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Pontife

Définitions de « pontife »

Trésor de la Langue Française informatisé

PONTIFE, subst. masc.

A. −
1. HIST. ROMAINE. Ministre du culte faisant partie d'un collège ayant juridiction et autorité dans les choses de la religion. Le collège des pontifes. Il fut dont décidé que la moitié des pontifes et des augures seraient désormais choisis parmi la plèbe (Fustel de Coul.,Cité antique, 1864, p.398).
Grand(-)pontife, souverain pontife. Chef de ce collège. Scipion Nasica, souverain pontife (Michelet,Hist. romaine, t.2, 1831, p.133).Jules César, devenu grand pontife, entreprit la réforme du calendrier (Alain,Propos, 1921, p.246).
2. RELIG. CATH.
a) Dignitaire de l'Église; en partic., évêque. Le grand archevêque Absalon de Lund (...) à la fois guerrier intrépide et saint pontife (Montalembert,Ste Élisabeth, 1836, p.xxxii).Les infatigables efforts de tant d'illustres docteurs ou pontifes pour combattre l'arianisme (Comte,Philos. posit., t.5, 1839-42, p.309).Je vais devenir évêque, pontife. Mais qu'est-ce qu'un évêque, un pontife? (Dupanloup,Journal, 1849, p.109).V. invoquer ex. 1.
En appos. Confesseur pontife. La patience dont il est parlé au Commun des Martyrs Pontifes (Bloy,Femme pauvre, 1897, p.159).
b) (Souverain) pontife; pontife romain, de Rome. Pape. Ce saint pontife [Grégoire XIII] réunissait toutes les vertus apostoliques (Stendhal,Abbesse Castro, 1839, p.147).[Jansénius] avait écrit une longue dédicace au Pontife romain (Bremond,Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.109):
1. ... les Conciles de Constance, de Bâle, de Pise ont déclaré que les Conciles oecuméniques sont supérieurs au Pape, alors que le Concile du Vatican a défini l'infaillibilité du Souverain Pontife à côté et, en fait, au-dessus de celle du Concile. Boegnerds Foi et vie, 1936, p.113.
Loc., péj. De pontife. [En parlant d'une attitude] Qui a certaines caractéristiques (en particulier, solennité allant jusqu'à l'affectation) propres à un pontife. Des airs de pontife. Le père et la mère Kallenberg qui, avec des gestes de pontifes, ont hissé le pavillon aux couleurs allemandes (Goncourt,Journal, 1874, p.993).
3. RELIG. JUIVE. Grand-prêtre:
2. Le secret de la prononciation véritable des consonnes sacrées a disparu avec le sacerdoce d'Israël, l'une des prérogatives des pontifes ayant été d'appeler les bénédictions célestes sur leur peuple, en proférant le Nom. Weill,Judaïsme, 1931, p.98.
4. Toute autre personne revêtue d'un ministère sacré. Le pontife suprême, le Dalai Lama, cumule le pouvoir religieux et politique (Philos., Relig., 1957, p.54-2).
En appos. avec valeur d'adj. On vit s'établir ici des princes pontifes, là des familles ou des tribus sacerdotales (Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p.23).
B. − P. anal., gén. péj. Personne faisant autorité dans un domaine et ayant souvent une conscience excessive de son importance. M. de Bonald n'était pas seulement pour la France d'alors un grand publiciste, c'était un pontife de la religion et de la monarchie (Lamart.,Nouv. Confid., 1851, p.293).Le succès commençait de bien poindre, et je m'amusais de la fureur qu'allumait chez quelques pontifes le seul fait d'oser écrire ou prononcer mon nom (Jammes,Mém., 1923, p.29).Il n'y a pas de raison pour que le charlatan n'ait pas «la main plus heureuse» que le grand pontife de la faculté (G. Marcel,Journal, 1923, p.287).
Empl. adj. Je l'ai trouvé [Victor Hugo] ... charmant! Je répète le mot, pas du tout grand homme, pas du tout pontife (Flaub.,Corresp., 1872, p.353).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Il avait en lui [Alfred de Vigny], je le répète, du pontife (Sainte-Beuve,Nouv. lundis, t.6, 1864, p.426).
Prononc. et Orth.: [pɔ ̃tif]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1294 pontifice titre donné au pape (Mir. S. Eloi, 66, Peigné ds Gdf.); déb. xvies. souverain pontif (Fossetier, Cron. marg., ms. Bruxelles 10509, fo154 vods Gdf. Compl.); 2. 1538 «personne revêtue d'un ministère sacré» (Est.); 1680 «ministre du culte» (Rich.); 3. 1611 «homme riche, magnificent» (Cotgr.); 1794 pontifes du crime «maîtres en matière de» (Chénier, Odes, p.231); 1872 adj. «pontifiant, qui affecte de la majesté» (Flaub., loc. cit.). Empr. au lat. pontifex «pontife» et «prêtre chrétien, évêque, prélat», cf. fin xes. pontifex «grand prêtre des juifs» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 177). Fréq. abs. littér.: 695. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1644, b) 944; xxes.: a) 1081, b) 395.

