La langue française

Merci

Sommaire

  • Définitions du mot merci
  • Étymologie de « merci »
  • Phonétique de « merci »
  • Citations contenant le mot « merci »
  • Images d'illustration du mot « merci »
  • Traductions du mot « merci »
  • Synonymes de « merci »

Définitions du mot « merci »

Trésor de la Langue Française informatisé

MERCI, subst. et interj.

I. − Subst. fém.
A. − Littér., vx. Grâce que quelqu'un accorde à quelqu'un d'autre. Synon. miséricorde.Implorer la merci du vainqueur; accorder sa merci. Vous me criez merci, d'avance je l'accorde, Sans demander pourquoi vous voulez ce pardon; Et puis vous hésitez? (Dumas père, Christine,1830, ii, 1, p.223).S'adressant à la merci du roi, elle [la noblesse] le supplie de lui accorder des exemptions, des pensions (Mérimée,Don Pèdre Ier,1848, p.72):
1. Hélas! voici bientôt que l'ultime des heures Sonnera le dernier glas sur nos demeures; Nulle rémission, ni délai, ni merci. Leconte de Lisle,Poèmes trag.,1886, p.88.
Au fig. Le commerce [après la révolution de février] criait merci; l'ouvrier était sans travail (Proudhon,Confess. révol.,1849, p.143).
Locutions
Merci de moi! Merci de ma vie (vx, pop.). [S'emploie pour exprimer son indignation, sa colère] Mariquita: Me prenez-vous pour une sorcière? Antonio: Vous le dites. Mariquita: Merci de moi! (Mérimée,Théâtre C. Gazul,1825, p.143).
Recevoir, prendre (qqn) à merci (vieilli). Faire grâce (à quelqu'un). Ah! Je voudrais, pour être reçue à merci, réparer tout le mal que j'ai fait (Balzac,Cous. Bette,1846, p.398):
2. Une esquisse y représentait l'empereur Henri IV à genoux dans la neige, et attendant que le pape Hildebrand fît ouvrir la porte du château de Canossa pour le recevoir à merci. Adam,Enf. Aust.,1902, p.436.
Faire merci (à qqn) (vx). Témoigner de sa miséricorde (envers quelqu'un). Ouvrez donc à de pauvres pèlerins qui mourront à votre porte si vous ne leur faites merci (Sand,Mare au diable,1846, p.177).
Sans merci (usuel). Sans pitié. Lutte sans merci. Le jugement de nos contemporains sur Guillaume Tell (...) c'est l'indifférence. L'indifférence absolue (...) sans merci (P. Lalo,Mus.,1899, p.116).
HIST. Merci de Dieu. Poignard (d'apr. Ac. Compl. 1842). Synon. miséricorde.
B. − État de dépendance vis-à-vis de quelqu'un à qui l'on demande grâce.
Locutions
(Être) à la merci de qqn. Être dans une dépendance totale vis-à-vis de quelqu'un. Il ne s'agit pas (...) d'accepter la victoire de Franco, avec la trouille pendant vingt ans, à la merci d'une dénonciation de la putain, de la voisine ou du curé (Malraux, Espoir,1937, p.658).P. anal. (Être) à la merci de qqc. (Être) dans un état de dépendance extrême vis-à-vis de quelque chose. Être à la merci des flots, à la merci de l'orage (Ac.).
Avoir, tenir (qqn) à sa merci. Avoir, tenir (quelqu'un) sous sa dépendance. Louis XI s'était tiré du plus mauvais pas de sa vie. Mais pourquoi Charles le Téméraire l'avait-il laissé partir quand il le tenait à sa merci? (Bainville,Hist. Fr.,t.1, 1924, p.130).
Avoir, tenir à merci (littér.). Même sens. N'est-ce pas plutôt une espèce de comédie amoureuse, imposée par le mari à sa femme pour avoir à merci une âme honnête et jeune (...)? (Goncourt,Journal,1880, p.75).Cette fille d'habitude si humble, qu'il croyait dépourvue de toute sorte d'amour-propre, cette fille que le premier venu pouvait tenir à merci, voilà qu'elle rugissait! (Magnane,Bête à concours,1941, p.239).
Se rendre à merci (littér.). Capituler. Tandis que si ma mère (...) levait tant seulement un doigt, je me rendais tout de suite à merci (Fabre,Barnabé,1875, p.163).À la guerre un papillon au chapeau était signe qu'on se rendait à merci ou qu'on avait un sauf-conduit (A. France,J. d'Arc,t. 2, 1908, p.298).
Taillable et corvéable à merci (et miséricorde) et var. Qu'on peut exploiter sans vergogne. Le gouvernement (...) taille à merci et miséricorde le peuple extra-officiel (Proudhon,Créat. ordre,1843, p.299).V. congéable ex. 1:
3. Il semble admettre que les poëtes, chansonniers et diseurs de bons mots, sont gent bâtonnable à merci et miséricorde. Sainte-Beuve,Nouv. lundis,t. 9, 1864, p.37.
II. − Interj. et subst. masc.
