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République

Variantes Singulier Pluriel
Féminin république républiques

Définitions de « république »

Trésor de la Langue Française informatisé

RÉPUBLIQUE, subst. fém.

I.
A. − Vieilli. Chose publique, organisation politique de la société, État. (Dict. xixeet xxes.).
La République. Dialogues de Platon sur la meilleure forme de gouvernement. Je voudrais qu'on lise la République de Platon (...) pour apprendre l'art de se gouverner soi-même, et d'établir la justice à l'intérieur de soi (Alain,Propos, 1910, p. 71).De la République. Traité sur l'idéal politique, de Cicéron. [Ils] l'auraient traduit en beau style académique, dans le goût de la Préface de la République de Cicéron, par M. Villemain (Stendhal,Racine et Shakspeare, t. 1, 1825, p. 78).
B. − Vieilli, littér. Société humaine; ensemble de personnes ayant entre elles quelque chose en commun. [Les soldats] se cantonnaient dans une ville; cela faisait une république de brigands (Taine,Philos. art, t. 2, 1865, p. 48).Une étrange république de locataires où chacun paraît à la fois subir et imposer la loi (Sartre,Sit. I, 1947, p. 122).
République chrétienne. État chrétien; ensemble d'États chrétiens. Dans la mesure où elle avait existé, où elle avait pu survivre à tant de guerres entre les nations d'Europe, la conception de la république chrétienne était abolie (Bainville,Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 151).
Au fig. Communauté d'esprit. Quelles que soient nos divergences dans les républiques intellectuelles, quelles que soient entre nous nos contrariétés mêmes, il est évident qu'en face d'un certain grand public (...) nous sommes tous solidaires, nous sommes tous du même métier (Péguy,Argent, 1913, p. 1185):
1. Les nobles études appelant tous à tout, élevant le niveau commun, confondant les classes, faisant vivre du même pain intellectuel tous ceux qui vivent du même pain du jour, et réalisant dans le domaine de la pensée cette république des intelligences où les droits ne sont que des dons de Dieu, où les fonctions ne sont que des services, où la dictature n'est que du génie... Lamart.,Corresp., 1836, p. 213.
République des arts, des lettres. Ensemble des artistes, des gens de lettres. Pendant la première partie du repas, on s'occupa des nouvelles de la république des arts: une vente de tableaux, une pièce nouvelle, l'annonce d'un concert (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 218).Je ne crois pas qu'il puisse y avoir par ma faute, dans la république des lettres, un Balzac inconnu, un Daudet méconnu, un Ferdinand Fabre inédit, ou une George Sand oubliée (Gide,Journal, 1905, p. 179).
C. − Colonie animale. Les tribus d'insectes sociables qui travaillent avec le secours et la protection d'une république nombreuse (Michelet,Insecte, 1857, p. 46).Nos ruches, où l'individu est entièrement absorbé par la république, et où la république à son tour est régulièrement sacrifiée à la cité abstraite et immortelle de l'avenir (Maeterl.,Vie abeilles, 1901, p. 22).
II.
A. − [P. oppos. à monarchie, empire] Organisation politique d'un État où le pouvoir est non héréditaire, partagé et exercé par les représentants (généralement élus) d'une partie ou de la totalité de la population. Dans le combat à mort que se livrent, au milieu de nous, la république et la monarchie, (...) qui pourra gémir du triomphe de la République (...)? (Desmoulinsds Vx Cordelier, 1793-94, p. 70):
2. La religion de la raison établit tout naturellement la république des lois. La volonté générale s'exprime en lois codifiées par ses représentants. « Le peuple fait la révolution, le législateur fait la république. » Camus,Homme rév., 1951, p. 155.
En empl. adj. attribut. La France est République: la République française n'a pas besoin d'être reconnue pour exister. Elle est de droit naturel, elle est de droit national. Elle est la volonté d'un grand peuple qui ne demande son titre qu'à lui-même (Lamart.,Trois mois au pouvoir, Paris, M. Lévy, 1848, p. 69).
1. HISTOIRE
