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Étoffe

Définitions du mot « étoffe »

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ÉTOFFE, subst. fém.

A.− Matière textile servant à l'habillement, à l'ameublement. Synon. tissu.Étoffe de coton; étoffe imprimée; coupon d'étoffe. Les mouflons du corral avaient été dépouillés de leur laine, et cette précieuse matière textile, il ne s'agissait donc plus que de la transformer en étoffe (Verne, Île myst.,1874, p. 311).À travers la souple et floconneuse étoffe de son complet, il respirait le bien-être par tous ses pores (Gide, Caves,1914, p. 822):
1. Des satins clairs et des soies tendres jaillissaient d'abord (...). Puis, venaient des tissus plus forts, les satins merveilleux, les soies duchesse, teintes chaudes, roulant à flots grossis. Et, en bas, ainsi que dans une vasque, dormaient les étoffes lourdes, les armures façonnées, les damas, les brocarts, les soies perlées et lamées, au milieu d'un lit profond de velours... Zola, Bonh. dames,1883, p. 487.
2. Pierre, qui d'ordinaire ne s'occupait guère de ces détails, tâtait les étoffes, les froissait dans ses mains d'un air soupçonneux, ne trouvant rien d'assez beau pour sa promise. On fit choix d'une étoffe de soie, couleur gorge de pigeon, à reflets mauves et bleus, qui bruissait doucement et coulait dans leurs doigts, comme une eau changeante. Moselly, Terres lorr.,1907, p. 201.
SYNT. Étoffe de fil, de laine, de soie; étoffe fine, légère, transparente; étoffe épaisse, lourde; étoffe grossière, précieuse; étoffe brochée, brodée, satinée, unie; étoffe chatoyante, moelleuse; étoffe irrétrécissable, lavable; lisière d'une étoffe; métrage, pièce, rouleau d'étoffe; acheter, lever des étoffes; marchand d'étoffes.
1. [P. anal. d'aspect] De vieux troncs d'arbres (...) apparaissaient vêtus d'un incomparable velours vert, étoffe superbement feutrée de fines mousses moelleuses au tact (Michelet, Insecte,1857, p. xvii).Devant lui une terre vêtue de soleil, l'étoffe claire des prés, la laine des bois, le voile froncé de la mer (Saint-Exup., Courr. Sud,1928, p. 14).
Spéc., B.-A. ,,Draperies des figures peintes ou sculptées`` (Adeline, Lex. termes art, 1884). La plus surprenante de ces statues (...) était celle de Moïse. Enveloppé d'un manteau dont l'étoffe aussi flexible qu'un véritable tissu, ondoyait en de souples plis (Huysmans, Oblat,t. 2, 1903, p. 120).
2. P. métaph. Il n'est aucune forme d'art où n'apparaisse (...) ce souci de doubler la soie brillante de l'imagination avec l'étoffe solide de la science (Bourget, Essais psychol.,1883, p. 181).Les anciennes idées qui faisaient bon usage, qui étaient taillées dans des étoffes comme on n'en fait plus (Nizan, Chiens garde,1932, p. 206):
3. ... notre destin est un destin spatial et temporel. Il n'est pas un de nos actes qui ne soit taillé dans cette étoffe étendue et durable dont la réflexion moderne tend à penser qu'elle n'est qu'un même tissu sous deux éclairages. Mounier, Traité caract.,1946, p. 299.
Rem. On rencontre ds Teilhard de Chardin l'expr. étoffe de l'univers qui sert à désigner la matière dont l'univers est constitué. Historiquement, l'étoffe de l'univers va se concentrant en formes toujours plus organisées de matière (Phénom. hum., 1955, p. 44).
Loc. et expr. fig.
Ne pas épargner, ne pas plaindre l'étoffe. User largement de la matière, des moyens dont on dispose. Celle-ci (...) avait donné (...) des témoignages d'une admiration frénétique. Elle excellait en ce genre, et comme on le pense, elle n'y épargna pas l'étoffe cette fois (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 80).
