Soufflet : définition de soufflet


Soufflet : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SOUFFLET, subst. masc.

A. −
1.
a) Instrument utilisé pour souffler de l'air sur un point donné, composé d'une cavité souple, généralement en cuir, fixée entre deux tablettes qui se déplient en faisant entrer l'air et se replient en le chassant.
[Pour activer la combustion] Âme, manche, tuyère d'un soufflet. En été, quand on travaillait à la forge, je tirais le soufflet jusque dix heures (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 28).Sa poitrine qu'on voyait se gonfler et s'abaisser comme un soufflet de forge (Guéhenno,Journal homme 40 ans, 1934, p. 152).
Soufflet à deux vents, à double vent, à deux âmes. ,,Soufflet dont une partie aspire l'air pendant que l'autre le chasse, de manière qu'il souffle sans interruption`` (Jossier 1881).
Soufflet (de cheminée). Petit appareil à main, composé de deux parties plates, réunies par une feuille souple de cuir permettant de les éloigner ou de les rapprocher. Il a fallu que j'attise le feu avec un soufflet pendant qu'ils jetaient leurs papiers dedans (Sartre,Mort ds âme, 1949, p. 65).P. métaph. Nous y voilà, tout brûlants, tout excités, diables dans la braise. Il s'agit d'une vieille braise, sur quoi j'efforce le soufflet usé de la rancune (H. Bazin,Mort pt cheval, 1949, p. 252).
[Pour produire des sons] Soufflet (d'orgue). La parole (...) ne se forme point comme une note sous le doigt de l'organiste quand le pied presse le soufflet (Claudel,Violaine, 1901, I, p. 573).[Dans l'harmonium] le son est obtenu au moyen de petites lames métalliques appelées anches libres et mises en vibration par des soufflets placés au bas de l'instrument et manœuvrés par les pieds de l'instrumentiste (Rougnon1935, p. 233).
[Pour envoyer qqc. dans une direction donnée] AGRIC. ,,Instrument agricole destiné à projeter des insecticides, ou du soufre, sur des plantes cultivées afin de les protéger contre les insectes ou les maladies cryptogamiques`` (Fén. 1970). Soufflet à poudre insecticide; soufflet à soufrer; soufflet de viticulteur. Un soufflet fumigatoire composé d'un fourneau (...) terminé par une sorte de pomme d'arrosoir (...) sert à lancer la fumée de tabac (Du Breuil,Cult. arbres, 1876, p. 449).Les soufflets dont on fait usage pour soufrer la vigne peuvent être divisés en deux catégories: les soufflets simples et les soufflets à régulateurs (Brunet,Matér. vitic., 1909, p. 232).
b) PATHOL., vieilli. (Bruit de) soufflet. Bruit cardiaque observé dans les néphrites chroniques, semblable au bruit d'aspiration d'un soufflet. Jamais je n'ai vécu avec un mari sans soufflet dans la gorge, un mari à thorax d'or pur. Sa vie est un combat à mort contre l'asphyxie (Giraudoux,Sodome, 1943, I, 1, p. 36).
2. P. anal.
a) [De bruit] Arg. ,,Derrière`` (France 1907). Soufflet à punaises. ,,Fusil`` (Esn. Poilu 1919, p. 408). Synon. arg. pétard.
b) [De fonction]
Vx ou arg. Poumons. Synon. arg. soupapes (v. soupape).[Au jeu de crosse] Il fallait avoir de bons soufflets dans la poitrine et des charnières en fer dans les genoux (Zola,Germinal, 1885, p. 1374).L'autre [blessé] répondit d'une voix sourde, en frappant son poumon: − Dans l'soufflet (Esnault,Notes compl. Poilu[1919], 1957).Avoir les souflets béquetés aux mites, loc. ,,Être atteint de la tuberculose`` (Riv.-Car. 1969).
ICHTYOL. Bécasse (v. ce mot B). D'autres genres [de poissons] (...) des soufflets, au museau long et tubuleux (...) qui tuent les insectes en les frappant d'une simple goutte d'eau (Verne,Vingt mille lieues, t. 2, 1870, p. 10).
c) [D'aspect, de forme, parfois de fonction]
α) [À propos de choses qui se replient comme le cuir d'un soufflet]
ARCHIT. ,,Élément du réseau des fenêtres de style flamboyant; il peut y paraître seul ou conjugué avec les mouchettes`` (Nér. Hist. Art 1985).
COUT. Morceau de tissu, généralement triangulaire, intercalé dans une couture ou entre une poche plaquée et le vêtement pour donner de l'ampleur. Les chasubles n'ont pas ces formes de tablier de sapeur et elles n'arborent point sur les épaules du prêtre ce renflement, cette sorte de soufflet pareil à une oreille couchée d'ânon, qu'à Paris les étoliers fabriquent (Huysmans,En route, t. 2, 1895, p. 220).Cette ampleur [de la chemise de nuit] s'évase en godets, en soufflets, en plis à la cheville ou jusqu'au sol (Catal. Carrefour, 2 janv. 1952, p. 4, col. 6).COUT. À soufflet(s),loc. adj. Chemise, veste à soufflet(s). Poches à soufflets (...). Ce soufflet sert à donner de l'aisance pour mettre des objets (Dreyfus,Manuel apiéceur, av. 1953, p. 32).
MAR. ,,Abord d'un grand navire, coupure transversale ménagée dans un pont supérieur, afin de lui laisser un peu de souplesse aux mouvements de tangage`` (Merrien 1958).
MAROQ. ,,Pièce latérale ou de fond d'un portefeuille, d'une serviette, d'un sac, etc. dont le pli longitudinal, en s'ouvrant ou en se fermant, permet d'agrandir ou de diminuer la capacité de l'objet`` (Rama Maroq. 1975). Sur un soufflet intérieur, en discrètes lettres d'or, la serviette portait cette indication: Defouqueblize (Gide,Caves, 1914, p. 848).MAROQ. À soufflet(s),loc. adj. Serviette à un, deux, trois soufflet(s). Suivi du domestique qui pliait sous le poids d'une malle, d'une valise à soufflets, d'un sac de nuit (Huysmans,À rebours, 1884, p. 167).Un porte-monnaie d'ivoire à soufflets de satin blanc (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p. 1329).
MUSIQUE
Soufflet d'accordéon. Partie extensible d'un accordéon. Parois solides et (...) membranes élastiques formant des chambres analogues à des soufflets d'accordéon (Quéret,Industr. gaz, 1923, p. 220).
,,Signe d'interprétation (...) formé du rapprochement des signes du « crescendo » et du « descrescendo »`` (Mus. 1976). D. Mazocchi invente plusieurs signes d'expression comme les soufflets (Lalo,Esthét. mus. sc., 1908, p. 276).Un signe en forme de v placé verticalement [sur une note de musique] indique que le son doit être fortement appuyé; placé horizontalement, il signifie que le son attaqué avec force doit être ensuite diminué d'intensité. Ce dernier signe est appelé soufflet (...). Le soufflet étendu à une suite de notes ou à une phrase (...) prescrit, selon sa direction, une augmentation (...) de l'intensité < ou une diminution (...) > Ce signe correspond aux mots Crescendo et Decrescendo, ou Diminuendo (BrenetMus.1926,p. 300).
