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Prince

Définitions du mot « prince »

Trésor de la Langue Française informatisé

PRINCE, subst. masc.

I.− Celui qui est premier par le sang ou par le rang.
A.− Membre d'une famille souveraine :
1. L'émir Fakar-El-Din (...) avait formé des alliances et conclu des traités de commerce avec des princes d'Italie : il va lui-même solliciter les secours que ces princes lui ont promis. Il (...) se réfugie à la cour des Médicis, à Florence. L'arrivée d'un prince mahométan en Europe éveille l'attention. On répand le bruit que l'émir Fakar-El-Din est un descendant des princes de la maison de Lorraine... Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 110.
1. Celui qui possède une souveraineté en titre et qui règne. Prince souverain. On a salué dans Guillaume II le prince généreux qui voulut grouper l'Europe contre les Jaunes (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 206).V. couronne ex. 7.
Princes étrangers. Sous l'Ancien Régime, princes issus de maisons souveraines non françaises comme celles de Savoie et de Lorraine. L'état des ducs et pairs, bien constaté, vaut mieux que celui des princes étrangers, qui ont à lutter sans cesse pour la prééminence (Chamfort, Max. et pens.,1794, p. 20).
Prince d'Empire. Prince du Saint-Empire romain germanique. L'archevêque étant prince d'Empire, il demanderait certainement avis et secours à la Diète et à l'Empereur (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 238).
2. Celui qui appartient à une maison souveraine et ne règne pas. « On prétend qu'il y fait [à Pau] assez froid, à cause du voisinage des Pyrénées. Cannes doit être plus sain, puisque les princes d'Orléans y vont » (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Voy. santé, 1886, p. 548).
Prince consort. Époux d'une souveraine, mais qui ne règne pas lui-même. Le prince consort Albert, mari de la reine Victoria, fournit à l'occasion des modèles. Il dessina notamment un surtout de table représentant quatre des chiens favoris de la souveraine (Grandjean, Orfèvr. XIXes.,1962, p. 15).
Monsieur le Prince. Premier prince du sang de la maison de France; depuis le xviesiècle, prince de (Bourbon) Condé. (Dict. xixeet xxes.).
Prince de Galles. Fils aîné du souverain d'Angleterre. George III d'Angleterre avait la passion du beau vermeil (...). Son fils, le prince de Galles (futur George IV) alla plus loin encore dans le goût de l'orfèvrerie (Grandjean, Orfèvr. XIXes.,1962p. 48).
Prince impérial. Héritier présomptif du trône impérial :
2. Le Prince Impérial n'était pas précisément joli. Ses yeux étaient petits et sa figure irrégulière. Mais il avait déjà, à trois ans, ce qui manquait à l'Impératrice et ce qu'avait l'Empereur : du charme. Gyp, Souv. pte fille,1928, p. 70.
Princes légitimés. V. légitimé II hist.
Prince royal. Héritier présomptif du trône royal. Synon. dauphin (en France, sous l'Ancien Régime).La troisième armée allemande, avec le prince royal de Prusse (Zola, Débâcle,1892, p. 495).
Prince du sang. Prince issu de la famille royale par les mâles. Ce préau (...) est la même enceinte où le roi Charles V assemblait son conseil, où les princes du sang et les grands du royaume venaient discuter (Jouy, Hermite,t. 4, 1813, p. 293).
Absol. Le(s) fils, frère(s), oncle(s) du souverain. L'aîné des princes, qui commande l'armée de son père, a un poignard dont le manche est entièrement incrusté de diamants (Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835p. 68).Je vis aussi (...) le prince Guillaume, frère du roi (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 52):
3. ... une tente fleurdelisée montre qu'ils sont « princes des fleurs de lis », c'est-à-dire proches parents du roi de France. L'Hist. et ses méth.,1961, p. 418.
P. anal. Prince(s) de l'Église. ,,Titre protocolaire des cardinaux qui, formant la Cour pontificale, sont assimilés aux princes du sang`` (Foi t. 1 1968). Il est beau de voir rayonner, à travers la dignité cardinalice, l'âme ardente d'un humble prêtre. Tel nous est apparu le cardinal Pacelli, secrétaire d'État. Tel a dû le voir, comme moi, notre ministre des Affaires étrangères, assis à table en face du prince de l'Église (Mauriac, Journal 2,1937, p. 145).
P. ext. Les cardinaux, archevêques, évêques :
4. Dans ces siècles voisins de la primitive Église (...) les princes de l'Église portaient une croix de bois, se souvenant (d'après l'expression d'un célèbre orateur) qu'une croix de bois avait sauvé le monde... Jouy, Hermite,t. 4, 1813p. 301.
B.−
1. Celui à qui le souverain a conféré le titre de prince. Quel est-il ce général qui gourmande son voisin? (...) − Le maréchal Ney, bêta! (...) Fabrice (...) contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 42).Au premier rang (...) figurait le mari de la Païva, Henckel de Donnersmarck, qui fut fait prince comme Bismarck, Munster et Bulow, pour actions d'éclat contre la France (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 225).
Prince d'Empire. Celui auquel le titre a été conféré par Napoléon Ier. Berthier, Prince d'Empire et vice-connétable, Chargea sur notre droite un corps hanovrien Avec trente escadrons (Hugo, Légende,t. 5, 1877, p. 982).
2. Celui qui possède une terre (principauté) conférant à son possesseur le titre de prince. Certains seigneurs portaient le titre de princes comme possédant des terres érigées en principautés : ainsi les principautés de Joinville, de Talmont, de Soubise, de Chimay, de Chalais, etc. (MarionInstit.1923, p. 456).
3. De nos jours. En France, titre de noblesse le plus élevé; titulaire de ce titre. Si tous les ducs et princes français descendent de Saint Louis, comme le prouvent leurs tableaux d'ascendance, ils descendent aussi d'une grande quantité de familles bourgeoises ou paysannes (L'Hist. et ses méth.,1961, p. 727).
C.− [Avec un art. déf.]
1. Chef d'un état monarchique; p. ext., souverain de l'État dont on parle, dont il est question. Le premier devoir du prince, sans doute, est de faire ce que veut le peuple; mais ce que veut le peuple n'est presque jamais ce qu'il dit : sa volonté, ses besoins doivent se trouver moins dans sa bouche que dans le cœur du prince (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 272).Traditionnellement, le droit divin adossant l'un à l'autre le trône et l'autel, le prince imposait sa religion à ses sujets (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 48).
2. P. ext. Celui qui exerce le pouvoir réel; le gouvernement d'un état républicain. Le bon vouloir du prince. Ce rapprochement, abandonné aux ambitions des princes et aux caprices de la fortune (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 176).
Le fait du prince. Acte du souverain faisant usage de son autorité :