Tailler en pleine étoffe. Se servir sans contrainte (de quelque chose), avoir toute liberté pour agir. Le Cid, pour les Espagnols, était, depuis des siècles, un personnage épique : aussi le poëte dramatique, Guilhem de Castro, se sent à l'aise avec lui et y taille en pleine étoffe (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 7, 1863-69, p. 266).
B.− TECHNOL. Matière servant à la fabrication de différents objets.
1. IMPR. Les étoffes. Matériel nécessaire à l'impression. Cf. Carabelli, [Lang. impr.].
P. ext. Somme demandée par l'imprimeur en plus des frais d'impression pour couvrir ses frais généraux de matériel et de fonctionnement et réaliser un bénéfice. Les privilèges d'imprimerie (...) prélèvent sur notre profession une sorte d'impôt représenté par ce qu'on appelle « les étoffes », c'est-à-dire le tiers du prix de main d'œuvre (Nerval, L. Burckart,1839, p. 308).Les bénéfices que doit faire un imprimeur, ce monde de choses exprimées en langage d'imprimerie par le mot « étoffes » (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 556).
2. MÉTALLURGIE
a) Alliage de fer et d'acier utilisé par les serruriers, taillandiers, couteliers pour la fabrication des gros instruments tranchants.
b) Alliage dont se servent les potiers d'étain.
Ces sens sont attestés ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e-Lar. encyclop., Littré, Guérin 1892, DG, Rob.
c) Alliage d'étain et de plomb qu'utilisent les fabricants de tuyaux d'orgue. Ceux [les tuyaux d'orgue] qu'on ne voit pas sont en étoffe, alliage de plomb et d'étain (Bouasse, Instrum. à vent,1930, p. 277).
d) Alliage de fer et d'acier utilisé pour la fabrication des canons. Mes canons y furent célèbres [à Aranjuez] dont j'avais de toutes les couleurs et de toutes étoffes, jusque-là que le comte-duc en fut jaloux (Toulet, Mar. Don Quichotte,1902, p. 96).
3. TANN. Solution de sel marin et d'alun dans laquelle on fait tremper les peaux. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e-20e, Littré, Guérin 1892.
C.− Au fig. Ce qui constitue la personnalité d'un être humain ou la caractéristique d'une chose, produit de l'esprit humain. Être de la même/d'une autre étoffe que.
1. [En parlant d'une pers.] Ce qui constitue la personnalité, ce qui définit les qualités ou les tares intellectuelles, morales de quelqu'un. Paresseux et gourmand, voilà dans quelle étoffe le gaillard est taillé! (Banville, Odes funamb.,1859, p. 146).Vraiment, c'est une chose absurde et injuste qu'on n'ait pas donné à notre corps l'étoffe de notre caractère (Goncourt, Journal,1865, p. 208).Cent fois vous serez touché des larmes de théâtre, et des morts de théâtre, enfin de toutes choses qui sont votre étoffe, mais que vous détachez de vous comme un vêtement, que vous suspendez sur l'acteur, qui court au malheur à votre place (Alain, Propos,1935, p. 1284):
4. ... tout cela ramenait la pensée de celui qui la regardait vers la lignée qui lui avait légué cette insuffisance de sympathie humaine, des lacunes de sensibilité, un manque d'ampleur dans l'étoffe qui à tout moment faisait faute. Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 688.
Loc. et expr.
Être de basse, de mince étoffe (vx). Être de naissance, de condition modeste(s). Il pourrait se faire, grâce à la conscription, que cet homme [un prisonnier français] fût d'une étoffe plus ou moins distinguée (J. de Maistre, Corresp.,1811-14, p. 295).Pour fuir la cour du roi Pétaud, Ou les croquants de mince étoffe, On emportait dans son château Son singe − avec son philosophe (Bouilhet, Dern. chans.,1869, p. 84).
Avoir l'étoffe de. Avoir l'aptitude, les qualités (bonnes ou mauvaises) nécessaires pour accomplir certains actes, remplir certaines fonctions. Il y avait dans ce marin l'étoffe d'un diplomate. Il y a dans chaque Grec l'étoffe d'un marin (About, Grèce,1854, p. 169).Le bon juge avait suffisamment l'étoffe d'un avocat pour que des électeurs aient pu y tailler un député (Thibaudet, Réflex. litt.,1936, p. 59):
