; ils portent chacun pour l’ordinaire un fleuron, ou un demi-fleuron : telles sont les fleurs de l’aster, de la jacobée, de la camomille, &c.

Fleurs fleurdelisées. Les fleurs de cette espece se trouvent sur plusieurs plantes ombelliferes ; elles sont composées de cinq feuilles inégales, disposées en forme de fleur-de-lis de France : telles sont les fleurs du cerfeuil & de la carotte.

Fleurs noüées : c’est ainsi que M. de Tournefort appelle les fleurs qui sont jointes aux embryons des fruits, comme celles des melons & des concombres qui portent sur les jeunes fruits, pour les distinguer des fleurs qui se trouvent sur ces plantes séparément des embryons, & que l’on nomme fausses fleurs. Il y a des plantes, par exemple le buis, dont les fleurs sont séparées des fruits sur le même pié. Il y en a aussi qui ne portent que des fleurs sur certains piés, & seulement des fruits sur d’autres piés de la même espece de plante, comme l’ortie, le chanvre, le saule, &c.

Fleurs en umbelle ou en parasol. On a donné ce nom aux fleurs soûtenues par des filets qui partent d’un même centre, à-peu-près comme les bâtons d’un parasol ; elles forment un bouquet dont la surface est convexée. Les fleurs de fenouil, de l’angélique, du persil, &c. sont en umbelle ou en parasol. Elémens de Botanique, & inst. rei herb. par M. de Tournefort.

M. de Tournefort distingue encore les fleurs en régulieres & irrégulieres. Les fleurs régulieres sont celles dont le tour paroît à-peu-près également éloigné de cette partie, que l’on peut regarder comme le centre de la fleur : telles sont les fleurs de l’œillet, les roses, &c. Les fleurs irrégulieres sont celles où cette proportion ne se trouve pas, comme sont les fleurs de la digitale, de l’aristoloche, de l’aconit, du lathyrus, &c.

Les fleurs labiées sont irrégulieres, monopétales, & divisées en deux levres ; la levre supérieure s’appelle crête, & l’inférieure barbe. Quelquefois la crête manque ; alors le pistil & les étamines tiennent sa place, comme dans la pomme de terre, le scordium, la bugle, & d’autres : mais la plus grande partie ont deux levres. Il y en a en qui la levre supérieure est tournée à l’envers, comme dans le lierre terrestre ; mais plus communément la levre supérieure est convexe en-dessus, & tourne sa partie concave en-bas vers la levre inférieure, ce qui lui donne la figure d’une espece de bouclier ou de capuchon, d’où l’on a fait les épithetes galeati, cucullati, & galericulati, qui conviennent presque toûjours aux fleurs verticillées, qu’il s’agit enfin de faire connoître.

Les fleurs verticillées sont donc celles qui sont rangées par étages, & comme disposées par anneaux ou rayons le long des tiges : telles sont les fleurs du marrube, de l’ormin, de la sidéritis, &c.

Toutes les fleurs naissent sur des pédicules, ou elles sont attachées immédiatement par elles-mêmes. Elles sont ou dispersées le long des tiges & des branches, ou ramassées a la cime de ces mêmes parties. Celles qui sont dispersées le long des tiges & des branches, sortent presque toûjours des aisselles des feuilles, & sont attachées par elles-mêmes, ou soûtenues par des pédicules.

Ces sortes de fleurs sont ou clair semées & rangées sans ordre dans les aisselles des feuilles, comme celles de la germandrée ; ou elles naissent par bouquets dans les aisselles des feuilles, comme celles de l’amandier ; ou bien elles sont disposées en rayons & comme par anneaux & par étages dans les aisselles des feuilles, comme on le voit dans la sidéritis, dans le faux dictamne, &c. Il y en a quelques-unes dont les anneaux sont si près les uns des autres, qu’ils forment un épi au bout de la tige : telles sont les fleurs de la bétoine, de la lavande ordinaire, &c.

Les fleurs qui naissent au bout des tiges & des branches sont ou seules, comme on le voit souvent en la rose ; ou ramassées en bouquet, en parasol, en épi.

Les bouquets sont ronds dans la rose de gueldre, oblongs dans le stœchas, en grappe dans la vigne, en girandoles dans la valériane, en couronnes dans la couronne impériale, en parasols dans le fenouil. Le froment, le seigle, l’orge, &c. ont les fleurs en épis, ramassées par paquets rangés en écailles. On voit des épis formés par plusieurs verticilles de fleurs, comme sont ceux de la lavande commune, de la bétoine, de la galeopsis, &c. On trouve des épis courbés en volute, comme ceux de l’herbe aux verrues ; il y en a quelques-uns où l’on ne remarque aucun ordre, comme ceux de la verveine commune. Tournefort.

Selon M. Linnæus, les fleurs sont composées de quatre parties différentes, qui sont le calice, la corolle, l’étamine, & le pistil.

Il y a sept sortes de calices : 1°. le périanthe, perianthium ; ce calice est le plus commun, il est composé de plusieurs pieces, ou s’il n’en a qu’une, elle est découpée. 2°. L’enveloppe, involucrum ; cette partie de la fleur est composée de plusieurs pieces disposées en rayons ; elle embrasse plusieurs fleurs qui ont chacune un périanthe. 3°. Le spathe spatha ; c’est une membrane attachée à la tige de la plante, elle embrasse une ou plusieurs fleurs qui pour l’ordinaire n’ont point de périanthe propre ; sa figure & sa consistance varient ; il y a des spathes qui sont de deux pieces. 4°. La bale, gluma ; cette sorte de calice se trouve dans les plantes graminées ; elle est composée de deux ou trois valvules, dont les bords sont le plus souvent transparens. 5°. Le chaton, amentum, julus ; il est composé de fleurs mâles, ou de fleurs femelles, attachées à un axe ou poinçon ; lorsqu’il y a des écailles, elles servent de calice aux fleurs. 6°. La coëffe, calypthra ; c’est une enveloppe mince, membraneuse, & de figure conique pour l’ordinaire ; elle couvre les parties de la fructification : on la trouve aux sommités des fleurs de plusieurs mousses. 7°. La bourse, volva ; ce calice est une enveloppe de quelques champignons ; elle les renferme d’abord, & ensuite il se fait dans le haut une ouverture, par laquelle ils sortent au-dehors.

La corollé, corolla ; il y en a de deux especes, le pétale, & le nectarium. Le pétale est monopétale ou polypétale, c’est-à-dire d’une seule piece ou de plusieurs pieces, qui sont les feuilles de la fleur ; lorsqu’il n’y a qu’une seule piece, on y distingue le tuyau & le lymbe ; lorsqu’il s’y trouve plusieurs pieces, chacune a un onglet & une lame. Le nectarium contient le miel ; c’est une fossette, une écaille, un petit tuyau, ou un tubercule. Le fleuron & le demi-fleuron dont il a déjà été fait mention, sont aussi des especes de corolles.

L’étamine, stamen, est la partie mâle de la génération des plantes ; elle est composée du filet & du sommet anthera, qui renferme les poussieres fécondantes.

Le pistil est la partie femelle de la génération ; il est composé du germe, du stile, & du stigmate ; le germe renferme les embryons des semences ; le stile est entre le germe & le stigmate, mais il ne se trouve pas dans toutes les plantes ; le stigmate est l’ouverture qui donne entrée aux poussieres fécondantes des étamines, pour arriver aux embryons des semences à-traver le stile. Floræ parisiensis prodrom. par M. Dalibard, Paris, 1749. Voyez Plante. (I)

Fleurs, (Physique.) Des couleurs des fleurs. Après l’exposition des deux principaux systèmes de Botanique sur cette matiere, il reste à parler des couleurs des fleurs, & de l’art de les conserver.

L’on convient assez généralement parmi les Chimistes, que les couleurs dépendent du phlogistique, que c’est de sa combinaison avec d’autres principes, que résulte leur différence.

L’analyse nous a appris que les fleurs abondent en une huile essentielle, à laquelle, conformément à cette idée, leurs couleurs & la variété qui y regne peuvent être attribuées ; parce qu’une seule & même huile, l’huile essentielle de thym, par exemple, produit toutes les couleurs que nous trouvons dans les différentes fleurs des plantes, depuis le blanc jusqu’au noir parfait, avec toutes les ombres de rouge, de jaune, de pourpre, de bleu, & de verd, en mélant cette huile avec différentes substances. Ainsi, selon M. Geoffroy, les huiles essentielles des plantes, pendant qu’elles sont renfermées dans les fleurs, peuvent leur procurer différens mélanges, par cette aimable variété de couleurs qu’elles possedent.

Les infusions des fleurs, ou de quelques parties des plantes, rougissent par des acides, verdissent par des alkalis ; & l’on ne doute point que ce ne soit le phlogistique dont les teintures ou les infusions sont chargées, qui, par son union avec les sels, produit ces différentes couleurs. M. Geoffroy rapporte quelques expériences dans les Mémoires de l’académie des Sciences, année 1707. qui lui font conjecturer que ces combinaisons peuvent être les mêmes dans les plantes où l’on remarque les mêmes couleurs.

Les principales couleurs qui s’observent dans les fleurs sont le verd, le jaune citron, le jaune orangé, le rouge, le pourpre, le violet, le bleu, le noir, & le transparent, ou le blanc : de ces couleurs diversement combinées, sont composées toutes les autres.

Le verd seroit, suivant ce système, l’effet d’une huile raréfiée dans la fleur, & mélée avec les sels volatils & fixes de la seve, lesquels restent engages dans les parties terreuses, pendant que la plus grande partie de la portion aqueuse se dissipe. Du moins si l’on couvre des feuilles ensorte que la partie aqueuse de la seve ne puisse se dissiper, & qu’elle reste au contraire avec les autres principes dans les canaux des feuilles, l’huile se trouve si fort étendue dans cette grande quantité de phlegme, qu’elle paroît transparente & sans couleur ; & c’est ce qui produit apparemment la blancheur de la chicorée, du celleri, &c. car cette blancheur paroît n’être dans ces plantes, & dans la plûpart des fleurs blanches, que l’effet d’un amas de plusieurs petites parties transparentes & sans couleur, chacune en particulier, dont les surfaces inégales refléchissent en une infinité de points, une fort grande quantité de rayons de lumiere.

Quand les acides rendent aux infusions des fleurs & aux solutions de tournesol la couleur rouge, c’est peut-être en détruisant l’alkali fixe, qui donnoit au phlogistique dans ces teintures la couleur bleue ou brune. Dans les fleurs, toutes les nuances jaunes, depuis le citron jusqu’à l’orangé, ou rouge de safran, pourroient venir d’un mélange d’acide avec l’huile, comme on voit que l’huile de thym digérée avec le vinaigre distillé, produit le jaune orangé ou le rouge de safran.

Toutes les nuances de rouge, depuis la couleur de chair jusqu’au pourpre & au violet foncé, seroient les produits d’un sel volatil urineux avec l’huile ; puisque le mélange de l’huile de thym avec l’esprit volatil de sel ammoniac, passe par toutes les nuances, depuis la couleur de chair jusqu’au pourpre & au violet foncé.

Le noir, qui dans les fleurs peut être regardé comme un violet très-foncé, paroît être l’effet d’un mélange d’acide par-dessus le violet pourpre du sel volatil urineux.

Les nuances du bleu proviendroient du mélange des sels alkalis fixes avec les sels volatils urineux & les huiles concentrées ; puisque l’huile de thym devenue de couleur pourpre par l’esprit volatil du sel ammoniac, digérée avec l’huile de tartre, prend une belle couleur bleue.