Wiktionnaire

Nom commun - français

pontife \pɔ̃.tif\ masculin

  1. Personne revêtue d’un ministère sacré ; ministre d’une religion.
    • Jules II, d'un naturel violent et emporté, réussit dans toutes ses entreprises, sans doute parce que les circonstances dans lesquelles ce pontife gouvernait l'Église demandait un prince de ce caractère. — (Machiavel, Le prince - traduit par Guiraudet-)
    • Enfin le prince mongol résolut d'inviter le suprême pontife, le grand lama, Bouddha en personne, à se rendre dans ses états. — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d'Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
    • Ils célébrèrent le 20 prairial (8 juin) la fête de l’Être suprême. Robespierre, président de la Convention, servit de pontife à cette fête. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Voilà le cardinal de Noailles et l'engeance quenelliste écrasés sous les pieds du plus grand pontife qui ait paru sur la chaire de Rome. — (Abbé Wladimir Guettée, Histoire de l'église de France, t.11, Paris, Jules Renouard & Cie, 1856, p. 279)
    • Michel Maillé noterait que le mot pontife, pontifex en latin, veut dire faiseur de pont. — (Alain Pronkin, Le plus grand secret du Vatican, Fides, 2020, p. 204)
  2. (Dans le style oratoire ou poétique) Tout ecclésiastique, sans égard à son rang dans la hiérarchie générale.
    • Le trafic des indulgences, qui devenait toujours plus intolérable, ne causa pas moins de préjudice à la cour romaine. Les pontifes français […] dispensèrent, à un prix excessif, toutes sortes de permissions scandaleuses. — (Emile Guers, Histoire abrégée de l’Église de Jésus-Christ, 1850, page 320)
  3. (Figuré) (Familier) (Ironique) Personne qui a des manières, un ton solennel et emphatique.
    • Dès que Dieu et les pontifes de l’économie politique interviennent, on peut être assuré que l’injustice et l’inégalité prévalent. — (Alfred Naquet, Vers l’union libre, E. Juven, Paris, 1908)
    • Le beau raisonnement de ces messieurs, des pontifes du devoir social, suppose que la violence ne pourra plus augmenter, […]. Malheureusement pour ces grands penseurs, les choses se passent tout autrement. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.263)
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Littré (1872-1877)

PONTIFE (pon-ti-f') s. m.
  • 1Ministre du culte d'une religion. Le pontife, c'est-à-dire celui qui est le grand prêtre parmi ses frères, sur la tête duquel l'huile de l'onction a été répandue, Sacy, Bible, Lévit. XXI, 10. Tout pontife est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes ; c'est pourquoi il est nécessaire que celui-ci ait aussi quelque chose qu'il puisse offrir, Sacy, St Paul, Épît. aux Hébr. VIII, 3. Il savait que la judicature est une espèce de sacerdoce, où il n'est pas permis de s'engager sans l'ordre du ciel, et que Jésus-Christ n'a pas moins été fait juge que pontife par son père, Fléchier, Lamoignon. Pontife de Baal, excusez ma faiblesse, Racine, Ath. II, 5. L'empereur de la Chine est le souverain pontife, Montesquieu, Esp. XXV, 8. Pour un culte si simple chacun pouvait être pontife dans sa famille, Montesquieu, ib. XXV, 4.

