Paradis : définition de paradis


Paradis : définition du Wiktionnaire

Nom commun

paradis \pa.ʁa.di\ masculin invariable

  1. (Bible) (Religion) Jardin de délices, d’éden.
    • Dieu chassa Adam du paradis.
  2. (Bible) (Religion) Selon certaines religions, lieu de bonheur éternel et de délices où vont les hommes bienheureux, les âmes des justes (parfois aussi les animaux), après leur mort.
    • Les approches du bonheur sont, pour les vrais amants, comparables à ce que la poésie catholique a si bien nommé l’entrée du paradis, pour exprimer un lieu ténébreux, difficile, étroit, et où retentissent les derniers cris d’une suprême angoisse. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Les âmes de nos chastes fondateurs, […] et de ces sept saints qui se sont réunis les premiers pour le service du Temple sont troublées même dans les joies célestes du paradis. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Sous la première République, au moment même où toute l’Europe nous tombait sur le dos, c'est les curés qui ont excités la guerre civile en Vendée, fanatisant les paysans, les menant au combat, et leur promettant le paradis s'ils étaient tués. — (Émile Thirion, La Politique au village, p. 203, Fischbacher, 1896)
    • Des associations d’idées s’étaient, là-dessus, faites en lui naturellement, et bien malin eût été celui qui l’aurait pu convaincre que l’église est le vestibule d’un lieu de délices appelé « Paradis ». — (Louis Pergaud, Une revanche, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Et sais-tu ce que je me disais à l’instant, en t’apercevant, si gracieuse, qui cueillais les fleurs parmi la rosée du matin ? Que les jeunes Parisiennes, et même que les houris qui nous attendent au paradis sont, à coup sûr, moins belles que toi […] — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
  3. (Par extension) Lieu merveilleux, qui apporte le bonheur ; séjour délicieux, charmant, orné par la nature ou par l’art.
    • […] le professeur Haug […] nous signala l’intérêt qu’il y avait à recueillir des ammonites et autres fossiles sur la Terre de Jameson ; ce paradis des géologues, côte Nord de L’Hurry Inlet, était à une vingtaine de milles de la station de Rosenving. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Cette île est un paradis perdu en pleine mer. - Ce magasin de jouets est un paradis pour les enfants. - Cette campagne, cette vallée, ce jardin est un paradis terrestre, est un vrai paradis, un petit paradis, un paradis.
  4. (Par extension) L’état le plus heureux dont on puisse jouir.
    • Si je pouvais me réincarner, je serai plante, plus précisément coton. Car avec un peu de chance je finirai comme bonnet de sous-tif, le paradis quoi..... — (Erick Belot, Pensées, Passez....., BoD/Books on Demand France, 2010, page 37)
  5. (Architecture) Étage le plus élevé d’une salle de spectacle ou d’un théâtre.
    • Les deux plus intrépides hurleurs qui se répondaient de l’orchestre au paradis, avaient cessé leurs cri. — (Joris-Karl Huysmans, Marthe, histoire d’une fille, 1877)
  6. (Jeux) Dernière case du jeu de la marelle, celle où l'on a gagné.
    • Quand j’arrivais au « paradis » , c’était vraiment le paradis. — (Marie Cardinal, Les mots pour le dire, Livre de Poche, page 76)
  7. (Antiquité) Jardin d'agrément.
    • Arsame promit de nous conduire à la fête de Milyta, et nous invita à diner pour le lendemain à son paradis, avec une autre de ses maîtresses. — (Étienne-François de Lantier, Voyages d’Anténor en Grèce et en Asie avec des notions sur l’Égypte, Paris : Belin & Bernard, an VI, 2e édition, t.3, p.25-26)
    • Les satrapes (gouverneurs des satrapies, régions de l'Empire perse) se sont mis à imiter le roi en bâtissant des jardins dans leur palais que les grecs ont nommé "paradeiso", qui veut dire "paradis". Un satrape de Babylone, entre l'époque d'Hérodote et celle d'Alexandre le Grand, aurait très bien pu bâtir un jardin dans le palais royal, en s'inspirant à la fois des paradis perses et des jardins assyriens. — (Les Jardins suspendus de Babylone, site http://lemondeantique.org, lu le 14-10-2014)
  8. (Beaujolais) Liquide issu de la première pressée de vin du beaujolais, alcoolisé et particulièrement sucré.
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Paradis : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PARADIS. n. m.
Jardin de délices. Il n'est d'usage en ce sens que dans cette expression : Le paradis terrestre, Le jardin où Dieu mit Adam aussitôt qu'il l'eut créé. Dieu chassa Adam et Ève du paradis terrestre, ou simplement du paradis. Il se dit, figurément et familièrement, d'un Lieu, d'un séjour délicieux, charmant, orné par la nature ou par l'art. Cette campagne, cette vallée, ce jardin est un paradis terrestre, est un vrai paradis, un petit paradis, un paradis. Oiseau de paradis. Voyez OISEAU.