a) Organisation politique des cités grecques et de Rome durant l'Antiquité; l'État ainsi organisé. La chute des républiques grecques entraîna celle des sciences politiques (Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p. 74).Retrouver exactement ce qu'un Romain de la République mettait derrière les mots « patriciens » ou « consul » (Marrou,Connaiss. hist., 1954, p. 158).
b) Organisation politique de certaines cités d'Italie et des Pays-Bas durant le Moyen Âge; l'État ainsi organisé. Les querelles qui agitaient les républiques italiennes se sont éteintes, avec les républiques elles-mêmes (Ozanam,Philos. Dante, 1838, p. 282).Les vieilles cités des Pays-Bas étaient des républiques, et se sont maintenues telles, en dépit de leurs suzerains féodaux, pendant tout le moyen âge (Taine,Philos. art, t. 1, 1865, p. 233).
2. En partic.
a) République fédérale, fédérative. République composée de plusieurs États. République fédérale d'Allemagne (R.F.A.). Il est si attaché à soutenir qu'une république ne saurait gouverner une grande étendue de pays, sans le secours de la fédération, qu'il cite la république romaine comme une république fédérative (Destutt de Tr.,Comment. sur Espr. des lois, 1807, p. 124).
b) République (démocratique) populaire, république socialiste. Organisation politique d'un pays se référant au marxisme, où l'État a la propriété des moyens de production essentiels; l'État ainsi organisé. République démocratique allemande (R.D.A.). Staline (...) obtenait (...) qu'on arrachât à Chiang-Kaï-Shek la Mongolie extérieure. Celle-ci deviendrait une « république populaire » (De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p. 203).
B. − P. méton.
1. Lieu, pays organisé en république. République italienne, centre-africaine. La République française. Territoire régi par les institutions de la République française. Cette lutte qui existe dans toute la république, entre les prêtres et nos institutions nouvelles (Dupuis,Orig. cultes, 1796, p. 469).[La Convention] décrète la création, à Paris, d'une école normale « où seraient appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles (...) » (Encyclop. éduc., 1960, p. 18).
La République des Soviets. L'Union soviétique. Tout État social, même prolétarien, crée une société. Nous ignorons celle qui s'édifie présentement dans la République des Soviets (Mauriac,Journal 2, 1937, p. 151).
2. [Allégorie de la république, représentée par une femme.] Sous le buste de la République, le Maire va et vient dans son cabinet (Martin du G.,Vieille Fr., 1933, p. 1063).
C. − HIST., POL.
1. En France, régime particulier de cette organisation qui fixe les modalités de l'exercice du pouvoir; l'État ainsi organisé. 1reRépublique (de sept. 1792 à mai 1804); 2eRépublique (de févr. 1848 à déc. 1852); 3eRépublique (de sept. 1870 à juill. 1940); 4eRépublique (de juin 1944 à oct. 1958); 5eRépublique (dep. oct. 1958). Après la première république, cette incertaine, il y avait eu la deuxième et puis la troisième qui était la bonne: jamais deux sans trois (Sartre,Mots, 1964, p. 196):
3. Si vous appliquez les lois, toutes les lois (...) l'ordre rentrerait en France et sans persécution, car, encore une fois, nous ne ferions qu'appliquer les traditions du Tiers État français depuis le jour où il a apparu dans notre histoire jusqu'aux dernières lueurs de la République de 1848. Gambetta, 1878ds Fondateurs 3eRépubl., p. 181.
P. méton. La VeRépublique. Parti majoritaire de tendance gaulliste en 1966-1967. La VeRépublique conserve [la majorité] d'extrême justesse avec 244 sièges (dont 12 d'outre-mer) (L'Aurore, 14 mars 1967).
2. En partic.
a) Organisation politique de la société française instaurée par la Révolution, en remplacement de la monarchie; l'État ainsi organisé. Liberté, égalité, fraternité: devise de la République; les armées, les victoires de la République. III La Constitution française ne reconnoit d'autre gouvernement légitime que le gouvernement républicain, ni d'autre république que celle qui est fondée sur la liberté et sur l'égalité. IV La République française est une et indivisible (Robesp.,Discours, Constit., t. 9, 1793, p. 509).Robespierre prononça d'une voix claire un discours éloquent contre les ennemis de la république (A. France,Dieux ont soif, 1912, p. 168).[P. réf. au calendrier républicain] Landau, 6ejour de la 3edécade du 4emois, an II de la République française une et indivisible Mon cher Michel, « Nous venons de traverser une rude campagne; l'an I de la République comptera dans l'histoire des peuples (...) » (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 272).La République une et indivisible. [Proclamation de l'unité de la République par opposition aux tendances fédéralistes, durant la Révolution.] Supra ex. de Robespierre.
