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Acquitter

Définitions du mot « acquitter »

Trésor de la Langue Française informatisé

ACQUITTER, verbe trans.

Rendre quitte.
I.− Emploi trans.
A.− Acquitter qqn.Le rendre quitte.
DR. Déclarer quelqu'un par jugement ou arrêt, innocent de la faute pour laquelle il est poursuivi :
1. Les deux bourreaux Sanson furent mis en jugement; plus heureux que Roseau, exécuteur de Tardif sous le duc de Mayenne, ils furent acquittés : le sang de Louis XVI les avait lavés. Les condamnés relaxés ne savaient à quoi employer leur vie, ... F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 2, 1848, p. 322.
P. ext., dans la lang. cour. Tenir quelqu'un pour innocent :
2. Le monde entier peut me blâmer, que m'importe! si vous, qui n'avez pas le droit de m'en vouloir, m'acquittez des crimes auxquels me condamne un sentiment irrésistible? H. de Balzac, Le Père Goriot,1835, p. 268.
P. méton. [Le suj. désigne une chose] Qqc. acquitte qqn (permet d'acquitter qqn).Libérer d'obligations pesant sur une personne :
3. ... car c'est la dette en elle-même et non sa somme plus ou moins forte qui me tourmente. Il me faut encore six mois pour libérer ma plume comme j'ai libéré ma bourse, et si je dois encore q[ue]lq[ue] chose, il est certain que les bénéfices de l'année m'acquitteront. H. de Balzac, Correspondance,1837, p. 217.
Au fig., littér., p. arch. (cf. étymol. IV) ou fig. étymol. Acquitter qqn de...Libérer quelqu'un d'une dette morale, des devoirs envers quelque chose :
4. − Je suis en paix avec tous les êtres qui sont sous le firmament! Déjà la moitié de ma vie est faite et j'en suis acquitté pour toujours, Elle ne recommencera plus, je vois devant moi le terme de la route et du jour. P. Claudel, Processionnal pour saluer le siècle nouveau,1910, p. 299.
5. La seule chose qui délivre un roi, c'est d'avoir les deux mains liées. La seule chose qui acquitte de la justice, c'est d'être le captif de l'amour! P. Claudel, Feuilles de Saints,Saint Louis, roi de France, 1925, p. 651.
B.− COMM., partiellement vieilli. Acquitter une somme d'argent (due pour une chose). La payer :
6. Quand les effets arriveront à échéance, nous les acquitterons avec nos gains. Si nous ne pouvions plus les solder, Roguin me remettrait des fonds à cinq pour cent, hypothéqués sur ma part de terrain. Mais les emprunts seront inutiles :... H. de Balzac, César Birotteau,1837, p. 16.
Rem. 1. Syntagmes fréq. : acquitter une amende, un compte, une contribution, une créance, une dépense, une dette, un emprunt, un fermage, un impôt, des intérêts, une pension, un prix, des subsides, des taxes, un traitement. 2. Cet emploi n'est plus guère usuel que dans la lang. admin. en parlant des impôts ou taxes officielles.
Au fig. Libérer sa conscience en payant de retour, ou en accomplissant ce à quoi on est engagé :
7. Le peuple de Paris se lassa de tant de désordres, et commença à s'émouvoir de ce que le duc d'Anjou n'acquittait point la promesse solennelle qu'il avait faite d'abolir les aides et les gabelles. P. de Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 1, 1821-1824, p. 199.