5. ... sous les Perses Achéménides, sous Crésus, roi de Lydie, dans sa capitale de Sardes, la monnaie devient le fait du prince, après avoir été celui du banquier ou du bailleur de fonds. Le contrôle des émissions est l'apanage d'une autorité qui affirme ainsi son pouvoir politique. L'Hist. et ses méth.,1961, p. 368.
De nos jours. Acte arbitraire du gouvernement ou d'une personne détenant une autorité quelconque. Considérés comme le « fait du prince », les gratifications, quoique stimulantes, appartiennent à des méthodes de gestion qui encourent le risque d'être jugées arbitraires (Univers écon. et soc.,1960, p. 44-2).
D.− Loc. et expr.
Vieilli, fam. ,,L'ami du prince. L'argent des plaisirs secrets d'un prince ou de quelque personnage puissant`` (Ac.1835, 1878).
(Être/se montrer) bon prince. (Être/se montrer) homme (plus rarement femme) conciliant, qui fait preuve de tolérance. Jacques II, homme fervent, qui persécutait les juifs et traquait les gypsies, fut bon prince pour les comprachicos [nomades qui faisaient le commerce d'enfants] (Hugo, Homme qui rit,t. 1, 1869, p. 35).Je croyais les savants d'aujourd'hui plus dédaigneux; mais je vois que vous êtes bons princes et que vous ne méprisez pas des récits (...) absurdes (A. France, Livre ami,1885, p. 276).
De prince. Synon. princier2*.Boutigny était maintenant un gros monsieur enrichi par sa fabrication de la soude de commerce (...). Toute la famille (...) occupait un break superbe, attelé d'une paire de grands chevaux blancs (...). Lazare (...) dit avec effort : − Il mène donc un train de prince, maintenant? (Zola, Joie de vivre,1884, p. 1065).
Vieilli. Avoir un équipage de prince. ,,Avoir un grand équipage`` (Ac. 1798-1878).
En prince, comme un prince. À la manière d'un prince; avec grandeur, faste, magnificence. V. infra vivre en prince ex. de About.
Être vêtu en prince, comme un prince. Être magnifiquement, richement vêtu. Rodolphe a une nouvelle maîtresse, et il lui a acheté une toilette superbe, car il a reçu beaucoup d'argent, et lui-même est vêtu comme un prince (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 167).
Vivre en prince. Vivre de manière splendide, fastueuse. Il (...) s'expatriait en Europe, où sa fortune glorieusement acquise lui permettait de vivre en prince (About, Roi mont.,1857, p. 197).
Jeux de prince (qui ne plaisent qu'à ceux qui les font). [P. allus. à la fable de La Fontaine, Le Jardinier et son Seigneur] Divertissements qui amusent leurs auteurs qui ne se soucient pas de blesser quelqu'un ou du préjudice qu'ils peuvent causer à autrui. (Dict. xixeet xxes.).
Au fig. ou p. iron. On sait que les jeunes gentilshommes de ce temps-ci aiment à conter fleurette aux filles sans dot... Ce sont là jeux de princes (Theuriet, Mariage Gérard,1875, p. 115).
Le Prince charmant. Jeune prince, héros de contes de fées doté de toutes les qualités (beauté, puissance, fortune) et qui épouse l'héroïne à la fin du conte; p. anal., le prince charmant de qqn, jeune homme auquel une jeune fille attribue toutes les qualités et qu'elle rêve d'épouser. La Belle au Bois Dormant ne se réveille que parce que son prince charmant l'embrasse (...). Dans chacune de ces histoires (...) le chevalier servant prouve son amour d'une façon ou d'une autre (...). Tout ce que nous savons des sentiments de la Belle au Bois Dormant c'est qu'en se réveillant elle a un regard « tendre » pour le prince qui la délivre de son enchantement (Br. Bettelheim, Psychanal. des contes de fées,1976, p. 453).
II.− Celui qui est le premier par le mérite ou par l'autorité.
A.− Littéraire
1. Celui qui, parmi ses pairs, a la primauté en mérite, en talent. Aristote, le prince des philosophes. Homère, le prince des poètes. Démosthène, le prince des orateurs grecs (Ac.1835-1935).Curnonski le « prince des gastronomes » (Coston, A.B.C. journ.,1952, p. 145).Né en 980, près de Boukhara, disciple d'Al-Fârâbî, Avicenne, surnommé le prince des médecins, mourut en 1036 (Caron, Hutin, Alchimistes,1959, p. 120).
P. anal. Messieurs et Mesdames, dit le maître, j'ai l'honneur de vous présenter Mirliflore, le prince des ânes (Ségur, Mém. âne,1860, p. 176).
ANTIQ. ROMAINE. Prince de la jeunesse. ,,Le jeune prince de la famille impériale que l'empereur mettait à la tête des fils de sénateurs, pour la célébration des jeux troyens`` (Ac. 1935).
HIST. (Moy. Âge)
Premier personnage de confréries joyeuses, de jeux, de joutes littéraires. Guido Cavalcanti fut salué le prince de la lyre : un chant, qu'il composa sur l'amour, obtint les honneurs de plusieurs commentaires (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 61).V. principauté ex. de Sainte-Beuve.
Titre en tête d'une ballade dédiée à celui qui avait gagné le prix :
6. le roi, à Gringoire : Mais n'est-il pas d'usage qu'il y ait un « envoi » après les trois couplets? (...) L'« envoi » doit commencer, j'imagine, par le mot Prince [it. ds le texte]. gringoire : Oh! cela est indispensable (...). Envoi. Prince, il est un bois que décore Un tas de pendus, enfouis Dans le doux feuillage sonore. C'est le verger du roi Louis! Banville, Gringoire,1866, 4, pp. 31-32.
RELIG. CATH. Prince des Apôtres. Saint Pierre, le premier apôtre qui a suivi le Christ et qui est devenu le premier pape. S. Pierre, dans une seule prédication, convertit 5 000 hommes à Jérusalem (...). Bientôt le Prince des Apôtres jette dans la capitale de l'empire Romain, les fondements de la puissance ecclésiastique (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 363).
2. Celui qui brille particulièrement dans un domaine, dans une discipline. Prince de la mode, des poètes; les princes de la science. Pour les (...) paysages de campagnes, de mer et de villes, le premier nom que nous rencontrons (...) c'est Ruysdaël, prince du paysage (Estaunié, Rom. et prov.,1942, p. 200).
B.− Chef ou personnage exerçant son autorité temporelle et/ou spirituelle sur un groupe.
Princes du peuple. Chefs des tribus chez les Hébreux. (Ds Littre, Guérin 1892, Rob.).
C.− Celui dont le titre est lié à une fonction et qui exerce une suprématie sur ses pairs.
ANTIQ. ROMAINE. Prince du Sénat. Celui qui, inscrit par les censeurs en tête de la liste des Sénateurs, opinait le premier. (Dict. xixeet xxes.).
Prince des évêques. Le pape, en raison de la primauté qu'il possède sur l'ensemble des évêques en sa qualité de successeur de saint Pierre. Synon. évêque des évêques (d'apr. Foi t. 1 1968).
HIST. JUIVE. (Prince) des prêtres. Chef du sanhédrin religieux. Léon XIII, Drumont (...). À ce rapprochement sacrilège de deux noms inégaux je vois d'ici le prince des prêtres déchirer sa robe (Bernanos, Gde peur,1931, p. 192).
D.− Celui qui exerce une domination, qui possède une supériorité dans un domaine.
1. Domaine temporel, le plus souvent au plur.Les princes de la mer. V. fer ex. 5.
Les princes de la terre. Les grands de ce monde :
