La langue française

Période

Définitions du mot « période »

Trésor de la Langue Française informatisé

PÉRIODE, subst.

I.− Subst. fém.
A.−
1. Espace de temps, durée. Une période de tant d'années; brève période. Notre exacte décomposition de chaque mois en quatre périodes hebdomadaires (Comte, Catéch. posit.,1852, p. 229).Période dépassant à peine un siècle (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 71).
2. Espace de temps plus ou moins long, phase marquée par un fait, un événement, une situation, des caractères précis et se reproduisant dans certains cas.
a)
α) [Du point de vue de la vie de la terre, de la nature] Période géologique, glaciaire, hivernale; période d'étiage, de sécheresse. La tempête cédait la place à une période calme de pluies et de vents tièdes (Queffélec, Recteur,1944, p. 44).
β) Spécialement
GÉOLOGIE
Division d'une ère qui recouvre différentes époques. Période crétacée, jurassique. Dernière époque de la grande période carbonifère (Ad. Brongniart, Graines foss.,1876, p. 7).
[Dans la lang. usuelle] Synon. de ère.Un squelette du milieu de la période quaternaire (G. Leroux, Parfum,1908, p. 63).
PHYS. NUCL. Période (radioactive, d'un radioélément). Temps nécessaire à un corps radioactif pour perdre la moitié de son activité par désintégration. En pratique, on est limité à l'utilisation de radioéléments dont la période radioactive n'est pas trop courte (Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 228).
b)
α) [Du point de vue de l'hist., de la littér., des arts, de la vie organisée des hommes] À quelle époque du monde a pu commencer cette période celtique et de combien de siècles est-elle séparée de l'ère antédiluvienne? (Boucher de Perthes, Antiq. celt.,t. 2, 1857, p. 355).Une commission (...) aura tendance, surtout dans des périodes critiques, à donner la priorité aux projets du gouvernement (Lidderdale, Parlement fr.,1954, p. 196).
SYNT. Période actuelle, ancienne, antérieure, contemporaine, intermédiaire, moderne, nouvelle, récente; première, dernière période; période historique, néolithique; période classique, révolutionnaire; période agitée, difficile, héroïque; période féconde, florissante; belle période; période scolaire; période de chômage, de crise, d'inflation, de pénurie; période de développement, de prospérité, de transition; période de guerre, de paix; période de travail, de vacances; les périodes de l'histoire; à, avant, pendant, après, pour une période donnée; au cours, au début, à la fin d'une période déterminée; en période de pointe.
β) Spécialement
DÉFENSE. Période (militaire, d'instruction, de réserve). Durée limitée pendant laquelle les réservistes sont appelés à recevoir un complément d'instruction. Celui-ci allait bientôt faire une période militaire, au camp de Châlons (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 280).Je pourrais parfaitement être officier de réserve, mais j'ai refusé de faire les périodes à cause de mes convictions (Malraux, Espoir,1937, p. 498).
DROIT
COMM. Période suspecte. ,,Période précédant le jugement déclaratif de faillite pendant lequel les actes du failli sont nuls ou annulables`` (Cap. 1936). En fixant la date de la cessation des paiements, le juge détermine la période suspecte qui, en toute hypothèse, ne saurait excéder 18 mois (Jur.1981).
Période (de propriété). Durée déterminée de propriété (dans le cadre de la multipropriété). En achetant une période au Clubhotel Canaries, vous êtes certain de pouvoir compter chaque année sur des vacances de grand luxe (Le Point,31 oct. 1977, p. 122, col. 2).
DU TRAV. Période de référence. ,,Période d'activité professionnelle salariée ou assimilée, en considération de laquelle est évalué le droit à prestations`` (Sournia 1973). Il est envisagé d'augmenter le nombre d'heures de travail au cours de la période de référence (Réforme Séc. soc.,1968, p. 18).
ÉCON. Espace de temps théorique plus ou moins long au cours duquel se produisent, sont observés divers phénomènes de la vie économique. L'accumulation continue à se faire en longue période et accroît les possibilités du capital (Lesourd, Gérard, Hist. écon.,1968, p. 166):
1. ... l'équilibre mondial (...) serait mieux assuré s'il était possible de limiter directement les fluctuations des prix de ces produits. Cette affirmation n'est pas contestable, et n'est pas contestée, tant qu'elle ne s'applique qu'à la courte période. Univers écon. et soc.,1960, p. 40-1.
POL. Période électorale. Durée comprise entre la convocation des électeurs et le scrutin, au cours de laquelle les candidats jouissent de divers privilèges pour faire leur campagne. Le bon Lapierre doit être maintenant dans tout le feu de la période électorale (Flaub., Corresp.,1877, p. 35).Pendant toute la durée de la période électorale, les affiches sont dispensées du timbre (Bacquias, Conseil gén. et conseil arrondiss.,1934, p. 5).
SPORTS (jeux de balle, de ballon). Division d'une partie, d'un match. La durée d'un match [de water-polo] est de quatre périodes de cinq minutes de jeu effectif chacune (Jeux et sports,1967, p. 1573).
c) [Du point de vue de la vie particulière d'un individu] Vous passez par-dessus la période la plus intéressante de la vie de votre héros (Dumas père, Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 778).Il avait renié sa période mondaine, au point de vendre avec emphase son frac (Montherl., Pitié femmes,1936, p. 1207).
SYNT. Période d'abattement, d'activité, d'adaptation, d'attente, de calme, d'engouement, de repos, de tâtonnement, de tristesse; être, entrer dans une période déterminée.
En partic. Phase d'une certaine durée de la vie d'un artiste, d'un écrivain, d'un intellectuel marquée par une manière particulière, un courant déterminé. La seconde période de la pensée de l'auteur (Hugo, Rayons et ombres,1840, p. 1021).Aux murs, des Picasso de la période rose (Malraux, Cond. hum.,1933, p. 257).
d) [Du point de vue de la vie du corps et du psychisme]
PATHOL. Phase d'une maladie. Période aiguë; période d'incubation, d'invasion, de déclin; période de dépression; période d'accalmie, de convalescence, de rémission. La maladie évolue implacablement vers l'aggravation. On assiste alors à la période d'état de la maladie (Quillet Méd.1965, p. 363):
2. Son pouls était petit et irrégulier, sa peau sèche, sa soif intense. À cette période succéda bientôt une période de chaleur; le visage s'anima, la peau rougit, le pouls s'accéléra; puis une sueur abondante se manifesta, à la suite de laquelle la fièvre parut diminuer. Verne, Île myst.,1874, p. 507.
PHYSIOL. Phase du fonctionnement du corps, d'une de ses parties. Dans la période ascendante qui précède les règles (Michelet, Journal,1858, p. 428).En dehors des périodes digestives le cholédoque est fermé à sa terminaison par un muscle annulaire (Quillet Méd.1965, p. 130).
