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Monarchie

Sommaire

  • Définitions du mot monarchie
  • Étymologie de « monarchie »
  • Phonétique de « monarchie »
  • Citations contenant le mot « monarchie »
  • Images d'illustration du mot « monarchie »
  • Traductions du mot « monarchie »
  • Synonymes de « monarchie »
  • Antonymes de « monarchie »

Définitions du mot « monarchie »

Trésor de la Langue Française informatisé

MONARCHIE, subst. fém.

A. − INSTIT. POL. et HIST.
1. Système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par une seule personne, le plus souvent par un roi héréditaire. Monarchie élective, héréditaire; chute, renversement, rétablissement de la monarchie; partisans de la monarchie. Nous détestions l'empire et ce régime plagiaire de la monarchie (Lamart.,Confid.,1849, p.353).L'établissement de la monarchie impériale [à Rome] avait été le couronnement de l'oeuvre (Larbaud,F. Marquez,1911, p.123).
2. Pouvoir exercé par un monarque ou par des monarques successifs dans un pays déterminé; ensemble des institutions d'un tel gouvernement; période, durée d'un tel gouvernement. Monarchie française, légitime. Les hautes familles de la monarchie se sont fondues dans les familles de l'Empire (Dumas père, Monte-Cristo,t.1, 1846, p.743).Il y avait plus d'un siècle et demi que la monarchie avait cessé de convoquer les États Généraux (Bainville,Hist. Fr.,t.2, 1924, p.7).
SYNT. Monarchie capétienne; monarchie anglaise, espagnole, prussienne; nouvelle, puissante monarchie; en faveur de la monarchie; sous la monarchie.
Monarchie universelle. Pouvoir d'un monarque s'étendant sur une vaste partie du monde. Si cette prière irréfléchie avait été exaucée (...) la monarchie universelle de Bonaparte pèserait sur l'Europe (Staël,Consid. Révol.,t.1, 1817, p.455).
3. P. méton.
a) État, pays ayant ce type de gouvernement. Monarchies européennes; grandes monarchies. Trieste et Fiume, seuls ports de la monarchie autrichienne (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.683).
b) Opinion favorable à ce type de gouvernement. Synon. rare de monarchisme.Vous [Maurras] êtes allé à la monarchie par un appel impérieux et tout d'abord obscur de votre être. (...) cela manquait à un Jules Lemaître, on voit la maigreur de sa monarchie (Barrès,Cahiers,t.9, 1911, p.236).
4. En partic.
[La monarchie considérée sous divers aspects]
Monarchie absolue, pure. Monarchie dans laquelle les pouvoirs du monarque ne sont pas limités par l'existence d'une constitution. Le principe de la monarchie pure, de la royauté absolue avait dominé en Espagne sous Charles-Quint et Philippe II (Guizot,Hist. civilisation,1828, leçon 14, p.11):
1. En moins d'un demi-siècle on a vu tomber la monarchie absolue de Louis xiv, la république conventionnelle, le directoire, les consuls, l'empire, la monarchie selon la Charte: qu'y a-t-il donc de stable? Lamennaisds L'Avenir,1831, p.132.
Monarchie constitutionnelle. Monarchie dans laquelle les pouvoirs du monarque sont limités par une constitution et qui peut revêtir deux formes: monarchie parlementaire, quand la monarchie est associée à un régime parlementaire et monarchie représentative, quand il y a présence d'une assemblée représentative auprès du monarque. Une opposition éloquente sous une monarchie parlementaire était le rôle qui convenait à son attitude (Lamart.,Nouv. conf.,1851, p.309).Sous Louis-Philippe (...) il soutenait la monarchie constitutionnelle avec une passion juvénile (Zola,E. Rougon,1876, p.75).La Constitution de 1791: l'essai de la monarchie représentative (Vedel,Dr. constit.,1949, p.71).
Monarchie limitée, mixte, tempérée. Monarchie dans laquelle les pouvoirs du monarque sont limités par diverses institutions, en particulier par l'existence d'une assemblée représentative. La majorité de l'Europe, en 1789, approuvait l'établissement d'une monarchie limitée en France (Staël,Consid. Révol.,t.1, 1817p.368).Famille qui donna trois ministres à la monarchie tempérée (A. France,Lys rouge,1894, p.43):
2. L'Europe moderne offre des exemples de tous les systèmes, de tous les essais d'organisation sociale; les monarchies pures ou mixtes, les théocraties, les républiques plus ou moins aristocratiques y ont vécu simultanément... Guizot,Hist. civilisation,leçon 21828, p.7.
Monarchie de droit divin (v. droit3I B 1 b). Où sont la monarchie de droit divin, la monarchie constitutionnelle et l'Empire? (Clemenceau,1881ds Fondateurs 3eRépubl., p.308).
[En France]