7. ... la vieille marquise de Listomère, était une Grandlieu. Ses manières furent polies comme l'avaient été celles de Monsieur de Mortsauf le jour où il me vit pour la première fois. Son regard perdit cette expression de hauteur par laquelle les princes de la terre vous font mesurer la distance qui se trouve entre eux et vous. Balzac, Lys,1836, p. 105.
P. anal. Les princes de la médecine :
8. Le médecin hospitalier ou universitaire (...) appartenait à la catégorie de ceux que l'on appelait volontiers les « princes de la médecine » ou, plus familièrement, les « grands patrons ». Recruté par concours (...), il obéissait à la vieille règle hippocratique de la filiation d'école et devait sa notoriété à ses travaux personnels autant qu'à son ascendant. Bariéty, Coury, Hist. méd.,1963, p. 789.
2. Domaine spirituel.Après-demain, jour de Saint-Michel, prince de la lumière créée et bien-aimé du Seigneur (Nodier, Fée Miettes,1831, p. 114).
Le prince des démons. Synon. le Démon (avec art. déf.).Poussant jusqu'au bout la logique de l'absurde, certaines gens chassaient les démons par Béelzébub, prince des démons (Renan, Vie Jésus,1863, p. 308).V. démon ex. 10.
Le Prince des Enfers. Synon. Satan.Cependant le Prince des Enfers étoit arrivé aux extrémités du monde (Chateaubr., Natchez,1826, p. 142).
Le Prince de ce Monde. [P. oppos. au spirituel] Celui qui règne sur le monde matériel. L'heure vient où sur les ruines de ce qui reste encore de l'ancien ordre chrétien, le nouvel ordre va naître qui sera réellement l'ordre du monde, l'ordre du Prince de ce Monde, du prince dont le royaume est de ce monde (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1494).
Le Prince des ténèbres. [P. oppos. à la lumière de Dieu] Synon. Lucifer.Le Desdichado [Le Désespéré, poème de Nerval], le ténébreux, ne s'apparente-t-il pas au Prince des ténèbres, à Lucifer révolté et précipité du ciel? (Durry, Nerval,1956, p. 179).
REM. 1.
Princée, subst. fém.,rare. Petite principauté. Depuis 1 100 le prince d'Antioche, le chef normand Bohémond, était prisonnier des Turcs d'Asie Mineure, tandis que son neveu Tancrède gouvernait à sa place sa « princée » (Grousset, Croisades,1939, p. 77).
2.
Princillon, subst. masc.,fam. Prince pauvre ou dont l'état est très petit. Peut-être est-ce la fille de quelque princillon d'Allemagne, personne ne lui parle (Balzac, Paix mén.,1830, p. 316).
3.
Principion, subst. masc.,péj. Prince d'un très petit état. Synon. vieilli de principicule.Le 5 mai 1808, le traité de Bayonne cède à Napoléon, au nom de Charles IV, tous les droits de ce monarque : le rapt des Espagnes ne fait plus de Bonaparte qu'un principion d'Italie (Chateaubr., Mém.,t. 2, 1848, p. 386).
4.
Prince-évêque, subst. masc.,hist. Évêque gouvernant un évêché, lequel confère le titre de prince à son titulaire. Ce soir, dans la cour de la résidence des princes-évêques, à Salzbourg (Mauriac, Journal 2,1937, p. 130).En novembre et décembre 1790, les troupes autrichiennes rétablirent à Liège l'autorité du prince-évêque et réoccupèrent les provinces belgiques (Lefebvre, Révol. fr.,1963, p. 211).
5.
Prince-président, subst. masc.Fils d'Hortense de Beauharnais et de Louis-Bonaparte, président de la République française en 1848, qui devint empereur des Français en 1852 sous le nom de Napoléon III. Le Prince-Président sut jouer habilement des souvenirs de l'Empire et se présenter comme le sauveur de l'ordre aux yeux des conservateurs, comme l'héritier des traditions de 89 aux yeux de la gauche (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 81).
Prononc. et Orth. : [pʀ ε ̃:s]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1remoitié xiies. « celui qui possède une souveraineté » (Psautier d'Oxford, II, 2, éd. Fr. Michel); α) 1524 prince royal « fils de roi » (P. Gringore, Vie Ms. S. Loys, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, II, 36); 1787 id. « héritier d'un roi » (Staël, Lettre jeun., p. 183); β) 1578 prince du sang (H. Estienne, Deux Dialogues, éd. P. Ristehuber, I, p. 328); γ) 1802 prince impérial (Flick); b) 1413 « le souverain, celui qui exerce le pouvoir réel » Le Prince (Christine De Pisan, Le Livre de Paix, X, éd. Ch. C. Willard, p. 75); c) loc. α) 1407 parole de prince « promesse verbale » (Arch. de Bretagne, V, 25 ds Fonds Barbier); β) 1538 en prince « magnifiquement » (Est., s.v. magnifice); γ) 1566 jeu de prince « amusement où les autres pâtissent » (H. Estienne, Apologie pour Hérodote, C. 19 ds Gdf. Compl., s.v. jeu); 2. a) hist. juive 1remoit. xiies. « celui qui est le principal personnage d'un groupe » (Psautier d'Oxford, LXVII, 30, éd. Fr. Michel); α) mil. xiiies. prince des prêtres « chez les Hébreux, le grand prêtre en exercice » (Les Evangiles des Domées, éd. R. Bossuat, p. 79); β) 1530 prince de la synagogue (Lefèvre d'Étaples d'apr. H. Kunze ds Die Bibelübersetzungen von Lefèvre d'Etaples und von P. R. Olivetan, p. 128); γ) 1583 prince du peuple (R. Garnier, Les Juifves, 1902, II, p. 164 ds IGLF); δ) 1765 prince de la captivité (Encyclop.); b) hist. romaine α) 1313-28 princes des Romains (Ovide moralisé, XV, 1577, éd. C. De Boer, 5, 231); 1559 prince de Rome (Amyot, Cicéron, éd. J. Normand, 113); β) 1765 prince du Sénat (Encyclop.); γ) id. prince de la jeunesse (ibid.); c) 1313-28 Li grant prince de Sainte Yglise (Ovide moralisé, VIII, 499, op. cit., 3, 121); 1585 Princes de l'Eglise (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel, II, 87 ds IGLF); 3. 1121-34 prince de mort « le démon » (Philippe De Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 445); 1553 prince de ce monde « id. » (Bible, Gérard, Jean, 12, 31 d'apr. FEW t. 9, p. 390a); 1616 prince de l'Enfer « id. » (D'Aubigné, Tragiques, I, p. 14 ds IGLF); 1690 prince des ténèbres « id. » (Fur.). Empr. au lat. princeps « qui occupe la première place », d'où les sens partic. a) princeps senatus « prince du sénat », b) à partir d'Auguste « l'empereur, le prince » car Auguste, sous le nom de prince du sénat avait concentré tout le pouvoir entre ses mains, c) principes juventutis, à l'époque républicaine « l'élite de la jeunesse; la fleur de la noblesse ». Fréq. abs. littér. : 11 670. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 29 401, b) 15 337; xxes. : a) 12 432, b) 8 844.
DÉR.
Princerie, subst. fém.État, dignité de prince. (Dict. xixeet xxes.). Mais il [Saint-Simon] les déteste en eux-mêmes [les cardinaux] pour leur « chapeau », pour leur « princerie » (La Varende, Saint-Simon,1955, p. 348).Fam. Ensemble de princes. (Dict. xixeet xxes.). − [pʀ ε ̃sʀi̊]. Att. ds Ac. 1798-1878. − 1resattest. a) 1425 « principauté » (Relation des resolutions arrêtées par les vassaux du duc de Lorraine Charles II, BN 4846, Fo427 ds Gdf. Compl.), b) 1ertiers du xvies. « état de prince » (Fossetier, Cron. Marg., ms. Brux., I fo149 Vods Gdf.); de prince, suff. -erie*.
BBG. − Glatigny (M.). Le Contrat entre le Prince et le Peuple chez d'Aubigné. Peuples et pouvoir : ét. de lexicol. pol. Lille, 1981, pp. 17-46. − Hasselrot 1957, p. 200 (s.v. principion).Quem. DDL t. 1, 11.