Le verd seroit produit par les mêmes sels, & par des huiles beaucoup plus raréfiées ; du moins l’huile de thym, couleur de violet pourpre, étendue dans l’esprit-de-vin rectifié & uni à l’huile de tartre, donne une couleur verte.

Tel est le système de M. Geoffroy, par lequel il suppose que les combinaisons qui produisent les différentes couleurs dans les expériences chimiques, se trouvent les mêmes dans les fleurs des plantes, & produisent pareillement leurs différentes couleurs naturelles ; mais un tel système n’est qu’une pure dépense d’esprit : car outre que les expériences faites en ce genre sont fort bornées, ce seroit une témérité de conclure du particulier au général, & plus encore des produits de la Chimie à ceux de la nature. En un mot, l’art qu’employe cette nature pour former dans les fleurs l’admirable variété de leurs couleurs, surpasse toutes nos connoissances théoriques.

De la conservation des fleurs. Notre pratique n’est guere plus heureuse dans les moyens imaginés jusqu’à ce jour pour conserver aux fleurs une partie de leur beauté. Elles se gâtent tellement par la maniere ordinaire de les sécher, qu’elles quittent non seulement leurs premieres couleurs, mais les changent même, & se flétrissent au point de perdre leur forme & leur état naturel : la prime-rose & la primevere ne quittent pas seulement leur jaune, mais acquierent un verd foncé. Toutes les violettes perdent leur beau bleu, & deviennent d’un blanc pâle ; de sorte que dans les herbiers secs, il n’y a point de différence entre les violettes à fleurs bleues & les violettes à fleurs blanches.

Le chevalier Robert Southwell a bien voulu communiquer au public la meilleure méthode que je connoisse pour conserver les fleurs dans leur état naturel & dans leurs propres couleurs : voici cette méthode. On préparera deux plaques de fer longues de huit à dix pouces, ou davantage, larges à proportion, & d’une épaisseur suffisante pour n’être pas pliées : on percera ces plaques de fer à chaque coin, pour y mettre des écrous ou vis qui puissent les tenir serrées l’une contre l’autre à volonté. L’on cueillera sur le midi d’un jour bien sec la fleur qu’on voudra conserver ; l’on couchera cette fleur sur une feuille de papier pliée par la moitié, en étendant délicatement toutes les feuilles & les pétales : si la queue de la fleur est trop épaisse, on l’amincira, afin qu’elle puisse être applatie ; ensuite on posera quelques feuilles de papier dessus & dessous la fleur. On mettra par-dessus le tout l’une des deux plaques de fer, sans rien déranger ; on en serrera les écrous ; l’on portera les plaques ainsi serrées dans un four qui ne soit pas trop chaud, & on les y laissera pendant deux heures. Quand les fleurs sont grosses & épaisses, il faut couper adroitement les derrieres inutiles, & disposer les pétales dans leur ordre naturel.

Après avoir retiré vos plaques du four, faites un mélange de parties égales d’eau-forte & d’eau-de-vie ; ôtez vos fleurs de la presse des plaques, & frotez-les legerement avec un pinceau de poil de chameau trempé dans la liqueur dont on vient de parler : ensuite pressez délicatement vos fleurs avec un linge, pour en boire toute l’humidité : après cela, ayez en main une eau gommeuse composée d’un gros de sang-de-dragon dissous dans une pinte d’eau ; trempez un fin pinceau dans cette eau gommeuse ; frotez-en toute votre fleur, & couvrez-la de papier : enfin mettez-la de nouveau sous presse entre vos deux plaques, pour fixer votre eau gommeuse. Au bout de quelque tems, tirez votre fleur de la presse, & toute l’opération est finie.

Auteurs. On peut consulter sur la structure des fleurs, le Discours de Vaillant, imprimé à Leyden en 1718 in-4° ;.

Morlandi observationes de usu partibusque florum, dont j’ai lû l’extrait dans le Journal de Leipsic, année 1705. Janv. pag. 275. Voyez aussi Grew, Malpighi, & Ray. Mais ceux qui par curiosité & par amour pour la Botanique, les Arts, & le Dessein, veulent se former une belle bibliotheque en ce genre, doivent connoître ou se procurer les livres suivans, que je vais ranger par ordre alphabétique.

Boym (Michaël), jésuite, Flora sinensis ; Viennæ-Austriæ, 1656, in-fol.

Bry (Joh. Théod. de), Florilegium renovatum, pars I. Francof. anno 1612. II. anno 1614. III. anno 1518, fol. avec figures. Le même ouvrage a paru sous le nom de Anthologia magna ; Francof. 1626 & 1641, quatre tom. ordinairement reliés en un vol.

Besleri (Basilii) Hortus Eystettensis ; Norimbergæ, 1613, deux vol. in-fol. charta imp. fig.

Dillenii (Joh. Jac.) Hortus Elthamensis ; Lond. 1732. fol. mag. tab. aneæ 324.

Ferrari (Gio. Batt.) Flora overo cultura di fiori ; Romæ, 1633 in-4° ;. & 1638. Cest le même ouvrage intitulé, Ferrarius, de florum culturâ, imprimé à Amst. en 1646 & 1664. in-4° ;. avec fig.

Hortus Malabaricus ; Amstelod. ab anno 1678 ad annum 1693, douze tomes in-fol. avec fig.

Laurembergius (Petrus) de plantis bulbosis & tuberosis ; Francof. 1654. in-4° ;. avec figures.

Linnæi (Caroli) Hortus Cliffortianus ; Amstelodami, 1737, in-fol. fig.

Munting (Abraham) Phytographia curiosa ; Amst. 1711, in-fol. avec fig.

Passœus (Crispian), Hortus floridus ; Arnhemii, 1614, in-4° ;. oblong ; & à Utrecht, sous le titre de Jardin de fleurs, par Crispian de la Passe.

Parkinson (John.), A choice garden of all sorts of rarest flowers, &c. Lond. 1656. in-fol. avec fig.

Pontederæ (Julii) Anthologia ; Patavii, 1720, in-4°. cum fig.

Recueil de plantes orientales, occidentales, & autres, au nombre de 250 planches gravées par Robert, Châtillon, & Bosse ; ce recueil de fleurs est très-rare & d’un très-grand prix.

Rossi (Giovanus Domenicus), Nuova ricolta di fiori cavati di naturale ; in Roma, 1645, fol.

Sloane (Hans). Voyez son Voyage à la Jamaïque, en anglois ; London, 1707 & 1725, fig.

Swertius (Emmanuel), Florilegium ; Francof. 1612. Amstelod. 1647. in-fol. imp. Antuerp. 1651 & 1657, fol. avec figures qui sont d’une grande beauté.

Theatrum Floræ, in quo ex toto orbe venustiores flores æri incisi proferuntur ; Paris 1622, chez de Mathonniere, in-fol. On attribue ce recueil à Robert.

Toulouse (Guillaume), maître brodeur de Montpellier, Livre de fleurs, feuilles, & oiseaux, inventé & dessiné d’après le naturel ; à Montpellier, 1656, fol. fig.

Anonymes. Flower-garden displayd’ in above 400 curious representations of the most beautiful flowers, colour’d to the life ; London, 1735, fol.

J. H. Recueil de diverses fleurs mises au jour ; Paris, 1653, in-fol. Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.

Fleur, (Agricult.) Les Jardiniers-Fleuristes restraignent le mot de fleur à quelques plantes qu’ils cultivent à cause de la beauté de leurs fleurs, & qui servent d’ornement & de décoration aux jardins ; tels sont les œillets, les tulipes, les renoncules, les anémones, les tubéreuses, &c. ce qu’il y a de singulier, c’est que nous n’avons point de belles fleurs, excepté les œillets, qui originairement ne viennent du Levant. Les renoncules, les anémones, les tubéreuses, plusieurs especes d’hyacinthes, de narcisses, de lys, en sont aussi venues ; mais on les a rectifiées en Europe par le secours d’un art éclairé. Il ne faut plus aller à Constantinople pour admirer ces fleurs ; c’est dans les jardins de nos curieux qu’il faut voir leur étalage successif, & en apprendre la culture.

Les fleurs ont des graines qui produisent des tiges ; & ces tiges sortent ou de racines ou d’oignons : ainsi on peut distinguer de deux sortes de fleurs ; celles qui viennent de racines, & celles qui viennent d’oignons : mais toutes ces fleurs peuvent se multiplier par des cayeux, par des boutures, par des tailles, & par des marcottes. Il seroit trop long de faire venir de toutes les fleurs par le moyen de leurs graines ; il est d’autres moyens dont nous parlerons : cependant comme il y a quelques fleurs qu’il faut élever de graines, nous commencerons par en indiquer la maniere.

De toutes les graines qui passent l’hyver, il y en a qu’on peut semer sur des couches, pour être replantées en d’autres lieux, & les autres ne se replantent que difficilement, ou point-du-tout. Les Jardiniers ordinaires sement toutes les graines des fleurs en quatre tems ; savoir, en Février, en Mars, en Avril, & en Mai ; mais on en peut semer pendant toute l’année.

On fait une couche de bon fumier ; on met dessus un demi-pié de vieux terreau bien pourri : au bout de huit ou dix jours que la couche sera faite, lorsque la plus grande chaleur en sera passée, on semera toutes les graines, chaque sorte dans son rayon ; on les couvrira de terreau, de l’épaisseur de deux travers de doigt ; on les arrosera avec un petit arrosoir, & une fois tous les jours, s’il fait sec. Quand elles seront grandes, on peut prendre un grand arrosoir ; & si elles se découvrent, on doit les recouvrir avec un peu de terreau. Il ne faut pas manquer de les couvrir tous les soirs, de crainte de la gelée blanche. Les couvertures ne doivent pas poser sur la couche ; on les élevera, ou on les mettra en dos d’âne sur des cerceaux ; & tout le tour de la couche sera bien bouché, pour que la gelée n’y entre point. On découvre ces fleurs semées de graines, quand le soleil est sur la couche, & on les recouvre le soir, quand le soleil est retire. S’il ne geloit point, on pourroit les laisser à l’air ; mais on y doit prendre garde, parce que deux heures de gelée peuvent tout perdre.

Quand ces fleurs sont de la hauteur nécessaire pour les replanter, on les replante dans les parterres, partout où on le juge à propos, pourvû que la terre soit bonne & bien labourée. On leur redonnera de l’eau sitôt qu’elles seront replantées, & on continuera toûjours, si la terre est seche, & qu’il ne pleuve point ; mais il ne faut rien arracher dans les rayons des couches, que les plantes ne soient grandes, de peur de les arracher pour de l’herbe ; car elles viennent de même.

On plante les oignons des fleurs depuis le commencement de Septembre jusqu’à la fin d’Avril, c’est-à-dire deux fois l’année, en automne & au printems : soit qu’on plante en pots ou en planche, il faut la même terre & la même façon à l’un qu’à l’autre. On prend un quart de bonne terre neuve, un quart de vieux terreau, & un quart de bonne terre de jardin ; on passe le tout à la claie : on fait ensorte qu’il y ait un pié de cette terre sur la planche ; on y plante les oignons, ou on en remplit les pots. Les oignons se plantent à la profondeur d’un demi-pié en terre. Les pots, qui doivent être creux & grands, sont mis en pleine terre jusqu’aux bords ; & on ne les en retire que quand ils sont prêts à fleurir. S’il ne gele point, & que la terre soit seche, on leur donne un peu d’eau : s’il geloit bien fort, on mettroit quatre doigts d’épaisseur de bon terreau sur les planches, & on les couvriroit ; on mettroit des cerceaux dessus pour soûtenir les paillassons, qu’on ôteroit quand le soleil seroit sur les planches, & qu’on remettroit quand il n’y seroit plus. S’il fait sec au printems, il faut arroser les oignons de fleurs.

