La langue française

Bauge

Sommaire

  • Définitions du mot bauge
  • Étymologie de « bauge »
  • Phonétique de « bauge »
  • Évolution historique de l’usage du mot « bauge »
  • Citations contenant le mot « bauge »
  • Images d'illustration du mot « bauge »
  • Traductions du mot « bauge »
  • Synonymes de « bauge »

Définitions du mot bauge

Trésor de la Langue Française informatisé

BAUGE1, subst. fém.

I.− [L'idée dominante est celle d'un matériau] MAÇONN. Mortier fait de terre grasse et de paille dont on enduit parfois les murs extérieurs des habitations rurales. Synon. torchis.Maçonnerie faite de bauge; enduire une muraille de bauge (Ac. 1835) :
1. Le jardin, plus long que large allait, entre deux murs de bauge couverts d'abricots, en espalier, jusqu'à une haie d'épine qui le séparait des champs. Flaubert, Madame Bovary,t. 1, 1857, p. 36.
II.− [L'idée dominante est celle d'habitat fait de certains matériaux où entrent de la boue et des herbes, etc.]
A.− Non péj.
1. Nid de l'écureuil (attesté dans la plupart des dict. gén. dans xixeet xxes.).
2. Région. Habitat humain.
a) Refuge fait d'herbe ou de paille aménagé par l'homme dans la nature pour s'y reposer ou s'y cacher :
2. Il n'y avait pas d'arbres autour du pré de Carle. Pour avoir un peu d'ombre et d'abri, les hommes entrèrent dans l'herbe haute. Ils s'y firent une bauge ronde ... Ils étaient loin de partout. L'herbe faisait barrière. Giono, Que ma joie demeure,1935, p. 300.
b) Hutte, petite cabane :
3. ... puis ils s'enfonçaient aux bois qui commençaient au bout de leur ancienne terre, et ils vivaient là avec les bûcherons et comme eux, faisant de leur hutte leur bauge, ayant leurs amours et leurs femmes, peuplant la forêt d'une race métis où le Villacourt était croisé de nature, le gentilhomme mâtiné de l'homme des bois, et dont la langue même n'était plus le français. E. et J. de Goncourt, Renée Mauperin,1864, p. 249.
B.− Gén. péj.
1. Usuel. Lieu fangeux où le sanglier se retire pendant le jour. Synon. souille :
4. Le déboisement, ce fils bâtard de la civilisation, a fort tristement dévasté la vieille bauge du sanglier des Ardennes. Hugo, Le Rhin,1842, p. 43.
5. Malheur au champ, au jardin, au verger où un sanglier va « à ses mangeures ». Repue, le jour levé, la bête rentre dormir dans sa bauge, ou descend se rouler et se vautrer dans la bourbe, « se souiller ». Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 4.
Plus rarement. Loge des cochons ou d'autres animaux (loup, lièvre, belette, etc.) :
6. Ô parfum des luzernes séchées, âcres senteurs de la bauge aux pourceaux, de l'écurie ou de l'étable! Effluves capiteux du pressoir, et là, plus loin, entre les tonnes, ces courants d'air glacé où se mêle aux relents des futailles une petite pointe de moisi. Gide, Si le grain ne meurt,1924, p. 467.
P. métaph. :
7. Il [le siècle utilitaire] ferait de la France une bauge à pourceaux. A. Pommier, Crâneries et dettes,1842, p. 122.
2. P. anal. Habitation humaine, misérable et/ou sale, taudis :
8. Et lâchant sa fureur jalouse : « Dis donc tout de suite que tu rejoindras ton voleur, que vous allez vous mettre en ménage ... Allons. Retourne à ta bauge ... Fille et faussaire ça va ensemble ... » A. Daudet, Sapho,1884, p. 319.
P. ext. Pièce mal tenue. En voilà une chambrée. Quelle bauge (Courteline, Le Train de 8 h 47,jusqu'à la gauche, 1884, p. 166).
Rem. On rencontre dans la docum. le subst. fém. baugée. Lit de paille ou d'herbe fait par un animal pour s'y coucher ou s'y reposer. Synon. litière. Sans baugée de vaches et sans orties (1852, Flaubert, Correspondance, p. 65).
PRONONC. ET ORTH. : [bo:ʒ]. Fér. Crit. t. 1 1787 écrit baûge.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1482 bauge « hutte en torchis » (La Roche-Porai, Arch. Vienne dans Gdf.); actuell. dial. (P. Martellière, Glossaire du Vendômois, 1893, p. 34 : Bauge Cabane, maisonnette); 1489 bauge « gîte de certains animaux » (R. Gaguin, Anc. Poés. fr., 7, 234 dans Quem. : Nous sommes comme pors en l'auge [...] Richesses nous viennent à bauge, Esquelles chacun naque et fouylle); 1561 « id., en partic. du sanglier » (Du Fouilloux, Vénerie, 30 ro, éd. Faure dans R. Hist. litt. Fr., t. 4, p. 138); 1796 beauge « id. » (Dusaulx, Voyage à Barège, chap. XVI, t. 2, p. 187); av. 1788 « nid de l'écureuil » (Buff., Écureuil dans Littré : L'écureuil sort de sa petite bauge); 1808 fig. et fam. (Boiste : Bauge [...] logement, lit très sale); cf. 1834 (Balzac, L'Illustre Gaudissart, p. 6); 2. 1606 maçonn. (Nicot : Bauge. C'est mortier de terre farci de paille qu'en Gascoigne on appelle Tortis); beauge dans Prév. 1755. Peut-être var. de bauche « torchis, espèce de mortier fait de terre grasse et de paille, servant à la confection des planchers, des murs de clôture et quelquefois même des maisons » (Compte de 1344, cité par M. Delisle dans Les Actes norm. de la Ch. des Comptes, p. 301 dans Moisy) que FEW t. 1, p. 211b rattache à l'étymon gaul. *balcos « fort » (cf. Dottin, p. 230). Un rapprochement avec bache « sorte de foin des marais » (Genève 1667 dans Pat. Suisse rom., s.v. batsos) terme de Suisse romande, prov. mod. bauco, balco « graminée à feuille rude, touffe de foin grossier, herbes paludéennes que les paysans emploient comme litière » (Mistral), séduisant du point de vue sém. (« foin » > « hutte en torchis » > « gîte ») fait difficulté des points de vue chronol. et géographique.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 57.
BBG. − Bach.-Dez. 1882. − Baudr. Chasses 1834. − Bouillet 1859. − Burn. 1970. − Chabat 1881. − Chesn. 1857. − Duval 1959. − Jossier 1881. − Plais.-Caill. 1958.

