Ciel : définition de ciel, cieux


Ciel, cieux : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CIEL, CIEUX, CIELS, subst. masc.

I.− Domaine physique
A.− ASTRON., COSMOGRAPHIE
1. Espace infini dans lequel évoluent les astres, représenté idéalement par une sphère. Astres, constellations du ciel; mouvement diurne du ciel; l'immensité, l'infini des cieux :
1. ... notre ballon qui reluit a l'air d'une lune plus grosse que l'autre, d'un monde errant au milieu du ciel, au milieu des astres, dans l'étendue infinie. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Le Voyage du Horla, 1887, p. 1325.
2. ... il ne s'est rien passé! Les saisons tournent autour de leur pivot et dans le ciel suave circulent des astres sages dont la tranquille géométrie condamne ces étoiles folles et déréglées qui incendient les prairies du ciel de leur chevelure enflammée, troublent de leur hurlement d'alerte la douce musique des planètes, bousculent par le vent de leur course les gravitations éternelles, font grincer les constellations et préparent, à tous les carrefours du ciel, de funestes collisions d'astres. Camus, L'État de siège,1948, p. 205.
Par restriction. Espace environnant un astre quelconque :
3. Astre immense du ciel lunaire, la terre offre aux sélénites les mêmes phases que celles que la lune nous présente, mais dans un ordre inverse. C. Flammarion, Astron. pop.,1880, p. 197.
P. métaph. Le ciel poétique. Le monde des poètes :
4. Byron était un des antipathiques de l'illustre auteur de René, qui le considérait comme un rival, et pis que cela, presque comme un plagiaire. Il n'y avait pas assez de place dans le ciel poétique pour tous deux, − deux soleils à la fois! Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 13, 1863-69, p. 217.
P. méton. ,,Ensemble des constellations et des astres visibles à un moment ou lors d'une saison`` (Muller 1966). Telle étoile figure au ciel d'été (Muller 1966).
2. Spéc., ASTROL. Disposition des astres envisagée du point de vue de leur influence sur la destinée humaine. Carte, zone du ciel. Le ciel de naissance de Baudelaire, qui présente la remarquable conjonction d'Uranus et de Neptune (Breton, Les Manifestes du Surréalisme,1930, p. 174):
5. Si donc l'astrologue n'avait recours qu'au zodiaque il aurait pour un enfant né à Bâle et pour un enfant né en Alaska au même moment exactement le même horoscope. Il est évident que c'est impossible puisque le ciel de nativité était en réalité tout à fait différent à Bâle ou en Alaska, la lune et les autres astres étant dans ces deux lieux exactement dans des positions opposées. H. Beer, Introd. à l'astrol.,1939, p. 50.
3. ASTRON. ANC. et MÉDIÉV. Chacune des sphères de matière transparente, concentriques à la terre, et sur lesquelles étaient fixés les différents astres. Le ciel de Mars; les cieux des planètes (Ac. 1835-1932) :
6. On sait déjà quels étaient, dans les opinions de ce temps, l'ordre et le nombre des cieux. Aux huit sphères des planètes et des étoiles fixes, le besoin d'expliquer la rotation universelle d'Orient en Occident avait fait ajouter un neuvième ciel, appelé le premier mobile. Celui-ci, à son tour, était supposé recevoir son mouvement de l'attraction qu'exerçait sur tous ses points le ciel empyrée enveloppant l'univers, séjour de la divinité, rempli de lumière, d'ardeurs, et d'amour. Ozanam, Essai sur la philos. de Dante,1838, p. 162.
Au fig. Être au troisième, au septième ciel. Être au comble du bonheur :
7. Il lui montra de quelle manière le public, enlevé au troisième ciel de la rengaine et hypnotisé par les mots de « diction », de « syntaxe phonétique », d'« intonations émotionnelles », etc., comme par des bouchons de carafe, croit sincèrement entendre du Racine que les acteurs, encore plus sincères, croient lui débiter. Bloy, La Femme pauvre,1897, p. 119.
B.− Dans la lang. cour. [Ciel opposé à terre ou à mer en tant qu'éléments physiques]
1. Partie de l'espace visible d'un point quelconque de la terre et formant au-dessus de nos têtes une sorte de voûte circonscrite par l'horizon. La voûte du ciel, des cieux :
8. Des millions d'étoiles rayonnant dans le sombre azur du dôme céleste! La lune au milieu du firmament! Une mer sans rivage! L'infini dans le ciel et sur les flots!... Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 1, 1803, p. 213.
9. ... ce n'est plus le ciel fermé, ce ciel calme et lent à se faire, c'est le grand ciel des vents de mer. C'est le ciel ouvert sur la plaine brusque, changeant, tout entier envahi, en un instant, par les nuages; ... Ramuz, Aimé Pache, peintre vaudois,1911, p. 109.
Loc. et expr.
a) Domaine concr.
En plein ciel. Dans l'espace. Elle [la mansarde] captait en plein ciel un mince rectangle de jour pur (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 253).
Entre ciel et terre. En l'air :
10. Tout était devenu si opaque, si noir et d'un tel silence que je n'étais plus attaché au monde. Je ne tenais en l'air que par deux cordes invisibles, tendues je ne savais plus où, et qui me suspendaient non pas entre ciel et terre mais au-dessus d'un élément immatériel issu de ces ténèbres inconnaissables. Bosco, Le Mas Théotime,1945, p. 189.
Sous le ciel, sous les cieux. Ici-bas, sur terre. (...), as-tu pu croire Que je préférais, sous les cieux, L'effrayant rayon de ta gloire (Hugo, Les Contemplations,t. 2, 1856, p. 351).
Lever les bras, les mains, les yeux au ciel. Elle lève au ciel des yeux blancs, secoue la tête (Colette, Claudine à l'école,1900, p. 158).
b) Au fig.
Élever qqn (jusqu') au ciel. L'admirer extrêmement, le couvrir d'éloges ou l'exalter.
Remuer ciel et terre. Déployer une activité considérable, faire tous ses efforts pour le succès d'une entreprise. Il a fallu remuer ciel et terre pour qu'on révise les règlements (R. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 894).
Tomber du ciel. [Le suj. désigne une chose ou plus rarement un animé] Arriver à l'improviste et, généralement, fort à propos. Les joies les moins attendues, celles qui nous semblent comme tombées du ciel (Bernanos, Un Crime,1935, p. 862).P. ext. [Le suj. désigne une pers.] Être stupéfait. Synon. tomber de la lune, des nues.
Toucher le ciel. Atteindre au sublime :
11. Hermann n'a vécu qu'avec lui-même, sa famille et quelques amis. Avec eux il est naïf, vrai, plein de verve; il touche le ciel. En société, il est d'une insoutenable bêtise. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 467.
c) Expr. poét. L'eau du ciel. La pluie. Le feu du ciel. La foudre.
2. [Qualifié d'après son aspect dû au temps, à la saison, au moment de la journée] État de l'atmosphère :
12. Tu ressembles parfois à ces beaux horizons Qu'allument les soleils des brumeuses saisons (...) Comme tu resplendis, paysage mouillé Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé! Baudelaire, Les Fleurs du Mal,1857-61, p. 81.
SYNT. Ciel bleu, clair, clément, dégagé, étoilé, limpide, lumineux, pur, serein, transparent; ciel bas, brumeux, changeant, chargé, couvert, gris, lourd, moutonné, noir, nuageux, obscur, orageux, plombé, pluvieux, pommelé, sombre, tourmenté; ciel d'ardoise, d'azur, de plomb. Le temps était de plus en plus doux, le ciel de suie se cuivrait (Zola, Germinal, 1885, p. 1235). Ciel d'airain. Extrême sécheresse (au fig., cf. ex. 22). Ciel de juin, d'automne, d'hiver; ciel de neige, de pluie. Dans les éclairs et dans la foudre d'un ciel d'orage (Péguy, Le Porche du mystère de la 2evertu, 1911, p. 267). Coin, échappée, morceau, trouée de ciel; le ciel s'assombrit, se couvre, s'éclaircit, se rassérène.
Loc. adj. inv. ou subst. Bleu ciel ou bleu de ciel. Bleu clair. Ses yeux bleu de ciel, (...) son teint couperosé, tout indiquait un homme d'honneur (Montherlant, Les Célibataires,1934, p. 790):
13. − Ces fleurs sont d'un rose vraiment céleste, dit Legrandin, je veux dire couleur de ciel rose. Car il y a un rose ciel comme il y a un bleu ciel. Proust, Le Côté de Guermantes 1,1920, p. 213.
Au fig. Ensemble de phénomènes constituant une certaine atmosphère morale collective ou un certain état d'âme individuel. Aujourd'hui temps glorieux. Mon ciel intérieur est plus splendide encore (Gide, Journal,1917, p. 634):
14. ... ces valeurs non ré-évaluées forment, si l'on peut dire, son ciel éthique, son « habitus » moral; le terme d'horizon de valeur suggère bien ce qu'est une conscience éthique : ... Ricœur, Philos. de la volonté,1949, p. 71.
3. [Considéré par rapport aux lieux qu'il couvre] Pays, région. Sous le ciel méditerranéen. Dans les régions méditerranéennes. Sous d'autres cieux. En d'autres pays :
15. Fatigué de la vie monotone du pays où il est né, ce jeune inconstant va demander à un autre ciel, à d'autres climats, des impressions nouvelles; mais bientôt il revoit en imagination les lieux où l'appellent ses premières habitudes; ... Maine de Biran, De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser,1803, p. 106.
4. B.-A. Représentation de l'espace aérien dans un tableau, une fresque, etc. Le ciel charmant de ce tableau de Pérugin (Stendhal, Hist. de la peint. en Italie,t. 1, 1817, p. 215):