Pour faire croître extrémement une fleur, on l’arrose quelquefois de lexive faite avec des cendres de plantes semblables, que l’on a brûlées : les sels qui se trouvent dans cette lexive, contribuent merveilleusement à donner abondamment ce qui est nécessaire à la végétation des plantes, sur-tout à celles avec lesquelles ces sels ont de l’analogie.

Les fleurs qui ne viennent qu’au printems & dans l’été paroîtront dès l’hyver, dans des serres, ou en les excitant doucement par des alimens gras, chauds, & subtils, tels que sont le marc de raisins, dont on aura retranché toutes les petites peaux, le marc d’olives, & le fumier de cheval. Les eaux de basse-cour contribuent aussi beaucoup à hâter la floraison : mais nous en dirons davantage au mot Oignon de Fleurs ou Plante bulbeuse.

L’intérêt & la curiosité ont fait trouver les moyens de panacher & de chamarrer de diverses couleurs les fleurs des jardins, comme de faire des roses vertes, jaunes, bleues, & de donner en très-peu de tems deux ou trois coloris à un œillet, outre son teint naturel. On pulvérise, par exemple, pour cela de la terre grasse cuite au soleil ; on l’arrose ensuite l’espace de vingt jours d’une eau rouge, jaune, ou d’une autre teinture, après qu’on a semé dans cette terre grasse la graine de la fleur, d’une couleur contraire à cet arrosement artificiel.

Il y en a qui ont semé & greffé des œillets dans le cœur d’une ancienne racine de chicorée sauvage, qui l’ont relié étroitement, & qui l’ont environné d’un fumier bien pourri ; & par les grands soins du fleuriste, on a vû sortir un œillet bleu, aussi beau qu’il étoit rare. D’autres ont enfermé dans une petite canne, bien déliée & frêle, trois ou quatre graines d’une autre fleur, & l’ont recouverte de terre & de bon fumier. Ces semences de diverses tiges ne faisant qu’une seule racine, ont ensuite produit des branches admirables pour la diversité & la variété des fleurs. Enfin quelques fleuristes ont appliqué sur une tige divers écussons d’œillets différens, qui ont poussé des fleurs de leur couleur naturelle, & qui ont charmé par la diversité de leurs couleurs.

Il y a beaucoup d’autres secrets pour donner de nouvelles couleurs aux fleurs, que les Fleuristes gardent pour eux.

Ce sont les plantes des fleurs les plus vigoureuses, que l’on réserve pour la graine, & l’on coupe les autres. Quand cette graine qu’on conserve est mûre, on la recueille soigneusement, & on la garde pour la planter en automne : on excepte de cette regle les graines de giroflées & d’anémones, qu’il faut semer presque aussitôt qu’on les a cueillies. Pour connoître les graines, on les met dans l’eau ; celles qui vont au fond sont les meilleures ; & pour les empêcher d’être mangées par les animaux qui vivent en ferre, on les trempe dans une infusion de joubarbe ; & après cette infusion, on les seme dans de bonne terre, comme on l’a dit ci-dessus.

Pour les oignons qui viennent de graines, ils ne se transplantent qu’après deux années, au bout desquelles on les met dans une terre neuve & legere, pour leur faire avoir des fleurs à la troisieme année. Il nous reste à dire que pour garantir les fleurs du froid pendant l’hyver, il faut les mettre à couvert, mais dans un endroit aisé ; & dans l’été, il faut les défendre de la chaleur, en les retirant dans un endroit où le soleil ne soit pas ardent.

Pendant l’hyver, les fleurs ne demandent pas d’être humectées d’une grande quantité d’eau ; il les faut arroser médiocrement, 2 ou 3 heures après le lever du soleil, & jamais le soir, parce que la fraîcheur de la terre & la gelée les feroient infailliblement mourir ; & quand on les arrose dans cette saison, on doit prendre garde de ne les pas mouiller ; il faut seulement mettre de l’eau tout-à-l’entour. Au contraire dans l’été, il les faut arroser le soir, après le soleil couché, & jamais le matin, parce que la chaleur du jour échaufferoit l’eau ; & cette eau échauffée brûleroit tellement la terre, que les fleurs tomberoient dans une langueur qui les feroit flétrir & sécher.

Les fleurs qui viennent au printems, & qui ornent les jardins dans le mois de Mars, d’Avril, & Mai, sont les tulipes hâtives de toute sorte, les anémones simples & doubles à peluches, les renoncules de Tripoli, les jonquilles simples & doubles, les jacinthes de toutes sortes, les bassinets ou boutons d’or, l’iris, les narcisses, la couronne impériale, l’oreille d’ours, les giroflées, les violettes de Mars, le muguet, les marguerites ou paquettes, les primeveres ou paralyses, les pensées, &c.

Celles qui viennent en été, c’est-à-dire en Juin, Juillet, & Août, sont les tulipes tardives, les lis blancs, lis orangés ou lis-flammes, les tubereuses, les hémérocales ou fleurs d’un jour, les pivoines, les martagons, les clochettes ou campanules, les croix de Jérusalem ou de Malte, les œillets de diverses especes, la giroflée jaune, la julienne simple, la julienne double ou giroflée d’Angleterre, le pié d’aloüette, le pavot double, le coquelicot double, l’immortelle ou elychrisum, les basilics simples ou panachés, &c.

Les fleurs qui viennent en automne, c’est-à-dire dans les mois de Septembre, d’Octobre, & de Novembre, sont le crocus ou safran automnal, la tubéreuse, le cyclamen automnal, le souci double, les amaranthes de toutes sortes, le passe-velours ou queue de renard, le tricolor blanc & noir, les œillets d’Inde, la bellesamine panachée, les roses d’Inde, le stramonium ou la pomme épineuse, le geranium couronné, la valérienne, le talaspic vivace, le mufle de lion, l’ambrette ou chardon benit, &c.

Les fleurs d’hyver, qui viennent en Décembre, Janvier, & Février, sont le cyclamen hyvernal, la jacinthe d’hyver, les anémones simples, le perce-neige ou leucoyon, les narcisses simples, les crocus printaniers, les prime-veres, les hépatiques, &c.

Entre plusieurs ouvrages sur cette matiere, on peut lire Ferrarius, de florum culturâ ; Amste. 1648, in-4° ;. Morin, Traité de la culture des fleurs ; Paris, 1658, in-12, premiere édit. qui a été souvent renouvellée : Liger, le Jardinier-fleuriste ; Paris, 1705 : le Jardin de la Hollande ; Leyde, 1724, in-12 : Chomel ; & sur-tout Miller, dans son Dictionnaire du jardinage. Indépendamment de quantité de traités généraux, on ne manque pas de livres sur la culture de quelques fleurs particulieres, comme des œillets, des tulipes, des oreilles d’ours, des roses, des tubéreuses, &c. Enfin personne n’ignore que la passion des fleurs, & leur culture, a été poussée si loin en Hollande dans le dernier siecle, qu’il a fallu des lois de l’état pour borner le prix des tulipes. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Fleur de la Passion ou Grenadille, granadilla ; genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le pistil est entouré d’une frange à sa base, & sort d’un calice découpé. Il porte à son extrémité un embryon surmonté de trois corps ressemblans en quelque façon à trois clous. Les étamines sont placées au-dessous du pistil. L’embryon devient dans la suite un fruit ovoïde, presque rond & charnu. Ce fruit n’a qu’une seule capsule, & renferme des semences enveloppées d’une coëffe, & attachées aux côtés du placenta. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Fleur au soleil, corona solis. Cette plante est différente de l’héliotrope ou tournesol. Voyez Héliotrope. Elle se divise en deux especes : la premiere s’éleve d’environ de cinq à six piés, & forme une tige droite, avec des feuilles très-larges, dentelées en leurs bords ; il naît à sa sommité une grande fleur radiée, dont le disque est composé de plusieurs fleurons jaunes, arrangés en forme de couronne, au milieu de laquelle sont des demi-fleurons séparés par des feuilles pliées en gouttiere, & comprises dans un calice où sont des loges à semences, plus grosses que celle du melon. Cette plante se tourne toûjours vers le soleil d’où elle a pris son nom. Elle vient de graine fleurie en été, demande un grand air, une terre grasse, & beaucoup de soleil. La seconde espece qui est plus basse, se divise en plusieurs rameaux, formant une touffe, & portant chacun une fleur plus petite que l’autre.

Ces soleils sont vivaces, & se multiplient par les racines. Ils se plaisent dans toutes sortes de terres, & la seule nature en prend soin. Ils ne conviennent que dans les potagers, & entre les arbres isolés d’une grande allée d’un parc ; rarement s’en sert-on dans les beaux jardins, à moins que ce ne soit à l’écart. On les peut tondre en buissons, en retranchant aux ciseaux les branches qui s’élevent trop. (K)

Fleur de Cardinal, Voyez Consoude royale.

Fleurs de Muscade, (Pharmacie & Matiere médicale.) Voyez Macis.

Fleurs, (Pharmac.) Les Apothicaires conservent dans leurs boutiques un nombre assez considérable de fleurs. Voyez leurs usages tant officinaux que magistraux aux articles particuliers.

Pour que ces fleurs soient de garde, elles doivent être desséchées très-rapidement, parce que le mouvement de fermentation qui s’excite pendant une dessication lente, détruiroit leur tissu délicat, & altéreroit par-là leur vertu & leur couleur. Qu’il faille conserver la vertu des fleurs qu’on desseche, on en conviendra aisément ; qu’il soit très-utile de conserver leur couleur autant qu’il est possible, on se le persuadera aussi lorsqu’on saura que non-seulement l’élégance de la drogue en dépend, mais même que la conservation de la couleur est un très-bon signe pour reconnoître la perfection du médicament.

Les fleurs qui ont une couleur délicate, telles que celles de mauve, de roses pâles, de petite centaurée, la violette, la perdent presqu’entierement si on les expose immédiatement au soleil ; mais elles ne souffrent pas la moindre altération dans leur couleur, si on interpose le papier le plus mince entre la fleur à sécher & les rayons du soleil. Les fleurs de violette ont cependant besoin pour conserver leur couleur, d’être desséchées par une manœuvre particuliere. Voyez Violette.

Le phénomene de la destruction de ces couleurs par l’action immédiate ou nue des rayons du soleil, est bien remarquable, en ce qu’elle ne dépend pas ici du soleil comme chaud ; car la chaleur que la fleur éprouve encore à l’ombre de ce papier, supposé qu’elle soit diminuée bien considérablement, peut être supérieure à celle qu’elle éprouveroit aux rayons immédiats d’un soleil moins ardent ; & cependant l’ombre plus chaude conservera la couleur, & le soleil nud plus foible la mangera. Au reste peut-être faudroit-il commencer par constater le fait par de nouvelles expériences ; l’établissement du fait & des recherches sur la cause fourniroient les deux parties d’un mémoire fort curieux, dont la premiere seroit physique & très-aisée, & la derniere chimique & très difficile. (b)

Fleurs d’argent, (Hist. nat. Minéralog.) nom donné par quelques auteurs à la substance que l’on nomme plus communément lac lunæ. Voy. cet article.