PHOT. ,,Partie extensible en forme d'accordéon, étanche à la lumière, reliant le porte-objectif et le porte-film (ou le corps avant et le corps arrière) d'une chambre photographique`` (Microgr. 1980). L'appareil [photographique], de format réduit, n'a pas de soufflet déformable (Prinet,Phot., 1945, p. 33).
TRANSPORTS
CH. DE FER. Passage articulé entre deux voitures de chemin de fer. Marat se trouve pressé, avec une dizaine de voyageurs, entre un soufflet clos par un panneau métallique et une porte vitrée solidement verrouillée qui donne accès au couloir d'un wagon-lit (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p. 121).Le passage d'une voiture à une autre est assuré par une porte située en bout de chaque plateforme et qui donne accès au soufflet accouplé au soufflet de la voiture suivante (Bailleul,Matér. roulant ch. de fer, 1951, p. 112).
À soufflet(s), loc. adj. Ballotté, bousculé comme s'il était sur la plaque trépidante d'un passage à soufflets entre deux wagons (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 728).
HIST. DES TRANSP. Capote de véhicule hippomobile qui se replie par un système de leviers articulés. Fermer, ouvrir le soufflet. [Les écrins] céderont à la pression de ton doigt comme le soufflet de ma calèche (Nodier,Trésor Fèves, 1833, p. 48).P. méton., vx. Ce véhicule. Les voitures: coucous, soufflets, landaus, berlines, carrosses, charrettes (...) roulent du matin au soir comme un torrent (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 335).Elle était seule, avec un laquais, dans un soufflet de satin mauve, tiré par trois petits poneys, tout harnachés d'argent (Bourges,Crépusc. dieux, 1884, p. 204).
β) [À propos de choses qui font une poche d'air] RELIURE. Boursouflure ou pli produit par une bulle d'air sous le papier, la peau ou la toile encollé(e) de la couverture d'un livre relié. (Dict. xxes.).
γ) [À propos de choses qui permettent le jeu de ressorts] Les sommiers à soufflets sont ceux dont la caisse est échancrée sur les côtés et garnie de ressorts (Lar. mén.1926, p. 766).
B. − Vieilli ou littér.
1.
a) Coup donné sur la joue avec le plat ou le revers de la main. Synon. baffe (pop.), calotte (fam.), claque1, gifle.Administrer, appliquer, donner un soufflet à qqn; recevoir un soufflet. Ce qui déshonore est funeste: un soufflet ne fait physiquement aucun mal, et cependant il vous tue (Chateaubr.,Mém., t. 2, 1848, p. 630).Elle le trouva qui tenait la fausse nièce sur ses genoux, le traita de paillard, lui donna des soufflets et l'obligea à lui demander pardon (France,Île ping., 1908, p. 394).
Arg. Voler au soufflet. ,,Entrer brusquement dans un magasin où une dame solde des objets de luxe, la souffleter en jouant au mari indigné et disparaître avec son porte-monnaie`` (Larch. 1880).
Rare. Coup vif de la main sur quelque chose ou quelqu'un. Ils se bourrèrent les reins de gros soufflets, pour épousseter leur uniforme (D'Esparbès,Lég. aigle, 1893, p. 11).
b) P. anal. Coup vif sur le visage (donné en partic. par un élément atmosphérique). Synon. gifle.Soufflet du vent. Les égratignures des broussailles et les soufflets des branches (Gautier,Fracasse, 1863, p. 4).Il reçut un soufflet mouillé dès qu'il mit les pieds dehors (Huysmans,À rebours, 1884, p. 178).
Soufflet du temps. Ensemble des marques physiques dues aux années, outrages du temps. − Ai rencontré Camille, belle autrefois comme celle d'André Chénier, mais, hélas! frappée à la joue de ce rude soufflet du temps qui laisse sa marque où il est tombé (Barb. d'Aurev.,Memor. 2, 1838, p. 312).
2. Au fig.
a) Loc. pop. Donner, foutre un soufflet à une bouteille. Boire d'un trait une bonne quantité (d'alcool). Synon. donner une claque à (v. claque1).Vidocq donnait ce qu'on appelle proprement un soufflet à un litre d'eau-de-vie ([L'Héritier],Suppl. Mém. Vidocq, t. 1,1830,p. xxxv).
b) Loc., vx. Donner un soufflet à. Faire quelque chose de contraire à. Donner un soufflet au bon droit, à la raison, au sens commun. Ils ont laborieusement cherché à donner un démenti à la Bible et un soufflet aux prophéties (Lamart.,Voy. Orient, t. 1,1835,p. 325).− (...) il paraît que c'est fait, ils ont annulé mon mariage (...) − Non, non! on n'imagine pas une farce pareille! C'est le plus beau soufflet que je connaisse, donné à la justice et au simple bon sens (Zola,Rome, 1896, p. 350).
c) Dommage, préjudice, blessure d'amour propre infligée à quelqu'un. Synon. affront, avanie, humiliation, insulte, offense, outrage, vexation.V. souffletant rem. s.v. souffleter ex.
Prononc. et Orth.: [suflε]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Dernier tiers du xiiies. [ms.] « instrument servant à souffler, à faire du vent, surtout pour activer le feu » (Oustillement B ds Biens d'un ménage, éd. V. Nyström, I B, 67: souflet); b) 1855 bruit de soufflet méd. (Littré-Robin); 2. a) 1500 « ce qui se replie comme un soufflet » (doc. ds Gdf. Compl.); b) 1690 « sorte de voiture ou de chaise roulante sur deux roues dont le dessus et le dedans sont de cuirs ou de toiles cirées qui se lèvent et se plient comme un soufflet » (Fur.); c) α) 1833 cout. (M. Vandael, Man. théorique et pratique du tailleur, p. 232 [Roret] ds Quem. DDL t. 16); β) 1857 « partie pliante ou souple entre deux parties rigides destinée à donner du volume, de l'ampleur » (Nosban, Manuel menuisier, t. 2, p. 594); d) 1895 soufflet de chambre noire (Guérin Suppl.); e) 1927 ch. de fer « passage articulé entre deux voitures » (M. Bedel, Jérôme, 60elatitude Nord, II ds Rob.). B. 1. 1396 « coup du plat ou du revers de la main appliqué sur la joue » (Manière de Langage ds R. crit. d'hist. et de litt., 5eannée, 2esemestre, 1870, p. 397); 2. ca 1590 « affront, outrage » (Montaigne, Essais, II, 21, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 677). Dér. de souffler*; suff. -et*. On note aussi, au sens B 1, le subst. soufflace (1396 ds Gdf.), également dér. de souffler. Fréq. abs. littér.: 504. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 568, b) 1 476; xxes.: a) 862, b) 348. Bbg. Quem. DDL t. 34.