    Fig. Sur tous ces pontifes du crime… Lance ta fureur magnanime, Chénier, Odes, V.

  • 2Dans la liturgie catholique, et dans le style élevé, évêque, prélat.

    Le souverain pontife, le pape. Il était impossible de ne pas révérer une suite presque non interrompue de pontifes qui avaient consolé l'Église, étendu la religion, adouci les mœurs des Hérules, des Goths, des Vandales, des Lombards et des Francs, Voltaire, Ann. Emp. Introd.

  • 3Frères pontifes, ou religieux pontifes, ou frères du pont, nom d'une association de constructeurs de ponts instituée par saint Benezet, à la fin du XIIe siècle, dont le centre fut toujours à Avignon et à laquelle on doit la construction de la plupart des ponts de la région autour de cette ville ; les supérieurs des maisons de cette association prenaient les noms de prieurs ou de commandeurs, mais les membres n'étaient point engagés dans les ordres sacrés.

HISTORIQUE

XVIe s. Pour signifier que les pontifes et tous personnages qui s'adonnent et dedient à contemplation des choses divines…, Rabelais, Pant. V, 34.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PONTIFE, GRAND PONTIFE, ou GRAND PRETRE, pontifex, (Théolog.) chez les Juifs c’étoit le chef de la religion & des sacrificateurs de l’ancienne loi. Aaron, frere de Moïse, fut le premier revêtu de cette dignité, qui fut remplie par ses descendans, & ensuite par d’autres juifs, pendant 1578 ans, jusqu’à la prise de Jérusalem par l’empereur Tite.

Le grand pontife étoit non-seulement le chef de la religion & le juge ordinaire des difficultés qui la concernoit, mais encore de tout ce qui regardoit la justice & les jugemens de la nation juive, comme il paroît par le chap. xviij. du Deuteronome, & par plusieurs passages de Philon & de Josephe. Lui seul avoit le privilege d’entrer dans le sanctuaire une fois l’année, qui étoit le jour de l’expiation solemnelle. Voyez Expiation.

Dieu avoit attaché à la personne du grand-prêtre l’oracle de la vérité ; ensorte que quand il étoit revêtu des ornemens de sa dignité & de l’urim & thummim, il répondoit aux demandes qu’on lui faisoit, & Dieu lui découvroit les choses cachées & futures. Il lui étoit défendu de porter le deuil de ses proches, pas même de son pere & de sa mere, d’entrer dans un lieu où il y auroit eu un cadavre, de peur d’en être souillé. Il ne pouvoit épouser ni une veuve, ni une femme répudiée, ni une courtisane, mais seulement une fille vierge de sa race, & devoit garder la continence pendant tout le tems de son service. Voyez Urim & THUMMIM. Exod. xxviij. 30. Reg. xxiij. 9. Levit. xxj. 10. Ibid. v. 13.