BAUGE2, subst. masc.

Argot
A.− Coffre, malle, coffre-fort :
Le vol de bauges est devenu, en Angleterre et en Amérique, une véritable institution. Hogier-Grison, Les Hommes de proie,Le Monde où l'on vole, 1887, p. 174.
Rem. Attesté dans L.-F. Raban, Marco Saint-Hilaire, Mémoires d'un forçat, 1828-1829; F. Vidocq, Les Voleurs, 1836; Michel 1856; L. Larchey, Dict. hist. d'arg., Nouv. Suppl., 1889; France 1907; La Rue 1954; Esn. 1966; Ch.-L. Carabelli, [Lang. de la pègre].
P. ext. Bahut (L. Larchey, Dict. hist. d'arg., Nouv. Suppl., 1889, France 1907).
B.− P. métaph.
1. Ventre. Vous qui n'avez probablement dans le bauge que la mouise (= soupe) de Tunebée (= Bicêtre), vous devez [avoir faim] (F. Vidocq, Les Vrais mystères de Paris,t. 7, 1844, p. 196).
Rem. Attesté dans F. Vidocq, Les Voleurs, 1836, France 1907, Ch.-L. Carabelli, [Lang. pop.].
2. Le corps (P. Leclair, Hist. des brigands chauffeurs et assassins d'Orgèves, 1800; Esn. 1966).
Fiquer dans le bauge. Plonger un couteau dans le corps (F. Vidocq, Les Voleurs, 1836).
PRONONC. : [bo:ʒ].
ÉTYMOL. ET HIST. − 1628 arg. (Le Jargon de l'arg. réformé dans Sain. Sources arg. t. 1, p. 192 : Bauge, un coffre); 1800 id. (Les Brigands chauffeurs, ibid., t. 2, p. 91 : Corps [le], le bauge); 1837 « le ventre » (Vidocq, Mém., III, 105, ibid., t. 2, p. 115 : Tout ce qui passe par la gargoine emplit le bauge). Forme dialectale, peut-être méridionale (cf. marseillais baujo. limousin bojo dans Mistral, s.v. bonjo), de bouge* cf. FEW t. 1, p. 605a.

Wiktionnaire

Nom commun

bauge \boʒ\ féminin

  1. (Zoologie) (Chasse) Gite fangeux du sanglier.
    • Les bandits, haletant comme une meute qui force le sanglier dans sa bauge, se pressaient en tumulte autour de la grande porte. — (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831)
    • Le fourré, sous les branches qui se rejoignaient et s’enchevêtraient, formait une sorte de bauge. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 321 de l’éd. de 1921)
    • Ce sanglier était sale et couvert de la boue de sa bauge où il s’était vautré. — (Fénelon, XIX, 70)
    • Des études montrent en effet que 75 % des animaux sélectionnent de façon plus intensive les zones de réserve pour l’installation de leurs bauges en période de chasse, du fait de la quiétude de ces zones. — (Jean-Noël Cardoux et Alain Péréa, Restaurer l’équilibre agro-sylvo-cynégétique pour une pleine maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts à l’échelle nationale, mars 2019 → lire en ligne)
  2. (Par extension) Gite d’un animal.
    • L’écureuil sort de sa petite bauge, fuit sur un autre arbre. — (Buffon, Écureuil)
  3. Mortier de terre grasse mêlée de paille.
    • Une maçonnerie faite de bauge.
    • Enduire une muraille de bauge.
  4. (Par métonymie) Cabanon fait avec de la terre mêlée de paille et d’herbe.
    • Mon bon cheval, au lieu de foin, ne mangea que de l’aubifoin ou bluet ; il but dans une auge qui se trouvait prés d’une bauge, auprès d’un mur sous un auvent — (Pierre-Alexandre Lemare, Cours de langue française, Paris, 1835)
  5. (Touraine) Tas de foin ou de fumier placé à l'extérieur d'un bâtiment.
  6. (Vieilli) Nom d’une sorte de droguet de gros fil et de laine grossière, qui s’est fabriqué en Bourgogne.