16. Autour de Turner même, avant lui et après lui, ce sont les féeries des rayons et des ombres dans les mares, dans les futaies, dans les chemins boueux et les ciels de pluie de Gainsborough, de Crome, de Reynolds, de Constable et les scintillements, les illuminations, les lueurs fantomatiques et mourantes dans les ténèbres de Whistler. É. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 100.
C.− P. anal., domaines techn.Ce qui est placé au-dessus de quelque chose, qui domine.
1. AMEUBL. Ciel de lit. Dais placé au-dessus d'un lit, formé d'un châssis recouvert d'étoffe, auquel sont suspendus des rideaux :
17. Les quatre pieds et les dossiers montaient également très haut. Ils supportaient le ciel de lit. Des tringles de fer en faisaient le tour, où des anneaux couraient avec leurs rideaux, des rideaux souples à carreaux rouges et blancs ou blancs et bleus. Pesquidoux, Le Livre de raison,1928, p. 162.
2. MINES Voûte d'une carrière. Dans la section transversale d'une galerie, on distingue la sole, (...) les piédroits (...); le plafond, ciel ou faîte, que l'on appelle aussi le toit (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 649).
Carrière à ciel ouvert. Exploitée à découvert, sans puits, ni souterrain. Dans les carrières à ciel ouvert, l'extraction se fait, soit aux coins, soit à la trancheuse électrique (Arts et litt. dans la société contemp.,1935, p. 2003).
P. ext., dans la lang. cour. À ciel ouvert. En plein air, à découvert; et au fig., de façon ouverte, franche, au grand jour :
18. ... par ce que nous avons vu du procès à ciel ouvert, nous avons pu juger de ce qui s'est passé à huis clos. Clemenceau, L'Iniquité,1899, p. 206.
II.− Domaine moral et RELIGION [Opposé principalement à terre comme le spirituel au temporel, à enfer ou à purgatoire]
A.− Séjour de Dieu ou des dieux et des êtres surnaturels. Le Seigneur, les puissances du ciel; monter aux cieux; notre père qui es aux cieux. Elle [l'Église] a rappelé (...) la volonté du Père qui est au ciel (Mauriac, Le Bâillon dénoué,1945, p. 438):
19. Ce qui est certain, c'est qu'ils ont été créés bons et que, volontairement dépravés, ils sont tombés du ciel. Ils avaient été créés pour habiter le ciel empyrée; par leur faute ils ont mérité d'habiter l'enfer, mais, en raison de leur office, ils sont dans l'air ténébreux près de nous pour nous tenter. Théol. cath.t. 4, 11920, p. 394.
20. Les philosophes n'ont jamais été des esprits purs et des naturels des cieux. Mais des corps et des têtes terrestres, sur une terre où leur naissance et leur croissance ne comportèrent pas de vocations irremplaçables, de caractères intelligibles, de progrès de l'esprit pur, qui n'existe pas. Nizan, Les Chiens de garde,1932, p. 45.
SYNT. Anges, habitants du ciel; roi du ciel; maître, père des cieux.
P. métaph. :
21. Mobilisé d'un côté par l'infinie docilité du réel qui cède sous son effort, stoppé d'autre part, comme les maçons de Babel, par le désespoir d'atteindre jamais le ciel de l'absolu, l'esprit tantôt nie aveuglément l'infini actuel au nom d'un finitisme sans conviction, tantôt parie dans la nuit pour un absolu dont l'intuition lui manque. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 41.
B.− P. méton. Dieu, la Providence ou tout principe de transcendance. Signe, volonté du ciel; prier le ciel :
22. ... Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre, J'ai vu par-tout un Dieu sans jamais le comprendre! (...) J'ai vu par-tout le mal où le mieux pouvoit être, Et je l'ai blasphémé, ne pouvant le connoître; Mais ma voix, se brisant contre ce ciel d'airain, N'a pas même eu l'honneur d'irriter le destin. Mais, un jour que, plongé dans ma propre infortune, J'avois lassé le ciel d'une plainte importune, Une clarté d'en haut dans mon sein descendit, Me tenta de bénir ce que j'avois maudit, ... Lamartine, Méditations,L'Homme, 1820, p. 38.
23. Je voudrais me tuer pour le ciel. Le ciel petit à petit devient Dieu ou est-ce seulement toujours de l'air, du ciel? Le ciel m'entoure de son appel, le ciel me prend. Le ciel me tue. Le ciel! J'ai besoin du ciel. Le ciel sera l'éternité. Dieu est-il autre chose que le ciel. Suis-je autre chose que Dieu. Jouve, Paulina 1880,p. 221.
SYNT. Avertissement, bienfait, don, faveur du ciel; assistance, bénédiction, bonté, clémence, justice, miséricorde, protection du ciel; malédiction, punition, vengeance du ciel; adorer, bénir, implorer, invoquer, maudire le ciel.
Rem. Dans certaines mythologies antiques, le ciel est considéré comme le père des dieux. Toutes les nations scythiques, (...) avaient pour principale divinité la terre, (...); ils la faisaient femme de Jupiter ou du ciel (Dupuis, Abr. de l'orig. de tous les cultes, 1796, p. 22).
Spéc., dans l'ancienne Chine. Le fils du ciel. L'empereur (cf. Dupuis, Abr. de l'origine de tous les cultes, 1796, p. 43). Et p. ext. les fils du ciel. Le peuple chinois. Il simulait, à ce diplomate étonné, la danse classique des fils du ciel (L. Daudet, Bréviaire du journ.,1936, p. 53).
Loc. et expr.
Ciel, juste ciel ou justes cieux. Exclamations marquant la stupéfaction, la crainte, la joie, etc. Ciel! Un amas de chairs dans une corbeille de dentelles! (Boylesve, La Leçon d'amour dans un parc,1902, p. 238).
Au nom du ciel. Formule de supplication. Je t'en supplie, au nom du ciel, observe-toi! (Feydeau, La Dame de chez Maxim's,1914, II, 5, p. 39).
Grâce au ciel. Expression marquant la satisfaction. Grâce au ciel, je suis d'un rang, d'une fortune qui ne m'exposent point à la flatterie (Courier, Pamphlets pol., Procès de Paul-Louis Courier, 1821, p. 133).
Par le ciel, le ciel m'est témoin que, j'en atteste le ciel. Formules d'insistance.
Plût au ciel que. Formule de souhait.
(Que) le ciel confonde, punisse, etc. Formules de malédiction.
Proverbe. Aide-toi, le ciel t'aidera.
C.− Lieu où les élus jouissent de la béatitude éternelle après la mort. Le royaume des cieux; aller au ciel; gagner, mériter le ciel :
24. Ils priaient pour tous les leurs, pour la longue rangée de grands-parents qui dormaient à l'ombre des châteaux, dans le petit cimetière du village, et dont les âmes étaient à cet instant, à midi, le 12 juillet, réparties en purgatoire, dans l'attente douloureuse, ou au ciel, dans la béatitude, selon les décrets de la justice et de la miséricorde divines. De Vogüé, Les Morts qui parlent,1899, p. 433.
25. ... à partir du moment où ils ont leur billet pour le ciel, c'est fini, c'en est fini de la charité, comme de toutes les autres vertus. Ils sont les élus, les heureux. Et ils jouissent de leur bonheur. Et ils vont en jouir pendant le reste de l'éternité, tranquillement, égoïstement. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Cécile parmi nous, 1938, p. 15.
P. ext. Le bonheur parfait. Voir les cieux ouverts. Goûter une joie extrême :
26. Sa vie fut le ciel et l'enfer : l'enfer quand elle ne voyait pas Julien, le ciel quand elle était à ses pieds. Stendhal, Le Rouge et le Noir,1830, p. 116.
27. ... il avait pu, sentant et partageant son désespoir, s'éprendre d'un amour désespéré comme elle et qui leur ouvrait le ciel à tous deux. Gide, Les Nouvelles Nourritures,1935, p. 268.
Rem. gramm. Au plur., ciel fait ciels ou cieux suivant les emplois. ,,(...) quand on compte les ciels, c'est-à-dire quand on passe au pluriel dans la rigueur de la définition, on le forme régulièrement en ajoutant un s au singulier`` (Jullien ds Littré). Ainsi on dit ciels de lit, ciels de carrière. Ciels est également utilisé pour désigner les parties du ciel considérées sous leur aspect pittoresque. Le gris des ciels couverts (Loti, Pêcheur d'Islande, 1886, p. 145). De même comme terme techn. de peint. (cf. ex. 16). Au contraire cieux est un simple coll. à valeur emphatique que l'on rencontre en partic. dans les emplois I A 1 et I B 1, l'immensité des cieux, la voûte des cieux et dans le vocab. relig. (cf. II). Il y a concurrence des 2 formes lorsque le mot désigne les différentes sphères concentriques de l'astron. anc. Ainsi cieux dans l'ex. 6, mais les septs ciels de la physique chrétienne (Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918, p. 904). De même les 2 formes coexistent lorsque le mot est pris dans le sens de région, pays : cf. d'une part la loc. sous d'autres cieux, d'autre part sous les ciels attiques (Moréas, Les Syrtes, Remembrances, 1884, p. 9). Ciels aussi dans le lang. de l'aviat. Sur toutes les mers et dans tous les ciels (De Gaulle, Mémoires de guerre, 1959, p. 500).
Prononc. et Orth. : [sjεl], plur. [sjø], [sjεl]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. ixes. « lieu de séjour de Dieu » et « séjour des âmes après la mort » (Eulalie, 6 et 25 ds Henry Chrestomathie); ca 1050 « voûte céleste » (Alexis, 118c ds T.-L.); 1604 par faveur du ciel (Montchrestien, Hector, p. 36 ds IGLF); 1604 ô Ciel! (Id., Aman, p. 260, ibid.); 2emoitié du xives. « dais (dressé au-dessus d'une table) » (Eustache Deschamps, Œuvres, éd. Queux de St Hilaire, t. 2, p. 212); 1676 technol. les ciels d'une carrière (Félibien Dict., p. 526). Du lat. class. caelum « voûte céleste; séjour de la divinité » et terme techn. « voûte, voussure ». Fréq. abs. littér. : 28 481. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 50 830, b) 43 915; xxes. : a) 39 566, b) 30 422. Bbg. Dauzat Ling. fr. 1946, p. 152. − Gottsch. Redens. 1930, pp. 1-2. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 134. − Rog. 1965, p. 57, 102.

