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Vicaire

Définitions du mot « vicaire »

Trésor de la Langue Française informatisé

VICAIRE, subst. masc.

A. − [Dans l'Église cath.]
1. Prêtre qui aide et remplace à l'occasion le curé d'une paroisse. Jeune vicaire; premier, second vicaire. À un dîner qu'il donna à son clergé, il [l'évêque] fut particulièrement aimable pour l'abbé Faujas, qui n'était pourtant toujours qu'un humble vicaire de Saint-Saturnin (Zola, Conquête Plassans, 1874, p. 987).L'abbé Barbenton était entré au séminaire, puis envoyé successivement en qualité de vicaire dans divers villages et enfin promu curé (Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 5).V. abbé ex. 28.
[P. allus. à Rousseau, L'Émile, livre IV] Ce cynisme révoltait le héros de Craonne qui avait des principes, professait la morale du vicaire savoyard agrandie du sentiment de l'honneur, et enseignait à Huguet (...) les règles du devoir et l'autorité des lois (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 183).
2.
a) Grand vicaire (vieilli), vicaire général, épiscopal. Ecclésiastique, collaborateur immédiat d'un évêque, auquel celui-ci peut déléguer certains pouvoirs. Cinq évêques successifs le gardèrent [le chanoine] comme vicaire général (Billy, Introïbo, 1939, p. 60).V. abbé ex. 15, chanoine ex. 3.
b) Vicaire apostolique. Évêque chargé par le pape de l'administration d'un territoire qui n'a pas le caractère canonique d'un diocèse. Le pape Urbain VIII (...) avait envoyé en Angleterre, à titre de vicaire apostolique, Richard Smith, Anglais, évêque in partibus de Chalcédoine (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 321).Mgr Véroles, vicaire apostolique de la Mantchourie (Flaub., Bouvard, t. 2, 1880, p. 119).
c) Vicaire capitulaire. Synon. administrateur* apostolique.V. capitulaire1ex. de Billy.
d) Vicaire forain. V. forain1B 2.
e) Cardinal(-)vicaire. V. cardinal2B.Pour assumer la charge de ce diocèse de 3 000 000 d'habitants [Rome], le pape est assisté d'un cardinal vicaire de Rome, lui-même aidé de plusieurs évêques auxiliaires (Théo, Paris, Fayard, 1989, p. 1019).
f) Vicaire aux Armées. Évêque auquel sont rattachés les aumôniers et les paroisses militaires catholiques. (Dict. xxes.).
3. Vicaire du Christ, de Jésus-Christ, de Saint-Pierre. [Titre porté par le pape] Elle allait être reçue par le successeur de saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, le Pape (Goncourt, MmeGervaisais, 1869, p. 304).Cardinaux, conseillers du Vicaire de Dieu, est-ce pour cela que je vous ai ouvert la bouche? (Claudel, Otage, 1911, I, 2, p. 248).Le Vicaire du Christ, agissant comme chef de l'Église, est de droit divin le guide sûr de la vie humaine (Maritain, Primauté spirit., 1927, p. 60).
4. En appos. Père vicaire. Religieux qui remplace le supérieur absent dans certaines communautés. (Dict. xixeet xxes.). Au fém. Mère vicaire. Notre Mère Vicaire va venir, annonça la tourière (...).L'assistante de l'Abbesse, expliqua Christine (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 430).
B. − HISTOIRE
1. HIST. ROMAINE (Bas-Empire). Adjoint à un haut fonctionnaire impérial; gouverneur d'un diocèse qui exerçait l'autorité au nom des préfets du prétoire. D'abord vicaire des Préfets, Hiéroclès devint ensuite gouverneur de la Bithynie (Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 9).
2. [Au Moyen-Âge]
a) Officier chargé par un comte de la perception des impôts et de l'administration de la moyenne et de la basse justice. Synon. viguier.Combien en est-il qui, pour de l'argent, faussent les causes! Baillis, prévôts, vicomtes, officiaux et vicaires ont fort à entendre (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 93).
b) Vicaire du Saint-Empire. [Titre donné au comte palatin du Rhin et au duc de Saxe qui gouvernaient l'Empire en cas d'interrègne] Frédéric IV ou V, par la grâce de Dieu, comte palatin du Rhin, vicaire du saint-empire romain, électeur, duc de Haute et Basse-Bavière (Hugo, Rhin, 1842, p. 334).
Prononc. et Orth.: [vikε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1165 « gouverneur d'un pays » ([Chrétien de Troyes], Guillaume d'Angleterre, éd. M. Vilmotte, 2277: jou n'en sui fors que vicaires Prevos u eskievins u maires); en a. et m. fr. cf. 1467 Amé Duc de Savoye .. Prince & Vicaire perpetuel du Saint-Empire (Traité d'alliance fait entre le Duc de Bretagne & et le Duc & et la Duchesse de Savoye ds Dom H. Morice, Mém. pour servir de preuves à l'hist. eccl. et civile de Bretagne, Paris, 1746, t. 3, p. 151); b) fin xives. « remplaçant, suppléant » (Roques t. 2, no13172); c) 1514 [éd.] « gouverneur d'un diocèse de l'Empire » (Le Guidon des guerres [faussement attribué au Chevalier de La Tour Landry], p. 94 ds La Curne); cf. fin xvies. un Vicaire de l'Empire (Pasquier, 742 ds IGLF); 2. a) 1174-76 vicarie « se dit du pape par rapport à Saint Pierre » (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 3364); 1680 vicaire de Jesus-Christ « titre que porte le pape » (Rich.); b) ca 1225 « serviteur (ici de la Vierge) » (Gautier de Coinci, I Mir 11, 476 et II Dout 34, 126 ds Miracles Vierge, éd. Fr. Koenig, t. 2, p. 23 et t. 4, p. 444); c) 1414 « ecclésiastique qui remplace ou assiste un évêque ou un curé dans ses fonctions » l'archediacre de Viarme, Vicaire de monseigneur l'évesque (Documents relatifs à l'hist. municipale et pol. d'Amiens, 14 juill. ds A. Thierry, Rec. des monuments inédits de l'hist. du Tiers Etat, 1resérie, t. 2, p. 68); 1563 grand Vicaire du dit Tours (B. Palissy, Recepte, p. 63 ds IGLF). Empr. au lat. class.vicarius « remplaçant » d'où en lat. chrét. « remplaçant d'un préfet du prétoire » et en lat. médiév. « titre que portaient des fonctionnaires chargés de l'administration », d'où le sens 1; dès le lat. chrét. vicarius Christi « vicaire du Christ », titre appliqué au pape pour la première fois au ves. (Gelas., Ep., 30, 15, p. 447 ds Blaise Lat. chrét.), puis en lat. médiév., désigne le prêtre qui aide et remplace éventuellement le curé; vicarius est dér. de vicis, forme de génitif « tour, succession, alternative », v. l'élém. formant vice-*; v. aussi viguier. Fréq. abs. littér.: 716. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 235, b) 992; xxes.: a) 954, b) 884.
DÉR. 1.
Vicairie, subst. fém.,vx., relig. cath. a) Église succursale dans une paroisse que dessert un vicaire; fonction de vicaire d'une paroisse (d'apr. Ac. 1798-1878). Synon. usuel vicariat.b) Bénéfice attaché à certaines églises cathédrales. Il y avait aussi, dans certaines églises cathédrales, des bénéfices appelés Vicairies (Ac.1835, 1878). [vikε ʀi], [-ke-]. Att. ds Ac. 1694-1878. 1resattest. a) 1224 « église succursale qui n'a qu'un desservant » ici p. métaph. cf. vicaire (étymol 2 b) (Gautier de Coinci, De Sainte Leocade, éd. E. Vilamo-Pentti, 477), b) ca 1330 « charge de vicaire » (Guillaume de Digulleville, Pelerinage vie humaine, éd. J. J. Stürzinger, 666); de vicaire, suff. -ie*.
2.
Vicarial, -ale, -aux, adj.,relig. cath. a) Rare. Qui a rapport au vicariat. Puissance vicariale. Fonctions vicariales (Ac. 1798-1935). b) Littér. Qui se substitue à, qui remplace. Cette expérience humaine, authentique encore que fictive, vicariale, qui représente un véritable élargissement de l'expérience vécue, de mon expérience de l'homme (Marrou, Connaiss. hist., 1954, p. 250). [vikaʀjal], plur. masc. [-o]. Att. ds Ac. dep. 1762. 1reattest. 1570 Prefecture vicarialle (Gentian Hervet, Cité de Dieu ds Delb. Notes mss), 1675 Puissance Vicariale (Maucroix, Schisme d'Angleterre, l. I, p. 84 ds Rich. 1688); dér. sav. de vicaire, suff. -al*.
3.
Vicarier, verbe intrans.,relig. cath., vx. a) Remplir les fonctions de vicaire dans une paroisse. Il a vicarié pendant dix ans (Ac. 1798-1878). b) Au fig., fam. Être réduit à un rôle subalterne. Je suis las de vicarier (Ac. 1798-1878). [vikaʀje], (il) vicarie [-ʀi]. Att. ds Ac. 1740-1878. 1resattest. a) 1532 « aller de ville en ville (en parlant d'un musicien d'église) pour offrir ses services temporaires » (Ch. de Bourdigné, Pierre Faifeu, éd. Fr. Valette, chap. XXXVII, 3: vicarioit en maint contrée et lieu), b) 1740 « faire les fonctions de vicaire dans une paroisse » (Ac.); dér. sav. de vicaire, dés. -er.
BBG.Jaberg (K.). Vox rom. 1943/44, t. 7, p. 283.