L’habit du grand pontife étoit beaucoup plus magnifique que celui des simples prêtres. Il avoit un caleçon & une tunique de lin, d’une tissure particuliere. Sur la tunique il portoit une longue robe couleur de bleu céleste, ou d’hyacinthe, en bas de laquelle étoit une bordure composée de sonnettes d’or & de pommes de grenade, faites de laine de différentes couleurs, & rangées de distance en distance les unes auprès des autres. Cette robe étoit serrée par une large ceinture en broderie. C’est ce que l’Ecriture appelle éphod. Il consistoit en deux rubans d’une matiere précieuse, qui prenant sur le col & descendant de dessus les épaules, venoient se croiser sur l’estomac, puis retournant par-derriere, servoient à ceindre la robe dont nous venons de parler. L’éphod avoit sur les épaules deux grosses pierres précieuses, sur chacune desquelles étoient gravés six noms des tribus d’Israel ; & par-devant sur la poitrine, à l’endroit où les rubans se croisoient, se voyoit le pectoral ou rationnal, qui étoit une piece quarrée d’un tissu très-précieux & très-solide, large de dix pouces, dans lequel étoient enchâssées douze pierres précieuses, sur chacune desquelles étoit gravé le nom d’une des tribus d’Israel. Quelques-uns croient que le rationnal étoit double comme une poche ou une gibeciere, dans laquelle étoient renfermés l’urim & le thummin. La tiare du grand pontife étoit aussi plus ornée & plus précieuse que celle des simples prêtres. Ce qui la distinguoit principalement, c’étoit une lame d’or qu’il portoit sur le devant de son bonnet, sur laquelle étoient écrits ou gravés ces mots, la sainteté est au Seigneur. Cette lame étoit liée par-derriere la tête avec deux rubans qui tenoient à ses deux bouts. Voyez Cidaris.

La consécration d’Aaron & de ses fils se fit dans le desert par Moïse, avec beaucoup de solemnités qui sont décrites dans l’exode, c. xl. 12. & dans le lévitique, viij. 1. 2. 3. &c. On doute si à chaque nouveau grand-prêtre, on réitéroit toutes ces cérémonies. Il est très-probable qu’on se contentoit de revêtir le nouveau grand-prêtre des habits de son prédécesseur ; quelques-uns pensent qu’on y ajoutoit l’onction de l’huile sainte. Voyez Onction.

Pontife, souverain (Hist. rom.) pontifex maximus, nom distinctif du chef du college des pontifes à Rome dans le tems du paganisme. On ne choisit dans les premiers tems que des patriciens pour remplir cette dignité, créée par Numa, mais environ l’an 500, on prit parmi les plébéiens, Tiberius Coruncanus ; il avoit été censeur, dictateur & consul avec P. Valerius Laevinus. L’an 473 il fut élu souverain pontife, selon l’usage dans les comices par tribus.

Les fonctions du souverain pontife consistoient, 1°. à régler le culte public, & ordonner les cérémonies sacrées : 2°. réformer le calendrier, & déterminer les jours consacrés au repos en l’honneur de quelque divinité, & ceux où il étoit permis de rendre la justice & vaquer aux affaires civiles : 3°. juger de l’autorité des livres qui contenoient des oracles, des prédictions ; & décider des circonstances où il étoit nécessaire de consulter ceux qu’il avoit jugés véritablement prophétiques : 4°. juger les prêtres & les prêtresses : 5°. dispenser des regles prescrites par la religion : 6°. connoître les différends en matiere de religion, & châtier les fautes contre les divinités adorées dans l’empire : 7°. recevoir les vestales : 8°. faire la dédicace des temples : 9°. offrir des sacrifices : 10°. assister aux jeux établis en l’honneur des divinités, &c.

Les grands-prêtres des Romains étoient obligés d’habiter une maison qui appartenoit à la république. On donnoit à cette maison le titre de maison royale, regia, parce que le roi des sacrifices, rex sacrorum, y avoit aussi son logement. Ils avoient la liberté de subroger un des autres pontifes en leur place, lorsque des raisons importantes les empêchoient de vaquer aux fonctions de leur ministere. Ils étoient dans l’usage de n’approcher d’aucun cadavre, lorsqu’ils devoient sacrifier, & ils se regardoient comme souillés lorsqu’ils en voyoient, ou en approchoient quelques-uns, quoiqu’il n’y eût cependant aucune loi qui leur en fît la défense.

La robe des souverains pontifes différoit de celle des autres pontifes, mais il seroit difficile de dire en quoi consistoit cette différence.