PARADIS désigne aussi le Séjour des bienheureux, le lieu de délices où les âmes des justes voient Dieu et jouissent d'un bonheur éternel. Les joies du paradis. Mériter le paradis par ses bonnes œuvres. Fig. et fam., Être en paradis, croire être en paradis, dans le paradis, Être dans une extrême joie ou Se trouver délivré de quelque grande douleur, de quelque grande peine d'esprit. Fig. et fam., Se recommander à tous les saints du paradis, Implorer l'assistance, la protection de tout le monde. Fig., Faire son paradis en ce monde, Se livrer à toute sorte de plaisirs. Fam., et par manière de menace, Vous ne l'emporterez pas en paradis, Je me vengerai de vous tôt ou tard. Le paradis de Mahomet, Lieu où Mahomet a fait espérer aux sectateurs de sa loi qu'après leur mort ils jouiront de tous les plaisirs des sens.

PARADIS se dit figurément de l'État le plus heureux dont on puisse jouir et du Lieu où l'on en jouit. Un bon ménage est le paradis sur la terre. Cette plage est le paradis des enfants.

PARADIS, dans les Théâtres, se dit, par extension, de l'Étage le plus élevé d'une salle de spectacle.

Paradis : définition du Littré (1872-1877)

PARADIS (pa-ra-di ; l's se lie : le pa-ra-di-z et les bienheureux ; d'après Chifflet, Gramm. p. 216, au XVIIe siècle, l's ne se prononçait pas, même devant une voyelle) s. m.
  • 1 Terme d'antiquité. Grands parcs chez les anciens Perses ; jardins délicieux. Un vieux mot, paradis, que l'hébreu, comme toutes les langues de l'Orient, avait emprunté à la Perse, et qui désigna d'abord les parcs des rois achéménides, Renan, Vie de Jésus, I, 11.
  • 2Le paradis terrestre, ou, simplement, le paradis, jardin où Dieu mit Adam dès qu'il l'eut créé. Le Seigneur Dieu prit donc l'homme, et le mit dans le paradis de délices, afin qu'il le cultivât et qu'il le gardât, Sacy, Bible, Genèse, II, 15. Son innocence tout ensemble et sa félicité dans le paradis, Bossuet, Hist. I, 1. Il est certain par le témoignage des livres sacrés, que le paradis terrestre était en Asie, et que l'Asie était un continent habité avant le déluge, Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terr. Œuvr. t. I, p. 291.
  • 3 Fig. et familièrement. Séjour délicieux. Ce pays est un paradis. Et Tours, que l'on appelait le jardin de la France, se doit à cette heure nommer le paradis de la terre, Voiture, Lett. 86. Il n'y a rien de plus agréable que La Haye, quand le soleil daigne s'y montrer ; on ne voit ici que des prairies, des canaux et des arbres verts ; c'est un paradis terrestre depuis La Haye jusqu'à Amsterdam, Voltaire, Lett. Mme de Bernières, 7 oct. 1722.
  • 4Lieu où résident les âmes des justes et les anges, jouissant d'un bonheur éternel. Les joies du paradis. Il est maintenant en paradis. On ne sait ce qui en arrivera [du sermon hardi d'un moine] ; tout au pis aller, un moine n'a rien à perdre ; il n'y a pas plus loin en paradis de la Bastille que de son couvent, Patin, Lett. t. II, p. 388. Elle a principalement dans la tête de vouloir aller en paradis, Sévigné, 332. Nous avons ici une petite huguenote qui dit que les enfants morts sans baptême vont droit en paradis sur la foi de leurs pères, Sévigné, 435. Ô Dieu, que peuvent-elles [les intelligences angéliques] trouver en ce monde, que peut produire cette terre ingrate qui soit capable d'y attirer ces glorieux citoyens du paradis ? Bossuet, Sermons, Anges, 1. Quoi donc ! cher Renaudot, un chrétien effroyable Qui jamais, servant Dieu, n'eut d'objet que le diable, Pourra, marchant toujours dans des sentiers maudits, Par des formalités gagner le paradis ! Boileau, Ép. XI. Paradis aux bienfaisants, disait toujours l'abbé de Saint-Pierre, Voltaire, Dict. phil. Paradis.