5. C'étaient de ces natures naines qui, si quelque feu sombre les chauffe par hasard, deviennent facilement monstrueuses. Il y avait dans la femme le fond d'une brute et dans l'homme l'étoffe d'un gueux. Tous deux étaient au plus haut degré susceptibles de l'espèce de hideux progrès qui se fait dans le sens du mal. Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 194.
Avoir de l'étoffe. Faire preuve de grandes qualités intellectuelles et morales, d'une personnalité affirmée. Anton. manquer d'étoffe, être de mince étoffe.La reine de Naples s'était beaucoup formée dans les événements, disait l'empereur. Il y avait chez elle de l'étoffe, beaucoup de caractère et une ambition désordonnée (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 635).Je préfère cent fois un révolutionnaire convaincu (...) à un libéral. Il y a de l'étoffe dans le premier. Il n'y en a pas dans le second (L. Daudet, Temps Judas,1920, p. 81).
2. [En parlant d'une manifestation de l'esprit hum., sentiment, pensée, etc.] Ce qui constitue le fond, la matière d'une chose. Les paroles du comte (...) répondaient aux sentiments de chasteté, de délicatesse qui sont pour ainsi dire l'étoffe des premières amours (Balzac, Lys,1836, p. 141).On ne voit pas de quoi serait faite l'étoffe des rêves de Beethoven, si elle ne l'était de l'étoffe même de cet univers, avec lequel nous faisons corps (Rolland, Beeth.,t. 1, 1937, p. 21):
6. Tandis que le philosophe (...) se fonde (...) sur ce fait que la religion catholique, comme toute autre forme religieuse, est fausse et constitue une superstition, l'esprit clairvoyant du politique sachant que la superstition, le préjugé, la croyance sont l'étoffe et l'unique tissu du réel, se préoccupe uniquement de rechercher quelle forme du préjugé est utile à la réalité française... Gaultier, Bovarysme,1902, p. 300.
Spéc. [En parlant d'un ouvrage de l'esprit] Ce qui en constitue le sujet, la matière. Retourné au journal, où l'on m'a communiqué des notes manuscrites sur la Russie. Bonne étoffe d'article! (Barb. d'Aurev., Memor. 2,1839, p. 279).Beaucoup de destinées qui sont dramatiques ne fournissent pas l'étoffe d'un roman, parce qu'elles manquent de péripéties (Mauriac, Plongées,1938, p. 10):
7. De là est venu ce défaut (...) dans les tragédies françaises : cette parcimonie de scènes et de développements, ces faux retardements, et puis tout à coup cette hâte d'en finir, mêlée à cette crainte que l'on sent presque partout de manquer d'étoffe pour remplir le cadre de cinq actes. Vigny, Lettre Lord...,1829, p. 269.
Rem. On rencontre dans Huysmans étoffiste, subst. masc. Peintre habile dans l'art de bien représenter les étoffes. La patte même de l'ancien étoffiste n'y est plus. Les robes qu'il brossait dextrement jadis sont en bois tubulé et en fer (Art mod., 1883, p. 159).
Prononc. et Orth. : [etɔf]. Enq. : /etof/. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1241 estophe « matière (désigne toutes sortes de matériaux) » (Test. de Marie de Chimay, A. Ardennes ds Gdf. Compl.); 2. fin du xives. estoffe « ce qui constitue ou définit une personne ou une chose » (Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, t. 1, p. 178); 3. 1599 « tissu de laine, de fil, de coton, etc., dont on fait des habits, des garnitures d'ameublement » (Sully, Mémoires, t. 3, p. 423 ds Havard). Déverbal de étoffer*. Fréq. abs. littér. : 2 340. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 272, b) 4 231; xxes. : a) 3 802, b) 3 463. Bbg. Höfler (M.). Untersuchungen zur Tuch- und Stoffbenennung in der französischen Urkundensprache. Tübingen, 1967. − Rog. 1965, p. 34, 74.

