La langue française

Étourdir

Sommaire

  • Définitions du mot étourdir
  • Étymologie de « étourdir »
  • Phonétique de « étourdir »
  • Évolution historique de l’usage du mot « étourdir »
  • Citations contenant le mot « étourdir »
  • Traductions du mot « étourdir »
  • Synonymes de « étourdir »
  • Antonymes de « étourdir »

Définitions du mot étourdir

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉTOURDIR, verbe trans.

A.− [L'obj. désigne gén. une pers.]
1. Ébranler (quelqu'un) par un choc physique ou moral, au point, parfois, de lui faire perdre conscience momentanément. Synon. abrutir, abasourdir, assommer, sonner (pop.).Les trèfles et les luzernes filaient sous le galop malin de la bête; le vertige étourdissait les oreilles, cerclait la tête, noyait les mains de sueur (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 251).
Emploi pronom. (Quasi-)synon. s'évanouir.Quand je me sentais m'étourdir, je regardais plutôt en l'air... Ça m'atténuait les malaises de relever la tête (Céline, Mort à crédit,1936, p. 680).
Au fig. Jeter dans un trouble moral. Mon amour me trouble et m'étourdit tellement que j'ai oublié tout d'abord ce que j'avais à faire ici (Nodier, Fée Miettes,1831, p. 144).
Emploi abs. :
1. ... comme s'il redoutait une parole de Berthe ou un silence, il poursuivait son discours sans interruption, cherchant à dire, non pas sa pensée, mais ce qui pouvait étourdir, émouvoir, flatter, et il avait l'air d'un discuteur agité. Chardonne, Épithal.,1921, p. 437.
2. P. ext.
a) Fatiguer, importuner par un bruit, par des paroles lassantes. Étourdir les oreilles. Synon. assourdir, bassiner (fam.), casser les oreilles (fam.), incommoder.Elle s'endormait en écoutant ses professeurs, tellement la fatigue des leçons l'étourdissait (Zola, Œuvre,1886, p. 103).Le bruit des marteaux sans nombre, qui nous étourdissait tout à l'heure, nous parvient assourdi et nous rassure. (France, Vie fleur,1922, p. 299):
2. J'aime marcher à travers la ville, le soir, dans la chaleur du genièvre. Je marche des nuits durant, je rêve, ou je me parle interminablement. Comme ce soir, oui, et je crains de vous étourdir un peu, merci, vous êtes courtois. Mais c'est le trop-plein; dès que j'ouvre la bouche, les phrases coulent. Camus, Chute,1956, p. 1480.
Au fig. Que le poltron s'amuse à vivre tant qu'il voudra, c'est son métier; mais qu'il ne vienne point nous étourdir de ses impertinences sur le malheur de ceux qui ne lui ressemblent pas (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 2, 1821, p. 114).
b) Provoquer une sorte de griserie, d'ivresse. Lecouvreur buvait le moins possible. Quelques apéritifs suffisaient pour l'étourdir, lui enlever le goût du travail (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 61):
3. ... j'étais dans une espèce de ravissement en parcourant les rues désertes, les cloîtres abandonnés, surtout en revenant contempler la cathédrale; un vent violent achevait de m'étourdir et de m'enivrer. Ampère, Corresp.,1827, p. 435.
Au fig. Tout le régime n'est funeste que parce qu'il met en jeu, contre l'intérêt du public, tout ce qui tente, grise, étourdit les particuliers (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 43):