Wiktionnaire

Adjectif

vicaire \vi.kɛʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Obtenu par personne interposée, par opposition à direct.
    • Depuis le XIXe siècle un autre courant théologique a développé diverses théories sous le titre commun de « satisfaction vicaire ». On trouve un pressentiment ancien de cette expression dans un texte de la liturgie mozarabe qui attribue la rédemption à « l'office vicaire » (vicario munere) du Fils, lui même substitut (vicarius) de l'humanité coupable. — (Bernard Sesboüé, Jésus-Christ l'unique médiateur : Essai sur la rédemption et le salut, éd. Fleurus, 2011, p. 365)
    • C'est le même rôle vicaire et la même responsabilité écrasante que Narsaï assigne au prêtre lorsque, dans son Explication des Mystères, il en vient aux préliminaires immédiats de l’anaphore ; la tonalité, la filiation chrysostomiennes et théodoriennes sont évidentes : Le prêtre offre maintenant le mystère de la rédemption de notre vie, rempli de crainte et saisi d'un grand effroi. — (François Cassingena-Trévedy , Les Pères de l’Église et la liturgie, Artège Éditions, 2016)
    • Chaque groupe à présent, reprenant les critères,
      Définis au début de nos tâches vicaires
      Pour le problème à lui confié, va maintenant
      Les appliquer dûment et rigoureusement
      À ces solutions qui lui sont proposées.
      — (Bruno Hourst et Sivasailam Thiagarajan, Modèles de jeux de formation. Les jeux-cadres de Thiagi, Paris, Éditions d’organisation Eyrolles, 2011, p. 86).