Fleur de fer, (Hist. nat. Minéralogie.) Flos martis, flos ferri &c. nom que l’on donne improprement à une espece de stalactite ou de concrétion pierreuse, spathique ou calcaire, qui est souvent d’un blanc aussi ébloüissant que la neige, qui se trouve attachée aux voûtes des soûterreins de quelques mines ; ces salactites ou concrétions sont de différentes formes & grandeurs, & la couleur en varie suivant que la matiere en est plus ou moins pure. Le nom qu’on leur donne sembleroit indiquer qu’elles sont martiales ou contiennent du fer ; mais lorsqu’il s’y trouve une portion de ce metal, ce n’est qu’accidentellement, & elles ne different en rien des autres stalactites. On dit que le nom de flos martis a été donné à cette espece de concrétion dans les mines de fer de Stirie, où elle se trouve très-fréquemment. (—)

Fleurs d’Asie, (Hist. nat. Minéralogie.) nom que quelques voyageurs ont donné à un sel qui se trouve à la surface de la terre dans plusieurs endroits de l’Asie ; on l’appelle aussi terre savonneuse de Smyrne. C’est la même chose que le natron ou nitrum des anciens, d’où l’on voit que c’est un sel alkali fixe, semblable à la potasse ; il fait effervescence avec les acides, forme du savon avec les huiles, & est d’un goût caustique. Voyez Natron & le supplément du Dictionnaire de Chambers. (—)

Fleurs, (Chimie.) c’est un produit de la sublimation, qui se ramasse dans la partie supérieure des vaisseaux sublimatoires, sous la forme d’un corps rare & peu lié. Voyez Sublimation.

Fleur-de-lis, (Jurisp. Franç.) fer marqué de plusieurs petites fleurs-de-lis par ordre de la justice, que le bourreau applique chaud pendant un instant sur l’épaule d’un coupable qui mérite peine afflictive, mais qui ne mérite pas la mort. Coquille observe que la flétrissure de la fleur-de lis n’a pas seulement été introduite parmi nous comme une peine afflictive, mais de plus comme un moyen de justifier si l’accusé a déjà été puni par la justice de quelque crime, dont la récidive le rend encore plus criminel.

Cette idée de flétrissure est fort ancienne ; les Romains l’appelloient inscriptio. Les Samiens, au rapport de Plutarque, imprimerent une choüette sur les Athéniens qu’ils avoient faits prisonniers de guerre.

Platon ordonna que ceux qui auroient commis quelque sacrilége, seroient marqués au visage & à la main, & ensuite foüettés & bannis. Eumolpe dans Pétrone, couvre le visage de son esclave fugitif, de plusieurs caracteres qui faisoient connoître ses diverses fautes. Cette pratique eut lieu chez les Romains, jusqu’au tems de l’empereur Constantin, qui défendit aux juges de faire imprimer sur le visage aucune lettre qui marquât le crime commis par un coupable, permettant néanmoins d’imprimer cette lettre sur la main ou sur la jambe, afin, dit-il, que la face de l’homme qui est l’image de la beauté céleste, ne soit pas deshonorée. Leg. 17. cod. de pœnis. Sans examiner la solidité de la raison qui a engagé Constantin à abolir la flétrissure sur le visage, nous dirons seulement que cette rigueur a paru trop grande par plusieurs autres motifs aux législateurs modernes, de sorte qu’en France & ailleurs on ne flétrit aujourd’hui que sur l’épaule. Voyez Flétrissure. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Fleurs d’un Vaisseau, (Marine.) c’est la rondeur qui se trouve dans les côtés du vaisseau, ou bien toutes les planches qui forment cette rondeur dans le bordage extérieur, dont la plus basse est posée auprès de la derniere planche du bordage de fond, & la plus haute joint le franc bordage. Voyez Bordage des fleurs.

Pour la beauté du gabarit d’un vaisseau, il faut que les fleurs montent & s’élevent avec une rondeur agréable à la vûe, & bien proportionnée. Selon quelques charpentiers, le rétrecissement que fait la rondeur des fleurs de-haut en-bas, depuis le gros jusqu’au plat-fond, doit être du tiers du creux du vaisseau pris sous l’embelle ; par exemple, dix piés de creux doivent donner trois piés un tiers de retrécissement. (Z)

Fleurs, (Marine.) donner les fleurs à un vaisseau. Voyez Florer.

Fleur, à fleur d’eau, (Marine.) c’est-à-dire au niveau de la surface de l’eau. Tirer à fleur d’eau, c’est tirer au niveau, & le plus près qu’il est possible de la surface de l’eau. (Z)

Fleurs, dans l’art de Peinture. Peindre les fleurs, c’est entreprendre d’imiter un des plus agréables ouvrages de la nature. Elle semble y prodiguer tous les charmes du coloris. Dans les autres objets qu’elle offre à nos regards, les teintes sont rompues, les nuances confondues, les dégradations insensibles ; l’effet particulier de chaque couleur se dérobe pour ainsi dire aux yeux ; dans les fleurs, les couleurs les plus franches semblent concourir & disputer entr’elles. Un parterre peut être regardé comme la palette de la nature. Elle y présente un assortissement complet de couleurs séparées les unes des autres ; & pour montrer sans doute combien les principes auxquels nous prétendons qu’elle s’est soûmise, sont au-dessous d’elle, elle permet qu’en assemblant un grouppe de fleurs, on joigne ensemble les teintes que la plûpart des artistes ont regardées comme les plus antipathiques, sans craindre qu’elles blessent les lois de l’harmonie. Est-il donc en effet des couleurs antipathiques ? non sans doute. Mais la peinture & généralement tous les arts ne se voyent-ils pas trop souvent resserrés par des chaines que leur ont forgées les préjugés ? Qui les brisera ? le génie.

Les artistes enrichis de ce don céleste, ont le privilége de sécoüer le joug de certaines regles qui ne sont faites que pour les talens médiocres. Ces artistes découvriront en examinant un bouquet, des beautés hardies de coloris qu’ils oseront imiter. Pausias les surprit dans les guirlandes de Glycere, & en profita.

Je crois donc qu’une des meilleures études de coloris qu’un jeune artiste puisse faire, est d’assembler au hasard des grouppes de fleurs, & de les peindre ; qu’il joigne à cette étude celle de l’effet qu’elles produisent sur différens fonds, il verra s’évanouir cette habitude servile d’apposer toûjours des fonds obscurs aux couleurs brillantes qu’on veut faire éclater. Des fleurs différentes, mais toutes blanches, étalées sur du linge ; un cygne qui vient leur comparer la couleur de ses plumes ; un vase de cette porcelaine ancienne si estimée par la blancheur de sa pâte, & qui renferme un lait pur, formeront un assemblage dans lequel la nature ne sera jamais embarrassée de distinguer des objets, qu’elle semble avoir trop uniformement colorés. Pourquoi donc, lorsqu’il s’agit d’imiter l’éclat du teint d’une jeune beauté, recourir à des oppositions forcées & peu vraissemblables ? Pourquoi, si l’on veut éclairer une partie d’un tableau, répandre sur le reste de l’ouvrage une obscurité rebutante, une nuit impénétrable ? pourquoi donner ainsi du dégoût pour un art dont les moyens trop apperçûs blessent autant que ses effets plaisent ? Ce que je viens de dire a, comme on le voit, rapport à l’art de Peinture en général. Cependant comme le talent de peindre les fleurs est un genre particulier qui remplit souvent tous les soins d’un artiste, il est bon de faire quelques observations particulieres. Une extrème patience, un goût de propreté dans le travail, un génie un peu lent, des passions douces, un caractere tranquille, semblent devoir entraîner un artiste à choisir des fleurs pour l’objet de ses imitations. Cependant pour les peindre parfaitement, toutes ces qualités ne suffisent pas. Les fleurs, objets qui semblent inanimés, par conséquent froids, demandent pour intéresser dans la représentation qu’on en fait, une idée de mouvement, une chaleur dans le coloris, une legereté dans la touche, un art & un choix dans les accidens, qui les mettent pour ainsi dire au-dessus de ce qu’elles sont. Ces êtres qui vivent ont toutes ces qualités aux yeux de ceux qui les savent appercevoir ; & l’on a vû Baptiste & Desportes avec une façon de peindre fiere, large, & souvent prompte, imiter le velouté des roses, & rendre intéressante la symmétrie de l’anémone. Une fleur prête d’éclore, une autre dans le moment où elle est parfaite, une troisieme, dont les beautés commencent à se flétrir, ont des mouvemens différens dans les parties qui les composent. Celui des tiges & des feuilles n’est point arbitraire, c’est l’effet de la combinaison des organes des plantes. La lumiere du soleil qui leur convient le mieux, offre par sa variété des accidens de clair obscur sans nombre. Les insectes, les oiseaux qui joüissent plus immédiatement que nous de ces objets, ont droit d’en animer les représentations. Les vases où on les conserve, les rubans avec lesquels on les assemble, doivent orner la composition du peintre : enfin il faut qu’il s’efforce de faire naître par la vûe de son ouvrage, cette sensation douce, cette admiration tranquille, cette volupté délicate qui satisfait nos regards lorsqu’ils se fixent sur la nature.

Mais insensiblement je paroîtrois peut-être pousser trop loin ce que peut exiger un genre qui n’est pas un des principaux de l’art dont je parle. Je finis donc en recommandant aux Peintres de fleurs un choix dans la nature des couleurs, & un soin dans leur apprêt, qui semble leur devoir être plus essentiel qu’aux autres artistes ; mais qui n’est en général que trop souvent négligé dans les atteliers. Les fleurs sont un genre de peinture, comme l’histoire, le portrait, &c. On dit, ce peintre fait les fleurs, c’est un peintre-fleuriste. Article de M. Watelet.

Fleur de Pêcher, (Manége, Maréchall.) auber, mille-fleurs, expressions synonymes. L’immense variété des couleurs & des nuances de la robe ou du poil des chevaux, a fait imaginer une multitude de noms, à l’effet d’en spécifier les différences ; un mêlange assez confus de blanc, de bay & d’alzan a parû sans doute un composé approchant de la couleur des fleurs de pêcher ; de-là la dénomination dont il s’agit. (e)

Fleur de Farine, en terme de Boulanger, c’est la plus pure, la plus fine farine que les Boulangers mettent en usage.

Fleur, terme de Fabrique de cuirs. Les Tanneurs, Corroyeuts, Chamoiseurs, Mégissiers, Peaussiers, & autres ouvriers qui préparent les peaux, appellent fleur la superficie ou le côté de la peau d’où l’on a enlevé le poil ou la laine : l’autre côté se nomme chair, parce qu’il y étoit attaché.

Les principaux apprêts qu’on donne aux cuirs pour les disposer à être employés aux différens usages qu’on en fait, se donnent du côté de la fleur.

Les Corroyeurs appliquent toûjours les couleurs sur le côté de fleur ; il n’y a que les veaux passés en noir, auxquels ils appliquent une couleur orangée du côté de chair, par le moyen du sumac.

Les Peaussiers-Teinturiers en cuir, & les Chamoiseurs, appliquent les couleurs des deux côtés. Quand on donne aux peaux le suif des deux côtés, cette opération s’appelle donner le suif de chair & de fleur.

On appelle peaux effleurées, celles dont on a enlevé cette pellicule nommée épiderme ; mais on donne le nom de peaux à fleur à celles auxquelles on a conservé cette pellicule. Voyez Tanner, Corroyer, Chamois, Mégie .