b) [P. réf. à l'histoire fr. de la république, comme symbole d'anticléricalisme] Elle aussi [Marianne], sans doute, la République la ruine et la déshonore... Elle aussi est pour le sabre, pour les curés et contre les juifs (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 121).
Expressions
On est en république! [Expr. fam. qui marque le rejet d'une autorité non reconnue] Non, mon vieux, non. Il n'y a pas d'officiers: on est en république (Sartre,Mort ds âme, 1949, p. 99).
République sociale*.
SYNT. République aristocratique, bourgeoise, conservatrice, démocratique, franc-maçonne, juive, parlementaire, représentative, tempérée; ancienne, grande, nouvelle, petite, vieille, vraie république; république des copains/coquins, des professeurs; aimer, défendre, détruire, proclamer, renverser, sauver, servir la république; établir, fonder une république; affaires, drapeau, ennemi, gouvernement, histoire, magistrats, soldat, territoire de la république; gouvernement provisoire de la république; commissaire, conseil, président, procureur de la république; la constitution, les institutions de la (nème) république.
REM.
Républicatoire, adj.,hapax. Lui as-tu dit mes intentions républicatoires au cas où ses petits projets prendraient corps? (Verlaine,Corresp., t. 3, 1875, p. 112).
Prononc. et Orth.: [ʀepyblik]. Ac. 1694-1740: republique; ensuite: ré-. Étymol. et Hist. 1. 1520 « État » (quelle que soit la forme de gouvernement) (Journal de Louise de Savoie, 8 mars ds S. Guichenon, Hist. généalogique de la Royale maison de Savoye, Lyon, 1660, livre VI, p. 458); 2. a) 1549 « communauté, société organisée » Republique Chrestienne (Du Bellay, Deffence et illustration, éd. H. Chamard, p. 69); b) 1648 « monde, domaine » république des lettres (G. de Balzac, Le Barbon ds Littré); 1656 (Pascal, Provinciales, IX ds Œuvres, éd. L. Lafuma, Seuil, 1963, p. 409a: la petite république de vos pensées); 3. a) 1549 « État qui n'est pas une monarchie héréditaire » (Du Bellay, op. cit., p. 126: les roys et les republiques); b) ca 1553 la république de Platon « État dont la forme de gouvernement est définie par Platon » (La Boétie, Servitude volontaire ds Littré); c) 1620 « État dont la forme de gouvernement est fondée sur la souveraineté d'un peuple de citoyens » (Hist. de Mr Jean de Boucicaut, éd. Th. Godefroy, III, p. 298, v. aussi Livre des fais de Bouciquaut, éd. D. Lalande, III, VIII, p. 325 et Romania t. 103, p. 334), la proclamation de la 1reRépublique en France le 21 sept. 1792 consacra la généralisation de l'usage du terme dans ce seul sens, la substitution de l'inscription « Empire français, Napoléon empereur » à « République française, Napoléon empereur » sur les pièces de monnaie en 1808 attestant cette évolution. Empr. au lat.res publica « la chose publique, l'État, l'administration de l'État ». Fréq. abs. littér.: 4 758. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 116, b) 8 232; xxes.: a) 8 177, b) 4 832. Bbg. Baader (H.). Einige Bemerkungen zur Geschichte der Wörter cité... In: [Mél. Gamillscheg (E.)]. München, 1968, pp. 41-44. − Dub. Pol. 1962, pp. 404-405; p. 440 (s.v. république universelle). − Funke (H.-G.). « La République sauvage ». Rom. Forsch. 1986, t. 98, pp. 36-57. − Quem. DDL t. 11 (s.v. république démocratique). − Siccardo (F.). République et républicain: contribution à l'hist. de deux mots. Annali della Facoltà di Scienze Politiche. 1974, t. 2, pp. 569-617. − Tournier (M.). Un Vocab. ouvrier en 1848... Thèse, Paris, 1975, pp. 87, 92-100, 106. − Vardar Soc. pol. 1973 [1970], pp. 301-302.