Ciel, cieux : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

ciel \sjɛl\ masculin

  1. Espace immense dans lequel se meuvent tous les astres.
    • Cicéron a dit que Socrate fit descendre la philosophie du ciel, et la tradition rapporte que Confucius n’aimait pas à parler du ciel et de la nature. — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d’Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
  2. (En particulier) (Courant) La partie de cet espace que nous voyons au-dessus de nos têtes.
    • Par la fenêtre entr’ouverte, l’air entrait, gonflant comme une voile les rideaux de mousseline, et j’apercevais un pan de ciel bleu […] — (Octave Mirbeau, La Chambre close, Ernest Flammarion, Paris, 1920)
    • Le ciel était taché seulement d’une main nuageuse de fines dentelles amarante qui se tendait comme pour nous souhaiter la bienvenue. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • De nombreux arcs-en-ciel apparaissent, mais le ciel entre les nuages est d’un bleu trop pâle et je sais que ce n’est pas encore la fin du mauvais temps. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Autour de lui la forêt frouait infiniment, à croire qu’un vol immense de ramiers très bas, occupait tout le ciel. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  3. (Archaïsme) Chacun des cercles concentriques à la terre où, suivant les anciens, se mouvaient les planètes et les étoiles.
    • Pour concevoir plus facilement les raisons des apparences de Mars, de Jupiter & de Saturne, représentez-vous que le Corps A est la terre, laquelle est placée au Centre du Monde. Que B C D, est le Ciel du Soleil. Que 2,3,4. représente le Ciel de Mars qui envelope le Ciel du Soleil. Que s représente le corps du Soleil, que E F G est un Épicycle placé dans le Ciel de Mars, dans la surface duquel cette Planète est enchassée en H. Représentez vous enfin que I K L est le Ciel des Étoiles fixes. — (Pierre Silvain Regis, Cours entier de philosophie ou système général selon les principes de M. Descartes, Huguetan, 1691, page 32)
  4. Air ; atmosphère.
    • Le ciel était sans un nuage ; la mer brillait sous le soleil, sans un frisson. — (Octave Mirbeau, Les Eaux muettes)
    • Avant-hier il a plu toute la journée, mais le soir, malgré le ciel couvert, tout le monde guettait anxieusement l’apparition de la lune nouvelle. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 131)
    • Le ciel demeurait beau, mais le vent fraîchissait et le roulis de l’aéronat s’accentuait. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 179 de l’éd. de 1921)
    • Le ciel est huit dixième couvert par cumulus et cumulo-nimbus, et un vent de S.-S.-E. à S.-E. de 60 kilomètres-heure augmente notre vitesse jusqu’à 240 kilomètres-heure. — (Jean Mermoz, Mes vols, Flammarion, 1937, p. 91)
    • […] sur toute l’Ardenne, le temps s’était levé. Le ciel était bleu éblouissant, la neige étincelait au soleil. — (Georges Blond, L’Agonie de l’Allemagne 1944-1945, Fayard, 1952, p. 155)
    • Un ciel de plomb : un temps lourd et orageux.
  5. (Par extension) Ambiance.
    • Elle ne devint catastrophe que dans sa troisième phase, quand soudain, au milieu d’un ciel serein, la foudre du krach bancaire de New-York frappa l’édifice orgueilleux de la prospérité du capital américain. — (Carl Steuermann, La Crise mondiale, traduit de l’allemand, Gallimard, 1932, page 65)
  6. (Par extension) Climat, pays.
    • Il nous revient que le forban qui dirige la Banque Corland et Cie serait à la veille de mettre les clefs sous la porte et de filer vers des cieux plus hospitaliers. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 242)
    • Un ciel tempéré. — Un beau ciel. — 'Le ciel de l’Italie. — Changer de ciel. — Vivre sous un ciel étranger, sous un ciel inconnu.
  7. (Religion) Séjour des bienheureux, paradis.
    • Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? — (Voltaire, Dictionnaire philosophique : Fanatisme)
    • Ce sont d’abord les saints ayant foi en la révélation qui, prochainement et du jour au lendemain, disparaîtront tous de ce monde pour être transportés au ciel, sans laisser ici-bas aucune dépouille mortelle. — (Une station sur les côtes d’Amérique — II. New-York et la société américaine, dans La revue des deux mondes, 1862, p. 197)
  8. (Par extension) Divinité ; providence.
    • Voyant qu’il ne nous restait plus d’espoir sur la terre, mes compagnons et moi tournâmes nos regards vers le ciel et nous mîmes à supplier le Tout-Puissant d’avoir compassion de nos âmes pécheresses. — (Dillon, Voyage dans la mer du sud, Revue des Deux Mondes, 1830, tome 1)
    • Le Ciel, mon prince, reprit Ivanhoé, s’est chargé du châtiment de cet homme orgueilleux. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Quiconque mange bien peut défier le ciel. Ce sont les ascètes et les meurt-de-faim aux estomacs débilités qui ont inventé les dieux. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 191)
    • Le ciel avait destiné M. Smallways à vivre dans un monde paisible, mais il avait oublié de créer un monde paisible pour M. Smallways. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 6 de l’éd. de 1921)
  9. (Mines & carrières) Voûte de la galerie d’une mine ou d’une carrière souterraine.
    • On appelle les Feuillières d'une carrière, les veines de terre, qui en couvrent le ciel; & qui n'étant point soutenues, peuvent causer des fondis. — (Dictionnaire universel de commerce, tome 2 (C -K), ouvrage posthume de Jacques Savary des Brûlons, continué par Philémon-Louis Savary, nouvelle édition, Paris : chez la veuve Estienne & fils, 1748, page 1224)
    • ART. VII. Les galeries qu'on formera dans les mines qu'on extraira, ne pourront être plus larges de huit pieds, quelque bonne que soit la consistance du charbon, et celle du ciel ou sol de ladite mine : seront lesdites galeries d'autant plus étroites, que le charbon, le ciel et le sol de la mine auront une consistance moins solide, […]. — (« Arrêt du conseil-d'état du Roi portant règlement pour l'exploitation des mines de houille ou charbon de terre », du 14 janvier 1744, dans le Recueil des Lois et Actes du gouvernement, relatif aux mines, minières, usines, carrières, tourbières et salines, inclus dans la Jurisprudence générale des mines, en Allemagne, traduite de l'ouvrage de Franz Ludwig von Cancrin, par M. Blavier, tome 3, Paris : chez Adrien Égron & chez l'auteur, 1825, p. 14)


