Lustre : définition de lustre


Lustre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

LUSTRE1, subst. masc.

A. − ANTIQ. ROMAINE. Sacrifice expiatoire qui avait lieu tous les cinq ans lors du recensement de la population; le recensement lui-même. (Dict. xixeet xxes.). Dans l'année païenne, dont Quintus Aucler proposait le rétablissement, les jours de fête ne manquaient pas (...). Telles (...) le grand Lustre, qui ne revient que tous les cinq ans (Nerval,Illuminés,1852, p. 429).
B. − P. méton.
1. Littér. Période de cinq années. Jacques Cadignan avait alors atteint son neuvième lustre (Bernanos,Soleil Satan,1926, p. 62).Un moment passa, peut-être un an, un lustre, une décade; vraiment, je ne saurais dire (Duhamel,Suzanne,1941, p. 181).
2. P. ext., au plur. Période approximative, relativement longue. Jamais épingle avalée et reparue après des lustres à votre genou droit (...) ne vous causa mal plus bref mais plus aigu (Giraudoux,Siegfried et Lim.,1922, p. 208).Il y avait encore dans le tiroir de la commode (...) deux ou trois de ces chemises tuyautées (...) jaunies depuis des lustres (Druon,Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 42).
Prononc. et Orth.: [lystʀ ̭]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1213 «sacrifice expiatoire pratiqué dans la Rome antique tous les cinq ans, lors du recensement» (Faits des Romains, éd. L.-F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 337, 26); 2. 1611 «période de cinq ans» (Cotgr.). Empr. au lat. lustrum «id.».

LUSTRE2, subst. masc.