Wiktionnaire

Nom commun

étoffe \e.tɔf\ féminin

  1. (Textile) Tissu de soie, de laine, de coton, etc., dont on fait des habits, dont on recouvre des meubles, etc.
    • Les femmes portent une jupe en vadmel, ou grossière étoffe de laine noire, et un corsage de même étoffe, ouvert au milieu pour laisser voir une chemise brodée. — (René Verneau, Les races humaines, Baillière & fils, 1890, page 653)
    • Quatorze colonnes de bois, hautes de vingt-trois pieds, tendaient au-dessus de la salle un ciel d'étoffe écarlate. — (Pierre Louÿs, Une fête à, Alexandrie, 1896, dans Archipel)
    • Des lois répressives furent édictées ; c'est ainsi qu'on défendit d’entrer et de mettre en vente en France des étoffes des Indes, de la Chine et du Levant, […]. — (Étienne Dupont, Le vieux Saint-Malo - Les Corsaires chez eux, p.119, éd. Honoré Champion, 1925)
    • Bernard sourit, hocha la tête et, glorieux de son vêtement coupé dans une étoffe cannelle de mauvais goût, m'offrit une cigarette. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
  2. (Figuré) Qualité, nature intrinsèque d’une chose.
    • Il n’y avait pas là l’étoffe d’un livre.
    • Il n’y a pas dans cette aventure l’étoffe d’un roman, l’étoffe d’une comédie tout entière.
    • Il y a en lui l’étoffe d’un chef.
    • Ce sont gens de même étoffe.
  3. (Figuré) Potentiel de capacités.
    • On peut faire de ce jeune homme quelque chose de bon, il y a de l’étoffe.
    • On ne fera jamais rien de ce jeune homme, il n’y a pas d’étoffe.
  4. (Typographie) (Au pluriel) (Vieilli) Ce que l’imprimeur faisait payer, à raison de tant pour cent, au-delà des frais d’impression, afin de se couvrir des dépenses qui entrent dans ses frais généraux.
    • Payer les étoffes. - On m’a compté tant pour les étoffes.
  5. (Marine) Ensemble des matériaux utilisés pour la construction d'un navire.
  6. (Technique) Union de plusieurs feuilles d'acier superposées et forgées ensemble, en vue de la fabrication par les taillandiers d'instruments tranchants.
  7. Nom donné à l'or ou l'argent qui peuvent entrer dans la fabrication de certains rubans.
  8. (Travail du cuir) Solution d’alun dans laquelle on trempe les peaux à tanner.

Forme de verbe

étoffe \e.tɔf\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de étoffer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de étoffer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de étoffer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de étoffer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de étoffer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉTOFFE. n. f.
Tissu de soie, de laine, de coton, etc., dont on fait des habits, dont on recouvre des meubles, etc. Étoffe à fleurs. Étoffe moelleuse. Fournir l'étoffe pour un costume, une robe, un chapeau. Par extension, On n'a pas épargné, on n'a pas plaint l'étoffe, On a employé une grande quantité de matière, ou on a employé plus de matière qu'il ne fallait. Fig., Il n'y avait pas là l'étoffe d'un livre. Il n'y a pas dans cette aventure l'étoffe d'un roman, l'étoffe d'une comédie tout entière. Il se dit aussi des Personnes. Il y a en lui l'étoffe d'un chef. Ce sont gens de même étoffe. On peut faire de ce jeune homme quelque chose de bon, il y a de l'étoffe, Il a des dispositions heureuses et qui n'ont besoin que d'être cultivées. Dans le sens contraire, on dit On ne fera jamais rien de ce jeune homme, il n'y a point d'étoffe. Au pluriel, en termes de Typographie, il se dit de Ce que l'imprimeur fait payer, à raison de tant pour cent, au-delà des frais d'impression, afin de se couvrir des dépenses qui entrent dans ses frais généraux. Payer les étoffes. On m'a compté tant pour les étoffes.

Littré (1872-1877)

ÉTOFFE (é-to-f') s. f.
  • 1Nom général des tissus de soie, de laine et d'autres matières dont on fait des habits et des ameublements. Il était fort obligeant, fort officieux ; et, comme il se connaissait fort en étoffes, il en allait choisir de tous côtés, les faisait apporter chez lui et en donnait à ses amis pour de l'argent, Molière, Bourg. gent. IV, 5. L'étoffe me sembla si belle que j'en ai voulu lever un habit pour moi, Molière, ib. II, 8. Je tâte votre habit ; l'étoffe en est moelleuse, Molière, Tart. III, 3. Ils [les Spartiates] ne pouvaient s'imaginer que ce même homme [Alcibiade] eût jamais eu chez lui de cuisinier, qu'il eût porté de fines étoffes de Milet, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 644, dans POUGENS.

    Fig. Ne pas épargner, ne pas plaindre l'étoffe, employer une plus grande quantité de matière qu'il ne fallait.

    En un sens contraire, rogner sur l'étoffe.

    Tailler en pleine étoffe, se donner ses coudées franches, prendre autant qu'on veut, faire ce qu'on veut. Vous taillerez en pleine étoffe ; Vite un congrès…, Béranger, Christophe.

    Terme de peinture. Se dit des vêtements d'un portrait et de ceux des figures d'un tableau de genre. Draperie se dit pour les tableaux d'histoire.

