La langue française

Magistrat

Sommaire

  • Définitions du mot magistrat
  • Étymologie de « magistrat »
  • Phonétique de « magistrat »
  • Citations contenant le mot « magistrat »
  • Images d'illustration du mot « magistrat »
  • Traductions du mot « magistrat »
  • Synonymes de « magistrat »

Définitions du mot « magistrat »

Trésor de la Langue Française informatisé

MAGISTRAT, subst. masc.

A. − Personne investie d'un pouvoir politique, administratif ou judiciaire. Le roi (...) avait toutes les vertus nécessaires pour être un monarque constitutionnel, car un tel monarque est plutôt le magistrat suprême que le chef militaire de son pays (Staël, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 180).Le maire, premier magistrat de la commune, pourra d'autant mieux exercer sa fonction s'il reste chef de son équipe municipale et s'il incarne, sans cesse, dans ses actes, les volontés de son conseil (Fonteneau, Conseil munic., 1965, p. 122):
1. Quand on examine avec un peu d'attention le caractère du magistrat chez les Anciens, on voit combien il ressemble peu aux chefs d'État des sociétés modernes. Sacerdoce, justice et commandement se confondent en sa personne. Il représente la cité qui est une association religieuse au moins autant que politique. Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p. 230.
SYNT. Haut, grand magistrat; magistrat absolu; magistrats municipaux; magistrats parlementaires; le premier magistrat du département, de l'État, de la République.
P. métaph. Celui qui a la charge d'administrer, de diriger quelque chose. L'instituteur lucide et grave, magistrat Du progrès, médecin de l'ignorance (Hugo, Contempl., t. 1, 1856, p. 100).Il nous faut voir (...) dans nos tourmenteurs des agents providentiels, des magistrats de la souffrance (Amiel, Journal, 1866, p. 156).
B. − En partic. ,,Personne ayant pour fonction de rendre la justice ou de la requérir au nom de l'État`` (Cap. 1936). Magistrats d'un tribunal, d'une cour d'appel, de la Cour de cassation; magistrat instructeur (v. instructeur ex. 3). Jamais magistrat ou procureur, traînant la pourpre ou l'hermine, n'était entré dans le prétoire, où l'accusé l'attendait, avec plus de menaçante et tranquille majesté. Mais je crois bien aussi que jamais juge n'avait été aussi pâle (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 144):
2. Gamelin ne put se défendre de remarquer avec quelque déplaisir combien ces magistrats de l'ordre nouveau ressemblaient d'esprit et de façons aux magistrats de l'ancien régime. Et c'en étaient: Herman avait exercé les fonctions d'avocat général au conseil d'Artois; Fouquier était un ancien procureur au Châtelet. A. France, Dieux ont soif, 1912, p. 111.
Magistrat assis ou magistrat du siège. Membre de la magistrature assise. Magistrat debout ou magistrat du parquet. Membre de la magistrature debout. Cf. magistrature B. Comme le rôle du Parquet est de requérir, jamais de juger, il n'est pas à craindre que l'indépendance de la justice se trouve compromise de ce chef. Il est donc normal que les garanties constitutionnelles soient réservées aux magistrats du siège, les membres du Parquet étant, par nature, sous l'autorité hiérarchique du Garde des Sceaux et, par son intermédiaire, du Gouvernement (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 558).
Magistrat consulaire. Membre d'un tribunal de commerce. Il était alors Adjoint au Maire du Deuxième Arrondissement et venait de recevoir la décoration de la Légion-d'Honneur accordée autant au dévouement du royaliste (...) qu'au magistrat consulaire estimé pour ses lumières, aimé pour son esprit conciliateur (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 409).
Magistrat militaire. Magistrat faisant partie d'un tribunal militaire. [Des généraux] ont été successivement cités par le magistrat militaire et ont comparu devant lui (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 309).
Prononc. et Orth.: [maʒistʀa]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1352-56 «fonction publique» (Bersuire, Tite-Live, Richel. 20312 ter, fo2b ds Gdf.); 2. 1538 «officier civil» (R. Estienne, Dictionarium Latinogallicum d'apr. FEW VI1, 44b); 3. 1548 «membre de l'ordre judiciaire» (Marguerite de Navarre, La Comédie joüee au Mont de Marsan, 420 ds IGLF). Empr. au lat. magistratus «fonction publique», «fonctionnaire public». Fréq. abs. littér.: 1690. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3961, b) 2707; xxes.: a) 2459, b) 876.

