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Coin

Définitions du mot « coin »

Trésor de la Langue Française informatisé

COIN1, subst. masc.

Outil ou partie d'un outil généralement en métal pressé dans/sur un objet dur pour en changer la forme ou l'aspect.
A.− TECHNOLOGIE
1. TECHNOL. FORESTIÈRE. Outil en fer ou en bois très dur, en forme de prisme triangulaire et servant à fendre les troncs d'arbre dans le sens de la longueur. Le coin du bûcheron. Les Californiens fendaient le bois avec un coin en andouiller qu'ils enfonçaient à l'aide d'un maillet en pierre brute (R.-H. Lowie, Manuel d'anthropol. culturelle,1936, p. 132).
P. ext. Un coin de bois enfoncé dans l'une de ces saignées de côté cassait le bloc à l'arrière et le séparait de la masse (R.-M. Lambertie, L'Industr. de la pierre et du marbre,1962, p. 51).
P. métaph. Enfoncer un coin. Introduire un élément de division entre deux partis, deux personnes. Avec les siècles, ce grossier état religieux [de la Grèce] deviendra insupportable. Là est le joint où Israël enfoncera son coin terrible (Renan, Histoire du peuple d'Israël,t. 4, 1892, p. 199).
Loc., vieilli. Faire coin du même bois. Utiliser un des éléments dont une chose est composée, pour l'achever. Retourner contre une personne les arguments qu'elle a fournis.
Rem. Attesté ds Ac. 1878, Besch. 1845, Littré, DG.
2. Morceau de bois de même forme, servant à maintenir, à assujetir certaines pièces. Coin d'une varlope, d'un rabot; coins de chemins de fer (cf. cale). La lame de la faux se raccorde au manche (...) au moyen de coins en bois (T. Ballu, Machines agricoles,1933, p. 288).Le rail méplat (...) est fixé à l'aide d'un coin, soit au moyen d'un coussinet spécial, soit dans une fente de la traverse (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 685).
3. [P. anal. de forme] ANAT. ANIMALE, vx. Dent en coin. Dent incisive que l'on trouve chez certains animaux de chaque côté des crocs (cf. Cuvier, Leçons d'anat. comp., t. 3, 1805, p. 155).
B.− NUMISM. Pièce d'acier trempé, gravée en creux, servant à frapper les pièces de monnaie et les médailles :
1. Dès l'instant où la monnaie métallique revêt une forme plastique (lingot placé à chaud entre deux coins, qui, par le procédé de la frappe au marteau viennent y marquer leur empreinte) une suite presque infinie de types divers se présente à notre examen. L'Hist. et ses méthodes,1961, p. 352.
Monnaie, médaille à fleur de coin. Dont l'empreinte marquée par le coin est encore très nette.
Loc. fig. Être marqué, frappé au coin de. Porter la marque, le caractère de. Celle [la fête] du ministre des relations extérieures, Talleyrand, fut marquée au coin du bon goût (Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène,t. 1, 1823, p. 715):
2. Jamais non plus le chapeau de Véronique, sans échapper à la stricte loi de la mode, n'était marqué au coin des banalités du jour. Jouhandeau, M. Godeau intime,1926, p. 62.
C.− JOAILL. Poinçon d'acier apposé comme marque de garantie sur certains bijoux, certaines pièces d'orfèvrerie, certaines pièces de l'argenterie :
3. ... pour un antiquaire le poids de la médaille est peu de chose en comparaison et de la pureté des lettres et de la tête et de l'ancienneté du coin. Balzac, Le Cabinet des antiques,1839, p. 13.
Prononc. et Orth. Pour la prononc. cf. coin2. Admis ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Cf. coin2.

COIN2, subst. masc.