Wiktionnaire

Nom commun

prince \pʁɛ̃s\ masculin (pour une femme on dit : princesse)

  1. (Noblesse) Celui qui est d’une maison souveraine.
    • Des impôts considérables accablaient les vilains, écrasait les pauvres gens, épargnant les princes et les ducs, les comtes et les marquis. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • — C’est un Prince, ça ? – cria-t-il, inexprimablement indigné. – Il n’est même pas aussi poli qu’un chien ! — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 240 de l’éd. de 1921)
    • Prince étranger, ceux qui viennent d’une maison souveraine étrangère, ou qui en ont le rang.
  2. (En particulier) Fils du roi ou du souverain régnant équivalent.
    • Le prince Charles.
  3. (Absolument) (Avec l’article défini) Souverain qui commande dans le lieu dont on parle.
    • Le prince veut être obéi.
    • Avoir audience du prince.
    • Avoir l’oreille, la faveur, les bonnes grâces du prince.
    • Les monnaies portent l’effigie du prince.
  4. Celui qui, sans être souverain, ni de maison souveraine, est à la tête d’une principauté, ou celui à qui un souverain a conféré ce titre.
    • Le prince de Beauvau-Craon.
  5. (Soutenu) Celui qui est le premier par ordre de dignité, de mérite, de talent.
    • Aristote, le prince des philosophes.
    • Homère, le prince des poètes.
    • Démosthène, le prince des orateurs grecs.
  6. (Par plaisanterie) Celui qui est le premier, le meilleur dans son genre.
    • […] ; on a fini par trouver qu’il serait bien injuste de condamner des négociants banqueroutiers et des notaires qui se retiraient ruinés après de médiocres catastrophes, alors que les princes de l’escroquerie financière continuaient à mener joyeuse vie. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.274)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PRINCE. n. m.
Celui qui possède une souveraineté ou qui est d'une maison souveraine. Prince souverain. Prince feudataire. Prince étranger. Les princes chrétiens. Les princes d'Allemagne. Les princes d'Italie. Il s'est mis par ses talents, par ses vertus, au rang des plus grands princes. Princes du sang, Ceux qui sont sortis de la maison royale par les mâles; et Princes étrangers, Ceux qui viennent d'une maison souveraine étrangère, ou qui en ont le rang. Prince royal, prince impérial, Héritier du souverain régnant. Vivre comme un prince, être vêtu comme un prince, etc., Vivre splendidement, être magnifiquement vêtu, etc. Fig., Ce sont jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font; ou absolument, Ce sont jeux de prince, se dit des Amusements et des jeux dans lesquels on se met peu en peine du mal qui peut en résulter pour autrui. Fig. et fam., Il est bon prince, se dit d'un Homme qui a un caractère et des manières faciles.

PRINCE, employé absolument avec l'article défini, se dit ordinairement du Souverain qui commande dans le lieu dont on parle. Le prince veut être obéi. Avoir audience du prince. Avoir l'oreille, la faveur, les bonnes grâces du prince. Les monnaies portent l'effigie du prince. Le fait du prince, Un acte du souverain usant de son autorité. Il s'emploie aujourd'hui dans le sens d'Acte arbitraire.

PRINCE se dit aussi de Ceux qui, sans être souverains, ni de maison souveraine, possèdent des terres qui ont le titre de Principautés, ou bien à qui un souverain a conféré ce titre. Il se dit aussi de Celui qui est le premier par ordre de dignité, de mérite, de talent. Aristote, le prince des philosophes. Homère, le prince des poètes. Démosthène, le prince des orateurs grecs. Etc. Il n'est usité, en ce sens, que dans le style soutenu. Princes de l'Église, Les cardinaux, les archevêques et les évêques. Le prince des apôtres, Saint Pierre. Les princes des apôtres, Saint Pierre et saint Paul. Le prince des ténèbres, Le démon. En termes d'Histoire romaine, Le prince du Sénat, Le sénateur que le censeur nommait le premier, en lisant la liste des membres du Sénat. Le prince de la jeunesse, Le jeune prince de la famille impériale, que l'empereur mettait à la tête des fils de sénateurs, pour la célébration des jeux troyens.

Littré (1872-1877)

PRINCE (prin-s') s. m.
  • 1Celui qui possède une souveraineté, ou qui est d'une maison souveraine. Auprès des princes il est aussi dangereux et presque aussi criminel de pouvoir le bien que de vouloir le mal, Retz, Mém. t. I, liv. II, p. 167, dans POUGENS. Un prince sera la fable de toute l'Europe, et lui seul n'en saura rien…ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent, et ainsi ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes, Pascal, Pens. II, 8, éd. HAVET. Soit qu'il [Dieu] élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, Bossuet, Reine d'Anglet. Quelque haut qu'on puisse remonter pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, on trouve que jusqu'ici elles sont causées ou par la mollesse ou par la violence des princes, Bossuet, ib. Quelle cruauté que la guerre ! et pourquoi tous ces princes se persécutent-ils les uns les autres, et font-ils périr tant d'hommes ? Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 18 juill. 1706. Je n'aurais jamais cru qu'on pût être prince et sensible, Maintenon, Lett. au duc. de Noail. 11 déc. 1700. Les aises de la vie, l'abondance, le calme d'une grande prospérité font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain, d'un singe, d'un imbécile et d'un mauvais conte, La Bruyère, IX. Les princes ressemblent aux hommes : ils songent à eux-mêmes, suivent leur goût, leurs passions, leur commodité, cela est naturel, La Bruyère, IX. On garde le souvenir des mauvais princes, comme on se souvient des incendies et des pestes, Voltaire, Charles XII, Discours. Les princes sont les administrateurs et non pas les maîtres des nations ; voilà ce que dit la philosophie, et cette vérité a même échappé à des empereurs despotiques, Condillac, Hist. III, 5.

    Très haut, très puissant et très excellent prince, formule dont on se servait dans les actes publics en parlant du roi.

    On disait : très haut et très puissant prince, en parlant des princes qui n'étaient pas rois.

    Princes du sang, ceux qui sont sortis de la maison royale ou impériale par la branche masculine.

    Princes étrangers, ceux qui viennent d'une maison souveraine étrangère, ou qui en ont le rang.

    Absolument. Les princes, les enfants, les frères ou les oncles du souverain.

    Préséance des princes du sang, prérogative qui fut débattue pour la première fois, en 1583, entre le cardinal de Guise et Charles de Bourbon.

    Princes possessionnés, se dit des princes du sang qui jouissaient d'un droit de souveraineté dans quelques provinces.

    Monsieur le Prince, se disait, absolument, du premier prince du sang, à la cour de France.

    Le Prince Noir, surnom donné à Édouard, prince de Galles, fils d'Édouard III ; il gagna la bataille de Poitiers.

    Vivre en prince, tenir un état de prince, avoir un équipage de prince, être vêtu en prince, vivre splendidement, avoir un grand équipage, être magnifiquement vêtu.

    Familièrement. Comme un prince, très bien. Il est habillé comme un prince, et bon garçon au dernier point, Sévigné, 316. On me donna une belle chambre où il y avait un bon lit, et l'on me servit comme un prince, Lesage, Guzm. d'Alf. II, 6.

    Ironiquement. L'ami du prince, l'agent des plaisirs secrets d'un prince ou de quelque personnage puissant.

    Un bon prince, un prince qui gouverne bien. Le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau ? image naïve des peuples et du prince qui les gouverne, s'il est bon prince, La Bruyère, X.

    Fig. et familièrement. Il est bon prince, se dit d'un homme d'un caractère facile, qui ne se fâche pas. M. des Soupirs est bon prince, il entend raillerie autant qu'homme du monde, Dancourt, Été des coquettes, SC. 7.

  • 2 Absolument, avec l'article défini. Le souverain du pays dont on parle. Je définis la cour un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au prince, La Fontaine, Fabl. VIII, 14. La monarchie se perd, lorsque le prince, rapportant tout uniquement à lui, appelle l'État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à sa personne, Montesquieu, Esp. VIII, 6. Si le prince savait, dit le peuple ; ces paroles sont une espèce d'invocation, et une preuve de la confiance qu'on a en lui, Montesquieu, ib. XII, 23.
  • 3Le prince se dit quelquefois du gouvernement dans les États républicains. Le corps entier considéré par les hommes qui le composent s'appelle prince, et, considéré par son action, il s'appelle gouvernement, Rousseau, Ém. V.

    Le Prince, titre d'un ouvrage de Machiavel.

    On appelle, en droit, prince, le gouvernement quel qu'il soit. Fait du prince, un acte de gouvernement qui fait fonction de force majeure, et auquel on ne peut résister.