Rem. Syntagmes fréq. : acquitter une dette (le subst. dette étant suivi d'un compl. de n.); - une dette d'amitié, d'amour, de bienfaisance, de délicatesse, d'honneur, de reconnaissance; - un bienfait, un devoir, un vœu, le passé, la reconnaissance.
Usuel. Acquitter une pièce (établissant une dette). Constater par une formule (p. ex. pour acquit), suivie de la date et de la signature, le paiement de la dette inscrite sur la pièce :
8. Vous pouvez v[ous] présenter chez M. Sédillot, rue des Déchargeurs, pour toucher le montant de v[otre] facture en ayant soin de l'acquitter pour solde de tout compte. H. de Balzac, Correspondance,1829, p. 402.
Rem. Syntagmes : acquitter des billets, un bon, une facture, une lettre de change, un titre, etc.
II.− Emploi pronom. Qqn s'acquitte de qqc.Se rendre quitte, se libérer (d'une obligation).
1. COMM. Se libérer d'une dette d'argent :
9. Ces pauvres bougres viennent de s'acquitter de l'impôt. Les voici quittes. A. Gide, Le Retour du Tchad,1928, p. 952.
Rem. Syntagmes : s'acquitter de ce qu'on doit, d'une dette, d'un emprunt, d'une somme.
2. P. ext., PROF.
a) Mener à bonne fin ce à quoi on est engagé, exécuter une obligation imposée :
10. L'Avocat d'Apolline, avec un rare talent, s'acquitta de sa défense; son plaidoyer aurait arraché des larmes à des tigres, le tribunal resta froid;... P. Borel, Champavert,Monsieur de l'Argentière, l'accusateur, 1833, p. 35.
Rem. S'acquitter d'une commission, d'un emploi, d'une fonction, d'un office.
Au fig. Se rendre libre à l'égard d'une obligation morale, d'un remords, etc. :
11. ... il était facile de voir qu'il s'acquittait de cette visite comme d'un devoir indispensable... E.-J. Delécluze, Journal,1824, p. 34.
12. Prends cette rente, ce n'est pas l'aumône d'un amant qui s'acquitte, c'est le dépôt d'un père prévoyant. A. Dumas Fils, Le Fils naturel,1858, 11, p. 65.
b) S'acquitter d'une tâche (quelconque). La faire selon les règles (reçues ou qu'on s'est imposées) :
13. « Pourtant, monter à cheval est peut-être la seule chose au monde dont je m'acquitte bien. Je danse fort mal, je ne brille guère dans un salon;... Stendhal, Lucien Leuwen,t. 1, 1836, p. 254.
Rem. Dans l'ext. a) l'obligation est dans l'action elle-même; dans l'ext. b) elle n'est que dans la manière de l'exécuter.
3. Emploi pronom. passif (au propre ou au fig.). [En parlant d'une somme due, d'une dette...] Être payé, de manière à rendre quitte :
14. L'impôt direct, par exemple, coûte moins de frais de perception, mais il s'acquitte péniblement et entraîne des contraintes odieuses. J.-B. Say, Traité d'économie politique,1832, p. 523.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : (s') [akite], (j', je m') [akit]. Enq. : /akit/. Conjug. parler. 2. Forme graph. − D'apr. R. Thimonnier (Principes d'une réforme rationnelle de l'orthographe, 1968, p. 34), les verbes du type acquérir et acquitter font partie de la catégorie des verbes en ac(c), cf. accabler, prononc. et orth. 3, ,,mais dont le 2ec se transforme normalement en qu devant é, i``. − Rem. Fér. Crit. t. 1 1787 propose les graph. : acquitter ou aquitter. 3. Dér. et composés : acquit, acquit-à-caution, acquitpatent, acquittable, acquittement, acquitter, racquitter (cf. Juill. 1965). Cf. quitter.