I.− Angle* rentrant ou saillant formé par l'intersection de deux lignes ou de deux plans; p. méton., partie d'une chose où se forme un tel angle. Coin d'une armoire, d'une feuille, d'un mouchoir, d'une table, d'un bâtiment.
A.− HABITAT HUM. Coin de, de coin.
1. [Espace clos]
a) Espace en angle rentrant dans un lieu habité ou fréquenté. Coin d'une pièce, d'appartement; les quatre coins d'une pièce. Le regard du vieux Ganse continuait d'aller lentement d'un coin à l'autre de la vaste pièce (Bernanos, Un Mauvais rêve,1948, p. 937).
De coin.Qui est dans un coin.
AMEUBL. Conçu spécialement pour occuper l'angle d'une pièce. Chaise, meuble de coin.
Qui est dans l'angle d'un lieu clos. Place de coin :
1. Qu'aurait-il [La Bruyère] été sans ce jour inattendu qui lui fut ouvert sur le plus grand monde, sans cette place de coin qu'il occupa dans une première loge au grand spectacle de la vie humaine et de la haute comédie de son temps? Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 1, 1863-69, p. 125.
Coin fenêtre. Coin situé du côté de la fenêtre d'un compartiment de chemin de fer. Le couloir latéral, avec des fauteuils-couchettes en extension bloque les occupants des coins fenêtres (P. Defert, Pour une pol. du tour. en France,1960, p. 71).
Locutions
Mettre un enfant au coin. L'obliger à se tenir debout dans l'angle d'une pièce, ou p. ext. face à un mur, en signe de punition.
Acculer qqn dans son coin (fig.). L'exaspérer jusqu'à ses dernières limites. Les hommes (...) s'amusaient de la colère qui l'étouffait, l'acculait dans son coin et le submergeait sous des spectres embusqués (Barbusse, Le Feu,1916, p. 136).
P. anal.
Aux quatre coins de. Dans tous les lieux possibles d'un espace considéré comme clos. P. ext. Partout. Aux quatre coins du globe, du monde, de l'horizon. Les deux journaux semaient la haine et l'incendie aux quatre coins du département (Courteline, Le Train de 8 h 47,1888, 3epart., 2, p. 226).
JEUX. Jeu des quatre coins. Jeu dans lequel quatre personnes occupant les angles d'un quadrilatère doivent changer de coin en courant tandis qu'une cinquième essaie d'occuper un coin laissé momentanément vide par le déplacement d'un des quatre partenaires. Jouer aux quatre coins :
2. Elle (...) se montre fort étonnée quand je lui dis qu'il est question de béatifier le petit bonhomme, et cela la fait rire de penser qu'elle aura joué peut-être, aux quatre coins et à pigeon vole avec un saint. Green, Journal,1948, p. 162.
P. ell. Un quatre-coins :
3. Parfois, au coucher du soleil, un vol de pigeons nains s'abattant à la hâte sur un manguier auquel les chauves-souris pendaient le jour par grappes et les condamnant à errer jusqu'au matin. Un perpétuel quatre coins sur chaque arbre, qui laissait flottantes des centaines d'ailes. Giraudoux, Suzanne et le Pacifique,1921, p. 77.
b) En partic. [L'accent est mis sur l'intimité et/ou l'étroitesse de l'espace.] Coin de
α) Coin de la cheminée. Espace en angle rentrant formé par les deux côtés de la cheminée. Plus usuel coin de (du) feu.
Au coin du feu, et plus rarement, au coin de l'âtre, du fourneau, du foyer. Près du feu. Causerie* au coin du feu. Charles avait la manie de bavarder au coin du feu (Flaubert, Madame Bovary,t. 2, 1857, p. 5).Mais au dessert les commis redescendaient au magasin, et laissaient César, sa femme et sa fille achever leur dîner au coin du feu (Balzac, César Birotteau,1837, p. 145):
4. Folantin (...) avait exhalé à demi-voix, dans un accès de rage lucide, sa préférence d'une lecture silencieuse des Fleurs du Mal au coin de son feu. − Au coin de votre pot-au-feu, voulez-vous dire, avait aussitôt rectifié Apémantus, qui feignit un instant l'admiration pour le roucouleur funèbre. Bloy, La Femme pauvre,1897, p. 194.
Fig. Chez soi, en famille.
Loc. (souvent fig.)
Cela ne se dit qu'au coin du feu (Ac. 1932). Cela ne se dit que dans l'intimité de la famille.
Souvent péj. Garder le coin du feu, rester au coin du feu, ne pas bouger du coin du feu. Rester enfermé chez soi, ne pas voyager. Vous savez qu'il y a des jours où la pluie oblige à garder le coin du feu (Musset, Le Temps,1831, p. 94):
5. L'été, ils [les nobles] habitent les châteaux qu'ils possèdent aux environs; l'hiver ils restent au coin de leur feu. Zola, La Fortune des Rougon,1871, p. 39.
Quitter le coin du feu. Sortir; partir en voyage. Allez, enfants nés sous un autre règne; Sous celui-ci quittez le coin du feu. Adieux! partez, ... (Béranger, Chansons, t. 3, 1829, préf., p. 1):
6. On dirait une enfantine impatience de savoir, comme celle des gens qui n'ont jamais quitté le coin de leur feu, quand ils se trouvent en face d'un homme qui revient de pays lointains et inconnus. Baudelaire, Paradis artificiels,1860, p. 354.
β) P. méton.
Existence dans l'intimité du foyer. Je suis sûre qu'il a mille aventures effrayantes à me conter... Cela vient à point pour me faire cet hiver un coin de feu supportable (O. Feuillet, Scènes et proverbes,1851, p. 182).
[En appos. avec valeur d'adj.] Je l'avais jugé tel qu'il [Maxime] est, quand je le traitais, en riant, de bourgeois monogame, de père de famille coin-de-feu... (Colette, La Vagabonde,1910, p. 209).
AMEUBL. Coin-de-feu. Petit siège bas conçu pour s'asseoir près du feu.
2. [Espace ouvert où habite l'homme ou qui est proche de son habitat] Coin de
a) Coin de la rue. Angle saillant formé par une ou plusieurs maisons à l'intersection de deux rues. Tourner le coin de la rue. P. méton. Espace où se forme un tel angle. Nous avons tourné le coin de la rue où rougeoyait l'enseigne Schiltz (S. de Beauvoir, Les Mandarins,1954, p. 323).
Expr. fam. [P. réf. aux débits de boissons fréquents aux coins de rue] À tous les coins de rue, à chaque coin de rue. Partout. Il s'arrêtait à tous les coins de rue pour boire un verre (A. France, Crainquebille,1904, p. 41).
Rencontrer qqn au coin d'une rue. Le rencontrer par surprise. Je vous en conjure, faites-le [ce garçon] envoyer dans un collège de province. Que je ne risque jamais de le rencontrer au coin d'une rue (Montherlant, La Ville dont le prince est un enfant,1951, III, 7, p. 934).
Pop. Figure en coin de rue. Figure anguleuse. Gervaise s'était calmée, toute refroidie par les figures en coin de rue des Lorilleux (Zola, L'Assommoir,1877, p. 523).
b) Coin d'un bois. Angle saillant formé par l'intersection de la lisière d'un bois et du chemin qui y pénètre; p. méton., espace où se forme un tel angle :
7. Deux sauvages du parti des Français (...) sortent de leur rang sans qu'on s'en aperçoive, vont se mettre en embuscade au coin du bois, et postés derrière des arbres, ils tirent deux coups de fusil. Baudry des Lozières, Voyage à la Louisiane,1802, p. 98.
Loc. fig. [P. réf. à l'isolement et/ou au danger d'un tel lieu]
Mourir au coin d'un bois. Mourir dans un endroit solitaire. Il [Alexandre] répétait souvent : « je mourrai au coin d'un bois, dans un fossé, au bord d'un chemin, et l'on n'y pensera plus » (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 3, 1848, p. 157).
On ne voudrait pas le rencontrer au coin d'un bois. Il a un aspect peu rassurant. Un de ces arbres vilainement taillés par l'homme comme un mendiant avec tous ses moignons, et qu'on ne voudrait pas rencontrer au coin d'un bois (Renard, Journal,1906, p. 1051).
Expr. proverbiale. Cet homme a la mine de demander l'aumône au coin d'un bois. ,,Se dit de quelqu'un qui a l'aspect d'un bandit`` (Ac. 1835-1932).
B.− [Partie du visage humain]Angle entrant formé par les extrémités des lèvres, des paupières; p. méton., partie extrême de la bouche ou des paupières où se forme un tel angle. Coin de, de (en) coin.Coin de la bouche, des lèvres; coin de l'œil, des paupières; coins d'une moue (Laforgue, Moralités légendaires,1887, p. 36).Il (...) s'essuyait un coin de lèvre qui saignait paisiblement (Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 114).Elle [Moïra] écrasa du doigt une larme au coin de sa paupière (Green, Moïra,1950, p. 132).
[Avec un verbe ou un subst. verbal impliquant un mouvement du visage] (Verbe +) du coin de, (subst. verbal +) au/du coin de (la bouche, de l'œil).En imprimant un certain mouvement au coin de la bouche, de l'œil. Sourire du coin de la bouche, (un) rire au coin des lèvres (seulement esquissé); regarder, observer qqn du coin de l'œil (à la dérobée). Il me disait souvent, avec un rire du coin de la bouche, un affreux rire en scie qui me froissait, m'humiliait (Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre,1900, p. 243).Il me semblait qu'il me surveillait du coin de l'œil et s'amusait (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 294).
Loc. ell. En coin, de coin.Rire, sourire en coin. Rire, sourire peu appuyé et généralement malveillant. Regarder de coin, regard en coin. (Jeter un) regard de côté et peu bienveillant. Pendant qu'il [Lesable] fouillait dans les papiers étalés sur le bureau du commis d'ordre, Maze le regardait de coin en se frottant les mains (Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, L'Héritage, 1884, p. 499):
8. Elle [Mlle Kolouri] se décida soudain à s'asseoir sur le sommier. Je la regardai faire, un peu gêné... Mais sans doute qu'un lit n'est pas pour lui faire peur. − Oh! dit-elle, avec un sourire de coin, vous avez un très bon sommier... Je ne bronchai pas. Elle continua, enhardie et bavarde : − Vous devez me juger bien sévèrement... Farrère, L'Homme qui assassina,1907, p. 216.
Pop. [En parlant d'une chose ou d'un événement qui peut faire mal] Tomber sur le coin de l'œil :
9. Une invasion de nuages lourds gagnait morceaux par morceaux le ciel (...) Ça, de la pluie? [dit la Guillaumette] Eh ben, mes gars, si y a jamais que c'te pluie-là pour vous tomber su'l'coin d'l'œil, vous n'êtes pas encore à la veille d'attraper des compères-loriots. Courteline, Le Train de 8 h 47,1888, 1repart., 7, p. 47.
C.− P. ext. Partie généralement petite d'un objet; p. méton., petit objet.
1. Partie, généralement petite, d'un objet, située à un des coins (saillants) de celui-ci. Un coin de.Elle [cette femme] a dans sa mamelle une goutte de lait pour nourrir son fils, et dans ses haillons un coin de manteau pour l'envelopper (Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 1, 1803, p. 261).Il [le percepteur] savait se faire apporter les coins de beurre et les saucissons de campagne (Pourrat, Gaspard des Montagnes,Le Pavillon des amourettes, 1930, p. 187).
P. métaph. Il y avait surtout un certain Boisbertrand, (...) fort soupçonné d'être attaché par un coin à la police (Mmede Chateaubriand, Mémoires et lettres,1847, p. 111).
Au fig. Lever un coin du voile (qui est censé cacher le visage). Kean, ... je vais allez au-devant de vos paroles... Je vais lever un coin du voile sous lequel vous cachez votre secret... (A. Dumas Père, Kean,1836, III, 12, p. 151).
2. Spécialement