A. − [S'emploie pour signifier à qqn qu'on le remercie, qu'on apprécie l'attitude, le comportement qu'il a envers vous] − Bon voyage, Gustave, a dit Nègre en haussant la main. − Merci! Toi de même, a fait le boucher (Giono,Gd troupeau,1931, p.143).MmeDandillot parut et, s'adressant à son mari: − Je suis venue voir si vous n'aviez besoin de rien. − Mais non, merci (Montherl.,Pitié femmes,1936, p.1181):
4. L'employé (...) prit (...) un paquet de pièces enfermées dans une chemise bleue, et le présentant: «Voici, monsieur Lesable, vous n'ignorez pas que le chef a enlevé hier trois dépêches dans ce dossier? − Oui. Je les ai, merciMaupass.,Contes et nouv.,t. 1, Hérit., 1884, p.466.
Loc. Grand merci, merci beaucoup, merci bien. [Même emploi] Elle retournait à ses affaires, bourdonnant très-distinctement: «Adieu, madame, et grand merci.» (Michelet,Insecte,1857, p.325).Mais Pauline, sans répondre, congédiait les enfants, qui s'en allaient en traînant leurs savates, avec des «merci bien!» et des «Dieu vous le rende!» (Zola,Joie de vivre,1884, p.901).
En partic. [S'emploie pour signifier à qqn qu'on accepte l'offre qu'il vous a faite, qu'on apprécie qu'il vous l'ait faite] − Un whisky? − Volontiers. − Cigarette? − Merci. − Je vais mettre un disque (Beauvoir,Mandarins,1954, p.313).
Plus fréq. [S'emploie pour signifier à qqn qu'on refuse l'offre qu'il vous a faite tout en appréciant qu'il vous l'ait faite] Quand elles disaient: «Ce petit enfant est si mignon!...» il leur offrait d'en faire à chacune un plus mignon encore. − Grand merci! répondaient-elles en riant (A. France,Puits Ste Claire,1895, p.117).− On prend un verre ensemble? proposa Pierrot. − Merci. J'ai mal au foie, et le vichy-fraise me débecte (Queneau,Pierrot,1942, p.212).
[Avec un compl. introd. par de ou pour indiquant l'objet du remerciement] Merci pour ton aide; merci de l'avoir dit. À bientôt. Henri. Merci de tes lettres quotidiennes (Alain-Fournier,Corresp.[avec Rivière], 1907, p.144).
Rem. ,,Devant un infinitif, si l'on a pu citer quelque exemple de pour, c'est de qui est d'usage`` (Hanse Nouv. 1983).
[Avec un compl. introd. par pour indiquant la pers., autre que le locuteur, qui remercie] Madeleine: Hum! parlons d'autre chose. (Haut.) Comment va votre ami Lignières? Soubrian: Pas mal. Merci pour lui (Bataille,Maman Colibri,1904, iv, 1, p.27).
[Avec un compl. introd. par à indiquant le destinataire du remerciement autre que l'interlocuteur] Merci à maman pour sa lettre de l'autre jour (Alain-Fournier,Corresp.[avec Rivière]1909, p.124).
B. − Subst. masc. Le mot «merci». Partir sans un merci [sans un «merci», sans avoir dit «merci»]. Cela vaut bien un grand merci (Ac. 1798-1878). Alors, pendant qu'une ouvrière l'alléchait [l'enfant] avec un morceau de sucre, la femme s'en fut doucement, la tête baissée, bégayant des mercis, avalant ses larmes (Huysmans,Soeurs Vatard,1879, p.170).Un soir, Jonas ajouta un merci à son salut. «Pourquoi merci? − Parce que tu m'aimes. − Grande nouvelle!» dit Rateau et il partit (Camus,Exil et Roy.,1957, p.1651).
Loc. Un grand merci, mille mercis. Mille tendres mercis pour votre bonne lettre (Balzac,Corresp.,1838, p.437).
[En position de déterminant d'un subst. d'action] Rare. Bellah releva son front pâle (...) adressa au ciel un dernier regard de merci, et tendit sa main tremblante à l'anneau (Feuillet,Bellah,1850, p.310).
P. méton. Paroles dont l'énonciation sert à remercier. Synon. remerciement.Je vide ma bourse dans la menotte (...). Un regard étonné m'arrive à travers l'étamine épaisse du tcharchaf, et le merci prend une forme que je n'attendais pas, et qui me trouble: «Soyez heureux par l'amour de celle à qui vous pensez...» (Farrère,Homme qui assass.,1907, p.315).
C. − Par antiphrase. [S'emploie pour signifier ironiquement à qqn qu'on n'apprécie pas l'attitude,le comportement qu'il a envers vous] − Vous êtes folle! murmura Fernand. − Merci du compliment, mon ami (Ponson du Terr.,Rocambole,t.2, 1859, p.440).Vous me chargez là d'une agréable mission: grand merci (Ac.1935):
5. ... Thomas, d'une voix calme, proposa des solutions pacifiques: faire garder la mère par une vieille de l'île; pour que la vieille emporte la maison? pour que les deux femmes se prennent aux cheveux? − Confier la mère à un couvent d'Audierne; merci bien! pour payer une pension? et avec quoi? Queffélec,Recteur,1944, p.185.
En partic., fam. et p. iron. Merci du peu (devant quelque chose d'excessif).
III. − Dieu merci, loc. adv. [Marque qu'une appréciation positive d'un fait asserté (ou qui va l'être) s'impose au locuteur]