4. Trop de pouvoir est mauvais à l'homme. Être prêtre, être roi, être Dieu, c'est trop. Le bourdonnement confus de toutes les volontés éveillées qui demandent à être satisfaites à la fois assourdit le pauvre cerveau de celui qui peut tout, étourdit son intelligence, dérange la génération de sa pensée et le rend fou. Hugo, Rhin,1842, p. 440.
5. ... car écrire! ce n'est pas se faire rougir, ni affronter l'indifférence − mais bien l'ambition d'abord de saisir un lecteur idéal et de le traîner sans s'émouvoir − ou encore de l'éblouir, l'étourdir, le réduire par la vérité supérieure et la force magique, oui merveilleuse! Valéry, Corresp.[avec Gide], 1891, p. 126.
Emploi pronom. réfl. Rechercher une joie factice pour tromper un ennui, une inquiétude. Besoin de s'étourdir; chercher à s'étourdir. (Quasi-)synon. s'amuser, se divertir.Deux sentiments uniques (...) pèsent sur l'Europe entière (...) : l'inquiétude et l'ennui (...). On s'étourdit par une excitation factice : au front, des massacres sans but; à l'arrière, la fête (Bloch, Dest. du S.,1931, p. 83).
B.− [L'obj. désigne un inanimé]
1. [Inanimé abstr.] Rendre moins vive, moins sensible une sensation physique, une souffrance morale. Étourdir une douleur, un chagrin. Synon. endormir.Si nous venons au bal c'est pour étourdir sa douleur (Ponson du Terr., Rocambole,t. 4, 1859, p. 288).
Vx. Étourdir la grosse faim. La calmer en mangeant un peu (Ac. 1835-1878).
2. [Inanimé concr.]
a) ART CULIN. Étourdir la viande. Lui faire subir une légère cuisson (Ac. 1932).
b) Arg. Voler, dérober. Fallait l'embobiner, pour le ravoir et lui étourdir son magot (Zola, Terre,1887, p. 359).
Prononc. et Orth. : [etuʀdi:ʀ], (j')étourdis [etuʀdi]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1086 Ricard Estordit nom propre (Exon. Domesday Book, IV, II ds Z. rom. Philol. t. 8, p. 335); 1. 1176 « frapper d'une sorte d'engourdissement du cerveau (par commotion, vertige, ivresse...) » (Chr. de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 2035); ca 1200 part. passé adj. cum home esturdi (Chanson de Guillaume, éd. Mc Millan, 385); d'où a) 1629 « causer de la stupeur, de l'étonnement » (Mairet, Soliman, V, 2 ds Littré); b) 1670 pronom. « perdre la claire conscience de soi-même, de ses actes » (Boss., Duch. d'Orléans ds Rob.); c) 1677 « rendre moins sensible » (Id., Connaiss., I, 16 ds Littré); 2. xves. « importuner, lasser par une action répétée » (Ch. d'Orléans, Rondeaux, éd. P. Champion, CCXCV, 2); en partic. 1615 part. prés. adj. son estourdissante crierie (Montlyard, Heroglyphiques de Jean-Pierre Valerian, XXIV, 33 ds R. Hist. litt. fr. t. 12, p. 143). Formé sur un lat. pop. *exturdire, dér. de turdus « grive », signifiant prob. « avoir le cerveau étourdi, comme une grive ivre de raisin »; cf. ca 1200 « être ivre » (Aliscans, éd. Wienbeck-Hartnacke-Rasch, 4306-07) d'où le sens de « étourdir ». Fréq. abs. littér. : 535. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 757, b) 881; xxes. : a) 975, b) 570. Bbg. Sain. Arg. 1972 [1907], p. 239, 280. − Sain. Sources t. 1 1972 [1925], p. 88.