a) RELIURE. Pièce triangulaire de métal ou de peau garnissant les angles d'un livre. On appelle, sans raison, reliure amateur une demi-reliure à coins, si toutefois dos et coins sont en peau (La Civilisation écrite,1939, p. 1203):
10. Il ne sort pas dix francs de la maison grise sans qu'elle ajuste ses lunettes sur son nez, inscrive la somme au livre des comptes, le fameux livre avec des coins de cuivre. Bernanos, Un Mauvais rêve,1948, p. 962.
b) P. anal. Petit objet en forme de coin saillant (et donc généralement triangulaire).
Attache métallique triangulaire servant à assembler plusieurs feuillets, documents, etc., (attesté ds Lar. Lang. fr.).Synon. papet.
Attache de papier gommé triangulaire servant à fixer des photographies dans un album.
Rem. Le syntagme avoir un coin coupé sert à marquer l'absence d'un morceau en forme de coin :
11. Les cartes [perforées] de ce type ont généralement un coin coupé, pour permettre de vérifier si toutes les cartes d'un paquet sont dans le bon sens avant d'entreprendre une recherche. J.-L. Jolley, Le Traitement des inform.,texte fr. de Ch. Pléssis, 1968, p. 171.
c) HIST. MILIT. Formation en coin. Formation d'une troupe d'infanterie en triangle, la pointe tournée vers l'ennemi. Ces Barbares (...) s'étaient formés en coin, leur ordre accoutumé de bataille (Chateaubriand, Les Martyrs, t. 1, 1810, p. 285).
II.− P. ext. Portion d'espace de dimensions modestes.
A.− HABITAT HUM. [Espace clos]
1. Petite surface dans une maison.
En partic.
a) Place réservée à certains objets (coin à); place où sont rassemblés des objets de même nature (coin de). Le coin à balais, le coin des livres. Elle va au coin des outils; elle fouille dans la ferraille et prend la bêche neuve (Giono, Colline,1929, p. 192).
P. anal., JOURN. Rubrique dans la presse qui intéresse plus particulièrement des catégories de personnes aux goûts communs. Le coin des philatélistes.
b) [En constr. d'appos.] Partie d'une pièce aménagée en vue d'une utilisation spécifique. Le coin-bureau, le coin-cuisine, le coin-salon.
P. euphém. Partie de la maison aménagée pour un usage spécial. Le petit coin. Cabinets. Aller au (x) petit (s) coin (s) :
12. Autrefois celui qui avait le plus faim était celui qui retardait le plus d'attaquer son potage. Celui qui voulait aller au petit coin était celui dont le sourire était le plus large... Giraudoux, La Folle de Chaillot,1944, II, p. 115.
P. anal. et au fig. Petite pièce où l'on travaille; petit emploi. Villemessant, pensais-je, lui trouvera bien un petit coin au Figaro, dans l'administration (A. Daudet, Trente ans de Paris,1888, p. 34).
2. [L'accent est mis sur le caractère caché ou retiré de l'espace] Le percepteur (...) doit être en train de rager à cette minute, dans quelque coin de la maison (Mauriac, Asmodée,1938, II, 7, p. 82).« Ce petit coin obscur entre la cheminée et le bahut de chêne où tu t'allais blottir » (Bachelard, La Poétique de l'espace,1957, p. 133).
a) Partie retirée et tranquille d'une maison où l'on se tient dans la journée. Il [Maurice] va à la porte, à son secrétaire, à la croisée; il court ensuite se blottir, s'affaisser, se faire petit dans son coin (L. Gozlan, Le Notaire de Chantilly,1836, p. 248).
P. anal. ou au fig. Rester dans son coin. Jusqu'à la porte de Clichy, d'Ivry, de Vincennes, je restais dans mon coin méfiante (Giraudoux, Suzanne et le Pacifique,1921, p. 30):
13. MmeLigneul avait un peu négligé MmeRabier depuis deux jours. Et celle-ci avait même le sentiment qu'elle l'avait fuie; se piquant de respecter la liberté des autres, elle resta dans son coin. Pourtant elle aimait sincèrement son amie. Drieu La Rochelle, Rêveuse bourgeoisie,1939, p. 61.
Fam. et au fig. Dans les coins. Dans l'intimité d'une maison. Tous les rires qui étaient dans tous les coins se sont enfuis (Schwob, Le Livre de Monelle,1894, p. 135).Vous devez connaître dans les coins le double fond de ce château (Gide, Isabelle,1911, p. 641):
14. C'est [ces femmes] mignon, c'est généreux, et ça papote dans les coins, en grignotant des petits fours avec d'élégants froufrous et un caquetage d'oiseaux. E. et J. de Goncourt, Journal,1887, p. 680.
b) P. ext. Je partais, fouillant de l'œil coins et recoins (J. Vallès, Les Réfractaires,1865, p. 48).Les gens accourent de tous les coins et recoins du quartier (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 160).Marthe, (...) poussa Rose à porter chez un brocanteur du marché toutes les vieilleries inutiles jetées dans les coins (Zola, La Conquête de Plassans,1874, p. 1071).J'allai [le coffret de fer] l'enterrer dans un coin reculé de la forêt (Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 372):
15. À dix-sept ans, dans mon village des Cévennes, j'ai attrapé une pleurésie, en jouant sauvagement au rugby. Mais j'ai cogné plus fort que mes paysans, ça m'a fermé tout un coin de poumon, et tu vois, j'ai peu de souffle. Abellio, Heureux les pacifiques,1946p. 174.
P. métaph. Il va à leur [des pensées] recherche, fait des battues dans les coins ténébreux de sa conscience (Barrès, Mes cahiers,t. 12, 1919-20, p. 294).
c) Loc. pop.
Blague dans le coin. Blague laissée de côté (cf. blague2).
En boucher un coin (cf. boucher1).
3. P. ext. Place assignée à une personne. Tenir son coin.
Au fig. Tenir une place modeste, mais distinguée dans la bonne société :
16. Louis XIV le remit [Gourville] au pas; l'excellent esprit de Gourville qui, de tout temps, serait allé de pair avec les plus fins, devint digne d'une époque où les honnêtes gens avaient le dessus; il y tient son coin original et distingué. Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 5, 1851-62, p. 579.
Vx. [Au jeu de paume] Renvoyer les coups qui viennent du côté du joueur.
B.− Espace ouvert où habite l'homme ou qui est proche de son habitat.
1. Petite surface de l'espace qui entoure ou qui surplombe une habitation.
a) Cultiver un coin de jardin; apercevoir un coin de ciel. Le soir, une bêche à la main, j'ai sondé le coin où j'avais enfoui mon trésor (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 456).
b) Fam. Endroit (d'un jardin, d'un terrain exploité) qui convient particulièrement à certains animaux, à certaines plantes. Le coin à (ou des) fraises, à (ou des) violettes. Des propriétaires éclectiques organisent des battues de bécasses; on choisit à cet effet, au moment du passage en novembre, les enceintes connues comme coins à bécasses (F. Vidron, La Chasse en plaine et au bois,1945, p. 61).
2. Le coin. Portion de rue, quartier proche où se trouvent les commerces d'objets courants. L'épicier, le crémier du coin. Eugène irait au magasin du coin, puis lui rapporterait aussitôt la monnaie (G. Roy, Bonheur d'occasion,1945, p. 289).
Fam. Habiter dans le coin. On était venu le prévenir [Tranchard], un homme qui n'était pas du coin... (J. de La Varende, La Tourmente,1948, p. 117).
P. anal. Et tous les soirs, après la buvette en commun à la flaque du coin ou à la source du taillis (...) elles [les pies] répondaient à l'appel de l'ancêtre Margot, la vieille pie de la forêt (Pergaud, De Goupil à Margot,1910, p. 175).
Rem. On rencontre dans la docum. coinstot, subst. masc., arg. Coin, endroit. Je donnerai cher pour savoir ce que vous êtes venu faire dans le coinstot (Queneau, Zazie dans le métro, 1959, p. 106). Attesté également sous les formes coinsteau, coinsto et coinstôt.
Prononc. et Orth. : [kwε ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Homon. coing. Passy 1914 transcrit [kwε ̃] ou [kwɑ ̃] avec ouverture de la voyelle nasale. L'ouverture des voyelles nasales est une loi gén. (cf. G. Straka, La Prononc. parisienne ds B. de la Faculté des Lettres de Strasbourg, 1952, p. 4, 39 et 40). Mais pour le cas partic. de coin, G. Straka (Remarques sur les voyelles nasales, leur orig. et leur évolution en fr. ds R. Ling. rom., 1955, t. 19, p. 251) rappelle : ,,Au xives., lorsque la diphtongue orale oi prononcée [ɔe], ensuite [ɔ ε], commençait à s'ouvrir en [ɔa], [wa], oi devant nasale prononcé [ɔ ε ̃] ou [wε ̃] depuis le siècle précédent ne s'est pas ouvert en [wɑ ̃] : cuneu > coin [kwε ̃], pugnu > poin(g), longe > loin [lwε ̃], punctu > point. L'ouverture wε ̃ > wɑ ̃ a été empêchée par l'influence fermante de la consonne nasale subséquente qui existait toujours [kwε ̃n, pwε ̃n, jwε ̃ndʀ ̥]. Il est intéressant de noter que cette influence l'a même emporté sur deux tendances combinées qui agissaient toutes les deux en sens inverse : ouverture de wε en wa et ouverture générale et naturelle des voyelles nasales``. Sans doute peut-on considérer la prononc. [kwɑ ̃] comme régionale. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1160 « angle, point d'intersection » (Eneas, 419 ds T.-L.); 1671, 2 déc. coin du feu (Sévigné, Lettres, éd. Monmerqué, t. 2, p. 425 [1567 coin des tisons, J. A. de Baïf ds Gdf. Compl.]); 2. 1312 coing d'une ruelle (A.N. S 3, pièce 33, ibid.); 3. a) 1530 (Palsgr., p. 209 : coing doeyl); 1640 regarder du coin de l'œil « à la dérobée » (Oudin Curiositez); b) 1704 coins de la bouche (Trév.); 4. 1680 « pièce de métal garnissant les angles d'un livre » (Rich.). B. 1. a) Ca 1179 « pièce de fer ou de bois de section triangulaire servant à fendre le bois » (Renart, éd. M. Roques, 603); b) 1690 « instrument de forme angulaire pour serrer ou assujettir » (Fur.); 2. p. anal. fin xve-début xvies. « objet quelconque en forme de coin » (Les Moyens très utiles ... pour ... faire revenir le Bon Temps ds Anc. Poésies fr., éd. A. de Montaiglon, t. 4, p. 146 : un coing de beurre); 3. a) 1164-85 monnaie « cachet servant à frapper la monnaie » (G. d'Arras, Eracle, 4875 ds T.-.L.); b) 1690 (Fur. : On appelle aussi coin, le poinçon, la marque qu'on met sur la vaisselle d'argent ou d'étain). C. 1. 1549 « endroit, espace limité, en général retiré » (Est. : Se retirer en quelque coing); d'où fig. 1814 (Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 5, p. 233 : il y a toujours un petit coin de bêtise dans un homme d'esprit); 1831 en parlant d'un article de journal (Musset, « Le Temps », p. 52 : voyez-vous la radieuse contenance de ce vaudevilliste qui découvre dans un coin du « Temps » que Scribe a été sifflé l'autre soir au gymnase?); 2. pop. 1888 en boucher un coin à qqn (L. Rigaud, Dict. d'arg. mod., p. 399). Du lat. class. cuneus « coin à fendre ou à caler » et p. ext. désignant tout objet ayant cette forme, spéc. en lat. médiév. « morceau d'acier gravé en creux dont on se sert pour graver la monnaie » (1099 ds Nierm.).
STAT. − Coin1 et 2. Fréq. abs. littér. : 10 244. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 8 257, b) 22 124; xxes. : a) 19 493, b) 12 941.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, passim.Goug. Lang. pop. 1929, p. 45, 197. − Rog. 1965, p. 89. − Schuchardt (H.). Ecke, Winkel. Z. rom. Philol. 1921, t. 41, pp. 254-258.