A. − [En tête de prop.] Tu as peut-être appris par les journaux qu'un de mes enfants, mon pauvre gros Charlot, avait été malade du choléra. Dieu merci! nous l'avons sauvé (Hugo,Corresp.,1832, p.506).Il vivait dans une saleté honteuse. Dieu merci, je lui soigne pourtant assez son linge! (Renard,Journal,1897, p.409).
[Dans un discours rapporté] Elle rentra dans la pièce voisine, laissant Hortense murmurer que, Dieu merci! elle ne demandait l'approbation de personne, et qu'il y aurait bien du monde d'attrapé, lorsqu'on la verrait, un jour, se marier mieux que les autres (Zola,Pot-Bouille,1882, p.155).
B. − [En fin de prop.] Nous avons donc réuni douze orphelins pourvus de solides cordes vocales et nous nous sommes réfugiés dans l'aile droite. Ferbroques est vaste, Dieu merci! (Anouilh,Répét.,1950, i, p.19).
En partic. [La prop. est une réplique de l'interlocuteur ou une reprise de celle-ci] − Eh bien (...)? Le père Christel va toujours bien? − Oh! oui, monsieur, Dieu merci, fit la petite, il va toujours bien (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz,1864, p.29):
6. constant: Ah! soyons justes... Pauline voulait d'abord régler la chose directement. C'est nous qui avons consulté Liégeois. gabrielle: Dieu merci! Tu allais te faire rouler une fois de plus! constant: En effet! Sans toi je me laissais tondre... Bernstein,Secret,1913, I, 1, p.5.
C. − [En incise] Et pourquoi Dieu aurait-il mis des hommes sur nos têtes, si ce n'est afin qu'on leur obéisse? Nous vivons, Dieu merci, dans un royaume où le subalterne reste toujours à sa place (Montherl.,Port-Royal,1954, p.1033).
Prononc. et Orth.: [mε ʀsi]. Ac. 1694-1762: grand merci; dep. 1798: merci. Étymol. et Hist. A. 1. a) 881 mercit «grâce, miséricorde, pitié» (Eulalie, 27 ds Henry Chrestomathie, p.3); 2emoitié xes. merci (St Léger, 183, ibid., p.12); b) ca 1135 crïer merci «demander grâce» (Couronnement Louis, éd. Y. G. Lepage, rédaction AB, 2206); 1160 querre merci (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 3616); 1176-81 demander merci (Chrétien de Troyes, Chevalier Charrette, éd. M. Roques, 899); mil. xiiies. recevoir aucun a merci «grâcier quelqu'un» (J.de Thuin, Jules César, 78, 13 ds T.-L.); c) 1181-90 sanz merci «sans pitié» (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 8119); d) ca 1200 «faveur qu'un amoureux obtient de la femme qu'il aime» (Chatelain de Coucy, Chansons, éd. A. Lerond, XVI, 45); ca 1462 le don de mercy «les dernières faveurs d'une dame» (Les Cent Nouvelles Nouvelles, éd. F.P. Sweetser, LIV, 25); 1666 le don d'amoureuse merci (La Fontaine, Contes et Nouvelles ds Œuvres, éd. H. Regnier, t.4, p.267); e) ca 1100 Dieu mercit «comme le veut Dieu» (Roland, éd. J. Bédier, 1250); 1666-67 merci de moi (La Fontaine, op. cit., p.305); 1669 merci de ma vie (Molière, Tartuffe, I, 1); f) 1840 merci de Dieu «poignard qu'on a aussi nommé miséricorde» (Ac. Compl. 1842); 2. a) 1165-70 estre en la merci d'aucun «à la discrétion de» (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 1008); 1538 à la merci de (Est., s.v. dedere); 1559 estre exposé à la merci de qqc. (p. ex. de la fortune) (Amyot, Vies des hommes illustres, Romulus, t. 1, fo15 ro); 1608 à la merci de qqc. (p. ex. du vent) «(être livré) à l'action de, aux effets de» (Régnier, Satyres, VII ds Œuvres, éd. G. Raibaud, p.78, 158); b) 1283 rachat à merci «payé à la volonté du seigneur» (Ph. de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis ds La Curne); 1636 à merci «à discrétion, à volonté» (Monet). B. a) Ca 1135 granz merciz «remerciement, interjection pour remercier» (Couronnement Louis, éd. citée, rédaction AB, 148); 1539 masc. (Marot, Epigrammes, éd. C. A. Mayer, p.322); b) ca 1160 fém. «remerciement» (Eneas, éd. citée, 1701); 1874 merci du peu! (Lar. 19e). Du lat. mercedem, acc. de merces «salaire, récompense, solde, intérêt, rapport» et, à basse époque, «prix, faveur, grâce qu'on accorde à quelqu'un en l'épargnant». Fréq. abs. littér.: 4612. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3747, b) 9557; xxes.: a) 8092, b) 6428. Bbg. Anscombre (J. Cl.). Voulez-vous dériver avec moi? Communications. 1980, no32, pp.117-118. _ Cornulier (B. de). La Notion de dér. délocutive. R. Ling. rom. 1976, t. 40, p.116, 119. _ Ducrot (O.). Analyses pragmatiques. Communications. 1980, no32, pp.52-53.