La liaison étroite qu’il y a toujours eu dans les états entre la religion & le gouvernement politique, fit penser aux empereurs romains que pour être maîtres absolus dans l’empire, il étoit nécessaire qu’ils fussent revêtus d’une dignité de laquelle dépendoit tout ce qui appartenoit au culte des dieux. Ils jugerent donc à propos de s’arroger le souverain pontificat, & de joindre pour jamais le titre de pontife souverain à celui d’empereur. La différence qui se trouva entre le souverain pontife des tems précédens, & l’empereur jouissant de cette dignité, c’est que du tems de la république, l’autorité du souverain pontife semble avoir été bornée à la ville de Rome & à sa banlieue ; mais l’autorité que les empereurs avoient relativement à cette dignité, ne paroît avoir eu d’autres bornes que celles de l’empire. Lorsqu’il arrivoit dans les provinces quelque fait qui intéressoit la religion, les gouverneurs avoient soin d’en informer l’empereur, & de lui demander ses ordres ; & le prince les donnoit, sans qu’il paroisse qu’il prît l’avis du college des pontifes.

Les élections des grandes prêtrises des provinces, qui se faisoient auparavant à la pluralité des voix dans les colleges sacerdotaux, ne se firent plus que par l’empereur, qui y envoyoit qui bon lui sembloit. Quelquefois même les empereurs laissoient ce soin aux gouverneurs des provinces ; quelquefois ils laissoient le college pontifical, même à Rome, choisir des juges, & nommer aux places sacerdotales, parmi leurs collegues, pour remplir celles qui venoient à y vaquer.

Du tems de la république, lorsqu’un citoyen vouloit en adopter un autre, il falloit auparavant qu’il consultât le college des pontifes, & ils décidoient s’il n’y avoit aucun empêchement religieux ou civil qui y mît obstacle. Tout cela fut changé sous les empereurs ; différentes lois du digeste & du code nous apprennent qu’alors il ne fut plus question de l’autorité du college des pontifes par rapport aux adoptions ; l’intervention de l’empereur ou d’un magistrat y fut substituée.

Plutarque prétendoit que le souverain pontife, du tems de la république, ne pouvoit sortir de Rome ; mais il y a lieu de croire qu’il se trompe ; il lui étoit seulement défendu de sortir de l’Italie. Pareille défense étoit aussi faite à tout le corps sacerdotal. Ainsi Fabius Pictor fut empêché d’aller en Sardaigne, parce qu’il étoit prêtre de Quirinus.

Pendant tout le tems de la république, on ne vit jamais deux souverains pontifes à la fois, & ce titre a continué d’être unique sous les premiers empereurs. Dans la suite on l’a rendu commun à tous les augustes qui régnoient ensemble : les médailles frappées à leur coin, les inscriptions gravées en leur honneur, nous l’ont appris depuis long-tems. Mais il y a une grande diversité d’opinions sur les empereurs qui ont commencé les premiers de partager le souverain pontificat : le sentiment général a été cependant depuis près d’un siecle, que cette nouveauté s’introduisit à l’avénement de Balbin & de Pupien à l’empire, c’est-à-dire que Balbin & Pupien prirent tous deux en même tems le titre de souverains pontifes. Leurs successeurs, lorsqu’ils ont gouverné ensemble, ont aussi pris la même qualité, sans excepter Constantin, quoiqu’il eût abandonné la religion de ses peres pour embrasser le Christianisme. On peut en dire de même de ceux qui lui succéderent, & entr’autres de Valentinien & de Valens.

La qualité de souverain pontife ne cessa d’être prise par les empereurs, que lorsque Gratien succéda à Valentinien son pere, l’an de J. C. 375. Les pontifes étant allés suivant l’usage, lui présenter la robe pontificale, il la refusa, ne trouvant pas qu’il fût permis à un chrétien de se revêtir de cet habillement. Il trouva le titre de souverain prêtre des cérémonies payennes incompatible avec la religion qu’il professoit ; & au lieu de réunir en sa personne le sacerdoce & l’empire, il refusa ce titre très-important, qu’à son exemple, ses successeurs laisserent aussi tomber.