  • 2Se dit de toutes les matières qui entrent dans la fabrication des chapeaux.

    Terme de mégissier. Solution de sel marin et d'alun, dans laquelle on fait chauffer les peaux jusqu'à ce qu'elles en soient bien imprégnées.

  • 3Morceau d'acier commun dont les couteliers forment les parties non tranchantes de leurs ouvrages.

    Mélange d'étain et de plomb dont les facteurs d'orgues font des tuyaux.

    Composition à l'usage des potiers d'étain.

  • 4 Fig. Matière, matériaux, sujet. L'étoffe me manque quelquefois pour remplir mes lettres, Sévigné, 446. Ce que vous me mandez est l'étoffe de dix épigrammes, Sévigné, 320. Je retouche la première édition [du Dictionnaire], j'y fais des additions qu'il faut enchâsser le mieux qu'on peut et lier avec la vieille étoffe, Bayle, Lett. à Marais, 27 sept. 1700.
  • 5Valeur et qualités des personnes et des choses. J'ai bien un avis d'autre étoffe, Régnier, Épît. III. Le barbon rapporte quantités d'histoires de pareille étoffe sur la foi de Callisthène, Guez de Balzac, le Barbon. Bourgeois, artisans et autres gens de telle étoffe, Perrot D'Ablancourt, Lucien, t. I, dans RICHELET. Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon, La Rochefoucauld, Réflex. 387. Nous avons commencé la Morale [les Essais de morale de M. Nicole], c'est de la même étoffe que Pascal, Sévigné, 56. Il y a des gens d'une certaine étoffe ou d'un certain caractère, avec qui il ne faut jamais se commettre, La Bruyère, V. Une femme qui fuit le monde en enrageant, Parce qu'on n'en veut plus, et se croit philosophe, Qui veut être méchante et n'en a pas l'étoffe, Gresset, Méchant, IV, 9.

    Il y a en lui l'étoffe d'un grand écrivain, il est capable de devenir grand écrivain.

    Absolument. Ce qu'il faut pour atteindre à un certain point. Il y a bien des gens à qui l'étoffe manque, Sévigné, 432. La gourmandise est le vice des cœurs qui n'ont point d'étoffe, Rousseau, Ém. II. Il se chargea, s'il me trouvait de l'étoffe, de chercher à me placer, Rousseau, Conf. III. Leurs subtiles pensées marquent des esprits sans étoffe, Rousseau, Émile, IV.

    Se dit de la condition, de la naissance. La maréchale de Rochefort était d'une autre étoffe [que Mme de Villars] et de la maison de Montmorency, Saint-Simon, 3, 51.

    Être de mince étoffe, être d'une condition ou d'une valeur fort médiocre. Ton œil ne peut se détacher, Philosophe De mince étoffe, Du vieux coq de ton vieux clocher, Béranger, Bohémiens.

  • 6 Au plur. Terme d'imprimerie. Proprement, le matériel d'une imprimerie, et, par une extension naturelle, l'intérêt que l'imprimeur en doit tirer et qu'il calcule en dehors des prix de composition, de mise en pages et de tirage, etc.

HISTORIQUE

XIIIe s. Nus [nul] du mestier devant dit ne puet ne ne doit ouvrer ymage ne crucefiz, ne nule autre chose appartenant à sainte Yglise, se il ne le fait de sa propre estoffe, ou il ne le font il un ouvrier à l'autre, Liv. des mét. 156. Nus cordier ne puet ne ne doit nule corde faire de quelque maniere que ele soit, que ele ne soit faite tout de une estoffe, ib. 41.

XIVe s. Et tu n'as sçavoir, ny estoffe, Ne theorique ne science De l'art, ne de moy congnoissance, Nat. à l'alch. err. 14. C'estoient toute gent d'estoffe soufisant, Qui esprouvé avoient esté en combattant, Guesclin. 10758.

XVe s. …Se departirent de l'ost environ trois cents lances de bonnes gens d'estoffe, Froissart, II, II, 5. Adonc vinrent les seigneurs en bonne estoffe et en grand arroi, Froissart, II, II, 229. Pour lesquels canons garnir de pouldre, charbon et autres estouffes necessaires, le Jouvencel, f° 85, dans LACURNE.