Nom commun

vicaire \vi.kɛʁ\ masculin et féminin identiques

  1. (Religion) Personne qui remplit les fonctions ecclésiastiques sous (une) un supérieur.
    • Les gros Décimateurs sont pareillement tenus, par la déclaration de 1686, de payer la portion congrue de chaque vicaire : mais il ne dépend pas du curé d’augmenter le nombre de ses vicaires, pour obliger les gros Décimateurs à payer des sommes plus fortes que celles qui doivent naturellement être à leur charge. — (Joseph-Nicolas Guyot, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiale, vol. 5, Visse, Paris, 1784, p. 258).
    • Il se meut à l’aise dans le bel univers sphérique de son catéchisme, où la Sainte Trinité garantit tout : l’incorruptibilité des essences, la bonté de la création, le sens providentiel de l’histoire, l’infaillibilité du Pape, le dogmatisme ingénu des vicaires de village et des poètes catholiques. — (Pierre-Henri Simon, Les Raisins verts, 1950).
    • Sous Napoléon, j’eusse été sergent, parmi ces futurs curés, je serai vicaire. — (Stendhal, Le Rouge et le Noir).
    • Par là passait juste à point le curé de Condé, avec ses deux vicaires, ses chantres, le baudet… je me trompe… le bedeau Bourla. — (Charles Deulin, « Les Trentes-Six Rencontres de Jean du Gogué », in Cambrinus et autres Contes, XIXe siècle (1868)).
    • En chaire, la vicaire disait que l’école laïque (la laïque) était l’école du crime et que les enfants qui en sortiraient ne feraient que des voyous. — (Claude Rivals, Pierre Roullet, meunier angevin, Éditions Cheminements, 2004, p. 184).
    • C’était du reste pour le pallier que la Mère Barat avait cherché à éviter une lutte de succession en nommant une vicaire générale dont elle pensait qu’elle serait élue supérieure générale. — (Monique Luirard, La Société du Sacré-Coeur dans le monde de son temps 1865-2000, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2009, p. 129).
    • Sauf dans des cas aussi spectaculaires que l’appel de la vicaire protestante Kàthe Staritz, envoyée en camp de concentration pour avoir appelé ses confrères de Breslau à soutenir les chrétiens d’origine juive ou ceux connus de femmes qui contribuèrent à cacher des persécutés, voire à soustraire des juifs à la déportation. — (Christine Fauré, Encyclopédie politique et historique des femmes. Europe, Amérique du Nord, Paris, Presses universitaires de France, 1997).
  2. Personne établie sous (une) un supérieur pour tenir sa place en certaines fonctions.
    • Dans l’empire germanique, après la mort d’un empereur et jusqu’à l’élection du nouveau, le pouvoir était tenu par un vicaire de l’empire.
    • « La terre », ajoute-t-il ailleurs, « surtout lorsqu’elle est neuve, renferme un certain magnétisme, grâce auquel elle attire le sel, pouvoir, ou vertu (appelez-le comme vous voudrez) qui lui donne vie, et est la logique de tout le travail, de toute l’agitation que nous nous donnons à son sujet, pour nous soutenir ; toutes fumures et autres sordides combinaisons n’étant que les vicaires remplaçants pour cet amendement. » — (Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, Éditions de la Nouvelle Revue française, 1922, page 139).
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Littré (1872-1877)

VICAIRE (vi-kê-r') s. m.
  • 1Celui qui est adjoint à un supérieur pour le remplacer en certaines fonctions. Les comtes assemblaient les hommes libres et les menaient à la guerre ; ils avaient sous eux des officiers qu'ils appelaient vicaires, Montesquieu, Esp. XXX, 17. Il [Boniface VIII] fait venir en Italie ce Charles de Valois, et le nomme vicaire de l'empire en Toscane, Voltaire, Ann. Emp. Albert I, 1300. L'archevêque de Guesne, primat de Pologne, vicaire du royaume dans les interrègnes, et la première personne de l'État après le roi, Voltaire, Charles XII, 2.

    Terme d'antiquité. Gouverneur d'un diocèse, qui exerçait son autorité au nom des préfets du prétoire.

    Nom que l'on donnait autrefois au champion qui, dans le combat singulier, se battait pour un autre.

    On donnait aussi ce nom à celui qui subissait pour un autre l'épreuve de l'eau froide, de l'eau bouillante, etc.

  • 2Ecclésiastique qui assiste un évêque ou un curé dans ses fonctions. Réunissant M. Gâtier avec M. Gaime, je fis de ces deux dignes prêtres l'original du vicaire savoyard ; je me flatte que l'imitation n'a pas déshonoré ses modèles, Rousseau, Conf. III.

    Grand vicaire ou vicaire général, celui qui représente l'évêque dans l'administration ecclésiastique. Fléchier ne profita pas de ce délai, comme beaucoup d'autres auraient pu faire, pour se dispenser d'aller résider dans son diocèse ; il partit pour Lavaur, et y travailla jusqu'à l'arrivée de ses bulles, sous le titre modeste de vicaire général du chapitre, D'Alembert, Élog. Fléch. note 10.

    Se dit aussi des curés qui desservent les cures dépendantes d'un chapitre, d'une abbaye, ou d'un prieuré, et qui ne reçoivent pour cela que la portion congrue.

  • 3Dans l'Église catholique, le vicaire de Jésus-Christ, le pape.

    Vicaire apostolique, titre que le pape confère à un ecclésiastique, dans des pays hérétiques ou infidèles, pour veiller sur la religion.

    À Rome, cardinal-vicaire, le cardinal à qui le pape a confié particulièrement l'administration ecclésiastique de la ville de Rome.

    Vicaire perpétuel, titre que s'attribuent certains archevêques, en le considérant comme synonyme de légat.

  • 4Dans certaines communautés, le père vicaire, le vicaire général, le religieux, qui, en l'absence du supérieur, en fait les fonctions. Il se servit, pour cet effet, du vicaire général des Augustins, qui lui était très confident, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 225, dans POUGENS.
  • 5 Adj. Terme de théologie. Satisfaction vicaire, celle que le Sauveur a offerte à Dieu en notre lieu et place.

    PROVERBE

    Le curé ne chante pas mieux que son vicaire, se dit quand on n'obtient pas plus d'un personnage puissant que de son subordonné.

HISTORIQUE

XIIe s. Plus est ferms que la piere qui siet sur vive mole, Vicaires est saint Piere…, Th. le mart. 86.

XIIIe s. Li fust li roiaumes donnés, Dont il fu puis rois couronnés, Et vicaires de tout l'empire, la Rose, 6760.