A. −
1. Éclat, naturel ou artificiel, de ce qui est brillant ou poli. Le lustre de l'argenterie, du parquet. L'aspect terne et mat de cette peinture [à fresque] qui ressemble à du pastel fixé, surprend l'œil habitué au lustre de l'huile (Gautier,Guide Louvre,1872, p. 100).Un méchant complet bleu sombre dont le pantalon tirebouchonne, dont la mauvaise teinture vire au violâtre, sous un lustre d'usure à la limite de l'effrangement (Genevoix,Avent. en nous,1952, p. 68):
1. ... M. Mercoeur, ancien capitaine de dragons qui (...) avait obtenu quelque richesse maintenant visible dans le lustre de ses bottes à glands (...), de son col en satin, et de ses moustaches lissées à la pommade hongroise. Adam,Enf. Aust.,1902, p. 265.
Loc. Donner du lustre (à qqc.). Faire briller (quelque chose). Une eau merveilleuse pour donner du lustre à la peau (Labiche,Trente millions Gladiator,1875, I, 8, p. 26).J'ai baigné, j'ai savonné mon pauvre chien dans ma baignoire. J'espérais que la propreté allait donner quelque lustre à son poil! (Gide,Journal,1906, p. 210).
2. P. méton.
a) Apprêt (des étoffes, des fourrures) qui donne de l'éclat. Ses vêtements un peu neufs, mais d'un lustre éteint et d'une coupe irréprochable (Villiers de L'I.-A.,Contes cruels,1883, p. 311).
b) CÉRAM. Enduit irisé, brillant et peu épais que l'on applique le plus souvent sur l'émail cuit. Les lustres utilisés en céramique sont constitués par des résinates métalliques (Coffignier,Vernis,1921, p. 627).
B. − Au fig. et littér. Éclat, relief que confère (à une personne, un peuple, une oeuvre) une qualité particulière, une valeur positive. Servir de lustre (Ac. 1798-1935). Dépouillons l'écrivain du lustre que lui conserve encore la tradition et regardons-le dans la réalité de sa vie d'artisan d'idées et de praticien du langage écrit (Valéry,Regards sur monde act.,1931, p. 210).
En loc. verb. Elle [la science] est nécessaire comme toute autre chose; elle orne, elle donne du lustre à un pays (Renan,Avenir sc.,1890, p. 123).[Les] fugues du clavecin (...) en ut majeur et en si bémol ne prennent tout leur lustre que jouées avec la plus exquise délicatesse (Gide, Journal, 1929, p. 919).
Vieilli. Dans son lustre (Ac. 1798), dans tout son lustre (Ac. 1835, 1878). Dans toute sa beauté, dans tout son éclat.
Rem. Toujours au sing. dans les emplois A et B.
C. − Appareil d'éclairage décoratif formé de plusieurs branches portant autrefois des bougies, des becs de gaz, aujourd'hui des lampes électriques, suspendu au plafond d'une pièce d'appartement, d'une salle, d'un théâtre ou d'une église. Lustre électrique; lustre à cristaux; lustre en cristal; lustre de style. Au plafond, un lustre hollandais dont une seule lampe est allumée; économie. Une mouche d'hiver se chauffe, mélancolique, sur l'ampoule (Duhamel,Journal Salav.,1927, p.162).Un lustre en baccarat compliqué pendait au plafond (Van der Meersch,Invas. 14,1935, p. 153).
Au fig., loc. [En parlant d'un bruit, de mouvements particulièrement importants] À en décrocher les lustres. Au milieu du bastringue, plusieurs couples dansaient le cancan à en décrocher les lustres (Benoit,Atlant.,1919, p.204):
2. Et dès que vous avez fini, ce sont des applaudissements à décrocher les lustres, et vous ne pouvez même pas vous en aller en paix. Il faut revenir saluer dix fois, douze fois et même davantage. Duhamel,Cécile,1938, p. 135.
Prononc. et Orth.: [lystʀ ̭]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1482 [ms. 1507] au fig. «éclat» (Guillaume Flamang, Vie et passion de monseigneur St Didier, éd. J. Carnandet, p. 34: Lengres est lustre lumineux, Louange, lyesse louable); 1489 au propre et au fig. (R. Gaguin, Le Passe-Temps d'oysiveté ds Rec. poés. fr. t. 7, p. 262: Ars et trousses nous eslevons Et nous mirons au lustre d'armes); 1547 au propre (J. Martin, Architecture [trad. de Vitruve], p. 104 ro: icelles incrustatures [...] pourront durer en vigueur iusques a bien longue vieillesse, et davantage avoir un lustre dont il ne se perdra tant soit peu); spéc. 1586 «apprêt qui donne aux étoffes leur éclat» (Rec. de doc. tirés des anc. minutes de notaires, déposés aux Arch. de l'Yonne, éd. E. Drot, p. 94 ds IGLF); 2. 1657 «appareil d'éclairage suspendu au plafond, et portant plusieurs bougies ou plusieurs lampes» (Villiers, Journal d'un voy. à Paris, p. 66 ds Gay: lustres de cristal). Empr. à l'ital. lustro «gloire, renommée» (Giordano da Pisa ds Batt.), «éclat, luminosité» (ca 1336, Boccace, ibid.), déverbal de lustrare «rendre fameux, illustre» (dep. 2emoitié xiiies., ibid.), aussi «illuminer, éclairer», empr. au lat. lustrare «éclairer», propr. «purifier par un sacrifice expiatoire», dér. de lustrum (lustre1*). Fréq. abs. littér.: 729. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 872, b) 1 595; xxes.: a) 1 102, b) 838.
DÉR.
Lustrerie, subst. fém.a) ,,Ensemble de lustres destinés à l'éclairage`` (Lar. Lang. fr.). Les migrateurs de mon espèce, qui ne s'embarrassent ni d'éclairages sous corniches (...) ni de lustrerie, vous troussent une installation en 48 heures (Colette dsLar. Lang. fr.).b) Fabrique, commerce des lustres. [Lyon]. Études: quatre ans − professions: mécanique générale, mécanique de précision, chaudronnerie et chauffage central, construction électrique, bronze d'art et lustrerie (Encyclop. éduc.,1960, p. 173).[lystʀ ɔ ʀi]. 1reattest. 1868 (Monit. univ., 22 mai, p. 732, 3ecol. ds Littré Suppl.); de lustre2, suff. -erie*.
BBG. Duch. Beauté. 1960, p. 110. − Hope 1971, p. 43. − Kohlm. 1901, p. 22. − Wind 1928, p. 192.