Étymol. ET HIST. I.− 1. 1100 emploi fig., attest. isolée, aquiter la vie « racheter la vie » (Roland, éd. Bédier, 492 : Se de mun cors vœil aquiter la vie, Dunc li envei mun uncle l'algalife; Altrement ne m'amerat il mie); apr. 1160 « racheter (les gages) » (Wace, Rou, éd. Andresen, III, 1932 ds T.-L. : Les guages prist sis aquita); 1172-74 « payer (ce que l'on doit) » trans. (G. de Pont Ste Maxence, Vie de St Thomas le martyr, éd. Hippeau, 4440 ds T.-L. : ses dettes... aquiter); 1218-1225 « id. » réfl. (G. de Coincy, Les Miracles de la Ste Vierge, éd. Poquet, 123, 620 ds T.-L. : s'acuita de sa dete A la mort mes bons abbes Miles); d'où 2. ca 1170, au Moy. Âge seulement, peu attesté « quitter, abandonner » (B. de Ste Maure, Chron. des Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, t. II, 37 374 : Vencuz, desconfiz e fuitis Tot acuiterent le païs); 1238, mars, dr. « céder », localisé dans le Nord-Est de la France (Meurthe, Meuse, Moselle) au xiiies. surtout (Mars 1238, S. Nic. de Verd., Arch. Meuse ds Gdf. : Je Jofroi sires de Nonsart... j'ai aquitei et otroié par le lous de ma femme et de mes oirs as freires de Seint Nicholai... toute l'asmone...). II.− 1. Ca 1100 « délivrer un pays » (Roland, éd. Bédier, 869 : Se Mahumet me voelt estre guarant, De tute Espaigne aquiterai les pans Des porz d'Espaigne entresqu'a Durestant); figure encore dans ce sens ds Nicot 1606 et Cotgr. 1611; 2. a) apr. 1160 « remplir sa promesse » trans. (Wace, Rou, éd. Andresen, III, 3351 ds T.-L. : a Willeame le (le chastel) rendi Pur aquiter, ceo dist, sa fei); 1165 « id. » pronom. (Chrét. de Troyes, Guill. d'Angleterre, éd. Fœrster, 1919 ds T.-L. : Mes de mon seiremant m'aquit); 2emoitié du xiies. « justifier sa conduite (en remplissant son devoir) » (Norn et Rimenhild, éd. Michel, 2037, ibid. : Ja sui jo fiz de rei; si n'est pas mun mester Ke jo par serement me deie unc aquiter); 1209 s'aquiter a « faire son devoir (envers qnn) » réfl. (Renclus de Molliens, Le Roman de Miserere, éd. Van Hamel, 198, 3 ds T.-L. : Droite voie est de mariage. Chou est castées se sans rage S'aquite cascuns a sen per). III.− xiiies. « absoudre, pardonner » (Rutebeuf, Œuvres, éd. Jubinal, III, 5 ds Littré : La Magdelene [il] visita, De toz ses pechiez l'acuita, Et la fist saine). IV.− Début xiiies. « libérer d'une redevance » (Villehardouin, XXXV ds Littré : Nous ne sommes mie tant de gent que nous puissions estre acquité de nostre passage paier). Dér. de quitte* : I de quitte étymol. 4; II de quitte étymol. 3; III de quitte étymol. 1.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 885. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 2 131, b) 935; xxes. : a) 1 201, b) 718.
BBG. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Bruant 1901. − Caput 1969. − Éd. 1913. − Guizot 1864. − Laf. 1878. − Laf. Suppl. 1878. − Marcel 1938. − Romeuf t. 1 1956. − Sardou 1877. − Sommer 1882. − Synon. 1818.