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉTOURDIR, verbe trans.

A.− [L'obj. désigne gén. une pers.]
1. Ébranler (quelqu'un) par un choc physique ou moral, au point, parfois, de lui faire perdre conscience momentanément. Synon. abrutir, abasourdir, assommer, sonner (pop.).Les trèfles et les luzernes filaient sous le galop malin de la bête; le vertige étourdissait les oreilles, cerclait la tête, noyait les mains de sueur (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 251).
Emploi pronom. (Quasi-)synon. s'évanouir.Quand je me sentais m'étourdir, je regardais plutôt en l'air... Ça m'atténuait les malaises de relever la tête (Céline, Mort à crédit,1936, p. 680).
Au fig. Jeter dans un trouble moral. Mon amour me trouble et m'étourdit tellement que j'ai oublié tout d'abord ce que j'avais à faire ici (Nodier, Fée Miettes,1831, p. 144).
Emploi abs. :
1. ... comme s'il redoutait une parole de Berthe ou un silence, il poursuivait son discours sans interruption, cherchant à dire, non pas sa pensée, mais ce qui pouvait étourdir, émouvoir, flatter, et il avait l'air d'un discuteur agité. Chardonne, Épithal.,1921, p. 437.
2. P. ext.
a) Fatiguer, importuner par un bruit, par des paroles lassantes. Étourdir les oreilles. Synon. assourdir, bassiner (fam.), casser les oreilles (fam.), incommoder.Elle s'endormait en écoutant ses professeurs, tellement la fatigue des leçons l'étourdissait (Zola, Œuvre,1886, p. 103).Le bruit des marteaux sans nombre, qui nous étourdissait tout à l'heure, nous parvient assourdi et nous rassure. (France, Vie fleur,1922, p. 299):
2. J'aime marcher à travers la ville, le soir, dans la chaleur du genièvre. Je marche des nuits durant, je rêve, ou je me parle interminablement. Comme ce soir, oui, et je crains de vous étourdir un peu, merci, vous êtes courtois. Mais c'est le trop-plein; dès que j'ouvre la bouche, les phrases coulent. Camus, Chute,1956, p. 1480.
Au fig. Que le poltron s'amuse à vivre tant qu'il voudra, c'est son métier; mais qu'il ne vienne point nous étourdir de ses impertinences sur le malheur de ceux qui ne lui ressemblent pas (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 2, 1821, p. 114).
b) Provoquer une sorte de griserie, d'ivresse. Lecouvreur buvait le moins possible. Quelques apéritifs suffisaient pour l'étourdir, lui enlever le goût du travail (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 61):
3. ... j'étais dans une espèce de ravissement en parcourant les rues désertes, les cloîtres abandonnés, surtout en revenant contempler la cathédrale; un vent violent achevait de m'étourdir et de m'enivrer. Ampère, Corresp.,1827, p. 435.
Au fig. Tout le régime n'est funeste que parce qu'il met en jeu, contre l'intérêt du public, tout ce qui tente, grise, étourdit les particuliers (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 43):
4. Trop de pouvoir est mauvais à l'homme. Être prêtre, être roi, être Dieu, c'est trop. Le bourdonnement confus de toutes les volontés éveillées qui demandent à être satisfaites à la fois assourdit le pauvre cerveau de celui qui peut tout, étourdit son intelligence, dérange la génération de sa pensée et le rend fou. Hugo, Rhin,1842, p. 440.
5. ... car écrire! ce n'est pas se faire rougir, ni affronter l'indifférence − mais bien l'ambition d'abord de saisir un lecteur idéal et de le traîner sans s'émouvoir − ou encore de l'éblouir, l'étourdir, le réduire par la vérité supérieure et la force magique, oui merveilleuse! Valéry, Corresp.[avec Gide], 1891, p. 126.
Emploi pronom. réfl. Rechercher une joie factice pour tromper un ennui, une inquiétude. Besoin de s'étourdir; chercher à s'étourdir. (Quasi-)synon. s'amuser, se divertir.Deux sentiments uniques (...) pèsent sur l'Europe entière (...) : l'inquiétude et l'ennui (...). On s'étourdit par une excitation factice : au front, des massacres sans but; à l'arrière, la fête (Bloch, Dest. du S.,1931, p. 83).
B.− [L'obj. désigne un inanimé]
1. [Inanimé abstr.] Rendre moins vive, moins sensible une sensation physique, une souffrance morale. Étourdir une douleur, un chagrin. Synon. endormir.Si nous venons au bal c'est pour étourdir sa douleur (Ponson du Terr., Rocambole,t. 4, 1859, p. 288).
Vx. Étourdir la grosse faim. La calmer en mangeant un peu (Ac. 1835-1878).
2. [Inanimé concr.]
a) ART CULIN. Étourdir la viande. Lui faire subir une légère cuisson (Ac. 1932).
b) Arg. Voler, dérober. Fallait l'embobiner, pour le ravoir et lui étourdir son magot (Zola, Terre,1887, p. 359).
Prononc. et Orth. : [etuʀdi:ʀ], (j')étourdis [etuʀdi]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1086 Ricard Estordit nom propre (Exon. Domesday Book, IV, II ds Z. rom. Philol. t. 8, p. 335); 1. 1176 « frapper d'une sorte d'engourdissement du cerveau (par commotion, vertige, ivresse...) » (Chr. de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 2035); ca 1200 part. passé adj. cum home esturdi (Chanson de Guillaume, éd. Mc Millan, 385); d'où a) 1629 « causer de la stupeur, de l'étonnement » (Mairet, Soliman, V, 2 ds Littré); b) 1670 pronom. « perdre la claire conscience de soi-même, de ses actes » (Boss., Duch. d'Orléans ds Rob.); c) 1677 « rendre moins sensible » (Id., Connaiss., I, 16 ds Littré); 2. xves. « importuner, lasser par une action répétée » (Ch. d'Orléans, Rondeaux, éd. P. Champion, CCXCV, 2); en partic. 1615 part. prés. adj. son estourdissante crierie (Montlyard, Heroglyphiques de Jean-Pierre Valerian, XXIV, 33 ds R. Hist. litt. fr. t. 12, p. 143). Formé sur un lat. pop. *exturdire, dér. de turdus « grive », signifiant prob. « avoir le cerveau étourdi, comme une grive ivre de raisin »; cf. ca 1200 « être ivre » (Aliscans, éd. Wienbeck-Hartnacke-Rasch, 4306-07) d'où le sens de « étourdir ». Fréq. abs. littér. : 535. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 757, b) 881; xxes. : a) 975, b) 570. Bbg. Sain. Arg. 1972 [1907], p. 239, 280. − Sain. Sources t. 1 1972 [1925], p. 88.