XVe s. Prestre fermier ou vicaire de l'eglise parrochial dudit Croissy, Du Cange, vicarius.

XVIe s. Il se faut contenter de ce gros latin de vicaire, duquel use M. le convertisseur en disputant, D'Aubigné, Conf. II, VIII.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

VICAIRE, s. m. (Gram. Hist. & Jurisprud.) vicatius, est celui qui fait les fonctions d’un autre, qui alterius vices gerit.

Ce titre fut d’abord usité chez les Romains ; on le donnoit aux lieutenans du préfet du prétoire, comme on le dira ci-après.

On donna depuis dans les Gaules ce titre aux lieutenans des comtes & à plusieurs sortes d’officiers qui faisoient les fonctions d’un autre, ainsi qu’on va l’expliquer dans les subdivisions suivantes.

Vicaires des abbés, sont ceux que les abbés titulaires ou commendataires commettent pour les aider & suppléer dans leurs fonctions, à l’exemple des vicaires généraux des évêques.

L’ordonnance d’Orléans, art. 5, porte que les abbés & curés qui tiennent plusieurs bénéfices par dispense, ou résident en l’un de leurs bénéfices requérant résidence & service actuel, seront excusés de la résidence en leurs autres bénefices, à la charge toutefois qu’ils commettront vicaires, personnes de suffisance, bonne vie & mœurs, à chacun desquels ils assigneront telle portion du revenu du bénéfice qui puisse suffire pour son entretenement ; autrement cette ordonnance enjoint à l’archevêque ou évêque diocésain d’y pourvoir, & aux juges royaux d’y tenir la main.

Ce n’est pas seulement dans le cas d’absence & de non-résidence que les abbés ont des vicaires, ils en ont aussi pour les aider dans leurs fonctions. Voyez Abbé.

Vicaire amovible, est celui qui est révocable ad nutum, à la différence des vicaires perpétuels ; tels sont les vicaires des curés & ceux des évêques ; on les appelle aussi quelquefois par cette raison vicaires temporels, parce qu’ils ne sont que pour autant de tems qu’il plait à celui qui les a commis. Voyez Vicaire perpétuel & Vicaire temporaire.

Vicaires apostoliques, sont des vicaires du saint siege, qui font les fonctions du pape dans les églises ou provinces éloignées, que le saint pere a commis à leur direction. L’établissement de ces sortes de vicaires est fort ancien.

Avant l’institution de ces vicaires, les papes envoyoient quelquefois des légats dans les provinces éloignées pour voir ce qui s’y passoit contre la discipline ecclésiastique, & pour leur en faire leur rapport ; mais le pouvoir de ces légats étoit fort borné ; l’autorité des légations qu’on appella vicariats apostoliques, étoit plus étendue.

L’évêque de Thessalonique, en qualité de vicaire ou de légat du saint siege, gouvernoit onze provinces ; il confirmoit les métropolitains, assembloit les conciles, & décidoit toutes les affaires difficiles.

Le ressort de ce vicariat fut beaucoup restraint lorsque l’empereur Justinien eut obtenu du pape Vigile un vicariat du saint siege en faveur de l’évêque d’Acride, ville à laquelle il fit porter son nom ; ce vicariat fut entierement supprimé lorsque Léon l’isaurien eut soumis toute l’Illyrie au patriarche d’Antioche.

Le pape Symmaque accorda de même à S. Césaire, archevêque d’Arles, la qualité de vicaire & l’autorité de la légation sur toutes les Gaules.

Cinquante ans après le pape Vigile donna le même pouvoir à Auxanius & à Aurélien, tous deux archevêques d’Arles.

Pelage I. le continua à Sabandus.

S. Grégoire le grand le donna de même à Virgile, évêque d’Arles, sur tous les états du roi Childebert, & spécialement le droit de donner des lettres aux évêques qui auroient un voyage à faire hors de leur pays, de juger des causes difficiles, avec douze évêques, & de convoquer les évêques de son vicariat.

Les archevêques de Rheims prétendent que S. Remi a été établi vicaire apostolique sur tous les états de Clovis ; mais ils ne sont point en possession d’exercer cette fonction.

Les légats du pape, quelque pouvoir qu’ils aient reçu de lui, me sont toujours regardés en France que comme des vicaires du pape, qui ne peuvent rien décider sur certaines affaires importantes, sans un pouvoir spécial exprimé dans les bulles de leur légation. Voyez Légat.

Le pape donne le titre de vicaire apostolique aux évêques qu’il envoie dans les missions orientales, tels que les évêques françois qui sont présentement dans les royaumes de Tunquin, de la Cochinchine, Siam & autres. Voyez Missions. Voyez Fevret & d’Héricourt.

Vicaire ou Champion, étoit celui qui substituoit quelqu’un & se battoit pour lui en duel, ou pour subir à sa place quelqu’autre épreuve du nombre de celles qu’on appelloit purgation vulgaire, telles que celles de l’eau froide ou de l’eau bouillante, du feu, du fer ardent, de la croix, de l’eucharistie, &c. Hincmar, archevêque de Reims, parlant du divorce de Lothaire, roi de Lorraine, avec Thietberge, dit qu’à défaut de preuve, le vicaire de la reine se présenta pour subir l’épreuve de l’eau bouillante dont il sortit sans aucun mal. Voyez Duel, Champion, Combat, Champ clos, Epreuve, Purgation vulgaire.

Chanoines-vicaires, sont des semi-prébendés ou des bénéficiers institués dans certaines églises cathédrales pour chanter les grandes messes & autres offices : ce qui leur a fait donner le nom de chanoines-vicaires, parce qu’ils faisoient en cela les fonctions des chanoines. Voyez le gloss. de du Cange au mot vicarius, à l’article vicarii dicti beneficiarii, &c.