Wiktionnaire

Nom commun 1

merci \mɛʁ.si\ féminin singulier

  1. (Littéraire) (Vieilli) Miséricorde, grâce, pitié.
    • Prendre, recevoir à merci. – Se rendre à merci. – Selon d’anciennes coutumes féodales, le peuple était réputé corvéable et taillable à merci et miséricorde.
    • Les informaticiens joueront un grand rôle dans la croyance selon laquelle le langage humain est réductible à de l’information, manipulable à merci pourvu qu’on dispose de la clef. — (Philippe Breton, La parole manipulée, La Découverte / Poche, 2000, page 182.)
    • (Figuré) Ne vous ai-je pas dit que vous trouveriez assez de demoiselles chrétiennes, qui regarderaient comme un péché de refuser à un si brave chevalier le don d’amoureuse merci ; […]. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820.)
  2. Bon vouloir par lequel on épargne quelqu’un.
    • Alors s’engagea une lutte terrible et sans merci entre ces hommes qui savaient qu’ils n’avaient pas de pitié à attendre. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858.)
    • Et, de fine force, je me trouvai dessous et bien battu, sans me pouvoir dégager. Nonobstant, je ne voulus crier merci, et quand il vit que je m’y ferais tuer, il se comporta en homme généreux. — (George Sand, Les Maîtres sonneurs, George Bell and sons, 1908, page 72)