Soufflet : définition du Wiktionnaire

Nom commun

soufflet \su.flɛ\ masculin

  1. Instrument servant à souffler, à faire du vent.
    • Soufflet d’orfèvre, de maréchal. - Soufflet de forge. - Soufflet d’orgue. - Soufflet de cuisine.
  2. (Par analogie) Ce qui se replie comme un soufflet.
    • Perpette allait son train déguisé en touriste avec son alpenstock, son appareil photo à soufflet et son pantalon de golf. — (Jacques Jouet, La République de Mek-Ouyes, P.O.L., 2001)
    • Ce projet utilise la ventouse d’un déboucheur, mais vous pouvez utiliser n’importe quel type de soufflet, comme un couvre-joint de transmission de voiture ou d’amortisseur de VTT [...]. — (Mike Hagen, Fabriquer ses accessoires photo, Eyrolles, 2018)
  3. (Familier) (Par analogie) Poumon.
    • Dans l’air sec, les grands coups de crosse pétaient, pareils à des coups de feu. Les mains musculeuses serraient le manche ficelé, le corps entier se lançait, comme pour assommer un bœuf ; et cela pendant des heures, d’un bout à l’autre de la plaine [...]. Il fallait avoir de bons soufflets dans la poitrine et des charnières en fer dans les genoux. — (Émile Zola, Germinal, Paris : G. Charpentier, 1885, pages 312)
    • Le mari a les soufflets mités et, à part des enfants, il ne fait absolument rien. — (Frédéric Dard (San-Antonio), En peignant la girafe, Fleuve Noir, 1969, page 44)
  4. (Chemin de fer) Sorte de passerelle munie de parois extensibles, qui relie les voitures les unes aux autres. Un dispositif comparable existe dans les autobus articulés.
    • Malgré cela, il avait réussi à prendre son billet, à grimper dans le convoi et à s’asseoir entre deux wagons de troisième classe, dans le soufflet, car le train était archicomble. — (Claude Michelet, Ils attendaient l’aurore, Robert Laffont, 2011)
    • Il monta dans le bus 91, un double bus pourvu d’un soufflet en son milieu. — (Jacques A. Bertrand, La Course du chevau-léger, Julliard, 2006)
  5. Coup de la main à plat sur la joue.
    • ~ D’un affront si cruel
      Qu’à l’honneur de tous deux il porte un coup mortel :
      D’un soufflet. L’insolent en eût perdu la vie;
      Mais mon âge a trompé ma généreuse envie
      — (Pierre Corneille, Le Cid, acte I, scène V)
    • …, ce fut alors qu'un des valets du bourreau, nommé Legros, saisit cette tête par les cheveux, et, par une vile adulation à la multitude, lui donna un soufflet. Eh bien ! je vous dis qu'à ce soufflet la tête rougit; …. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Alors, la Normande, à toute volée, donna un soufflet à Claire, qui pâlit affreusement et qui sauta sur elle, en lui enfonçant les ongles dans le cou. — (Émile Zola, Le Ventre de Paris, ch. VI, Georges Charpentier, Paris, 1873, p. 336 de l’éd. de 1878)
    • La réponse me vint sous la forme d’un soufflet de ma mère qui me rappela par ce moyen toutes les instructions qu’elle m’avait données. — (Julien Green, Le voyageur sur la terre, 1927, Le Livre de Poche, page 211)
  6. (Figuré) Camouflet, affront, mortification.
    • Le refus qu’il a essuyé a été pour lui un cruel soufflet.
  7. (Architecture) (Arts) Partie d'un vitrail dont les contours délimitent une forme symétrique.
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Soufflet : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOUFFLET. n. m.
Instrument servant à souffler, à faire du vent. Soufflet d'orfèvre, de maréchal. Soufflet de forge. Soufflet d'orgue. Soufflet de cuisine. Prenez ce soufflet et ravivez le feu. Soufflet à deux vents, à double vent, à double âme, Soufflet dont une partie aspire l'air, pendant que l'autre le chasse, en sorte qu'il souffle sans interruption. Par analogie, Valise à soufflet, Valise qui se replie comme un soufflet. Wagons à soufflets, Wagons qui sont reliés les uns aux autres par des passerelles munies de parois extensibles.