Vicaire du comte ou Vicomte, est celui qui fait la fonction du comte. Sous la premiere & la seconde race de nos rois, on donnoit le titre de vicaire en général à tous ceux qui rendoient la justice au lieu & place, soit d’un comte ou de quelque autre juge. Il y avoit des vicaires dans chaque canton. Les vicaires des comtes ne jugeoient que les affaires légeres ; la connoissance de celles qui étoient plus importantes, & des causes criminelles étoit réservée au comte : ce qui donne lieu de croire que la moyen& basse justice appellées quelquefois viaria ont tiré de ces officiers leur nom & leur origine.

Ils sont appellés en quelques endroits missi dominici, par rapport aux comtes qui les députoient dans les différens cantons de leurs gouvernemens ; & en conséquence ils étoient obligés de se trouver avec eux aux plaids généraux des comtes.

Ils étoient aussi chargés du soin de lever les tributs chacun dans leurs districts, comme ont fait depuis les maires des villes qui paroissent descendre de ces vivaires.

Il est fait mention de ces vicaires dans la loi des Visigoths, dans la loi salique ; la loi des Lombards dans les capitulaires, les formules de Marculphe.

Ces vicaires des comtes sont les mêmes qu’on appelle ailleurs vicomtes, & en quelques endroits viguiers. Voyez Vicomte, Viguier.

Vicaires des curés, sont des prêtres destinés à soulager les curés dans leurs fonctions, & à les suppléer en cas d’absence, maladie ou autre empêchement.

La premiere institution de ces sortes de vicaires, est presque aussi ancienne que celle des curés.

L’histoire des vj. & vij. siecles de l’église, nous apprend que quand les évêques appelloient auprès d’eux dans la ville épiscopale les curés de la campagne distingués par leur mérite, pour en composer le clergé de leur cathédrale ; en ce cas les curés commettoient eux-mêmes des vicaires à ces paroisses dont ils étoient absens, & cet usage étoit autorisé par les conciles.

Le second canon du concile de Mende, tenu vers le milieu du vij. siecle, en a une disposition précise.

Le concile de Latran en 1215, canon 32, dit en parlant d’un curé ainsi appellé dans l’église cathédrale : idoneum studeas habere vicarium canonicè institutum.

Les différentes causes pour lesquelles on peut établir des vicaires dans les paroisses, sont. 1°. Quand le curé est absent, l’évêque en ce cas est autorisé par le droit des decrétales à commettre un vicaire. L’ordonnance d’Orléans confirme cette disposition. 2°. Quand le curé n’est pas en état de la desservir, soit à cause de quelque infirmité ou de son insuffisance, le concile de Trente autorise l’évêque à commettre un vicaire. 3°. Quand la paroisse est de si grande étendue & tellement peuplée, qu’un seul prêtre ne suffit pas pour l’administration des sacremens & du service divin ; le même concile de Trente autorise l’évêque à établir dans ces paroisses le nombre de prêtres qui sera nécessaire.

C’est aux évêques qu’il appartient d’instituer de nouveaux vicaires dans les lieux où il n’y en a pas ; ils peuvent en établir un ou plusieurs, selon l’etendue de la paroisse & le nombre des habitans.

Pour ce qui est des places de vicaires déja établies lorsqu’il y en a une vacante, c’est au curé à se choisir un vicaire entre les prêtres approuvés par l’évêque, & à l’évêque à lui donner les pouvoirs nécessaires pour prêcher, confesser ; il peut les limiter pour le tems & le lieu, & les lui retirer lorsqu’il le juge à propos. Le curé peut aussi renvoyer un vicaire qui ne lui convient pas.

La portion congrue des vicaires, est de 150 livres lorsqu’ils ne sont pas fondés.

Les vicaires avoient autrefois dans certaines coutumes le pouvoir de recevoir les testamens, concurremment avec les curés ; mais ce pouvoir leur a été ôté par la nouvelle ordonnance des testamens.

Voyez le concile de Narbonne en 1531, Rheims en 1564, le concile de Trente, l’ordonnance d’Orléans, art. 5. la coutume de Paris, art. 290. Van-Espen, Boich, Fagnan, Gerson, Catelan.

Vicaires des Electeurs. Voyez ci-après à la fin de l’article des vicaires de l’empire.

Vicaires de l’Empire, sont des princes qui représentent l’empereur d’Allemagne, & qui exercent ses fonctions en cas d’absence ou au autres empêchemens, ou après sa mort en cas d’interregne.

Anciennement les empereurs & les rois des Romains nommoient ces vicaires dont la fonction n’étoit qu’à vie, & quelquefois même limitée à un certain tems & à une certaine étendue de pays.

Mais par succession de tems, cette dignité & fonction sont devenues héréditaires.

La fonction des vicaires de l’empire n’a lieu que quand il n’y a pas de roi des Romains ; en effet le roi des Romains, lorsqu’il y en a un, est le vicaire général & perpétuel de l’empire.

Il y a trois autres princes, qui au défaut du roi des Romains, exercent les fonctions de vicaire de l’empire, savoir l’électeur Palatin & l’électeur de Baviere, & l’électeur de Saxe ; mais les deux premiers n’ont entre eux deux qu’un même vicariat qu’ils sont convenus d’exercer alternativement.

Le vicariat de Baviere ou du Palatin s’étend dans la Souabe, la Franconie, la Baviere & tous les pays où passe le Rhin, & dans les provinces d’Italie & autres qui sont soumises à l’empire.

Le vicariat de Saxe comprend les provinces où le droit saxon est observé ; les duchés de Brunswik & de Lunebourg, de Poméranie, de Mekelbourg & de Brême, & tous les autres pays situés dans les cercles de la haute & basse-Sasse, quoique le droit commun y soit en usage.

Les vicaires de l’empire exercent leur pouvoir chacun séparément dans les provinces de leur district, si ce n’est dans la chambre impériale de Wetzlar où l’on met dans les actes les noms des deux vicaires ensemble, à cause que la justice y est administrée au nom de tous les états de l’empire.

Les vicaires de l’empire font la fonction des anciens comtes palatins qui administroient la justice dans l’empire au nom de l’empereur ; savoir le comte palatin du Rhin, & le comte palatin de Saxe.