  • 4Les princes de la terre, les hommes du rang le plus élevé. Telle est la destinée des rois et des princes de la terre d'être établis pour la perte comme pour le salut du reste des hommes, Massillon, Petit car. Purif.
  • 5Le prince des ténèbres, le démon.

    On dit dans le même sens : Le prince de ce monde, Pascal, Pens. XXIII, 36, éd. HAVET.

  • 6Celui qui, sans être de maison souveraine, possède des terres ayant le titre de principauté, ou celui à qui un souverain a donné ce titre. Un prince d'Allemagne. Monsieur le prince un tel. Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages, La Fontaine, Fabl. I, 3.
  • 7Princes de l'Église, les cardinaux, les évêques. Les évêques se laissent appeler princes de l'Église (au lieu de révérends pères en Dieu) par ceux qui leur dédient des thèses, De Caillières, 1690.

    Le prince des apôtres, saint Pierre.

    Les princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul.

  • 8Il se dit de ceux qui ont une domination, un empire. En se rendant ainsi les facteurs et les négociants de tous les peuples, ils [les Phéniciens] étaient devenus les princes de la mer, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 210, dans POUGENS.
  • 9 Fig. Le premier en mérite, en talent. Vous imitez l'humeur de Cicéron, ce prince des orateurs, Costar, Apologie de Voiture. N'espérez donc plus rien, mon père, de ce prince des philosophes [Aristote], et ne résistez plus au prince des théologiens [saint Augustin], qui décide ainsi ce point…, Pascal, Prov. IV. Les nouveaux antagonistes d'Homère ne pouvaient supporter l'idée qu'un homme fût réputé pendant vingt-six siècles le prince des poëtes, Quatremère de Quincy, Inst. Mém. hist. et litt. anc. t. IV, p. 102.

    Prince des médecins, surnom qui fut donné à Avicenne, vers la fin du Xe siècle.

    Par antiphrase, le prince des fous, des sots, l'homme le plus fou, le plus sot. Un accident fâcheux que je lui voulais dire Se pouvait éviter sans ce prince des fous, Scarron, D. Japhet, IV, 2.

  • 10 Terme d'histoire romaine. Le prince du sénat, le sénateur que le censeur nommait le premier en lisant la liste des sénateurs.

    Prince de la jeunesse ou de l'ordre équestre, sous la république, celui que le censeur nommait le premier, en faisant le dénombrement de cet ordre de citoyens.

    Plus tard, le prince de la jeunesse, le jeune prince de la famille impériale que l'empereur mettait à la tête des fils de sénateurs pour la célébration de jeux troyens.

    Dans l'armée, les princes, jeunes soldats qui, originairement, formaient la première ligne de bataille de la légion ; dans la suite ils furent placés au second rang.

  • 11Chez les Hébreux, les princes du peuple, ceux qui étaient à la tête des tribus. Il [Moïse] les établit princes du peuple, pour commander les uns mille hommes, les autres cent, les autres cinquante, et les autres dix, Sacy, Bible, Exode, XVIII, 25. Nahasson, fils d'Aminabad, sera le prince de sa tribu, Sacy, ib. Nomb. II, 3.

    Princes de la captivité, nom donné à ceux d'entre les Juifs qui, pendant la captivité, gouvernaient le peuple.

    Princes de la synagogue, nom de ceux qui présidaient les assemblées populaires ou religieuses.

    Prince des prêtres, le grand prêtre en exercice.

  • 12Dans le moyen âge, titre du chef de différentes confréries joyeuses. Prince des sots.

    Titre qu'on mettait en tête des ballades, parce qu'on les adressait à celui qui avait eu le prix l'an d'avant, et qui était dit roi des poëtes.

  • 13 Terme de métallurgie. Une des principales pièces de l'ordon d'un marteau.

PROVERBES

Ce sont jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font ; ou c'est jeu de prince qui ne plaît qu'à celui qui le fait ; ou, absolument, ce sont jeux de prince, amusements ou jeux dans lesquels on se met peu en peine du mal qui peut en résulter pour les autres. Le bon homme disait : ce sont là jeux de prince, Mais on le laissait dire, La Fontaine, Fabl. IV, 4. Une chose assez plaisante et dont la reine [Christine de Suède visitant l'Académie française] se mit à rire toute la première, ce fut que, le secrétaire voulant lui montrer un essai du Dictionnaire qui occupait dès lors la compagnie, il ouvrit par hasard son portefeuille au mot jeu, où se trouva cette phrase : jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, pour signifier des jeux qui vont à fâcher ou à blesser quelqu'un, D'Olivet, Hist. de l'Acad. franç. Suivant un autre récit, plus authentique, la reine de Suède… rougit et parut émue… le Dictionnaire venait de lui rappeler ce que, trois mois auparavant, elle avait fait à Fontainebleau, et quel sanglant jeu de prince elle y laissa sur son passage, Villemain, Préface du dict. de l'Académie, 1835. … Ce sont là jeux de prince ; On respecte un moulin, on vole une province, Andrieux, Meunier Sans Souci.

Les princes ont les mains longues, leur pouvoir s'étend loin.

HISTORIQUE

XIIe s. Li religius prince, qui volt bonté amer, Deit noveles iglises drescier e alever, Th. le mart. 73.

XIIIe s. Mains grans princes ce jour de servir [à table] se presente, Berte, X. Car cil qui va delit [le plaisir] querant, Ses-tu qu'il se fait ? il se rent, Comme sers et chetis et nices, Au prince de trestous les vices, la Rose, 4444.

XIVe s. Et est possible que aucuns facent bones ouvres, qui ne sont pas princes de terre ne de mer, Oresme, Eth. 321. Lienorz, qui ot esté li uns des princes le roi Chilperic, Du Cange, princeps.

XVe s. Ceulx qui avoient et ont accoustumé de faire en ceste musique naturelle serventois de nostre dame, chançons royaux, pastourelles, ballades et rondeaulx, portoient chascun ce que fait avoit devant le prince du puy, et le recordoit par cuer ; et ce recort estoit appellé en disant après qu'ils avoient chanté leur chancon devant le prince, Deschamps, Poésies mss. f° 395.

XVIe s. Ainsi gouverne-t-on les princes dès leur premiere enfance, de cette façon que, commettans aucune faute, l'on chastie en leur presence, pour la faute par eulx commise, leurs pages et serviteurs, les accoustumans dès lors à faire les pechez dont leurs subjets portent puis après la penitence, Pasquier, Rech. p. 889, dans LACURNE. Haine de prince signifie mort d'homme, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 91.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

Prince, en terme de politique, signifie une personne revêtue du suprème commandement sur un état ou un pays, & qui est indépendant de tout autre supérieur. Voyez Souverain, Monarque, Roi

Prince se dit aussi d’un homme qui commande souverainement à son pays, quoiqu’il ait un supérieur à qui il paye tribut ou rend hommage.

Tous les princes d’Allemagne sont feudataires de l’empereur, & cependant ils sont aussi absolus dans leurs états que l’empereur l’est dans les siens ; mais ils sont obligés à donner certains secours d’argent & de troupes. Voyez Empereur, Electeur & College électoral.

Prince, dans les anciens actes publics, ne signifioit que seigneur. Ducange a donné un grand nombre de preuves de cet usage : en effet, le mot latin princeps, d’où on forme prince en françois, signifie dans son origine premier, chef ; il est composé du latin primus, premier, & caput, tête. C’est proprement un titre de dignité & de charge, & non de domination & de souveraineté.

Sous Offa, roi d’Angleterre, les princes signoient après les évêques ; ainsi on lit Brordanus patritius, Binnanus princeps, & les ducs signoient après eux. Et dans une charte du roi Edgar, Mons. angl. t. III. p. 301, ego Edgarus rex rogatus ab episcopo meo de Wolfe & principe meo Aldredo. Et dans Matthieu Paris, p. 155, ego Hulden princeps regis, pro viribus, assensum prebeo : & ego Turketillus dux, concedo.