Lustre : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

lustre \lystʁ\ masculin

  1. (Antiquité romaine) Époque de la cérémonie du cens qui revenait tous les cinq ans et où l’on aspergeait le peuple romain assemblé avec de l’eau lustrale.
  2. (Antiquité romaine) Sacrifice expiatoire qui avait lieu à la période du cens.
  3. (Par analogie) Durée de cinq ans.
    • Car si de 673, qui est l’année en laquelle Faustin a bâti cette église, on en ôte dix-huit lustres, c’est-à-dire quatre-vingt-dix ans, qui s’étaient écoulés depuis la mort de saint Maur jusqu’à la construction de cette église, on trouvera que cela revient à l’an 583, qui convient fort bien au temps du décès de ce saint. — (Dom Thierry Ruinart, Apologie de la mission de saint Maur, apôtre des bénédictins en France, chapitre IV, § IV, Pierre de Bats, Paris, 1702, pages 40 et 41)
    • A-t-on idée de choisir comme pseudo : Si seule ? A-t-on idée d’exposer un cas archi-banal, ridicule ? On est secrétaire, on habite évidemment un sixième, on palpite depuis un lustre pour un voisin de palier, digne jeune homme, caissier de son état, qui lui coule des œillades et qui n’ose… Faut-il oser le faire oser ? — (Hervé Bazin, Chapeau bas, Seuil, 1963, Le Livre de Poche, page 164)
  4. (Par analogie)(Familier) Longue durée.
    • Ça fait des lustres que je ne t’avais vu.
    • Faut pas prendre les gens pour des cons, qu’ils diront les médecins militaires, et ça t’empêchera pas, mon vieux, d’y aller à la manœuvre, avec la bande à Velpeau, et un coup de pied dans l’arrière-train, plus quatre-vingt-dix jours de forteresse pour couronner le tout, si c’est pas le conseil de guerre, Biribi, Foum, Tataouine et compagnie, et nous, les marrons du feu, on aura la police au cul pendant quelques lustres, tu comprends ? — (Georges Perec, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, Denoël, 2000, collection Folio, page 74)

Nom commun 2

lustre \lystʁ\ masculin singulier

  1. (Au singulier) Éclat que l’on donne à un objet, soit en le polissant, soit en faisant usage de quelque eau, de quelque composition.
    • Pierre tint serrés les cordons de sa bourse ; il ne voulut pas entendre parler d’embellissements ; l’ancien mobilier, fané, usé, éclopé, dut servir sans être seulement réparé. Félicité, qui sentait vivement, d’ailleurs, les raisons de cette ladrerie, s’ingénia pour donner un nouveau lustre à toutes ces ruines ; elle recloua elle-même certains meubles plus endommagés que les autres ; elle reprisa le velours éraillé des fauteuils. — (Émile Zola, La Fortune des Rougon, G. Charpentier, Paris, 1871, ch. II ; réédition 1879, p. 81-82)
    • La laine est d’autant meilleure que les brins sont égaux […]. Enfin on recherche le lustre, l’éclat, puis le moelleux qui s’apprécie au toucher. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature. 1re partie : Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
    1. (Au singulier) (Par extension) La composition même dont les fourreurs, les chapeliers se servent pour donner du lustre aux fourrures, aux chapeaux de soie, etc.
    2. (Au singulier) L’éclat que donne la parure, la beauté, le mérite, la dignité, etc.
      • D’abord l’honneur de l’armée était en cause. Pourquoi ? Comment ? Parce que c’était porter atteinte au lustre de l’institution militaire que d’admettre que sept officiers se fussent trompé ? — (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942, p. 97)
      • Pleines de zèle, elles entendaient donner à leur restaurant ce lustre discret dû à une propagande chuchotée de bouche à oreille et qui permettaient de majorer les prix en donnant l’impression à ceux qui réglaient leur note qu’ils étaient des privilégiés. — (Exbrayat, Au « Trois cassoulets », Le Masque, Librairie des Champs-Élysées, 1971, page 30)
    3. (Vieilli) Vernis métallique irisé, utilisé pendant la Renaissance pour donner couleur et éclat aux décorations des poteries.
  2. Appareil d’éclairage, de cristal, de bronze, de bois, etc., à plusieurs branches, qu’on suspend au plafond.
    Lustre montgolfière à pendeloques.
    • Un lustre de cristal éclairait la salle.
    • Le lustre de l’Opéra.