Leurs principales fonctions consistent à nommer aux bénéfices, dont la nomination appartient à l’empereur, présenter aux chapitres des églises cathédrales ou collégiales, & aux abbayes, des personnes capables pour remplir la premiere chanoinerie ou dignité vacante, ce que l’on appelle en Allemagne droit de premieres prieres, & qui revient à-peu près à ce qu’on appelle en France, droits de joyeux avénement.

Ce sont eux aussi qui administrent les revenus de l’empire, & qui en disposent pour les affaires publiques ; ils reçoivent les fois & hommages des vassaux de l’empire, donnent l’investiture des fiefs, excepté des principautés & autres grands états dont l’investiture est réservée à l’empereur seul, lequel à son avénement confirme tout ce que les vicaires ont fait pendant l’interregne : néanmoins ceux qui ont fait la foi & hommage à un des vicaires de l’empire, sont obligés de la renouveller à l’empereur.

Le roi de Bohème, l’électeur de Baviere, ceux de Saxe, de Brandebourg & le comte Palatin, ont aussi chacun des vicaires nés héréditaires pour les grandes charges de la couronne impériale, qui sont attachées à leur électorat. Ces vicaires font les fonctions en la place de ceux qu’ils représentent à l’exclusion de leurs embassadeurs ; ils sont investis de ces vicairies par l’empereur. Voyez Heiss. hist. de l’empire, du Cange, g’oss. lat. la Martiniere.

Vicaire de l’Evêque, est celui qui exerce sa juridiction ; les évêques en ont de deux sortes, les uns pour la juridiction volontaire qu’on appelle vicaires généraux ou grands vicaires, & quelquefois aussi des vicaires forains ; les autres pour la jurisdiction contentieuse, qu’on appelle official. Voyez Vicaire forain, Grand vicaire, Official.

Vicaire-fermier, étoit celui auquel un curé ou autre bénéficier à charge d’ames, donnoit à ferme un bénéfice qu’il ne pouvoit conserver, & que néanmoins il retenoit sous le nom de ce fermier. Dans le concile qui fut convoqué à Londres par Otton, cardinal légat en 1237, les 1e, 8e, 9e & 10e decret, eurent pour objet de réprimer deux sortes de fraudes que l’on avoit inventées pour garder ensemble deux bénéfices à charge d’ames. Celui qui étoit pourvu d’une cure comme personne, c’est-à-dire, curé en titre, en prenoit encore une comme vicaire, de concert avec la personne à qui il donnoit une modique rétribution ; ou bien il prenoit à ferme perpétuelle à vil prix le revenu de la cure. Ces abus étoient devenus si communs, qu’on n’osa les condamner absolument ; on se contenta de donner à ferme les doyennés, les archidiaconés & autres dignités semblables, ou les revenus de la jurisdiction spirituelle & de l’administration des sacremens. Quant aux vicaireries, on défendit d’en admettre personne qui ne fût prêtre ou en état de l’être aux premiers quatre-tems. Voyez le chap. ne clerici vel monachi vices suas, &c. qui est un canon du concile de Tours. Le canon præcipimus 21. quæst. 2.

Vicaire forain, est un vicaire d’un évêque ou autre prélat, qui n’a de pouvoir que pour gouverner au-dehors du chef-lieu, & quelquefois dans une partie seulement du territoire soumis à la jurisdiction du prélat, comme le grand vicaire de Pontoise, qui est un vicaire forain de l’archevêque de Rouen. Voyez Vicaire général.

On entend aussi quelquefois par vicaire forain, le doyen rural, parce qu’il est en cette partie le vicaire de l’évêque pour un certain canton. Voyez Doyen rural.

Grand-Vicaire ou Vicaire général, est celui qui fait les fonctions d’un évêque ou autre prélat.

Les grands-vicaires ou vicaires généraux des évêques, sont des prêtres qu’ils établissent pour exercer en leur nom leur jurisdiction volontaire, & pour les soulager dans cette partie des fonctions de l’épiscopat.

Il est parlé dans le sexte des vicaires généraux de l’évêque, sous le titre de officio vicarii. Boniface VIII. les confond avec les officiaux, comme on fait encore dans plusieurs pays : aussi suppose-t-on dans le sexte que la jurisdiction volontaire & la contentieuse sont réunies en la personne du vicaire général de l’évêque.

Mais en France, les évêques sont dans l’usage de confier leur jurisdiction contentieuse à des officiaux, & la volontaire à des grands-vicaires.

Quand la commission du grand vicaire s’étend sur tout le diocese sans restriction, on l’appelle vicaire général ; mais quand il n’a reçu de pouvoir que pour gouverner certaines parties du diocese, on l’appelle vicaire général forain.

L’évêque n’est pas obligé de nommer des grands-vicaires, si ce n’est en cas d’absence hors de son évêché, ou en cas de maladie ou autre empêchement légitime, ou bien à cause de l’éloignement de la ville épiscopale ; & enfin s’il y a diversité d’idiômes dans différentes parties de leur diocèse.

La commission de grand-vicaire, doit être par écrit, signée de l’évêque & de deux témoins, & insinuée au greffe des insinuations ecclésiastiques du diocèse, à peine de nullité des actes que feroit le grand vicaire.

Pour être grand vicaire, il faut être prêtre, gradué, naturel françois ou naturalisé.

Les réguliers peuvent être grands-vicaires, pourvu que ce soit du consentement de leur supérieur.

L’ordonnance de Blois défend à tous officiers des cours souveraines & autres tribunaux, d’exercer la fonction de grand-vicaire.

Il y a néanmoins un cas où l’évêque peut, & même doit nommer pour son grand-vicaire, ad hoc, un conseiller clerc du parlement ; savoir, lorsqu’on y fait le procès à un ecclésiastique, afin que ce vicaire procede à l’instruction, conjointement avec le conseiller laïc qui en est chargé.