Wiktionnaire

Nom commun

magistrat \ma.ʒis.tʁɑ\ masculin (pour une femme on dit : magistrate)

  1. Officier civil revêtu d’une autorité administrative.
    • On trouverait aujourd'hui étrange que des magistrats se missent à la tête de bandes armées, comme cela avait lieu à Rome durant les dernières années de la République. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.275)
    • En France, le président de la République est le premier magistrat.
    • Les préfets, les sous-préfets sont les magistrats de chaque département.
  2. Membre de l'ordre judiciaire (avocat, conseiller, juge, procureur, etc.).
    • Les magistrats acquirent bientôt la conviction que l’empoisonneur était... une empoisonneuse : la propre mère du petit Henri, Charlotte Lamarche, […]. — (Jules Mary, Les filles de la Pocharde, 1897-1898)
    • « Monsieur Brisseau me fait penser à cet oiseau de proie qui surveille ses victimes, qui les attrape dans ses serres et qui prend une grande jouissance dans leur avilissement », a accusé la magistrate lors de sa plaidoirie. — (L'Express, 4 novembre 2005)
    • Dans la logique mentale de leur temps, les magistrats l'accusent et la condamnent de « sorcellerie », crime pour lequel le bourreau l’énuque avec la « hart » de la potence (corde d'infamie). — (Michel Porret, L'ombre du diable: Michée Chauderon, dernière sorcière exécutée à Genève (1652), Éditions Georg, 2009, p. 64)
  3. (Canada) Juge. — Note : Les autres sens ne sont pas vraiment en usage au Canada, sauf en parlant d'autres pays.
    • Le magistrat n'a pas jugé que la preuve établissait hors de tout doute qu'ils était liés à un même groupe criminel. — (Le Devoir, 25 janvier 2007)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAGISTRAT. n. m.
Officier civil revêtu d'une autorité administrative. En France, le président de la République est le premier magistrat. Les préfets, les sous-préfets sont les magistrats de chaque département. Magistrat municipal. Ce mot s'emploie plus particulièrement pour désigner les Membres de l'ordre judiciaire (Conseiller, juge, procureur, etc.). Un magistrat de la Cour de Cassation, de la Cour d'appel, d'un tribunal de première instance.

Littré (1872-1877)

MAGISTRAT (ma-ji-stra ; le t ne se lie pas ; au pluriel, l's se lie : des ma-ji-stra-z intègres) s. m.
  • 1Officier civil qui rend la justice ou maintient la police ou administre un territoire. Un maire, un conseiller municipal sont quelquefois qualifiés de magistrats. D'un magistrat ignorant C'est la robe qu'on salue, La Fontaine, Fabl. V, 14. Ce magistrat dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple, Pascal, Pens. III, 3. Nos magistrats ont bien connu ce mystère : leurs robes rouges, leurs hermines, dont ils s'emmaillotent en chats fourrés, les palais où ils jugent, les fleurs de lis, tout cet appareil auguste était fort nécessaire, Pascal, ib. Sous ces yeux redoutables [de Dieu], notre sage magistrat écoutait également le riche et le pauvre, d'autant plus pur et d'autant plus ferme dans l'administration de la justice que, sans porter ses regards sur les hautes places dont tout le monde le jugeait digne, il mettait son élévation comme son étude à se rendre parfait dans son état, Bossuet, le Tellier. S'il fallait, sans amis, briguant une audience, D'un magistrat glacé soutenir la présence…, Boileau, Lutr. III. Le peuple au champ de Mars nomme ses magistrats, Racine, Brit. I, 2. Les préjugés des magistrats ont commencé par être les préjugés de la nation, Montesquieu, Préf. de l'Esprit des lois. Un paysan du pays allemand, dans le canton de Berne, est persuadé, sans orgueil, que les magistrats ne sont que ses gens d'affaires, Condillac, Étud. hist. II, 2. Les magistrats, dans quelque circonstance et pour quelque grand intérêt de corps que ce puisse être, ne doivent jamais être que magistrats, sans parti et sans passions comme les lois, qui absolvent et punissent sans aimer ni haïr, D'Alembert, Éloges, Montesquieu.