Périodes (menstruelles, de la femme). Règles. [Le fenouil] posé sur la poitrine d'une femme, clarifie ses eaux et stimule l'indolence de ses périodes (Huysmans, À rebours,1884, p. 53).
Période réfractaire*.
PSYCHANAL. Période de latence*.
e) [Du point de vue du fonctionnement d'une machine] La première course du piston, de A à B, puis de B à C, constitue la période dite d'aspiration : la soupape d'aspiration est ouverte (Ambroise, Monteur mécan.,1949, p. 108).
3. Espace de temps séparant les moments où se reproduit régulièrement un phénomène.
a) ASTRONOMIE
Temps que met un corps céleste pour accomplir sa révolution ou revenir à un même point défini de son orbite. Toutes les planètes, y compris la Terre, se meuvent dans des périodes différentes autour du Soleil (Flammarion, Astron. pop.,1880, p. 417).
Division du temps calculée sur cette base. La base commune de tous ces calculs me paraît être la célèbre période astronomique de 600 ans (P. Leroux, Humanité,t. 2, 1840, p. 618).V. julien ex. de Chateaubriand.
b) PATHOL. Dans une fièvre réglée, temps que durent un accès et une rémission avant un nouvel accès (d'apr. Littré-Robin 1855).
c) PHYS. ,,Intervalle de temps séparant deux passages d'un système oscillant − ou d'un phénomène vibratoire − par le même état`` (Dew. Mes. 1973). Mouvements vibratoires dont les périodes ne concordent pas et sont d'inégales durées (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 78).Utilisation de galvanomètres de période très différente de celle du pendule (Rothé, Géophys.,1943, p. 334).
d) P. anal.
CHIM. Dans le tableau périodique, ensemble des éléments situés entre deux gaz rares consécutifs. Les éléments chimiques sont rangés, dans la classification, en sept périodes (Charles1960).
MATHÉMATIQUES
Dans une fonction périodique, quantité fixe (ou multiple de celle-ci) qu'on ajoute à la variable pour qu'elle reprenne la même valeur. La période est l'inverse de la fréquence (Astron.1973).Les périodes de f sont les multiples de t0; l'élément t0s'appelle plus petite période de f (Chamb.1981).
Dans une fraction périodique, série de chiffres qui se répète indéfiniment dans le même ordre. (Dict. xixeet xxes.).
B.− [P. réf. à diverses propriétés d'une période : cadence, régularité, durée, ensemble cohérent]
1. STYL. ,,Phrase complexe caractérisée par l'agencement harmonieux de ses propositions (...) et le développement logique de la pensée`` (Mounin 1974). Période harmonieuse, nombreuse, oratoire; cadence, membres d'une période. Ici je ferme une période un peu longue pour ouvrir une parenthèse utile (Nerval, Voy. Orient,t. 1, 1851, p. 110):
3. Vous ne connaissez pas la véritable éloquence. On tourne une grande période autour d'un beau petit mot, pas trop court ni trop long, et rond comme une toupie : on rejette son bras gauche en arrière de manière à faire faire à son manteau des plis pleins d'une dignité tempérée par la grâce : on lâche sa période qui se déroule comme une corde ronflante, et la petite toupie s'échappe avec un murmure délicieux. Musset, Lorenzaccio,1834, II, 4, p. 147.
Période arrondie*. Période carrée (v. carré1). Période ronde (v. rond1). Chute* d'une période. Arrondir* une période.
2. MUS. Période (musicale). Ensemble des éléments concourant à la construction d'une mélodie, particulièrement en fonction de la carrure à l'époque classique. La fin de la période se termine par un arrêt du mouvement (D'Indy, Compos. mus.,t. 1, 1897-1900, p. 37).Toute mélodie est soumise au partage en périodes régulières de 4, 8, 12 mesures, ou les multiples de ces nombres (BrenetMus.1926, p. 246).
II.− Subst. masc., vieilli, littér. Phase, degré (de quelque chose, de l'évolution de quelque chose); moment (de la vie de quelqu'un). Les cercles de la vie s'étendent avec ceux des jours, et la lune en forme différents périodes (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 376).La nation (...) en était arrivée à ce période des crises politiques où l'on croit trouver du repos par le pouvoir d'un seul (Staël, Consid. Révol. fr.,t. 1, 1817, p. 513).Depuis ce période obscur de la première enfance (Cournot, Fond. connaiss.,1851p. 122).
[Gén. déterminé par un adj., un superl. ou un compl. de nom exprimant l'intensité] Degré maximum (de quelque chose). La peste était à son plus haut période d'intensité dans Jérusalem (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 420).Tout porte (...) à croire qu'après avoir atteint son période de hauteur, la civilisation entrera dans une voie de décroissance (Renan, Dialog. philos.,1876, p. 63).Le mot est arrivé au dernier période de l'abstraction (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 309).
Prononc. et Orth. : [peʀjɔd]. Ac. 1694, 1718 : periode; dep. 1740 : pé-. Étymol. et Hist. I. A. 1. Genre indéterm. a) xives. [date du ms.] peryode « durée, temps que dure une chose » (Mahieu Le Vilain, Méthéores, éd. R. Edgren, p. 68, 31; au masc. p. 93, 34); 1422 periode « id. » (A. Chartier, Quadrilogue invectif, éd. E. Droz, p. 2); b) xves. [date du ms.] periode de fievre (B. de Gordon, Pratique, B.N. fr. 1288, fo139 rods DG); 2. fém. a) astron. α) 1671 période julienne (v. julien); 1671 [éd.] « temps que met une planète à effectuer sa révolution de manière à revenir à la même position » (J. Rohault, Traité de phys., t. 2, p. 73); β) 1872 arithm. (Littré Add. : ensemble des chiffres qui se reproduisent dans le même ordre en une fonction périodique simple ou composée); γ) 1851 phys. (Cournot, op. cit., p. 78); b) α) 1797 pathol. (Voy. La Pérouse, t. 4, p. 16 : dans cette période de la lèpre la peau a déjà perdu sa sensibilité; déjà en 1764 au masc. : le période d'une maladie, Lavoisien, Dict. portatif de méd., t. 2, p. 49 et comme subst. fém. en 1793 d'apr. FEW t. 8, p. 244b); β) 1842 géol. (Ac. Compl. : periodes géologiques); c) 1871 dr. période électorale (Lettres parisiennes, 11 févr., 2, col. 2 ds Dub. Pol., p. 293); d) 1938 chim. période de transformation (d'un radio-élément) (Boutaric, Précis de phys., p. 1018). B. Masc. 1. 1478 « paroxysme (d'une maladie) » (Le Guidon en français [trad. par N. Panis de l'ouvrage lat. de Guy de Chauliac], fo34 ds Sigurs, p. 362); 2. 1690 au plus haut periode (Fur.). II. Fém. 1. 1596 rhét. (Hulsius d'apr. FEW t. 8, p. 244b); 2. 1787 mus. (Marmontel, Œuvres, p. 240 ds Littré). I empr. sav. au gr. π ε ρ ι ́ ο δ ο ς « laps de temps; durée (de vie), phase d'une maladie; cours, révolution des astres », propr. « chemin autour » d'où « action d'aller autour » (de π ε ρ ι- « autour [de] » et ο ̔ δ ο ́ ς « route, chemin »), peut-être par l'intermédiaire du b. lat. periodus. II empr. au lat. de l'époque impériale periodus « id. », lui-même empr. au gr. π ε ρ ι ́ ο δ ο ς qui avait aussi ce sens. L'hésitation dans le genre du mot s'explique par le fait que le subst. gr. est fém. et le lat. periodus masc. Cf. FEW t. 8, p. 244a-245b. Fréq. abs. littér. : 2 783. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 197, b) 2 095; xxes. : a) 3 329, b) 6 836.