Nom commun

cieux \sjø\ masculin

  1. Pluriel de ciel, utilisé dans un sens singulier.

Nom commun

cieux \sjø\ masculin

  1. Pluriel de ciel, utilisé dans un sens singulier.
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Ciel, cieux : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CIEL. n. m.
(Au pluriel CIEUX et quelquefois CIELS.) Espace indéfini dans lequel se meuvent tous les astres. Il désigne spécialement dans le langage courant la Partie de cet espace que nous voyons au-dessus de nos têtes. Les étoiles du ciel. Le ciel est bien étoilé. Tout ce qui est sous le ciel. Lever les yeux au ciel. Lever les mains au ciel. L'immensité des cieux. On ne voit ni ciel ni terre. Fig., La voûte du ciel, des cieux, Le ciel, le firmament. Ces choses sont éloignées comme le ciel et la terre, se dit de Deux choses entre lesquelles il y a une très grande différence. Tomber du ciel, se dit d'une Personne ou d'une Chose qui arrive tout à fait à l'improviste. Cet homme est tombé du ciel pour nous venir en aide. Ce secours nous est tombé du ciel. Fig. et fam., Remuer ciel et terre, Faire tous ses efforts, employer toutes sortes de moyens pour parvenir à quelque chose. Il se dit aussi de Chacun des cercles concentriques à la terre où, suivant les anciens, se mouvaient les planètes et les étoiles. Les cieux des planètes. Le ciel empyrée. Le ciel de la lune. Le ciel de Mars, etc. C'est par allusion à cette idée qu'on dit : Saint Paul fut enlevé au troisième ciel. Fig. et fam., Être ravi au troisième ciel, au septième ciel, Éprouver une satisfaction très vive, une grande joie. Fig. et fam, Élever quelqu'un jusqu'au ciel, jusqu'au troisième ciel, Le louer extraordinairement. Il se prend quelquefois pour les Astres, et dans ce sens on dit Les influences du ciel, Les prétendues influences des astres. Il se prend aussi pour l'Air, l'atmosphère. Ciel serein. Ciel clair, pur. Ciel gris, sombre. Ciel doux. Ciel changeant. Un ciel chargé de nuages. Le ciel s'éclaircit. Un ciel sans nuages. La rosée du ciel. Les oiseaux du ciel. L'état du ciel. Le feu du ciel, La foudre. L'azur du ciel. L'inclémence du ciel. Couleur bleu de ciel, Couleur d'un bleu tendre. Fig., en termes d'Écriture sainte, Un ciel, des cieux d'airain. Voyez AIRAIN. Fig., Un ciel de plomb, Un temps lourd et orageux. Il désigne aussi, tant au singulier qu'au pluriel, le Séjour des bienheureux, le Paradis. Gagner le ciel. Le royaume des cieux. Notre-Seigneur monta aux cieux. Lucifer fut précipité du ciel. La pratique de l'Évangile est le chemin du ciel. Fig., Voir les cieux ouverts, Avoir une grande joie, se trouver dans un grand bonheur. Il se dit par extension pour la Divinité, la Providence. Grâces ou grâce au ciel. Offenser le ciel. Invoquer le ciel. Le ciel irrité. Le ciel l'a voulu. C'est un arrêt du ciel. C'est un coup du ciel. Le ciel vous soit propice! Le ciel m'est témoin. Aide-toi, le ciel t'aidera. Fasse le ciel qu'il en soit ainsi! Ciel! Ô ciel! Ô juste ciel! Dans ce sens, il n'est guère d'usage au pluriel qu'en poésie. Les mariages sont faits au ciel, Ils sont résolus par la Providence. Cela était écrit au ciel, La Providence avait résolu que cela serait. On dit de même La destinée des hommes est écrite au ciel. Il se dit encore par extension pour Climat, pays. Un ciel tempéré. Un beau ciel. Le ciel de l'Italie. Changer de ciel. Vivre sous un ciel étranger, sous un ciel inconnu. Par analogie, il se dit d'un Châssis qu'on fixe au dessus d'un lit pour y suspendre les rideaux. Un ciel de lit. Dans cette acception et dans les deux suivantes, on dit CIELS, et non pas CIEUX, au pluriel. Les ciels d'une carrière, Les parties supérieures, les plafonds d'une carrière. Carrière à ciel ouvert. En termes de Peinture, il signifie la Partie d'un tableau qui représente l'air ou Toute décoration imitant le ciel. Les ciels de Provence, d'Italie. Ce peintre fait bien les ciels. Ses ciels sont légers, vaporeux. Les ciels dans les tapisseries viennent mal, à cause du grenu des points. Peindre un ciel au plafond d'un salon.

Ciel, cieux : définition du Littré (1872-1877)

CIEL (sièl) s. m.

Le pluriel est ciels (sièl) ou cieux (sieû), suivant l'emploi. Voy. la REMARQUE.

  • 1Espace que nous apercevons étendu au-dessus de nos têtes en forme de voûte et circonscrit par l'horizon. Le ciel est pur. Le ciel est chargé. Ciel changeant. Ciel menaçant. Un ciel gris, sombre. Le ciel bleu. La voûte du ciel ou des cieux. La lune est dans le ciel, et le ciel est sans voile, Lamartine, Harm. I, 10. Un monde est assoupi sous la voûte des cieux, Lamartine, ib. II, 4. Et la moitié du ciel pâlissait, et la brise Défaillait dans la voile, immobile et sans voix, Lamartine, ib. II, 2. Il [l'homme qui a fait une faute] rougit de lui-même, et combien qu'il ne sente Rien que le ciel présent et la terre présente, Pense qu'en se voyant tout le monde l'a vu, Malherbe, I, 4.

    On ne voit ni ciel ni terre, se dit de ténèbres fort épaisses.

    On dit de choses fort différentes, qu'elles sont éloignées comme le ciel et la terre.

    Entre terre et ciel, dans l'air.

    Couleur bleu de ciel.

    Sous le ciel, sur la terre. Tircis disait un jour à la jeune Amarante : Ah ! si vous connaissiez comme moi certain mal Qui nous plaît et qui nous enchante, Il n'est rien sous le ciel qui vous parût égal, La Fontaine, Fabl. VIII, 13.

    Élever quelqu'un jusqu'au ciel, le louer avec excès. Tel porte jusqu'au ciel leur vertu sans égale, Corneille, Hor. III, 2. On vous loua jusqu'au ciel, Sévigné, 49. Et la France a les destinées Pour elle tellement tournées Contre les vents séditieux, Qu'au lieu de craindre la tempête, Il semble que jamais sa tête Ne fut plus voisine des cieux, Malherbe, III, 2.

    Le Fils du ciel, l'empereur de Chine. Le ciel inférieur, la Chine.