    Sous l'ancienne monarchie les charges de magistrats étaient vénales. L'argent seul au palais peut faire un magistrat, Boileau, Épître V. Vos jeunes magistrats, qui achètent une charge de juge dès qu'ils savent monter à cheval, doivent étaler dans les tribunaux tout ce que l'impertinence a de plus ridicule, Voltaire, Babouc.

  • 2Magistrat de sûreté, nom donné à des fonctionnaires chargés de la poursuite des délits ; ils sont remplacés par les procureurs impériaux.
  • 3Absolument et collectivement. Dans quelques villes, le corps des officiers municipaux (ce sens est latin). Le magistrat fit une proclamation. Le comte de Steinbock, un des généraux suédois, assembla le magistrat de la part du roi, demanda le passage pour les troupes et quelques munitions, Voltaire, Charles XII, 2.

    Il se dit aussi, dans un sens analogue mais plus étendu, de l'ensemble des hauts fonctionnaires civils. Plus le magistrat est nombreux, plus la volonté du corps se rapproche de la volonté générale, Rousseau, Contr. III, 2.

  • 4Magistrats du Pô, du Rhin, commissions chargées de la conservation des rives de ces fleuves.

HISTORIQUE

XIVe s. Sachez que touz offices publiques estoient appellez magistraz en general, Bercheure, f° 2, verso.

XVIe s. Solon voulut que les offices et magistrats demourassent entre les mains des riches citoyens, Amyot, Solon, 30. Il voulut que le peuple seul eust l'authorité d'élire tous les officiers et magistrats publiques, Amyot, Publ. et Sol. 2. Ayant eu à dire qu'il avoit exercé certain honorable magistrat [magistrature] à Rome, Montaigne, IV, 62.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

MAGISTRAT, s. m. (Politique.) ce nom présente une grande idée ; il convient à tous ceux qui par l’exercice d’une autorité légitime, sont les défenseurs & les garants du bonheur public ; & dans ce sens, il se donne même aux rois.

Le premier homme en qui une société naissante eut assez de confiance pour remettre entre ses mains le pouvoir de la gouverner, de faire les lois qu’il jugeroit convenables au bien commun, & d’assurer leur exécution, de réprimer les entreprises capables de troubler l’ordre public, enfin de protéger l’innocence contre la violence & l’injustice, fut le premier magistrat. La vertu fut le fondement de cette autorité : un homme se distingua-t-il par cet amour du bien qui caractérise les hommes vraiment grands ; avoit-il sur ses concitoyens cet empire volontaire & flatteur, fruit du mérite & de la confiance que donne quelquefois la supériorité du génie, & toûjours celle de la vertu ? ce fut sans doute cet homme qui fut choisi pour gouverner les autres. Quand des raisons que nous laissons discuter à la Philosophie, détruisirent l’état de nature, il fut nécessaire d’établir un pouvoir supérieur, maître des forces de tout le corps, à la faveur duquel celui qui en étoit revêtu fût en état de réprimer la témérité de ceux qui pourroient former quelque entreprise contre l’utilité commune & la sûreté publique, ou qui refuseroient de se conformer à ce que le desir de les maintenir auroit fait imaginer ; les hommes renoncerent au nom de liberté pour en conserver la réalité. Ils firent plus : le droit de vie & de mort fut réuni à ce pouvoir suprème, droit terrible que la nature méconnut, & que la nécessité arracha. Ce chef de la société reçut différentes dénominations suivant les tems, les mœurs, & les différentes formes des gouvernemens ; il fut appellé empereur, consul, dictateur, roi, titres tous contenus sous celui de magistrat, pris dans ce sens.

