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Démocratie

Sommaire

  • Définitions du mot démocratie
  • Étymologie de « démocratie »
  • Phonétique de « démocratie »
  • Évolution historique de l’usage du mot « démocratie »
  • Citations contenant le mot « démocratie »
  • Images d'illustration du mot « démocratie »
  • Traductions du mot « démocratie »
  • Synonymes de « démocratie »
  • Antonymes de « démocratie »

Définitions du mot « démocratie »

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉMOCRATIE, subst. fém.

INSTIT. et POL.
A.− Régime politique, système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l'ensemble des citoyens. Démocratie autoritaire, directe, libérale, parlementaire, représentative. Je ne puis préférer l'Amérique à la France; (...) la démocratie est trop âpre pour ma façon de sentir (Stendhal, L. Leuwen,t. 1, 1836, p. 119; v. aussi antidémocratique, ex. 2).
SYNT. Démocratie semi-directe. Forme de démocratie combinant la démocratie directe et la démocratie représentative (cf. Vedel, Dr. constit., 1949, p. 132). Démocratie économique et sociale. Forme de démocratie où l'État intervient pour libérer les citoyens des injustices économiques et sociales (cf. Debatisse, Révol. silenc., 1963, p. 207).
P. méton. Doctrine prônant un tel régime. Ma démocratie lui plaît mieux de loin que de près : ces opinions-là sont plus belles en perspective (Staël, Lettres jeun.,1791, p. 442).
Démocratie politique. Doctrine selon laquelle l'État doit permettre l'exercice de la liberté des citoyens; régime correspondant (cf. Traité sociol., 1968, p. 196).
P. ext.
1. Mode d'existence collective, où les mêmes avantages sont accordés à tous. Pour maintenir (...) la démocratie des opinions, on proclame (...) le principe du jugement privé (Lamennais, Religion,1826, p. 7).
2. Mode de vie où s'exerce la responsabilité collective :
1. ... nous n'acceptons plus que les professionnels de la philosophie soient responsables, c'est-à-dire doivent répondre, devant leurs seuls collègues présents et à venir. Nous réclamons une véritable démocratie philosophique (...). Comme si Kant ne devait des comptes qu'à Boutroux, professeur. Et non à Lénine, théoricien et praticien de la révolution prolétarienne. Nizan, Les Chiens de garde,1932, p. 44.
B.− P. méton.
1. État, pays vivant sous le régime politique de la démocratie. J'ose former le vœu que les démocraties d'Europe retrouvent enfin leur liberté (Guéhenno, Journal « Révol. », 1938, p. 262).
Démocratie populaire. Pays ayant un régime communiste inspiré de celui de l'URSS ou de la Chine; p. ext., pays vivant dans la mouvance de l'URSS. L'industrialisation accélérée de la Russie et des démocraties populaires (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 286).
2. P. ext.
a) Parti s'inspirant des principes de la démocratie politique. Démocratie chrétienne. Parti politique d'inspiration chrétienne et démocratique à la fois, existant dans divers pays et en particulier, en Italie (cf. Le Monde, 19 janv. 1952, p. 2, col. 5).
b) Groupe de personnes dont l'organisation présente des caractéristiques identiques à celles du régime politique du même nom :
2. Vous êtes donc une démocratie, c'est-à-dire un groupe de gens qui se gouvernent eux-mêmes. En ce cas, vous n'échapperez pas aux lois du parlementarisme. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Désert de Bièvres, 1937, p. 166.
3. ... au couvent comme ailleurs, il y avait une aristocratie et une démocratie. Les dames de chœur vivaient en patriciennes. (...). Les converses travaillaient comme des prolétaires, (...). C'était de vraies femmes du peuple... Sand, Histoire de ma vie,t. 3, 1855, p. 155.
Rem. On rencontre ds la docum. le subst. fém. démocrasserie (formé par croisement de démocratie avec crasse et des emplois péj. du suff. -erie : cf. ânerie, ivrognerie, griserie, parlerie, patrioterie, etc.). Synon. péj. de démocratie. L'individu si rabaissé de nos jours par la démocrasserie (Flaub., Corresp., 1866, p. 88).
Prononc. et Orth. : [demɔkʀasi]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1370 (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, Mots divers et estranges, p. 542); 1901 démocratie chrétienne (Trad. d'une Encyclique de Léon XIII, 18 janvier ds Lettres apostoliques de Léon XIII, Paris, 1903, t. 5, p. 183). Empr. au gr. δ η μ ο κ ρ α τ ι ́ α, b. lat. democratia. Fréq. abs. littér. : 1 080. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 290, b) 1 571; xxes. : a) 2 021, b) 1 433. Bbg. Bellet (R.). Formation et développement du vocab. chez Vallès journaliste. Cah. Lexicol. 1969, no15, pp. 5-20. − Fabre-Luce (A.). Les Mots qui bougent [Paris], 1970, p. 57. − Lutaud (O.). Translation, traduction, tradition. Cah. Lexicol. 1968, no13, p. 59. − Quem. 2es. t. 2 1971 (s.v. démocrasserie).Quem. Fichier.