SOUFFLET désigne encore un Coup de la main à plat sur la joue. Donner un soufflet. Appliquer un soufflet. Recevoir un soufflet. Fig., Donner un soufflet au bon droit, à la raison, au sens commun, Faire ou dire quelque chose de contraire au bon droit, à la raison, au sens commun. Fig., Donner un soufflet à quelqu'un sur la joue d'un autre, Faire à celui-ci des reproches qui retombent sur le premier.

SOUFFLET se dit figurément et familièrement d'un Camouflet, d'un affront, d'une mortification. Le refus qu'il a essuyé a été pour lui un cruel soufflet.

Soufflet : définition du Littré (1872-1877)

SOUFFLET (sou-flè ; le t ne se lie pas ; au plur. l's se lie : des sou-flè-z élégants ; soufflets rime avec traits, succès, paix, etc.) s. m.
  • 1Instrument qui sert à souffler. Un soufflet de forge, de cheminée, d'orgues. Un soufflet d'abattoir. L'âme d'un soufflet. Un soufflet gonfle l'animal expiré, et lui donne une forme hideuse, Mercier, Tabl. de Par. 42.

    Soufflet à deux vents, à double vent, à double âme, soufflet dont une partie aspire l'air, pendant que l'autre le chasse, de sorte qu'il souffle sans interruption.

    Se dit aussi des diverses machines soufflantes employées dans les fabriques, les hauts fourneaux, les usines, etc.

    Cela ne vaut pas un clou à soufflet, voy. CLOU.

  • 2Dessus d'une calèche, d'un cabriolet qui se replie en forme de soufflet. Cabriolet à soufflet ou à capote. Ouvrir, fermer le soufflet.

    On dit semblablement : casquette, valise, malle en soufflet.

  • 3Ancienne espèce de voiture à deux roues, fort légère, où il n'y avait place que pour une ou deux personnes, dont le dessus et le devant, étant de cuir ou de toile cirée, se levaient et se repliaient comme un soufflet dans le beau temps, et s'abaissaient et s'étendaient pendant la pluie. Sa Majesté se porta bien… à un peu de rhume près gagné à une chasse où le roi fut mouillé de la pluie qui avait coulé par le dossier de son soufflet, Journ. de la santé du roi, p. 299.
  • 4Coup du plat de la main ou du revers de la main sur la joue. D. Diègue : Viens me venger. - Rodrigue : De quoi ? - D. Diègue : D'un affront si cruel Qu'à l'honneur de tous deux il porte un coup mortel, D'un soufflet, Corneille, Cid, I, 8. Je t'appliquerai sur la joue le plus grand soufflet qui se soit jamais donné, Molière, Bourg. gent. III, 2. Seigneur, j'ai reçu un soufflet ; vous savez ce que c'est qu'un soufflet, lorsqu'il se donne à main ouverte sur le beau milieu de la joue ; j'ai ce soufflet fort sur le cœur, Molière, Sicil. SC. 11. Le soufflet est très injurieux, et rien ne peut déshonorer davantage un honnête homme, Le Maitre, Plaidoyer 26. J'aimerais mieux recevoir un soufflet ou un coup de poing de vous, comme cela m'était assez ordinaire, Racine, Lett. à Mlle Vitart 26 déc. 1661. Un soufflet devint une injure qui devait être lavée par le sang, parce qu'un homme qui l'avait reçu avait été traité comme un vilain, Montesquieu, Esp. XXVIII, 20. Ce chapelier qui présentait sa requête à un duc et pair pour être payé de ses fournitures : Est-ce que vous n'avez rien reçu, mon ami, sur votre partie ? Je vous demande pardon, monseigneur ; j'ai reçu un soufflet de monseigneur votre intendant, Voltaire, Dial. XXIV, 6. Le grand Condé s'oublia jusqu'à donner un soufflet au comte de Rieux… le comte de Rieux rendit le soufflet au vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Nordlingue et de Lens ; cette étrange aventure ne produisit rien, Voltaire, Louis XIV, 5. Réflexion faite, lui dit-il, ce n'est pas un soufflet, c'est un coup de poing que vous m'avez donné, Ch. de Bernard, la Peau du lion, XI.

    Fig. Donner un soufflet à Vaugelas, faire une faute grossière contre la langue française

    On a dit autrefois dans le même sens : Donner un soufflet à Ronsard.

    Fig. Donner un soufflet au bon droit, au sens commun, faire ou dire une chose contraire au bon droit, au sens commun. Et qu'une faible pointe à la fin d'un couplet En dépit de Phébus donne à l'art un soufflet, Corneille, Excuses à Ariste. Il n'y a pas un de ces gens-là qui, pour la moindre chose, ne soit capable de donner un soufflet au meilleur droit du monde, Molière, Fourb. II, 8.

    Autrefois, il a donné un soufflet au roi, il a fait de la fausse monnaie.

    Donner un soufflet à quelqu'un sur la joue d'un autre, diriger contre l'un le blâme que l'on adresse à l'autre. Le critique imprudent, qui se croit bien habile, Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile, Chénier, Épît. II.

  • 5Petit soufflet, petit coup sur la joue qui est quelquefois ou une caresse ou une marque de familiarité. À l'autre, d'un air et d'un ton plus amical : Bonjour, abbé, en lui donnant parfois un petit soufflet sur la joue, Marmontel, Mém. IV.

    L'évêque donne un petit soufflet à ceux qu'il confirme.

    Jouer aux petits soufflets, jeu d'enfants où l'on s'amuse à se donner de petits soufflets. Il y a entre eux [le duc d'Enghien et Mme de Brissac] un air de guerre ou de mauvaise paix qui nous réjouit ; nous trouvâmes qu'ils jouaient aux petits soufflets, comme vous y jouiez autrefois avec lui, Sévigné, 3 avr. 1671.