Nom commun 2

merci \mɛʁ.si\ masculin

  1. Expression d'un merci.
    • « Vous avez dit merci, père ? lui dit-elle.
      – J’ai dit merde », dit-il.
      — (Jean Giono, Le hussard sur le toit, 1951, réédition Folio Plus, page 228)
    • Grand merci.
    • Mille mercis.
    • Tous mes mercis.
    • (Ironique) Voilà tout le merci que j’en ai.
    • Un merci ne serait pas de trop.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MERCI. n. f.
qui n'a point de pluriel. Miséricorde. Crier, demander merci. Prendre, recevoir à merci. C'est un homme sans merci, qui ne vous fera aucune merci, dont vous ne devez point attendre de merci. J'implore votre merci. Se rendre à merci. Selon d'anciennes coutumes féodales, le peuple était réputé corvéable et taillable à merci et miséricorde. Être, se mettre à la merci de quelqu'un, Être, se mettre à sa discrétion. Être à la merci du vainqueur. Je me mets à votre merci. On dit dans une acception à peu près semblable : Ce berger a laissé son troupeau à la merci des loups. Cet homme a passé la nuit dans un bois, à la merci des bêtes sauvages. Être à la merci des flots, à la merci de l'orage.

MERCI est aussi une Sorte d'interjection qu'on emploie pour remercier, pour rendre grâce. Vous m'avez rendu un vrai service : merci! Merci de m'avoir répondu si aimablement. Merci à vous, merci de votre obligeance. Dire merci. Substantivement au masculin, Grand merci. Mille mercis. Il s'emploie souvent aussi dans le sens négatif. Voulez-vous une tasse de thé? - Merci. Dans ce sens Grand merci s'emploie aussi ironiquement. Vous me chargez là d'une agréable commission : grand merci! On dit encore ironiquement : Voilà le merci, le grand merci que j'en ai, tout le merci que j'en ai, Voilà la reconnaissance que j'en ai pour le bien que je lui ai fait. Dieu merci, Grâce à Dieu. Il est guéri, Dieu merci. Dieu merci, je n'ai rien à me reprocher.

Littré (1872-1877)

MERCI (mèr-si) s. f. sans pluriel.
  • 1Grâce, faveur, récompense ; usité seulement en ce sens dans cette locution du style des romans de chevalerie : Don d'amoureuse merci, les dernières faveurs de l'amour. Conclusion, que Renaud sur la place Obtint le don d'amoureuse merci, La Fontaine, Orais.
  • 2Il est aussi usité avec le sens de grâce, faveur, dans la locution : Dieu merci, c'est-à-dire par la merci, la grâce de Dieu. Quelque rare que soit le mérite des belles, Je pense, Dieu merci, qu'on vaut son prix comme elles, Molière, Mis. III, 1. Dieu merci, tout alla à souhait, Sévigné, 295. Dieu merci, les ennemis de la raison sont aussi bêtes que fanatiques, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 3 juill. 1778.

    Dans cette locution merci est féminin ; la locution complète est : la Dieu merci, ou la merci Dieu, comme on peut voir à l'historique ; Dieu y est régime : merci de Dieu, comme dans hôtel-Dieu, c'est-à-dire hôtel de Dieu. Cela signifie proprement non pas remerciement à Dieu, mais grâce, faveur de Dieu.

    Une merci de Dieu, poignard qu'on a aussi nommé miséricorde.

    Merci de ma vie, merci de moi, exclamations populaires qui annoncent l'impatience, la colère. Merci de moi, lui dit la mère, Tu mangeras mon fils ? l'ai-je fait à dessein Qu'il assouvisse un jour ta faim ? La Fontaine, Fabl. IV, 16. Hé ! merci de ma vie ! il en irait bien mieux, Si tout se gouvernait par ses ordres pieux, Molière, Tart. I, 1. Merci de ma vie, le premier qui avance, je lui donnerai de ces deux épées dans le ventre, Dancourt, Chev. à la mode, V, 3. Eh ! oui, merci de ma vie, je m'y suis intéressée, elle nous coûte assez pour cela, Lesage, Turcaret, I, 9.

  • 3 Par une extension de sens qui est aussi dans grâce (comparez faire grâce, demander grâce), sentiment par lequel on fait aux autres la faveur de les épargner. Un homme sans merci. Dans cette circonstance, n'attendez aucune merci. Selon d'anciennes coutumes féodales, le peuple était réputé corvéable et taillable à merci et miséricorde, Dict. de l'Acad. L'exemple de leur race à jamais abolie, Devait sous ta merci tes rebelles ployer, Malherbe, II, 12.

