La langue française

Exorde

Sommaire

  • Définitions du mot exorde
  • Étymologie de « exorde »
  • Phonétique de « exorde »
  • Évolution historique de l’usage du mot « exorde »
  • Citations contenant le mot « exorde »
  • Traductions du mot « exorde »
  • Synonymes de « exorde »
  • Antonymes de « exorde »

Définitions du mot « exorde »

Trésor de la Langue Française informatisé

EXORDE, subst. masc.

A.− RHÉT. Première partie d'un discours. Exorde d'une harangue, d'un plaidoyer. L'exorde est principalement un essai de la voix et des périodes, en vue de disposer l'auditoire comme il faut (Alain, Beaux-arts,1920, p. 98):
1. ... je me voyais à la tribune aux prises avec des mots sans signification, des phrases incohérentes : je cherchais l'adjectif sonore, le substantif retentissant; je polissais la péroraison, je perfectionnais l'exorde. Reybaud, Paturot,1842, p. 354.
SYNT. Exorde simple, tempéré; exorde insinuant ou par insinuation; exorde pompeux ou solennel; exorde véhément ou ex abrupto.
B.− P. ext. Ce qui constitue une entrée en matière, une introduction (à un entretien, à un écrit, à une composition musicale, etc.). L'exorde d'un livre, d'un poème. Une introduction lente, où vous pouvez trouvez à votre gré, soit une image de la paix du désert, soit un exorde purement musical (Lalo, Mus.,1899, p. 339).Vous me direz sans doute : foin des exordes, veuillez me parler de vous (Bernanos, Lettres inéd.,1905, p. 1733).
C.− Au fig. Commencement d'une chose. Cette conception, qui fut comme l'exorde du monde (Lacord., Conf. N.D.,1848, p. 111):
2. salut ... Choses visibles! Je vous écoute, notre Aujourd'hui dont l'Exorde est si beau... Valéry, Mauv. pens.,1942, p. 134.
Prononc. et Orth. : [εgzɔ ʀd̥]. Cf. é-1. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1488 « commencement » (La Mer des Histoires, I, 88b, édit. 1491 ds Rom. Forsch. t. 32, p. 62); 1521 en partic. rhét. (Fabri, Rhet., fo17 vods Gdf. Compl.). Empr. au lat. class. exordium « commencement » et en partic. « commencement d'un discours ». Fréq. abs. littér. : 89.

Wiktionnaire

Nom commun

exorde \ɛɡ.zɔʁd\ masculin

  1. (Rhétorique) Entrée en matière dans un discours de quelque étendue.
    • Puis dans un long et pompeux exorde, ils vous parleront du Nil, […] — (Érasme, Éloge de la Folie, 1509 ; traduction de Thibault de Laveaux en 1780)
    • Le début est toujours modeste, circonspect. L’homme de science a peur de s’engager ; […] ; dès qu’il découvre ou croit avoir découvert chez l’un d’eux la moindre allusion à sa théorie, il prend courage, […] et perd complètement de vue la modestie de son exorde. — (Nicolas Gogol, Les Âmes mortes, 1842 ; traduction de Henri Mongault, 1949)
  2. (Par extension) (Figuré) Commencement d’une entreprise, d’une démonstration ou d’un raisonnement.
    • Voilà un beau début, voyons si la fin répondra à l’exorde.
    • La conclusion est digne de l’exorde.
    • La péroraison valait mieux que l’exorde. Il disait, mais trop longuement, que la miséricorde de Dieu était infinie, et qu’un repentir véritable pouvait désarmer sa juste colère. — (Prosper Mérimée, Lettres d’Espagne, 1832, rééd. Éditions Complexe, 1989, page 68)
    • Cet exorde un peu long et un peu compliqué a pour objet de poser une question courte et simple (...) — (Hannibal, « Tsipras complice de l’Euroland », Rivarol, n° 3196, 9 juillet 2015, p. 12)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EXORDE. n. m.
T. de Rhétorique. Entrée en matière dans un discours de quelque étendue. Cet exorde est trop long, est trop court. Exorde insinuant, par insinuation. Exorde ex abrupto. Il entra en matière sans exorde, sans faire d'exorde. Il se dit, par extension et figurément, du Commencement d'une entreprise. Voilà un beau début, voyons si la fin répondra à l'exorde. La conclusion est digne de l'exorde.