[Chez certains aut. du xixes. et p. opp. aux régimes monarchiques de la 1remoitié de ce siècle] Ancienne, vieille monarchie. Régime monarchique avant 1789. Notre révolution (...) conquit l'Europe par les armes comme la vieille monarchie avait fait par les lettres (Sainte-Beuve,Tabl. poés. fr.,1828, p.286).[Mes parents] avaient traversé l'ancienne monarchie et la Révolution (Sand,Hist. vie,t.1, 1855, p.372).
Monarchie selon la Charte. Régime monarchique établi par Louis XVIII et régi par une charte. V. supra ex. 1.
Monarchie de Juillet*.
B. − P. anal. et au fig.
1. P. anal.
a) (de régime) La puissance populaire qui transparaît à travers notre monarchie municipale (Chateaubr.,Mém.,t.4, 1848, p.520).La monarchie des abeilles et la république des fourmis pourront servir de modèles aux sociétés humaines (Ménard,Rêv. païen,1876, p.142).
b) (d'autorité, de domination) La monarchie spirituelle du pape est le fondement et la garantie des monarchies temporelles des rois (Lamennais,Religion,1826, p.132).Ce moment est décisif dans la vie de Voltaire, et signale en effet son véritable avénement à la monarchie littéraire universelle (Sainte-Beuve,Caus. lundi,t.7, 1847, p.111).
2. Au fig. Du Bellay présage, au lendemain de la mort de François Ier, le règne du français en Europe, la monarchie universelle de notre langue (Sainte-Beuve,Nouv. lundis,t.13, 1867, p.303).Jung (...) décrit cette unité du moi comme une pyramide de personnalités subordonnées plutôt que comme la monarchie d'un principe (Mounier,Traité caract.,1946, p.718).
Prononc. et Orth.: [mɔnaʀ ʃi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1270 «gouvernement par un seul chef» (Brunet Latin, Trésor, éd. Fr. J. Carmody, p.46, 13); spéc. ca 1330 «régime politique où le chef d'État est un roi héréditaire» (Girart de Roussillon, 25 ds T.-L.); 1704 monarchie absolue (Trév.); 2. 1370-72 «État gouverné par un seul chef» (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, livre III, chap.4, p.206). Empr. au b. lat. mŏnarchia «gouvernement d'un seul» (début iiies.), gr. μ ο ν α ρ χ ι ́ α «commandement d'un seul» d'où «pouvoir monarchique, monarchie», dér. de μ ο ́ ν α ρ χ ο ς, v. monarque. Fréq. abs. littér.: 1855. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5516, b)1817; xxes.: a) 1123, b) 1531.
DÉR. 1.
Monarchien, -ienne, adj. et subst.,hist. (Révolution fr.). (Individu, groupe) qui était partisan du régime monarchique avec deux Chambres et un pouvoir royal fort. Peut-être n'était-il [le docteur Guillotin] ni républicain ni monarchien, mais à coup sûr il était excellent citoyen (Balzac, Œuvres div.,t.1, 1824-30, p.603).[Le] Modérateur du club monarchien, rédigé par Fontanes (Chateaubr.,Mém.,t.1, 1848, p.235).Le parti patriote s'amputa des monarchiens qui passèrent à l'opposition (Lefebvre,Révol. fr.,1963, p.153). [mɔnaʀ ʃjε ̃]. 1reattest. 1790 adj. et subst. (A. Challamel, Les Clubs contre-révolutionnaires, Annales patr. de Carra, no453 du 29 déc., p.170 ds Frey, pp.157-158); de monarchie, suff. -ien*. Cf. le b. lat. monarchianus «théologien partisan de la supériorité du Père» (début iiies.).
2.
Monarchiser, verbe trans.a) Emploi trans. Rendre monarchique; soumettre à une monarchie ou à une sorte de monarchie. Ces ardentes ambitions (...) appuyées (...) sur la nécessité de monarchiser la France (Balzac,Cabinet ant.,1839, p.121).Nous dispenser, nous abstenir, nous effacer, nous enterrer (...). Nous abdiquons par lâcheté. − Notre bouddhisme nous monarchise (Amiel,Journal,1866, p.208).En emploi adj. Il y a dans ce groupe trop de candidats à toutes les fonctions (surtout les grandes) de la République monarchisée (Clemenceau,Vers réparation,1899, p.36).b) Emploi pronom. [Le suj. désigne une pers.] Être, se montrer favorable à la monarchie. Tout est gagné, si ces gens-là se monarchisent publiquement (Barnave, Œuvres,t.4, Lettres, Paris, Challamel, 1843 [1792], p.356).[mɔnaʀ ʃize]. 1resattest. 1556 part. prés. monarchizans «gouvernant monarchiquement» (Saliat, trad. d'Hérodote, V, 92 ds Hug.), 1599 monarchiser «exercer le pouvoir monarchique» (Ph. de Marnix, Differ. de la Relig., I, II, 1, ibid.), puis 1792 se monarchiser «être favorable à la monarchie» (Barnave, loc. cit.), 1801 monarchiser «rendre monarchique» (Mercier Néol., p.130); de monarchie, suff. -iser*.
BBG.D'Oria (D.). La Struct. pol. de la soc. fr. du xviies. dans les dict. de Richelet (1680), Furetière (1690)... In: Annali della Facoltà di Lingue e Letterature straniere. n.s.3. Bari, 1972, pp.207-288. _ Dub. Pol. 1962, p.345, 346 (s.v. monarchiser). _ Quem. DDL t.18. _ Vardar Soc. pol. 1973 [1970], pp.268-269.