Wiktionnaire

Verbe

acquitter \a.ki.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’acquitter)

  1. Rendre quitte, libérer des dettes. Se dit en parlant des personnes et des choses.
    • Il les acquitta de ce qu’ils lui devaient.
    • J’ai acquitté entièrement cette propriété.
    • Il devait sur sa charge, mais il l’a tout à fait acquittée.
    • Il s’est bien acquitté depuis tel temps.
    • Il s’est acquitté de vingt mille francs depuis peu.
    • (Proverbial) Qui s’acquitte s’enrichit.
    • Acquitter une lettre de change, un billet à ordre, un mémoire : Constater, en y apposant sa signature au bas des mots Pour acquit, que le montant en a été payé.
  2. Payer.
    • Bourgeois et manants acquittaient la taille, la capitation, les vingtièmes, les aides. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Beaucoup de navires feront du charbon à Colon, et tous seront forcés de s'arrêter au port d'entrée pour acquitter le péage, prendre des pilotes. — (Bulletin de l'Union Géographique du Nord de la France, Douai, 1903, p. 125)
    • Des localités aussi éloignées qu’Aussonce, Le Ménil, Lépinois, Germigny-pend-la-pie, entre Suippe et Retourne, acquittent également le droit de poiture. — (Pierre Desportes, Reims et les Rémois : aux XIIIe et XIVe siècles, vol. 3, A. et J. Picard, 1979, p. 416)
    • (Figuré) Acquitter sa promesse, sa parole : Remplir la promesse qu’on a faite.
    • (Figuré) Acquitter sa conscience : Faire ce qu’on croit être obligé de faire en conscience.
  3. (Droit) (Criminel) Renvoyer absous d’une accusation.
    • Ses juges viennent de l’acquitter.
    • Il n’a été acquitté que d’une voix.
  4. (Informatique) Confirmer la prise en compte d’un message à un programme.
    • […] désarmer le délai de garde et acquitter le message de réponse ; exécuter le retour de procédure, avec transmission des résultats ; tout se passe alors, pour le processus client, comme pour le retour d’un appel de procédure local. — (Michel Riveill, Roland Balter, Communication synchrone entre programmes par RPC et RMI)
  5. (Pronominal) (Figuré) Satisfaire à une obligation, la remplir.
    • Pour s’acquitter en marchandises et en travail, il fallait qu'elle équipât et suréquipât son territoire au point de vue industriel, qu'elle augmentât à la fois sa production et son exportation, qu'elle inondât ses créanciers de ces marchandises […]. — (L'Illustration, n° 4648-4660, 1932, p. 268)
    • Il s’acquitte de ses fonctions à la satisfaction générale.
    • Il s’acquitte en conscience de tout ce qu’il fait.
    • Il s’acquitte avec zèle de cet emploi.
    • Il s’en acquitte dignement.
    • Elle s’en est aisément acquittée.
    • S’acquitter des obligations qu’on a à quelqu’un : Les reconnaître par ses services.
    • On dit dans le même sens :
    • S’acquitter envers quelqu’un.
  6. (Pronominal) Également, en termes de jeu, regagner ce qu’on a perdu et rester quitte à quitte.
    • J’ai joué contre lui jusqu’à ce qu’il se fût acquitté.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ACQUITTER. v. tr.
Rendre quitte, libérer des dettes. Il se dit en parlant des Personnes et des choses. Il les acquitta de ce qu'ils lui devaient. J'ai acquitté entièrement cette propriété. Il devait sur sa charge, mais il l'a tout à fait acquittée. Il s'est bien acquitté depuis tel temps. Il s'est acquitté de vingt mille francs depuis peu. Prov., Qui s'acquitte s'enrichit. Acquitter une lettre de change, un billet à ordre, un mémoire, Constater, en y apposant sa signature au bas des mots Pour acquit, que le montant en a été payé. Il signifie aussi Payer. Il a acquitté toutes les dettes de sa famille. Acquitter un contrat, une obligation, Payer les sommes portées par ce contrat, par cette obligation. Fig., Acquitter sa promesse, sa parole, Remplir la promesse qu'on a faite. Fig., Acquitter sa conscience, Faire ce qu'on croit être obligé de faire en conscience. En termes de Droit criminel, il signifie Renvoyer absous d'une accusation. Ses juges viennent de l'acquitter. Il n'a été acquitté que d'une voix.

S'ACQUITTER DE signifie au figuré Satisfaire à une obligation, la remplir. S'acquitter d'un devoir; s'en acquitter bien, s'en acquitter mal. S'acquitter d'une commission. Il s'acquitte de ses fonctions à la satisfaction générale. Il s'acquitte en conscience de tout ce qu'il fait. Il s'acquitte avec zèle de cet emploi. Il s'en acquitte dignement. Elle s'en est aisément acquittée. S'acquitter des obligations qu'on a à quelqu'un, Les reconnaître par ses services. On dit dans le même sens S'acquitter envers quelqu'un.

S'ACQUITTER signifie également, en termes de Jeux, Regagner ce qu'on a perdu et rester quitte à quitte. J'ai joué contre lui jusqu'à ce qu'il se fût acquitté.