Littré (1872-1877)

EXORDE (è-gzor-d') s. m.
  • 1 Terme de rhétorique. La première partie du discours. Exorde par insinuation. Exorde ex abrupto. Un exorde doit être simple et sans affectation ; cela est aussi vrai dans la poésie que dans les discours oratoires, parce que c'est une règle fondée sur la nature, qui est la même partout, Boileau, Longin, Sublime, Réflexion 2. Belle conclusion et digne de l'exorde, Racine, Plaid. III, 3. Cicéron, qui quelquefois s'est permis la raillerie dans ses harangues, ne laisse pas de demander que l'exorde soit grave et sentencieux, Marmontel, Élém. litt. t. VII, p. 333, dans POUGENS. Fléchier a fait d'un mauvais exorde de Lingendes le frontispice incomparable de l'oraison funèbre de Turenne, Marmontel, ib. t. VIII, p. 205.
  • 2 Par extension, début, commencement d'un discours quelconque, d'une affaire, d'une entreprise, etc. Il n'en était qu'à l'exorde de son discours [au début de ses affaires], Hamilton, Gramm. 7.

HISTORIQUE

XVIe s. Les Atheniens… ordonnerent que sa principale partie [de la rhétorique], qui est esmouvoir les affections, en feust ostée, ensemble les exordes et perorations, Montaigne, I, 380.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

EXORDE, exordium, s. m. (Belles-Lettres.) premiere partie du discours, qui sert à préparer l’auditoire & à l’instruire de l’état de la question, ou du moins à la lui faire envisager en général.

Ce mot est formé du latin ordiri, commencer, par une méthaphore tirée des Tisserands, dont on dit, ordiri telam, c’est-à-dire commencer la toile en la mettant sur le métier, & disposant la chaîne de maniere à pouvoir la travailler.

L’exorde dans l’art oratoire, est ce qu’on nomme dans une piece de théatre prologue, en musique prélude, & dans un traité dialectique préface, avant-propos, en latin proemium.

Cicéron définit l’exorde une partie du discours, dans laquelle on prépare doucement l’esprit des auditeurs aux choses qu’on doit leur annoncer par la suite. L’exorde est une partie importante, qui demande à être travaillée avec un extrème soin : aussi les orateurs l’appellent-ils difficillima pars orationis.

On distingue deux sortes d’exordes ; l’un modéré, où l’orateur prend, pour ainsi dire, son tour de loin ; l’autre véhément, où il entre brusquement & tout-à-coup en matiere : dans le premier on prépare & l’on conduit les auditeurs par degrés, & comme insensiblement, aux choses qu’on va leur proposer ; dans le second l’orateur étonne son auditoire, en paroissant lui-même transporté de quelque passion subite. Tel est ce début d’Isaïe, imité par Racine dans Athalie :

Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille.


ou celui-ci de Cicéron contre Catilina :

Quousque tandem abutere, Catilina, patientiâ nostrâ ?

Les exordes brusques sont plus convenables dans les cas d’une joie, d’une indignation extraordinaires, ou de quelqu’autre passion extrèmement vive : hors de-là, ils seroient déplacés : cependant nous avons des exemples de panégyriques d’orateurs fameux, qui entrent en matiere dès la premiere phrase, & pour ainsi dire, dès le premier mot, sans qu’aucune passion l’exige : tel est celui de Gorgias, qui commence son éloge de la ville & du peuple d’Elis par ces mots : Elis, beata civitas : & celui de saint Grégoire de Nazianze, à la loüange de saint Athanase : Athanasium laudans virtutem laudabo. Les exordes brusques & précipités étoient plus conformes au goût & aux mœurs des Grecs qu’au goût & aux mœurs des Romains.