Fleurs, terme de Marchand de modes ; ce sont de petites fleurs d’Italie de toute sorte de couleurs, que les marchands de modes achetent des marchands de fausses-fleurs, & les revendent aux femmes, qui les placent dans leurs cheveux & sur leur coëffure.

Fleurs, (Rubanier.) est une imitation de toutes les différentes fleurs imaginables, exécutées soit en soie, en vélin, ou en coques de vers à soie dépouillées de leur soie. A l’égard de celles qui sont de vélin ou de coques, la fabrique n’en appartient pas à ce métier, mais seulement l’emploi ; elles servent à orner les habillemens des dames, à faire des coëffures, aigrettes, palatines, & quantité d’autres ouvrages à leur usage. Il est surprenant de voir la beauté & la variété de ces ouvrages exécutés en fleurs, qui, quoiqu’artificielles, représentent le naturel jusqu’à tromper les yeux des plus habiles connoisseurs. Effectivement les fleurs que ce métier fait éclore, imitent si parfaitement le nuancé & le fondu des couleurs, que le pinceau peut à peine faire mieux. Les fleurs de vélin, coques de vers, ou autres, que j’ai dit ne pas appartenir à ce métier, se font par différens artistes ; mais les plus belles & les plus parfaites nous viennent d’Italie.

Fleurs se dit encore de tout ce qui compose les différentes parties des desseins à l’usage de ce métier, quoique ce soient le plus souvent des parties qui regardent plûtôt l’ornement que les fleurs.

Fleurs-de-Lis, (Rubanier.) est un ornement qui garnit les lisieres de différens ouvrages ; ce sont des fers, ainsi que pour la dent de rat (voyez Dent de rat), qui servent à les former, à l’exception qu’ici il y a deux fers de chaque côté. Les fers servant à former les deux côtés de la fleur-de-lis, levent seuls ; mais lorsqu’il s’agit de la pointe du milieu, les deux levent ensemble, & servent ainsi à former l’éminence nécessaire à cette figure. On sent parfaitement que lorsque la trame environne les deux fers à-la-fois, leur épaisseur double donne occasion à cette trame d’excéder plus considérablement que lorsqu’il n’en leve qu’un. Ainsi se termine la fleur-de-lis, pour être recommencée à une certaine distance egale.

Fleurs blanches, (Medecine.) par abréviation pour flueurs blanches, λευκοῤῥοια, fluor muliebris, fluor albus. On donne vulgairement ce nom à tout écoulement, à tout flux, qui se font par la voie des menstrues, de matiere différente du sang & du pus.

C’est le rapport qui se trouve entre l’origine, l’issuë du fluide morbifique & celle des regles, dont le mot fleurs est un des synonymes, qui a donné lieu à l’application de ce nom-ci à cette maladie. C’est de ce rapport, joint à la couleur qui distingue le plus souvent les humeurs de cet écoulement vicieux, qu’a été formée, pour la désigner, la dénomination de fleurs blanches. On lui donne aussi le nom de perte blanche, pour exprimer que l’évacuation qui se fait dans ce cas, est absolument une lésion de fonctions, par laquelle il se répand hors du corps des humeurs qui doivent y être retenues ; qu’elle est une vraie lésion à l’égard des vaisseaux d’où se fait cette effusion, qui ne doivent, hors le tems de la menstruation, laisser échapper rien de ce qu’ils contiennent.

On peut par conséquent regarder les fleurs blanches comme une espece de diarrhée de la matrice & du vagin ; d’autant plus que la matiere de cet écoulement a cela de commun avec celle de la diarrhée proprement dite, qu’elle est d’aussi différentes qualités dans celui-là, que la matiere de celle-ci, quant aux humeurs animales rendues dans le flux de ventre. En effet, l’humeur qui se répand dans les fleurs blanches, est tantôt séreuse ou lymphatique simplement ; tantôt elle est pituiteuse, ou muqueuse & glaireuse ; tantôt elle est bilieuse, avec plus ou moins d’intensité, & même quelquefois sanieuse : d’où il s’ensuit que cette humeur peut se présenter sous différentes couleurs. Lorsque les premieres qualités y dominent, elle est limpide & plus ou moins claire, sans couleur : avec les secondes qualités elle est plus ou moins blanchâtre, ressemblant à du lait ou à de la creme d’orge ; elle a plus ou moins de consistance. Avec la derniere des qualités mentionnées, elle paroît jaunâtre, ou d’un verd plus ou moins foncé : dans les premiers de ces différens cas, elle n’a point ou très-peu d’acrimonie & de mauvaise odeur ; dans les derniers, elle est presque toûjours acre, irritante, excoriante même, & plus ou moins fétide.

Les fleurs blanches forment quelquefois un écoulement continuel, rarement bien abondant ; quelquefois il cesse par intervalles irréguliers ou périodiques : il précede souvent chaque évacuation ordinaire des menstrues, & il subsiste quelque tems après qu’elle est finie.

La connoissance des causes du flux menstruel est absolument nécessaire pour juger de celles des fleurs blanches (voyez Menstrues) : il suffira d’en donner ici un précis, pour l’intelligence des différens symptomes, des différentes circonstances de cette maladie.

Le sang qui s’écoule périodiquement des parties de la génération, dans les personnes du sexe, est un effet de la pléthore générale & particuliere, de la surabondance d’humeurs qui se forme dans leur corps, lorsqu’elles ont atteint l’âge où il ne prend presque plus d’accroissement : les sucs nourriciers qui étoient employés à cet usage, restent dans la masse du sang, en augmentent le volume, & font, par les lois de l’équilibre dans les solides du corps humain, que cet excès, qui est d’abord distribué dans tous les vaisseaux, est porté, par la résistance générale qu’ils opposent à être dilatés ultérieurement, dans ceux où cette résistance est moindre. Voyez Equilibre (Economie anim.). Tels sont les vaisseaux utérins, par la disposition qui leur est propre dans l’état naturel. Voyez Matrice. Ils sont donc dans le cas de céder de plus en plus, à proportion que la pléthore augmente ; mais ils ne cedent que jusqu’au point où le tiraillement de leurs parois devient une cause de réaction nécessaire pour le faire cesser, sans quoi ils perdroient absolument leur ressort : alors le surcroît de sang continuant à y être porté, force les orifices des vaisseaux lymphatiques, pénetre & se loge dans ceux-ci, les remplit à leur tour outre mesure ; aussi-bien que les sinus qui en dépendent ; ensorte que tous ces derniers vaisseaux ayant cédé au point où ils ne pourroient pas le faire davantage sans se rompre, sont aussi excités à réagir, pour se vuider de l’excès des fluides qu’ils contiennent. Les divisions ultérieures de ces vaisseaux sont forcées à recevoir cet excès, & se dilatent à ce point, que les collatéraux qui s’abouchent dans la cavité de la matrice & du vagin, qui n’y laissent, hors le tems des regles, suinter qu’une petite quantité d’humeur lymphatique, comme salivaire, pour humecter & lubrifier ces cavités, & qui servent dans le tems de la grossesse à établir la communication entre la substance de la matrice & le placenta (voyez Génération), sont dilatés de maniere à laisser passer d’abord une plus grande quantité de cette humeur, & ensuite la colonne de sang qui s’y fait une issue : ainsi ce dernier fluide s’écoule jusqu’à ce que l’excédent qui avoit causé la surabondance d’humeur dans tout le corps, & dans la matrice en particulier, soit évacué, & permette à tous les vaisseaux de joüir de leur force systaltique ordinaire ; de maniere que cet écoulement diminue & finit comme il a commencé. Les vaisseaux lymphatiques se resserrent peu-à-peu, au point de ne plus recevoir de globules rouges, & même de ne laisser échapper de la lymphe que de moins en moins, jusqu’à ce que les choses reviennent dans l’état où elles étoient, lorsque les vaisseaux utérins, tant sanguins que lymphatiques, ont commencé à être forcés à recevoir plus de fluides qu’à l’ordinaire.

Cela posé en général concernant la maniere dont se fait l’écoulement du sang menstruel, il se présente naturellement à observer qu’il est donc précédé & suivi d’un flux de matiere lymphatique que l’on peut regarder comme des fleurs blanches, qui paroissent naturellement avant & après les fleurs rouges ; mais comme celles-là subsistent très-peu dans l’état de santé, on ne les distingue pas des regles mêmes, tant que l’écoulement de l’humeur blanche est peu considérable par sa quantité & par sa durée, après celui de l’humeur rouge : ainsi dans le cas contraire, où la pléthore est non-seulement assez considérable, assez subsistante pour donner lieu aux menstrues, mais encore pour empêcher qu’après qu’elles sont finies, les vaisseaux lymphatiques se resserrent tout de suite assez pour ne plus laisser échapper rien de ce qu’elles contiennent ; le flux d’humeurs blanches, qui se fait après celui du sang, n’étant pas d’aussi peu de durée qu’à l’ordinaire, & subsistant au-delà, à proportion de la quantité de fluide surabondant qui donne lieu à l’effort, à la contro-nitence de tous les autres vaisseaux du corps pour ne pas s’en charger, & pour la forcer à se jetter sur la partie qui résiste le moins, & à se vuider par les conduits qui en favorisent la vuidange.

Mais cet écoulement étant de trop, respectivement à ce qui se passe en santé, doit donc à cet égard être mis au nombre des lésions de fonctions : c’est la maladie des fleurs blanches. Si la cause qui la produit, c’est-à-dire la surabondance d’humeurs, se renouvelle continuellement au degré suffisant pour retenir les vaisseaux lymphatiques utérins toûjours trop dilatés, les fleurs blanches seront continuelles : si celle-là n’est qu’accidentelle, son effet cessera bientôt avec elle : si elle a lieu souvent par intervalles, les fleurs blanches reviendront aussi de tems en tems ; & elles disposeront la partie, dont les vaisseaux souvent forcés perdront peu-à-peu leur ressort, à rendre l’écoulement plus fréquent & ensuite continuel, par l’habitude que contracteront les humeurs à s’y porter, comme dans la partie du corps la plus foible.

Par conséquent cet écoulement devra être attribué au seul vice des solides, au relâchement excessif des vaisseaux utérins, puisqu’on peut concevoir dans ce cas que les fleurs blanches peuvent avoir lieu sans qu’il précede aucune pléthore ; & que la portion ordinaire des fluides distribuée à ces vaisseaux suffit pour en fournir la matiere, attendu que la force retentrice leur manque : d’où il s’ensuit souvent que la diminution de la masse des humeurs, qui se fait par cette voie, est suffisante pour en emporter le sur abondant à mesure qu’il se forme ; ce qui fait qu’il ne se ramasse point de sang dans la substance de la matrice ; & que la matiere des menstrues manquant, elles n’ont pas lieu, & sont suppléées par les fleurs blanches, quant à la diminution du volume des humeurs.

Mais si au vice des solides de cette partie, se joint une dissolution des fluides en général, les fleurs blanches seront bien plus abondantes, attendu que dans ce cas le défaut de consistance des humeurs rendra l’évacuation encore plus facile ; elle deviendra véritablement colliquative, & sera suivie de tous les mauvais effets que l’on peut aisément se représenter. C’est par cette raison que, selon l’observation d’Eugalinus, les regles manquent aux femmes scorbutiques, & sont suppléées par des fleurs blanches ordinairement fort abondantes.