L’évêque ne peut établir de grand-vicaire, qu’après avoir obtenu ses bulles, & avoir pris possession ; mais il n’est pas nécessaire qu’il soit déja sacré.

Il est libre à l’évêque d’établir un ou plusieurs grands-vicaires. Quelques-uns en ont quatre & même plus. L’archevêque de Lyon en a jusqu’à douze.

Les grands-vicaires ont tous concurremment l’exercice de la jurisdiction volontaire, comme délégués de l’évêque ; il y a cependant certaines affaires importantes qu’ils ne peuvent décider, sans l’autorité de l’évêque ; telles que la collation des bénéfices dont ils ne peuvent disposer, à-moins que leurs lettres n’en contiennent un pouvoir spécial.

L’évêque peut limiter le pouvoir de ses grands-vicaires, & leur interdire la connoissance de certaines affaires pour lesquelles ils seroient naturellement compétens.

Le grand-vicaire ne peut pas déléguer quelqu’un pour exercer sa place.

On ne peut pas appeller du grand-vicaire à l’évêque, parce que c’est la même jurisdiction ; mais si le grand-vicaire excede son pouvoir ou en a abusé, l’évêque peut le désavouer : par exemple, si le grand-vicaire a conféré un bénéfice à une personne indigne, l’évêque peut le conférer à un autre dans les six mois.

Il est libre à l’évêque de révoquer son grand-vicaire quand il le juge à-propos, & sans qu’il soit obligé de rendre aucune raison ; il faut seulement que la révocation soit par écrit & insinuée au greffe du diocèse, jusques-là les actes faits par le grand-vicaire sont valables à l’égard de ceux qui les obtiennent ; mais le grand-vicaire doit s’abstenir de toute fonction, dès que la révocation lui est connue.

La jurisdiction du grand-vicaire finit aussi par la mort de l’évêque, ou lorsque l’évêque est transféré d’un siege à un autre, ou lorsqu’il a donné sa démission entre les mains du pape.

S’il survient une excommunication, suspense ou interdit contre l’évêque, les pouvoirs du grand-vicaire sont suspendus jusqu’à ce que la censure soit levée. Voyez les mémoires du clergé, la bibliotheque canonique, les définitions canoniques, d’Héricour, Fuet, la Combe.

Vicaire, haut-, est un titre que l’on donne vulgairement aux ecclésiastiques qui desservent en qualité de vicaires perpétuels les canonicats que certaines églises possedent dans une cathédrale, comme à Notre-Dame de Paris, où il y a six de ces vicaires perpétuels, ou hauts-vicaires.

Vicaire héréditaire ; il y a des vicaires séculiers en titre d’office qui sont héréditaires, tels que les vicaires de l’empire. Voyez ci-devant Vicaires de l’Empire.

Vicaire ou homme vivant et mourant ; quelques coutumes qualifient l’homme vivant & mourant de vicaire, parce qu’en effet il représente la personne du vassal. Voyez Fief, Foi, Hommage, Homme vivant et mourant.

Vicaire de Jesus-Christ, c’est le titre que prend le pape, comme successeur de saint Pierre. Voyez Pape.

Vicaire local, est un grand-vicaire de l’évêque, dont le pouvoir n’est par général pour tout le diocèse, mais borné à une partie seulement. Voyez Vicaire forain.

On peut aussi donner la qualité de vicaire local au vicaire d’un curé, lorsque ce vicaire n’est attaché par ses fonctions qu’à une portion de la paroisse. Voyez Vicaire amoviable.

Vicaire né, est celui qui jouit de cette qualité, comme étant attachée à quelque dignité dont il est revêtu ; tels sont les vicaires de l’Empire, tels sont aussi les prieurs de saint Denis en France & de saint Germain-des-prés à Paris, lesquels sont grands-vicaires nés de l’archevêque de Paris, en vertu de transactions omologuées au parlement l’un pour la ville de Saint-Denis, l’autre pour le fauxbourg de Saint-Germain de la ville de Paris ; l’archevêque ne peut les revoquer, tant qu’ils ont la qualité de prieur de ces deux abbayes. Lois ecclésiastiques de Dhéricourt. (A)

Vicaire perpétuel, c’est celui dont la fonction n’est pont limitée à un certain tems, mais doit durer toute sa vie ; tels sont les vicaires de l’empire, les vicaires nés de certains prélats, les ecclésiastiques qui desservent un canonicat pour quelque abbaye, ou autres églises, dans une cathédrale.

On donne aussi le titre de vicaire perpétuel aux curés qui ont au-dessus d’eux quelqu’un qui a le titre & les droits de curé primitif.

L’établissement des vicaires perpétuels des curés primitifs est fort ancien ; les lois de l’église & de l’état l’ont souvent confirmé.

Avant le concile de Latran, qui fut tenu sous Alexandre III. les moines auxquels on avoit abandonné la régie de la plûpart des paroisses cesserent de les desservir en personne, s’efforçant d’y mettre des prêtres à gage.

A leur exemple les autres curés titulaires donnerent leurs cures à ferme à des chapelains ou vicaires amovibles, comme si c’eussent été des biens profanes, à la charge de certaines prestations & coutumes annuelles, & de prendre d’eux tous les ans une nouvelle institution.

Ces especes de vicariats amovibles furent défendus par le second concile d’Aix, sous Louis le Débonnaire, par le concile romain, sous Grégoire VII. par celui de Tours, sous Alexandre III. par celui de Latran, sous Innocent III. & par plusieurs autres papes & conciles, qui ordonnent que les vicaires choisis pour gouverner les paroisses soient perpétuels, & ne puissent être institués & destitués que par l’évêque ; ce qui s’entend des vicaires qui sont nommés aux cures dans lesquelles il n’y a point d’autres curés qu’un curé primitif, qui ne dessert point lui-même sa cure.

Le concile de Trente, sess. vij. ch. vij. laisse à la prudence des évêques de nommer des vicaires perpétuels, ou des vicaires amovibles dans les paroisses unies aux chapitres ou monasteres ; il leur laisse aussi le soin de fixer la portion congrue de ces vicaires.