Wiktionnaire

Nom commun - français

république \ʁe.py.blik\ féminin

  1. Chose publique, intérêt général.
    • Dans mon dernier passage à Francfort, j’avais trouvé mon oncle en possession de la maison et du jardin ; en sage fils, semblable à son père, il s’éleva aux plus hautes dignités de la république. — (Goethe, Campagne de France, 1822 ; traduction française de Jacques Porchat, Paris : Hachette, 1889, page 138)
    • Chacun des agents de la force publique s’était attaché spécialement à un bandit et bientôt, ainsi qu’il doit en être dans une république bien policée, les trois chenapans, embarrassés du produit de leur vol, furent appréhendés vigoureusement. — (Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  2. Groupe considéré comme organisé et dont les membres partagent des traits communs.
    • L'Europe entière a admiré l'héroïsme du roi Sigismond et du prince Vladislas […] ; la république chrétienne regarde les armées polonaises comme les libératrices de l’univers et la verge des ennemis barbares. — (« Grégoire XV, pape, à Laurent Gembicki, archevêque de Gnesne », du 24 juin 1623 (lettre CCCII—2), dans Luttes des peuples Léchites contre les Ouraliens, tome 2, par Denyse Poniatowska , Paris : Librairie du Luxembourg, 1874, p. 447)
    1. (Figuré) Communauté d’esprit.
      • Quelles que soient nos divergences dans les républiques intellectuelles, quelles que soient entre nous nos contrariétés mêmes, il est évident qu’en face d’un certain grand public (…) nous sommes tous solidaires, nous sommes tous du même métier. — (Péguy, Argent, 1913, page 1185)
    2. Société animale.
      • Nos ruches, où l’individu est entièrement absorbé par la république, et où la république à son tour est régulièrement sacrifiée à la cité abstraite et immortelle de l’avenir. — (Maeterlink, Vie des abeilles, 1901, page 22)
  3. (Politique) Régime politique non héréditaire. Antonymes : monarchie, empire.
    • Vive la république ! […], je pose la question, et je dis : Vous voulez le meilleur gouvernement, donc vous voulez la république, cela va de soi-même; mais quelle république? Ici commence la difficulté. Est-ce la république de Sparte, où l’on tuait les enfans mal bâtis ? Est-ce la république romaine, où l’on faisait boire la ciguë aux professeurs d’astronomie ? Est-ce la république romaine, où, de par la loi, tout plébéien était bavard? Est-ce la république des cantons suisses, ou celle de Hollande, ou celle des États-Unis, ou celle de Genève, ou celle de Saint-Marin ? — (Julie de Quérangal, Philippe de Morvelle, Revue des Deux Mondes, T. 2, 4, 1833)
    • Bismark jugea tout autrement. La République devait causer, à son avis, la décadence définitive des Gaules alors que le quasi-absolutisme germanique maintiendrait la prééminence allemande. Les événements de 1914 ont tranché le différend. — (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942, page 27)
    1. (Antiquité) Oligarchie, organisation politique des cités grecques et de Rome durant l’Antiquité ; les États ainsi organisés.
      • Toute l’histoire classique est dominée par la guerre conçue héroï­quement ; les institutions des républiques grecques eurent, à l’origine, pour base l’organisation d’armées de citoyens ; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.V, La grève générale politique, 1908, page 231)
      • On trouverait aujourd’hui étrange que des magistrats se missent à la tête de bandes armées, comme cela avait lieu à Rome durant les dernières années de la République. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, page 275)
    2. (Histoire) Oligarchie gouvernant certaines cités européennes durant le Moyen Âge. Les États ainsi organisé.
      • L’Islande a son parti de Home Rulers qui veulent affranchir leur pays de la tutelle du Danemark et rétablir l’ancienne république islandaise. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 3)