Wiktionnaire

Nom commun 1

période \pe.ʁjɔd\ féminin

  1. Temps qu’une chose met à accomplir les phases de sa durée.
    • Le désastre de Mohacz (1526) où mourut le roi Louis II ouvre pour la Hongrie et la Slovaquie la période de domination ottomane qui dure jusqu'au traité de Požarevac (1718). — (Ernest Denis, La Question d'Autriche ; Les Slovaques, Paris, Delagrave, 1917, in-6, p.121)
    • Pour la période de trente-deux ans, qui correspond aux règnes de Childebert, de Caribert et de Dagobert, les numismates ont classé 141 médailles de Banassac. — (J.-B. Delon, Histoire de Gévaudan-Lozère, Mende : Imprimerie Saint-Privat, 1941, page 37)
    • Pendant toute la période des fiançailles, le futur gendre va, pour manifester sa bonne volonté au travail et rendre service à sa belle-mère, régulièrement approvisionner la maison de ses beaux-parents en bois de feu. — (Paulette Roulon-Doko, Cuisine et nourriture chez les Gbaya de Centrafrique, L'Harmattan, 2001, page 40)
  2. Intervalle de temps au bout duquel un phénomène ou un groupe de phénomènes se reproduit dans les mêmes conditions.
    • Chaque période interglaciaire amène un adoucissement du climat, qui prend le type froid et sec ou bien doux et humide. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p.58)
  3. (Astronomie) Révolution d’un astre tournant autour d’un autre.
    • La période sidérale de la Lune autour de la Terre est de vingt-sept jours sept heures.
    • La période de la planète Neptune autour du Soleil est de cent soixante-quatre ans.
    • Le saros des Chaldéens est la période d’environ dix-neuf ans au bout de laquelle les éclipses de soleil et de lune se reproduisent dans le même ordre.
  4. (Chimie) Demi-vie.
    • La période de radioactivité d'un radioélément.
  5. (Géologie) Une des subdivisions de l'échelle des temps géologiques.
    • Les ères géologiques sont divisées en périodes, qui à leur tour sont divisées en époques.
    • Des sauriens gigantesques ont vécu pendant la période jurassique.
  6. (Grammaire) Enchaînement logique et ordonné de propositions dont le sens complet demeure en suspens jusqu’à leur point final.
    • Il se mit ensuite à nous parler de notre mère, des deux mille francs, de sa Roberte, de sa Camille, de son Anastagille, et cela avec tant de longueurs, tant de périodes, que nous serions encore, — c’est bien le cas de le dire, — debout dans le magasin, à l’écouter, si, Jacques ne lui avait pas dit d’un ton d’impatience : « Et votre caisse, Pierrotte ! » — (Alphonse Daudet, Le petit Chose, 1868, réédition Le Livre de Poche, pages 162-163)
    • Puis il me renvoyait quelques minutes après, s’interrompant au milieu d’une période compliquée, comme si elle l’ennuyait trop pour qu’il s’occupât d’en compléter le sens. — (Julien Green, Le voyageur sur la terre, 1927, Le Livre de Poche, page 21)
  7. Phrase dont l’assemblage des éléments, si variés qu’ils soient, est harmonieux.
    • Ce prologue le fatiguait, mais il ne pouvait l'écourter. L'éloquence fait partie de la fonction ; et il en avait trop complaisamment composé les périodes pour se priver de la satisfaction de s'entendre les phraser et de jouir de ces cadences étudiées. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Les belles périodes prouvent qu'on du souffle. À mérite égal, les phrases courtes seront toujours plus faciles à faire. Les belles périodes exigence un travail compliqué, tandis qu'un article de journal se fait au pied levé. — (Antoine Albalat, L'art d'écrire enseigné en vingt leçons (huitième leçon), 1899)
  8. Espace de temps.
    • L'année du crapaud se partage en trois périodes distinctes de longueur inégale. — (Jean Rostand, La vie des crapauds, 1933)
    • Si la pêche du sandre est théoriquement possible toute l'année, les deux meilleures périodes semblent être la fin du printemps, juste après le frai, puis l'automne. — (Pascal Durantel, Pêche, l'encyclopédie, page 230, Éditions Artemis, 2003)
    • La période qui s'étend entre le débarquement japonais à l’embouchure du Wang-poo et le bombardement de Nagasaki tut pour la Chine particulièrement fertile en catastrophes. — (Albert Gervais, Æsculape dans la Chine en révolte, Gallimard, 1953, p.11)
    • (Musique) Ce compositeur excelle dans l’art de lier et d’arrondir ses périodes.
  9. (Mathématiques) Quantité fixe la plus petite qui puisse s’ajouter à la variable sans changer la valeur de la fonction.
    • Période d’une fraction.
  10. (Médecine) Phase d’une maladie.
    • La période d’accroissement, de déclin.
    • Les fièvres intermittentes ont leurs périodes déterminées.
  11. (Physique) Inverse de la fréquence.
    • La période d’un pendule, d’une onde.
    • Les ondes à courtes périodes sont très employées en télégraphie sans fil.