  • 2 Terme d'astronomie ancienne. Les diverses sphères cristallines et concentriques à la terre que les anciens avaient supposées pour expliquer les mouvements apparents des astres. Le ciel de la lune. Le ciel de Jupiter. Comme le ciel mobile, éternel en son cours, Fait les siècles, les ans et les mois et les jours, Régnier, Sat. III. Les anciens ne s'accordaient pas sur le nombre de ces ciels. Ils en avaient d'abord sept pour les sept planètes, la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne. Après ceux-là venait le ciel des étoiles fixes, qu'on appelait aussi empyrée, ou premier mobile, comme donnant le mouvement à tout ; ou firmament, comme enveloppant ou affermissant tout l'univers. Plus tard on imagina sous le nom de premier ou second cristallin des ciels intermédiaires entre le firmament et le ciel de Saturne pour expliquer divers mouvements nouvellement observés. Plus tard enfin, au XVIe siècle et au commencement du XVIIe, avant que le système de Copernic triomphât définitivement, on réduisit toutes ces sphères à trois, une pour les planètes (qui en contenait réellement sept), une pour les étoiles fixes, et une autre fort mal déterminée à laquelle on laissa le nom d'empyrée. Tous ces ciels étaient supposés solides, et de là ces expressions-ci : Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge ! Corneille, Rod. V, 1.

    Familièrement. Si le ciel tombait, il y aurait bien des alouettes prises, se dit pour se moquer d'une supposition absurde.

    Tomber du ciel, se dit d'une chose ou d'une personne qui arrivent tout à fait à l'improviste et qui d'ordinaire apportent quelque chose de très avantageux. Ce secours tombait bien véritablement du ciel. On l'avait regardé comme tombé du ciel pour cela. Vous qui, dès le berceau, de bon œil me voyez, Qui du troisième ciel mes destins envoyez, Belle et sainte planète, astre de ma naissance, Régnier, Élég. V.

    Être ravi au troisième ciel, au septième ciel, éprouver une vive joie.

  • 3Dans l'astronomie moderne, l'espace immense dans lequel les astres accomplissent leurs révolutions : à ce point de vue, la terre, étant une planète, est dans le ciel. Par delà tous ces cieux le dieu des cieux réside, Voltaire, Henr. VII.
  • 4L'ensemble des constellations qui parent le ciel. Les Égyptiens ont trouvé cette grande année qui ramène tout le ciel à son premier point, Bossuet, Hist. III, 3. Et qui guide les cieux et leur course rapide ? La Fontaine, Fabl. X, 1.

    Les influences du ciel, les prétendues influences qu'on attribuait aux astres sur la destinée humaine. S'il ne sent point du ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poëte, Boileau, Art p. I.

  • 5Air, atmosphère, climat. Essuyer l'inclémence du ciel et des saisons. Vous y trouverez un ciel toujours pur et serein. Jeunes et tendres fleurs par le sort agitées, Sous un ciel étranger comme moi transplantées, Racine, Esth. I, 1. Cherchant avidement sous un ciel étranger…, Racine, Mithr. III, 1. Sous un ciel plus heureux et plus digne de vous, Racine, ib. I, 3. Tout ciel est agréable où notre âme est paisible, Ducis, Macbeth, V, 2. Je ne puis comprendre pourquoi, toute la Grèce étant placée sous le même ciel et les Grecs nourris de la même manière, il se trouve néanmoins si peu de ressemblance dans leurs mœurs, La Bruyère, Caract. de Théophr. Avant-propos. D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel ; Tout m'enrichit, et tout m'appelle ; et, chaque ciel M'offrant quelque dépouille utile et précieuse, Je remplis lentement ma ruche industrieuse, Chénier, Élég. 24.

    Fig. Il est temps qu'en son ciel cet astre aille reluire, Corneille, Nicom. II, 2.

    Terme de marine. Ciel fin, ciel clair et sans nuage. Ciel gros, ciel couvert de gros nuages. Le ciel se hausse, il s'éclaircit.

    Le feu du ciel, la foudre. Pourquoi vous troublez-vous, enfants de l'Évangile ? à quoi sert dans les cieux ton tonnerre inutile, Disent-ils au Seigneur ?…, Lamartine, Harm. I, 5.

    Un ciel d'airain, des cieux d'airain, un temps sec et sans pluie, et qui dure depuis assez longtemps pour que les biens de la terre en souffrent

    Fig. Un ciel d'airain, les rigueurs inexorables du destin.

    Familièrement. Remuer ciel et terre, faire tous ses efforts pour arriver à un but.

  • 6 Terme de théologie. Le séjour des bienheureux. Ne désirer que le ciel. Les joies du ciel. Je prétendais autant qu'aucun autre à gagner le ciel, Descartes, Mét. I, 11. L'honneur leur appartient d'avoir ouvert la porte à quiconque osera, d'une âme belle et forte, Pour vivre dans le ciel, en la terre mourir, Malherbe, I, 4.

    Voir les cieux ouverts, ressentir une indicible joie. Ce n'est pas le ciel ouvert, mais enfin on n'a pas mieux, et c'est un parti forcé, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 6 janv. 1764.

    Fig. Les choses, les puissances célestes, divines, Dieu, la Providence. Les dons, les bénédictions du ciel. Le ciel sur nos souhaits ne règle pas les choses, Corneille, Pomp. V, 2. Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie Le secret de mon âme et le soin de ma vie ? Corneille, Cinna, IV, 2. Sire, puisque le ciel entre les mains des rois Dépose la justice et la force des lois…, Corneille, Hor. V, 2. Et dédaigne de voir le ciel qui le trahit, Corneille, Pomp. II, 2. Le ciel vous le fait voir un poignard à la main ; Le ciel est juste et sage et ne fait rien en vain, Racine, Ath. II, 5. Cieux, écoutez ma voix, terre, prête l'oreille, Racine, Athal. III, 7. Nous préservent les cieux d'un si funeste abus ! Voltaire, Brut. II, 4. Mais le plaisir à ma philosophie Révèle assez des cieux intelligents, Béranger, Dieu des b. gens. Ô nuits, déroulez en silence Les pages du livre des cieux, Lamartine, Harm. I, 2. Mais comment consentir à ce que vous voulez, Sans offenser le ciel, dont toujours vous parlez, Molière, Tart. IV, 5. J'aurais une douleur extrême qu'une personne que j'ai chérie tendrement devînt un exemple funeste de la justice du ciel, Molière, le Festin, IV, 9. On n'a pas besoin de lumière quand on est conduit par le ciel, Molière, ib. IV, 12. Vous me voyez revenu de toutes mes erreurs, je ne suis plus le même d'hier au soir, et le ciel tout d'un coup a fait en moi un changement qui va surprendre tout le monde, Molière, ib. V, 1. On le verra bientôt, pompeux en cette ville, Marcher encore chargé des dépouilles d'autrui, Et jouir du ciel même irrité contre lui, Boileau, Sat. I.

    Grâce ou grâces au ciel, exclamation par laquelle on se félicite de quelque chose d'heureux. Je suis revenu, grâces au ciel, de toutes mes folles pensées, Molière, le Festin, IV, 9.

    Ciel ! ô ciel ! juste ciel ! justes cieux ! exclamations qui expriment l'admiration, la joie, la douleur, la crainte, etc. Ciel ! quel nombreux essaim d'innocentes beautés…, Racine, Esth. I, 2.

  • 7La piété, la vertu pieuse. La tendre hypocrisie, aux yeux pleins de douceur, Le ciel est dans ses yeux, l'enfer est dans son cœur, Voltaire, Henr. VII. Venez, enfants du ciel, orphelins sur la terre ; Il est encor pour vous un asile ici-bas, Lamartine, Harm. I, 11.
  • 8 Terme de peinture. Partie d'un tableau qui représente le ciel. Ce peintre fait bien les ciels.

    Aspect particulier du ciel de tel ou tel pays. Ce peintre reproduit bien les ciels de l'Italie.

  • 9Le couronnement, le haut d'un lit. Des ciels de lit. Elle n'eut… Autre ciel pour objet que le ciel de son lit, Régnier, Sat. XII.

    Le dais qu'on porte au-dessus du St-Sacrement.

    Le haut, le plafond d'une carrière. Des infiltrations percent les ciels de carrière. Dieu les amincissant [les contours des blocs de rocher] en immenses spirales Les sculpte comme un lustre au ciel des cathédrales, Lamartine, Joc. II, 82.

    Carrière à ciel ouvert, carrière qu'on exploite en enlevant à fur et à mesure la terre qui recouvre le gisement.