monarchie. « 1. Régime dans lequel l'autorité politique est exercée par un seul. 2. Régime politique dans lequel le chef de l'État est un souverain héréditaire » (fréq. absol. littér. : 1855)

Wiktionnaire

Nom commun

monarchie \mɔ.naʁ.ʃi\ féminin

  1. (Politique) Organisation politique dans laquelle les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont concentrés entre les mains d’un seul individu.
    • Monarchie héréditaire, élective, absolue.
  2. (Politique) Système politique dans lequel le pouvoir appartient à un monarque.
    • A l’origine des monarchies européennes, la féodalité ne donnait au pouvoir royal que deux sortes de fonctions; l’exercice de la puissance militaire, pour la défense de l’État, et l’administration de la justice, pour la protection des droits des sujets. — (Anonyme, Angleterre. - Administration locale, Revue des Deux Mondes, 1829, tome 1)
    • Le duché de Salzbourg, avec ses 7000 kilomètres carrés et ses 150000 habitants, est la plus petite des provinces de la monarchie austro-hongroise. — (Maurice Grandjean, À travers les Alpes autrichiennes, p.31, A. Mame, 1893)
    • Les Constituants de 1789 et de 1791, même les Législateurs de 1792 croyaient que la monarchie traditionnelle était l'enveloppe nécessaire de la société nouvelle. — (Jean Jaurès, Discours à la jeunesse, Albi, 1903)
    • Son père, […], est surnommé « Camélinat le Rouge » pour ses convictions républicaines. Cet austère paysan a élevé ses enfants dans l’aversion de la monarchie, puis de l’Empire. — (Rosa Moussaoui, Zéphyrin Camélinat (1840-1932) Un long chemin, de la commune au communisme, dans L'Humanité, 7 septembre 2011)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MONARCHIE. n. f.
Le gouvernement d'un État régi par un seul chef. Monarchie héréditaire, élective. Monarchie absolue. Monarchie constitutionnelle, Celle où la balance et l'exercice des pouvoirs sont réglés par des lois fondamentales. Cette expression désigne en particulier une Forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir est partagé entre le Souverain et deux chambres. monarchie désigne, par extension, un État gouverné par un monarque. La monarchie française. Les monarchies de l'Europe.

Littré (1872-1877)

MONARCHIE (mo-nar-chie) s. f.
  • 1Gouvernement d'un État régi par un seul chef. Monarchie héréditaire, élective. …De quelque façon que votre cour vous nomme, On hait la monarchie, Corneille, Cinna, II, 1. Étudier les conseils de la divine Providence et les fatales révolutions des monarchies, Bossuet, Reine d'Anglet. Marc-Aurèle se proposait d'établir, dans la monarchie la plus absolue, la plus parfaite liberté du peuple soumis, Bossuet, 5e avert. 56. Le pouvoir intermédiaire subordonné le plus naturel est celui de la noblesse ; elle entre en quelque façon dans l'essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est : point de monarque, point de noblesse ; point de noblesse, point de monarque ; mais on a un despote, Montesquieu, Esp. II, 4. Dans les monarchies, la politique fait faire les plus grandes choses avec le moins de vertu qu'elle peut, comme, dans les plus belles machines, l'art emploie aussi peu de mouvements, de forces et de roues qu'il est possible, Montesquieu, ib. III, 5. Une monarchie élective, comme était Rome, suppose nécessairement un corps aristocratique puissant qui la soutienne ; sans quoi, elle se change d'abord en tyrannie ou en État populaire, Montesquieu, ib. XI, 13.