Mais ce nom ne signifie proprement dans notre langue que ceux sur qui le souverain se repose pour rendre la justice en son nom, conserver le dépôt sacré des lois, leur donner par l’enregistrement la notoriété nécessaire, & les faire exécuter ; fonctions augustes & saintes, qui exigent de celui qui en est chargé, les plus grandes qualités. Obligé seulement comme citoyen de n’avoir aucun intérêt si cher qui ne cede au bien public, il contracte par sa charge & son état un nouvel engagement plus étroit encore ; il se dévoue à son roi & à sa patrie, & devient l’homme de l’état : passions, intérêts, préjugés, tout doit être sacrifié. L’intérêt général ressemble à ces courans rapides, qui reçoivent à la vérité dans leur sein les eaux de différens ruisseaux ; mais ces eaux s’y perdent & s’y confondent, & forment en se réunissant un fleuve qu’elles grossissent sans en interrompre le cours.

Si l’on me demandoit quelles vertus sont nécessaires au magistrat, je ferois l’énumération de toutes : mais il en est d’essentielles à son état, & qui, pour ainsi dire, le caractérisent. Telles, par exemple, cet amour de la patrie, passion des grandes ames, ce desir d’être utile à ses semblables & de faire le bien, source intarissable des seuls plaisirs du cœur qui soient purs & exempts d’orages, desir dont la satisfaction fait goûter à un mortel une partie du bonheur de la divinité dont le pouvoir de faire des heureux est sans doute le plus bel apanage.

Il est un temple, & c’est celui de mémoire, que la nature éleva de ses mains dans le cœur de tous les hommes ; la reconnoissance y retrace d’âge en âge les grandes actions que l’amour de la patrie fit faire dans tous les tems. Vous y verrez le consul Brutus offrir à sa patrie d’une main encore fumante le sang de ses enfans versé par son ordre. Quelle est donc la force de cette vertu, qui pour soutenir les lois d’un état, a bien pu faire violer celles de la nature, & donner à la postérité un spectacle qu’elle admire en frémissant ? Vous y verrez aussi Larcher, Brisson, Tardif, victimes de la cause publique & de leur amour pour leur roi légitime, dans ces tems malheureux de séditions & d’horreurs, où le fanatisme déchaîné contre l’état, se baignoit dans les flots du sang qu’il faisoit répandre, garder jusqu’au dernier moment de leur vie la fidélité dûe à leur souverain, & préférer la mort à la honte de trahir leurs sermens. Mânes illustres, je n’entreprendrai pas ici votre éloge ; votre mémoire sera pour moi au nombre de ces choses sacrées auxquelles le respect empêche de porter une main profane.

Magistrat, (Jurisprud.) signifioit anciennement tout officier qui étoit revétu de quelque portion de la puissance publique ; mais présentement par ce terme, on n’entend que les officiers qui tiennent un rang distingué dans l’administration de la justice.

Les premiers magistrats établis chez les Hébreux, furent ceux que Moïse choisit par le conseil de Jéthro son beau-pere, auquel ayant exposé qu’il ne pouvoit soutenir seul tout le poids des affaires, Jéthro lui dit de choisir dans tout le peuple des hommes sages & craignans Dieu, d’une probité connue, & sur-tout ennemis du mensonge & de l’avarice, pour leur confier une partie de son autorité ; de prendre parmi eux des tribuns, des centeniers, des cinquanteniers & dixainiers, ainsi qu’il est dit au xviij. chap. de l’Exode : ceci donne une idée des qualités que doit avoir le magistrat.