    Être, se mettre à la merci de quelqu'un, être, se mettre à sa discrétion, c'est-à-dire dans une situation telle qu'il fera grâce, qu'il donnera merci, s'il veut. Je me rends donc sans résistance à la merci d'elle et du sort, Malherbe, V, 18. Ce public ennemi, cette peste du monde [l'Amour]… Se trouve à la merci de nos petites mains, Malherbe, VI, 5. Ce même Antiochus, se cachant à ma vue, Me laisse à la merci d'une foule inconnue, Racine, Bérén. I, 4. Ils n'ont pas voulu livrer tant de peuples à la merci d'un homme fougueux, Fénelon, Tél. XIX. Les innocents sont à la merci des envieux, Fénelon, ib. XX. Me voilà, grâce à vous, à la merci de mes gens, Diderot, Père de famille, III, 3.

    Par extension. Si j'étais quelque enfant épargné des tempêtes, Livré dans un désert à la merci des bêtes, Corneille, D. Sanche, IV, 3. Il espère vous voir encore à la merci des voleurs et des loups, et de tout ce que Marion espérait dans sa jolie abbaye, Sévigné, 444.

    Fig. À la merci de, en parlant des choses qui nous dominent et dont nous sommes le jouet. Ma nef est portée à la triste merci de la vague indomptée, Régnier, Sat. VII. M. d'Aumont a envoyé un courrier au roi, lui dire qu'on avait vu des vaisseaux à la merci des vents, et quelques marques de débris et de naufrage, Sévigné, 478. Sa femme [de M. de Sévigné] est bien fâchée que vous laissiez vos beaux orangers d'Avignon à la merci de la bise, Sévigné, 564. Je vous plains à l'excès d'être si longtemps à la merci de votre imagination, qui est la plus cruelle et la plus dévorante compagnie que vous puissiez avoir, Sévigné, 1er nov. 1688. Voilà les horreurs de la séparation ; on est à la merci de toutes ces pensées ; on peut croire sans folie que tout ce qui est possible peut arriver, Sévigné, 6 mai 1671. Le bonheur de l'impie est toujours agité ; Il erre à la merci de sa propre inconstance, Racine, Esth. II, 9. Seriez-vous insensible au malheur d'un fils qui, cherchant son père à la merci des vents et des flots, a vu briser son navire contre vos rochers ? Fénelon, Tél. I.

    Crier merci, demander merci, demander la merci, la faveur de celui que l'on supplie, demander d'être épargné. Et du peuple effrayé le plus pressant souci Est de sauver sa vie en lui criant merci, Tristan, Panthée, II, 3. Monsieur, vous qui venez de me parler ainsi, Ne demandez jamais ni grâce ni merci, Hugo, Hernani, II, 3.

    Prendre à merci, recevoir à merci, faire grâce. Et par quelle raison dois-je prendre à merci Ce peuple qui toujours fut de crimes noirci ? Mairet, Mort d'Asdrub. I, 1.

  • 4L'ordre de la Merci, de Notre-Dame de la Merci (avec une majuscule), ordre religieux institué pour racheter les captifs des mains des infidèles. L'ordre de la Merci fut institué en 1223 par saint Pierre Nolasque, sous la règle de saint Augustin.
  • 5 S. m. Un grand merci, un remerciement. Je veux que la docte cohorte Vous en doive le grand merci, Chapelle, Voyage. Goûtez bien cela, il est de Léandre, et il ne me coûte qu'un grand merci, La Bruyère, III.

    Par forme de plainte. Voilà le grand merci que j'en ai, c'est-à-dire voilà la reconnaissance qu'on me témoigne pour les services que j'ai rendus. Voici le grand merci que j'aurai de mes peines, Régnier, Sat. XI.

    Dire merci, remercier. Il ne m'en a pas seulement dit merci.

    Absolument, merci, grand merci, c'est-à-dire je vous rends grâce. Vous me donnez cela, merci, grand merci. Le dauphin dit : bien grand merci, La Fontaine, Fabl. IV, 7. Bien grand merci du soin, La Fontaine, Mandr.

    Merci, grand merci, se dit aussi pour refuser. Renaud dit à Damon : grand merci de la coupe, La Fontaine, Coupe.

    Merci, isolé de grand, s'emploie toujours sans article.