Forme de verbe

lustre \lystʁ\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de lustrer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de lustrer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de lustrer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de lustrer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de lustrer.
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Lustre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LUSTRE. n. m.
État que l'on donne à un objet, soit en le polissant, soit en faisant usage de quelque eau, de quelque composition. Le lustre d'une étoffe. Cette étoffe n'a point de lustre, a perdu son lustre. La moindre pluie ôte à ces chapeaux tout leur lustre. Il signifie aussi la Composition même dont les fourreurs, les chapeliers se servent pour donner du lustre aux fourrures, aux chapeaux de soie, etc. Il désigne figurément l'Éclat que donne la parure, la beauté, le mérite, la dignité, etc. Cette charge lui donne un certain lustre. Le malheur a donné un nouveau lustre à sa gloire. La vertu emprunte de la modestie son plus beau lustre. Il vieillit. Servir de lustre se dit de Ce qui, par le contraste de son imperfection, rehausse ou fait valoir l'agrément, le mérite d'une personne ou d'une chose. Dans toutes les acceptions qui précèdent, Lustre n'a point de pluriel.

LUSTRE se dit aussi d'un Appareil d'éclairage, de cristal, de bronze, de bois, etc., à plusieurs branches, qu'on suspend au plafond. Un lustre de cristal éclairait la salle. Le lustre de l'Opéra.

Lustre : définition du Littré (1872-1877)

LUSTRE (lu-str') s. m.
  • 1Le brillant et le poli que l'on donne à un objet ou qu'un objet a naturellement. Une perle… D'assez de lustre, pour être La marque d'un si beau jour, Malherbe, II, 5. Sublimé et esprit de vin, pour donner le bel œil et le lustre, Réglem. sur les manuf. août 1669, Teint. en laine, art. 14. Un poil court [chez le zèbre] dont le lustre augmente encore la beauté des couleurs, Buffon, Morceaux choisis, p. 181. Un trait de noir tombe de la gorge sur la poitrine, qui est ainsi que l'estomac d'un noir relevé d'un beau lustre violet, Buffon, Ois. t. XV, p. 155.

    En ce sens, il ne se dit pas au pluriel.

  • 2Composition dont les pelletiers et les chapeliers se servent pour rendre luisants les manchons et les chapeaux. Un bon lustre. Les lustres ne sont pas les mêmes dans les différents ateliers.
  • 3 Fig. Éclat que l'on compare au brillant des choses lustrées. Ne me reprochez plus que par mes cruautés Je tâche à conserver mes tristes dignités ; Je dépose à vos pieds l'éclat de leur faux lustre, Corneille, Poly. V, 6. La prison de M. le Prince avait ajouté un nouveau lustre à sa gloire, La Rochefoucauld, Mém. 148. On peut donner du lustre à leurs inventions [des anciens] ; On le peut, je l'essaie ; un plus savant le fasse, La Fontaine, Fabl. II, 1. Pâleur… dont la cause était telle, Qu'elle donnait du lustre à notre belle, La Fontaine, Court. Je veux vous faire voir cette méthode dans tout son lustre, Pascal, Prov. VII. Le cabinet de M. de Coulanges est trois fois plus beau qu'il n'était ; vos petits tableaux sont en leur lustre et placés dignement, Sévigné, 10 nov. 1673. Parlerai-je de sa prudence si avisée dans la conduite de sa maison [un couvent] ? chacun sait que sa sagesse et son économie en a beaucoup relevé le lustre, Bossuet, Yol. de Monterby. Aimez donc la raison ; que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix, Boileau, Art p. I. C'est un homme qui est de mise un quart d'heure de suite, qui, le moment d'après, baisse, dégénère, perd le peu de lustre qu'un peu de mémoire lui donnait, et montre la corde, La Bruyère, II. Le malheur ajoute un nouveau lustre à la gloire des grands hommes, Fénelon, Tél. XX.

    Servir de lustre, se dit de ce qui, par le contraste de son imperfection, fait valoir davantage l'agrément, le mérite d'une personne ou d'une chose.

    En ce sens, lustre ne se dit pas au pluriel.

  • 4Chandelier de cristal, de cuivre ou d'autre substance, à plusieurs branches qu'on suspend au plafond. Puis cet homme et son fils le portent [l'âne] comme un lustre, La Fontaine, Fabl. III, 1. Il entre à l'appartement et passe sous un lustre où sa perruque s'accroche et demeure suspendue, La Bruyère, XI.

    Particulièrement. Grand lustre garni de lumières qu'on suspend au milieu d'une salle de spectacle. Se placer sous le lustre au parterre.