Wiktionnaire

Nom commun

coin \kwɛ̃\ masculin

  1. Pièce de fer ou de bois ou de toute autre matière dure, de forme prismatique, dont on se sert principalement pour fendre du bois, des pierres, en la faisant entrer de force avec un maillet ou un marteau.
    • Au milieu de la nuit, soudain, je m’éveillais, la poitrine ravagée par une toux violente qui déchirait ma gorge et ma trachée, semblant s’enfoncer de plus en plus profondément en moi, comme un coin ou une cognée. — (Michel Leiris, L’âge d’homme, 1939, collection Folio, page 64.)
    • Faire entrer le coin, les coins dans une pièce de bois pour la fendre.
  2. (Par analogie) Pièce de bois, de métal ou de plastique pour serrer ou pour assujettir certaines choses.
    • On coinse aussi de la même manière, avec des coins de proportion, les mâts de hune & de perroquets dans leurs chouquets. — (Encyclopédie méthodique : ou par ordre de matières, V.1, 1783, p. 353)
    • C'est entre les biseaux et les barres du châssis que se mettent encore d'autres pièces de bois beaucoup plus courtes, taillées aussi en biseau, nommées les coins, qu'il chasse à coups de marteau, à l'aide d'un cognoir ou décognoir , qui est un véritable coin de bois. — (« Imprimerie (L'art de l’) », dans le Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers, tome 2, nouvelle édition, Lyon : chez Amable Leroy, 1801, p. 497)
  3. Poinçon qui sert à marquer de la vaisselle, des bijoux d’or et d’argent.
    • De la vaisselle marquée au coin de Paris.
    1. (Numismatique) Morceau d’acier gravé en creux dont on se sert pour frapper de la monnaie, des médailles. → voir fleur de coin.
      • L’homme est un balancier qui frappe une monnaie à son coin. — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
      • Cette médaille est à fleur de coin : Elle est parfaitement conservée.
    2. (Figuré) Marque.
      • Cet ouvrage est frappé au coin du génie.
      • [...] pas de recette miracle en contrepoint, mais une analyse frappée au coin du bon sens qui dézingue méthodiquement la plus grande supercherie du siècle — (Marine de Tilly, Bonheur et boniments, Le Point n° 2350, 21 septembre 2017)
  4. Endroit, lieu où se trouve un angle saillant ou rentrant.
    • Sur la gauche est l'auberge du Veau qui tette, renommée pour ses pieds de mouton à la poulette, et que les gastronomes ne confondent point avec celle du coin de la rue Saint-Denis, à l'enseigne du Veau qui mange. — (Place du Grand Châtelet à Paris, dans Nouveau voyage pittoresque de la France, Paris : Ostervald l'aîné, 1817, vol.1 (note de bas de page , non paginé))
    • […] car il est une règle que les hiverneurs ne doivent point oublier : « faire la guerre aux coins ! » En effet, les coins, les angles, sont autant de réceptacles à glaces ; les cloisons empêchent la ventilation de s’opérer convenablement, et l’humidité, bientôt transformée en neige, rend les chambres inhabitables, malsaines, […] — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • J’avançai en rampant comme je pouvais vers un coin pour y appuyer mon dos et soulager mes épaules tordues par des crampes. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
  5. (Par extension) Endroit qui n’est pas exposé à la vue.
    • […] et l’on court se mettre en pantoufles et en robe de chambre pour popoter avec lui au coin du feu. — (Octave Uzanne, Les Zigzags d’un curieux, Maison Quantin, 1888, p. 218)
    • La Moussotte allait de temps à autre jusqu’au seuil de la porte, interrogeant le coin du bois d’où la route s’échappait de la forêt, la main en abat-jour sur les yeux […] — (Louis Pergaud, Le Retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Longtemps, Bert resta assis, seul dans un coin de la cabine de Kurt, ne bougeant pas, ne s’aventurant même pas à ouvrir la porte […] — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 173 de l’éd. de 1921)
    • Dans un coin, le sosie de Rossi di Palma écoute d’un air pénétré un type tout en lézard. — (Luc Arbona, Escualita : Trans Paris Express, Les Inrockuptibles, 26 novembre 2014)
  6. (Par extension) Endroit retiré et peu fréquenté.
    • Pendant ce temps nous bavardions avec les Norvégiens, et même dans ce coin perdu du monde, les potins marchaient grand train. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • On ne fait plus d’enfants, chez nous, sauf dans les coins pouilleux, dans les milieux de misère, certains samedi de paye, après stations devant les comptoirs des bistrots. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 75)
    • Ce coin de campagne agricole était tombé au pouvoir d’une bande de malandrins que commandait un certain Bill Gore […] — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 428 de l’éd. de 1921)
    • Le capitaine annonça solennellement à Sarah qu'il lui enverrait sous peu le lieutenant Adam Ovambo, l'un de ses meilleurs éléments, un ancien de la criminelle du Cap, chargé depuis peu de ce coin perdu et brousseux d'Afrique du Sud. — (Jérôme Pierrat & ‎Emmanuel Pierrat, Qui a tué Mathusalem?, Éditions Denoël, 2012, chap. 2)
  7. (Par ellipse) (Par métonymie) Quartier.
    • L’épicier du coin.
  8. (Par ellipse) (Par métonymie) Partie.
    • Départ à neuf heures, par un temps toujours indécis. Mais les nuages montent et se déchirent par places, laissant voir quelques coins de ciel bleu. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 139)
  9. Extrémité.
    • Les coins de la bouche.
    • Le coin de l’œil.
  10. Parement décoratif, souvent brodé, sur les côtés d'un bas, généralement dans la partie inférieure.
    • Un instant après, nous déroulions des bas de soie rose tendre à coins verts... — (Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Sylvie, 1854)
  11. Morceau, portion de quelque chose.
    • Un petit coin de terre.
  12. (Reliure) Pièces de parchemin, de cuir ou de métal dont on garnit les angles d’un livre, d’un registre.
  13. (Militaire) (Vieilli) Troupe d’infanterie formant un bataillon triangulaire dont une pointe était tournée vers l’ennemi.
  14. (Hippologie) Incisives qui sont le plus près des crocs, de chaque côté de la bouche du cheval.
    • Il y a lieu de remarquer que la béguité des coins est très prononcée, et extrêmement commune; le plus souvent ces dents n'ont pas encore rasé à 10, 11 ans et même plus tard. — (Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie, vol. 67, A. Rey, 1921, p. 745)
  15. (Jeu d’échecs) Une des quatre case du coin de l'échiquier (a8, a1, h1 ou h8).
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COIN. n. m.
Endroit où se fait la rencontre de deux surfaces, soit en dedans, soit en dehors. Coin saillant, coin rentrant. Coin sombre, obscur. Le coin d'une rue. Le coin d'une maison, d'une chambre, d'un jardin. Le coin d'une cheminée. Le coin d'un champ. Le coin d'un bois. Serrer quelque chose dans un coin. Les coins d'un mouchoir, d'une nappe, etc. Il se dit quelquefois absolument et familièrement pour le Coin de la rue où l'on se trouve, où l'on habite. Le marchand de vin du coin. Les coins de la bouche, Les extrémités de la bouche. On dit de même Le coin de l'œil. Regarder du coin de l'œil, Regarder à la dérobée et sans faire semblant de rien. On dit aussi Faire signe du coin de l'œil. Fig., Les quatre coins de la Terre, les quatre coins du monde, les quatre coins de la France, les quatre coins de la ville, etc., Les extrémités de la terre, de la France, de la ville, etc., les plus éloignées entre elles. Les quatre coins, Jeu dans lequel quatre personnes vont d'un coin à un autre d'un espace carré, tandis qu'une cinquième, placée au milieu, tâche de s'emparer de l'un des coins lorsqu'il reste vide. Jouer aux quatre coins. Fig., Mourir au coin d'un bois, d'une haie, Mourir sans secours et sans assistance. Prov., Cet homme a la mine de demander l'aumône au coin d'un bois, se dit de Quelqu'un qui a l'aspect d'un bandit. Le coin du feu, Un des deux côtés de la cheminée où l'on s'assied ordinairement pour se chauffer. Fig. et fam., Ne bouger du coin du feu, du coin de son feu, Garder presque toujours la maison. N'aimer que le coin de son feu, Aimer la vie retirée. Fig. et fam., Cela ne se dit, ne se fait qu'au coin du feu, Ce sont de ces choses qu'il ne faut dire, qu'il ne faut faire qu'en famille, qu'entre amis. Il se dit aussi, en termes de Menuiserie, de Certains meubles en forme de petites armoires qui se placent dans les angles des appartements. Meuble de coin. Étagère de coin. Il se prend quelquefois pour une Petite partie ou portion d'une maison ou d'un appartement ou aussi d'un champ, d'un domaine. Donnez-moi quelque coin où je puisse me retirer. Il est logé dans un petit coin. Un petit coin de terre. Il se dit aussi d'un Endroit qui n'est pas exposé à la vue. Jetez cela dans un coin. Je les aperçus qui riaient dans un coin. Il s'en alla se cacher dans un coin. On chercha par tous les coins du logis. Il se dit, par extension, d'un Endroit quelconque, mais plus ordinairement d'un Lieu retiré et peu fréquenté. Dans tous les coins du monde. Il s'est logé dans un coin du faubourg. Il vit tranquille dans un coin de sa province. Quel coin de la terre n'a-t-il pas visité? Il se dit, en termes d'Arts, d'une Pièce de fer ou de bois ou de toute autre matière dure, de forme prismatique triangulaire, dont on se sert principalement pour fendre du bois, des pierres, en la faisant entrer de force avec un maillet ou un marteau. Coins de fer. Coins de bois. Mettre, piquer, planter le coin. Faire entrer le coin, les coins dans une pièce de bois pour la fendre. On se sert de coins pour serrer, pour assujettir certaines choses. En termes de Monnayage, il se dit d'un Morceau d'acier gravé en creux dont on se sert pour frapper de la monnaie, des médailles. Cette monnaie est à tel coin, marquée au coin de... Cette médaille est à fleur de coin, Elle est parfaitement conservée. Fig., Cela est frappé, est marqué à tel coin, Cela porte tel cachet, on y reconnaît tel caractère. Cet ouvrage est frappé au coin du génie. Cette chose est marquée au bon coin, Elle est une des meilleures dans son genre. Il se dit aussi du Poinçon qui sert à marquer de la vaisselle, des bijoux d'or et d'argent. De la vaisselle marquée au coin de Paris. En termes de Reliure, il se dit des Pièces de parchemin, de cuir ou de métal dont on garnit les angles d'un livre, d'un registre. Il se disait, chez les Anciens, d'une Troupe d'infanterie formant un bataillon triangulaire dont une pointe était tournée vers l'ennemi. En termes d'Art vétérinaire, il désigne Celles des dents incisives qui sont le plus près des crocs, de chaque côté de la bouche du cheval. Il y a deux coins à chaque mâchoire.