Littré (1872-1877)

ACQUITTER (a-ki-té) v. a.
  • 1Rendre quitte, libérer une personne ou une propriété. Il a acquitté son ami, sa famille. Il devait sur sa charge, mais il l'a entièrement acquittée. Acquitter un débiteur, payer ses dettes. Le juste paye ce qu'il ne doit pas et acquitte les pécheurs de ce qu'ils doivent, Bossuet, Hist. II, 6. Je vous prie de m'acquitter de cette dette, Bossuet, Lett. CIII.
  • 2Payer. Il a acquitté toutes les dettes de sa famille. Acquitter la dîme, les frais de la condamnation, un legs. Si je dois à ce prix vous acquitter ma dette, Molière, l'Étourdi, V, 9. Que Castor et Pollux acquittassent le reste…, La Fontaine, Fab. I, 14.
  • 3Acquitter une lettre de change, un billet, un mémoire, en constater le payement en mettant au bas pour acquit et signant au-dessous.
  • 4 Fig. Acquitter un vœu, acquitter une dette de reconnaissance. Rien ne saurait m'acquitter envers vous. Essayons de lui faire acquitter sa promesse, Tristan, M. de Chrisp. IV, 10. Et, sans lui rappeler des soins dont je l'acquitte, Je lui rends sa parole et protége sa fuite, Viennet, Clovis, III, 8. Xipharès, en un mot, devenant votre époux, Me venge de Pharnace et m'acquitte envers vous, Racine, Mithr. III, 5.
  • 5Acquitter sa conscience, faire ce à quoi la conscience oblige.
  • 6Acquitter, déclarer non coupable. L'accusé fut acquitté.

    S'ACQUITTER, v. réfl.

  • 7Se libérer de ce qu'on doit. S'acquitter de ses dettes. Il s'est acquitté envers vous. Il songeait à s'acquitter de ce qu'il devait à César. Hélas ! de tant d'amour et de tant de bienfaits, Mon père, quel moyen de m'acquitter jamais ? Racine, Ath. IV, 3. Je m'acquitte par là de ce que je vous dois, Molière, l'Étour. V, 16.
  • 8S'acquitter de. Satisfaire à un devoir, une obligation. Je lui ai une obligation dont il faut que je m'acquitte avant toutes choses, Molière, le Fest. de P. III, 6. Souffrez que je lui rende ici ce qu'il m'a prêté, que je m'acquitte de la vie que je lui dois, ib. III, 6. Quelques pratiques communes dont ils s'acquittent avec beaucoup de négligence et de tiédeur, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 59. Trop heureux d'avoir pu, par un récit fidèle, De leur paix en passant vous conter la nouvelle, Et m'acquitter vers vous de mes respects profonds, Racine, Baj. III, 2. Et moi, je suis venu, détestant la lumière… m'acquitter, seigneur, du malheureux emploi…, Racine, Phèd. V, 6. Et n'ai-je pris sur moi le soin de tout l'État Que pour m'en acquitter par un assassinat ? Racine, Andr. IV, 3. Allons, il faut partir, il faut que je m'acquitte Des funestes tributs que sa cendre mérite, Voltaire, Œd. V, 2. Je m'acquitte en tremblant de cet affreux devoir, Voltaire, Tancr. V, 5.
  • 9S'acquitter d'une chose, la faire, l'exécuter. Il veut danser, mais il s'en acquitte mal. On doit être bien aise de s'en acquitter comme vous faites, Sévigné, 35.
  • 10Au jeu, s'acquitter, regagner ce qu'on avait perdu, et rester quitte à quitte. Il a joué avec lui jusqu'à ce qu'il se fût acquitté.
  • 11Au jeu de billard, s'acquitter, jouer le premier coup. On dit plus ordinairement, donner l'acquit.