    Chevalier du lustre, claqueur qui se tient ordinairement au parterre sous le lustre dans un théâtre.

  • 5Lustre d'eau, nom vulgaire de l'hottone des marais (primulacées).

    Un des noms de la charagne vulgaire (characées), dite aussi girandole d'eau, charagne, et herbe à écurer, Legoarant

HISTORIQUE

XVIe s. Elle apparoist tousjours sur toutes les plus belles, Et leurs perfections font lustre à sa beauté, Desportes, Diverses amours, XL, stances. Ainsi comme les escus faulx, et qui ne sont pas de bon aloy representent seulement le lustre de la splendeur de l'or…, Amyot, Comm. discerner le flatteur de l'ami, 5. Chasque chose a plusieurs biais et plusieurs lustres [aspects], Montaigne, I, 272. S'arrester à l'escorce, ou regarder la chose par quelque faulx lustre, Montaigne, II, 101. Un roi use bien de la perfidie de ses ennemis, quand il la fait servir de lustre à sa foi, D'Aubigné, Hist. III, 467. Si tost que [vous ligueurs] veistes qu'on parloit à vous à coups de canon, et que le roy de Navarre estoit venu assister et secourir son frere [Henri III], la frayeur vous saisit tellement au lustre des escharpes blanches [celle des protestants], que ce fut à vous de vous retirer en diligence par des chemins esgarez, Sat. Mén. Harangue d'Aubrai.

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Lustre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

LUSTRE, s. m. (Botan.) le lustre, ou la girandole d’eau, est un genre de plante que M. Vaillant nomme en Botanique chara, & qu’il caractérise ainsi dans les Mém. de l’acad. des Scienc. ann. 1719.

Ses fleurs naissent sur les feuilles ; chaque fleur est incomplette, réguliere, monopétale & androgine : elles portent sur le sommet d’un ovaire dont les quartiers figurent une couronne antique. Par-là, cet ovaire devient une capsule couronnée, laquelle est monosperme. Les feuilles sont simples, sans queue, & disposées en rayons qui accollent la tige d’espace en espace. Celles d’où naissent les fleurs, sont découpées ; de maniere que les segmens d’un côté se trouvent directement opposés à ceux de l’autre, pour former ensemble comme des mors de pincettes, dans chacun desquels un ovaire est engagé.

M. Linnæus prétend que le caractere de ce genre de plante consiste en ce que le calice est petit & composé de deux feuilles. Il est fort douteux que la fleur soit monopétale, & même qu’il y en ait une. Il n’y a point d’apparence d’étamines, ni de stile. Le germe du pistil est ovale, la graine est unique, & est d’une forme ovoïde & alongée.

Le chara & ses especes ont été mal rangés avant M. Vaillant parmi les equisetum ou prêles. Ces plantes n’ont d’autre rapport ensemble, qu’en ce que les feuilles du prêle & les branches de celui-ci sont disposées de la même maniere.

Le nom de lustre ou de girandole d’eau donné par M. Vaillant au chara, est fondé sur ce que ses verticilles ou rangs de feuilles chargés d’ovaires couronnés représentent assez bien ces sortes de chandeliers branchus, qu’on nomme lustres ou girandoles. (D. J.)

Lustre, s. m. (Littér. rom.) lustrum ; espace que les anciens & les modernes ont constamment regardé comme un intervalle de cinq ans. En effet, comme le cens devoit naturellement avoir lieu tous les cinq ans, cet espace de tems prit le nom de lustre, à cause d’un sacrifice expiatoire que les censeurs faisoient à la clôture du cens, pour purifier le peuple.

Si nous approfondissions cependant le véritable état de la chose, nous ne trouverions point de raison suffisante pour donner au lustre la signification précise de cinq ans ; nous verrions au contraire que le cens & le lustre furent célébrés le plus souvent sans regle, dans des tems incertains & différens, suivant l’exigence particuliere & les besoins de la république.

Ce fait résulte invinciblement & du témoignage des anciens auteurs, & des monumens antiques, tels que les fastes gravés sur le marbre & conservés au capitole, où l’on voit une suite de magistrats de la république, ainsi qu’un abregé de leurs actions, depuis les premiers siecles de Rome. Par exemple, Servius Tullius qui établit le cens, adopta le lustre, & qui ne fit que quatre fois l’estimation des biens & le dénombrement des citoyens, commença à régner l’an 175, & son regne dura trente-quatre ans : Tarquin le superbe son successeur ne tint point de cens.