Les différentes qualités dominantes de la matiere de ce flux contre nature, doivent être imputées d’abord à la masse des humeurs qui la fournit ; mais elle en contracte aussi de particulieres, par le plus ou moins de séjour qu’elle fait dans les cavités des parties où s’en fait l’épanchement : ainsi la chaleur de ces cavités dispose cette matiere retenue à se corrompre, par une sorte de putréfaction qui la rend d’autant plus acre, plus jaune, plus fétide, qu’elle étoit plus bilieuse en sortant des vaisseaux utérins. De cette acrimonie s’ensuit la disposition à procurer des érosions, des exulcérations aux parois de ces cavités. Plus la matiere des fleurs blanches est abondante & continuelle, moins elles séjournent dans ces cavités ; moins elle contracte de nouvelles qualités, moins elle est disposée à devenir de mauvaise odeur, & à procurer les symptomes qui viennent d’être mentionnés.

Ces qualités vitreuses de la matiere des fleurs blanches, ne sont donc qu’accidentelles ; elles ne doivent pas la faire regarder comme excrémentitielle, selon l’idée qu’en avoient les anciens. Cette matiere n’appartient pas plus au genre d’humeurs de cette derniere qualité, que le sang menstruel lui-même. Voyez Menstrues. Il y a cependant une exception à faire concernant une autre sorte d’écoulement contre nature, sans être virulent, dont la différence & même l’existence n’ont guere été remarquées, que l’on pourroit regarder comme des fausses fleurs blanches, entant qu’il leur ressemble, sans avoir la même source, ou comme une gonorrhée bénigne, puisqu’il n’est autre chose qu’une excrétion trop abondante de l’humeur prostatique de la mucosité des lacunes du vagin, une sorte de catarrhe des organes qui servent à séparer l’humeur excrémentitielle destinée à lubrifier ce canal.

Tout ce qui peut augmenter la pléthore générale dans les femmes, & sur-tout celle de la matrice en particulier, en y attirant, en y déterminant un plus grand abord d’humeurs : tout ce qui peut affoiblir le ressort des vaisseaux de cette partie, doit être mis au nombre des causes procatartiques des fleurs blanches ; comme la vie sédentaire, d’où suit trop peu de dissipation ; l’excès d’alimens, la bonne chere, d’où suit une confection trop abondante de bon sang ; la transpiration, ou toute autre évacuation ordinaire, supprimée, d’où résulte la surabondance des fluides ; le tempérament luxurieux ; les fortes passions, effets de l’amour ; le coït trop fréquent, ou toute autre irritation des parties génitales, qui, par les tensions spasmodiques qu’ils y causent, gênent le retour du sang, le retiennent dans les vaisseaux utérins, causent la dilatation forcée trop fréquente de ceux-ci, d’où la perte de leur ressort, & les autres effets mentionnés en parlant des causes immédiates de la maladie dont il s’agit ; les grossesses multipliées, les fausses-couches répetées, qui contribuent aussi beaucoup, sur-tout dans les personnes cachectiques, à déterminer vers la matrice une trop grande quantité d’humeurs, à affoiblir le ton de ses vaisseaux, par conséquent à établir la disposition aux fleurs blanches, &c.

Il suit de tout ce qui vient d’être dit des différentes causes de cette maladie, que toutes les personnes du sexe, dans quelqu’état qu’elles vivent, mariées ou non-mariées, jeunes ou vieilles, sont susceptibles de contracter les différens vices qui établissent la cause des fleurs blanches. Fernel dit qu’il a vû des filles de sept à huit ans affectées de cette maladie : l’observation commune apprend aussi que des femmes y sont sujettes pendant la grossesse, & d’autres dans l’âge le plus avancé ; ainsi elle peut arriver avant le tems des regles, elle en est quelquefois l’annonce : mais elle n’a lieu le plus souvent qu’après que la disposition au flux menstruel est bien établie, & elle succede assez communément à la suppression de ce flux, soit que celle-ci ait lieu par maladie, ou qu’elle soit naturelle par l’effet de l’âge. Les fleurs blanches sont souvent un supplément aux menstrues, nécessaire & même salutaire ; mais dans l’un & dans l’autre cas, l’exercice, la vie laborieuse, comme on le voit à l’égard des femmes de campagne, dispense la plûpart de celles qui s’y adonnent encore plus utilement, de ces incommodités dans tout le tems de leur vie.

L’écoulement d’une humeur quelconque qui n’est pas du pus, sur-tout lorsqu’elle est blanchâtre, suffit pour caractériser la maladie des fleurs blanches, dans les personnes à l’égard desquelles il n’y a lieu de soupçonner aucune maladie vénérienne. Il n’y a donc que la gonorrhée, c’est-à-dire la chaude-pisse proprement dite, de cause virulente, ou le flux prostatique, avec lequel on puisse les confondre ; mais outre que cette sorte de flux vérolique est ordinairement beaucoup moins abondant encore que l’écoulement le moins considérable des fleurs blanches, il y a un moyen de les distinguer sûrement, proposé par Baglivi, prax. medic. lib. II. cap. viij. sect. 3. qui n’étoit pas inconnu à Ambroise Paré, quoique les auteurs intermédiaires n’en fassent pas mention. Voyez les œuvres d’Amb. Paré, liv. XXIV. chap. lxiij. Il consiste, ce moyen, à observer si l’écoulement équivoque paroît continuer dans le tems des regles, ou non ; la cessation est une preuve qu’il n’est autre chose que les fleurs blanches, & sa continuation assûre que c’est une gonorrhée. La raison en est évidente : celle-ci dépend d’une source (c. à d. les glandes prostates, ou les lacunes muqueuses du vagin, ou les ulceres formés dans le canal de l’urethre, les glandes & les parties voisines) indépendante du flux menstruel, au lieu que la matiere des fleurs blanches est fournie par les mêmes vaisseaux que celle des menstrues.

Mais il n’est pas aussi aisé de distinguer le flux catarrheux du vagin, dont il a été question ci-devant sous le nom de fausses-fleurs blanches, c’est-à-dire la gonorrhée simple, qui n’a aussi rien de commun avec les menstrues, de celui qui est produit par une cause virulente : on ne peut guere s’assûrer de n’être pas trompé à cet égard, quand on a affaire avec des personnes d’une vertu équivoque, dont on peut presque toûjours suspecter la confession ; cependant si on peut observer la matiere de l’écoulement dans sa source ou sur le linge, on peut aussi y appliquer la maniere de faire la différence entre une gonorrhée virulente, à l’égard des hommes, & ce qui n’est qu’un flux de l’humeur prostatique. Voyez Gonorrhée.

On peut juger de l’intensité des causes qui ont donné lieu aux fleurs blanches, par celle des symptomes qui accompagnent ou qui sont les suites de cette affection : ainsi dans celle qui n’est qu’une extension du flux lymphatique, ordinairement, & après les regles, extension qui consiste en ce qu’il dure assez pour être rendu bien sensible pendant un jour ou deux, il ne s’ensuit le plus souvent aucune lésion de fonctions marquée : elle est souvent dans ce cas, comme il a été dit, un supplément avantageux au défaut de l’évacuation naturelle du sang surabondant ; ou au moins elle peut durer long-tems, toute la vie, sans qu’on en soit, pour ainsi dire, incommodé, lorsque le sujet est d’ailleurs d’un bon tempérament.

Dans les sujets cachétiques, les fleurs blanches ainsi périodiques & faisant comme partie du flux menstruel, annoncent le peu de consistence de la masse des humeurs, la sérosité surabondante, le sang mal travaillé ; ce qui est le plus souvent un effet des vices contractés dans les premieres voies par le défaut de sucs digestifs de bonne qualité, par une suite des obstructions du foie, de la rate, &c. en un mot, par de mauvaises digestions.

Lorsque les fleurs blanches sont continuelles, ou qu’elles reviennent souvent irrégulierement, elles sont accompagnées des symptomes de la cachexie, de la pâleur du visage, quelquefois de la bouffissure de cette partie, sur-tout aux paupieres, du dégoût, de l’abattement des forces ; parce que cette maladie est un symptome elle-même du vice dominant dans les solides & dans les fluides, c’est-à-dire du relâchement de l’atonie dans ceux-là, & de la cacochymie dans ceux-ci. Voyez Débilité, Équilibre, Fibre, Cachexie, Cacochymie, Chlorose.

Lorsque la matiere des fleurs blanches est fort séreuse, & qu’elle détrempe continuellement la matrice & le vagin, elles rendent ordinairement les femmes stériles, parce qu’elles éteignent & noyent, pour ainsi dire, la liqueur séminale, selon que le dit le judicieux Hippocrate, Aphor. xlij. sect. 5. Il s’ensuit aussi très-souvent un relâchement si considérable des parois de ce canal, que le poids de la matrice qui tend à la faire tomber vers l’orifice extérieur des parties génitales, fait replier ce canal sur lui-même, & établit la maladie qu’on appelle chûte de matrice, prolapsus uteri. Voyez Matrice.

Si la matiere des fleurs blanches coule moins abondamment, est d’une qualité bilieuse, séjourne dans la cavité de la matrice, elle devient acre, rongeante ; elle cause des exulcérations dans les voies par où elle passe : d’où s’ensuivent souvent de vrais ulceres de mauvaise qualité, susceptibles de devenir chancreux, & de détruire toute la substance de la matrice, après avoir causé des hémorrhagies des vaisseaux utérins, aussi abondantes que difficiles à arrêter, &c.

Cependant les fleurs blanches sont rarement dangereuses par elles-mêmes, si elles ne dépendent de quelque grande cause morbifique commune à tout le corps : celles qui sont récentes, produites par un vice topique & dans de jeunes sujets bien constitués, cedent aisément aux secours de l’art, placés convenablement aux vraies indications. Dans toutes les personnes d’une mauvaise complexion, sur-tout si elles sont d’un âge avancé, elles sont le plus souvent incurables ; mais on peut empêcher qu’elles ne procurent la mort en peu de tems, pourvû qu’on en suspende les progrès ; qu’on s’oppose à la corruption des humeurs fluentes, & à l’impression qu’elles portent sur les solides qu’elles abreuvent, pour empêcher qu’il ne se fasse des hémorrhagies, des ulceres ; qu’il n’en résulte des chancres, suites funestes auxquelles la matrice a beaucoup de disposition.

Le traitement des fleurs blanches exige, pour être tenté & conduit à-propos, que la cause en soit bien connue ; que le vice dominant soit bien caractérisé : la moindre erreur à cet égard peut être de la plus grande conséquence. Ainsi, lorsque la pléthore seule procure cette maladie, la saignée peut être utile, même sans autre secours, pour faire cesser l’une & l’autre.

Mais ce remede seroit très-contraire dans toute disposition ou affection cachectique, qui donneroit lieu aux fleurs blanches ; ce qui est le cas le plus ordinaire : les purgatifs hydragogues, les eaux minérales ferrugineuses, les diurétiques, les sudorifiques, associes selon l’art avec l’usage des medicamens toniques, corroboratifs, & sur-tout des martiaux ; aussi-bien que les amers, tels que la rhubarbe, le quina, le simarouba, peuvent être tous employés avec succès dans cette derniere circonstance, & selon l’observation de Boerhaave, Element. chimic. proc. lvij. usus. Les teintures de lacque, de mirrhe, y produisent aussi de très-grands effets.