    Monarchie constitutionnelle, celle où la balance et l'exercice des pouvoirs sont réglés par une constitution. Seulement il [Napoléon] craignait la signification républicaine de son nom [il s'agit du choix de Carnot pour le ministère de l'intérieur en mars 1815] ; car la France, disait-il, est aujourd'hui éprise de la monarchie constitutionnelle (le mot était devenu usuel depuis une année), mais elle n'a pas cessé d'avoir peur de la république, Thiers, Hist. du Consulat et de l'Empire, t. XIX, p. 240.

  • 2État gouverné par un roi. L'unité catholique, qui a fait fleurir durant tant de siècles l'Église et la monarchie d'Angleterre autant que les plus saintes Églises et les plus illustres monarchies du monde, Bossuet, Reine d'Anglet. C'est le sort des monarchies que leur prospérité dépende du caractère d'un seul homme, Voltaire, Louis XIV, 17. Notre monarchie gouvernée par les lois et surtout par les mœurs, Voltaire, Lett. Mignot, 24 juin 1771.

    Monarchie universelle, pouvoir d'un monarque établi sur la terre entière, ou du moins sur la partie la plus importante et la plus civilisée. On croit communément que Grégoire VII fut le premier qui établit la chimère d'une monarchie sainte et universelle, Voltaire, Louis XIV, 40.

HISTORIQUE

XIIIe s. Après la mort Julius Cesar fu empereres Octaviens ses niés [son neveu], et tint la monarchie de tout le monde, Latini, Trésor, p. 47. Neporquant li saint pere, et li saint patriarche, Et Tobie, et Jacob, et Noé qui fist l'arche, Qui tindrent en leur temps du monde la monarche, J. de Meung, Test. 919.

XIVe s. Et la communicacion ou policie qui est transgression et corrupcion de celle qui est appellée royalme et est sa contraire, c'est tyrannie, car l'une et l'autre sont monarchies, Oresme, Eth. 246. [Charles VI] amez fut et doubté [craint] non pas seulement de ses subgiez, mais de toute la monarchie du monde, Geste des nobles, dans VIRIVILLE, p. 108.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MONARCHIE. Ajoutez :
3 Terme d'antiquité grecque. Dignité éponyme de l'île de Cos ; c'est par le nom de ceux qui en avaient été honorés que l'on datait les actes publics, Journ. offic. 8 fév. 1876, p. 1111, 3e col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MONARCHIE, s. f. (Gouvernement polit.) forme de gouvernement où un seul gouverne par des lois fixes & établies.

La monarchie est cet état dans lequel la souveraine puissance, & tous les droits qui lui sont essentiels, réside indivisément dans un seul homme appellé roi, monarque, ou empereur.

Etablissons, d’après M. de Montesquieu, le principe de ce gouvernement, son soutien, & sa dégéneration.

La nature de la monarchie consiste en ce que le monarque est la source de tout pouvoir politique & civil, & qu’il régit seul l’état par des lois fondamentales ; car s’il n’y avoit dans l’état que la volonté momentanée & capricieuse d’un seul sans lois fondamentales, ce seroit un gouvernement despotique, où un seul homme entraîne tout par sa volonté ; mais la monarchie commande par des lois dont le dépôt est entre les mains de corps politiques, qui annoncent les lois lorsqu’elles sont faites, & les rappellent lorsqu’on les oublie.