Nom commun 2

période \pe.ʁjɔd\ masculin

  1. (Littéraire) (Vieilli) Le point ou le degré où une chose, une personne est arrivée.
    • Si l’Angleterre, [...] et la France, voulaient faire les frais d’une expédition tous les trois ans, on peut assurer qu’avant vingt années la géographie serait à son plus haut période. — (Louis Marie de Milet de Mureau, Voyage de La Pérouse autour du monde, tome I, p. xxiii, Imprimerie de la République, Paris, 1797)
    • L’architecture du Mirah montre au contraire une civilisation arrivée à son plus haut développement, un art à son période culminant : au-delà, il n’y a plus que la décadence. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Il aurait voulu faire s’accorder les doctrines avec les œuvres, les critiques et les poètes, saisir l’essence du Beau ; et ces questions le travaillèrent tellement que sa bile en fut remuée. Il y gagna une jaunisse. Elle était à son plus haut période, quand Marianne, la cuisinière de Mme Bordin, vint demander à Bouvard un rendez-vous pour sa maîtresse. — (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, Lemerre, Paris, 1881)
    • Chez Sade, comme dans Vénus en rut, le verbe porter marque l'action qui permet d'atteindre le dernier période. L'expression porter au dernier période marque alors une limite de l'imagination, au sens que le calcul intégral donne à la notion de limite. — (Peter Cryle, La Crise du plaisir: 1740-1830, Presses Univ. Septentrion, 2003, page 184)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PÉRIODE. n. f.
Intervalle de temps au bout duquel un phénomène ou un groupe de phénomènes se reproduit dans les mêmes conditions. En termes de Physique, il se dit de l'Oscillation d'un pendule ou d'une onde. Les ondes à courtes périodes sont très employées en télégraphie sans fil. En termes d'Astronomie, il désigne la Révolution d'un astre tournant autour d'un autre. La période de la lune autour de la terre est de vingt-sept jours sept heures. La période de la planète Neptune autour du soleil est de cent soixante-quatre ans. Le Saros des Chaldéens est la période d'environ dix-neuf ans, au bout de laquelle les éclipses de soleil et de lune se reproduisent dans le même ordre.

PÉRIODE signifie aussi Temps qu'une chose met à accomplir les phases de sa durée. En termes de Médecine, il désigne les Différentes phases d'une maladie. La période d'accroissement. La période de déclin. Les fièvres intermittentes ont leurs périodes déterminées. En termes de Géologie, il désigne les Espaces de temps entre lesquels on partage l'histoire de la terre. Périodes géologiques. Période primaire, secondaire, tertiaire, quaternaire. Des sauriens gigantesques ont vécu pendant la période secondaire. En termes d'Histoire, il désigne aussi un Espace de temps. La période révolutionnaire. La période romantique. Il s'emploie au même sens dans le langage courant. Il vient de traverser une période difficile. Cette période de sa vie a été la plus intéressante. La période des débuts. En termes militaires, il se dit dans un sens analogue. Accomplir une période d'instruction, ou absolument une période. En termes de Grammaire, il désigne l'Enchaînement logique et ordonné de propositions dont le sens complet demeure en suspens jusqu'à leur point final. Période oratoire. Période nombreuse. Période obscure et embarrassée. Arranger, arrondir ses périodes. En termes de Musique, il se dit dans un sens analogue. Période musicale. Ce compositeur excelle dans l'art de lier et d'arrondir ses périodes.

PÉRIODE est aussi masculin; et alors il désigne le Point, le degré où une chose, une personne est arrivée. Démosthène et Cicéron ont porté l'éloquence à son plus haut période. Il est au plus haut période de la gloire. Cet homme est au dernier période de sa vie.

Littré (1872-1877)

PÉRIODE (pé-ri-o-d') s. f.
  • 1Temps qu'un astre met à faire sa révolution. La période solaire. La période lunaire. La période de Vénus. La terre fait sa période en 365 jours et un quart.
  • 2Révolution d'un nombre déterminé d'années, au moyen duquel le temps est mesuré de différentes manières par différentes nations.

    Période de Méton, voy NOMBRE, n° 7.

    Période chaldaïque, voy. SAROS.

    Période victorienne, voy. VICTORIENNE.

    Période julienne, voy. JULIEN 1.

    Périodes géologiques, divisions de l'existence de la terre.

    Périodes de la vie sociale, dans le système des fouriéristes, subdivisions de l'existence du genre humain.

  • 3 Terme de médecine. Chacun des espaces de temps qu'une maladie doit successivement parcourir. La pneumonie est dans la période d'augment, de déclin.

    Dans les fièvres intermittentes, l'espace de temps qui comprend un accès et une intermission, le temps qui s'écoule, par conséquent, de l'invasion d'an accès à l'invasion de l'accès suivant.

  • 4 Terme de grammaire. Assemblage de propositions liées entre elles par des conjonctions, et qui toutes ensemble font un sens fini, dit aussi sens complet. Période à deux, trois, quatre membres. Ce fut surtout Isocrate, né 436 ans avant Jésus-Christ, qui recommanda et pratiqua la recherche des périodes. Pour produire un ouvrage régulier, il fallait… partager la matière… il fallait d'une période en faire plusieurs, et songer plus à l'ordre qu'à l'abondance, Guez de Balzac, Socr. chrét. x. Chaque mot dans les traductions de d'Ablancourt est mesuré par la justesse des périodes, et un mot de plus ou de moins en ruinerait je ne sais quelle harmonie, qui plaît autant à l'oreille que celle des vers, Saint-Évremond, Disc. sur les traducteurs. La période est longue, il faut reprendre haleine, La Fontaine, Fabl. II, 1. Que ferez-vous ici, faibles discoureurs ? dissiperez-vous ces conseils cachés en chatouillant les oreilles ? croyez-vous que ces superbes hauteurs tombent au bruit de vos périodes mesurées ? Bossuet, Bourgoing. Que ne lui laissiez-vous finir sa période ? Racine, Plaid. III, 3. Ils [des esprits trop vifs] conçoivent une période par le mot qui la commence, et, par une période, tout un chapitre, La Bruyère, I. Le commun des hommes aime les phrases et les périodes, La Bruyère, XV. Je trouve qu'il est fort indigne du prêtre qu'il passe sa vie dans son cabinet à arrondir des périodes, Fénelon, t. XXI, p. 104. Il y a telle de mes périodes que j'ai tournée et retournée cinq ou six nuits dans ma tête, avant qu'elle fût en état d'être mise sur le papier, Rousseau, Conf. III. Bossuet connaissait parfaitement la coupe du style ; quelquefois il va rapidement par une suite de phrases très courtes ; d'autres fois ses périodes sont d'une grande page, et elles ne sont pas trop longues, parce que tous les membres en sont distincts et sans embarras, Condillac, Art d'écr. III, 3. Dans une période, tous les membres doivent être distincts et liés les uns aux autres ; quand ces conditions ne sont pas remplies, ce n'est plus qu'un assemblage confus de plusieurs phrases, Condillac, ib. I, 9. Une période bien faite est appelée une période arrondie, Condillac, ib.

    Période carrée, période à quatre membres dont les membres sont à peu près égaux. Je sais mieux ranger les soldats que les paroles, et mieux carrer les bataillons que les périodes, Scudéry, dans PELLISSON, Hist. de l'Acad. IV, Scudéry. Cela est bon pour Frédéric le Grand ; il lui faut des armées le matin, et Apollon l'après-midi ; il a tout, il carre des bataillons et des périodes, Voltaire, Lett. Margr. de Baireuth, dans Rev. Française, février 1866, p. 202.