    Portier du paradis, saint Pierre.

    Fig. Se recommander à tous les saints et saintes du paradis, être en grand danger, implorer la protection de tout le monde.

    Fig. Être en paradis, se croire en paradis, dans le paradis, c'est-à-dire être dans une extrême joie, ou se trouver délivré d'une vive douleur, d'une grande inquiétude.

    Fig. Entendre les joies du paradis, c'est quand on voit ou entend les autres prendre des plaisirs, sans qu'on y ait part.

    On dit des riches qui prennent toutes leurs aises et qui goûtent tous les plaisirs, qu'ils ont leur paradis en ce monde.

    Vous ne l'emporterez pas en paradis, c'est-à-dire vous me le revaudrez avant de mourir, je me vengerai tôt ou tard.

    Il a heurté à la porte du paradis, se dit d'un homme qui a été à l'agonie.

    Fig. Mettre en paradis, glorifier. Peut-être qu'avec toute sa haute faveur, il [Mazarin] ne rejetterait pas la bonne volonté d'un artisan qui peut, aussi bien que Michel-Ange, mettre en enfer ou en paradis un cardinal, Guez de Balzac, Lett. à Chapelain, 21 janv. 1644, dans PELLISSON, Hist. de l'Acad. III.

    Fig. Aller par delà paradis, faire au delà de son devoir, de ce qui est exigé. Je ne veux pas surpasser la mère de Chantal, qui serait proprement vouloir aller par delà paradis, Sévigné, 9 fév. 1683. Le maréchal de Schomberg a donné sur l'arrière-garde des ennemis… quarante dragons plus braves que des héros y ont péri ; un d'Aigremont tué sur le champ ; le fils de Bussy, qui voulait aller par delà paradis, prisonnier, Sévigné, 18 sept. 1676.

    Titre de poëmes consacrés au paradis chrétien. Le Paradis, une des trois parties du poëme de Dante. Le Paradis perdu, de Milton.

  • 5Le paradis de Mahomet, lieu où les fidèles musulmans jouiront, après leur mort, de toutes sortes de plaisirs. On déclame tous les jours contre le paradis sensuel de Mahomet ; mais l'antiquité n'en avait jamais connu d'autres, Voltaire, Mœurs, 7.
  • 6 Fig. État le plus agréable et le plus heureux dont on puisse jouir. Un bon ménage est le paradis sur terre. En me tirant d'erreur m'ôte du paradis, Boileau, Sat. IV. Je serai en paradis quand mes oreilles entendront mes vers embellis par votre musique, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 42. Le paradis ou l'enfer des familles dépend à tout jamais de l'opinion qu'elles ont donnée d'elles, Beaumarchais, Mère coupable, II, 2.
  • 7Ancien terme de marine. Nom donné, dans le XVIe et le XVIIe siècle, à une retraite pratiquée dans un port, pour mettre les navires à l'abri des accidents de la mer et du vent. La France n'avait avant le règne de Votre Majesté aucun havre qui fût capable de recevoir une flotte royale… c'est par la prudence et les ordres de Votre Majesté que le paradis de Calais, le bassin du Havre de Grâce, la chambre de Brest… ont été bâtis, P. Fournier, (1643), dans JAL.
  • 8 Terme de théâtre. Amphithéâtre placé au plus haut rang des loges. Pourquoi a-t-on appelé paradis le rang des troisièmes loges à la comédie et à l'opéra ? est-ce parce que, ces places étant moins chères que les autres, on a cru qu'elles étaient faites pour les pauvres, et qu'on prétend que dans l'autre paradis il y a beaucoup plus de pauvres que de riches ? est-ce parce que, ces loges étant fort hautes, on leur a donné un nom qui signifie aussi le ciel ? Voltaire, Dict. phil. Paradis.
  • 9Nom donné anciennement à des cours devant une église. Pourquoi a-t-on donné le nom de paradis à des cours carrées au devant d'une église ? Voltaire, ib.