Le gouvernement monarchique n’a pas, comme le républicain, la bonté des mœurs pour principe. Les lois y tiennent lieu des vertus, indépendamment de l’amour pour la patrie, du desir de la vraie gloire, du renoncement à soi-même, du sacrifice de ses plus chers intérêts, & de toutes les vertus héroïques des anciens dont nous avons seulement entendu parler. Les mœurs n’y sont jamais aussi pures que dans les gouvernemens républicains ; & les vertus qu’on y montre sont toujours moins ce que l’on doit aux autres que ce que l’on se doit à soi-même. Elles ne sont pas tant ce qui nous appelle vers nos concitoyens, que ce qui nous en distingue ; l’honneur, c’est-à-dire, le préjugé de chaque personne & de chaque condition prend, dans la monarchie, la place de la vertu politique, & la représente. Il entre dans toutes les façons de penser, & dans toutes les manieres de sentir. Il étend ou borne les devoirs à sa fantaisie, soit qu’ils aient leur force dans la religion, la politique ou la morale. Il y peut cependant inspirer les plus belles actions ; il y peut même, joint à la forme des lois, conduire au but du gouvernement comme la vertu même.

Telle est la force du gouvernement monarchique, qu’elle use à son gré de tous les membres qui la composent. Comme c’est du prince seul qu’on attend des richesses, des dignités, des récompenses, l’empressement à les mériter fait l’appui de son trône. De plus, les affaires étant toutes menées par un seul, l’ordre, la diligence, le secret, la subordination, les objets les plus grands, les exécutions les plus promptes en sont les effets assurés. Dans les secousses même, la sûreté du prince est attachée à l’incorruptibilité de tous les différens ordres de l’état à la fois ; & les séditieux qui n’ont ni la volonté, ni l’espérance de renverser l’état, ne peuvent ni ne veulent renverser le prince.

Si le monarque est vertueux, s’il dispense les récompenses & les peines avec justice & avec discernement, tout le monde s’empresse à mériter ses bienfaits, & son regne est le siecle d’or ; mais si le monarque n’est pas tel, le principe qui sert à élever l’ame de ses sujets pour participer à ses graces, pour percer la foule par de belles actions, il dégénere en bassesse & en esclavage. Romains, vous triomphâtes sous les deux premiers Césars, vous fûtes sous les autres les plus vils des mortels.

Le principe de la monarchie se corrompt lorsque les premieres dignités sont les marques de la premiere servitude ; lorsqu’on ôte aux grands le respect des peuples, & qu’on les rend les instrumens du pouvoir arbitraire.

Il se corrompt, lorsque des ames singulierement lâches, tirent vanité de la grandeur que pourroit avoir leur servitude ; lorsqu’elles croient que ce qui fait que l’on doit tout au prince, fait que l’on ne doit rien à sa patrie ; & plus encore, lorsque l’adulation tenant une coquille de fard à la main, s’efforce de persuader à celui qui porte le sceptre, que les hommes sont à l’égard de leurs souverains, ce qu’est la nature entiere par rapport à son auteur.

Le principe de la monarchie se corrompt, lorsque le prince change sa justice en séverité, lorsqu’il met, comme les empereurs romains, une tête de Méduse sur sa poitrine ; lorsqu’il prend cet air menaçant & terrible que Commode faisoit donner à ses statues.

La monarchie se perd, lorsqu’un prince croit qu’il montre plus sa puissance en changeant l’ordre des choses, qu’en le suivant ; lorsqu’il prive les corps de l’état de leurs prérogatives ; lorsqu’il ôte les fonctions naturelles des uns, pour les donner arbitrairement à d’autres ; & lorsqu’il est amoureux de ses fantaisies frivoles.

La monarchie se perd, lorsque le monarque rapportant tout directement à lui, appelle l’état à sa capitale, la capitale à sa cour, & la cour à sa seule personne.

La monarchie se perd, lorsqu’un prince méconnoît son autorité, sa situation, l’amour de ses peuples, & qu’il ne sent pas qu’un monarque doit se juger en sûreté, comme un despote doit se croire en péril.

La monarchie se perd, lorsqu’un prince, trompé par ses ministres, vient à croire que plus les sujets sont pauvres, plus les familles sont nombreuses ; & que plus ils sont chargés d’impôts, plus ils sont en état de les payer : deux sophismes que j’appelle crimes de lèse-majesté, qui ont toujours ruiné, & qui ruineront à jamais toutes les monarchies. Les républiques finissent par le luxe, les monarchies par la dépopulation & par la pauvreté.

Enfin la monarchie est absolument perdue, quand elle est culbutée dans le despotisme ; état qui jette bientôt une nation dans la barbarie, & de-là dans un anéantissement total, où tombe avec elle le joug pesant qui l’y précipite.