    Période ronde, se dit, par opposition à période carrée, de celle dont les membres sont tellement joints, qu'on aperçoit difficilement l'endroit où ils s'unissent.

    Période croisée, celle dont les membres sont opposés et forment antithèse.

    Période rhopalique, voy. RHOPALIQUE.

    Période poétique, période faite avec des vers.

  • 5Période musicale, phrase musicale composée de plusieurs membres. Le mot de période en fait de musique est aussi usité qu'en parlant d'éloquence : les bons écrivains et les hommes instruits n'appellent pas autrement le cercle que décrit un chant dont les parties se développent et se renferment dans un dessein régulier et fini, Marmontel, Œuv. p. 240.
  • 6 S. m. Le plus haut point où une chose, une personne puisse arriver. Puisque les sciences et les arts ne sont jamais à leur période, il m'est permis de croire qu'ils [les anciens] n'ont pas tout su, Corneille, Clit. Préf. Il [un rhumatisme] a son commencement, son augmentation, son période et sa fin, Sévigné, 2 févr. 1676. Serait-il possible que vos incommodités fussent venues à leur période ? Sévigné, 17 mai 1680. Ce période de développement des facultés humaines, Rousseau, Orig. 2.

    Aujourd'hui, où ce sens de période n'est plus aussi bien compris, on y joint ordinairement l'adjectif haut. Le plus haut période de la gloire.

    Le dernier période, la fin. La puissance de cet empire touchait à son dernier période.

  • 7 S. m. Espace de temps indéterminé. Un long période de temps, Dict. de l'Acad. Les temps destinés à cette attente sont dans leur dernier période, Bossuet, Hist. II, 4. Les princes ont, dans leur vie, des périodes d'ambition ; après quoi, d'autres passions et l'oisiveté même succèdent, Montesquieu, Rom. I.

    En ce dernier sens, beaucoup font période féminin. Les périodes du temps auxquelles toutes les choses parviennent tôt ou tard à leur perfection et maturité, Naudé, Rosecroix, v, 3. Pourquoi, disait-on, s'effrayer d'une période de deux millions d'années ? il y en a probablement de plus longues entre les positions réciproques des astres, Voltaire, Phil. Newt. Diss. changem. globe. Le texte hébreu fait cette période [l'intervalle entre la création et le déluge] de 1656 ans, le samaritain de 1307, et la version grecque des Septante de 2242, Condillac, Hist. anc. I, 1.

SYNONYME

PÉRIODE, ÉPOQUE. Époque venant de ἐπὶ, sur, et ἕχειν, s'arrêter, désigne précisément un moment déterminé, particulier de la durée ; et ce n'est que par extension ou par abus qu'on lui attribue le sens de grand intervalle de temps. Au contraire, période, à cause de la préposition περὶ qui entre dans sa composition, désigne proprement un grand intervalle de temps, une grande durée.

HISTORIQUE

XIVe s. Peryode est le temps et la mesure de la duracion d'une chose, Oresme, Thèse de MEUNIER.

XVe s. Le cours de la durée des seigneuries et des citez que les naturiens appellent periode, Chartier, Quadril. inv. p. 403.

XVIe s. Nature met fin et periode à toutes choses par elle produyctes, Rabelais, Garg. I, 20. Puis, quand la guarison fout faicte, comment se peut il [le médecin] asseurer que ce ne feust que le mal feust arrivé à sa periode ? Montaigne, III, 230. Nous ne sommes pas pourtant à nostre dernier periode [ruine], Montaigne, IV, 84. Les maulx ont leur periode comme les biens ; à l'adventure est cet accident à sa fin, Montaigne, IV, 273. Je luy appris encore à dire maxime d'Estat, maladie d'Estat, periode d'affaires… et mille autres termes de cette façon, à quoy on connoit aujourduy une belle ame, D'Aubigné, Conf. II, 1.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PÉRIODE. Ajoutez :
8 S. f. Terme d'arithmétique. Ensemble des chiffres qui se reproduisent dans le même ordre, en une fraction périodique simple ou composée (voy. PÉRIODIQUE).
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PERIODE, s. f. en terme d’Astronomie, est le tems qu’une planete met à faire sa révolution ; ou la durée de son cours, depuis qu’elle part d’un certain point des cieux jusqu’à ce qu’elle retourne à ce même point.

La période du soleil, ou plutôt de la terre, est de 365 jours, 5 heures, 49 minutes. Celle de la lune est de 27 jours, 7 heures, 43 minutes. Voyez, Lune, &c. Les périodes des cometes sont encore inconnues pour la plûpart. Il y en a néanmoins quelques-unes dont on croit connoître les périodes : une par exemple dont on sait que la période est de 75 à 76 ans, & qu’on a revûe en 1759 ; une autre dont on croit que la période est de 129 ans, & qu’on attend en 1789 ou 1790 ; une autre enfin dont on croit que la période est de 575 ans, c’est la fameuse comete de 1680. Voyez Comete.

Il y a une admirable harmonie entre les distances des planetes au soleil, & leurs périodes autour de cet astre ; la loi de cette harmonie est que les quarrés des tems périodiques sont toujours comme les cubes des moyennes distances au soleil. Voyez Planete. Voici ces périodes & ces moyennes distances.
  Jours. Heures No image.svg Moyen. dist.
Saturne 10579 6 36 26 953800
Jupiter 4332 12 20 35 520110
Mars 686 23 27 30 152369
La Terre 365 6 9 30 100000
Vénus 224 16 49 24 72333
Mercure 87 23 15 53 38710

Période, en terme de Chronologie, signifie une époque ou un intervalle de tems par lequel on compte les années, ou une suite d’années au moyen de laquelle le tems est mesure de differentes manieres, dans différentes occasions, & par des nations différentes. Voyez Tems.

Telles sont les périodes callippique & méthonique, qui étoient deux différentes corrections du calendrier grec ; la periode julienne inventée par Jos. Scaliger ; la période victorienne, &c.

Période callippique, ainsi nommée de Callippus son inventeur, est une suite de 76 ans qui reviennent continuellement, & qui étant écoulés redonnent les pleines & les nouvelles lunes au même jour de l’année solaire.

La période callippique a été inventée pour perfectionner la période methonique de 19 ans ; cette derniere période ne se trouvant pas assez exacte, Callippus, athénien, la multiplia par 4, & forma ainsi la période callippique. Voyez Période Callipique.

Période constantinopolitaine, est la période dont se servent les Grecs : elle est la même que la période julienne. Voyez Période julienne.

Période dyonisienne, ainsi appellée de Denis le Petit, son inventeur, est la même chose que la période victorienne. Voyez Période victorienne.

Période d’Hypparque, est une suite de 304 années solaires qui reviennent continuellement, & qui, selon Hypparque, redonnent en revenant les pleines & les nouvelles lunes au même jour de l’année solaire.