  • 6 Fig. et familièrement. Dégoût, mortification. Il a reçu un rude soufflet. On dit que les vieillards sont durs ; j'ai le malheur d'être sensible, comme si j'avais vingt ans ; le soufflet donné à Laharpe et à notre Académie est tout chaud sur ma joue, Voltaire, Lett d'Argental, 11 oct. 1771.
  • 7 Terme de relieur. Sorte de godet que présente la peau. Ce papier se décolle souvent, soit en dedans, soit en dehors, par le seul effet de la fraîcheur que lui communique la peau, et celle-ci présente des soufflets le long des mords, Lesné, la Reliure, p. 162.
  • 8Poisson de la mer du Sud.

HISTORIQUE

XIIIe s. Le souflet à soufler le feu ; Pot de cuivre tient bien son lieu, Choses qui faillent en ménage. N'est nus si os [nul si osé] ki laiens entre, N'ait d'un souflet parmi le ventre, Ms. de poés. franç. av. 1300, t. IV, f° 1337.

XIVe s. Cinq soufflets neufs, les aucuns ouvrez de taille [c'est-à-dire sculptés], De Laborde, Émaux, p. 502. Le dyafregme est ung instrument qui sert au cuer ainsy comme les soufflès des fevres qui reçoivent l'air en ouvrant et en cloant, Lanfranc, f° 32.

XVe s. Il donna audit homme deux souffletz bien assis, Du Cange, sylvaticus. M'ont mainte fois assigné au souflet Les generaulx [ne m'ont pas payé]…, Deschamps, Poés. mss. f° 310. Pour donner à Dago, le foul, en recompense de soufflets qui luy furent baillés en sa presence [du duc de Bretagne], un escu neuf, De Laborde, Émaux, p. 502. Et quant il vint près, il sentit un soufflet de vent si chault, qu'il luy estoit advis que ce fust feu, Lancelot du Lac, t. III, f° 112, dans LACURNE.

XVIe s. Le feu fut mis par artifice en trois tours, où les Venitiens mettoient principalement leurs poudres ; de ce soufflet toutes les portes et fenestres de la ville de Venise furent ouvertes, et le couvent des Celestins ruiné, D'Aubigné, Hist. I, 342. Nul ne vouloit porter la meche à cette petite trainée, craignant le soufflet du gros, D'Aubigné, ib. II, 150. Le feu estoit mort au foier de son cœur, et tous ces soufflets [ces attaques] n'en faisoient voller que de la cendre, D'Aubigné, ib. II, 439. Vous battez le soufflet, vous serez mal chauffé, Oudin, Curios. franç.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SOUFFLET. Ajoutez :
9Dans le langage des tailleurs, pièce triangulaire insérée dans une fente de l'étoffe pour élargir un vêtement sur un point donné.

HISTORIQUE

XIVe s. Ajoutez : Tiens te coy, ou je te dounrai un ytel soufflet que tu penseras de moy de cy as quatre jours, Rev. critique, 5e année, 2e série, p. 397.

XVIe s. Ajoutez : Il faudra attendre à punir ces soufflets et boutefeux de meurtres et seditions, jusques à ce que…, Ph. de Marnix de Sainte-Aldegonde, Response apologetique, 1598, Corresp. et mélanges, p. 485.

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Soufflet : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOUFFLET, s. m. (Art mechanique.) est un instrument dont le méchanisme consiste à pomper l’air & à le pousser contre le feu ou toute autre chose, par le moyen d’une ame ou soupape de cuir, qui est attachée au bois de dessous, & tenue lâche & aisée, de façon qu’elle s’en éloigne quand on leve celui de dessus, & revient s’y appliquer dès que par une légere pression on rapproche les deux bois l’un de l’autre ; par-là l’air ne pouvant ressortir par où il est entré, s’échappe nécessairement par un trou pratiqué exprès au bout du soufflet. Le soufflet est composé de deux ais, au bord desquels est clouée une peau, d’une douelle placée à l’une des extrémités des ais, & d’une soupape attachée en-dedans à l’ouverture de l’ais du dessous ; il est évident qu’en écartant les ais, l’air est attiré en-dedans du soufflet par l’ouverture de l’ais de dessous ; qu’en les rapprochant, la soupape s’abaisse, & que l’air est chassé par la douelle. Voilà en général à quoi se réduit toute construction de soufflet, quelle qu’elle soit.

Soufflet, outil d’Arquebusier ; ce soufflet est comme celui des serruriers, suspendu de même, & a le même mouvement ; il sert aux Arquebusiers pour souffler & allumer le feu à la forge.

Soufflet quarré, en terme de Boisselier ; c’est un soufflet qui ne differe du soufflet ordinaire que par de petites feuilles de bois de fourreau qu’on y colle intérieurement à la place des verges.

Soufflet quarré a double vent, en Boisselerie : on appelle ainsi des soufflets qui pompent le double d’air des autres, par le moyen d’une planche qu’on y met de plus, & d’un ressort qui s’y ajoute.

Soufflet, outil de Ferblantier ; ce soufflet est beaucoup plus petit que les soufflets d’orgue, & est exactement fait comme eux. Il sert aux ferblantiers à allumer le feu avec lequel ils font chaufer leurs fers à souder. Voyez les Pl. du Ferblantier.

Soufflet, (Forge.) Voyez l’article Grosses forges, où le soufflet de ces usines est décrit.

Soufflets de l’orgue, représentés Pl. d’orgue, fig. 23. sont de grands corps qui, en se dilatant, se remplissent d’air, qu’ils chassent par les porte-vents dans la laie du sommier lorsqu’ils se contractent. C’est cet air ainsi poussé avec vitesse, & qui est condensé, qu’on appelle vent, sans lequel l’orgue est un corps sans ame.