  4. (Par métonymie) Lieu, pays organisé en république.
    • La République française.
    • La République de Guinée équatoriale.
    1. (En particulier) Ensemble des territoires régi par les institutions de la République française.
      • Cette lutte qui existe dans toute la république, entre les prêtres et nos institutions nouvelles. — (Dupuis, Orig. cultes, 1796, page 469)
  5. (France) (Absolument) République française, régime particulier de cette organisation qui fixe les modalités de l’exercice du pouvoir en France ; l’État ainsi organisé.
    • Il s’était formé chez les Rougon un noyau de conservateurs qui se réunissaient chaque soir dans le salon jaune pour déblatérer contre la République. — (Émile Zola, La Fortune des Rougon, G. Charpentier, Paris, 1871, ch. III ; réédition 1879, p. 92)
    • La Convention nationale, constituée le 20 septembre 1792, ouvrit ses délibérations, et dans sa première séance abolit la royauté et proclama la république. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Sous la première République, au moment même où toute l’Europe nous tombait sur le dos, c’est les curés qui ont excités la guerre civile en Vendée. — (Émile Thirion, La Politique au village, Fischbacher, 1896, page 203)
    • « Ce qu’on fait ici, on le fera en France. Ton Duclos et ton Mitterrand, on leur fera ce qu’on te fait, et ta putain de République, on la foutra en l’air aussi ! Tu vas parler, je te dis. » — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Émile Loubet en personne n’y pourrait rien. De l’autre côté de la frontière les bons petits Belges, eux, continuent à prendre les mauvis, à venir les vendre sur les marchés français sans en être empêchés. La République est moins bonne que le Roy. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Pour les manuels en usage dans mon école primaire – comme pour ceux dont j’ai par la suite étudié le contenu –, la République et la France étaient indiscernables : « République et France, disaient-ils, en s’adressant à nous, les enfants, tels sont les deux noms qui doivent rester gravés au profond de nos cœurs. » — (Mona Ozouf, Composition française, Gallimard, 2009, collection Folio, page 214)
    • L’idée de déployer tous les fastes de la République et d’afficher une solennité churchillienne pour annoncer une augmentation de 1,6 point de la TVA ne peut venir que de cerveaux hallucinés. — (Jacques Julliard, Impression, soleil couchant, dans Marianne (magazine), n° 772 du 4 février 2012, page 3)
  6. (Administration) (France) Allégorie de la république, représentée par une femme ; Marianne.
    • Sous le buste de la République, le Maire va et vient dans son cabinet. — (Martin du Gard, Vieille France, 1933, page 1063)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RÉPUBLIQUE. n. f.
La chose publique. Il y va du salut de la république. Se sacrifier, se dévouer pour la république. Il se dit spécialement du Gouvernement où la souveraineté est déléguée par suffrage. République démocratique, aristocratique, oligarchique. République fédérative ou fédérale. Les républiques antiques. Les républiques modernes. La république d'Athènes. La république romaine. La république de Venise, de Gênes, de Hollande. Rome n'a jamais eu plus d'éclat que dans le temps de la république. Cette nation vient de se constituer en république. L'an V de la République française ou, absolument, de la République. Fig., La république des lettres, Les gens de lettres en général, considérés comme s'ils formaient une nation. Y a-t-il quelque chose de nouveau dans la république des lettres? Fig., C'est une petite république se dit d'une Famille, d'une communauté, d'une société nombreuse. Il se dit aussi d'une Maison où il il y a un grand nombre de ménages.