Les qualités de l’exorde sont, 1°. la convenance, c’est-à-dire le rapport & la liaison qu’il doit avoir avec le reste du discours, auquel il doit être comme la partie est au tout, ensorte qu’il n’en puisse être détaché ni adapté dans une occasion différente, & peut-être contraire. Les anciens orateurs paroissent avoir été peu scrupuleux sur cette regle ; quelquefois leurs exordes n’ont rien de commun avec le reste du discours, si ce n’est qu’ils sont placés à la tête de leurs harangues.

2°. La modestie ou une pudeur ingénue, qui intéresse merveilleusement les auditeurs en faveur de l’orateur, & lui attire leur bienveillance. C’est ce que Cicéron loue le plus dans l’orateur Crassus : fuit enim in L. Crasso pudor quidam, qui non modo non obesset ejus orationi, sed étiam probitatis commendatione prodesset ; & il raconte de lui-même, qu’au commencement de ses harangues, un trouble involontaire agitoit son esprit, & qu’un tremblement universel s’emparoit de ses membres. Un air simple & naturel porte un caractere de candeur, qui fraie le chemin à la persuasion.

3°. La briéveté, c’est-à-dire qu’un exorde ne doit point être trop étendu, & encore moins chargé de détails inutiles ; ce n’est pas le lieu d’approfondir la matiere, ni de se livrer à l’amplification : il ne doit pas non plus être tiré de trop loin, tels que ceux de ces deux plaidoyers burlesques de la comédie des plaideurs, où les prétendus avocats remontent jusqu’au cahos, à la naissance du monde, & à la fondation des empires, pour parler du vol d’un chapon.

4°. Enfin le style doit en être périodique, noble, grave, mesuré ; c’est la partie du discours qui demande à être la plus travaillée, parce qu’étant écoutée la premiere, elle est aussi plus exposée à la critique. Aussi Cicéron a-t-il dit : vestibula aditusque ad causam facias illustres.

L’exorde est regardé par tous les Rhéteurs, comme une partie essentielle du discours ; cependant autrefois devant l’aréopage, on parloit sans exorde, sans mouvemens, sans péroraison, selon Julius Pollux ; mais il faut se souvenir que le tribunal de l’aréopage, si respectable d’ailleurs, n’étoit pas un juge sans appel sur le bon goût & sur les regles de l’éloquence. Voyez Aréopage. (G)

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Étymologie de « exorde »

(1488) Vient du terme rhétorique latin exordium (« commencement (d’un discours) »), lui même issu du latin exordiri (« commencer »).
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Lat. exordium, de ex, et ordiri, commencer (voy. OURDIR).

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Phonétique du mot « exorde »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
exorde ɛgzɔrd

Évolution historique de l’usage du mot « exorde »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « exorde »