Pontife, (Hist. rom.) pontifex ; les pontifes étoient ceux qui avoient la principale direction des affaires de la religion chez les Romains, qui connoissoient de tous les différends qu’elle occasionnoit, qui en régloient le culte & les cérémonies. Ils formoient à Rome un college qui dans la premiere institution faite par Numa, ne fut composée que de quatre pontifes pris du corps des patriciens ; ensuite on en adopta quatre autres choisis entre les plébéiens. Sylla le dictateur en augmenta le nombre jusqu’à quinze, dont les huit premiers prenoient le titre de grands pontifes, pontifices majores ; & les sept autres celui de petits pontifes, pontifices minores, quoique tous ensemble ne fissent qu’un même corps, dont le chef étoit appellé le souverain pontife, pontifex maximus. Mais le nombre des pontifes ne resta point fixe ; il y en eut tantôt plus, tantôt moins. Cette dignité étoit si considérable, qu’on ne la donna d’abord, comme on vient de le dire, qu’aux patriciens. Quoique les plébéïens eussent été consuls, & qu’ils eussent eu l’honneur du triomphe, ils en étoient cependant exclus. Decius Mus fut le premier de cet ordre qui parvint au sacerdoce, après avoir vivement représenté au peuple l’injustice qu’on lui faisoit en le privant de cet honneur. Depuis ce tems, il n’y eut plus de distinction entre les patriciens & les plébéïens, par rapport à cette dignité.

Plutarque tire l’étymologie du mot pontifes, du soin qu’ils avoient de réparer le pont de bois qui conduisoit au-delà du Tibre, & il combat le sentiment de Denis d’Halicarnasse, qui prétendoit qu’ils bâtirent ce pont ; parce que, dit-il, du tems de Numa, qui institua les pontifes, il n’y avoit point de pont à Rome.

Les pontifes étoient regardés comme des personnes sacrées ; ils avoient le pas au-dessus de tous les magistrats ; ils présidoient à tous les jeux du cirque, de l’amphithéatre & du théatre, donnés en l’honneur des divinités. Ils pouvoient se subroger un de leurs collegues, lorsque de fortes raisons les empêchoient de remplir leurs fonctions.

Leur habillement consistoit en une de ces robes blanches bordées de pourpre, qu’on appelloit prætextes, & que portoient les magistrats curules. (D. J.)

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Étymologie de « pontife »

Lat. pontifex, de pons, pont, et facere, faire, parce que, dans l'ancienne Rome, les pontifes étaient chargés du pont Sublicius, qui était sacré. Mais cette étymologie n'est rien moins que certaine. On en a proposé quelques autres parmi lesquelles on peut relever : facere in ponte, sacrifier sur le pont ; en effet les pontifes sacrifiaient sur le pont Sublicius et y accomplissaient certaines cérémonies. On a aussi rapporté le ponti du composé à l'osque pomtis, cinq ; cela signifierait les cinq sacrificateurs, et serait analogue à quinquevir.

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(Siècle à préciser) Du latin pontifex (« guide spirituel »).
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Phonétique du mot « pontife »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pontife pɔ̃tif

Citations contenant le mot « pontife »