Littré (1872-1877)

RÉPUBLIQUE (ré-pu-bli-k') s. f.
  • 1Chose publique, et, en général, toute espèce de gouvernement. Allons, vieillard, et sans réplique ; Il n'importe à la république Que tu fasses ton testament, La Fontaine, Fabl. VIII, 1. L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république, La Fontaine, ib. XI, 8. Les unes [filles de Mme de Guitaut] sont destinées à faire d'honnêtes femmes, et à peupler la république ; les autres, à faire une communauté à force de voiles blancs et noirs, Sévigné, à Mme de Guitaut, 10 mars 1693. La tendresse pour son époux s'accordait en elle avec les soins pour la république, Fléchier, Mme de Mont. A-t-on vu quelquefois, dans la plaine d'Afrique, Déchirant à l'envi leur propre république, Lions contre lions, parents contre parents, Combattre follement pour le choix des tyrans ? Boileau, Sat. VIII. Vous semblez croire… que l'Évangile ne propose que des maximes funestes à la république, Massillon, Carême, Salut. J'appelle république tout État régi par les lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être ; car alors l'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose, Rousseau, Contr. soc. II, 6.

    Fig. Car si le soleil se pique, Il le leur fera sentir ; La république aquatique [les grenouilles] Pourrait bien s'en repentir, La Fontaine, Fabl. XII, 24.

  • 2 Particulièrement. Gouvernement de plusieurs ; état gouverné par plusieurs. Le peuple fit de grandes clameurs ; nous entendîmes même quelques voix qui criaient république, Retz, Mém. t. I, liv. II, p. 457, dans POUGENS. C'est chose résolue au conseil que l'on enverra un ambassadeur en Angleterre, qui reconnaîtra la république de M. Olivier Cromwell, Patin, Lett. t. II, p. 116. Il [Pascal] disait que, dans un État établi en république comme Venise, c'était un grand mal de contribuer à y mettre un roi, et opprimer la liberté des peuples à qui Dieu l'a donnée, Mme Périer, Vie de Pascal. Une affaire qui assemble dans une ville les plénipotentiaires ou les agents des couronnes et des républiques, La Bruyère, X. Lorsque, dans la république, le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est une démocratie ; lorsque la souveraine puissance est entre les mains d'une partie du peuple, cela s'appelle une aristocratie, Montesquieu, Esp. II, 2. Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques : les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d'autres étaient commerçantes, comme Athènes, Montesquieu, ib. V, 6. République fédérative : cette forme de gouvernement est une convention par laquelle plusieurs corps politiques consentent à devenir citoyens d'un État plus grand qu'ils veulent former ; c'est une société de sociétés, Montesquieu, ib. IX, 1. Tels sont les principes des trois gouvernements [vertu dans la république, honneur dans la monarchie, crainte dans le despotisme] ; ce qui ne signifie pas que, dans une certaine république on soit vertueux, mais qu'on devrait l'être, Montesquieu, ib. III, 11. Une république n'est point fondée sur la vertu ; elle l'est sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres, Voltaire, Pol. et lég. Pensées sur l'adm. 25. J'ai pris goût à la république, Depuis que j'ai vu tant de rois, Béranger, République.