XVIe s. Prestres et clercs, et gens de tous estophes, Hebreux et grecs, latins et philosophes, Marot, II, 216. J'ay aussy parlé à des personnes de gros estoffe, qui desirent que l'empereur allast en Italie, m'asseurant que bien toust seriez mis hors [délivré], Marguerite de Navarre, Lett. XX. Ils avoient des medecins atiltrez, qui ne failloient de leur mander l'yssue de leurs patients, quand ils estoient d'estoffe, Carloix, II, 10.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉTOFFE. Ajoutez :
7 Au plur. Dans l'exploitation du bois de flottage, les étoffes, l'ensemble des perches, rouettes, chantiers, etc. nécessaires pour former les trains, Mémoires de la Société centrale d'Agriculture, 1873, p. 264.

REMARQUE

Au sens de valeur et qualités des personnes et des choses, J. J. Rousseau a employé étoffe au pluriel : Comme si, commençant cette étude [celle de l'histoire grecque et romaine], vous y eussiez cherché d'autres êtres que les hommes, et que ce ne fût pas assez d'y en trouver de meilleurs dans leurs étoffes que ne sont nos contemporains, Lett. à Deleyre, 3 juin 1764.

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Étymologie de « étoffe »

Déverbal sans suffixe de étoffer. Le wallon stofe et le bourguignon estofle semblent être les mots qui réintroduisirent en français dans le sens nouveau de « tissu » dû à la modification en allemand (Stoff) du sens du latin stupa (« étoupe »)[1].
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Phonétique du mot « étoffe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
étoffe etɔf

Citations contenant le mot « étoffe »

  • Au teint, on juge l'étoffe ; au bouquet, le vin ; à l'odeur, la fleur ; au langage, l'homme. De Charles Cahier / Proverbes et aphorismes
  • On est mal fait pour le mariage quand on n'a l'étoffe ni d'un despote ni d'un esclave. De Jean Rostand / Pages d'un moraliste
  • La souffrance est le fil dont l’étoffe de la joie est tissée. Jamais l’optimiste ne connaîtra la joie. De Henri de Lubac / Paradoxes
  • Joe Biden étoffe son équipe économique LEFIGARO, Joe Biden étoffe son équipe économique
  • L’agence indépendante LMWR, présente à Paris et à Nantes avec près de 85 salariés, étoffe ses équipes. Du côté de la capitale, Marc Menguy, new business director de l’agence Extreme depuis 2018, rejoint LMWR pour y occuper la même fonction. Ronan Boussicaud, jusque-là head of social media, est également promu brand digital director. À Nantes, Nicolas Bourgeois prend les Stratégies, LMWR étoffe ses équipes - Stratégies
  • L'intelligence c'est l'étoffe, l'éducation est la teinture, or quand la teinture est mauvaise, elle gâte l'étoffe. De Claude Tillier / Pamphlets
  • Nous sommes faits de l'étoffe de nos rêves. De Tonino Benacquista / Saga
  • Nous sommes de l'étoffe dont les songes sont faits. De William Shakespeare / La tempête
  • Nous sommes faits de la même étoffe que les songes et notre petite vie, un somme la parachève. De William Shakespeare / La tempête
  • L'amour. C'est l'étoffe de la nature que l'imagination a brodée. De Voltaire / Dictionnaire philosophique
  • Trop de crêpes, trop d'étoffes noires, la tristesse est à l'extérieur. De Jean Mistler / Bon poids
  • Etre écrivain, c'est sans doute combler les trous de sa propre vie avec l'étoffe rapiécée des destins qui nous dépassent. De Eric Fiottorino
  • L'art et la religion ne sont pas deux choses, mais plutôt l'envers et l'endroit d'une même étoffe. De Alain
  • Il y a des gens qui n'ont de la morale qu'une pièce. C'est une étoffe dont ils ne se font jamais l'habit. De Joseph Joubert
  • La gourmandise est le vice des moeurs qui n'ont point d'étoffe. De John Lyly
  • Nôtre est l'étoffe dont les rêves sont faits, et notre petite vie est cernée de sommeil. De William Shakespeare / La Tempête, 1611
  • Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil. De William Shakespeare / La tempête

Traductions du mot « étoffe »

Langue Traduction
Anglais fabric
Espagnol tela
Italien tessuto
Allemand stoff
Chinois
Arabe قماش
Portugais tecido
Russe ткань
Japonais ファブリック
Basque ehuna
Corse tissu
Source : Google Translate API

Antonymes de « étoffe »

Étoffe

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