Pour faire cet établissement, Moïse assembla tout le peuple ; & ayant choisi ceux qu’il crut les plus propres à gouverner, il leur ordonna d’agir toûjours équitablement, sans nulle faveur ou affection de personnes, & qu’ils lui référeroient des choses difficiles, afin qu’il pût les regler sur leur rapport.

Comme les Israëlites n’avoient alors aucun territoire fixe, il partagea tout le peuple en différentes tribus de mille familles chacune, & subdivisa chaque tribu en d’autres portions de cent, de cinquante, ou de dix familles.

Ces divisions faites, il établit un préfet ou intendant sur chaque tribu, & d’autres officiers d’un moindre rang sur les subdivisions de cent, de cinquante, & de dix.

Moïse choisit encore par l’ordre de Dieu même, avant la fin de l’année, 70 autres officiers plus avancés en âge, dont il se forma un conseil, & ceux-ci furent nommés seniores & magistri populi ; d’où est sans doute venu dans la suite le terme de magistrats.

Tous ces officiers établis par Moïse dans le desert, subsisterent de même dans la Palestine. Le sanhédrin ou grand-conseil des 70 établit son siége à Jérusalem : ce tribunal souverain, auquel présidoit le grand-prêtre, connoissoit seul de toutes les affaires qui avoient rapport à la religion & à l’observation des lois, des crimes qui méritoient le dernier supplice ou du moins effusion de sang, & de l’appel des autres juges.

Il y eut aussi alors à Jérusalem deux autres tribunaux & un dans les autres villes, pour connoître en premiere instance de toutes les affaires civiles, & de tous les délits autres que ceux dont on a parlé.

Les centeniers, cinquanteniers, dixainiers, eurent chacun l’intendance d’un certain quartier de la capitale.

Les Grecs qui ont paru immédiatement après les Hébreux, & qui avoient été long-tems leurs contemporains, eurent communément pour maxime de partager l’autorité du gouvernement & de la magistrature entre plusieurs personnes.

Les républiques prenoient de plus la précaution de changer souvent de magistrats, dans la crainte que s’ils restoient trop long-tems en place, ils ne se rendissent trop puissans & n’entreprissent sur la liberté publique.

Les Athéniens qui ont les premiers usé de cette politique, choisissoient tous les ans 500 de leurs principaux citoyens, dont ils formoient le sénat qui devoit gouverner la république pendant l’année.

Ces 500 sénateurs étoient distribués en dix classes de 50 chacune, que l’on appelloit prytanes ; chaque prytane gouvernoit l’état pendant 35 jours.

Des 50 qui gouvernoient pendant ce tems, on en tiroit toutes les semaines dix, qui étoient qualifiés de présidens ; & de ces dix on en choisissoit sept qui partageoient entre eux les jours de la semaine, & tout cela se tiroit au sort. Celui qui étoit de jour, se nommoit archi, prince ou premier ; les autres formoient son conseil.

Ils suivoient à-peu-près le même ordre pour l’administration de la justice : au commencement de chaque mois, lorsqu’on avoit choisi la cinquantaine qui devoit gouverner la république, on choisissoit ensuite un magistrat dans chaque autre cinquantaine. De ces neuf magistrats appellés archontes, trois étoient tirés au sort pour administrer la justice pendant le mois ; l’un qu’on appelloit préfet ou gouverneur de la ville, présidoit aux affaires des particuliers, & à l’exécution des lois pour la police & le bien public ; l’autre nommé βασιλεύς, roi, avoit l’intendance & la jurisdiction sur tout ce qui avoit rapport à la religion, le troisieme appellé polemarchus, connoissoit des affaires militaires & de celles qui survenoient entre les citoyens & les étrangers ; les six autres archontes servoient de conseil aux trois premiers.

Il y avoit encore quelques autres tribunaux inférieurs pour différentes matieres civiles & criminelles ; ils changeoient aussi de juges les uns tous les mois, les autres tous les ans.