Wiktionnaire

Nom commun

démocratie \de.mɔ.kʁa.si\ féminin

  1. Régime politique dans lequel le peuple dispose du pouvoir souverain et l'applique en respectant des principes démocratiques (cadre constitutionnel stable, respect de l'opposition et des minorités, balance des pouvoirs, etc.).
    • Enfin, c’est celui qui veut remplacer la loi tutélaire de la majorité par l'arbitraire tyrannique du petit nombre, faire le peuple esclave du parti & écraser la démocratie tout entière sous une despotique kakistocratie. — (Le Député de l'opposition, ce qu'il est, ce à quoi il sert, ce qu'il coûte, Paris : chez Dentu, 1867, p. 21)
    • La démocratie, cette grande pourrisseuse, est la maladie terrible dont nous mourons. […]. Grâce à elle, nous n’avons plus conscience de la hiérarchie et du devoir, cette loi primitive et souveraine des sociétés organisées. — (Octave Mirbeau, Le Tripot aux champs, Le Journal, 27 septembre 1896)
    • L’idéologisation médiatique de l’antitotalitarisme s'est développée autour d'une assimilation abusive de la défense de la démocratie avec la conservation à tout prix des démocraties libérales telles qu'elles sont, érigées en incarnation définitive du meilleur des régimes possibles. — (Pierre-André Taguieff, De l'anti-socialisme au national-racisme : Deux aspects de la recomposition idéologiques des droites en France, dans Raison présente, n°88, 4e tr. 1988)
  2. État organisé selon des principes démocratiques (cadre constitutionnel, respect de l'opposition et des minorités, balance des pouvoirs, etc.).
    • Pendant cinq siècles, sous la direction de ses capitouls et de ses consuls, Montauban fut une courageuse petite démocratie autonome. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • L’idéologisation médiatique de l’antitotalitarisme s'est développée autour d'une assimilation abusive de la défense de la démocratie avec la conservation à tout prix des démocraties libérales telles qu'elles sont, érigées en incarnation définitive du meilleur des régimes possibles. — (Pierre-André Taguieff, De l'anti-socialisme au national-racisme : Deux aspects de la recomposition idéologiques des droites en France, dans Raison présente, n°88, 4e tr. 1988)
    • L’Autriche devait se conformer aux tendances fascistes, le Parlement et donc la démocratie devaient être liquidés. — (Stefan Zweig, trad. Dominique Tassel, Le Monde d’hier, Gallimard, 2013, page 497)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉMOCRATIE. n. f.
Forme de gouvernement où le peuple exerce la souveraineté. La république d'Athènes était une démocratie.

Littré (1872-1877)

DÉMOCRATIE (dé-mo-kra-sie) s. f.
  • Gouvernement où le peuple exerce la souveraineté. Ce fut un assez beau spectacle dans le siècle passé de voir les efforts impuissants des Anglais pour établir parmi eux la démocratie, Montesquieu, Esp. III, 3.

    Société libre et surtout égalitaire où l'élément populaire a l'influence prépondérante.