Littré (1872-1877)

COIN (koin) s. m.
  • 1Instrument de fer, taillé en angle solide, et dont on se sert pour fendre du bois.

    Coins de mire, morceaux de bois qui servent à hausser ou à baisser un canon, un mortier, suivant la distance du but à atteindre.

    Faire coin de même bois, se servir, pour mettre une chose en œuvre, d'une partie de cette même chose, et aussi user de ce qu'on tire d'une personne pour agir contre elle.

    En mécanique, angle solide représentant deux plans inclinés adaptés par leur base, et servant à divers usages ; c'est une des machines simples étudiées en statique.

    Un coin de beurre, pièce de beurre à peu près en forme de coin qu'on vend à la halle.

    Petit ornement autour des bouquets qui sont sur le dos des livres reliés. Petit fer qui sert à faire ces ornements.

    La partie d'un bas dessinée en forme de coin, et dont la base correspond à la cheville du pied.

    Autrefois, pièce de bas de chausse qui est en pointe et qui, prenant depuis la cheville du pied, s'étend jusque sous la plante.

    Morceau de drap qui couvre l'espace compris entre les barrures d'une balle de paume.

    Terme de cordonnier. Petit morceau de bois pour hausser le cou-de-pied des souliers, lorsqu'ils sont sur la forme.

    Terme d'antiquité. Formation d'une troupe en un bataillon triangulaire dont une pointe était tournée vers l'ennemi.

  • 2 Terme de monnaie. Morceau de fer trempé et gravé, qui sert à marquer les monnaies et les médailles.

    Monnaie, médaille à fleur de coin, celle que le frottement n'a pas encore usée et telle qu'elle est sortie de dessous le coin.

    Anciennement, avoir coin, avoir droit de battre monnaie.

    Fig. Cela est frappé, marqué à tel coin, on y reconnaît tel caractère, tel cachet. Des vers marqués au coin de l'immortalité, Boileau, Ép. X. Toi qui sais à quel coin se marquent les bons vers, Boileau, Sat. II. Il ne s'y voit rien qui ne soit marqué au coin de l'ouvrier, La Bruyère, XVI. Les riches étant, pour ainsi dire, marqués au coin du monde, Bossuet, Serm. Sept. C'est presque le seul ouvrage marqué au bon coin, depuis trente ans, Voltaire, Lettr. Cideville, 4 février 1765.

    Poinçon pour marquer la vaisselle plate, les bijoux.

    Marque, empreinte. Ce petit Feuquières a un coin d'Arnaud dans la tête qui le fait mieux écrire que les autres, Sévigné, 204. J'ai un coin de folie qui n'est pas encore bien mort, Sévigné, 423. Je ne saurais croire que, quelque coin d'anachorète que vous ayez, ces honneurs et ces respects sincères puissent vous déplaire, Sévigné, 558.

  • 3Angle rentrant ou saillant formé par la rencontre de deux ou de trois lignes, de deux ou de trois surfaces, ainsi dit par comparaison avec le coin de fer ou de bois. Le coin d'une maison. Dieu doit faire de cette pierre le chef du coin, Pascal, Proph. 21.

    Les quatre coins d'une chambre, les quatre angles que forment les quatre parois d'une pièce faite en carré ou en carré long. Les quatre coins d'une étoffe, les points où les bords se joignent. Des officiers portaient les quatre coins du poêle en cette pompe funèbre.

    Les quatre coins et le milieu d'un bois, d'une ville, etc. tout l'espace embrassé par un bois, par une ville. Je l'ai cherché dans les quatre coins et le milieu du quartier.

    Les quatre coins du monde, l'espace entier du monde. Les quatre coins de Paris. Il a parcouru les quatre coins de la ville, sans pouvoir découvrir son logement. Ne dirait-on pas que le feu est aux quatre coins de l'univers ? Diderot, Nouv. pensées philosophiques, 57. Les orages sont venus des quatre coins du monde, et ont fondu sur ma petite barque que j'ai bien de la peine à sauver, Voltaire, Lett. Damilaville, 31 déc. 1764. M. Cromelin est un peu ardent ; on aurait dit que le feu était aux quatre coins de Genève, Voltaire, Lett. d'Argental, 4 février 1766.

    Jeu des quatre coins, jeu dans lequel quatre personnes occupent les quatre angles d'un carré ; et une cinquième personne placée au centre du carré tâche de saisir une de ces places à la course, aussitôt que le tenant l'abandonne pour en changer avec un autre. L'amour, l'hymen, l'intérêt, la folie, Aux quatre coins se disputent nos jours, Béranger, Coin de l'am. Où l'ambition règne, La gaieté perd son coin, Béranger, Ménétrier de Meudon.

    Le coin de la rue, l'endroit où deux rues se coupent. Envoyez des soldats à chaque coin des rues, Corneille, Héracl. III, 4.

    Le marchand du coin, le marchand logé au coin d'une rue voisine ; et, figurément, le coin, le voisinage. Le géomètre dit qu'il en fallait parler au théologien du coin, Voltaire, l'Homme aux 40 écus, Mariage. Il y a dans tous les coins des gens qui ont des remèdes infaillibles contre toutes les maladies imaginables, Montesquieu, Lett. pers. 58.

    Le coin d'un bois, l'endroit où une route coupe un bois. Il a été assassiné au coin d'un bois. La naïve bergère, assise au coin d'un bois, Chante et roule un fuseau qui tourne sous ses doigts, Saint-Lambert, Saisons, printemps.