Prince est aussi le nom de ceux qui sont de la famille royale. Voyez Fils ou Fille. Dans ce sens, on les appelle particulierement en France princes du sang, comme étant de la famille à laquelle la souveraineté est attachée, quoiqu’ils n’en soient pas toujours & prochainement les héritiers présomptifs.

En Angleterre, les enfans du roi sont appellés fils & filles d’Angleterre ; le fils aîné est nommé prince de Galles ; les autres enfans sont créés ducs ou comtes, sous le titre qu’il plaît au roi : ils n’ont point d’apanage comme en France, mais ils tiennent ce qu’ils ont des bienfaits du roi. Voyez Apanage.

Les fils sont tous conseillers d’état par le droit de naissance, & les filles princesses ; c’est un crime de haute trahison de violer la fille aînée du roi d’Angleterre.

On donne le titre d’altesse royale à tous les enfans du roi ; les sujets se mettent à genoux quand ils sont admis à leur baiser la main, & ils sont servis à table à genoux comme le roi.

Le premier prince du sang en France s’appelle monsieur le prince dans la branche de Condé, & monsieur le duc d’Orléans dans celle d’Orléans. Le frere du roi est toujours premier prince du sang. La qualité de prince du sang donne le rang & la préséance, mais elle ne renferme aucune jurisdiction ; ils sont princes par ordre & non par office.

Wiquefort observe qu’il n’y avoit de son tems qu’environ cinquante ans que les princes du sang de France donnoient le pas aux ambassadeurs, même à ceux des républiques, & ce n’est que depuis les requisitions des rois qu’ils leur ont donné la préséance.

Dès que le pape est élu, tous ses parens deviennent princes. Voyez Pape & Népotisme.

Le prince de Galles au moment de sa naissance est duc de Cornouailles ; & immédiatement après qu’il est né, il est mis en possession des droits & revenus de ce duché, & il est conseiller d’état. Quand il a atteint l’âge requis, il est ensuite fait prince de Galles. La cérémonie de l’investure consiste dans l’imposition du bonnet de l’état, de la couronne, de la verge d’or & de l’anneau. Il prend possession de cette principauté en vertu des patentes accordées à lui & à ses héritiers par les rois d’Angleterre.

Ce titre & cette principauté furent donnés par le roi Henri III. à Edouard son fils aîné ; jusques-là les fils aînés des rois d’Angleterre étoient appellés lords-princes. Quand la Normandie étoit du domaine d’Angleterre, ils avoient le titre de duc de Normandie, depuis ce tems-là il a le titre de prince de la grande Bretagne.

Ils sont considérés dans les lois comme le roi même ; conspirer leur mort ou en violer les sœurs, est un crime de haute trahison.

Les revenus du duché de Cornouailles sont de 14000 liv. par an, & ceux de la principauté étoient il y a trois cens ans de 4680 liv. de rente.

Prince, princeps, (Théol.) dans l’Ecriture & parmi les Juifs modernes, se prend en divers sens ; & quelquefois pour le principal & le premier. Ainsi l’on dit, les princes des familles, des tribus, des maisons d’Israël ; les princes des lévites, les princes du peuple, les princes des prêtres, les princes de la synagogue ou de l’assemblée, les princes des enfans de Ruben, de Juda, &c. Souvent il se prend aussi pour le roi, le souverain du pays, & pour ses principaux officiers : ainsi l’on dit, les princes de l’armée de Pharaon, Phicol prince de l’armée d’Abimelech, Putiphar étoit prince des bouchers ou des gardes du roi d’Egypte, Joseph se trouva en prison avec le prince des pannetiers, & ainsi des autres.

Prince des prêtres marque quelquefois le grand-prêtre qui est actuellement en exercice, comme dans S. Matth. chap. xxvj. vers. 58. ou celui qui avoit autrefois rempli cette dignité, comme dans les actes des apôtres, chap. iv. vers. 6. Quelquefois celui qui étoit à la tête des prêtres servant dans le temple, Jérem. xx. 1. ou un intendant du temple, ou les chefs des familles sacerdotales, d’où vient qu’il est si souvent parlé dans l’Evangile des princes des prêtres au pluriel.

Prince de la ville, princeps civitatis, dans le second livre des Paralip. chap. xviij. vers. 25. & chap. xxxiv. vers. 8. c’étoit un magistrat qui avoit dans la ville la même autorité que l’intendant du temple exerçoit dans le temple. Il veilloit à la conservation de la paix, du bon ordre & de la police.

Prince de la synagogue, dans l’ancien Testament, Exod. xxxiv. vers. 5. Num. iv. vers. 34. signifie ceux qui présidoient aux assemblées du peuple, les principaux des tribus & des familles d’Isrel. Mais dans le nouveau, le prince de la synagogue est celui qui préside aux assemblées de religion qui se font dans les synagogues, comme il paroit par S. Luc, chap. viij. vers. 41. & par les actes, chap. xiij. vers. 15. & chap. xviij. vers. 17. C’est ce que les Juifs appelloient nasi de la synagogue. Il avoit quelques associés, qu’on appelloit les princes de la synagogue, Act. xiij. vers. 15. Voyez Nasi, Archisynagogus & Synagogue.

Prince de ce monde est le nom que S. Jean donne assez souvent au diable, comme c. xij. 31. c. xiv. 30. c. xvj. 11. parce que cet esprit de ténebres se vante d’avoir en sa disposition tous les royaumes de la terre, Matth. c. iv. vers. 9.

Princes de la captivité, on donne ce nom à ceux d’entre les Juifs vivant au-delà de l’Euphrate, qui présidoient à leurs compatriotes captifs en ce pays-là sous la domination des Perses. On trouve dans le dictionnaire de la bible du P. Calmet une suite de ces prit ces dela captivité tiré du Seder-olam. Zutha ou petite chronique des Juifs, & elle en comprend quarante-un depuis Jéchonias emmené par Nabuchodonosor jusqu’à Azarias, long-tems après la ruine de Jérusalem par Tite. Mais, comme le remarque cet auteur, cette succession est fort suspecte, pleine de fautes d’anachronismes ; elle n’est appuyée sur aucun auteur ancien, on croit même qu’elle n’a commencé que 220 ans après Jesus-Christ. Au reste le titre fastueux de prince de la captivité n’en doit imposer à personne, puisque les chefs des synagogues d’Allemagne & de quelques provinces d’Italie prennent bien le nom de ducs ou de princes des Juifs, sans en être plus libre ou avoir réellement plus d’autorité. Calmet, dictionnaire de la bible, tome III. p. 285 & 286.

Prince de la jeunesse, (Histoire romaine.) les empereurs ayant réuni à leur suprème dignité celle de censeur, il n’y eut plus de prince du sénat, ni des chevaliers ; mais Auguste en renouvellant les jeux troyens, prit, pour les exécuter, les enfans des sénateurs qui avoient le rang de chevaliers, choisit un de sa famille qu’il mit à leur tête, le nomma prince de la jeunesse, & le désigna son successeur. Ce titre de prince de la jeunesse semble dans tout le haut empire n’avoir appartenu qu’aux jeunes princes qui n’étoient encore que césars ; Valerien paroît être le premier, du-moins sur les médailles duquel on trouve princeps juventutis, au revers d’une tête qui porte pour légende imperator ; mais dans le bas empire, on en a cent exemples. (D. J.)

Prince, princeps, (Art militaire des Romains.) c’est le nom d’une des quatre sortes de soldats qui composoient les legions. Après les hastaires étoient les soldats qu’on appelloit princes, d’un âge plus avancé, pesamment armés comme les précédens, ayant pour armes offensives l’épée, le poignard, & de gros dards. Ils commençoient par lancer leurs traits, & se servoient ensuite de leur épée en s’avançant contre l’ennemi. Voyez Légion.