    On n'a qu'à parcourir l'historique et à se référer à l'étymologie, et l'on verra que merci est féminin d'origine et a toujours été employé au féminin. S'il est devenu masculin dans grand merci, c'est que, dans l'ancienne langue, grand était aussi bien féminin que masculin, et grand merci était régulier. Mais au XVIe siècle on a cru que grand était au masculin, et cela a entraîné à dire un grand merci.

SYNONYME

MERCI, MISÉRICORDE. Dans miséricorde il y a l'idée de misère ; c'est la misère qui touche notre cœur. Merci ne renferme aucune idée de ce genre ; il signifie proprement faveur, et indique la faveur que nous faisons en épargnant. C'est pour cela qu'on dit figurément être à la merci des flots, et non à la miséricorde des flots.

HISTORIQUE

Xe s. Qued avuisset de nos Christus mercit, Eulalie.

XIe s. Par le sien Deu, qu'il ait mercit de moi, Ch. de Rol. X. Clamez vos coulpes, si priez Deu merci, ib. LXXXVII. Ce camp [champ de bataille] est vostre, mercit Deu, et le mien, ib. CLIX.

XIIe s. Sire, dist-ele, grant merci [je] vous en rent, Ronc. 172. Vous, dame, doit-il membrer [souvenir], Qu'en gentil cuer [cœur] doit-on trover merci, Couci, I. V Et quant je plus merci vous doi crier, ib. X.

XIIIe s. Dame, lonc temps [j'] ai fait vostre service, La merci Dieu ; qu'or n'en ai mais talent [volonté], Quesnes, Romanc. p. 90. Seigneur, en tel maniere vuellent cil de la cité rendre la ville en ma merci, sauves leur vies, Villehardouin, XLVIII. Toutes les gens qui avoec lui estoient par où li empereres Baudoins passa, vindrent à merci, Villehardouin, CXV. Se il le fesoit, il seroit en la merci le roi, de cors et d'avoir, Liv. des mét. 94. Il n'est nule [chose] qui si tost mete à merci dame ou damoisele, la Rose, 1836. Sans faille, voirs est que li Diex D'amors trois dons, soe merci, Me donna…, ib. 4125. Sire, fist le preudomme, vous me faites grant honneur, la vostre merci, Joinville, 216.

XVe s. Et à votre povre peuple qui crie merci… veuillez donner grace et remission, Froissart, II, III, 18. Et quand ledit messire Guillaume peut parler, il dit : Gentil et noble roy, cent mille mercis du grant honneur que vous me faites, Froissart, I, I, 47. Ledit comte Derby, qui fut moult noble et très gentil de cœur, repondit : Qui merci prie, merci doit avoir, Froissart, ib. I, I, 221.

XVIe s. Proprement merci est accorder la grace qu'on demande, Marguerite de Navarre, Nouv. LVI. On leur pensoit porter les accidens des estats, mais ils les avoient sceus par un Walon qui quelques jours auparavant, à la merci de trente harquebusades, s'estoit jetté dans le fossé, D'Aubigné, Hist. III, 159. Mes beaux peres religieux, Vous disnez pour un grammercy, Marot, III, 66. Rends à Plutarque, o Grec, un grand-mercy, Marot, III, 198. Il avoit esté present quand ilz furent exposez à la mercy de la fortune, Amyot, Rom. 10. Le meilleur de ses plus glorieux actes estoit, ne s'estre jamais sans mercy vengé d'aucun sien ennemy, Amyot, Péric. 74. Le peuple romain leur devoit bien le grand mercy de beaucoup de richesses, de despouilles, etc. qu'ilz luy avoient acquises, Amyot, Cicér. 26. Dont plus que jamais je loue le createur, redoublant les mercis, comme il nous a redoublé nostre felicité, Marguerite de Navarre, Lett. XXXIV. Quel appetit ne se rebuteroit à veoir trois cents femmes à sa mercy ? Montaigne, I, 332. Le cerf nous demande mercy par ses larmes, Montaigne, II, 131. Il se trouva riche, mercy à cettre trafique, Montaigne, III, 266. Nous aultres ignorants estions perdus, si ce livre [le Plutarque d'Amyot] ne nous eust relevés du bourbier ; sa mercy, nous osons à cett'heure et parler et escrire, Montaigne, II, 41. Quand les pitaux de village ont pris un loup, on emporte la teste par les paroisses circonvoisines pour en tirer du commun peuple quelques grandsmercis en œufs, fromages ou autrement, Pasquier, l'Interprétation des institutes de Justinian, II, 21.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MERCI. Ajoutez : - REM. On lit dans Régnier : Le bordeau qui… rendit, Dieu merci ces fièvres amoureuses, Tant de galants pelés, Sat. VI. Cela signifie : grâce à ces fièvres amoureuses. Mais Régnier s'est mépris en employant cette locution. Dieu merci voulant dire grâce à Dieu, il n'y a plus lieu de donner un nouveau régime ; il aurait fallu mettre : Dieu merci et ces fièvres amoureuses.