    Mourir au coin d'un bois, d'une haie, mourir loin de toute assistance.

    Cet homme a la mine de demander l'aumône au coin d'un bois, se dit d'un homme de mauvaise mine, de mine menaçante, qui demande l'aumône.

    Fig. Il n'est coin et recoin que je n'aie tenté, Régnier, Sat. XI. La sagesse vous éclairera par quelque coin inespéré, Bossuet, Lettr. Corn. 92.

    Petit meuble en forme d'armoire que l'on place dans les coins d'une chambre.

    En termes de manége, coin se dit des quatre angles de la volte, lorsque le cheval travaille en carré. Entrer dans les coins, pénétrer, autant qu'il est possible, dans les angles du manége. Travailler sur les coins ou faire les quatre coins, diviser la volte en quatre quarts.

    Terme du jeu de trictrac, grand coin, coin de repos, ou, simplement, coin, la dernière case de chaque pan, de chaque partie de la boîte. Coin bourgeois, la dernière case du petit jan, et la première du grand.

    Au jeu de paume, on dit qu'un homme tient bien son coin quand il sait bien soutenir et renvoyer les coups qui viennent de son côté.

    Fig. Tenir son coin, tenir une place honorable dans un cercle ; prendre part avec avantage à une discussion, etc. Mme de Coulanges tenait son coin, Sévigné, 489. Il peut tenir son coin parmi les beaux esprits, Molière, Femmes sav. III, 5. Le baron de Beauvais avait tenu son coin, mêlé avec l'élite de la cour, Saint-Simon, 14, 159. Le chevalier de Lorraine, du temps des Guises, eût tenu un grand coin parmi eux, Saint-Simon, 96, 14.

  • 4Le coin du feu, les côtés de la cheminée où l'on s'assied pour se chauffer. Je me suis livré dans cette lettre au plaisir de causer avec vous, comme si j'étais au coin de votre feu, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 20 nov. 1765.

    Ne bouger du coin du feu, être très sédentaire, mener une vie retirée. C'était un temps à garder le coin du feu, Sévigné, 610.

    N'aimer que le coin de son feu, aimer la vie retirée.

    Cela ne se dit, ne se fait qu'au coin du feu, en famille, entre amis, chez soi. Au théâtre, il faut parler au cœur plus qu'à l'esprit ; Tacite est fort bon au coin du feu, mais ne serait guère à sa place sur la scène, Voltaire, Lettr. Chauvelin, 9 oct. 1764.

    Fig. Allez lui dire cela au coin de son feu, ou allez lui dire cela et vous chauffer au coin de son feu, c'est-à-dire vous ne seriez pas bienvenu à lui parler ainsi dans un endroit où il serait le maître.

  • 5Le coin de la bouche, l'angle formé, de chaque côté, par la rencontre des lèvres.

    Le coin de l'œil, l'angle formé, de chaque côté, par la rencontre des paupières. Regarder du coin de l'œil, regarder à la dérobée, sans faire semblant de rien. Elle regarde les rochers du coin de l'œil, mourant d'envie d'aller s'y reposer, Sévigné, 550. Messire Jean… La regardait toujours du coin de l'œil, La Fontaine, Jum.

    Les coins, faux cheveux que l'on ajoute sur les côtés de la tête.

    Terme de vétérinaire. Dents incisives du cheval, les plus voisines des crochets et les plus courtes ; elles sont au nombre de quatre, deux à chaque mâchoire.

    En termes de fauconnerie, les coins, les plumes qui forment les deux côtés de la queue de l'animal.

  • 6Endroit retiré, peu fréquenté. Il vit tranquille dans un coin de sa province. Va, furie exécrable ; en quelque coin de terre Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre, Corneille, Médée, V, 8. Ah ! ne languissons plus dans un coin du Bosphore, Racine, Mithr. I, 3. Qu'heureux est le mortel qui, du monde ignoré, Vit content de soi-même en un coin retiré ! Boileau, Ép. VI. Je voudrais être caché dans un coin de Toulouse, le jour que l'innocence de Sirven sera reconnue, Voltaire, Lettr. Audra, 5 mai 1769.

    Petit espace de terrain. Ce coin de terre suffit à ses besoins. Supplier le roi de daigner mettre la paix une seconde fois dans ce petit coin de terre [Genève] dont il a déjà été le bienfaiteur, Voltaire, Lett. Richelieu, 13 mars 1765. Je ne suis qu'un laboureur malade qui défriche des champs incultes et qui marie des filles dans un coin de terre ignoré, Voltaire, ib. 23 août 1765.

    Endroit peu exposé à la vue. Jetez cela dans un coin. Dans un coin du jardin, sous un épais nuage, Je l'enveloppe encor d'un sommeil assez doux, Corneille, Toison d'or, V, 6. … Cachée en un coin de ce vaste édifice, Racine, Ath. V, 1. Tandis que dans un coin en grondant je m'essuie, Souvent, pour m'achever, il survient une pluie, Boileau, Sat. VI.

HISTORIQUE

XIIIe s. Ne coingnet [petit coin] nul à reverchier [fouiller], Que li gorpiz [renard] n'i fust cachiez, Ren. 22056. Deus coins de chiesne toz entiers Y avoit mis li forestiers, ib. 10283. Il lor donne formes veroies En coinz de diverses monoies, la Rose, 16218. Et il et les autres seignors et roys dou roiaume, qui après lui furent, donnerent à aucuns haus homes el dit roiaume, baronies, seignories, cours et coins et justise, Ass. de Jér. I, 24.

XIVe s. Si come qui disposeroit quatre choses en une figure quarrée là où il aroit quatre cuignes ou angles, Oresme, Eth. 150. Si trouva un grant arbre abatu que l'en avoit voulu fendre à coings, Oresme, ib. 44.

XVe s. Pipeur ou hezardeur de dés, Tailleur de faulx coings, tu te brusles Comme ceux qui sont eschaudez, Villon, Ball. de bonne doctrine.

XVIe s. Les monnoies forgées de coins bien differents, Calvin, Instit. 109. Nous commencerons par la partie qui fait le coin devers la mer athlantique d'un costé, de l'autre vers le destroit, D'Aubigné, Hist. I, 34. Faisans un coin de leur bataillon de lansquenets, D'Aubigné, ib. I, 323. Les coins ou angles de l'œil, Paré. Enter en coin, De Serres. Par le feu et violence de coings, nous ramenons un bois tortu à sa droicture, Montaigne, IV, 204. Le tyran asservit les subjects les uns par le moyen des aultres, et est gardé par ceulx des quels, s'ils valoient rien, il se debvroit garder ; mais, comme on dict, pour fendre le bois, il se fait des coings du bois mesme, La Boétie, Servit. volont. dans MONT. Essais, t. IV, p. 379. À dur neud, mauvais coing, Cotgrave Fol est qui de son poing fait coing, Cotgrave Meschante [pauvre] vie quiert le coing, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

COIN. Ajoutez :
7Coin de feu, sorte de vêtement. 1500 vestons dits coins de feu, molleton couleur, bordures de toutes nuances, à 5 fr. 50, Prospectus, 23 déc. 1875.
8Coin du feu, petit siége pour s'asseoir auprès du feu.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

COIN, s. m. (Méchan.) est la derniere des cinq puissances ou machines simples. Voyez Puissances méchaniques. La forme du coin est celle d’un prisme triangulaire ; on en voit la forme dans la fig. 53. de la Mec. L’angle que forment en D la face AG du coin & celle qui lui est opposée, s’appelle la pointe ou le tranchant du coin : le plan C s’appelle la base ou la tête, & la hauteur, qu’on appelle aussi axe du coin, est la distance de l’angle D au plan C ; BD est la longueur.

Les anciens auteurs sont partagés sur le principe de la force du coin. Aristote le regarde comme deux leviers de la premiere espece, inclinés l’un à l’autre & agissant dans des directions opposées.

Guido-Ubaldus, Mersenne, &c. veulent que ce soit un levier de la seconde espece : mais d’autres prétendent que le coin ne sauroit en aucune maniere se réduire au levier : d’autres rapportent l’action du coin au plan incliné, & il y a des auteurs qui n’attribuent presqu’aucune force au coin, & croient qu’il n’agit guere que proportionnellement à la force appliquée sur le maillet qui le pousse. On verra par les propositions suivantes, que ces derniers auteurs se trompent ; & à l’égard de l’analogie prétendue du coin avec le plan incliné, ou le levier, ou la vis, &c. cette analogie n’est capable que d’induire en erreur sur ses propriétés ; & la meilleure maniere d’en déterminer les effets, est de les examiner d’une maniere directe sans rapporter le coin à aucune des autres machines simples.