Wiktionnaire

Verbe

étourdir \e.tuʁ.diʁ\ transitif 2e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’étourdir)

  1. Frapper soudainement d’une commotion cérébrale qui suspend la fonction des sens.
    • Il lui donna sur la tête un coup de bâton qui l’étourdit.
    • Il tomba tout étourdi du coup.
    • Le grand bruit du canon, des cloches, des tambours étourdit.
    • La trépidation du bateau, de l’automobile étourdit.
  2. (Familier) (Par ellipse) Importuner ; fatiguer ; lasser.
    • Il a toujours méprisé les vanteries ridicules dont il arrive assez ordinairement que la noblesse étourdit le monde. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Gornay)
  3. (Par analogie) Rendre presque ivre.
    • Antoine fit une valse avec Charlotte, ce qui l’étourdit passablement car il en avait perdu l'habitude. — (Oscar Casin, Deuil dans la forêt, Cressé : Éditions des Régionalismes, 2014, p. 93)
    • Il suffit de deux ou trois verres de vin pour l’étourdir.
  4. (Figuré) Abasourdir, hébéter.
    • Cette nouvelle, cette défaite, ce coup imprévu les a étourdis.
  5. (Figuré) Endormir une douleur physique, empêcher qu’elle ne soit aussi sensible.
    • Ce remède ne guérit pas, il ne fait qu’étourdir la douleur
  6. (Figuré) Faire que l’esprit soit moins occupé d’une souffrance morale, en soit distrait.
    • Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. — (René Descartes, « Lettre à Élisabeth Egmond, du 6 octobre 1645 », dans Correspondance avec Élisabeth, Presses électroniques de France, 2013)
  7. (Cuisine) Faire subir une légère cuisson à une viande.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉTOURDIR. v. tr.
Frapper soudainement d'une commotion cérébrale qui suspend la fonction des sens. Il lui donna sur la tête un coup de bâton qui l'étourdit. Il tomba tout étourdi du coup. Le grand bruit du canon, des cloches, des tambours étourdit. La trépidation du bateau, de l'automobile étourdit. Fam., Étourdir les oreilles, Importuner, fatiguer par trop de paroles. Vous m'étourdissez les oreilles. Il m'a étourdi les oreilles de ses réclamations, de ses plaintes. On dit aussi par ellipse Ces enfants nous étourdissent. Vous m'étourdissez de votre bavardage. Il signifie par analogie Rendre presque ivre. Il suffit de deux ou trois verres de vin pour l'étourdir. Un tour de valse l'étourdit. Il s'emploie figurément pour signifier Abasourdir, hébéter. Cette nouvelle, cette défaite, ce coup imprévu les a étourdis. Ils en sont tout étourdis. Fig., Étourdir une douleur, en parlant d'une Douleur physique, L'endormir, empêcher qu'elle ne soit aussi sensible. Ce remède ne guérit pas, il ne fait qu'étourdir la douleur. En parlant d'une Souffrance morale, Faire que l'esprit en soit moins occupé, en soit distrait. Il va dans le monde pour étourdir sa douleur.