Forme de verbe

bauge \boʒ\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe bauger.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe bauger.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe bauger.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe bauger.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe bauger.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BAUGE. n. f.
Lieu fangeux où le sanglier se retire, se couche. Faire sortir un sanglier de sa bauge. Il se dit aussi d'un Certain mortier fait de terre grasse, mêlée de paille. Maçonnerie faite de bauge. Enduire une muraille de bauge.

Littré (1872-1877)

BAUGE (bo-j') s. f.
  • 1Gîte fangeux du sanglier. Ce sanglier était sale et couvert de la boue de sa bauge où il s'était vautré, Fénelon, XIX, 70.

    Par extension. L'écureuil sort de sa petite bauge, fuit sur un autre arbre, Buffon, Écureuil.

    Populairement. Avoir tout à bauge, être dans l'abondance. Cette locution a vieilli.

  • 2Mortier de terre grasse mêlée de paille.
  • 3Nom d'une sorte de droguet de gros fil et de laine grossière, qui s'est fabriqué en Bourgogne.

HISTORIQUE

XVIe s. Dedans faisoit sa bauge une beste sauvage, Qui jamais autre part ne cherchoit son gaignage, Ronsard, 670. Il observera les bestes, leurs repaires et gistes, licts, chambres, reposées, bauges et tanieres, De Serres, 993.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* BAUGE, s. f. (Commerce.) espece de droguet d’une demi-aune de large au sortir du foulon, qui se fabrique en Bourgogne, sur des rats ou peignes de trois quarts, avec de la laine grossiere, & du fil filé gros.

* Bauge, s. f. (Œconomie rustique.) c’est de la terre franche mêlée avec de la paille & du foin hachés. On pétrit ce mêlange, on le corroie, & l’on s’en sert où le plâtre & la pierre sont rares. Les murs sont ou de bauge, ou de cailloux liés de bauge. Ces derniers ne s’en appellent pas moins murs de bauge. La plûpart des chaumieres ne sont pas construites d’autre chose. Quand la bauge est soûtenue par de la charpente, comme dans les granges, les étables & d’autres bâtimens, cela s’appelle torchis ; parce que cette charpente n’étant pour l’ordinaire qu’un assemblage de perches & de pieux lattés, pour remplir & consolider cette espece de grillage, on se sert de bâtons fourchus & de branches d’arbres qu’on enduit de bauge, & qui ressemblent assez alors à une torche ; on insere ces torches dans les entailles & ouvertures de la charpente : quand le mur est plein, on le crépit du haut en bas avec de la bauge pure & bien corroyée ; on l’unit avec la truelle, & l’on blanchit le tout, si l’on veut, avec du lait de chaux ; ce cloisonnage est de peu de dépense, & il est d’autant plus solide que les palissons ou palats, c’est ainsi qu’on appelle les bâtons ou rameaux qu’on enduit de bauge, sont plus courts, & par conséquent les perches & pieux qui forment la charpente plus serrés : il ne faut point employer de bois verd dans cette maniere de bâtir ; car il se déjette, & donne lieu à des crevasses & à la chûte des murs. Que les palissons ou palats soient de chênes ; que la terre soit bien délayée, & qu’elle soit en une pâte ni molle ni dure : voila les conditions principales à observer dans la maniere de faire & d’employer la bauge.

* Bauge s. f. (Chasse.) c’est le lieu où la bête noire, comme le sanglier, se couche tout le jour : c’est ordinairement un endroit bourbeux & touffu de la forêt.

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Étymologie de « bauge »

Berry, bauge, hutte ; norm. bauge, lit ; bas-lat. baugium, bugia. On y rapporte, sans preuve le celtique : gaél. balc, croûte de terre ; et l'allemand ancien nord, bâlkr, cloison. Au sens de mortier, de crépi, on disait autrefois bauche.

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Du moyen anglais bauche, de l’ancien français balche, du gaulois *balca « croûte de terre séchée », de balco « fort » (cf. breton balc’h).
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Phonétique du mot « bauge »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bauge bɔʒ

Évolution historique de l’usage du mot « bauge »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bauge »

  • Le projet CobBauge, destiné à développer et tester une nouvelle génération de bauge, entre dans sa phase d’expérimentation. Deux maisons pilotes vont être construites pour étudier les performances du matériau au regard des nouvelles réglementations et normes de construction. lemoniteur.fr, Des maisons pilotes pour tester un nouveau type de bauge

Images d'illustration du mot « bauge »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « bauge »

Langue Traduction
Anglais bauge
Espagnol pocilga
Italien intendi con "si rotola"
Source : Google Translate API

Synonymes de « bauge »

Source : synonymes de bauge sur lebonsynonyme.fr
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