Cette période n’est autre que la période callippique multipliée par 4. Hypparque faisoit l’année solaire de 365 jours, 5 heures, 55′ 12″ ; & de-là il concluoit qu’en 304 ans la période callippique devroit errer d’un jour entier. C’est ce qui l’engagea à multiplier cette période par 4, & à ôter du produit un jour. Mais cette correction ne fait pas revenir les pleines & les nouvelles lunes au même jour de la période ; car il y en a qui anticipent d’un jour, 8 heures, 23′, 29″, 20‴.

Période julienne, est une suite de 7980 ans, qui vient de la multiplication des cycles du soleil, de la lune, & des indictions l’un par l’autre, c’est-à dire, des nombres 28, 19, 15. Elle commence au premier Janvier dans l’année julienne.

Chaque année de la période julienne a son cycle solaire, son cycle lunaire, & son cycle d’indictions particulier, de sorte qu’il n’y a point dans toute l’étendue de cette période deux années qui aient à-la-fois le même cycle solaire, le même cycle lunaire, & le même cycle d’indictions : d’où il s’ensuit que toutes les années de la période julienne sont distinguées les unes des autres.

Cette période fut inventée par Scaliger, comme renfermant toutes les époques, pour faciliter la réduction des années d’une époque donnée à celles d’une autre époque pareillement donnée. Elle s’accorde avec l’époque ou période constantinopolitaine, qui étoit en usage parmi les Grecs ; avec cette différence, que les cycles solaires & lunaires, & celui des indictions, s’y comptent différemment, & que la premiere année de la période julienne differe de celle de la période constantinopolitaine.

Période ou Cycle méthonique, appellé aussi cycle lunaire, est une suite de 19 ans, au bout desquels les pleines & les nouvelles lunes sont supposées revenir au même jour de l’année solaire. On a appellé cette période méthonique, du nom de son inventeur Methon. Voyez Méthonique. Voyez aussi Cycle.

Période viotorienne, est un intervalle de 532 années juliennes, au bout desquelles les nouvelles & les pleines lunes reviennent au même jour de l’année julienne, selon le sentiment de Victorinus, ou Victorius, qui vivoit sous le pape Hilaire.

Quelques auteurs attribuent cette période à Denis le Petit, & l’appellent pour cette raison période dionysienne : d’autres l’appellent grand cycle pascal, parce qu’elle a été inventée pour trouver le tems de la Pâque, & que dans l’ancien calendrier, la fête de Pâque au bout de 532 ans tombe au même jour.

La période victorienne se trouve en multipliant le cycle lunaire 19 par le cycle solaire 28 ; le produit de ces deux nombres est 532.

Mais il s’en faut quelquefois d’un jour, 16 heures, 58′, 59″, 40‴, que les pleines & les nouvelles lunes ne retombent au même jour dans cette période. Chambers. (O)

Période chaldaïque, voyez Saros.

Période, en termes de Grammaire & de Rhétorique, est une petite étendue de discours qui renferme un sens complet, dont on distingue la fin par un point (.), & les parties ou divisions par la virgule (,), ou par le point avec la virgule (;), ou par les deux points (:). Voyez Pensée & Point.

Le pere de Colonia définit la période une pensée courte, mais parfaite, composée d’un certain nombre de membres, & de parties dépendantes les unes des autres & jointes ensemble par un lien commun.

La période, suivant la fameuse définition d’Aristote, est un discours qui a un commencement, un milieu & une fin, qu’on peut voir tout-à-la-fois. Il définit aussi la période composée de membres, une élocution achevée, parfaite pour le sens, qui a des parties distinguées, & qui est facile à prononcer tout d’une haleine.

Un auteur moderne définit la période d’une maniere beaucoup plus courte & plus claire : une phrase composée de plusieurs membres, lies entre eux par le sens & par l’harmonie.

On distingue en général de deux sortes de périodes, la période simple & la période composée. La période simple est celle qui n’a qu’un membre, comme la vertu seule est la vraie noblesse : c’est ce qu’on appelle autrement proposition, les Grecs la nommoient μονοκολος. La période composée est celle qui a plusieurs membres, & l’on en distingue de trois sortes : savoir, la période à deux membres, appellée par les Grecs δικολος, & par les Latins bimembris ; la période à trois membres, τρικολος, trimembris ; & celle à quatre membres, τετρακολος, ou quadrimembris.

Une vraie période oratoire ne doit avoir ni moins de deux membres, ni plus de quatre : ce n’est pas que les périodes simples ne puissent avoir lieu dans le discours, mais leur briéveté le rendroit trop décousu & en banniroit l’harmonie, pour peu qu’elles y fussent multipliées.

Dès qu’une période passe quatre membres, elle perd le nom de période & prend celui de discours périodique.

Voici un exemple d’une période à deux membres, tiré de Cicéron : ergò & mihi meæ vitæ pristinæ consuetudinem, C. Cæsar, interclusam aperuisti (premier membre), & his omnibus ad benè de republicâ sperandum, quasi signum aliquod sustulisti (second membre).

Exemple de la période à trois membres : nam cum anteà per ætatem hujus loci autoritatem contingere non auderem (premier membre), statueremque nihil huc nisi perfectum ingenio elaboratumque industriâ afferri oportere (second membre), omne meum tempus amicorum temporibus transmittendum putavi (troisieme membre) ; Cic. pro lege Maniliâ.

On trouve un exemple de la période à quatre membres dans la belle description que fait le même orateur du supplice des parricides qu’on jettoit dans la mer enfermés dans un sac : ità vivunt, ut ducere animam de cœlo non queant (premier membre) ; ità moriuntur, ut eorum ossa terra non tangat (second membre) ; ità jactantur fluctibus, ut nunquàm abluantur (troisieme membre) ; ità postremò ejiciuntur, ut ne ad saxa quidem mortui conquiescant (quatrieme membre) ; Cic. pro Roscio Amerino.

Les anciens orateurs observoient assez scrupuleusement les regles de l’art pour la mesure, l’étendue & l’harmonie des périodes dans leurs harangues ; mais dans les langues modernes on est beaucoup moins severe ou plus négligent.

Selon les regles de l’art oratoire, les membres d’une période doivent être égaux au-moins à-peu-près, afin que les repos ou suspensions de la voix à la fin de chaque membre puissent être à-peu-près les mêmes : mais on n’a point égard à cette regle, quand ce qu’on écrit n’est pas destiné à être prononcé en public.