S'ÉTOURDIR signifie Se distraire de quelque chose, s'empêcher d'y penser. On dit dans le même sens Chercher à s'étourdir, Chercher à étourdir sa douleur, à dissiper son chagrin, son inquiétude, etc. En termes de Cuisine, Étourdir la viande, Lui faire subir une légère cuisson.

Littré (1872-1877)

ÉTOURDIR (é-tour-dir) v. a.
  • 1Causer dans le cerveau un ébranlement qui en trouble et en suspend les fonctions. Une balle morte le frappa à la tête et l'étourdit.

    Étourdir un bœuf avant de le tuer, lui ôter le sentiment en lui donnant entre les cornes un violent coup de masse.

    Fig. La pesanteur du coup souvent nous étourdit, Corneille, Rodog. III, 6. Elle accusa sa sœur du plus énorme crime, Sut à force d'audace étourdir sa victime, Ducis, Lear, I, 4.

  • 2Il se dit de ce qui cause une sorte d'ivresse. Le tabac étourdit l'homme. Il but quelques verres de vin qui l'étourdirent.

    Absolument. L'opium étourdit.

  • 3Fatiguer par le bruit. Vous nous étourdissez par votre caquet. Ces enfants nous étourdissent. Qui donc est le coquin qui prend tant de licence Que de chanter et m'étourdir ainsi ? Molière, Amph. I, 2. Pendant que les violons étourdissaient les autres, Hamilton, Gramm. IV.

    Familièrement. Importuner, fatiguer par du bavardage. Vous nous venez encore étourdir la tête, Molière, G. Dand. II, 9. Il semble que vous m'étourdissiez par vos discours, Sévigné, 377.

    On dit de même étourdir les oreilles. Il y venait tous les jours des poëtes, qui ne manquaient pas de nous étourdir les oreilles de leurs disputes et de leurs vers, Lesage, Estev. Gonz. 37.

    Étourdir quelqu'un de quelque chose, le lui répéter d'une manière fastidieuse. Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles dont vous nous étourdissez tous les jours, Molière, Critique, 7. Les âmes végétatives, sensitives, dont on nous a tant étourdis, Voltaire, Phil. v, 308.

    Par extension. Étourdir les bois, les faire retentir de grands bruits. En ses filets quand la proie est surprise, De son triomphe il étourdit les bois, Millevoye, la Différence.

  • 4Étourdir une douleur physique, faire qu'elle soit moins sensible. Ce remède ne guérit pas, il ne fait qu'étourdir la douleur.

    Fig. et familièrement. Étourdir la grosse faim, la calmer en mangeant quelque peu.

    Étourdir, s'est dit pour étouffer une affaire, empêcher qu'elle n'éclate. L'avis du lieutenant fut d'étourdir la procédure, en obtenant un arrêt qui fît défense de poursuivre l'instruction du procès, Guyot de Pitaval, Causes célèbres, I, 227.

    Étourdir une douleur morale, faire que l'esprit en soit moins occupé. Il aime mieux étourdir le sentiment qu'il a de ses fautes que d'avoir le chagrin de les connaître, Bossuet, Connaiss. I, 16. Il délassait des longs ouvrages, Du pauvre étourdissait les maux, Béranger, Violon brisé.

    Étourdir quelqu'un, l'empêcher par toutes sortes de distractions, de réfléchir. Il faut étourdir Angélique à force de jeux, d'amusements et de petites fêtes, et tâcher, s'il se peut, d'empêcher qu'elle continue de réfléchir à l'engagement que j'exige d'elle, Dancourt, Colin-maillard, sc. 4. Jamais les cœurs sensibles n'aimèrent les plaisirs bruyants ; vain et stérile bonheur des gens qui ne sentent rien et qui croient qu'étourdir la vie, c'est en jouir, Rousseau, Ém. v.