La théorie du coin est contenue dans cette proposition : « la puissance appliquée au coin dans la direction CD (Planche de la Méchanique, fig. 53.) perpendiculaire à AB, doit être à la résistance dans la raison de AB à BD afin qu’il y ait équilibre : ou bien encore ; si la force appliquée sur la tête du coin est à la résistance à surmonter comme l’épaisseur du coin est à sa longueur, la force sera égale à la résistance & la vaincra pour peu qu’on l’augmente ». Cela est très-aisé à prouver par le raisonnement suivant ; imaginons la force suivant CD décomposée en deux autres perpendiculaires aux côtés DA, DB du coin, & qui doivent être égalés à la résistance du bois, puisque c’est par ces deux forces que la puissance qui agit suivant CD tend à écarter les côtés du bois. Or formant un parallelogramme sur ces trois forces, on verra qu’il est divisé par la ligne CD en deux triangles isoceles semblables à BAD ; d’où il s’ensuit que la diagonale de ce parallelogramme qui représente la force suivant CD, sera au côté du même parallelogramme qui représente la force perpendiculaire à BD ou la résistance comme AB est à BD.

Donc la force sera plus petite ou plus grande, ou égale à la résistance, selon que AB sera plus petite ou égale, ou plus grande que AB.

Au reste nous supposons ici que les côtés BD, AD du coin s’appliquent exactement aux côtés de la fente ; s’ils ne s’y appliquoient pas, il faudroit décomposer la force suivant CD en deux autres perpendiculaires aux côtés de la fente, & le rapport de la diagonale aux côtés indiqueroit le rapport de la force suivant CD à la résistance, Voyez la Méchanique de Varignon.

On rapporte au coin tous les instrumens à pointe & à tranchant, comme couteaux, haches, épées, poinçons, &c. En effet, tous ces instrumens ont au moins deux surfaces inclinées l’une à l’autre, & qui forment toûjours un angle plus ou moins aigu entr’elles. De plus, comme c’est l’angle qui est la partie essentielle du coin, il n’est pas nécessaire qu’il soit formé par le concours de deux plans seuls. Les clous qui ont quatre faces qui aboutissent à une même pointe, les épingles, les aiguilles, dont la surface peut être regardée comme un assemblage de plans infiniment petits qui se réunissent à un angle commun, font aussi l’office de coins & doivent être considérés comme tels. Enfin, parmi ces sortes d’instrumens qui agissent comme des coins, il y en a aussi qui agissent comme des leviers. Tels sont les couteaux, qui sont à la fois des coins & des leviers de la premiere espece, dont le point d’appui est entre la résistance & la puissance. Noll. lect. phys. (O)

Coin (le), la tête de porc ou l’embolon ; c’étoit selon M. le chevalier de Folard une certaine disposition de troupes, dont les anciens se servoient dans les armées. Quelques auteurs prétendent que l’embolon étoit un arrangement différent du coin, cuneus, ou de la tête de porc, caput porcinum : mais M. de Folard, comme le dit un journaliste, démontre que personne de ceux qui ont parlé de l’embolon, du cuneus & de la tête de porc, n’a su ce que c’étoit ; & il fait voir assez probablement que ces diverses ordonnances dont on a dit tant de merveilles, n’étoient autres que la colonne. Biblioth. raison, tom. IV. Voyez Colonne.

Vegece définit le coin une certaine disposition de soldats qui se terminoit en pointe par le front, & qui s’élargissoit à la base ou à la queue. Son usage étoit, dit cet auteur, de rompre la ligne des ennemis, en faisant qu’un grand nombre d’hommes lançassent leurs traits vers un même endroit. Il dit aussi que les soldats appelloient cette disposition de troupes tête de porc, caput porcinum. Suivant cette définition le coin n’étoit qu’un triangle, mais M. de Folard prétend qu’il n’en avoit pas la figure, & qu’on donnoit ce nom à un corps de troupes de beaucoup de profondeur & de peu de front, c’est-à-dire à des troupes rangées en colonne. Il prouve aussi que chez les anciens le terme de cuneus ne signifie pas toûjours une figure triangulaire, mais une cohorte, cohors. V. Cohorte.

« Tacite, Mœurs des Germ. dit que les Allemands s’arrangent en forme de coin : mais on voit bien que par ce terme (dit M. de Folard) il entend une cohorte, parce qu’il l’oppose à turma, c’est-à-dire à l’escadron. J’ai remarqué, continue le commentateur de Polybe, que les Grecs qui ont écrit des guerres des Romains, se sont servis du terme d’embolon lorsque les Latins ont employé celui de cohors dans le détail des mêmes opérations. Tite Live, qui a copié Polybe presque par-tout, a pris souvent l’embolon pour un triangle, lorsque par ce mot l’historien Grec entendoit une cohorte ».

Elien, dans son livre de la discipline militaire des Grecs, prétend, ainsi que Vegece, que le coin étoit un triangle ; M. de Folard infirme son témoignage de cette maniere : « Si Frontin, dit cet auteur, qui étoit un savant homme de guerre, me disoit que le coin étoit un triangle, je le croirois plûtôt qu’Elien, Vegece & tant d’autres. Il ne faut pas douter que le terme de cuneus n’ait trompé ces auteurs. Elien ne dit-il pas qu’Epaminondas avoit combattu en ordre triangulaire à Leuctres ; ce qui est manifestement faux. Je parierois qu’Elien n’avoit jamais servi ; & s’il étoit vrai qu’il eût fait la guerre, il en raisonnoit très-mal.

« Je ne laisserai pas, dit M. de Folard, la tête de porc, que je ne la voie coupée & séparée de son corps. Ammien Marcellin, qui est bien de ce tems-là, & qui en parle, me fournira le couteau. Bien loin de dire que ce fût un triangle, il fait voir au contraire que c’est un corps sur beaucoup de hauteur & peu de front. Dans la guerre de l’empereur Constantius contre les Limigantes, qui étoient une race d’anciens esclaves, qui avoient chassé leurs maîtres (les Sarmates) de leur pays ; ces esclaves ayant été attaqués & enveloppés par l’armée Romaine, se serrerent en un gros bataillon, s’ouvrirent un passage à travers les légions, & pénétrerent jusqu’à l’endroit où étoit l’empereur, tant le choc de cette masse d’infanterie, unie & serrée, étoit redoutable. Les soldats, dit Ammien, appellent cela faire la tête de porc. Ce n’est donc pas un triangle, mais un corps rangé sur une extrême profondeur & peu de front ». Traité de la colonne par M. le chevalier de Folard. (Q)

Coin de mire, est, en terme d’Artillerie, un coin dont on se sert pour élever la culasse du canon & pour le pointer. Voyez de ces coins, Planche VI. de l’art militaire, fig. 6. (Q)

Coin, (Architecture.) est une espece de de coupé diagonalement suivant le rempant d’un escalier, qui sert à porter par en-bas des colonnes de niveau, & à racheter par en-haut la pente de l’entablement qui soûtient un berceau rempant, comme à l’escalier pontifical du Vatican.

Ces coins font aussi le même effet aux balustres ronds qui ne sont point inclinés suivant une rempe, comme à l’escalier du Palais royal.

On peut aussi donner ce nom aux deux portions d’un tympan renforcé, qui portent les corniches rempantes d’un fronton, comme on en voit au fronton cintré du portail de S. Gervais à Paris. (P)

Coins, en terme de Diamantaire, ce sont des faces angulaires qui séparent les biseaux, & font du brillant quarré par ses quatre biseaux, un quarré arrondi. Voyez Biseau & Brillant.

Coin, en terme de Boutonnier, c’est l’endroit par où l’on commence un bouton aux pointes ; & comme il y a quatre pointes, il est clair qu’il doit y avoir quatre coins dans un bouton. Les premiers tours de ces points ne sont pas ondés. Voyez Ondes. Dans un bouton de trait ou glacé, ils sont toûjours de file, & sont comme autant d’attaches pour coudre le bouton sans l’endommager.

Coin, (Fauconnerie.) se dit des plumes qui forment les côtés de la queue de l’oiseau ; il y a les deux premieres, les deux secondes, &c. de chaque coin ; cette dénomination ne cesse qu’aux deux du milieu qu’on appelle les couvertes.

Coin ou Couteau de bois, (Jardinage.) cet instrument sert à détaler le peuple au pié des fleurs qui en ont trop, & dans la greffe à ouvrir la fente que le coûteau n’a fait que commencer.

Coins : on nomme ainsi, dans l’Imprimerie, nombre de petites pieces de bois de chêne, taillées de sept à huit lignes d’épaisseur, de façon que l’un des bouts soit plus large que l’autre de quelques lignes. Ces coins sont de grandeur différente, & servent, avec le secours d’un marteau, à serrer la forme dans le chassis, de façon qu’on peut la lever de dessus le marbre, la descendre, la transporter ou la laisser sur champ, mais adossée à quelque chose de stable.