Le discours ordinaire & familier admet des périodes plus longues & plus courtes que les périodes oratoires. Dans un discours public, les périodes trop courtes, & pour ainsi dire mutilées, nuisent au grand & au sublime dont elles interrompent la marche majestueuse. Au contraire les périodes trop longues l’appesantissent cette marche, tiennent l’esprit de l’auditeur dans une suspension qui produit souvent de l’obscurité dans les idées. D’ailleurs la voix de l’orateur n’est pas assez forte pour soutenir le ton jusqu’au bout ; on sait à cet égard les plaisanteries qu’on a fait sur les longues périodes de Maimbourg. Phalarée, Hermogene, Térence & les autres rhéteurs, bornent à quatre membres la juste longueur de la période, appellée par les Latins ambitus & circuitus selon ce distique :

Quatuor è membris plenum formare videbis
Rhetora circuitum ; sive ambitus ille vocatur.

C’est aussi le sentiment de Cicéron qui dit dans l’orateur : constat ille ambitus & plena comprehensio ex quatuor ferè partibus, quæ membra dicuntur, ut & aures impleat & nè brevior sit quàm satis est neque longior.

Cet orateur nous fournit un exemple du discours périodique dans l’exorde de l’oraison pour le poëte Archias : si quid in me sit ingenii, judices, quòd senuo quàm sit exiguum, aut si qua exercitatio dicendi, in quâ me non inficior mediocriter esse versatum, aut si hujusce rei ratio atque ab optimarum artium studiis & disciplinâ profecta, à quâ ego confiteor nullum ætatis meæ tempus abhorruisse, earum rerum omnium vel imprimis hic Aul. Licinius fructum à me repetere proprio suo jure debet.

Il y a encore des périodes qu’on nomme rondes, & d’autres qu’on nomme quarrées, à cause de leur construction & de leur chûte différentes. La période quarrée est celle qui est composée de trois ou quatre membres égaux, distingués l’un de l’autre, comme celle que nous avons citée sur le châtiment des parricides, ou celle-ci de M. Fléchier : si M. de Turenne n’avoit su que combattre & vaincre (premier membre), s’il ne s’étoit élevé au-dessus des vertus humaines (second membre), si sa valeur & sa prudence n’avoient été animées d’un esprit de foi & de charité (troisieme membre), je le mettrois au rang des Fabius & des Scipions (quatrieme membre). Tous ces membres, comme on voit, ont entr’eux une juste proportion.

La période ronde est celle dont les membres sont tellement joints & pour ainsi dire enchâssés les uns dans les autres, qu’à-peine voit-on ce qui les unit, de sorte que la période entiere coule avec une égalité parfaite, sans qu’on y remarque de repos considérables ; selles sont les périodes de Cicéron à deux & à trois membres, rapportées ci-dessus.

D’autres appellent période ronde celle dont les membres sont tellement disposés, qu’on pourroit mettre le commencement à la fin, & vice versâ, sans rien ôter au sens ni à l’harmonie du discours ; & ils en citent pour exemple cette période de Cicéron : si quantùm in agro locisque desertis audacia potest, tantùm in foro atque judicii impudentia valeret, non minùs in causâ cederet Aulus Cæcina Sexti Ebutii impudentiæ, quam tùm in vi saciendâ cessit audaciæ ; car on pourroit la commencer par ces mots : non minùs in causâ cederet, &c. sans que la pensée ni le nombre oratoire en souffrissent.

Enfin, on appelle période croisée, periodus decussata, celle dont les membres sont opposés, telle qu’est celle qu’on vient de lire ; ou celle-ci de M. Fléchier : plus grande dans ce dépouillement de sa grandeur, & plus glorieuse lorsqu’entourée de pauvres, de malades, ou de mourans, elle participoit à l’humilité & à la patience de Jesus-Christ, que lorsqu’entre deux haies de troupes victorieuses, dans un char brillant & pompeux, elle prenoit part à la gloire & aux triomphes de son époux. On en trouve un grand nombre de cette espece dans cet orateur, qui donnoit beaucoup & peut-être trop dans les antithèses.

Au demeurant, il n’y a guère de lois à prescrire sur l’emploi de la période. En général, le commencement d’un discours grave & noble sera périodique ; mais dans le cours de sa harangue, l’orateur se laisse diriger par le caractere de ses pensées, par la nature de ses images, par le sujet de son récit. Tantôt ses phrases sont coupées, courtes, vives & pressées, tantôt elles deviennent plus longues, plus tardives & plus lentes. On acquiert par une longue habitude d’écrire, la facilité de prendre le rithme qui convient à chaque chose & à chaque instant ; presque sans s’en appercevoir & à la longue, ce gout dont la nature donne le germe & que l’exercice déploie, devient très-scrupuleux.

Période, (Belles-Lettres.) se dit aussi du caractere ou du point (.), qui marque & détermine la fin des périodes dans le discours, & qu’on appelle communément plein repos ou point. Voyez Ponctuer.

Le P. Buffier remarque qu’il se rencontre deux difficultés dans l’usage de la période ou du point, savoir de la distinguer du colon ou de deux points, & de déterminer précisément la fin d’une période ou d’une pensée.

On a remarqué que les membres surnuméraires d’une période séparés des autres par des colons & des demi-colons commencent ordinairement par une conjonction. Voyez Colon. Cependant il est certain que ces conjonctions sont encore plus souvent le commencement d’une nouvelle période, que des membres surnuméraires de la période précédente. C’est le sens du discours & le discernement de l’auteur qui doivent le guider dans l’usage qu’il fait de ces deux différentes ponctuations. Une regle générale là-dessus & qu’il faut admettre, si l’on ne veut pas renoncer à toutes les regles, c’est que quand le membre surnuméraire est aussi long que le reste de la période, c’est alors une période nouvelle ; que s’il est beaucoup plus court, c’est un membre de la période précédente.

La seconde difficulté consiste en ce qu’il y a plusieurs phrases courtes & coupées, dans lesquelles le sens paroît être complet, & qui néanmoins ne semblent pas être de nature à devoir se terminer par un point. Ce qui arrive fréquemment dans le discours libre & familier ; par exemple : Vous êtes tous en suspens : faites promptement vos propositions : vous seriez blâmables d’hésiter plus long-tems. D’où l’on voit qu’il y a de simples phrases, dont le sens est aussi complet que celui des périodes, & qui, à la rigueur, doivent être terminées par des points ; mais leur briéveté fait qu’on y substitue les deux points.

Période, Périodique, (Médecine.) ces mots sont tirés du grec περίοδος, formé de περὶ, à l’entour, & ὁδὸς, chemin, ils signifient littéralement circuit & circulaire ; les Physiologistes s’en servent quelquefois pour désigner la circulation du sang ; mais ces termes sont plus usités dans la Pathologie. La période marque proprement le tems qui s’écoule entre les accès, paroxysmes ou redoublemens des maladies intermittentes ; ainsi la période comprend deux tems, celui du paroxysme & celui de la remission. Voyez ces mors. La période peut être fixe & constante, ou vague & indéterminée ; elle est fixe dans la plûpart des fievres intermittentes, vague dans les fievres erratiques, & pour l’ordinaire dans la goutte & l’épilepsie ; sa durée peut varier beaucoup ; elle est d’un jour dans les fievres quotidiennes, de deux jours dans les tierces, de trois dans les quartes, d’un an dans les annuelles, quelquefois de plusieurs années dans la goutte.