    La république du monde, la république romaine. Non loin de ce Rubicon on voit aujourd'hui la république de Saint-Marin, comme si ce dernier faible vestige de la liberté devait subsister à côté des lieux où la république du monde a été détruite, Staël, Corinne, XV, 6.

    Fig. Le sépulcre, république de parfaite égalité, où l'on n'entre point sans ôter son casque ou sa couronne, pour passer par la porte abaissée du tombeau, Chateaubriand, Génie, IV, I, 12.

    République, absolument, signifie, suivant le sens de la phrase, la république romaine ou la république française ou toute autre république. Eucrate, me dit-il, je n'eus jamais cet amour dominant pour la patrie dont nous trouvons tant d'exemples dans les premiers temps de la république, Montesquieu, Sylla et Eucrate. Qui nous rendra, dit cet homme héroïque, Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus, Ces paysans, fils de la république, Sur la frontière à sa voix accourus ? Béranger, Vieux sergent.

    République mère, s'est dit de la république française, par rapport aux républiques établies sous ses auspices.

    République de Platon, ouvrage dans lequel est contenue sa politique.

  • 3 Par analogie, la république chrétienne, l'ensemble des États chrétiens ; la république européenne, l'ensemble des États européens, considérés comme s'ils faisaient une fédération. Deux lois [l'amour de Dieu et celui du prochain] suffisent pour régler toute la république chrétienne, mieux que toutes les lois politiques, Pascal, Pens. XXIV, 15, édit. HAVET. La république chrétienne, et même judaïque, n'a eu que Dieu pour maître, Pascal, ib. XXV, 195. J'ai toujours considéré l'Europe chrétienne comme une grande république dont toutes les parties se correspondent, lors même qu'elles cherchent mutuellement à se détruire, Voltaire, Hist. de la guerre de 1741, 1re part. ch. 1. Je ne voudrais, pour prouver que le projet de la république chrétienne n'est pas chimérique, que nommer son premier auteur ; car assurément Henri IV n'était pas fou, ni Sully visionnaire, Rousseau, Paix perp.

    En un sens analogue. Toutes les nations de la terre ne sont que les différentes familles d'une république dont Dieu est le père commun, Fénelon, t. XXII, p. 315.

    République universelle, fédération républicaine des peuples, que beaucoup regardent comme un des résultats futurs du progrès politique. Ô République universelle, Tu n'es encor que l'étincelle, Demain tu seras le soleil, Hugo, Lux.

  • 4La république des lettres, les gens de lettres en général considérés comme s'ils faisaient une nation. Je ne suis point un membre inutile dans la république des lettres, Montesquieu, Lett. pers. 142. On a vu une république littéraire établie insensiblement dans l'Europe, malgré les guerres et malgré les religions différentes, Voltaire, Louis XIV, 34. L'auteur de Cinna aux pieds d'un financier ! ô pauvre république des lettres ! qu'étiez-vous donc alors ? D'Alembert, Éloges, Malet. Voyant à Madrid que la république des lettres était celle des loups, toujours armés les uns contre les autres, Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 2. Voyez ce que c'est, et la différence qu'on fait du gentilhomme au roturier dans le pays même de l'égalité, dans la république des lettres, Courier, Lett. à MM. de l'Académie.

    Par analogie. Je vois avec plaisir qu'il se forme dans l'Europe une république immense d'esprits cultivés, Voltaire, Lett. Gallitzin, 14 août 1767. Vous êtes Anglais, mon cher ami, et je suis né en France ; mais ceux qui aiment les arts sont tous concitoyens ; les honnêtes gens qui pensent ont à peu près les mêmes principes, et ne composent qu'une république, Voltaire, Zaïre, Ép. déd. à Falkener.

    Nouvelles de la république des lettres, ou, simplement, la République des lettres, recueil qui paraissait en Hollande et où l'on parlait des livres qui se publiaient.