    État de société qui exclut toute aristocratie constituée, mais non la monarchie. On dit en ce sens : la France est une démocratie.

    Régime politique dans lequel on favorise ou prétend favoriser les intérêts des masses. La démocratie impériale à Rome.

    Le parti démocratique, la partie démocratique de la nation. La démocratie anglaise fait des progrès.

HISTORIQUE

XIVe s. Democratie, espece de policie en laquele la multitude des populaires a domination, Oresme, Thèse de MEUNIER.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DÉMOCRATIE, s. f. (Droit polit.) est une des formes simples de gouvernement, dans lequel le peuple en corps a la souveraineté. Toute république où la souveraineté réside entre les mains du peuple, est une démocratie ; & si la souveraine puissance se trouve entre les mains d’une partie du peuple seulement, c’est une aristocratie. Voy. Aristocratie.

Quoique je ne pense pas que la démocratie soit la plus commode & la plus stable forme du gouvernement ; quoique je sois persuadé qu’elle est desavantageuse aux grands états, je la crois néanmoins une des plus anciennes parmi les nations qui ont suivi comme équitable cette maxime : « Que ce à quoi les membres de la société ont intérêt, doit être administré par tous en commun ». L’équité naturelle qui est entre nous, dit Platon, parlant d’Athenes sa patrie, fait que nous cherchons dans notre gouvernement une égalité qui soit conforme à la loi, & qu’en même tems nous nous soûmettons à ceux d’entre nous qui ont le plus de capacité & de sagesse.

Il me semble que ce n’est pas sans raison que les démocraties se vantent d’être les nourrices des grands hommes. En effet, comme il n’est personne dans les gouvernemens populaires qui n’ait part à l’administration de l’état, chacun selon sa qualité & son mérite ; comme il n’est personne qui ne participe au bonheur ou au malheur des évenemens, tous les particuliers s’appliquent & s’intéressent à l’envi au bien commun, parce qu’il ne peut arriver de révolutions qui ne soient utiles ou préjudiciables à tous : de plus, les démocraties élevent les esprits, parce qu’elles montrent le chemin des honneurs & de la gloire, plus ouvert à tous les citoyens, plus accessible & moins limité que sous le gouvernement de peu de personnes, & sous le gouvernement d’un seul, où mille obstacles empêchent de se produire. Ce sont ces heureuses prérogatives des démocraties qui forment les hommes, les grandes actions, & les vertus héroïques. Pour s’en convaincre, il ne faut que jetter les yeux sur les républiques d’Athènes & de Rome, qui par leur constitution se sont élevées au-dessus de tous les empires du monde. Et par-tout où l’on suivra leur conduite & leurs maximes, elles produiront à peu-près les mêmes effets.

Il n’est donc pas indifférent de rechercher les lois fondamentales qui constituent les démocraties, & le principe qui peut seul les conserver & les maintenir ; c’est ce que je me propose de crayonner ici.

Mais avant que de passer plus avant, il est nécessaire de remarquer que dans la démocratie chaque citoyen n’a pas le pouvoir souverain, ni même une partie ; ce pouvoir réside dans l’assemblée générale du peuple convoqué selon les lois. Ainsi le peuple, dans la démocratie, est à certains égards souverain, à certains autres il est le sujet. Il est souverain par ses suffrages, qui sont ses volontés ; il est sujet, en tant que membre de l’assemblée revêtue du pouvoir souverain. Comme donc la démocratie ne se forme proprement que quand chaque citoyen a remis à une assemblée composée de tous, le droit de régler toutes les affaires communes ; il en résulte diverses choses absolument nécessaires pour la constitution de ce genre de gouvernement.

1°. Il faut qu’il y ait un certain lieu & de certains tems réglés, pour délibérer en commun des affaires publiques ; sans cela, les membres du conseil souverain pourroient ne point s’assembler du tout, & alors on ne pourvoiroit à rien ; ou s’assembler en divers tems & en divers lieux, d’où il naîtroit des factions qui romproient l’unité essentielle de l’état.