Mais, dira quelqu’un aux sujets d’une monarchie dont le principe est prêt à s’écrouler, il vous est né un prince qui le rétablira dans tout son lustre. La nature a doué ce successeur de l’empire des vertus, & des qualités qui feront vos délices ; il ne s’agit que d’en aider le développement. Helas ! peuples, je tremble encore que les espérances qu’on vous donne ne soient décues. Des monstres flétriront, étoufferont cette belle fleur dans sa naissance ; leur souffle empoisonneur éteindra les heureuses facultés de cet héritier du trône, pour le gouverner à leur gré : ils rempliront son ame d’erreurs, de préjugés & de superstitions. Ils lui inspireront avec l’ignorance leurs maximes pernicieuses. Ils infecteront ce tendre rejetton de l’esprit de domination qui les possede.

Telles sont les causes principales de la décadence & de la chûte des plus florissantes monarchies. Heu ! quam pereunt brevibus ingentia causis ! (D. J.)

Monarchie absolue, (Gouvernement.) forme de monarchie, dans laquelle le corps entier des citoyens a cru devoir conférer la souveraineté au prince, avec l’étendue & le pouvoir absolu qui résidoit en lui originairement, & sans y ajouter de restriction particuliere, que celle des lois établies. Il ne faut pas confondre le pouvoir absolu d’un tel monarque, avec le pouvoir arbitraire & despotique ; car l’origine & la nature de la monarchie absolue est limitée par sa nature même, par l’intention de ceux de qui le monarque la tient, & par les loix fondamentales de son état. Comme les peuples qui vivent sous un bonne police, sont plus heureux que ceux qui, sans regles & sans chefs, errent dans les forêts ; aussi les monarques qui vivent sous les lois fondamentales de leur état sont-ils plus heureux que les princes despotiques, qui n’ont rien qui puisse regler le cœur de leurs peuples, ni le leur. (D. J.)

Monarchie élective, (Gouvernement politiq.) On appelle ainsi tout gouvernement dans lequel on ne parvient à la royauté que par élection ; c’est sans doute une maniere très-légitime d’acquérir la souveraineté, puisqu’elle est fondée sur le consentement & le choix libre du peuple.

L’élection d’un monarque est cet acte par lequel la nation désigne celui qu’elle juge le plus capable de succéder au roi défunt pour gouverner l’état ; & sitôt que cette personne a accepté l’offre du peuple, elle est revêtue de la souveraineté.

L’on peut distinguer deux sortes de monarchies électives, l’une dans laquelle l’élection est entierement libre, l’autre dans laquelle l’élection est gênée à certains égards. La premiere a lieu lorsque le peuple peut choisir pour monarque celui qu’il juge à-propos ; l’autre, quand le peuple par la constitution de l’état est astreint d’élire pour souverain une personne qui soit d’une certaine nation, d’une certaine famille, d’une certaine religion, &c. Parmi les anciens Perses, aucun, dit Ciceron, ne pouvoit être élu roi s’il n’avoit été instruit par les Mages.

Mais une nation qui jouit du privilege d’élever à la monarchie un de ses citoyens, & principalement une nation qui seroit encore soumise aux lois de la nature, n’est-elle pas en droit de tenir à ce citoyen lors de ton élection, le discours suivant ?

« Nous sommes bien aises de mettre la puissance entre vos mains, mais en même tems nous vous recommandons d’observer les conventions faites entre nous ; & comme elles tendent à entretenir une réciprocité de secours si parfaite qu’aucun ne manque, s’il est possible, du nécessaire & de l’utile, nous vous enjoignons de veiller de votre mieux à la conservation de cet ordre, de nous faciliter les moyens efficaces de le maintenir, & de nous encourager à les mettre en usage. La raison nous a prescrit cette regle, & nous vous prions de nous y rappeller sans cesse. Nous vous conférons le pouvoir & l’autorité des lois sur chacun de nous ; nous vous en faisons l’organe & le héraut. Nous nous engageons à vous aider, & à contraindre avec vous quiconque de nous seroit assez dépourvu de sens pour désobéir. Vous devez concevoir en même tems que si vous même alliez jusqu’à nous imposer quelque joug contraire aux lois, ces mêmes lois vous déclarent déchu de tout pouvoir & de toute autorité.

» Nous vous jugeons capable de nous gouverner, nous nous abandonnons avec confiance aux directions de vos conseils : c’est un premier hommage que nous rendons à la supériorité des talens dont la nature vous a doué. Si vous êtes fidele à vos devoirs, nous vous chérirons comme un présent du ciel, nous vous respecterons comme un pere : voilà votre récompense, votre gloire, votre grandeur. Quel bonheur de pouvoir mériter que plusieurs milliers de mortels vos égaux s’intéressent tendrement à votre existence & à votre conservation !