Prince du sénat, (Histoire romaine.) c’étoit celu que le censeur lisant publiquement la liste des sénateurs, nommoit le premier, princeps senatus dictus fuit is qui in lectione senatûs, quæ per censores peracto censu, fiebat, primo loco recitabatur, dit Rosin. Il est appellé dans les auteurs tantôt princeps senatus ou princeps in senatu, tantôt princeps civitatis ou totius civitatis, quelquefois patriæ princeps, & même quelquefois simplement princeps aussi bien que les empereurs.

Sa nomination dependoit ordinairement du choix du censeur qui à la vérité ne déféroit ce titre honorable qu’à un ancien sénateur, lequel avoit été déja honoré du consulat ou de la censure, & que sa probité & sa sagesse avoient rendu recommandable. Il jouissoit toute sa vie de cette prérogative.

Le titre de prince du senat étoit tellement respecté, que celui qui l’avoit porté étoit toujours appellé de ce nom par préférence à celui de toute autre dignité dont il se seroit trouvé revêtu. Il n’y avoit cependant aucun droit lucratif attaché à ce beau titre, & il ne donnoit d’autre avantage qu’une autorité qui sembloit naturellement annoncer un mérite supérieur dans la personne qui en étoit honorée.

Cette distinction avoit commencé sous les rois. Le fondateur de Rome s’étoit réservé en propre le choix & la nomination du principal sénateur qui dans son absence devoit présider au sénat. Quand l’état devint républicain, on voulut conserver cette dignité.

Depuis l’institution des censeurs, il passa en usage de conférer le titre de prince du sénat au sénateur le plus vieux & de dignité consulaire, mais dans la derniere guerre punique un des censeurs soutenant avec fermeté que cette regle établie dès le commencement de la république devoit être observée dans tous les tems, & que T. Manlius Torquatus devoit être nommé prince du sénat, l’autre censeur s’y opposa, & dit que puisque les dieux lui avoient accordé la saveur de réciter les noms des sénateurs inscrits sur la liste, il vouloit suivre son propre penchant, & nommer le premier Q. Fabius Maximus qui, suivant le témoignage d’Annibal lui-même, avoit mérité le titre de prince du peuple romain.

Au reste, quelque grands, quelque respectés que fussent les princes du sénat, il paroît que l’histoire n’en nomme aucun avant M. Fabius Ambustus qui fut tribun militaire l’an de Rome 386. Nous ignorerions même qu’il a été prince du sénat, si Pline, l. VII. c. xlij. n’avoit observé comme une singularité très-glorieuse pour la maison Fabia, que l’ayeul, le fils & le petit-fils eurent consécutivement cette primauté, tres continui principes senatus.

Il seroit difficile de former une suite des princes du sénat depuis les trois Fabius dont Pline fait mention. M. l’abbé de la Bletterie, dans un mémoire sur ce sujet, inséré dans le recueil de littérature, tome XXIV. reconnoît, après bien des recherches historiques, que l’entreprise de former cette suite seroit vaine. Comme les princes du sénat n’avoient en cette qualité aucune part au gouvernement, on doit être un peu moins surpris que les historiens ayent négligé d’en marquer la succession. D’ailleurs pas une histoire complette de la république romaine ne s’est sauvée du naufrage de l’antiquité. Tite Live ne parle point des princes du sénat dans sa premiere décade : nous ignorons s’il en parloit dans la seconde ; le plus ancien qu’il nomme dans la troisieme, c’est Fabius Maximus choisi l’an de Rome 544. Dans les quinze derniers livres qui nous restent de ce fameux historien, les successeurs de Fabius Maximus sont indiqués, savoir en 544, Scipion le vainqueur d’Annibal ; en 570, L. Valerius Flaccus alors censeur, qui fut choisi par Caton son collegue dans la censure ; Emilius Lépidus sut nomme l’an 574. Il semble que l’élection de Fabius Maximus ayant introduit l’usage de conférer le titre de prince du sénat, non comme autrefois à l’ancienneté, mais au mérite, Tite-Live s’étoit imposé la loi de marquer ceux qui l’avoient reçu depuis cette époque. En effet, la suite en devenoit alors beaucoup plus intéressante, parce qu’elle faisoit connoître à qui les Romains avoient de siecle en siecle adjugé le prix de la vertu.

Il est donc à présumer que nous en aurions une liste complette depuis Fabius Maximus jusqu’aux derniers tems de la république, si nous avions l’ouvrage de Tite-Live tout entier. Mais on ignore quel fut le successeur d’Emilius Lépidus mort en 601 ; c’est le dernier dont il soit fait mention dans Tite-Live, qui nous manque à la fin du sixieme siecle de Rome. Nous trouvons Cornélius Lentulus en 628, Métellus le macédonique en 632, Emilius Scaurus en 638, & celui-ci vivoit encore en 662 ; à Scaurus succéda peut-être l’orateur Antoine, que Marius fit égorger en 666. L. Valerius Flaccus fut nommé l’année suivante, Catulus en 683.

Les vuides qui se trouvent dans cette liste peuvent être attribués avec assez de vraissemblance à la disette d’historiens. Mais on doit, ce me semble, chercher une autre raison de celui qui se rencontre depuis la mort de Catulus, arrivée au plus tard en 693 jusqu’à César Octavien, choisi l’an de Rome 725. Je crois que dans cet intervalle le titre de prince du sénat demeura vacant. Pour ces tems-là, nous avons l’histoire de Dion Cassius. Il nous reste beaucoup d’auteurs contemporains & autres, dont les ouvrages nous apprennent dans un très-grand détail les évenemens des trente dernieres années de la république. Si Catulus eut des successeurs, comment aucun d’eux n’est il marqué nulle part, pas même dans Cicéron, dont les écrits, & sur-tout ses lettres, sont une source intarissable de ces sortes de particularités ?

On trouve, il est vrai, çà & là certaines expressions qui semblent insinuer que Crassus & Pompée furent princes du sénat. Par exemple, dans Velleius Paterculus, le premier est appellé romanorum omnium princeps ; le second princeps romani nominis, dans le même historien ; omnium sæculorum & gentium princeps, dans Ciceron, qui, par reconnoissance & par politique, a plus que personne encensé l’idole dont il connoissoit le néant. Toutefois ces expressions & d’autres semblables prouvent simplement la supériorité de puissance que Pompée & Crassus avoit acquise, & nous ne devons pas en conclure qu’ils ayent été princes du sénat. Pour le dernier, il falloit avoir exercé la censure, ou du-moins l’exercer actuellement ; or Pompée n’a jamais été censeur.

On convient que les usages & les lois même ne tenoient point devant l’énorme crédit de Pompée. On lui prodiguoit les dispenses ; mais les auteurs ont pris soin de remarquer celles qui lui furent accordées. Ils les rapportent tantôt comme les preuves du mérite qu’ils lui supposent, tantôt comme les effets de son bonheur, de ses intrigues, du fanatisme de la nation. Pourquoi la dispense dont il s’agit leur auroit-elle échappée ? Sommes-nous en droit de la supposer malgré leur silence ? Il est si profond & si unanime qu’il vaut presque une démonstration. Crassus avoit été censeur, mais aucun auteur ne dit qu’il ait été prince du sénat. Parmi les titres, soit anciens, soit nouveaux que l’on accumula sur la tête de César depuis qu’il eut opprimé sa patrie, nous ne lisons point celui de prince du sénat.

Il est très-vraissemblable que pendant les trente années qui s’écoulerent depuis la mort de Catulus jusqu’au sixieme consulat d’Octavien, la place de prince du sénat demeura vacante. Après la mort de Catulus, la place de prince du sénat ne put être remplie pendant les dix années suivantes. Appius Claudius & Lucius Pison furent élus en 703, & ce furent les derniers qui du tems de la république ayent exercé la censure.