2°. Il faut établir pour regle, que la pluralité des suffrages passera pour la volonté de tout le corps ; autrement on ne sauroit terminer aucune affaire, parce qu’il est impossible qu’un grand nombre de personnes se trouvent toûjours du même avis.

3°. Il est essentiel à la constitution d’une démocratie, qu’il y ait des magistrats qui soient chargés de convoquer l’assemblée du peuple dans les cas extraordinaires, & de faire exécuter les decrets de l’assemblée souveraine. Comme le conseil souverain ne peut pas toûjours être sur pié, il est évident qu’il ne sauroit pourvoir à tout par lui-même ; car, quant à la pure démocratie, c’est-à-dire, celle où le peuple en soi-même & par soi-même fait seul toutes les fonctions du gouvernement, je n’en connois point de telle dans le monde, si ce n’est peut-être une bicoque, comme San-Marino en Italie, où cinq cents paysans gouvernent une misérable roche dont personne n’envie la possession.

4°. Il est nécessaire à la constitution démocratique de diviser le peuple en de certaines classes, & c’est de-là qu’a toûjours dépendu la durée de la démocratie, & sa prospérité. Solon partagea le peuple d’Athenes en quatre classes. Conduit par l’esprit de démocratie, il ne fit pas ces quatre classes pour fixer ceux qui devoient élire, mais ceux qui pouvoient être élûs ; & laissant à chaque citoyen le droit de suffrage, il voulut que dans chacune de ces quatre classes on pût élire des juges, mais seulement des magistrats dans les trois premieres, composées des citoyens aisés.

Les lois qui établissent le droit du suffrage, sont donc fondamentales dans ce gouvernement. En effet, il est aussi important d’y regler comment, par qui, à qui, sur quoi les suffrages doivent être donnés, qu’il l’est dans une monarchie de savoir quel est le monarque, & de quelle maniere il doit gouverner. Il est en même tems essentiel de fixer l’âge, la qualité, & le nombre de citoyens qui ont droit de suffrage ; sans cela on pourroit ignorer si le peuple a parlé, ou seulement une partie du peuple.

La maniere de donner son suffrage, est une autre loi fondamentale de la démocratie. On peut donner son suffrage par le sort ou par le choix, & même par l’un & par l’autre. Le sort laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie ; mais comme il est défectueux par lui-même, les grands législateurs se sont toûjours attachés à le corriger. Dans cette vûe, Solon régla qu’on ne pourroit élire que dans le nombre de ceux qui se presenteroient ; que celui qui auroit été élû, seroit examiné par des juges, & que chacun pourroit l’accuser sans être indigne. Cela tenoit en même tems du sort & du choix. Quand on avoit fini le tems de sa magistrature, il falloit essuyer un autre jugement sur la maniere dont on s’étoit comporté. Les gens sans capacité, observe ici M. de Montesquieu, devoient avoir bien de la répugnance à donner leur nom pour être tirés au sort.

La loi qui fixe la maniere de donner son suffrage, est une troisieme loi fondamentale dans la démocratie. On agite à ce sujet une grande question, je veux dire si les suffrages doivent être publics ou secrets ; car l’une & l’autre méthode se pratique diversement dans différentes démocraties. Il paroit qu’ils ne sauroient être trop secrets pour en maintenir la liberté, ni trop publics pour les rendre authentiques, pour que le petit peuple soit éclairé par les principaux, & contenu par la gravité de certains personnages. A Genêve, dans l’élection des premiers magistrats, les citoyens donnent leurs suffrages en public, & les écrivent en secret ; ensorte qu’alors l’ordre est maintenu avec la liberté.