    Se disait des autels provisoires élevés dans les rues les jours de procession solennelle. On dit maintenant reposoir.

  • 10Oiseau de paradis, oiseau des Indes à longues plumes effilées, genre paradisaea, Linné, passereaux conirostres.

    Oiseau de paradis, se dit aussi des plumes de cet oiseau que les femmes portent dans leur coiffure. Son oiseau de paradis lui coûte fort cher.

  • 11Pommier de paradis, ou, simplement, paradis, espèce de pommier nain.

    Pomme de paradis, ou, simplement, paradis, espèce de pomme rouge qui se mange en été.

  • 12Fleurs de paradis, bel arbre du Pérou.

    Paradis des jardiniers, le saule pleureur.

  • 13Nom spécifique d'un polynème, poisson.

PROVERBES

C'est le chemin du paradis, on n'y va qu'un à un, se dit d'un chemin, d'un passage fort étroit.

Paris est le paradis des femmes, le purgatoire des hommes et l'enfer des chevaux.

HISTORIQUE

XIe s. Sieges aurez al greignor [au plus grand] pareïs, Ch. de Rol. LXXXVII.

XIIe s. Lors dit Ansiaux de Chartres : par Deu de paradis…, Sax. XXVI. Quant Deus ot fait Adam e mis en paradis, Th. le mart. 31.

XIIIe s. Diex ! dist Renart, sainte Marie ! Où fu trovez icist biax estres ? Je cuit c'est paradis terrestres, Ren. 4896. Et il [Louis IX] demanda se il avoit nulles nouvelles du conte d'Artois son frere ; et il dit que il en savoit bien nouvelles ; car estoit certein que son frere le conte d'Artois estoit en paradis, Joinville, 229.

XVe s. Lequel ils affirmoient, sur leur part de paradis et sur le peril de leurs ames, que celui estoit droict et vrai pape, Bouciq. III, 4. Vous regarder est un droit paradis ; De jour en jour vo beauté renouvelle, Deschamps, Poésies mss. f° 250. Quand madame et ma deesse Et mon paradis mondain…, Deschamps, ib. f° 100. Quand elle me vit, pour entrée Elle me bailla un soubriz, Et, pour dire vray, sa risée M'estoyt ung petit paradis, Coquillart, Monol. de la botte de foin.

XVIe s. Il n'y a ny paradis [reposoirs] bien tapissez et dorez, ny processions… qui nous donnent à manger, Sat. Mén. p. 175. Je chante une beauté des beautez la premiere, Le paradis des yeux…, Desportes, Angélique, 1.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PARADIS. Ajoutez :
14 Arbre de paradis, le thuya occidentalis, L., Baillon, Dict. de bot. p. 257.
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Paradis : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PARADIS, s. m. dans les livres du nouveau Testament & parmi les Chrétiens signifie un lieu de délices, où les ames des justes voient Dieu, & jouissent d’un bonheur éternel.

C’est ainsi que Jesus-Christ dit au bon larron, Luc xxiij. 43 : Vous serez aujourd’hui avec moi dans le paradis ; & que saint Paul, II. Cor. xij. 4. parlant de lui-même en troisieme personne, dit qu’il connoît un homme qui a été ravi en esprit jusque dans le paradis, où il a entendu des paroles qu’il n’est pas permis à l’homme de publier.

Le système de Copernic & de Descartes a non-seulement renversé l’ancienne hypothèse de Ptolomée sur l’ordre & sur la structure de ce monde ; mais il a encore mis dans la nécessité de proposer ailleurs un endroit propre à placer le séjour des bienheureux, qu’on nomme vulgairement paradis. L’on dispute donc raisonnablement dans les écoles sur la situation du paradis céleste où nous devons aller, comme on fait sur celle du terrestre d’où Adam fut chassé. Car enfin depuis que les cieux sont fluides, que la terre & les planetes roulent dans les airs autour du soleil, & que les étoiles que nous voyons sont autant de soleils qui sont chacune le centre d’un tourbillon ; il a fallu que l’empyrée disparût, ou du moins qu’il s’en allât bien loin d’où il étoit. Quoi qu’il en soit, si l’on place le paradis dans un lieu qui environne tous ces espaces immenses, il me paroît ou que les reprouvés seront bien resserrés au centre de la terre, ou que les élus seront fort au large tout-autour de ce grand monde.