Tous ces tribunaux n’étoient chargés de la police que pour l’exécution ; la connoissance principale en étoit réservée au sénat de l’Aréopage, qui étoit le seul tribunal composé de juges fixes & perpétuels ; on les choisissoit entre les principaux citoyens qui avoient exercé avec le plus d’applaudissement l’une des trois magistratures dont on vient de parler.

Pour ce qui est des Romains, lorsque Romulus eut fondé cet empire, il rendoit lui-même la justice avec ceux des principaux citoyens qu’il s’étoit choisi pour conseil, & qu’il nomma sénateurs. Il distingua le peuple en deux classes ; les patriciens ou nobles, furent les seuls auxquels il permit d’aspirer aux charges de la magistrature ; il accorda aux Plébéïens le droit de choisir eux-mêmes leurs magistrats dans l’ordre des patriciens.

Lorsque les rois furent chassés de Rome, la puissance du sénat s’accrut beaucoup ; la république fut gouvernée par deux consuls qui étoient les chefs du sénat ; ils l’étoient encore du tems d’Auguste, & néanmoins le sénat leur commandoit sur-tout dans la guerre ; on leur donna pour collegue le censeur, dont la charge étoit de faire le dénombrement des citoyens, & d’imposer chacun aux subsides selon ses facultés ; & comme les consuls étoient quelquefois obligés de commander dans les provinces, on nommoit dans les tems de trouble un souverain magistrat, qu’on appella dictateur.

Le préfet de la ville, qui avoit été institué dès le tems de Romulus pour commander en son absence, devint sous Justinien le chef du sénat ; après lui les patrices, les consuls, ensuite les autres officiers, tels que ceux que l’on appelloit préfets & mestres-de-camp ; enfin les sénateurs & les chevaliers, les tribuns du peuple, lesquels avoient été institués par Romulus, & dont le pouvoir augmenta beaucoup sous la république ; les édiles, le questeur & autres officiers.

On créa aussi des tribuns des soldats, des édiles curules, des préteurs, les préfets du prétoire, un maître général de la cavalerie, un maître des offices, un préfet de l’épargne, comes sacrarum largitionum ; un préfet particulier du domaine du prince, comes rerum privatarum ; le grand pouvoir, comes sacri patrimonii ; un maître de la milice, des proconsuls & des légats ; un préfet d’Orient, un préfet d’Auguste, un préfet des provisions, præfectus annonæ ; un préfet des gardes de nuit, præfectus vigilum.

Il y eut aussi des vicaires ou lieutenans donnés à divers magistrats, des assesseurs ou conseillers, des défenseurs des cités, des décurions, des decemvirs, & plusieurs autres officiers.

La fonction de tous ces magistrats n’étoit point érigée en office ; ce n’étoient que des commissions annales qui étoient données par le sénat, ou par le peuple, ou en dernier lieu par les empereurs.

Aucune magistrature n’étoit vénale ; mais comme il se glisse par-tout de l’abus, on fut obligé de défendre à ceux qui briguoient les charges, de venir aux assemblées avec une double robe sous laquelle ils pussent cacher de l’argent, comme ils avoient coutume de faire pour acheter le suffrage du peuple.

Tous ceux qui exerçoient quelque partie de la puissance publique, étoient appellés magistrats, soit qu’ils fussent simplement officiers de judicature, soit qu’ils eussent aussi le gouvernement civil & militaire, ou même qu’ils fussent simplement officiers militaires. Il y avoit des magistrats ordinaires, comme les consuls, les préteurs, &c. & d’autres extraordinaires, comme les dictateurs, le préfet des vivres, &c.

On distinguoit aussi les magistrats en deux classes, savoir en grands & petits magistrats, majores & minores magistratus.

En France on ne donne le nom de magistrats qu’à ceux qui tiennent un certain rang dans l’administration de la justice, tels que le chancelier, qui est le chef de la magistrature, les conseillers d’état & maîtres des requêtes, les présidens & conseillers de cour souveraine, les avocats & procureurs généraux.