Le peuple qui a la souveraine puissance, doit faire par lui même tout ce qu’il peut bien faire ; & ce qu’il ne peut pas bien faire, il faut qu’il le fasse par ses ministres : or les ministres ne sont point à lui, s’il ne les nomme. C’est donc une quatrieme loi fondamentale de ce gouvernement, que le peuple nomme ses ministres, c’est-à-dire ses magistrats. Il a besoin comme les monarques, & même plus qu’eux, d’être conduit par un conseil ou sénat : mais pour qu’il y ait confiance, il faut qu’il en élise les membres, soit qu’il les choisisse lui-même, comme à Athenes, ou par quelque magistrat qu’il a établi pour les élire, ainsi que cela se pratiquoit à Rome dans quelques occasions. Le peuple est très-propre à choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité. Si l’on pouvoit douter de la capacité qu’il a pour discerner le mérite, il n’y auroit qu’à se rappeller cette suite continuelle de choix excellens que firent les Grecs & les Romains : ce qu’on n’attribuera pas sans doute au hasard. Cependant comme la plûpart des citoyens qui ont assez de capacité pour élire, n’en ont pas assez pour être élûs ; de même le peuple, qui a assez de capacité pour se faire rendre compte de la gestion des autres, n’est pas propre à gérer par lui-même, ni à conduire les affaires, qui aillent avec un certain mouvement qui ne soit ni trop lent ni trop vîte. Quelquefois avec cent mille bras il renverse tout ; quelquefois avec cent mille piés, il ne va que comme les insectes.

C’est enfin une loi fondamentale de la démocratie, que le peuple soit législateur. Il y a pourtant mille occasions où il est nécessaire que le sénat puisse statuer ; il est même souvent à-propos d’essayer une loi avant que de l’établir. La constitution de Rome & celle d’Athenes étoient très-sages : les arrêts du sénat avoient force de loi pendant un an ; ils ne devenoient perpétuels que par la volonté du peuple : mais quoique toute démocratie doive nécessairement avoir des lois écrites, des ordonnances, & des réglemens stables, cependant rien n’empêche que le peuple qui les a donnés, ne les révoque, ou ne les change toutes les fois qu’il le croira nécessaire, à moins qu’il n’ait juré de les observer perpétuellement ; & même en ce cas-là, le serment n’oblige que ceux des citoyens qui l’ont eux-mêmes prété.

Telles sont les principales lois fondamentales de la démocratie. Parlons à présent du ressort, du principe propre à la conservation de ce genre de gouvernement. Ce principe ne peut être que la vertu, & ce n’est que par elle que les démocraties se maintiennent. La vertu dans la démocratie est l’amour des lois & de la patrie : cet amour demandant un renoncement à soi-même, une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulieres ; elles ne sont que cette préférence. Cet amour conduit à la bonté des mœurs, & la bonté des mœurs mene à l’amour de la patrie ; moins nous pouvons satisfaire nos passions particulieres, plus nous nous livrons aux générales.

La vertu dans une démocratie, renferme encore l’amour de l’égalité & de la frugalité ; chacun ayant dans ce gouvernement le même bonheur & les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs, & former les mêmes espérances : choses qu’on ne peut attendre que de la frugalité générale. L’amour de l’égalité borne l’ambition au bonheur de rendre de plus grands services à sa patrie, que les autres citoyens. Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux, mais ils doivent également lui en rendre. Ainsi les distinctions y naissent du principe de l’égalité, lors même qu’elle paroît ôtée par des services heureux, & par des talens supérieurs. L’amour de la frugalité borne le desir d’avoir à l’attention que demande le nécessaire pour sa famille, & même le superflu pour sa patrie.

L’amour de l’égalité & celui de la frugalité sont extrèmement excités par l’égalité & la frugalité même, quand on vit dans un état où les lois établissent l’un & l’autre. Il y a cependant des cas où l’égalité entre les citoyens peut être ôtée dans la démocratie, pour l’utilité de la démocratie.

Les anciens Grecs pénétrés de la nécessité que les peuples qui vivoient sous un gouvernement populaire, fussent élevés dans la pratique des vertus nécessaires au maintien des démocraties, firent pour inspirer ces vertus, des institutions singulieres. Quand vous lisez dans la vie de Lycurgue les lois qu’il donna aux Lacédémoniens, vous croyez lire l’histoire des Sévarambes. Les lois de Crete étoient l’original de celles de Lacédémone, & celles de Platon en étoient la correction.