Quelques Théologiens croiront peut-être faire une heureuse & juste application de ces paroles des Pseaumes in sole posuit tabernaculum suum, en disant que c’est dans le soleil où les élus habiteront, & où Dieu manifestera sa gloire. Ils ne font point attention que l’ame de Jesus-Christ jouissoit de la gloire céleste sur la terre, & qu’il étoit, selon leur opinion & leurs termes, voyageur & compréhenseur tout-à-la-fois ; qu’ainsi ce n’est pas le lieu qui fait le paradis, mais le bonheur dont on jouit par la vûe de Dieu, qui étant par-tout, peut aussi se montrer & faire par-tout des bienheureux : d’ailleurs puisque ils donnent aux corps glorieux, après la résurrection, l’agilité & la pénétration ; ils ne doivent pas les resserrer dans un endroit particulier. Ils n’auront apparemment ces qualités que pour en faire usage, se transporter librement par-tout, & contribuer à une partie de leur bonheur par la vûe & par la connoissance successive des ouvrages & des opérations du Créateur dans ces espaces immenses.

Quand on veut parler là-dessus, peut-on mieux faire qu’en disant que le paradis n’est pas un lieu, mais un changement d’état. Que s’il est dans le ciel, le ciel n’est autre chose que toute la matiere fluide & immense, dans laquelle roulent une infinité de corps & lumineux & opaques ; de sorte que les cieux, l’univers & tous les ouvrages de Dieu font le paradis & le séjour des bienheureux. C’est pourquoi notre Seigneur dit dans l’Evangile, que les saints auront le royaume des cieux en partage, & qu’ils posséderont la terre, c’est-à-dire que tout l’univers leur appartiendra, ou qu’au moins ils en auront la jouissance entiere & parfaite.

Les Juifs appellent ordinairement le paradis le jardin d’Eden, & ils se figurent qu’après la venue du Messie ils y jouiront d’une félicité naturelle au milieu de toutes sortes de délices : & en attendant la résurrection & la venue du Messie, ils croient que les ames y demeurent dans un état de repos.

Les Mahométans admettent aussi un paradis, dont toute la félicité ne consiste que dans les voluptés corporelles. Voyez ce qu’ils en racontent sous les mots Alcoran, Mahométisme.

Paradis terrestre, jardin des délices dans lequel Dieu plaça Adam & Eve après leur création. Ils y demeurerent pendant leur état d’innocence, & en furent chassés dès qu’ils eurent désobéi à Dieu en mangeant du fruit défendu. Ce mot vient de l’hébreu ou plutôt du chaldéen pardes, que les Grecs ont traduits par celui de παράδεισος, qui signifie à la lettre un verger, un lieu planté d’arbres fruitiers, & quelquefois un bois de haute futaie. Les Perses nommoient ainsi leurs jardins à fruits, & les parcs où ils nourrissoient toutes sortes d’animaux sauvages, comme il paroît par Xénophon, cyroped.

Moïse l’appelle le jardin d’Eden, c’est-à-dire le jardin des délices, mot dont quelques-uns cherchent l’étymologie dans le grec ἡδονὴ, voluptas : mais dans l’hébreu, Eden est le nom d’un pays & d’une province où étoit situé le paradis terrestre.

On forme plusieurs difficultés sur sa situation ; quelques-uns, comme Origenes, Philon, les Seleuciens & Harmianiens anciens hérétiques, Paul Venitien dans le dernier siecle, ont cru que le paradis terrestre n’avoit jamais existé, & qu’on doit expliquer allégoriquement tout ce qu’en dit l’Ecriture : d’autres l’ont placé hors du monde, quelques-uns dans le troisieme ciel, dans le ciel de la lune, dans la lune même ; d’autres dans la moyenne région de l’air, au-dessus de la terre, quelques autres sous la terre dans un lieu caché & éloigné de la connoissance des hommes, dans le lieu qu’occupe aujourd’hui la mer Caspienne.