REMARQUE

Des grammairiens ont prétendu qu'on ne pouvait pas dire s'acquitter vers quelqu'un ; le fait est qu'on dit ordinairement envers. Mais, comme vers ne contient rien en soi qui en fasse un barbarisme ou un solécisme et l'exclue, c'est l'usage qui doit décider. Or, les meilleurs écrivains se sont exprimés ainsi. On s'acquitte vers eux par des chants de victoire, Corneille, Hor. IV, 2. Vous prendrez donc le soin de m'acquitter vers lui, Corneille, Oth. III, 3. … ne sont pas des exploits qui laissent à ton roi Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi, Corneille, Cid, IV, 13. À m'acquitter vers toi d'une telle promesse, Molière, le Dép. I, 2. Vers la couronne et vers vous acquitté, J'implore une faveur de Votre Majesté, Rotrou, Vencesl. V, 9. La mort a respecté ces jours que je te doi, Pour me donner le temps de m'acquitter vers toi, Voltaire, Alz. II, 2. Racine s'en est aussi servi, comme on peut voir dans un exemple cité plus haut. Il n'y a donc aucune raison de signaler cette locution comme une faute ; elle est moins usitée que envers, voilà tout.

SYNONYME

ACQUITTER, S'ACQUITTER. On acquitte un devoir, un vœu, une promesse, et on s'en acquitte. Rien de plus voisin que ces deux locutions ; la seule différence qui y apparaisse, c'est que, dans la seconde, il y a un retour sur le sujet. J'acquitte ma promesse, c'est-à-dire elle est acquittée ; je m'acquitte de ma promesse, c'est-à-dire j'en suis délivré. Ainsi, tout en comprenant que ces deux expressions sont généralement équivalentes, on choisit l'une de préférence à l'autre, suivant l'idée qui, au moment, prédomine dans l'esprit.

HISTORIQUE

XIe s. Se de mon cors [je] voeil aquiter [obtenir] la vie, Ch. de Rol. 36.

XIIe s. J'aqiterai d'Espagne une part grant, Roncisv. p. 39. Qu'il l'aura ainz par le champ [combat en champ clos] aqité, ib. p. 185. Là li dut li reis faire cinc cenz marz aporter ; Dunt il porreit ses detes à cele hure aquiter, Th. le Mart. 119.

XIIIe s. Nous ne sommes mie tant de gent que nous puissions estre acquité de nostre passage paier, Villehardouin, XXXV. Li venderes et li achateres se aquiteront le jour chascun pour un denier, Livre des Mét. 345. La Magdelene [il] visita, De toz ses pechiez l'acuita, Et la fist saine, Rutebeuf, II, 5. Et se il le sert tant que il s'aquite, en servant le, vers lui de la dette, il deit estre maintenant quitte et delivre, Ass. de Jérus. I, 189. Et je, pour mon serrement aquiter…, Joinville, 212. Je promis à ma dame la royne vostre mere, que je feroye cest livre ; et, pour moy aquitier de ma promesse, l'ai je fait, Joinville, 192.

XVe s. Qu'il lui voulust renvoyer sa femme ; car il [Édouard II] s'en vouloit acquitter à Dieu et au monde, et que ce n'estoit pas sa coulpe qu'elle estoit partie de lui…, Froissart, I, I, 11. Et fit à la porte mesmement trois de ses fils chevaliers, qui aussi se acquitterent moult bien en leur nouvelle chevalerie, Froissart, I, I, 102. Seigneur, il est bien vrai que le roi de France m'a envoyé en ceste ville et en ce chastel pour le garder et defendre à mon loyal pouvoir ; vous savez comment je m'en suis acquitté et voudroie encore faire, Froissart, I, I, 242. Soyez seure, ma doulce amye, Que je vous ayme loyaument ; Or vous requier et vous supplie : Acquittez vous pareillement, Orléans, Ball. XI. Pour ne s'estre bien acquité à la reformation de l'Eglise comme il devoit…, Commines, VIII, 2.

XVIe s. Pour acquitter les vœux qu'il avoit faits, Amyot, Lys. 38. Je vous absouls et descharge, comme très bien et sainctement acquitez de la foy que vous avez jurée à vostre capitaine, Amyot, Eum. 36. Il l'acquitta d'une infinie somme de debtes, Amyot, Pomp. 83. Plusieurs se sont trouvez qui ont maintenu qu'il faloit prendre la moitié de leurs biens pour en acquitter le roy [payer ses dettes], veu que le peuple est incapable pour sa pauvreté d'y satisfaire, Lanoue, 98. La pluspart de ceux qui doyvent le service s'en acquitent avec l'argent, Lanoue, 232. Du petit on vient au grand, et qui s'acquite bien de l'un est mieux preparé pour se bien acquiter de l'autre, Lanoue, 293. J'ai bien esprouvé que, pour cent francs de melancolie, n'acquitterons pas pour cent sols de dette, Despériers, Contes, 1.