L’article 24 du réglement des réguliers veut que toutes communautés régulieres exemptes, qui possédent des cures, comme curés primitifs, soient tenus d’y souffrir des vicaires perpétuels, lesquels seront établis en titre par les évêques, auxquels vicaires il est dit qu’il sera assigné une portion congrue, telle que la qualité du bénéfice & le nombre du peuple le requerra.

Les ordonnances de nos rois sont aussi formelles pour l’établissement des vicaires perpétuels, notamment les déclarations du mois de Janvier 1686, celle de Juillet 1690, & l’art. 24 de l’édit du mois d’Avril 1695.

Les vicaires perpétuels peuvent prendre en tous actes la qualité du curé, si ce n’est vis-à-vis du curé primitif.

La nomination des vicaires amovibles, chapelains, & autres prêtres appartient au vicaire perpétuel, & non au curé primitif.

La portion congrue des vicaires perpétuels est de 300 livres. Voyez les mémoires du clergé, le journal des audiences, tome IV. l. IV. c. xv. Duperray, d’Héricourt, & le mot.

Vicaire du préfet du prétoire ; c’étoit le lieutenant d’un des préfets du prétoire, qui étoit commis pour quelque province en particulier : il tiroit son autorité de l’empereur directement, auquel il adressoit directement ses avis ; sa jurisdiction ne différoit de celle du préfet qu’en ce que celui-ci avoit plus de provinces soumises à sa jurisdiction. Les Romains avoient de ces vicaires dans presque toutes les provinces par eux conquises, dans les Gaules, en Espagne, en Afrique, & dans l’Orient. Voyez la jurisprud. françoise de Helo, & les mots Préfet, Prétoire.

Vicaire provincial ou local, est le vicaire d’un évêque ou autre prélat, qui n’est commis par lui que pour un certain canton.

Les curés peuvent aussi avoir des vicaires locaux. Voyez ci-devant Vicaire local.

Vicaire du saint siege, est la même chose que vicaire apostolique. Voyez Légat & Vicaire apostolique.

Vicaire ou Secondaire ; c’est un second prêtre destiné à soulager le curé dans ses fonctions. Voyez Vicaire amovible, Vicaire des curés.

Sous-vicaire, est un prêtre établi par les curés sous le vicaire, pour l’aider lui & son vicaire dans ses fonctions curiales. Un curé peut avoir plusieurs sous-vicaires.

Vicaire temporel, est celui qui est nommé pour un tems seulement. Voyez Vicaire amovible.

Ypo-Vicaire, est la même chose que sous-vicaire. Voyez Fevret & l’article sous-Vicaire. (A)

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Étymologie de « vicaire »

(1414) Du latin vicarius (« remplaçant ») qui donne aussi voyer, viguier[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. vicari ; espagn. vicario ; portug. vigairo ; ital. vicario ; du latin vicarius, qui vient de vix, vicis, tour, alternative (voy. VICE 2). Vicarius avait aussi donné viguier.

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Phonétique du mot « vicaire »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
vicaire vikɛr

Citations contenant le mot « vicaire »

  • Puis il devient vicaire à Monistrol-sur-Loire de 1998 à 2000. , Religion catholique : le père Bernard Planche nommé à Rome - La Commère 43
  • Pourquoi voir le vicaire quand on peut voir le pape ? De Proverbe québécois
  • Quand il pleut sur le curé, il dégoutte sur le vicaire. De Proverbe français
  • Après avoir dû refuser une autre candidature qui avait les faveurs de la cote – un abbé fribourgeois soupçonné d’abus sexuels, sous enquête de police –, l’évêque Charles Morerod pensait avoir enfin trouvé la perle rare pour succéder à l’abbé Paul Frochaux (démissionné de son poste pour abus sexuels sur mineurs le mois dernier) à la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg. Il nommait en effet il y a quelques jours le chanoine Alain C., 46 ans, ancien numéro deux du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) dont il fut le vicaire général de 2012 à 2017, actuellement curé dans le canton de Genève, où il a été notamment chargé de la préparation de la messe du pape François à Palexpo le 21 juin 2018, apparaissant même sur l’estrade auprès du Saint-Père, auquel il avait serré la main. , La double vie du chanoine Alain C. | Illustré
  • Un vicaire nul ? Certaines gens ont pensé à la hiérarchie céleste telle présentée dans certains récits cabbalistiques et rient du premier citoyen de la nation qui utilise des thèmes ou des images dont il en ignore le sens. Rezo Nòdwès, Jovenel Moïse, en deuxième position, vicaire de « Dieu/dieux » en Haïti | Rezo Nòdwès
  • La poursuite contre la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Sherbrooke concerne le Père Edmond Doran qui était vicaire à la paroisse Saint-Hyppolite-de-Wotton. Ce dernier aurait fait subir des abus sexuels à un homme alors d’âge mineur identifié comme A.B. dans le document de la Cour supérieure dont La Tribune a obtenu copie. La Tribune, Poursuite de 1,6 M$ contre l’Archidiocèse de Sherbrooke | Justice et faits divers | Actualités | La Tribune - Sherbrooke
  • L’abbé Pierre Bonnet, aujourd’hui vicaire général du diocèse d’Agen et prêtre de la paroisse de Marmande s’apprête à quitter ses fonctions de prêtre pour se consacrer exclusivement à son rôle de vicaire général auprès de l’évêque d’Agen Monseigneur Herbreteau. ladepeche.fr, Le vicaire général arrive à Agen à la rentrée - ladepeche.fr

Images d'illustration du mot « vicaire »

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Traductions du mot « vicaire »

Langue Traduction
Anglais vicar
Espagnol vicario
Italien vicario
Allemand pfarrer
Chinois 牧师
Arabe نائب
Portugais vigário
Russe викарий
Japonais 牧師
Basque bikario
Corse vicariu
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Synonymes de « vicaire »

Source : synonymes de vicaire sur lebonsynonyme.fr

Vicaire

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