Les soufflets, dont un seul, quelque grand qu’on le fasse, ne sauroit suffire, sont composés de deux tables de bois de chêne de 6, 7 ou 8 piés de long, sur 3 ou 4 de large, plus ou moins, selon la grandeur des soufflets & celle de l’orgue. Ces tables sont faites de bois d’Hollande de deux pouces d’épaisseur, qu’on assemble à rainures & languettes, ou avec des clés, & que l’on dresse bien des deux côtés & sur champ. La table inférieure, fig. 24. est percée de deux ou de trois trous : le trou O, qui a 1 pié de long, 6 pouces de large reçoit la partie supérieure du gosier OR, fig. 23. par lequel l’air contenu dans la capacité du soufflet passe dans le porte-vent. Ce trou doit être à environ 2 pouces du bout de la table, & dans le milieu de sa largeur ; ensorte que le grand côté du trou soit parallele au petit côté de la table, comme on voit dans la fig. 24. L’autre trou, ou bien deux autres, si on a fait deux ouvertures, est vers l’autre bout de la table, dont il est éloigné de 8 pouces ou environ. Ce trou a 1 pié en quarré ; c’est où on ajuste les deux soupapes SP, qui chacune ferment un trou. Lorsque l’on a fait deux ouvertures à l’extrémité des tables, qui est le côté du gosier ; & à la partie intérieure du soufflet, on met des barres DC ; chaque barre a autant d’épaisseur que la moitié de toutes les éclisses qui trouvent place dans la largeur DD, dont les deux barres DC éloignent les tables ; à l’autre extrémité des tables sont d’autres barres de bois paralleles aux premieres, mais collées & clouées de l’autre côté, ensorte que ces dernieres sont extérieures ; la barre extérieure de la table de dessous est à l’extrémité de cette table ; mais les barres LL, NN de la table de dessus, & qui sont au nombre de deux, sont, la premiere, à environ 4 pouces du bout de la table, & la seconde NN, à 8 ou 10 pouces de la premiere, entre lesquelles ont met la pierre M qui comprime le soufflet par son poids, & contraint l’ais d’en sortir : après que ces tables sont faites, on fait les plis du soufflet. Les pieces EE qui composent les plis des côtés du soufflet s’appellent éclisses, & les pieces T, fig. 24. qui composent les plis de la tête du soufflet s’appellent têtieres. Toutes ces pieces, tant les éclisses que les têtieres, sont faites de bois d’Hollande réfendu de l’épaisseur d’un quart de pouce : la largeur des têtieres est d’un pouce ou 1 pouce par pié de la longueur du soufflet ; ensorte que si le soufflet a 8 piés de long, les têtieres doivent avoir 8 pouces de large, qui est 1 pouce par pié de la longueur du souflet, ou 10 pouces, qui font 1 pouce par pié de la même longueur. Les éclisses ont par le côté de la tête du soufflet la même largeur que les têtieres, & par le bas une largeur De, fc, égale à l’épaisseur des barres DC. Ces barres sont percées de trois trous 1, 2, 3, pratiqués obliquement, ensorte qu’ils répondent à la tête extérieure ; & au milieu des faces intérieures des barres on passe des cordes d’un calibre convenable dans ces trous, & on les arrête avec des chevilles enduites de colle, que l’on enfonce à coups de marteau, & que l’on arrase ensuite aux faces intérieures des barres, qui font le côté par où les chevilles doivent être enfoncées. On fait entrer les bouts de corde qui sortent des trous par le côté de la tête des barres dans les trous correspondans de la barre de l’autre table ; ils doivent entrer par le côté de la tête, & sortir par la face intérieure, c’est-à-dire, par la face qui regarde le dedans du soufflet, & être chevillés & collés comme par l’autre bout. Ces cordes ainsi passées d’une barre dans l’autre, servent de charniere aux barres.

Après que les éclisses & les têtieres sont taillées, & que les rives extérieures sont arrondies, on couvre le côté qui doit regarder l’intérieur du soufflet, aussi bien que le côté intérieur des tables, de parchemin bien collé, afin que l’air condensé dont le soufflet est rempli, ne s’échappe pas au-travers des pores dont les planches sont fort remplies. Quelques facteurs pour satisfaire à la même indication, se contentent d’enduire plusieurs fois de colle l’intérieur du soufflet, comme on fait l’intérieur du sommier. V. Sommier.

Lorsque le parchemin est sec, on assemble les éclisses les unes avec les autres avec des bandes de peau de mouton parées. Ces bandes qui servent aussi à assembler de même les têtieres, sont collées sur la partie convexe du pli, en sorte que les bandes de peau des plis saillans sont collées à l’extérieur du soufflet, & les bandes des plis rentrans regardent l’intérieur. On met ensuite les éclisses & les têtieres en presse, & on les laisse sécher. Les têtieres doivent toujours être en nombre pairement pair, c’est-à dire que la moitié de ce nombre doit être en nombre pair ; en sorte, par exemple, qu’on ne pourroit pas faire un soufflet qui auroit 10 têtieres ; mais on le peut faire avec 8 ou 12, ou tout autre nombre dont la moitié est un nombre pair. Les éclisses sont de chaque côté du soufflet en même nombre que les têtieres, en sorte qu’elles sont dans un soufflet en nombre double de ces dernieres. Ainsi si un soufflet a 8 têtieres, il aura 16 éclisses, 8 de chaque côté. Le haut des éclisses & les têtieres doivent être coupées à onglet, un peu moindres que 45°. en sorte que les ouvertures AE, FB, fig. 24. aient de large du côté de E & de F, environ la huitieme partie de la largeur AE, FB. Le soufflet a 8 éclisses de chaque côté, & environ la douzieme partie des mêmes longueurs, si le soufflet en a douze. On assemble ensuite les éclisses & les têtieres avec les tables, avec des bandes de peau parées, collées moitié sur les éclisses ou têtieres & les tables. Lorsque les bandes de peau sont séchées, on coud avec du gros fil de Bretagne, les têtieres & les éclisses par la peau des bandes, qui doit excéder les angles saillans tux, d’environ un pouce de chaque côté ; on ouvre ensuite le soufflet, en sorte que les tables fassent ensemble un angle de 30 ou 35 degrés, ou que la distance AA, fig. 23. soit de 3 piés ou 4 piés, pour un soufflet de 8 piés.