Coin, (Lutherie.) on appelle ainsi, dans la facture des orgues, un petit morceau de bois de forme conique, tronqué & coupé en deux par un plan qui passe par l’axe, dont on se sert pour boucher le trou que l’anche & la languette des jeux d’anches laissent dans la noix. Voyez D, fig. 53. Planche d’orgue. Ce coin doit entrer dans la noix A, après que l’anche C & sa languette B y sont placées. La face plate du coin tournée vers la languette, on le chasse à force pour qu’il affermisse l’anche & sa languette dans la noix, & qu’il acheve de boucher entierement son ouverture. Voyez Trompette.

Coins, (Maréchallerie.) se dit des quatre dents du cheval, situées entre les mitoyennes & les crocs, deux dessus & deux dessous, qui poussent lorsque le cheval a quatre ans & demi. Voyez Croc.

Coins, se dit aussi des quatre angles, extrémités ou lignes de la volte, lorsque le cheval travaille en quarré. Ce cheval a fait les quatre coins, a travaillé sur les quatre coins. Voyez Travailler, Volte.

Entrer dans les coins, terme de Manége, Voyez Entrer dans les coins.

Coins de chantier, (Marine.) ce sont des coins que l’on met entre les tins & la quille, lorsqu’on la pose sur le chantier : quand on veut lancer le vaisseau à l’eau, on chasse ces coins à coups de bélier ; on les met ordinairement à 5 ou 6 piés de distance les uns des autres. (Z)

Coins d’arimage, (Marine.) ce sont ceux qu’on met entre les futailles en les arrimant, afin de les empêcher de rouler. (Z)

Coins de mât, (Marine.) ce sont de certains coins de bois qu’on fait de bouts de jumelles ; ils tiennent de leur rondeur & de leur concavité, & servent à resserrer le mât lorsqu’il est trop au large dans l’étambraie du pont : ces coins sont traversés de chevilles de fer. (Z)

Coin, (à la Monnoie.) Les coins s’appellent aujourd’hui matrices ou quarrés. Voyez Matrice. On se servoit de ce terme dans l’ancien monnoyage.

Coins de cheveux, terme de Perruquier ; ce sont des tresses de faux cheveux, dont les hommes se servent pour augmenter l’épaisseur & la longueur de leurs cheveux naturels, en les ajustant au-dessus des oreilles au moyen d’un fil.

Coins, (Relieur.) outils de Relieurs-Doreurs, ornemens de livres ; les outils fondus sont de cuivre & figurés en triangle ; la queue en est un peu longue, afin de servir à des volumes de différentes grosseurs ; on en a deux, l’un grand & l’autre petit : on pousse les coins à quatre fois, sur le dos des livres, dans les entre-nerfs, pour garnir les côtés des bouquets. V. Dorer. V. Pl. II. de Relieure, fig. m.

Coins, termes de Riviere. Voyez Voussoirs.

* Coins, (Tablett.) se dit d’especes de petites armoires ou tablettes qui se placent dans les angles des appartemens. Ceux qui se suspendent en tablettes, sont d’une menuiserie ou d’un bois de marqueterie leger ; l’angle que forment les côtés est égal à celui que forment les murs ; la face antérieure en est cintrée ; la partie inférieure se ferme à porte & à serrure ; la supérieure est ouverte & sert à placer des morceaux de porcelaine. Ceux qui se placent à terre & sont à pié comme les commodes, sont assez souvent couverts de marbre & décorés d’ornemens en cuivre doré ; la partie antérieure en est aussi cintrée ; elle est divisée en deux ou trois parties, fermée à l’extérieur par autant de serrures & de portes. Ces meubles sont de nouvelle invention.

Coin, au trictrac ; qui dit simplement le coin, entend le coin de repos, ainsi nommé parce que le joüeur est moins exposé quand il s’est emparé de ce coin ; c’est toûjours la onzieme case, non compris celle du tas des dames.

Une des regles les plus sûres, c’est de le prendre le plûtôt qu’on peut, & d’avoir pour cela des dames sur les cases de quine & de sonnez. Voyez Coin bourgeois.

Le coin de repos se prend par puissance ou par effet ; dans le premier cas, lorsque celui contre qui l’on joue n’a pas le sien, & que du de que vous amenez vous pouvez mettre deux dames dans son coin, ce qui ne se fait point : on n’empêche point son adversaire de faire son grand jan, quoiqu’on en ait la puissance ; il est plus avantageux de prendre son coin. On le prend par effet lorsque de son dé on a deux dames qui battent son propre coin. Comme on ne peut se saisir de son coin qu’avec deux dames, les regles du jeu ne permettent pas aussi qu’on le quitte sans les lever toutes deux ensemble. Qui s’empare de son coin par effet, n’est plus en droit de le reprendre par puissance : si celui contre qui l’on joue s’est saisi du sien, cette puissance est ôtée.

Coin bourgeois, au trictrac, se dit encore de la case de quine & de sonnez. V. Quine & Sonnez.

Coin se dit encore en un grand nombre d’autres circonstances, dont nous ferons mention lorsque l’occasion s’en présentera. Il y a chez les Tabletiers des coins. Il y en a de gros, de petits & de moyens, dans les grosses forges. Les Serruriers ont des coins simples & à talon, &c. mais tous ces instrumens sont ainsi nommés de leur forme semblable à celle du coin machine de Méchanique, & de leur usage qui n’en differe pas.

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Étymologie de « coin »

(XIIe siècle) Du latin cuneus (« coin à fendre le bois » ou « tout objet ayant la forme d’un coin ») qui a également donné en français le terme cunéiforme (« en forme de coin »).
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Wallon, coine ; provenç. cunh, conh, cong ; espagn. cuño ; portug. cunho ; ital. conio ; du latin cuneus.

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Phonétique du mot « coin »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
coin kwɛ̃

Évolution historique de l’usage du mot « coin »

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Citations contenant le mot « coin »

  • On détrousse au coin des lois plus sûrement qu'au coin des bois. De Paul Brulat
  • L'aventure est-elle au coin de la rue ? De Jacques Dutronc / On nous cache tout, on nous dit rien
  • Une oeuvre d'art est un coin de la création vu à travers un tempérament. De Emile Zola / Mes Haines
  • La femme, ça a toujours un coin, où en appuyant, ça pleure. De Jean Giono / Le chant du monde
  • Eldoradin : qui n’accepte de partager avec personne son petit coin de paradis. De Alain Finkielkraut / Petit Fictionnaire illustré
  • Le carré est une figure qui a un angle droit dans chaque coin. De Jean-Charles / La foire aux cancres
  • Les femmes ont un coin de la mémoire réservé aux fautes qu'elles n'ont pas commises. De Alfred Capus
  • Tout ce que l'on cherche à redécouvrir Fleurit chaque jour au coin de nos vies. De Jacques Brel
  • Une idée nouvelle est un coin que l'on ne peut faire entrer que par le gros bout. De Bernard Fontenelle
  • Maison de la naissance, ô nid, doux coin du monde ! Ô premier univers où nos pas ont tourné ! De Marceline Desbordes-Valmore / La Maison de ma mère
  • Aucun coin de la terre n'a donné lieu, plus que Venise, à cette conspiration de l'enthousiasme. De Guy de Maupassant / La Vie errante
  • Il est stupide de vouloir exprimer dans un coin de rue toute la synthèse des émotions qu'un pays vous fait éprouver... De André Derain
  • Lorsqu'un homme s'installe avec un travail dans un coin, il abandonne autant de vie qu'il acquiert de connaissance. De William Butler Yeats
  • Des amis, un flacon de vin, du loisir, un coin parmi les fleurs... je n’échangerai pas cette joie pour un monde, présent ou à venir. De Hafiz / Les Ghazels
  • La chapelle de Guénin (Morbihan) est en vente sur le site de petites annonces Le bon coin. Elle est déjà en passe d'être rachetée. France Bleu, Une chapelle du Morbihan à vendre sur Le bon coin
  • Tout est parti de la plainte pour escroquerie d'un habitant de Saint-Etienne-de-Montluc. Il avait mis en vente un bateau et sa remorque sur le bon coin, et s'était fait payer avec un chèque bancaire. Un chèque volé à Grandchamp-des-fontaines au début du mois de juin.   France Bleu, Ils achetaient sur le bon coin avec des chèques et des cartes bancaires volés, trois hommes arrêtés à Nantes
  • En à peine un an demi, le nombre de bitcoins ainsi tokenisés sur Ethereum a été multiplié par plus de 100. Selon le site btconethereum , environ 11 151 bitcoins sont actuellement transposés sur ETH, soit plus de 101 millions de dollars. Journal du Coin, 101 millions $ de bitcoins tokenisés sur Ethereum : danger ? - Journal du Coin

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Traductions du mot « coin »

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Synonymes de « coin »

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Antonymes de « coin »

Coin

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