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Étymologie de « acquitter »

Provenç. aquitar ; espagn. aquietar ; bas-latin, acquitare, de ad, à, et quittare, quitter (voy. ce mot).

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(Date à préciser) Du latin ad composé avec le substantif quitte.
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Phonétique du mot « acquitter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
acquitter akite

Évolution historique de l’usage du mot « acquitter »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « acquitter »

  • Il est plus facile de faire acquitter un coupable qu’un innocent, c’est bien connu. De Henri Jeanson / Les bonnes causes
  • Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une espèce d'ingratitude. De François de La Rochefoucauld
  • Mieux vaut s'acquitter, même médiocrement, de son propre devoir plutôt que du devoir incombant à d'autres, fut-ce à la perfection. De Bhagavad Gîtâ
  • On peut, à la rigueur, parvenir à la jouissance sans acquitter le prix d'un travail rude et pénible, mais non pas à la joie, cette "merveilleuse étincelle divine". De Konrad Lorenz / Les Huit péchés capitaux de notre civilisation
  • Les bienfaits sont agréables tant qu'il semble qu'on peut s'en acquitter ; mais s'ils dépassent de beaucoup cette limite, au lieu de gratitude nous les payons de haine. De Tacite / Annales
  • La mère qui laisse voir toute sa tendresse à ses enfants crée en eux l'ingratitude : l'ingratitude vient peut-être de l'impossibilité où l'on est de s'acquitter. De Honoré de Balzac / Psychologie du mariage
  • Le régulateur estime ainsi que le géant pharmaceutique suisse s'est enrichi ind-ûment d'environ 92,3 millions de dollars. Pour éviter une procédure civile, Novartis a accepté de payer une amende de près de 234 millions de dollars au département américain de la Justice. Novartis devra par ailleurs s'acquitter de 113 millions supplémentaires auprès du Trésor américain dans un délai de deux semaines, sous peine de se voir infliger des intérêts de retard. Le Soir, Novartis et Alcon sanctionnés à hauteur de 345 millions de dollars - Le Soir
  • Depuis quelques semaines, les demandes de nouvelles piscines explosent : elles ont même triplé depuis la fin du confinement ! C’est en tout cas ce que rapporte la Fédération des Professionnels de la Piscine (FPP). Mais faire construire, puis entretenir un bassin a un certain coût. Entre les divers produits d’entretien, l’eau, la consommation électrique, la vérification des pompes et des systèmes de filtration... Une piscine d’eau douce peut générer une facture parfois salée, proportionnelle au volume du bassin. L’entretien annuel représente ainsi entre douze et quinze euros par mètre cube et par an, estime la FPP. Et cela, avant même d’évoquer les remplacements de matériels défectueux, et les nouveaux impôts dont les propriétaires devront aussi s’acquitter. Capital.fr, Ce que va vous coûter à l’année l’entretien de votre nouvelle piscine - Capital.fr
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  • A compter de la rentrée 2021, leurs droits de scolarité seront alignés sur ceux, plus élevés, que doivent aujourd'hui acquitter les étudiants des pays tiers. Les Echos, Brexit : l'Angleterre va imposer aux étudiants européens des droits de scolarité plus élevés | Les Echos
  • L'Algérie a affiché mardi son intention de "s'acquitter" de son "rôle de médiateur" pour la résolution de la crise libyenne et "mettre un terme à l'effusion du sang des frères libyens". , L'Algérie disposée à "s'acquitter" de son "rôle de médiateur" pour la résolution de la crise libyenne

Traductions du mot « acquitter »

Langue Traduction
Anglais pay
Espagnol cumplir
Italien pagare
Allemand entrichten
Portugais pagar
Source : Google Translate API

Synonymes de « acquitter »

Source : synonymes de acquitter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « acquitter »

Acquitter

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