L’éducation particuliere doit encore être extrèmement attentive à inspirer les vertus dont nous avons parlé ; mais pour que les enfans les puissent avoir, il y a un moyen sûr, c’est que les peres les ayent eux-mêmes. On est ordinairement le maître de donner à ses enfans ses connoissances ; on l’est encore plus de leur donner ses passions : si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors. Ce n’est point le peuple naissant qui dégénere ; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus.

Le principe de la démocratie se corrompt, lorsque l’amour des lois & de la patrie commence à dégénérer, lorsque l’éducation générale & particuliere sont négligées, lorsque les desirs honnêtes changent d’objets, lorsque le travail & les devoirs sont appellés des gênes ; dès-lors l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, & l’avarice entre dans tous. Ces vérités sont confirmées par l’histoire. Athenes eut dans son sein les mêmes forces pendant qu’elle domina avec tant de gloire, & qu’elle servit avec tant de honte ; elle avoit vingt mille citoyens lorsqu’elle défendit les Grecs contre les Perses, qu’elle disputa l’empire à Lacédémone, & qu’elle attaqua la Sicile ; elle en avoit vingt mille, lorsque Démétrius de Phalere les dénombra, comme dans un marché l’on compte les esclaves. Quand Philippe osa dominer dans la Grece, les Atheniens le craignirent non pas comme l’ennemi de la liberté, mais des plaisirs. Ils avoient fait une loi pour punir de mort celui qui proposeroit de convertir aux usages de la guerre, l’argent destiné pour les théatres.

Enfin le principe de la démocratie se corrompt, non-seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore lorsqu’on prend l’esprit d’égalité extrème, & que chacun veut être égal à celui qu’il choisit pour lui commander : pour lors, le peuple ne pouvant souffrir le pouvoir qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, & dépouiller tous les juges. Cet abus de la démocratie se nomme avec raison une véritable ochlocratie. Voyez ce mot. Dans cet abus, il n’y a plus d’amour de l’ordre, plus de mœurs, en un mot plus de vertu : alors il se forme des corrupteurs, de petits tyrans qui ont tous les vices d’un seul ; bien-tôt un seul tyran s’éleve sur les autres, & le peuple perd tout jusqu’aux avantages qu’il a cru tirer de sa corruption.

Ce seroit une chose bienheureuse si le gouvernement populaire pouvoit conserver l’amour de la vertu, l’exécution des lois, les mœurs, & la frugalité ; s’il pouvoit éviter les deux excès, j’entens l’esprit d’inégalité qui mene à l’aristocratie, & l’esprit d’égalité extrème qui conduit au despotisme d’un seul : mais il est bien rare que la démocratie puisse longtems se préserver de ces deux écueils. C’est le sort de ce gouvernement admirable dans son principe, de devenir presque infailliblement la proie de l’ambition de quelques citoyens, ou de celle des étrangers, & de passer ainsi d’une précieuse liberté dans la plus grande servitude.

Voilà presque un extrait du livre de l’esprit des lois sur cette matiere ; & dans tout autre ouvrage que celui-ci, il auroit suffi d’y renvoyer. Je laisse aux lecteurs qui voudront encore porter leurs vûes plus loin, à consulter le chevalier Temple, dans ses œuvres posthumes ; le traité du gouvernement civil de Locke, & le discours sur le gouvernement par Sidney. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

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Étymologie de « démocratie »

Emprunté, via le bas latin democratia, au grec ancien δημοκρατία, demokratía, dêmos (« peuple »), kratos (« pouvoir »).
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Δημοϰρατία, de δῆμος, peuple (voy. DÈME 2), et ϰράτος, autorité.

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Phonétique du mot « démocratie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
démocratie demɔkrati

Évolution historique de l’usage du mot « démocratie »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « démocratie »