Les sentimens de ceux qui l’ont placé sur la terre ne sont pas moins partagés. Il n’y a presqu’aucune partie du monde, dit dom Calmet, où l’on ne l’ait été chercher, dans l’Asie, dans l’Afrique, dans l’Europe, dans l’Amérique, sur les bords du Gange, dans les Indes, dans la Chine, dans l’île de Ceylan, dans l’Ethiopie où sont les montagnes de la lune, &c.

Le sentiment le plus probable, quant à la désignation générale du paradis terrestre, est qu’il étoit situé en Asie ; mais dès qu’il s’agit de déterminer en quelle partie de l’Asie, nouveau partage d’opinions.

Quelques-uns, comme le P. Hardouin, le placent dans la Palestine, aux environs du lac de Genesareth ; un auteur silésien, nommé Herbinius, qui a écrit sur cette matiere en 1688, adopte en partie ce sentiment. M. le Clerc, dans son commentaire sur la Genese, le met aux environs des montagnes du Liban, de l’Anti-Liban, & de Damas vers les sources de l’Oronte & du Chrysorrhoas : mais dans l’une ni dans l’autre de ces deux positions on ne découvre aucun vestige des fleuves qui, selon la description de Moïse, arrosoient le paradis terrestre.

Hopkinson, M. Huet & Bochart placent le paradis terrestre entre le confluent de l’Euphrate & du Tigre, & à l’endroit de leur séparation ; parce que, selon le récit de Moïse, ces deux fleuves sont du nombre de ceux qui arrosient le jardin d’Eden ; le Phison, ajoutent-ils, étoit le canal occidental du Tigre, & le Gihon le canal occidental du même fleuve qui se décharge dans le golfe persique. Selon eux, l’Ethiopie, une des contrées qu’arrosoient les fleuves, selon Moïse, étoit incontestablement l’Arabie déserte, puisque le même auteur donne le nom d’Ethiopienne à sa femme, qui étoit de ce pays ; & Hévilah, l’autre contrée, doit être le Chusistan, province de Perse, où l’on trouvoit autrefois l’or, le bdellium & l’onyx, dont parle Moïse. La grande difficulté de ce système est que Moïse parle bien distinctement de quatre fleuves, dont chacun avoit sa source dans le jardin d’Eden, & qu’ici l’on ne trouve que deux fleuves qui forment à la vérité quatre branches, mais dont le cours est peu différent, & n’est pas opposé comme l’insinue le texte de la Genèse.

Le P. Calmet & quelques autres critiques fort habiles ont placé le paradis terrestre dans l’Arménie aux sources du Tigre, de l’Euphrate, de l’Araxe & du Phani, qu’ils croient être les quatre fleuves désignés par Moïse. L’Euphrate est bien nettement exprimé dans la Genèse. Le Chidkel est le Tigre nommé encore aujourd’hui Diglito. Le Gehon est l’Araxe, ἀράξης, en grec signifie impétueux, de même que Gehon en hébreu, & l’on reconnoît ce fleuve à ce qu’en a dit Virgile, pontemque indignatus Araxes. Le canton d’Eden étoit dans ce pays-là autant qu’on en peut juger par quelques vestiges qui en sont restés dans les livres saints. Le pays de Chus est l’ancienne Scithie, située sur l’Araxe, & Hévilah ou Chevilah, célebre par son or, paroît avoir donné son nom à la Colchide, aussi renommée chez les anciens par ce même métal que le Phase rouloit dans ses eaux. L’objection la plus spécieuse qu’on fasse contre ce sentiment ; c’est que, selon Chardin, le Phison, aujourd’hui le Phazzo, prend sa source dans les montagnes du Caucase, du côté de la partie septentrionale du royaume d’Imiret & assez loin du mont Ararat ; mais comme il faut donner nécessairement une certaine étendue au canton d’Eden pour que quatre grands fleuves puissent y prendre leur source, cette difficulté ne paroît pas fondée. Voyez le comment. de dom Calmet sur la Bible, & sa dissert. particuliere sur le paradis terrestre.