    La république des lettres, l'ensemble des œuvres littéraires. Notre incomparable Saumaise… qui ne trouva jamais de lieu difficile, en quelque part de la république des lettres qu'il ait mis le pied, Guez de Balzac, le Barbon.

  • 5C'est une république, c'est une petite république, se dit d'une famille, d'une communauté nombreuse, ou d'une maison où il y a beaucoup d'habitants. C'est une république, c'est un monde que votre château ; je n'y ai jamais vu cette foule, Sévigné, 29 sept. 1680.

SYNONYME

RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIE. République est la chose publique, et n'implique la forme du gouvernement que par un sens particulier. Aussi les empereurs romains avaient-ils conservé le nom de république, et les premières pièces frappées en 1804 portaient d'un côté République française, et de l'autre Napoléon empereur. Démocratie, au contraire, exprime que c'est le peuple entier qui a le gouvernement ou qui le confère à des magistrats de son choix élus pour un temps assez court. Les États-Unis sont une démocratie. La démocratie est l'opposé de l'aristocratie ou république aristocratique. C'est donc prendre démocratie en un faux sens que de dire, comme on fait tous les jours, que la France est une démocratie. À la vérité on entend par là un état social où les inégalités nobiliaires sont très effacées ; mais ce n'est là qu'une petite partie de la démocratie.

HISTORIQUE

XVe s. Ostez la seigneurie à vostre roy, et tuez Boucicaut et tous ses François, et vivez en republique comme nous, et soyons tous unis comme freres…, Boucic. III, 8.

XVIe s. Chacun doit penser à la republique comme à chose où il va de son interest, H. Estienne, Précell. p. 81. Le plus entendu de touts n'eust pas quitté son escuelle de soupe, pour recouvrer la liberté de la republique de Platon, La Boétie, . Servitude volontaire.

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Étymologie de « république »

Lat. respublica, de res, chose (voy. RIEN), et publicus, public.

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(1520) Du latin res publica (« chose publique »).
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Phonétique du mot « république »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
république repyblik

Fréquence d'apparition du mot « république » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « république »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « république »

  • Dans les républiques, le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance.
    Antoine de Rivarol — Rivaroliana
  • L'insurrection n'est point un état moral ; elle doit être pourtant l'état permanent d'une république.
    Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le marquis de Sade — La Philosophie dans le boudoir
  • La République, en France, a ceci de particulier, que personne n'en veut et que tout le monde y tient.
    Joseph Arthur, comte de Gobineau — La IIIe République française et ce qu'elle vaut
  • Ô République universelle Tu n'es encor que l'étincelle, Demain tu seras le soleil.
    Victor Hugo — Les Châtiments, Lux
  • La corruption des mœurs est mortelle pour les républiques et utile aux tyrannies et aux monarchies absolues : cela seul suffit à juger de la nature et de la différence de ces deux sortes de gouvernement.
    Giacomo Leopardi — Zibaldone, I, 377
  • De toutes les républiques, celle des lettres est, sans contredit, la plus ridicule.
    Voltaire — Lettre au censeur marin
  • J'appelle République tout État régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être.
    Jean-Jacques Rousseau — Du contrat social
  • La république est une anarchie positive.
    Pierre Joseph Proudhon — Solution du problème social
  • J'ai pris goût à la république, Depuis que j'ai vu tant de rois.
    Pierre Jean de Béranger — Chansons
  • La république est le seul remède aux maux de la monarchie et la monarchie est le seul remède aux maux de la république.
    Joseph Joubert — Pensées
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Traductions du mot « république »

Langue Traduction
Anglais republic
Espagnol república
Italien repubblica
Allemand republik
Chinois 共和国
Arabe جمهورية
Portugais república
Russe республика
Japonais 共和国
Basque errepublika
Corse repubblica
Source : Google Translate API

Antonymes de « république »

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Nombre de points du mot république au scrabble : 22 points

République

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