Ces différens remedes placés & administrés avec méthode, sont suffisans pour satisfaire aux principales indications qui se présentent à remplir, entant qu’ils sont propres à évacuer les mauvais levains des premieres voies, qui, en passant dans les secondes, contribueroient à fournir la matiere de l’écoulement contre nature ; entant qu’ils sont en même tems très efficaces pour remettre les digestions en regle, en rendant le ressort aux organes qui concourent à opérer cette importante fonction. pour rétablir celles de la sanguification, de la circulation, & des secrétions, en ranimant aussi & en fortifiant l’action des solides, qui sont les principaux instrumens de ces principales opérations de l’économie animale.

Cependant si le mal ne cede pas à ces différens moyens, la teinture de mouches cantharides, donnée dans une forte décoction de gayac, peut suppléer à leur insuffisance, sur-tout si les fleurs blanches ne sont pas invétérées : dans le cas où elles dureroient depuis long-tems, & où elles auroient éludé l’effet de tous les remedes proposés jusqu’ici, il ne resteroit plus à tenter que les mercuriels, dont on a eu quelquefois de grands succès. Ces deux derniers conseils sont donnés d’après le docteur Morgan, pratique medicinale, cité à ce sujet dans le IV. vol. des observations d’Edimbourg, 1742.

Mais l’usage de ces différens médicamens, pour opérer avantageusement, demande à être secondé par le régime, par la dissipation de l’esprit, & sur-tout par l’exercice du corps proportionné aux forces, & augmenté peu-à-peu : au surplus, pour un plus grand détail des secours propres à corriger les vices dominans dans cette maladie, considérée comme un symptome de cachexie, voyez Débilité, Fibre.

Mais dans les cas où il n’y a pas lieu de penser que les fleurs blanches dépendent d’aucun vice qui ait rapport à l’espece de celui dont il vient d’être fait mention ; qu’au contraire, le sujet qui en est affecté paroît être d’un tempérament robuste, bilieux, avec un genre nerveux fort sensible, fort irritable, & que la maladie utérine est seulement causée par une foiblesse non pas absolue, mais respective, des vaisseaux de la matrice, qui sont forcés de céder à la contre-nitence excessive de tous les autres solides ; il faut prendre une route bien différente de celle qui vient d’être tracée : les adoucissans, les humectans, les antispasmodiques, remplissent, après les remedes généraux, les principales indications qui se présentent alors. On peut donc faire tirer du sang, pour diminuer le volume des humeurs, la tension des vaisseaux ; employer les vomitifs, les purgatifs, pour nettoyer les premieres voies, empêcher qu’elles ne fournissent au sang une trop grande quantité du recrément alkalescent ; faire diversion aux humeurs qui se portent à la matrice : le petit lait, le lait coupé, peuvent être employés pour corriger l’acrimonie dominante ; les bains domestiques, pour relâcher l’habitude du corps, sans opérer cet effet sur les parties génitales, que l’on en garantit, en les couvrant de fomentations aromatiques, fortifiantes, pour favoriser la transpiration, jetter de la détrempe dans le sang par ce moyen, & par un grand usage de tisanes émulsionnées : il convient aussi d’employer dans ce cas, selon la regle, les différentes préparations de pavot, d’opium, le castoréum, la poudre de gutete, &c. pour diminuer l’érétisme, l’irritabilité des nerfs qui pressent les humeurs de la circonférence au centre, & les déterminent vers la partie foible, vers la matrice : mais il faut sur-tout bien recommander principalement l’abstinence d’alimens crus, acres, de tout ce qui peut échauffer le corps & l’imagination dans différentes circonstances ; sur-tout lorsque le mal est dans son commencement.

Il n’est pas besoin, dans les fleurs blanches, de beaucoup de remedes extérieurs : il est seulement important de tenir propres les parties par où se fait l’écoulement ; d’empêcher que les humeurs épanchées n’y séjournent, n’y croupissent. Lorsqu’on n’a pas prévenu cet effet, & l’acrimonie des humeurs & ce qui s’ensuit, on peut corriger ce vice par des lotions adoucissantes, faites avec le lait tiede, l’eau d’orge, le miel, &c.

Lorsque ces humeurs sortent d’organes fort relâchés, sans irritation, on peut employer pour les lotions, de l’eau tiede aiguisée d’esprit-de-vin, d’eaux spiritueuses parfumées d’eaux thermales comme dessicatives. On peut aussi user de vin blanc avec du miel, comme détersif & tonique, & de tous ces différens médicamens en injection, en fomentation : le vin rouge resserreroit trop ; il ne pourroit convenir que dans le cas d’une chûte de matrice, où il seroit même nécessaire de le rendre astringent.

Mais il ne faut jamais employer de remede qui ait cette derniere propriété, dans la vûe d’arrêter l’écoulement des fleurs blanches ; à moins qu’on ne soit assûré que le vice qui l’entretient n’est que topique, n’est que la débilité des vaisseaux de la partie, & qu’il n’en reste aucun dans les humeurs ; sans quoi on s’expose, en empêchant l’excrétion de celles qui sont corrompues, dont la matrice est abreuvée, à enfermer, comme on dit vulgairement, le loup dans la bergerie : d’où s’ensuivent des dépôts funestes dans la substance de cet organe, des engorgemens inflammatoires, qui ont beaucoup de penchant à se terminer par la gangrene ; ou ils tournent en skirrhe, qui devient aisément carcinomateux ; ou ils forment des abcès, des ulceres, des chancres, qui sont une source de maux, de douleurs violentes & durables, que la mort seule peut tarir ; ou il se fait des métastases sur des parties éloignées, sur les poumons, par exemple, d’où peut suivre la phthisie ; sur le foie, d’où peuvent succéder des suppurations sourdes de ce viscere ; sur les reins, d’où peut s’ensuivre, selon l’observation de Baillon (Ballonii opera, lib. I. consil. 59.) un diabete des plus funestes.

Ainsi il ne faut user d’astringens qu’avec beaucoup de prudence ; & en général, cette condition est très-nécessaire dans l’administration des remedes, pour la cure des fleurs blanches : de quelque qualité que soit le vice qui les cause, il est toûjours très difficile à détruire, à cause de la structure, de la situation particuliere de l’organe qui est affecté, de la nature des humeurs qui y sont distribuées, & de la lenteur respective du cours de ces humeurs : il faut donc, pour l’honneur de l’art & de celui qui l’exerce, & pour préparer à tout évenement les personnes affectées de cette maladie, se bien garder de faire espérer une sûre, & encore moins une prompte guérison. Voyez Matrice, (maladies de la) (d)

Fleurs-de-lis, s. m. pl. (Blason.) armes des rois de France : personne n’ignore qu’ils portent d’azur à trois fleurs-de-lis d’or.

Les fleurs-de-lis étoient déjà employées pour ornement à la couronne des rois de France, du tems de la seconde race, & même de la premiere : on en voit la preuve dans l’abbaye de S. Germain des Prés, au tombeau de la reine Frédegonde, dont la couronne est terminée par de véritables fleurs-de-lis, & le sceptre par un lys champêtre. Ce tombeau, qui est de marqueterie, parsemé de filigrame de laiton, paroît original ; outre qu’il n’y a point d’apparence qu’on eût pensé à orner de la sorte le tombeau de cette reine long-tems après sa mort, puisqu’elle a si peu mérité cet honneur pendant sa vie.

Pour ce qui est de la seconde race, on trouve plusieurs portraits de Charles-le-Chauve, dans les livres écrits de son vivant, avec de vraies fleurs-de-lis à sa couronne ; quelques-uns de ces manuscrits se gardent dans la bibliotheque du Roi, comme aussi dans celle de M. Colbert qui y est jointe ; & l’on en peut voir les figures dans le second tome des capitulaires de M. Baluze.

Mais comme les rois de France n’ont point eu d’armes avant le douzieme siecle, les fleurs-de-lis n’ont pû y être employées qu’après ce tems-là. Philippe-Auguste est le premier qui s’est servi d’une fleur-de-lis seule au contre-scel de ses chartes ; ensuite Louis VIII. & S. Louis imiterent son exemple : après eux, on mit dans l’écu des armes des rois de France, des fleurs-de-lis sans nombre ; & enfin elles ont été réduites à trois, sous le regne de Charles VII.

Voilà le sentiment le plus vraissemblable sur l’époque à laquelle nos rois prirent les fleurs-de-lis dans leurs armes ; & c’est l’opinion du P. Mabillon. M. de Ste Marthe, fils & neveu des freres de Ste Marthe, qui ont travaillé avec beaucoup de soin à recueillir nos historiens, & à éclaircir plusieurs points obscurs de notre histoire, pense que la fleur-de-lis a commencé d’être l’unique symbole de nos rois sous Louis VII. surnommé le Jeune. L’on voit que son époque n’est pas bien éloignée de celle du P. Mabillon. Quant à l’opinion de ceux qui veulent que nos lis ayent été dans leur origine le bout d’une espece de hache d’armes appellée francisque, à cause de quelque rapport qui se trouve entre ces deux choses ; cette opinion n’est étayée d’aucune preuve solide. Nous pourrions citer plusieurs autres conjectures qui ne sont pas mieux établies ; mais nous nous arrêterons seulement à celle de Jacques Chifflet, à cause des partisans qu’elle s’est acquise.

Dans la découverte faite à Tournay en 1653, du tombeau de Childeric I. on y trouva l’anneau de ce prince, environ cent médailles d’or des premiers empereurs romains, 200 autres médailles d’argent toutes rouillées, un javelot, un graphium avec son stilet, & des tablettes ; le tout garni d’or : une figure en or d’une tête de bœuf avec un globe de crystal, & des abeilles aussi toutes d’or au nombre de trois cents & plus. Cette riche dépouille fut donnée à l’archiduc Léopold, qui étoit pour lors gouverneur des Pays-Bas ; & après sa mort, Jean-Philippe de Schonborn, électeur de Cologne, fit présent à Louis XIV. en 1665, de ces précieux restes du tombeau d’un de ses prédécesseurs : on les garde à la bibliotheque du Roi.

M. Chifflet prétend donc prouver par ce monument, que les premieres armes de nos rois étoient des abeilles, & que des peintres & des sculpteurs mal habiles ayant voulu les représenter, y avoient si mal réussi, qu’elles devinrent nos fleurs-de-lis, lorsque dans le douzieme siecle la France & les autres états de la chrétienté prirent des armes blasonnées : mais cette conjecture nous paroît plus imaginaire que fondée ; parce que, suivant toute apparence, les abeilles de grandeur naturelle & d’or massif, trouvées dans le tombeau de Childeric I. n’étoient qu’un symbole de ce prince, & non pas ses armes. Ainsi dans la découverte qu’on a faite en 1646 du tombeau de Childéric II. en travaillant à l’église de S. Germain des Prés, on trouva quantité de figures du serpent à deux têtes, appellé par les Grecs amphisbène, lesquelles figures étoient sans doute également le symbole de Childeric II. comme les abeilles l’étoient de Childeric I.

Au surplus, Chifflet, dans son ouvrage à ce sujet intitulé lilium francicum, a eu raison de se mocquer des contes ridicules qu’il avoit lûs dans quelques-uns de nos historiens, sur les fleurs-de-lis. En effet, les trois couronnes, les trois crapauds changés en trois fleurs-de-lis par l’ange qui vint apporter à Clovis l’écusson chargé de ces trois fleurs ; ce qui a engagé les uns à imaginer que les rois de France portoient au commencement de sable à trois crapauds d’or ; les autres, d’or à trois crapauds de sable ; & d’autres enfin, comme Trithème, d’azur à trois grenouilles de sinople ; tout cela, dis-je, ne peut passer que pour des fables puériles qui ne méritent pas d’être réfutées sérieusement. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Fleur-de-lisé, Fleuri, Florette, &c. adj. sont des termes de blason, dont on se sert quand les lignes qui terminent les pieces des armoiries, sont contournées en fleurs, en lis, en fleurs-de-lis, &c. ainsi l’on dit : il porte une croix fleur-de-lisée, &c. Voyez les Planches du Blason.