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Étymologie de « merci »

(Xe siècle) de l’ancien français mercit (881), issu du latin mercēdem, accusatif de merces « salaire, prix, récompense », tardivement « faveur, grâce ». (Vers 980) merci (Vie de Saint Léger).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Berry et bourg. marci ; provenç. merce, mercey ; esp. merced ; port. mercé ; ital. mercè ; du lat. mercedem, récompense, grâce, faveur. Merces, comme merx, se rattache à mereri (voy. MARCHAND). Du sens de faveur, de grâce, on a passé à celui du sentiment qui fait faire faveur, faire grâce, épargner. Grand merci, c'est la grande faveur (que vous me faites), de là le sens de remercîment.

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Phonétique du mot « merci »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
merci mɛrsi

Citations contenant le mot « merci »

  • Je suis athée, Dieu merci ! De Marc-Gilbert Sauvageon
  • Jamais je ne répéterai assez : merci, merci pour ton génie créateur, merci pour notre amour.
  • La réalité est cachée, Dieu merci ! De Joseph Conrad
  • Le meilleur ami de merci est beaucoup. De Michel Bouthot / Chemins parsemés d’immortelles pensées - 2
  • La demande est chaude, le merci est froid. De Proverbe allemand
  • La vanité met le mérite à notre merci. De Jean Rostand / De la vanité
  • Le trompeur est bien souvent à la merci de celui qu'il a trompé. De Boccage / Le Décaméron
  • Qui manque de connaissance est sans cesse à la merci du changement. De Rémi Belleau
  • La vie est un songe, merci de l'avoir rêvée. De Philippe Sollers / Passion fixe
  • La vertu des femmes est à la merci des tentations des hommes. De Thérèse Tardif / Désespoir de vieille fille
  • Personne n'est exactement à sa place, Dieu merci ; une stricte justice serait intolérable. De Jacques Chardonne
  • Dieu t’a offert 86.400 secondes aujourd’hui. En as-tu utilisée une pour dire merci ? De William Arthur Ward
  • Mais pour toi et pour moi, merci et chapeau bas. De Barbara / Ma plus belle histoire d'amour : L'oeuvre intégrale
  • Je tiens à remercier les Thononais pour leur accueil merveilleux et la qualité de nos échanges. La Tribune Republicaine, Merci et bel été sans UV ! - La Tribune Republicaine
  • Ipsen peut dire merci à JP Morgan | investir.fr Investir, Ipsen peut dire merci à JP Morgan, Actualité des sociétés - Investir-Les Echos Bourse
  • Steven Gerrard (milieu de terrain de Liverpool de 1998 à 2015) : « Ça a été une attente bien trop longue. Je suis très heureux pour tous ceux qui sont attachés à ce club. En tant qu'ancien joueur, je suis très fier. Je pense qu'ils l'ont vraiment mérité. L'année dernière, ils sont passés si près... Cette année, ils ont élevé leur niveau. Félicitations à Liverpool, merci de nous avoir rendu, moi et ma famille, très heureux. » L'Équipe, Steven Gerrard (Glasgow Rangers) : « Merci à Liverpool de nous avoir rendu ma famille et moi très heureux » - Foot - ANG - L'Équipe

Images d'illustration du mot « merci »

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Traductions du mot « merci »

Langue Traduction
Anglais thank you
Espagnol gracias
Italien grazie
Allemand danke
Chinois 谢谢
Arabe شكرا
Portugais obrigado
Russe спасибо
Japonais ありがとうございました
Basque eskerrik asko
Corse grazie
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Synonymes de « merci »

Source : synonymes de merci sur lebonsynonyme.fr
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