    Dans les machines à vapeur, le dessus d'un fourneau. Le pluriel est aussi ciels.

PROVERBES

Le ciel rouge au soir, blanc au matin, c'est la journée du pèlerin.

Les mariages se font au ciel, locution dont on se sert pour exprimer qu'on les attribue à la direction même de la Providence. On dit dans le même sens : cela était écrit au ciel.

Ciel pommelé et femme fardée ne sont pas de longue durée, sage conseil donné aux femmes et fondé, quant à l'expression, sur ce qu'en effet un ciel pommelé ne dure pas.

REMARQUE

Le ciel, à proprement parler, est cette partie de la voûte azurée que nous voyons ou que nous concevons comme renfermée dans un horizon déterminé. C'est dans ce sens qu'on dit : le ciel de la Provence et celui de l'Italie sont bien différents des ciels de l'Angleterre et de l'Écosse ; ce peintre réussit admirablement dans les ciels. Les ciels de lit tirent leur nom de leur forme et de leur position au-dessus de nos têtes ; et ces exemples nous montrent que, quand on compte les ciels, c'est-à-dire quand on passe au pluriel entendu dans la rigueur de la définition, on le forme régulièrement en ajoutant un s au singulier. Le mot cieux, au contraire, indique non la pluralité, mais l'universalité indivise de la sphère céleste, ou, au figuré, la Providence, le pouvoir céleste, Jullien.

HISTORIQUE

Xe s. Qu'elle Deo raneiet [renie], chi maent [demeure] sus en ciel, Eulalie.

XIe s. N'a tel vassal sous la cape du ciel, Ch. de Rol. X. Souz cel n'i a plus encrismé felon, ib. XCII. Mors est Rolans ; Deus en a l'ame es cels, ib. CLXXIII.

XIIe s. Qui fit le ciel et la terre et la mer, Roncisv. p. 32. Charles regarde amont vers les hauz ciez, ib. p. 112. [Je] N'en donroie le desir Pour tout l'avoir dessouz ciel, Couci, XI.

XIIIe s. Dame, merci, pour Dieu qui fit ciel et rosée, Berte, XVI. Comment diable ! estes vos tiex [tel] ? Quidiez-vos monter as sainz ciex, Avec Dame Dieu là amont ? Ren. 24746. Il sembloit que ce fust uns anges, Qui fust tantost venu du ciau, la Rose, 907. Des roses i ot grans monciaus ; Si beles ne vit homs sous ciaus, ib. 1646. Et ce face dire deus ou trois feiz, ainsi que les esteilles aperent ou ciel, Ass. de Jér. 82. Li cuers le conte est à Citiaux, Et l'arme [âme] là sus en sains ciaux, Et li cors en gist outre mer, Rutebeuf, 59. Et la contrée du ciel ne aide pas sans plus à la force des corps, ainczois vault moult à la force des couraiges, J. de Meung, Végèce, I, 2.

XIVe s. Mais aucuns qui se voient en fortune tramper, Cuident aucune fois jusques au ciel aler, Et ne regardent pas des degrez avaler, Guesclin. 15180. Dix huit ais de blanc bois, dont on fist le chiel de la dite chapelle, Bulletin du comité de la langue, t. II, n° 1, p. 54.

XVe s. Il est ravy trop plus hault qu'aux tiers cieulx Et prend pour soy tousjours la chose aux mieulx, Chartier, Le débat des deux fortunes. Veux tu mettre ta bouche au ciel [t'en prendre aux grands], parler des grands seigneurs auxquels on ne peut dire : pourquoy faictes vous ainsi ? Gerson, Harangue au roi Charles VI, p. 17. Le roy entra en la ville ; sur lequel quatre gentilhommes et chevaliers demeurans en icelle porterent un ciel ou dais, et estoient toutes les rues par où il passoit tendues à ciel, J. Chartier, Hist. de Charles VII, p. 209, dans LACURNE.

XVIe s. Le ciel ou poisle [de l'autel] est un cedre embasmant Les cœurs humains, Marot, I, 173. Et firent oster de dessus son berceau les ciels, poisles et daix qui y estoient, avec les rideaux et tour du lict, Carloix, III, 17. Le soleil est de trois epicycles, c'est à dire ciels ou estages, au dessus de la lune [c'est-à-dire ceux de Mercure, de Vénus et le sien propre], Paré, Monstr. ap. 4. Je m'asseuroy qu'au changement des cieux Cest an nouveau romproit ma destinée, Ronsard, Amours, I, 180. De ces nations qui n'ont aulcune cognoissance de vestements, il s'en treuve d'assises environ soubs mesme ciel que le nostre et soubs bien plus rude ciel que le nostre, Montaigne, I, 259. Ce ciel de lit tout enflé d'or et de perles n'a aulcune vertu à rappaiser les trenchées d'une verte colique, Montaigne, I, 326. Ciel immobile on ne cognoist, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 97.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CIEL. Ajoutez :
9 En termes de marin, le vieux ciel, le ciel tel qu'il était avant qu'il se couvrît de nuages. Dès qu'ils [les nuages] sont coupés, et que l'on aperçoit entre eux l'azur du ciel, ou, comme s'expriment les marins, le vieux ciel, on est assuré que le coup de vent touche à sa fin, La Coudraye, Théorie des vents et des ondes, p. 45.
10Au théâtre, ciel ouvert, sorte de toiture au-dessus de la scène. On nous écrit de Lyon : à sept heures et demie environ le ciel ouvert, formant toiture au-dessus de la scène, s'est effondré, et dès lors on put considérer l'incendie comme terminé, Gaz. des Trib. 6 nov. 1875, p. 1071, 4e col.
11 Arbre du ciel, le gingko biloba, du Japon, Baillon, Dict. de bot. p. 247.
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Ciel, cieux : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

CIEL, s. m. (Physiq.) se dit vulgairement de cet orbe asuré & diaphane qui environne la terre que nous habitons, & au-dedans duquel paroissent se mouvoir tous les corps célestes. Voyez Terre, &c.

C’est-là l’idée populaire du ciel ; car il faut observer que ce mot a divers autres sens dans le langage des Philosophes, des Théologiens, & des Astronomes, selon lesquels on peut établir plusieurs sortes de cieux, comme le ciel empyrée ou le ciel supérieur, la région éthérée ou le ciel étoilé, & le ciel planétaire.

Le ciel des Astronomes, qu’on nomme aussi le ciel étoilé, ou région éthérée, est cette région immense que les étoiles, les planetes, & les cometes occupent. Voyez Etoile, Planete, &c.

C’est ce que Moyse appelle le firmament, lorsqu’il en parle comme étant l’ouvrage du second jour de la création, ainsi que quelques interpretes rendent cet endroit de la Genese, quoiqu’en cela ils se soient écartés un peu de son vrai sens pour favoriser l’ancienne opinion sur la solidité des cieux. Il est certain que le mot Hébreu signifie proprement étendue, terme dont le prophete s’est servi avec beaucoup de justesse pour exprimer l’impression que les cieux font sur nos sens. C’est ainsi que dans d’autres endroits de l’Ecriture sainte, le ciel est comparé à un rideau, à un voile, ou à une tente dressée pour être habitée. Les Septante furent les premiers qui ajoûterent à cette idée d’étendue, celle de fermeté ou de solidité, en rendant le mot Hébreu par στερέωμα, conformément à la philosophie de leur tems ; & les traducteurs modernes les ont suivis en cela.

Les Astronomes ont distribué le ciel étoilé en trois parties principales : savoir, le zodiaque, qui est la partie du milieu & qui renferme douze constellations ; la partie septentrionale, qui renferme vingt-une constellations ; & la partie méridionale qui en renferme vingt-sept, dont quinze étoient connues des anciens, & douze n’ont été connues que dans ces derniers tems, parce qu’elles ne sont point visibles sur notre hémisphere. Voyez Constellation.

Les Philosophes modernes, comme Descartes, & plusieurs autres, ont démontré facilement que ce ciel n’est point solide. Chambers.