Le jeune César ayant réuni dans sa personne toute la puissance des triumvirs, projetta de la déguiser sous des titres républicains. Lorsqu’il eut formé son plan, il jugea que le titre de prince du sénat, princeps, marquant le suprème degré du mérite, seroit le plus convenable pour servir de fondement aux autres ; il fut nommé prince du sénat, dit Dion, conformément à l’usage qui s’étoit observé, lorsque le gouvernement populaire subsistoit dans toute sa vigueur. Tous les pouvoirs qui lui furent alors confiés & ceux qu’il reçut dans la suite, il ne les accepta que comme prince du sénat, & pour les exercer au nom de la compagnie dont il étoit chef. Cuncta discordiis fessa, dit Tacite, nomine principis sub imperium accepit. A l’exemple de ceux qui avoient été princes du senat avant lui, il se tint plus honoré de ce titre que d’aucun autre. C’étoit un titre purement républicain, & qui ne portant par lui-même nulle idée de jurisdiction ni de puissance, couvroit ce que les autres pouvoient avoir d’odieux par leur réunion & par leur continuité. (Le Chevalier de Jaucourt.)

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Étymologie de « prince »

Provenç. princep, prince, prinsi ; esp. et ital. principe ; du lat. principem, de primus, premier, et capere, prendre.

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Du latin princeps (« premier »).
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Phonétique du mot « prince »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prince prɛ̃s

Citations contenant le mot « prince »

  • Un fils peut devenir prince, une fille deviendra mère. De Proverbe kurde
  • Servir un prince, c'est comme dormir avec un tigre. De Proverbe chinois
  • Quand on meurt pour le prince, on est mis dans l'histoire. De Thomas Corneille / Le Geôlier de soi-même
  • Le prince cueille un fruit et les valets coupent l'arbre. De Proverbe allemand
  • Un prince qui peut faire ce qu'il veut est un fou. De Jacopo Sannazzaro / Pensées
  • Un prince qui n'a pas la justice, ressemble à une rivière sans eau. De Proverbe oriental
  • Ou le signe d’un prince moderne au volant de ses rêves ! , Le prince de l’automobile
  • Jeunesse du prince, source des belles fortunes. De Jean de La Bruyère / Caractères
  • L'enfant est un prince de l'éveil. De Paul Louka / Louka
  • Ce sont là jeux de prince : On respecte un moulin ; on vole une province. François Andrieux, Le Meunier sans souci
  • Le Poète est semblable au prince des nuées […] Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, l'Albatros
  • Quant aux cours des princes, il les faut, pour parler et apprendre de tout, avoir vues, et savoir de quel bois on s'y chauffe, mais s'en retirer au plus tôt qu'on peut. Noël Du Fail seigneur de La Hérissaye, Contes et discours d'Eutrapel
  • Quand de toute ma bonne foi, j'estime qu'il se trompe, je dis au prince qu'il se trompe. René Étiemble, Confucius, Gallimard
  • Les princes ont un pouvoir infini sur ceux qui les approchent ; et ceux qui les approchent ont une faiblesse infinie en les approchant. François de Salignac de La Mothe-Fénelon, Examen de conscience sur les devoirs de la royauté
  • Le goût est un prince détrôné qui, de temps en temps, doit faire des protestations. Élie Fréron, L'Année littéraire, 1755
  • Ils choisirent entre eux tous, tant qu'ils étaient, un grand vilain, le plus ossu, le plus râblé, de la plus haute stature, et ils le firent prince et seigneur. Jean, de Meung, Roman de la Rose Guillaume de Lorris, auteur de la première partie du Roman de la Rose
  • Le bonhomme disait : Ce sont là jeux de prince. Jean de La Fontaine, Fables, le Jardinier et son Seigneur
  • La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Encore qu'il soit de la probité d'un prince d'observer indispensablement ses paroles, il n'est pas de sa prudence de se fier absolument à celle d'autrui. Louis XIV, Mémoires
  • Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Tartuffe, V, 7, l'exempt.
  • Les princes me donnent prou* s'ils ne m'ôtent rien, et me font assez de bien quand ils ne me font point de mal ; c'est tout ce que j'en demande. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 9
  • Tous les hommes sont des bêtes ; les princes sont des bêtes qui ne sont pas attachées. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • […] Auprès des princes il est aussi dangereux et presque aussi criminel de pouvoir le bien que de vouloir le mal. Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires
  • Ces princes sont-ils faits comme les autres humains ? Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Mémoires
  • Le diable est le prince du lendemain. De Proverbe allemand
  • Gagne en laboureur pour dépenser en prince. De Proverbe turc
  • Inquiétude autour de l'état de santé du prince Joachim de Danemark. Deux jours après un AVC survenu vendredi soir tandis qu'il passait des vacances en famille dans le Lot, en France, les nouvelles restent parcellaires puisque verrouillées par le Palais Royal. Un communiqué officiel fait état d'une situation « stable », ce qui reste évidemment flou. Une porte-parole a ajouté que le prince « avait été pris en charge à temps par des professionnels et allait bien, compte tenu des circonstances… » Le Point, Le Danemark sans nouvelles de son prince Joachim, victime d'un AVC en France - Le Point
  • Très attentif à ce qui se dit sur lui et son épouse Meghan Markle, le prince Harry a pris une mauvaise habitude qu'il ne manque pas de souvent regretter tant cela le met en colère. Closermag.fr, Prince Harry : cette mauvaise habitude qui le met souvent hors de lui - Closer
  • Au début de leur relation lorsqu'ils étaient étudiants, le prince William a fait un étrange cadeau à Kate Middleton... et celle-ci ne l'a jamais oublié. Closermag.fr, Prince William : cet étrange cadeau offert à Kate Middleton qu'elle n'a jamais oublié - Closer
  • Diana poussée à la boulimie par le prince Charles avant leur mariage Gala.fr, Diana poussée à la boulimie par le prince Charles avant leur mariage - Gala
  • Cressida Bonas, l'ex-petite amie du prince Harry, a épousé son compagnon Harry Wentworth-Stanley lors d'une cérémonie secrète qui s'est déroulée au cours du week-end. , Cressida Bonas, ex-petite amie du prince Harry, s'est mariée
  • « Je voulais jouer avec le cliché de la princesse à sauver, mais que ce soit un prince, et que ce soit le personnage principal, une femme, qui doit s’assurer que le prince soit en sécurité tout le temps », lance Lili Boisvert lorsqu’elle explique l’élan qui l’a amenée à proposer à son éditeur Le prince, un roman de style fantasy, alors qu’il lui avait demandé… un essai sur la sexualité féminine et le mouvement #metoo ! La Presse, Le prince, de Lili Boisvert : sauver le prince
  • et allez, remontrances désagréables, et toujours, la méchanceté doit vous sortir par la pointe des cheveux, les incapables. cette princesse est belle et s'occupe d'oeuvrer pour de bonnes causes. alors, arrêtez vos médisances. Closermag.fr, Charlène de Monaco : le prince Albert participera-t-il à son prochain défi sportif ? - Closer
  • Kensington Palace a dévoilé mardi soir deux nouveaux clichés du prince George à l'occasion de son septième anniversaire. , Le prince George a 7 ans : nouveaux clichés pour fêter l'événement

Images d'illustration du mot « prince »

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Traductions du mot « prince »

Langue Traduction
Anglais prince
Espagnol príncipe
Italien principe
Allemand prinz
Chinois 王子
Arabe أمير
Portugais principe
Russe принц
Japonais 王子
Basque printze
Corse prìncipe
Source : Google Translate API

Synonymes de « prince »

Source : synonymes de prince sur lebonsynonyme.fr

Prince

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