Il y a encore différentes autres opinions sur ce point. Postel prétend que le paradis terrestre étoit placé sous le pole septentrional. Il fonde cette idée sur une ancienne tradition des Egyptiens & des Babyloniens, qui portoit que l’écliptique ou la route du soleil coupoit d’abord l’équateur à angles droits, & par conséquent passoit sur le pole septentrional : d’autres au contraire pensent qu’il n’étoit limité à aucune place particuliere, qu’il s’étendoit sur toute la face de la terre qui n’étoit, disent-ils, alors qu’une scène continuelle & variée de voluptés jusqu’à ce qu’elle fût changée par le péché d’Adam. Mais ces deux sentimens sont également incompatibles avec le texte de la Genèse.

Les Orientaux croient que le paradis terrestre étoit dans l’île de Serendib ou de Ceylan, & qu’Adam ayant été chassé du paradis, fut relégué dans la montagne de Rahonn, située dans la même île, à deux ou trois journées de la mer. Les Portugais nomment cette montagne pico de Adam, ou montagne d’Adam, parce qu’on croit que le premier homme a été enterré sous cette montagne, après avoir fait une pénitence de cent trente ans. Outre ce paradis terrestre, les Musulmans en comptent encore trois autres, un vers Obollah en Chaldée, le second vers le désert de Naoubendigian en Perse, & le troisieme vers Damas en Syrie. D’Herbelot, Biblioth. oriental. p. 378 & 708. Calmet, Diction. de la Bible.

Paradis, (Critiq. sacrée.) ce mot dont son origine signifie un verger, & non un jardin : il ne veut pas dire un jardin de fleurs ou de légumes & d’herbes, mais un enclos planté d’arbres fruitiers, & autres. Ce nom se trouve en trois endroits du texte hébreu. 1° Au second livre d’Esdras, ij. 8. où Néhémie prie le roi Artaxerxe de lui faire donner des lettres adressées à Asaph, gardien du verger du roi, afin qu’il lui fasse donner le bois nécessaire pour les bâtimens qu’il alloit entreprendre. Dans cet endroit, paradis est mis pour un lieu rempli d’arbres propres à bâtir. 2° Salomon, dans l’Ecclésiaste, ij. 5. dit qu’il s’est fait des jardins & des paradis, c’est-à-dire des vergers. 3° Dans le Cantique des Cantiques, iv. 13. il dit que les plants de l’épouse sont comme un verger rempli de grenadiers. Les Grecs, non-seulement les septante, mais même Xénophon & les autres auteurs païens se servent souvent de ce même terme en ce sens-là.

Les septante se sont servi du mot παράδεισος en parlant du jardin d’Eden, παράδεισος ἐν Ἐδέν ; l’hébreu l’explique par le mot gan. Jamais lieu n’a tant excité la curiosité des hommes que celui-là, je crois qu’il est par-tout où les hommes se font du bien. (D. J.)

Paradis, (Hist. ecclés.) chez les anciens écrivains ecclésiastiques se dit d’une cour quarrée devant les cathédrales, environnée de places ou de portiques soutenus par des piliers, & sous lesquels on peut se promener. Voyez Portique. Matthieu Paris l’appelle parvisus, pervis. Voyez Parvis.

Paradis, Bassin, (Marine.) c’est la partie d’un port où les vaisseaux sont le plus en sûreté. Voyez Bassin & Chambre. (Z)

Paradis, oiseau du, (Ornithol.) c’est, selon Linnæus, un genre particulier d’oiseaux de l’ordre des pies ; leurs caracteres distinctifs consistent à avoir deux plumes particulieres & extrèmement longues, lesquelles ne sont insérées ni aux aîles, ni au croupion.

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Paradis : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « paradis » les plus populaires.

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Étymologie de « paradis »

Étymologie de paradis - Littré

Bourg. pairaidi ; prov. paradis ; espagn. paraiso ; ital. paradiso ; du lat. paradisus, de παράδεισος, jardin. Παράδεισος est un mot persan : zend, pairidaeza, enclos, de pairi, entour (le grec περὶ), et daeza, rempart, sanscrit dēha, équivalent au grec τεῖχος. Le paradis des théâtres vient des mystères, qui représentaient le paradis en haut, la terre au-dessous, l'enfer au niveau du sol.