Il n’est pas moins facile de réfuter cette vieille opinion des sectateurs d’Aristote, qui prétendoient que les cieux étoient incorruptibles, & de faire voir qu’elle est absolument fausse, & dénuée de raisons. Peut-être qu’étant trop prévenus en faveur de tous ces corps lumineux que nous voyons dans le ciel, ils se sont laissés entraîner à dire qu’il ne pouvoit jamais y arriver de changement ; & comme il ne leur en coûtoit guere plus de multiplier les avantages ou les propriétés des corps célestes, ils ont enfin pris le parti d’assûrer que la matiere des cieux est tout-à-fait différente de celle dont la terre est formée ; qu’il falloit regarder la matiere terrestre non seulement comme sujette à se corrompre, mais encore comme étant propre à prendre toutes sortes de configurations ; au lieu que celle dont les corps célestes ont été formés étoit au contraire tellement incorruptible, qu’ils devoient nous paroître perpétuellement sous une même forme, avec les mêmes dimensions, sans qu’il leur arrivât le moindre changement. Mais les observations nous apprennent que dans le soleil ou les planetes il se forme continuellement de nouvelles taches ou amas de matieres très-considérables, qui se détruisent ou se corrompent ensuite ; & qu’il y a des étoiles qui changent, qui disparoissent ou qui paroissent tout-à-coup. En un mot on a été forcé depuis l’invention des lunettes d’approche, de reconnoître divers changemens dans les corps célestes. Ainsi c’est une chose certaine que dans les planetes, sur la terre, & parmi les étoiles, il se fait des changemens continuels : donc la corruption générale de la matiere doit s’étendre à tous les corps ; car il y a par-tout l’univers un principe de génération & de corruption. Inst. astr.

Les Cartésiens veulent que le ciel soit plein ou parfaitement dense, sans aucun vuide, & qu’il soit composé d’un grand nombre de tourbillons. Voyez Ether, Cartésianisme, &c.

Mais d’autres portant leurs recherches plus loin, ont renversé le système non-seulement de la solidité, mais aussi de la prétendue plénitude des cieux.

M. Newton a démontré que les cieux sont à peine capables de la moindre résistance, & que par conséquent ils sont presque dépourvûs de toute matiere ; il l’a prouvé par les phénomenes des corps célestes, par les mouvemens continuels des planetes, dans la vîtesse desquels on ne s’apperçoit d’aucun rallentissement ; & par le passage libre des cometes vers toutes les parties des cieux, quelles que puissent être leurs directions.

En un mot les planetes, selon M. Newton, se meuvent dans un grand vuide, si ce n’est que les rayons de lumiere & les exhalaisons des différens corps célestes mêlent un peu de matiere à des espaces immatériels presque infinis. En effet on prouve que le milieu où se meuvent les planetes peut être si rare, que si on en excepte la masse des planetes & des cometes, aussi-bien que leurs atmospheres, ce qui reste de matiere dans tout l’espace planétaire, c’est-à-dire depuis le soleil jusqu’à l’orbite de saturne, doit être si rare & en si petite quantité, qu’à peine occuperoit-elle, étant ramassée, plus d’espace que celui qui est contenu dans un pouce d’air pris dans l’état où nous le respirons. La démonstration géométrique s’en trouve dans les ouvrages de MM. Newton, Keill, & Grégori : mais celle qu’en a donnée Roger Cotes, dans ses leçons physiques, paroît plus simple, & plus à la portée des commençans. Voyez Resistance, Planete, Comete, Tourbillon, &c. Inst. astr. de M. le Monnier.

Le ciel étant pris dans ce sens général pour signifier toute l’étendue qui est entre la terre que nous habitons & les régions les plus éloignées des étoiles fixes, peut être divisé en deux parties fort inégales, selon la matiere qui les occupe ; savoir l’atmosphere ou le ciel aérien, qui est occupé par l’air ; & la région éthérée, qui est remplie par une matiere legere, déliée, & incapable de résistance sensible, que nous nommons éther. Voyez Atmosphere, Air, Ether. Chambers. (O)

Ciel, dans l’Astronomie ancienne, signifie plus particulierement un orbe ou une région circulaire du ciel éthéré. Voyez Orbe.

Les anciens Astronomes admettoient autant de cieux différens, qu’ils y remarquoient de différens mouvemens ; ils les croyoient tous solides, ne pouvant pas s’imaginer qu’ils pussent sans cette solidité soûtenir tous les corps qui y sont attachés : de plus ils les faisoient de crystal, afin que la lumiere pût passer à-travers ; & ils leur donnoient une forme sphérique, comme étant celle qui convenoit le mieux à leur mouvement.

Ainsi on avoit sept cieux pour les sept planetes, savoir, le ciel de la Lune, de Mercure, de Vénus, du Soleil, de Mars, de Jupiter, & de Saturne. Voyez Planete, &c.

Le huitieme, qu’ils nommoient le firmament, étoit pour les étoiles fixes. Voyez Etoile & Firmament.

Ptolomée ajoûta un neuvieme ciel, qu’il appella primum mobile, le premier mobile. Voyez Mobile,

Après Ptolomée, Alphonse roi de Castille ajoûta deux cieux crystallins, pour expliquer quelques irrégularités qu’il avoit trouvées dans le mouvement des cieux. On étendit enfin sur le tout un ciel empyrée, dont on a fait le séjour de Dieu ; & ainsi on completta le nombre de douze cieux. Voyez Empyrée, & plus bas, Ciel des Théologiens.

On supposoit que les deux cieux crystallins étoient sans astres, qu’ils entouroient les cieux inférieurs, étoilés & planétaires, & leur communiquoient leur mouvement. Le premier ciel crystallin servoit à rendre compte du mouvement des étoiles fixes, qui les fait avancer d’un degré vers l’orient en soixante-dix ans ; d’où vient la précession de l’équinoxe. Le second ciel crystallin servoit à expliquer les mouvemens de libration par lesquels on croyoit que la sphere céleste fait des balancemens d’un pole à l’autre. Voyez Précession, Libration, &c.

Quelques-uns ont admis beaucoup d’autres cieux, selon leurs différentes vûes & hypotheses. Eudoxe en a admis vingt-trois ; Calippus, trente ; Régiomontanus, trente-trois ; Aristote, quarante-sept ; & Fracastor en comptoit jusqu’à soixante-dix.

Nous pouvons ajoûter que les Astronomes ne se mettoient pas fort en peine si les cieux qu’ils admettoient ainsi étoient réels ou non ; il leur suffisoit qu’ils pussent servir à rendre raison des mouvemens célestes, & qu’ils fussent d’accord avec les phénomenes. Voyez Hypothese, Système, &c. Chambers. (O)

Parmi plusieurs rêveries des rabbins, on lit dans le talmud qu’il y a un lieu où les cieux & la terre se joignent ; que le rabbi Barchana s’y étant rendu, il posa son chapeau sur la fenêtre du ciel, & que l’ayant voulu reprendre un moment après, il ne le retrouva plus, les cieux l’avoient emporté ; il faut qu’il attende la révolution des orbes pour le ratraper.

Ciel, (Théolog.) le ciel des Théologiens, qu’on nomme aussi le ciel empyrée, est le séjour de Dieu & des esprits bienheureux, comme des anges & des ames des justes trépassés. Voyez Dieu, Ange, &c.

Dans ce sens ciel est l’opposé de l’enfer. Voyez Enfer.

C’est ce ciel empyrée que l’Ecriture sainte nomme souvent le royaume des cieux, le ciel des cieux, & que S. Paul, selon quelques-uns, appelle le troisieme ciel, quelquefois le paradis, la nouvelle Jérusalem, &c. Voyez Empyrée, &c.

L’on se figure ce ciel comme un endroit situé dans quelque partie bien éloignée de l’espace infini, où Dieu permet qu’on le voye de plus près, & d’une maniere plus immédiate ; où il manifeste sa gloire plus sensiblement ; où l’on a une perception de ses attributs plus adéquate, qu’on n’en peut avoir dans les autres parties de l’univers, quoiqu’il y soit également présent. Voyez Univers, Ubiquité, &c.

C’est aussi en cela que consiste ce que les Théologiens appellent vision béatifique. Voyez Vision. Quelques auteurs ont nié fort légerement, (on ne sait pas pourquoi) la réalité d’un semblable ciel local.

Les auteurs inspirés, & sur-tout le prophete Isaïe, & S. Jean l’évangéliste, font de superbes descriptions du ciel, de sa structure, de ses ornemens & embellissemens, & de la cour qui l’habite.

Le philosophe Platon, dans son dialogue sur l’ame, parle du ciel dans des termes si semblables à ceux de l’Ecriture sainte, qu’Eusebe n’hésite pas de le taxer d’avoir emprunté de-là ce qu’il en dit, de præpar. evangel. lib. XI. cap. xxxvij.