Avant que d’assembler les éclisses avec les tables, on les étend sur un établi le côté de dehors en-dessus, & on colle sur leur extrémité étroite une piece de peau triangulaire abDD, fig. 23. qui prend toutes les éclisses ; cette piece de peau s’appelle rabat, voyez Rabat. La partie D de cette piece de peau qui excede les éclisses d’environ 4 pouces, vient s’appliquer sur les faces extérieures des barres DC où elle est collée ; on assemble de même les éclisses de l’autre côté du soufflet. Après que les têtieres & les éclisses sont assemblées avec les tables, & que les queues des rabats sont collées sur les barres Dc, Dc, qui forment l’épaisseur du soufflet, on colle une bande de peau sur toute la face DccD, cette peau parée dans tout son pourtour, est recouverte à ses deux bouts par les rabats abD. Par-dessus cette piece on en met une autre plus longue & plus large, parée de même dans tout son contour, laquelle recouvre par ses extrémités, les rabats & les tables par ses longs côtés, d’environ 2 pouces. Toutes ces pieces de peau sont collées & parées par le côté du duvet, en sorte que le côté glabre est en dehors. Pour faire étendre la peau & rechauffer la colle, on se sert d’un linge trempé dans de l’eau chaude & ensuite exprimé, que l’on applique sur la peau ; on ne se sert du linge mouillé que lorsque le côté glabre de la peau est en-dehors ; car lorsque c’est le duvet, & qu’on veut le menager comme celui de la peau dont les soupapes & les devans de l’axe sont doublés, on se sert d’un morceau de bois bien dressé, que l’on fait chauffer devant le feu comme un fer à repasser le linge, & on l’applique ensuite sur la peau dont la colle est rechauffée par ce moyen.

Pour achever le soufflet, qui se trouve fini quant à la partie inférieure cD, qui est le côté du gosier, il faut coller sur les vuides AE, FB, que les éclisses & les têtieres laissent entre elles, des pieces de peau xvz, qui s’appellent les premieres demi-aisnes, les secondes aisnes, & les troisiemes ronds. On commence par coller les ronds z, sur les angles saillans tux des plis ; on colle ensuite les demi-aisnes x, qui sont des pieces de peau triangulaires, moitié sur une éclisse, & l’autre moitié sur la têtiere voisine, en sorte que les espaces AE, FB, se trouvent fermés par ce moyen. Après que les pieces sont séchées, on colle par-dessus les aisnes y, qui sont des pieces lozanges, composées de deux demi-aisnes, unies par leur petit côté ; en sorte que si on coupoit l’aisne en deux par une ligne 34, qui est la petite diagonale du lozange, on auroit deux triangles qui seroient chacun semblables aux demi-aisnes, mais seulement plus grands. On colle les pieces, en sorte qu’une moitié 234, couvre une des demi-aisnes déjà collées, & l’autre moitié 143, la demi-aisne qui est vis-à-vis. Pour faire entrer ces pieces de peau dans les encoignures des plis, on se sert d’un couteau de bois non tranchant, avec lequel on range la peau dans les endroits où les doigts ne peuvent atteindre, & on rechauffe la colle avec un linge trempé dans l’eau chaude, autant de fois qu’il est nécessaire.

Avant de coller les aisnes & les demi-aisnes, on a l’attention d’ouvrir le soufflet autant qu’il le doit être, & d’écarter également les plis. Pour exécuter la premiere de ces deux choses, on dresse le soufflet debout sur la face DccD, que l’on pose sur une planche qui est par terre, en sorte que les deux tables soient inclinées à l’horison, l’une d’un côté, & l’autre de l’autre de la moitié de l’ouverture du soufflet ; on l’arrête dans cet état avec des cordes ou des barres de bois. Pour la seconde, qui est que les plis ouvrent également, on doit avoir collé du ruban de fil sur l’intérieur des plis. Ces rubans ne les laissent s’ouvrir que de la quantité que l’on veut. Cela fait aux soufflets que l’on laisse sécher dans le même état où ils ont été collés, c’est-à-dire tout ouverts, on ajuste un chassis sur l’ouverture SP. Ce chassis EF 45, qui a environ un pouce d’épais, a un drageoir fait avec un guillaume dans tout son circuit intérieur. Ce dragon reçoit les soupapes SP ; les soupapes sont faites avec du feuillet d’Hollande, & sont doublées de peau collée par le côté glabre. Cette peau qui doit excéder la soupape d’un côté pour lui servir de queue, est prise entre une barre G du chassis, & une piece G qui la recouvre. Par-dessus cette piece G on en met une autre 6, qui empêche le renversement des soupapes qui ne peuvent ouvrir qu’autant que cette piece le permet. Le chassis qui est doublé de peau collée par le côté glabre, aussi-bien que l’endroit de la table où il pose qui est garni de peau, en sorte que les deux duvets se rencontrent, est attachée sur la table en-dedans du soufflet par les quatre vis EF 45, qui traversent la table, & qui sont retenues par-dessous avec des écrous. Lorsqu’on dilate le soufflet, on suspend l’action de la colonne d’air qui presse au-dessus des soupapes SP, ce qui donne lieu à celle de la colonne qui presse par-dessous les mêmes soupapes, d’exercer tout l’effort dont elle est capable contre elles. Mais comme les soupapes n’opposent à cet effort qu’une très-petite résistance, la colonne d’air qui presse en-dessous force cet obstacle, ouvre les soupapes & s’introduit dans la capacité du soufflet qu’elle remplit à l’instant. Aussitôt que le soufflet est rempli, les soupapes retombent par leur propre poids, la cause qui les tenoit levées cessant, qui est le courant d’air rapide qui a rempli le soufflet. Le soufflet étant ainsi rempli, si on comprime la table supérieure, l’air qu’il contient sera contraint d’en sortir par l’ouverture O où est ajusté le gosier.