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Étymologie de paradis - Wiktionnaire

(Xe siècle)[1] De l’ancien français paradis, qui a supplanté les formes populaires pareïs, parais et parevis – la dernière ayant donné parvis[1] – du latin ecclésiastique paradīsus[1], du grec ancien παράδεισος, parádeisos (« enclos pour animaux, jardin ; paradis »)[1], le terme fut utilisé lors de la traduction de la bible en grec pour désigner l’Éden ; le mot est lui-même issu de l’avestique 𐬞𐬀𐬌𐬭𐬌⸱𐬛𐬀𐬉𐬰𐬀, paiṛidaēza (« jardin, enclos, espace clos ») composé de paiṛi (« autour ») et de daēza (« mur ») et a été transmis en Grèce par l’intermédiaire du persan پردیس, pardêz (« jardin ; paradis »)[2],[3].
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Phonétique du mot « paradis »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
paradis paradi play_arrow

Citations contenant le mot « paradis »

  • Gates veut nous faire croire qu’il ouvre les portes du paradis sanitaire, alors que…Ne serait ce point celles du purgatoire vaccinatoire ? AgoraVox, Bill Gates : Les portes du paradis ! - AgoraVox le média citoyen
  • Comment devient-on le pays du vélo ? L’exemple néerlandais est éclairant. Dans les années 1960-1970, les Pays-Bas n’avaient rien du paradis pour cyclistes qu’ils sont aujourd’hui. La lutte y était même à cette époque assez âpre entre ceux qui voulaient toujours plus de voitures et ceux qui en voulaient moins. « Il y avait alors une vraie haine antivélo. La lutte était beaucoup plus forte qu’elle peut l’être à Paris aujourd’hui », rappelle l’économiste et urbaniste Frédéric Héran, auteur du « Retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050 ». L'Obs, Comment les Pays-Bas sont devenus le paradis du vélo
  • Le critiqueur trouverait à redire même au paradis. De Henry David Thoreau
  • La vengeance, c'est la volupté du paradis. De André Thérive
  • Le chercheur de tare en trouvera même au paradis. De Henry David Thoreau
  • Si on croit au paradis, les bêtes y auraient droit. De Olivier Bailly
  • La télé est le paradis des acteurs. De Francis Huster / Femme Actuelle - 18 Décembre 2000
  • Les paradis sont faits pour être perdus. De Andrei Stoiciu / Alors, la tempête...
  • Ce que nous recherchons, c'est le fruit défendu. Sans lui, le Paradis n'est pas pour nous le Paradis. Aleksandr Sergueïevitch Pouchkine, Eugène Onéguine, VIII, 27
  • La terre est le probable paradis perdu. Federico García Lorca, Mar, Versos finales
  • Le paradis terrestre est où je suis. François Marie Arouet, dit Voltaire, Satires, le Mondain
  • L'avenir est un paradis d'où, exactement comme de l'autre, personne n'est encore jamais revenu. Pierre Reverdy, En vrac, Éditions du Rocher
  • Le paradis n'est pas sur la terre, mais il y en a des morceaux. Il y a sur la terre un paradis brisé. Jules Renard, Journal, 28 décembre 1896 , Gallimard
  • Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, le Temps retrouvé , Gallimard
  • Mieux vaudrait encore un enfer intelligent qu'un paradis bête. Victor Hugo, Quatrevingt-Treize
  • Adam croit dur comme fer qu'il a été chassé du paradis terrestre. Ève n'en est pas sûre du tout, et agit, en tout cas, comme si elle y restait. Jean Giraudoux, Pour Lucrèce, I, 8, Paola , Grasset
  • Quand l'homme essaie d'imaginer le Paradis sur terre, ça fait tout de suite un enfer très convenable. Paul Claudel, Conversations dans le Loir-et-Cher, Gallimard
  • La femme sera toujours le danger de tous les paradis. Paul Claudel, Conversations dans le Loir-et-Cher, Gallimard
  • Mais le vert paradis des amours enfantines […]. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Moesta et errabunda
  • La forêt, c'est encore un peu du Paradis perdu. Dieu n'a pas voulu que le premier jardin fût effacé par le premier péché. Marcel Aymé, Clérambard, I, 10, le moine , Grasset

Images d'illustration du mot « paradis »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « paradis »

Langue Traduction
Corse paradisu
Basque paradise
Japonais パラダイス
Russe рай
Portugais paraíso
Arabe الجنة
Chinois 天堂
Allemand paradies
Italien paradiso
Espagnol paraíso
Anglais paradise
Source : Google Translate API

Synonymes de « paradis »

Source : synonymes de paradis sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « paradis »


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