Les anciens Romains, dans leur système de Théologie, avoient une sorte de ciel qu’ils nommoient champs élysées, elysium. Voyez Champs Elysées.

Le ciel ou le paradis des Mahométans est une fiction très-grossiere, conforme au génie de leur religion. Voyez Alcoran & Mahométisme. (G)

Ciel, (Décor. théat.) on donne ce nom aux plafonds de l’opéra, lorsque le théatre représente un lieu découvert ; comme on dit le ciel d’un tableau. Lorsque le ciel est bien peint, qu’on y observe avec soin les gradations nécessaires, & qu’on a l’attention de le bien éclairer, c’est une des plus agréables parties de la décoration. L’effet seroit de la plus grande beauté, si on y faisoit servir la lumiere à rendre aux yeux du spectateur les diverses teintes du jour naturel. Dans la représentation d’une aurore, d’un jour ordinaire, ou d’un couchant, ces teintes sont toutes différentes, & pourroient être peintes à l’œil par le seul arrangement des lumieres. Les frais ne seroient pas plus considérables, peut-être même seroient-ils moindres. Cette beauté ne dépend que du soin & de l’art.

Les plafonds changent avec la décoration par le moyen du contrepoids. Voy. Décoration, Changemens, Plafonds. (B)

Ciel de carriere, est le premier banc qui se trouve au-dessous des terres en fouillant les carrieres, & qui sert de plafond à mesure qu’on les fouille.

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Étymologie de « ciel »

Étymologie de ciel - Littré

Picard, ciu ; bourguig. cier ; bressan, ciar ; franc-comtois, cié ; wallon, sîr ; provenç. cel ; espagn. et ital. cielo ; du latin cœlum, qui se rattache au grec ϰοῖλος, creux (car l'orthographe cælum paraît devoir être rejetée). Notre pluriel cieux est le cas régime, dans l'ancien français le nominatif pluriel étant li ciel.

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Étymologie de ciel - Wiktionnaire

(IXe siècle) Du latin caelum, de même sens.
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Phonétique du mot « ciel »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ciel sjɛl play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « ciel »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « ciel »

  • Courtes prières pénètrent les cieux. De Proverbe breton
  • Si les cieux pleurent, la terre vivra. De Proverbe hawaiien
  • Firmaman : notre mère qui êtes aux cieux. De Marc Escayrol / Mots et grumots
  • La croix est l'échelle des cieux. De Proverbe français
  • Le royaume des cieux est un état du coeur. De Friedrich Nietzsche
  • Sur la voûte des cieux notre histoire est écrite. De Louis Racine / La religion
  • Que la terre est petite à qui la voit des cieux. De Jacques Delille
  • Prenez garde à l'homme dont le dieu est dans les cieux. De George Bernard Shaw
  • Sous tous les cieux, le buveur est un être de rupture. De Sébastien Lapaque et Jérôme Leroy
  • N’as-tu donc pas, Seigneur, assez d’anges aux cieux ? De Victor Hugo / Odes et Ballades
  • Que la terre est petite quand on la voit des cieux. De Jacques Delille / Dithyrambe sur l'immortalité de l'âme
  • Il faut bien que nous vivions malgré la chute de tant de cieux. De David Herbert Lawrence / L'amant de Lady Chaterley
  • Les cieux sont comme un livre où tout homme peut lire. De Charles-Marie Leconte de Lisle / Poèmes antiques
  • Quand je ferme les yeux, c’est pour mieux ouvrir les cieux. De Grand Corps Malade / Je dors sur mes deux oreilles
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  • Samedi,une perturbation descendra des îles britanniques en direction des côtes de la Manche et de la mer du Nord : sa progression au nord de la Loire reste à préciser. Elle pourrait apporter des pluies plus significatives sur les Hauts de France, ce qui est une bonne nouvelle pour les sols secs. Des Pays de la Loire aux Ardennes jusqu'en Lorraine, le ciel s'ennuage au fil des heures mais il devrait faire assez beau et doux. Partout ailleurs, le soleil s'impose avec de la chaleur vers le sud. La Chaîne Météo, Météo week-end : probable dégradation pluvieuse - Actualités La Chaîne Météo
  • Le biplace, qui peut emmener deux personnes dans son cockpit, a reçu une autorisation spéciale de voler dans le ciel français. Les vols dans le petit avion sont encore réservés aux instructeurs et à quelques VIP car toute la réglementation est prévue pour des avions « à piston ». leparisien.fr, VIDEO. Alpha Electro: l'avion électrique qui vole déjà dans le ciel français - Le Parisien
  • Le ciel est pour ceux qui y pensent. De Joseph Joubert / Pensées
  • Le ciel et la terre sont en nous. De Gandhi
  • Cul sur la selle, pensées au ciel. De Sylvain Tesson / Petit traité sur l’immensité du monde
  • Le ciel est joli comme un ange. De Arthur Rimbaud / Fêtes de la patience
  • Le ciel est un dé à coudre. De Paul Eluard / Tournants d 'argile
  • Aide-toi, le ciel t'aidera. De Jean de La Fontaine / Le chartier embourbé
  • Change de ciel, tu changeras d’étoile. De Proverbe corse
  • Les mariages sont écrits dans le ciel. De Proverbe français
  • Aidez-moi, j'aiderai le ciel. De Jacques Rigaut / Ecrits
  • Jamais savant n’est tombé du ciel. De Proverbe alsacien
  • Aime-toi, le ciel t'aimera. De Claude Roy
  • La musique creuse le ciel. De Charles Baudelaire
  • Tour Eiffel Guitare du ciel De Vicente Huidobro / Tour Eiffel
  • On pourrait définir le ciel comme l'endroit que les hommes évitent. Henry David Thoreau, Excursions
  • Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en rêve votre philosophie. William Shakespeare, Hamlet, I, 5, Hamlet
  • Dans l'espoir de mériter le ciel en faisant de la terre un enfer. George Gordon, lord Byron, le pèlerinage de Childe HaroldChilde Harold's Pilgrimage, I, 20
  • Nous ne craignons rien sinon que le ciel ne tombe sur nos têtes. Anonyme, Anabase, Arrien
  • Il* se courbe à genoux, le front contre la terre ; Puis regarde le ciel en appelant Mon Père ! Mais le ciel reste noir et Dieu ne répond pas. Alfred, comte de Vigny, Les Destinées, le Mont des oliviers
  • Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme ! Paul Verlaine, Sagesse, III, 6 , Messein
  • Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change ! Paul Valéry, Charmes, le Cimetière marin Gallimard
  • Le ciel défend, de vrai, certains contentements ; Mais on trouve avec lui des accommodements. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Tartuffe, IV, 5, Tartuffe TartuffeLettre sur la comédie de l'Imposteur, publiée en 1667 par un défenseur de Molière
  • Le ciel tiède et pâle de la pensive contrée qui s'ouvre devant nous a toutes les fraîcheurs du regard des races primitives, il ignore la somptueuse tristesse de mûrir. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Cahier spécial de Poésie 42
  • Nous sommes tous les deux voisins du ciel, Madame, Puisque vous êtes belle, et puisque je suis vieux. Victor Hugo, Toute la lyre, À Mme Judith Gautier
  • Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres Mais tout le grand ciel bleu n'emplirait pas mon cœur. Victor Hugo, La Légende des siècles, Aymerillot
  • Ma propre position dans le ciel par rapport au soleil ne doit pas me faire trouver l'aurore moins belle. André Gide, Ainsi soit-il, Gallimard
  • Il y a peut-être des lieux où l'on se trouve soudain comme dans le ciel. André Dhôtel, Mémoires de Sébastien, Grasset
  • Les hommes lèvent les yeux et disent : Le ciel est pur, alors qu'ils regardent sans le voir un grand peuple d'anges bleus. Fernand Crommelynck, Une femme qui a le cœur trop petit, Le Seuil
  • Je rends grâce à cette terre qui exagère tant la part du ciel. Roger Caillois, Les Impostures de la poésie, Gallimard

Images d'illustration du mot « ciel »

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Traductions du mot « ciel »

Langue Traduction
Portugais céu
Allemand himmel
Italien cielo
Espagnol cielo
Anglais sky
Source : Google Translate API

Synonymes de « ciel »

Source : synonymes de ciel sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ciel »



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