  • Chaque mot du Philosophe, sur qui désormais jurent même les saints et les souverains pontifes, a renversé l’image du monde. De Umberto Eco / Le Nom de la Rose
  • Sur un petit ruban blanc cousu à l’intérieur du coffret, on peut lire l’inscription rédigée en français « Plume du décret de l’Infaillibilité – 18 juin 1870 », preuve de l’influence diplomatique française encore vive à cette époque. Cette inscription est aussi un rappel opportun de la protection militaire française dont le pontife bénéficie alors à Rome, sur ordre de l’empereur Napoléon III. Aleteia, La plume ayant signé l’infaillibilité pontificale exposée à Rome
  • Selon un rapport de la société sur le sujet, les attaques (qui avaient débuté depuis le mois de mai) visaient le Vatican et le diocèse catholique de Hong Kong, y compris le chef de la mission d'étude de Hong Kong, de facto considéré comme le représentant du souverain pontife en Chine. Agence Ecofin, Le Vatican victime d’une cyberattaque chinoise, selon une entreprise américaine
  • Mandaté par le pape, l'archevêque de Dijon, Monseigneur Minnerath, est attendu mercredi 15 juillet à Tichey (Côte-d'Or) pour visiter l'église. Le Conseil municipal a sollicité, par courrier, l'aide du souverain pontife pour financer ses travaux.  France 3 Bourgogne-Franche-Comté, Côte-d'Or : pourquoi le pape a t-il envoyé son mandataire à l'église de Tichey ?
  • L’intention des serviteurs est d’éliminer le mal d’un seul coup, c’est-à-dire les gens mauvais, mais « le maître est plus sage », il voit plus loin : Il s’agit de savoir attendre, « car endurer la persécution et l’hostilité fait partie de la vocation chrétienne », a considéré le pontife. Le mal, bien sûr, doit être rejeté, « mais les méchants sont des gens avec lesquels il faut faire preuve de patience ». Aleteia, Le pape François renouvelle l’appel à un cessez-le-feu global et immédiat
  • « Je prie aussi pour vous, Sainteté, écrit encore l’actuel pontife, invoquant du Père, par l’intercession de la Bienheureuse Marie, le soutien de l’espérance chrétienne et la tendre consolation divine », a écrit le pape François qui rend encore grâce pour leur commune adhésion au Christ, « source d’espérance et de paix » et termine en signant ainsi : « Filialement et fraternellement ». Aleteia, Le pape François écrit à Benoît XVI pour lui transmettre ses condoléances
  • Ce récit n’en est pas moins captivant. D’abord parce qu’il s’agit là d’élire celui qui va devenir le chef spirituel des quelque un milliard deux cents millions de catholiques. Ensuite, parce que l’élément déclencheur, cette fois, ne fut pas le décès du précédent pape mais la décision de Benoît XVI qui a surpris le monde entier. En effet, le 8e souverain pontife allemand a fait savoir qu’il renonçait à ses responsabilités, à compter du 28 février 2013. Ce que personne n’avait prévu et ce qui n’avait pas été fait depuis 598 ans. Le processus de sélection de son successeur s’est alors organisé en deux temps. D’abord, les cardinaux ont longuement échangé sur les grandes préoccupations de l’Église et sur ce qui était attendu du successeur. Réflexion d’autant plus importante que l’Église était alors en proie à bien des difficultés, à commencer par divers scandales financiers et sexuels. Le Telegramme, Des mots et des livres. Dans les secrets du Conclave - Livres - Le Télégramme
  • Au travers de ce corpus de textes, le pape François «relie tout le monde dans une humanité et un esprit communs» et met «au défi d’oser faire le bien, de faire mieux», estime le cardinal Michael Czerny, sous-secrétaire de la Section Migrants du Dicastère pour le service du développement humain intégral, dans la préface de cet ouvrage. «Parce que le monde post-COVID-19 doit être façonné» par tous, les messages du pontife ont selon lui une portée universelle. (cath.ch/imedia/cg/rz) cath.ch, Un livre rassemble les discours clefs de François pendant la pandémie – Portail catholique suisse

Traductions du mot « pontife »

Langue Traduction
Anglais pontiff
Espagnol pontífice
Italien pontefice
Allemand papst
Chinois 教皇
Arabe البابا
Portugais pontífice
Russe папа римский
Japonais 教官
Basque pontiff
Corse pontificu
Source : Google Translate API

Synonymes de « pontife »

Source : synonymes de pontife sur lebonsynonyme.fr

Pontife

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