» Dieu est un être souverainement bienfaisant ; il nous a fait sociables, maintenez-nous dans la société que nous avons choisie ; comme il est le moteur de la nature entiere, où il entretient un ordre admirable, soyez le moteur de notre corps politique : en cette qualité vous semblerez imiter l’Etre suprème. Du reste, souvenez-vous qu’à l’égard de ce qui vous touche personnellement, vous n’avez d’autres droits incontestables, d’autres pouvoirs que ceux qui lient le commun des citoyens, parce que vous n’avez point d’autres besoins, & que vous n’éprouvez pas d’autres plaisirs. Si nous pensons que quelqu’un des vôtres soit après vous capable du même commandement, nous y aurons beaucoup d’égard, mais par un choix libre & indépendant de toute prétention de leur part ».

Quelle capitulation, quel droit d’antique possession peut prescrire contre la vérité de cet édit perpétuel, peut en affranchir les souverains élus à ces conditions ? Que dis-je, ce seroit les priver d’un privilege qui les revêt du pouvoir de suprèmes bienfaiteurs, & les rend par là véritablement semblables à la divinité. Que l’on juge sur cet exposé de la forme ordinaire des gouvernemens ! (D. J.)

Monarchie limitée, (Gouvernement.) sorte de monarchie où les trois pouvoirs sont tellement fondus ensemble, qu’ils se servent l’un à l’autre de balance & de contrepoids La monarchie limitée héréditaire, paroît être la meilleure forme de monarchie, parce qu’indépendamment de sa stabilité, le corps législatif y est composé de deux parties, dont l’une enchaîne l’autre par leur faculté mutuelle d’empêcher ; & toutes les deux sont liées par la puissance exécutrice, qui l’est elle-même par la législative. Tel est le gouvernement d’Angleterre, dont les racines toujours coupées, toujours sanglantes, ont enfin produit après des siecles, à l’étonnement des nations, le mélange égal de la liberté & de la royauté. Dans les autres monarchies européennes que nous connoissons, les trois pouvoirs n’y sont point fondus de cette maniere ; ils ont chacun une distribution particuliere suivant laquelle ils approchent plus ou moins de la liberté politique. Il paroît qu’on jouit en Suede de ce précieux avantage, autant qu’on en est éloigné en Danemark ; mais la monarchie de Russie est un pur despotisme. (D. J.)

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Étymologie de « monarchie »

Du latin monarchia, lui-même du grec ancien μοναρχία.
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Prov. monarchia ; esp. monarquia ; ital. monarchia ; du lat. monarchia, qui est le grec μοναρχία, de μόνος, seul, et ἄρχειν, commander.

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Phonétique du mot « monarchie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
monarchie mɔnarʃi

Citations contenant le mot « monarchie »