On donne la qualité ou l’épithete de périodiques à toutes ces maladies qui éprouvent pendant un certain tems des alternatives de bien & de mal, de diminution & d’augmentation des symptomes qui cessent même tout-à-fait & recommencent ensuite ; ainsi périodique peut être regardé comme synonyme d’intermittent. La cause de ces maladies, après avoir beaucoup exercé les Médecins, est encore pour eux un mystere profond, & dans le siecle éclaire où nous vivons, les Médecins cherchent peu à le pénétrer, avant appris par les erreurs de ceux qui les ont précédé combien les recherches dans ce genre sont pénibles, & combien elles ont été infructueuses. Voyez Paroxysme, Fievre intermittente, &c. On doit se contenter de savoir que toutes les maladies périodiques affectent principalement les nerfs ; que c’est cette affection nerveuse qui est la cause de la périodicité ; mais on ne peut aller plus avant, c’est là le nec plus ultrà ; l’action de cette cause, son méchanisme, sont tout-à-fait ignorés, on n’en connoît que les effets ; des observations pratiques ont appris 1° que ces maladies n’étoient pas dangereuses, quocumque modo intermittant, (Hippocr. aphor. 43. lib. IV.) ; 2° qu’il étoit quelquefois au contraire dangereux de les faire cesser à bonne heure ; 3° que les remedes les plus propres à emporter leur periodicité étoient les nerveux, antispasmodiques, amers, vertus qui se trouvent éminemment réunies dans le quinquina, remede anti-périodique par excellence : j’ai quelques observations particulieres qui m’ont constaté une vertu semblable dans le castor, la rhuë, l’assa-fétida, & autres anti-hystériques, même vis-à-vis des fievres intermittentes ; mais qu’on n’oublie jamais que l’usage de ces remedes n’est pas sûr, & qu’il est d’autant plus à craindre qu’ils sont plus efficaces. Je ne m’arrêterai point à rassembler une quantité d’observations de fievres intermittentes trop-tôt suspendues ou coupées. comme on dit, & qui sont devenues mortelles, aiguës, ou qui ont dégénéré en différentes affections chroniques très-fâcheuses. La goutte fournit aussi des exemples terribles : on me rapportoit, il y a quelques jours, qu’une personne ayant pris du quinquina par l’avis de quelque charlatan pour guérir une goutte violente dont il étoit tourmenté, fut effectivement soulagé, les accès furent moins forts & plus éloignés les uns des autres ; mais il mourut peu de tems après subitement, victime de l’ignorance de son prétendu guérisseur & de sa propre crédulité. (m)

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Étymologie de « période »

Περίοδος, de περὶ, autour, et ὁδὸς, chemin, voie.

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(Siècle à préciser) Du latin periodus (« tour complet ») sans doute perçu comme un dérivé de ode avec le préfixe péri-, ce dernier mot, issu d'un autre radical grec, ayant pu influencer le changement de genre par métanalyse. Le TLFi [1] explique le changement de genre par le fait que la racine grecque ὁδός, hodós (« route ») est féminin.
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Phonétique du mot « période »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
période perjɔd

Citations contenant le mot « période »

  • En France, aujourd’hui, on est mieux informé des arrêts de travail que des périodes d’activité. De Philippe Bouvard / Les Pensées
  • Il n'y a aucun remède contre la naissance et la mort, sinon de profiter de la période qui les sépare. De George Santayana / Soliloques en Angleterre
  • L'histoire n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches. De Friedrich Hegel
  • Dans les périodes dites heureuses, seules les réponses semblent vivantes. Maurice Blanchot, L'Espace littéraire, Gallimard
  • La civilisation approche peut-être d'un de ces longs hivers qu'elle connaît de temps en temps. La période chrétienne, pittoresque, passionnée et malheureuse, peut prendre fin. Une catastrophe de ce genre ne devrait pas nous désespérer. George Santayana, Characters and Opinions in the United States
  • Paix. Dans les affaires internationales, période de duperie entre deux périodes de combats. De Ambrose Bierce / Le Dictionnaire du diable
  • La jeunesse est la période où l’on se déguise, où l’on cache sa personnalité. C’est une période de mensonges sincères. De Pablo Picasso
  • Il semble qu'il y ait, dans toute destinée, comme un rythme régulateur des événements, et qu'à chaque période de violence et de tumulte succède inévitablement une période de détente et de stagnation. De Paul Bourget / Le démon de midi
  • En période de paix, n’oublie pas le péril. De Proverbe chinois
  • Un régime, c'est la courte période de privations qui précède une augmentation de poids. De Anonyme
  • En période de prospérité : prudence ; dans l’adversité : patience. De Proverbe américain
  • La police ne semble pas attirer les gens intelligents en période de plein emploi. De Commissaire Whitrod
  • Les institutions passent par trois périodes : celle des services, celle des privilèges, celle des abus. De François René de Chateaubriand
  • Alors que les marchés boursiers mondiaux ont traversé la période la plus volatile depuis la crise financière de 2008 en raison de la pandémie du Covid-19, les investisseurs cherchent des moyens de résister à la tempête. Adopter une approche de long terme en sélectionnant des sociétés de qualité et de croissance aide à constituer un portefeuille résiliant, capable d'amortir les baisses du marché tout en accompagnant les périodes de rebonds. Boursorama, Laure Negiar, Comgest : Comment investir en actions en période de pandémie ? - Boursorama
  • L’agenda est bien rempli. Je travaille à l’amélioration du fonctionnement du SDIS 30, et les relations sociales. Je me préoccupe en permanence de la sécurité des sapeurs-pompiers. Les journées sont parfois coupées par des activités opérationnelles, surtout en période estivale. Cela a été le cas à Générargues, où nous avons dû mettre en place une organisation assez lourde pour combattre le feu. , FAIT DU JOUR Colonel Langlais « Nous sommes dans une période très à risque » – Objectif Gard
  • Les abandons d'animaux se multiplient chaque année en juin, juillet et août. En cette période de l'année, bon nombre de chiens et de chats n'ont pas de chance. Sud Radio, "La période estivale est vraiment une mauvaise équation pour les animaux abandonnés" - Sud Radio

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Traductions du mot « période »

Langue Traduction
Anglais period
Espagnol período
Italien periodo
Allemand zeitraum
Chinois
Arabe فترة
Portugais período
Russe период
Japonais 限目
Basque aldian
Corse pirìudu
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Synonymes de « période »

Source : synonymes de période sur lebonsynonyme.fr

Période

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