Nous avons aussi pourtant des magistrats d’épée, tels que les pairs de France, les conseillers d’état d’épée, les chevaliers d’honneur, les baillis d’épée, les lieutenans criminels de robe courte, les prevôts des maréchaux.

Les juges des présidiaux, bailliages & sénéchaussées royales, sont aussi regardés comme magistrats ; ils en prennent même ordinairement le titre dans leurs jugemens.

Les prevôts des marchands, maires & échevins, & autres juges municipaux qui reçoivent divers noms en quelques provinces, sont aussi magistrats.

Il ne suffit pas à un magistrat de remplir exactement les devoirs de son état, il doit aussi se comporter dans toutes ses actions avec une certaine dignité & bienséance pour faire respecter en lui l’autorité qui lui est confiée, & pour l’honneur de la magistrature en général.

Sur les fonctions & devoirs des magistrats, voyez au digeste le titre de origine juris & omnium magistratuum, & au code le titre de dignitatibus. Loyseau, traité des offices. (A)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « magistrat »

Provenç. magistrat ; espagn. magistrado ; ital. magistrato ; du lat. magistratus, de magister, maître (voy. MAÎTRE). Le plus ancien sens de magistratus est magistrature ; d'où le sens collectif que l'on trouve encore en français.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Du latin magistratus (« magistrature », « charge », « fonction publique »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « magistrat »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
magistrat maʒistra

Citations contenant le mot « magistrat »