  • 5Causer étonnement, stupeur. Cette nouvelle les a tous étourdis. … Pour un temps les extrêmes douleurs Étourdissent l'esprit et restreignent les pleurs, Mairet, Soliman, v, 2. Un tel événement étourdit ma prudence, Regnard, Démocr. v, 5.
  • 6Étourdir la viande, la cuire à demi.

    Étourdir l'eau, la chauffer légèrement.

  • 7S'étourdir, v. réfl. S'occuper follement. Il s'étourdit de chimères.

    Distraire son esprit de ce qui l'occupe, l'inquiète. Vous devez vous étourdir et détourner le cours de vos pensées, Bossuet, Lett. abb. 30. Je ne puis plus soutenir ces grandes paroles par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir elle-même pour ne pas apercevoir son néant, Bossuet, Duch. d'Orl. Je tâchais de m'étourdir par l'ébranlement de mes passions, Fénelon, Tél. VIII. Pressé d'échapper au sentiment intérieur qui l'oppresse, il semble vouloir s'étourdir en s'abandonnant à une joie expansive, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 10.

    S'étourdir sur quelque chose, y penser le moins possible, s'en distraire. Pour nous étourdir sur le sentiment intérieur, Massillon, Myst. Incarn. Pour s'étourdir sur les vérités les plus terribles du salut, Massillon, Carême, Samar. Si l'on peut s'étourdir sur son état en y pensant peu, Rousseau, Hél. IV, 13.

    Chercher à s'étourdir, chercher à étourdir sa douleur, à distraire son chagrin, ses inquiétudes, etc. Mécontent, malheureux, cherchant à m'étourdir, Genlis, Veillées du chât. t. III, p. 396, dans POUGENS.

HISTORIQUE

XIIe s. Tant l'en donnerent [du vin], tot le font estordir, Bat. d'Aleschans, v. 4552.

XIIIe s. Li prestres a la noise oïe, Et si avoit les sainz [les cloches] oïz ; De son lit saut toz estordiz, Ren. 3410. [Il] Hausse l'espée, et puis fiert Honte, Tel cop qu'à poi qu'il ne l'afronte ; Honte en fu trestoute estourdie, la Rose, 15703.

XVe s. Espoir, confort des malheureux, Tu m'estourdis trop les oreilles De tes promesses nompareilles, Dont trompes les cueurs doloreux, Orléans, Chans. 14. Quant elle estoit estourdie de chanter, veiller et jeusner, elle se reposoit, Lancelot du Lac, t. I, f° 28. Vrayement la teste m'estourdit De confesser ; c'est trop grant peine, Rec. de farces, p. 152.

XVIe s. Pensent ils qu'une apoplexie n'estourdisse aussi bien Socrates qu'un portefaix ? Montaigne, II, 20. Il eut depesché cela en moins qu'une horloge aurait sonné dix heures ; car il ne faisoit qu'estourdir ses morceaux, Despériers, Contes, LXXV.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉTOURDIR. Ajoutez :
8S'étourdir, perdre le sentiment, la sensibilité. Quand le mal est aux nerfs, aux jointures, c'est là qu'il nous traite cruellement ; mais ce sont parties qui s'étourdissent bientôt, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « étourdir »

Latin populaire exturdīre, dérivé de turdus, « grive », sans doute par évocation de cet oiseau qui s'enivre de raisin.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Norm. étaudi (Villedieu, étaui) ; provenç. stordit, étourdi, dans du Cange, au mot stordatus ; anc. espagn. estordir ; ital. stordire ; bas-lat. stordatus. Le latin classique fournit stolidus ; mais la forme ne convient pas ; l'allemand fournit stürzen, étonner, confondre ; mais la forme ne convient pas non plus. L'espagnol et le portugais ont aturdir, étourdir, qui indique un radical turd, que Covarruvias rattache à turdus, grive, prise ici pour un type de sottise, comme l'étourneau l'est lui-même ; de sorte que es-tourdir serait le même mot avec un autre préfixe. Diez approuve cette étymologie, qui paraît en effet tout à fait probable. Le bas-latin stordatus indique une conjugaison estourder, qui n'a pas laissé d'autre trace. D'un autre côté, on a mis en avant le kymri twrdd, bruit, tonnerre, qui serait acceptable, si, comme le remarque Diez, une étymologie latine ne devait pas, en qualité de plus prochaine, avoir la préférence. On a dit aussi estormir pour étourdir : XIVe s. Cui [il] ataint à plain cop, pour voir, le fait dormir ; Pierre de Mont-Raboy [il] a si fait estormir Que jus chiet [tombe] du cheval…, Girart de Ross. v. 1781. Ce doit être une confusion, si la leçon est bonne, avec estormir, combattre.