  • Jamais une démocratie n'a fait jusqu'ici la guerre à une démocratie. De Jacques Attali / Lignes d'horizon
  • Le noir est l'uniforme de la démocratie. De Charles Baudelaire
  • La démocratie est fragile comme la dictature. De Bernard Vanhoorden
  • La démocratie, c'est la moitié des cons plus un. De Philippe Bouvard
  • En démocratie, on a le droit d'avoir tort. De Claude Pepper
  • Les démocraties ont remplacé le faste par le luxe. De Georges Braque
  • Il existe des despotes de la démocratie. De Achille Chavée / Décoctions II
  • «Si Trump refuse sa défaite, il pourrait mettre en péril notre démocratie» Abonnés Libération.fr, «Si Trump refuse sa défaite, il pourrait mettre en péril notre démocratie» - Libération
  • Il devrait y avoir en toute constitution un centre de résistance contre le pouvoir prédominant, et, par conséquent, dans une constitution démocratique, un moyen de résistance contre la démocratie. John Stuart Mill, Le Gouvernement représentatif, XIII Considerations on the Representative Government, XIII
  • L'art est l'antithèse directe de la démocratie. George Moore, Confessions of a Young Man, VII
  • La démocratie a besoin de soutien, et le meilleur soutien pour une démocratie ne peut venir que d'autres démocraties. De Benazir Bhutto / Discours à l'Université d'Harvard, 1989
  • Tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie. De Alfred E. Smith
  • Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c'est le citoyen qui fait la république. De Georges Bernanos / La France contre les robots
  • Je suis un de ces démocrates qui croient que le but de la démocratie est de faire accéder chaque homme à la noblesse. De Romain Gary / Chien blanc
  • Nos démocraties électives ne sont pas, ou de façon inaccomplie, des démocraties représentatives. De Paul Ricoeur / Entretien avec Daniel Bermond - Juin 1998
  • La démocratie, plus qu'aucun autre régime, exige l'exercice de l'autorité. Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse, Discours sur Briand, New York University
  • Les peuples démocratiques haïssent souvent les dépositaires du pouvoir central ; mais ils aiment toujours ce pouvoir lui-même. Alexis Clérel de Tocqueville, De la démocratie en Amérique
  • Sous le nom de démocratie, c'était en fait le premier citoyen qui gouvernait. Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, II, 65, 9 (traduction J. de Romilly)
  • Mon idéal politique est l'idéal démocratique. Chacun doit être respecté en tant que personne, et personne ne doit être divinisé. Albert Einstein, Comment je vois le monde Mein Weltbild
  • Démocratie est le nom que nous donnons au peuple chaque fois que nous avons besoin de lui. Gaston Arman de CaillavetRobert Pellevé de La Motte-Ango, marquis de Flers, L'Habit vert, I, 11, Durand , Librairie théâtrale
  • L'éducation publique pousse à la démocratie, l'éducation particulière mène droit au despotisme. abbé Ferdinando Galiani, Lettre à Mme d'Épinay
  • Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite. Gustave Le Bon, Hier et demain, Flammarion
  • J'ai vu des démocraties intervenir contre à peu près tout, sauf contre les fascismes. André Malraux, L'Espoir, Gallimard
  • Non seulement l'état d'esprit démocratique vient de l'inspiration évangélique, mais il ne peut pas subsister sans elle. Jacques Maritain, Christianisme et démocratie, Hartmann
  • La démocratie est d'abord un état d'esprit. Pierre Mendès France, La République moderne, Gallimard
  • La terreur ne réussit pas à la démocratie, parce que la démocratie a besoin de justice, et que l'aristocratie et la monarchie peuvent s'en passer. Edgar Quinet, La Révolution, XX, 6
  • Le grand œuvre s'accomplira par la science, non par la démocratie. Ernest Renan, Dialogues et fragments philosophiques, III, Rêves , Lévy
  • L'égoïsme, source du socialisme, la jalousie, source de la démocratie, ne feront jamais qu'une société faible, incapable de résister à de puissants voisins. Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale de la France, I , Lévy
  • La faiblesse des démocraties, c'est qu'il leur faille, trop souvent, se renier pour survivre. Jean Rostand, Inquiétudes d'un biologiste, Stock
  • Un bel exercice de démocratie participative. En recevant les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat dans les jardins de L'Élysée lundi, le président de la République actait un premier pas dans un exercice démocratique inédit à l'échelle nationale. Emmanuel Macron, qui s'est engagé à "reprendre" une majorité des propositions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France, s'est ainsi félicité de l'apparent succès de cette convention de citoyens tirés au sort.   LExpress.fr, Démocratie participative : les Conventions citoyennes sont-elles amenées à se multiplier? - L'Express