  • L'obscénité est tout ce qui se trouve choquer un quelconque magistrat âgé et ignorant. De Bertrand Russell / Look
  • D'un magistrat ignorant C'est la robe qu'on salue. De Jean de La Fontaine / Fables
  • Il n'est pas nécessaire d'être avocat ou magistrat pour savoir que la légalité et la justice sont loin d'être synonymes. De Adolphe-Basile Routhier / Le Centurion
  • La disparition d’Hélène Pignon, une jeune magistrate du parquet de Paris, a ému la justice parisienne. Une cagnotte a été mise en place pour financer les études de sa fille, Margaux. , Le décès brutal de la magistrate Hélène Pignon bouleverse la justice parisienne - Civil | Dalloz Actualité
  • La solution du premier ministre Jean Castex pour lutter contre «les incivilités du quotidien» est perçue par certains magistrats comme un simple «effet d’annonce». Le Figaro.fr, «Juges de proximité»: scepticisme chez les avocats et magistrats
  • La gravité du châtiment est quelquefois moins en raison de la gravité du délit que du talent du magistrat qui en a réclamé la sanction. De Georges Courteline / La Philosophie de Georges Courteline
  • La société est bien gouvernée quand les citoyens obéissent aux magistrats et les magistrats aux lois. De Solon / Sentences des sages de la Grèce
  • Pour avoir quelque autorité sur les hommes, il faut être distingué d'eux. Voilà pourquoi les magistrats et les prêtres ont des bonnets carrés. De Voltaire
  • Les prêtres et les magistrats ne dépouillent jamais leur robe entièrement. De Honoré de Balzac / Maximes et pensées
  • Les magistrats les plus compétents et les plus intègres sont souvent incapables de venir à bout de leurs propres conflits familiaux. De Jiang Zilong / La Vie aux mille couleurs
  • Si la justice est parfois si lente à être rendue, c'est que bien souvent les magistrats, ne sachant pas quoi en faire, hésitent entre la rendre ou la garder pour eux. De Pierre Dac
  • Ils ont donné aux pères une grande autorité sur leurs enfants. Rien ne soulage plus les magistrats ; rien ne dégarnit plus les tribunaux ; rien, enfin, ne répand plus de tranquillité dans un état. De Montesquieu / Les lettres persanes
  • FIGAROVOX/TRIBUNE - L’invocation du magistrat Casamayor en dit long sur les références du nouveau garde des Sceaux, regrette l’avocat Philippe Fontana. Le Figaro.fr, Qui est le magistrat Casamayor, qu’aime citer Éric Dupond-Moretti?
  • Ancien président de la Cour nationale du droit d’asile, Lionel Bounan a choisi, à l’issue d’une carrière  au sein de la magistrature debout de devenir avocat, suivant le chemin inverse de celui du nouveau Garde des sceaux, Éric Dupond-Moretti. SudOuest.fr, Bayonne: le haut magistrat devenu avocat
  • Mais quelle mouche a piqué Macron ? La demi-douzaine d’avocats et de magistrats consultés depuis 19h sont sans voix. Interloqués. Médusés. Sous le choc. Aucun magistrat en poste évidemment ne souhaite être cité pour réagir officiellement à la nomination dans le fauteuil du Garde des Sceaux du « bouffeur de juges » qu’est Eric Dupond-Moretti. « Sa vie durant, ce pénaliste a plaidé en disant qu’il ne pourrait lui même jamais être magistrat et le plus souvent en traitant de nuls de la pire espèce les juges d’instruction qui avaient mené l’enquête et les procureurs qui portaient l’accusation ! Alors forcément, pour tous les juges de ce pays, cette nomination ne pas va être facile à digérer », s’époumone un ancien bâtonnier. « Que Dupond soit le Badinter du nouveau monde, cela en dit long sur ce qu’est le nouveau monde », réagit un autre avocat. « Je ne comprends pas la logique derrière cela, alors qu’on pensait que François Molins remplacerait Nicole Belloubet », réagit un procureur. Marianne, "J’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillé" : des magistrats réagissent à la nomination de Dupond-Moretti à la Justice
  • C'est un magistrat qui a donné l'alerte la semaine dernière. Il était en effet fiévreux depuis quelques jours et présentait des symptômes évocateurs du Covid-19. Il s'est donc fait tester. Un test dont le résultat est revenu positif jeudi dernier. Il a immédiatement prévenu la Présidente du Tribunal judiciaire d'autant que la semaine précédente, ce même magistrat avait tenu deux audiences.   France Bleu, EXCLU - 4 cas de covid-19 détectés au Tribunal judiciaire de Toulon
  • Il s’agit du nom de plume du magistrat Serge Fuster, décédé en 1988. En tant que magistrat, il a participé au procès de Nuremberg, faisant parti de la délégation française. Ce n’est pas la première fois que celui qui est désormais garde des Sceaux évoque cette figure, puisqu’il aime particulièrement citer une de ses phrases sur la justice en France : "La justice est une erreur millénaire qui veut que l’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu".  Planet, Éric Dupond-Moretti : qui est Casamayor, l’homme qu’il cite régulièrement ?
  • Réserves et incompréhensions. Les magistrats sont restés interloqués quand Jean Castex a annoncé la création d’un «juge de proximité». Cela revient à vouloir réformer «pour la énième fois le petit pénal, que nous traitons déjà», tempêtait mercredi un juge de correctionnel de région parisienne dans la foulée de la déclaration du premier ministre. Le Figaro.fr, Les magistrats accueillent fraîchement le retour des juges de proximité
  • Elle ne laisse en tout cas pas indifférent. « Je suis bouleversé par cette poursuite, a indiqué Vincent Nioré lors de son audition, car j'entretiens depuis des années d'excellents rapports avec les magistrats dans un respect mutuel, en dépit de l'âpreté voire de la violence du débat judiciaire. » leparisien.fr, Au tribunal de Paris, passe d’armes entre avocats et magistrats - Le Parisien

Images d'illustration du mot « magistrat »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « magistrat »

Langue Traduction
Anglais magistrate
Espagnol magistrado
Italien magistrato
Allemand richter
Chinois 地方法官
Arabe قاضي
Portugais magistrado
Russe магистрат
Japonais 奉行
Basque magistratu
Corse magistratu
Source : Google Translate API

Synonymes de « magistrat »

Source : synonymes de magistrat sur lebonsynonyme.fr
Partager