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Phonétique du mot « étourdir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
étourdir eturdir

Évolution historique de l’usage du mot « étourdir »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « étourdir »

  • Il y a des gens qu'il faut étourdir pour les persuader. Claude Adrien Helvétius, Notes, maximes et pensées
  • Un homme gai n'est souvent qu'un infortuné, qui cherche à donner le change aux autres, et à s'étourdir lui-même. De Jean-Jacques Rousseau / Emile ou de l’éducation
  • Le jeune homme, lui, ne se laisse pas étourdir par les compliments: "J'ai été éduqué de façon à garder les pieds sur terre", dit-il: "Mes parents m'ont appris que l'arrogance n'était pas une qualité à cultiver (...) En plus de ça je n'ai encore rien gagné. En football, ce sont les titres qui comptent." Les Echos, Coupe d'Allemagne: Kai Havertz, attraction de la finale face au Bayern | Les Echos
  • « On a été obligés d’élaguer bien des affaires en production ; on n’avait pas le temps de s’étourdir avec des détails et on a surtout appris à se faire confiance, a expliqué M. Dubois mercredi lors d’une table ronde avec des médias. Je pense que notre télévision reste vivante si on continue à prendre des risques. » Le Devoir, Apprendre de la crise en se permettant plus de risques | Le Devoir
  • Krajinovic, finaliste des Masters de Paris en 2017. Il s'est remis d'un set down pour étourdir le champion de Grand Chelem à 17 reprises avec un score de 2-4 4-2 4-1. Krajinovic a atteint son meilleur classement mondial en carrière à la 26eme place en 2018. Tennis World FR, La classe de Novak Djokovic faisant l'éloge de Filip Krajinovic après la défaite
  • Nous sommes sollicités par beaucoup de lanceurs d’alertes, de gens qui travaillent dans la filière et c’est grâce à eux que nous pouvons faire nos enquêtes. Car il ne faut pas se leurrer, beaucoup d’éleveurs et de travailleurs de l’agroalimentaire sont dans un mal-être, aujourd’hui. Imaginez à Arcadie Sud-Ouest : il y a deux employés chargés d’étourdir les agneaux, de les saigner et de les accrocher, alors qu’il y a un agneau qui arrive toutes les 10 secondes… centrepresseaveyron.fr, Sébastien Arsac (L214) : "En quatre ans, rien n’a été fait" - centrepresseaveyron.fr
  • De plus, pour le spécialiste, s’étourdir plus que de raison pour faire l’amour est une conduite dopante qui révélerait une mauvaise estime de soi et une gestion compliquée de ses émotions. Et cela peut, à la longue, conduire à l’addiction. Une pathologie qui va alors détruire la qualité de vie en général, dont la sexualité. Et Laurent Karila de conclure en rappelant les recommandations médicales en matière de consommation : « Selon un groupe d’experts de Santé publique France et de l’Institut national du cancer (Inca), indifféremment du sexe, il faut boire au maximum deux verres d’alcool par jour pendant cinq jours et s’abstenir les deux jours restants. » , Quand alcoolisme au féminin et sexualité ne font pas bon ménage

Traductions du mot « étourdir »

Langue Traduction
Anglais stun
Espagnol aturdir
Italien stordire
Allemand betäuben
Chinois 晕眩
Arabe مذهول
Portugais atordoar
Russe оглушают
Japonais 気絶
Basque stun
Corse stunt
Source : Google Translate API

Synonymes de « étourdir »

Source : synonymes de étourdir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « étourdir »

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