  • Si les citoyens tirés au sort sont plus représentatifs de la population que les élus, à quoi sert encore la démocratie représentative ? Dit autrement, si une Convention citoyenne perçue comme représentative par les citoyens propose des mesures rejetées par les élus du peuple, peut-on assister à une crise – symbolique à défaut d’être institutionnelle – de souveraineté ? , La chambre des Conventions citoyennes, un bon outil démocratique ?
  • Dans de nombreux pays du monde, y compris le nôtre, le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la pandémie de Covid-19 s’est attaqué à la démocratie autant qu’aux corps humains. Il est dans le principe d’un régime démocratique de comporter, au cœur de son mode de gouvernement, une ouverture permanente à l’incertitude, à commencer par l’incertitude de l’humain, de ses opinions, de ses affects. The Conversation, Débat : Quelles leçons de démocratie tirer de la pandémie ?
  • On pourrait y voir un paradoxe. Alors que le débat démocratique sort à peine de trois mois de confinement sanitaire, l’expérience ambitieuse de démocratie délibérative lancée à l’automne 2019 sur la crise climatique s’apprête à rendre ses conclusions, après neuf mois de travaux. Du 19 au 21 juin, les 150 citoyens adopteront leurs propositions pour « réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale ». Un rendez-vous « historique à bien des égards », estime Hélène Landemore, professeure de sciences politiques à l’Université de Yale (Etat-Unis), pour qui le dispositif, « avant même de présenter ses conclusions, a déjà réussi la démonstration qu’il est possible d’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes à un niveau national ». Le Monde.fr, Tirage au sort, la démocratie du citoyen ordinaire
  • Cette parcimonie référendaire des conventionnels est en partie attribuable à une frustration, palpable lors de la dernière session, par rapport à l’outil référendaire prévu par l’article 11, qui interdisait le référendum sur un grand nombre de sujets (comme la limitation de la vitesse sur les autoroutes, du domaine réglementaire), ou imposait, selon le comité de juristes chargé d’indiquer des « packs » référendaires, un vote bloqué sur des projets de loi contenant plusieurs mesures. Elle est peut-être aussi la conséquence du faible attrait exercé par le référendum chez les tenants d’une démocratie délibérative, ou participative, mais non directe, qui prévalaient parmi les organisateurs ou garants de la convention. Le Monde.fr, « Démocratie délibérative, participative : et pourquoi pas directe ? »
  • Le soutien à la démocratie libérale n’est pas nécessairement affecté par la qualité de la démocratie dans un pays donné, soutiennent les auteurs du récent rapport de Globsec, un think tant atlantiste basé à Bratislava : « Perceptions de la démocratie et de la gouvernance dans 10 pays de l’UE ». Le Courrier d'Europe centrale, Les Hongrois sont très attachés à la démocratie libérale, selon Globsec - Le Courrier d'Europe centrale
  • Le vote est l’outil par excellence de « faisabilité » de la vie démocratique. Si les jeunes continuent de se désengager de cette action citoyenne, alors cela peut effectivement mettre en péril la solidité de la démocratie elle-même. Il faut cependant nuancer car il existe d’autres formes d’implication dans la vie démocratique que la participation aux élections. Mais cette question du désengagement est réelle. Elle s’adresse à toute la classe politique et concerne, même si le phénomène est plus marqué chez les jeunes, toute la population, tant la défiance à l’endroit des institutions et du personnel politique est forte. Le Monde.fr, « Le surcroît d’abstention des jeunes accentue le problème posé à la démocratie »

Images d'illustration du mot « démocratie »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « démocratie »

Langue Traduction
Anglais democracy
Espagnol democracia
Italien democrazia
Allemand demokratie
Chinois 民主
Arabe ديمقراطية
Portugais democracia
Russe демократия
Japonais 民主主義
Basque demokrazia
Corse demucrazia
Source : Google Translate API

Synonymes de « démocratie »

Source : synonymes de démocratie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « démocratie »

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