Le gosier représenté, fig. 25. est une portion de tuyau cdefgh, des mêmes dimensions que l’ouverture O, dans laquelle il doit entrer jusqu’au rebord dig, por. On fait ce rebord en diminuant la partie du gosier qui entre dans le soufflet. Cette partie est coupée obliquement comme on voit en Ci. Sur ce talud qui doit regarder les têtieres par-dedans le soufflet, on ajuste un chassis lmno ; ce chassis qui est doublé de peau du côté qu’il s’applique au gosier, porte une soupape x, qui s’ouvre de dehors en dedans du gosier. Cette soupape (qui comme toutes les autres est doublée de peau collée par le côté glabre, en sorte que le duvet est en-dehors), laisse passer l’air contenu dans le soufflet lorsqu’on le comprime, & ne le laisse point rentrer. La partie inférieure du gosier à un drageoir ekf, qui entre dans un autre drageoir oo, qui est à la face supérieure du porte-vent MN, fig. 23. avec lequel il doit convenir. Lorsque le soufflet est mis en place, on colle de la peau de mouton parée sur tous les joints, tant ceux du gosier avec la table inférieure du soufflet, que ceux du même gosier avec le porte-vent, & on fait la bascule FIK, fig. 23. par le moyen de laquelle on ouvre le soufflet.

Cette bascule est une forte piece de bois de chêne, d’un demi-pié ou environ de large, sur 2 ou 3 pouces d’épaisseur, que l’on arrondit dans les deux tiers de sa longueur ; à l’extrémité F de cette bascule, on fait une fourchette pour recevoir la palette du crochet FE, qui y est retenue par une cheville qui la traverse. Le crochet prend dans un anse E, attachée à la table supérieure du soufflet, & la bascule a pour point d’appui une forte piece de bois GG, scellée dans les murailles. On fixe sur des chevalets cette piece de bois à des entailles H, faites en dos d’âne, qui servent de point d’appui à la bascule qui est traversée en cet endroit par une grosse cheville de fer M, autour de laquelle elle peut se mouvoir librement. A l’extrémité K de la bascule est une corde KL, qui a plusieurs nœuds : cette corde doit être assez longue pour que le souffleur puisse par son moyen abaisser l’extrémité de la bascule qui, dans les grands soufflets, se trouve trop élevée pour y atteindre avec la main. On charge les soufflets avec une pierre MR, qui pese environ 60 livres pour un soufflet de 8 piés ; & il en faut au moins quatre pour un grand orgue de 16 piés. Voyez le mot Orgue. Le souffleur doit observer de ne relever qu’un soufflet à la fois, en sorte que lorsque l’un aspire, les autres puissent toujours fournir au sommier le vent nécessaire, & de ne point lâcher subitement le soufflet sur l’air qu’il contient ; car cela donne une secousse aux tuyaux, dont les moins attentifs s’apperçoivent, & qui est très-désagréable.

Soufflet, terme de Sellier, espece de voiture, ou de chaise roulante fort légere, posée sur deux roues ; un soufflet n’a de place que pour une ou deux personnes ; le dessus & le dedans sont de cuir, ou de toile cirée ; ils se levent & se plient comme un soufflet pendant le beau tems, & s’étendent de toute part pour garantir de la pluie. (D. J.)

Soufflet, s. m. (Critiq. sacr.) coup de la main porté au visage : donner un soufflet, en grec ῥαπίζειν ; si quelqu’un, dit Jesus-Christ, vous frappe sur la joue droite, presentez-lui aussi l’autre ; ἀλλὰ ὅστις σε ῥαπίζει ἐπὶ τὴν δεξιὰν, &c. Matt. V. v. 39. Il est constant que ce discours ne doit pas être pris à la rigueur de la lettre, & que cela signifie, il vaut encore mieux que vous soufriez un second soufflet, que de vous venger du premier : la preuve en est évidente par l’exemple de Jesus-Christ lui-même : car un officier du grand prêtre lui ayant donné un soufflet, notre Seigneur, bien loin de présenter l’autre joue, lui dit : si j’ai mal parlé, faites le voir, mais si je n’ai rien dit que de bien, pourquoi me frappez-vous ? Le Seigneur se plaint de l’injure qu’il vient de recevoir, avec une grande modération, & prouve qu’il ne l’a pas méritée ; l’exemple de Jesus-Christ est donc le commentaire du précepte qu’il donne à ses apôtres, car c’est à eux seuls qu’il parle, & la plûpart de ses préceptes ne se rapportent qu’à eux & à leur ministere. (D. J.)

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Étymologie de « soufflet »

Étymologie de soufflet - Littré

Souffler (proprement, petit souffle) ; wallon, soflet ; bourg. sôflai. L'instrument à souffler a été dit de souffle ; quant au coup sur la joue, la transition est le bruit produit sur la joue qui recouvre une cavité vide. C'est ainsi que l'ancien mot buffet, coup sur la joue, se rattache à bouffer.

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Étymologie de soufflet - Wiktionnaire

 Dérivé de souffler avec le suffixe -et.
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Phonétique du mot « soufflet »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
soufflet suflɛ play_arrow

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  • Ceux qui flattent le roi, l’abusent, car la flatterie est le soufflet qui fait monter la flamme du péché. De William Shakespeare / Périclès
  • Le corps : une paire de pincettes fixée à un soufflet et à une bouilloire, le tout monté sur des échasses. De Samuel Butler
  • Si l'on vous donne un soufflet, rendez-en quatre, n'importe la joue. De François René de Chateaubriand
  • Pour allumer une querelle, un démenti vaut un soufflet. De Proverbe français
  • Le destin souffle sans soufflet de forge. De Proverbe africain
  • Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre. , Évangile selon saint Matthieu, V, 39

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Traductions du mot « soufflet »

Langue Traduction
Corse soffiu
Basque hauspoa
Japonais ふいご
Russe сильфон
Portugais fole
Arabe منفاخ
Chinois 波纹管
Allemand balg
Italien soffietto
Espagnol fuelle
Anglais bellows
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Synonymes de « soufflet »

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