  • La terreur ne réussit pas à la démocratie, parce que la démocratie a besoin de justice, et que l'aristocratie et la monarchie peuvent s'en passer. Edgar Quinet, La Révolution, XX, 6
  • La république est le seul remède aux maux de la monarchie et la monarchie est le seul remède aux maux de la république. De Joseph Joubert / Pensées
  • Une monarchie corrompue ce n'est pas un Etat ; c'est une cour. De Montesquieu
  • Le meilleur régime politique est la monarchie absolue tempérée par l’assassinat. De Stendhal
  • Il ne peut pas y avoir de monarchie dans les planètes, parce qu’elles accomplissent toutes une révolution. De Aurélien Scholl
  • La corruption des mœurs est mortelle pour les républiques et utile aux tyrannies et aux monarchies absolues : cela seul suffit à juger de la nature et de la différence de ces deux sortes de gouvernement. Giacomo Leopardi, Zibaldone, I, 377
  • La monarchie dégénère ordinairement dans le despotisme d’un seul ; l’aristocratie dans le despotisme de plusieurs ; la démocratie dans le despotisme du peuple. De Montesquieu
  • Dans une monarchie bien réglée, les sujets sont comme des poissons dans un grand filet, ils se croient libres et pourtant ils sont pris. De Montesquieu / Cahiers
  • Ce que j'appelle République, c'est plutôt une énergique résistance à l'esprit monarchique, d'ailleurs nécessaire partout. Émile Chartier, dit Alain, Avec Balzac, Gallimard
  • J'ai pris goût à la république, Depuis que j'ai vu tant de rois. Pierre Jean de Béranger, Chansons
  • Un homme d'esprit me disait un jour que le gouvernement de France était une monarchie absolue tempérée par des chansons. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Caractères et anecdotes
  • Les grandes récompenses dans une monarchie et dans une république sont un signe de leur décadence, parce qu'elles prouvent que leurs principes sont corrompus. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, De l'esprit des lois
  • Presque toutes les monarchies n'ont été fondées que sur l'ignorance des arts et n'ont été détruites que parce qu'on les a trop cultivés. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Lettres persanes
  • Dans une monarchie bien réglée, les sujets sont comme des poissons dans un grand filet : ils se croient libres, et pourtant ils sont pris. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • Le principe de la monarchie se corrompt lorsque des âmes singulièrement lâches croient que ce qui fait que l’on doit tout au prince fait que l’on ne doit rien à sa patrie. De Montesquieu
  • Comme il faut de la vertu dans une république, et dans la monarchie de l'honneur, il faut de la crainte dans un gouvernement despotique ; la vertu n'y est point nécessaire et l'honneur y serait dangereux. De Montesquieu
  • Autour de cette ville, la monarchie a passé son temps à construire des enceintes, et la philosophie à les détruire. Comment ? Par la simple irradiation de la pensée. Pas de plus irrésistible puissance. Un rayonnement est plus fort qu'une muraille. De Victor Hugo / Paris
  • Les monarchies meurent du favoritisme. Les démocraties ont le leur. Il se nomme démagogie. Et elles en meurent aussi. De Jacques de Lacretelle / Journal de bord
  • C'est le sort des monarchies que leur prospérité dépende du caractère d'un seul homme. De Voltaire / Le siècle de Louis XIV
  • Les républiques finissent par le luxe ; les monarchies par la pauvreté. De Montesquieu / De l'esprit des lois
  • La république... la corruption sans doute y paraît plus grande que dans les monarchies. Cela tient au nombre et à la diversité des gens qui sont portés au pouvoir. De Anatole France / L’Orme du mail
  • En Thaïlande, des militants veulent célébrer la date anniversaire de la fin de la monarchie absolue, le 24 juin 1932. Cependant, la police et les autorités ne sont pas d’accord. Courrier international, L’anniversaire de la fin de la monarchie absolue en Thaïlande sous haute surveillance
  • D’autres lieux de la monarchie britannique comme les State Room s de Buckingham Palace ou la résidence du prince Charles restent fermées jusqu’à nouvel ordre. LaLibre.be, La crise n’épargne pas la monarchie britannique - La Libre
  • Meghan, l'épouse du prince Harry, estime avoir été laissée "sans défense" par la monarchie britannique et "interdite de se défendre" lorsque, enceinte, elle était attaquée dans les tabloïds britanniques, selon des documents légaux cités par des médias britanniques. Journal L'Union, Meghan laissée "sans défense" par la monarchie, selon des documents légaux
  • Des heurts ont éclaté avec la police : la foule a escaladé les barrières et forcé le passage afin d’atteindre le mémorial de la révolution de 1932, généralement acceptée comme ayant fait basculer la Thaïlande d’une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle. La Croix, En Thaïlande, crise politique et mobilisations civiles
  • Le Canada étant une monarchie constitutionnelle, le poste de GG trône, si je puis dire, au sommet du domaine prisé de l’oisiveté d’apparat gavée à même les fonds publics des honnêtes citoyens. Le Journal de Montréal, D’une inutilité abyssale | Le Journal de Montréal
  • Pour sauver la monarchie, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez sacrifie lui aussi Juan Carlos. Hier lors d’une interview accordée au pure player el Diario, Sánchez a fait mine de s’émouvoir: « Ce sont des informations troublantes [concernant Juan Carlos] qui dérangent tous les Espagnols, y compris moi-même. (…) Il y a un juge qui agit et la maison royale elle-même marque des distances devant ces informations dérangeantes et inquiétantes et c’est quelque chose dont je suis reconnaissant. » Equinox, Sacrifier Juan Carlos pour sauver la monarchie espagnole

Images d'illustration du mot « monarchie »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « monarchie »

Langue Traduction
Anglais monarchy
Espagnol monarquía
Italien monarchia
Allemand monarchie
Chinois 君主制
Arabe الملكية
Portugais monarquia
Russe монархия
Japonais 君主制
Basque monarkia
Corse monarchia
Source : Google Translate API

Synonymes de « monarchie »

Source : synonymes de monarchie sur lebonsynonyme.fr

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