  • Belle conclusion, et digne de l'exorde ! Jean Racine, Les Plaideurs, III, 3, Léandre
  • Leur projet, intitulé « La pression hydraulique », consiste à expliquer les raisons de la présence de la pression hydraulique et les effets qu'elle apporte sur le corps humain. L'objectif est de constater les biens faits et les aspects négatifs du contact avec cette pression. Pour ce faire, elles ont parlé des premiers contacts que l'homme a eus avec la pression grâce à la plongée sous-marine et l’évolution de cette dernière. Grâce à cet exorde, il leur a été possible d'expliquer clairement les effets de la pression sur le cerveau, le système respiratoire, etc. Elles ont également parlé des effets positifs, comme les mutations. Réseau de l'Université du Québec, Super Expo-sciences Hydro-Québec 2020: Cora Lacasse et Amélie Boucher remportent la Bourse Jeunes talents | Réseau de l'Université du Québec
  • Selon un écho paru hier dans notre page montpelliéraine, le prédicateur de la paroisse de Notre-Dame de l'Espérance a pris comme exorde de son prêche, dimanche dernier, deux vers d'une chanson de Brassens : "Non les bonnes gens n'aiment pas que l'on suive d'autres routes qu'eux". midilibre.fr, Il y a 50 ans à Sète : Brassens cité dans une église - midilibre.fr
  • Cet exorde va beaucoup plus loin. Il signifie que tout ce qui va suivre n’est pas d’inspiration humaine. Ce n’est pas le bien commun supputé à partir des intérêts particuliers qui fonde l’Etat. La norme est transcendante. On verra tout de suite qu’elle est tellement exigeante qu’elle dépasse les forces humaines. Elle fixe un idéal inatteignable. C’est bien la définition de tout idéal. Une chronique politique sans parti pris, Quel C ? – Une chronique politique sans parti pris
  • Gesualdo Bufalino est aujourd’hui reconnu comme l’un des écrivains italiens les plus importants du XXe siècle. Depuis son exorde avec Diceria dell’untore [Le semeur de peste] en 1981, sa production littéraire a fait l’objet de nombreuses études critiques qui ont analysé les caractéristiques particulières de ses œuvres, les thématiques récurrentes, la langue et le style. Dans la vaste bibliographie bufalinienne, un aspect de son œuvre est toutefois demeuré dans l’ombre, l’intertextualité, parfois explicitée par l’auteur, parfois occultée dans le tissu narratif de ses textes. Les contributions recueillies dans ce volume, qui est publié à l’occasion du centenaire de la naissance de Bufalino, interrogent la citation dans tous les genres littéraires abordés par l’écrivain, du roman à la poésie, de l’anthologie aux aphorismes et à la traduction. Des matériaux inédits sont également proposés. L’exploration du dialogue idéal entre Bufalino et les grands auteurs de la tradition littéraire permet ainsi d’ouvrir des pistes interprétatives nouvelles qui seront susceptibles d’être approfondies dans l’avenir. , Cahiers d'études italiennes, n° 30, 2020 : "La biblioteca totale. La citazione nell'opera di Gesualdo Bufalino"
  • "La rhétorique chinoise conçoit le quatrain comme une dramaturgie à quatre temps : le premier vers qui est l'exorde, le deuxième vers qui est le développement, le 3ème vers qui doit marquer un tournant ascendant et le quatrième vers qui doit aboutir à une perspective ouverte". (François Cheng) France Culture, Eloge du quatrain par François Cheng : "Ma poésie en français a commencé par un quatrain il y a exactement 60 ans"
  • En guise d’exorde, un poignant O Traurigkeit (anonyme) porté par l’excellente alto Lucile Richardot et le chœur fait descendre cette « tristesse » du ciel, permettant à tous de venir prendre place sur le dispositif scénique installé au centre de la salle. La Passion selon Saint Jean expose l’humanité du Christ dans une dramaturgie musicale pure, sans artifices, afin que le texte, porté et amplifié par la musique, produise un effet direct sur l’auditoire des fidèles. La musique déploie ici un arsenal rhétorique qui a pour objet de « donner à voir » par l’éloquence déployée par le compositeur et les interprètes, de « révéler » (au sens du tirage photographique), de déployer sur l’auditoire l’énergie (en-e/a-rgeia ; « image vive ») que le texte recèle. Olyrix.com, Miraculeuse Sixième Parole de Bach, Pichon et Pygmalion à la Philharmonie - Actualités - Ôlyrix
  • La plaidoirie classique des avocats repose sur une structure établie – qui peut aussi aider à organiser une prise de parole en entreprise ou un pitch : l’exorde, la première partie de l’allocution qui appelle l’attention du public (en le remerciant de son intérêt ou en insistant sur l’importance du thème qui sera développé) ; la narration ou storytelling ; l’argumentation ; la réfutation, qui disqualifie à l’avance les arguments des adversaires ; et la péroraison, ou conclusion, qui met un point final clair à l’intervention. Sur cette structure classique, chacun construira son discours, le meilleur étant celui qui parvient à mêler l’analyse et le storytelling. «Dans tous les cas, un parcours argumentatif est nécessaire, poursuit l’avocat. Je sais où je commence et où je dois finir, et j’emmène l’auditeur sur un chemin logique.» Capital.fr, 4 conseils pour réussir vos prises de parole au travail - Capital.fr

Traductions du mot « exorde »

Langue Traduction
Anglais exordium
Espagnol exordio
Italien esordio
Allemand exordium
Chinois or
Arabe تصدير
Portugais exórdio
Russe вступление
Japonais 異常な
Basque exordium
Corse exordium
Source : Google Translate API

Synonymes de « exorde »

Source : synonymes de exorde sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « exorde »

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