Fleur, (Orig. Géog.) terminaison de plusieurs lieux maritimes de Normandie, Barfleur, Harfleur, Honfleur, &c. noms qui dans les anciens titres sont terminés en flot : en ce cas, cette terminaison vient de fluctus, qui a passé par le saxon ; car fléoten, en cette langue, signifie couler. Flot s’est changé en fleut ; & de fleut est venu fleur, comme du latin flos. Les noms des lieux de Hollande terminés en uliet, ont la même situation & la même origine. Le flévus des anciens est encore de ce genre, & vient de la même souche. Nous ne devons pas oublier d’observer que dans le bas-breton, les lieux dont les noms commencent par les syllabes de pleu & de plou, sont battus des flots de la mer ; & que l’origine de ces syllabes & celle de fleut ou de flou, qui signifie la même chose, peut avoir été commune à la langue celtique & à la langue germanique. Cette remarque est de M. Huet, origin. de Caen, pag. 448. (D. J.)

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Étymologie de « fleur »

Étymologie de fleur - Littré

Bourguign. fleu ; picard, flour ; provenç. espagn. et portug. flor ; ital. fiore ; du latin florem. On a dit que fleur, dans la locution à fleur de, venait de l'anglais floor, plancher ; mais rien ne justifie cette étymologie ni dans la langue d'oïl, ni dans les autres langues romanes. L'italien dit aussi a fior : a fior d'acqua, à fleur d'eau ; ce qui exclut d'autant le floor anglais.

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Étymologie de fleur - Wiktionnaire

Du latin flos (« fleur, partie la meilleure de quelque chose »), via son accusatif florem.
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Phonétique du mot « fleur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fleur flœr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « fleur »

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Citations contenant le mot « fleur »

  • De la fenêtre de son grenier, où sèchent, tête à l’envers, de gros bouquets, on verra bientôt fleurir les houblonnières du coin. Le moment que Sophie Cardinael préfère : « Le grenier se remplit de lianes, j’en accroche partout au plafond. Je fais en sorte de bien les densifier pour faire de belles guirlandes fournies ! » Une tradition, bien du coin, portée par ses grands-parents, qu’elle a choisie de remettre au goût du jour depuis qu’elle est « Houbline », vendeuse de bouquets de fleurs séchées. « Je dépoussière les vieux bouquets de nos grands-mères en ajoutant des couleurs, des vases rigolos », sourit la jeune fille sous ses cheveux blonds comme les brins de blés qu’elle ajoute à ses compositions. Terres et Territoires, Houbline : des fleurs séchées, un peu, beaucoup, à la folie, localement
  • Habituellement, les membres de l’association Les Jeunes de Saint-Cirq, présidée par Thibault Cassagne, effectuent à quelques semaines de la fête, la tournée des foyers afin de remettre le programme festif à venir, accompagné d’une fleur. Cette année, en raison de la pandémie liée au coronavirus, toutes les festivités prévues à la mi-juillet ont été annulées en accord avec la municipalité. Toutefois, les conditions sanitaires imposées font que la tournée des fleurs pouvait être maintenue a contrario de la fête, avec la mise en œuvre d’un protocole strict autour de gestes barrières. Aussi, à l’unanimité, les membres de l’association ont décidé de maintenir cette tradition, et d’offrir une fleur à chaque habitant du village, sans demander de participation financière. À l’issue de la distribution, le président évoque la rencontre avec les villageois : "Ce fut pour nous, l’occasion d’annoncer officiellement l’annulation de nos festivités, de prendre des nouvelles des habitants, et de les remercier pour leur soutien qu’ils nous apportent chaque année. Certains ont quand même souhaité contribuer financièrement. Nous les remercions infiniment, mais nous tenons à remercier tous les habitants de Saint-Cirq pour l’accueil qu’ils nous ont fait, et pour leur soutien annuel, car tel était le but de cette initiative". ladepeche.fr, Saint-Cirq. La tournée des fleurs vient de se dérouler - ladepeche.fr
  • Un plat qui s’adapte à tous les goûts ! Amusez-vous à créer un poke bowl unique en remplaçant la semoule de chou-fleur par n’importe quelle céréale comme du riz, du quinoa ou encore des vermicelles. Quant au saumon, vous pouvez le remplacer par du thon, du tofu, des crevettes... N’hésitez pas à ajouter vos légumes de saison préférés, et même pourquoi pas, tenter le sucré salé en y ajoutant une touche de mangue ! Le tout sublimé par un filet d’Huile d’Olive “Goût à l’ancienne” de Cauvin ! Kiss My Chef, Poke de saumon mi cuit à la semoule de chou-fleur - Kiss My Chef
  • Sud pour Sud, sans être tout à fait une Arlésienne culinaire, la fleur de courgette ne se livre qu’avec parcimonie. Pour la trouver, mieux vaut se lever au petit matin des marchés, se mettre dans la poche un maraîcher ou la cultiver soi-même tant sa production relève du sensible. Portée par un légume, elle n’en reste pas moins fleur. Une mignonne azuréenne qui, à peine éclose, à peine cueillie, ne se tiendra pas mieux que deux jours avant de s’étioler. Le Figaro.fr, La fleur de courgette du Var par Christophe Bacquié
  • A l'honneur du livre solidaire "À La Maison", ce taboulé de chou-fleur aux herbes fait partie des bonnes recettes du chef Armand Arnal à faire cet été.  Vogue Paris, La recette du taboulé de chou-fleur aux herbes d'Armand Arnal | Vogue Paris
  • Le conservatoire botanique national de Franche-Comté travaille à la réintroduction de la saxifrage oeil-de-bouc, une fleur en danger critique d'extinction. Ellle reprend vie sur la tourbière du lac des Rousses.  France 3 Bourgogne-Franche-Comté, Jura : renaissance de la saxifrage oeil-de-bouc, une petite fleur menacée de disparition, au lac des Rousses
  • Les 18 hectares de Terra Botanica, unique parc à thème en Europe consacré au monde du végétal, fête ses 10 ans. Pour cela, le parc a présenté sa nouvelle fleur, nommé Rosa Terra Botanica® Selpin001, ainsi que L’Oasis, la plus grande structure en bambous d’Europe et Le jardin sans eau. La fleur Rosa Terra Botanica® Selpin001 a été créé par le rosiériste Jean-Marc Pineau dans son jardin à Montreuil Bellay. Cette rose est une variété de rosier sélectionnée pour son coloris rare, orange lumineux, ses pétales au revers doré, son parfum subtil de pamplemousse et sa bonne résistance. Cette variété remontante fleurit de mai aux gelées. Sept pépiniéristes de la région, membres de Select’Roses, peuvent reproduire ce rosier. Angers Info, Pour ses 10 ans, Terra Botanica présente sa nouvelle fleur et deux autres nouveautés à Angers – Angers Info
  • Le melon première fleur Pays Cathare, produit star de l’été, sélectionné pour sa saveur et son arôme, se prête à toutes sortes de recettes inventives et goûteuses pour régaler petits et grands à tous moments. ladepeche.fr, Du melon, oui, mais du première fleur Pays Cathare - ladepeche.fr
  • La prison, cette fleur noire de la société civilisée. De Nathaniel Hawthorne / La lettre écarlate
  • Le pardon est la plus belle fleur de la victoire. De Proverbe arabe
  • Une seule fleur ne fait pas une guirlande. De George Herbert / Jacula prudentum
  • Un grain de poussière ne souille pas une fleur. De Rabindranàth Tagore / A quatre voix
  • L’homme est la fleur de la terre. De Proverbe vietnamien
  • Il ne faut jamais battre une femme, même avec une fleur ; ça abîme la fleur. De Gabriel Timmory
  • Si l’amour est doux comme une fleur, alors ma mère est cette fleur. De Stevie Wonder
  • La fleur est produite par le fumier et le fumier est produit par la fleur. De Proverbe turc
  • La mode est une fleur morte. De Francis Picabia / Ecrits
  • La beauté est la fleur du bonheur. De Anonyme / Le dit de Heiji
  • Une fleur est un être entièrement poétique. De Novalis / Oeuvres
  • Fleur de la renommée, fleur de la gloire, fleur qui se fane sur-le-champ. De Herman Melville
  • Chaque fleur attire sa mouche. De Jules Renard / Journal
  • L'homme regarde la fleur, la fleur sourit. De Koan zen
  • Certains aiment les fleurs et les bêtes parce qu'ils sont incapables de s'entendre avec leur prochain. Sigrid Undset, Retour à l'avenir
  • Semblez être la fleur innocente, mais soyez le serpent qu'elle dissimule. William Shakespeare, Macbeth, I, 5, lady Macbeth
  • Il y a certains mots qui soudain, comme un éclair, découvrent au tréfonds de mon être un pays de fleurs. Joseph, baron von Eichendorff, Œuvres posthumes Aus dem literarischen Nachlaße
  • Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous. Paul Verlaine, Romances sans paroles, Green , Messein
  • Une fleur est écrite au bout de chaque doigt et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi. Tristan Tzara, Indicateur des chemins de cœur, J. Bucher
  • Telle fleur est un refus d'abord de toutes les autres fleurs. Et cependant, à cette condition seulement elle est belle. Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle, Gallimard
  • Si Job avait planté des fleurs sur son fumier, Il aurait eu les fleurs les plus belles du monde ! Edmond Rostand, Les Musardises, Lemerre
  • Si vous battez une femme avec une fleur, prenez plutôt une rose. Sa tige a des épines. Henri de Régnier, Donc , Kra
  • La moisson de nos champs lassera les faucilles, Et les fruits passeront la promesse des fleurs. François de Malherbe, Stances
  • Savons-nous ce que serait une humanité qui ne connaîtrait pas la fleur ? Maurice Maeterlinck, Le Double Jardin, Fasquelle
  • Je suis chose légère et vole à tout sujet ; Je vais de fleur en fleur, et d'objet en objet. Jean de La Fontaine, Fables, les Deux Rats, le Renard et l'Œuf
  • Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. Jean de La Fontaine, Fables, les Deux Aventuriers et le Talisman
  • La fleur est le regard riant de la ruine. Pierre Jean Jouve, La Vierge de Paris, Mercure de France
  • Il y a des gens qui vous laissent tomber un pot de fleurs sur la tête d'un cinquième étage et qui vous disent : Je vous offre des roses. Victor Hugo, Tas de pierres, Éditions Milieu du monde
  • La véritable nuit est dans le cœur des fleurs, des grandes fleurs noires qui ne s'ouvrent pas. René Daumal, Le Contre-ciel, Gallimard
  • Au fond de la nature pousse une végétation obscure ; dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves, José Corti
  • En France tout finit par des fleurs de rhétorique. Louis Aragon, Le Libertinage, Gallimard

Images d'illustration du mot « fleur »

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Traductions du mot « fleur »

Langue Traduction
Corse fiore
Basque lore
Japonais
Russe цветок
Portugais flor
Arabe زهرة
Chinois
Allemand blume
Italien fiore
Espagnol flor
Anglais flower
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Synonymes de « fleur »

Source : synonymes de fleur sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fleur »


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