Les consuls P. Valerius & T. Lucretius rétablirent l’institution de Servius, & tinrent le cinquieme cens, l’an de Rome 245 : les marbres du capitole manquent à cette époque, & l’on y voit une la cune qui comprend les sept premiers lustres, mais ils marquent que le huitieme fut fait l’an de Rome 279 ; de sorte que les trois premiers lustres célébrés par les consuls, forment un intervalle de 34 ans.

Ce fut à la création des censeurs l’an de Rome 311, qu’on célébra le onzieme lustre qui à un an près, a le même intervalle que les trois derniers tenus par les consuls.

Le douzieme lustre, selon les marbres du capitole, se rapportent à l’an de Rome 390 ; ce qui montre que sous les censeurs créés afin de faire le dénombrement du peuple, & d’en estimer les biens, les neuf premiers lustres l’un dans l’autre, embrassent chacun d’eux à peu près l’espace de neuf années.

Le dernier lustre fut fait par les censeurs Appius Claudius & L. Pison l’an de Rome 703, & ce fut le 71e lustre. Si donc on compte les lustres, depuis le premier célébré par les censeurs jusqu’au dernier, on trouve entre chacun des 60 lustres intermédiaires, un intervalle d’environ six ans & demi : tel est le véritable état des choses. Il en résulte avec évidence, que quoique le tems & l’usage aient attaché l’idée d’un intervalle de cinq ans au mot lustre, c’est sans fondement que cet usage s’est établi.

Au reste, l’on n’a pas eu moins de tort d’écrire que Servius Tullius est l’auteur du lustre pris pour le sacrifice expiatoire du peuple. Servius Tullius n’inventa que le cens ou le dénombrement. Le lustre, la lustration, le sacrificium lustrale étoit d’usage avant ce prince ; je le prouve par ce passage de Tite-Live qui dit que Tullus Hostilius ayant gagné la bataille contre les habitans d’Albe, prépara un sacrifice lustrale ou expiatoire pour le lendemain à la pointe du jour. Après que tout fut préparé selon la coutume, il fit assembler les deux armées, &c. Sacrificium lustrale in diem posterum parat, ubi illuxit. Paratis omnibus, ut assolet, vocari ad concionem utrumque exercitum jubet, &c.

Servius Tullius adopta seulement pour la clôture du cens le même sacrifice lustral, pratiqué avant lui par Tullus Hostilius, lors de sa bataille contre les Albains.

Si le mot lustrum, lustre, ne vient pas de lustrare, purifier, peut-être est-il dérivé de luere qui signifioit payer la taxe à laquelle chaque citoyen étoit imposé par les censeurs : c’est du moins le sentiment de Varron. (D. J.)

Lustre, (Chapeliers.) On donne souvent le lustre aux chapeaux avec de l’eau commune, à quoi on ajoûte quelquefois un peu de teinture noire : le même lustre sert aux peaussiers, excepté qu’ils ne se servent jamais de teinture noire pour leurs fourrures blanches. Lorsqu’ils veulent donner le lustre à des fourrures très-noires, ils préparent quelquefois pour cela un lustre de noix de galle, de couperose, d’alun romain, de moëlle de bœuf, & d’autres ingrédiens. On donne le lustre aux draps, aux moëres, en les passant à la calandre, ou les pressant sous la calandre. Voyez Calandre.

Lustre, en terme de Boursiers, c’est une espece de vernis fait de blancs d’œufs, de gomme, & d’encre, dont les boursiers se servent pour rendre leurs calottes de maroquin luisantes.

Lustre, (Corroyeurs.) Les Corroyeurs s’y prennent de différentes façons pour donner le lustre à leurs cuirs, selon les différentes couleurs qu’ils veulent lustrer. Pour le noir, ils donnent le premier lustre avec le jus du fruit de l’épine-vinette, & le second avec un composé de gomme arabique, de bierre douce, de vinaigre, & de colle de Flandre qu’ils font bouillir ensemble. Pour les couleurs, ils se servent d’un blanc d’œuf battu dans de l’eau. On donne le lustre au maroquin avec du jus du fruit de l’épine-vinette & du jus d’orange ou de citron.

Lustre, (Pelletiers.) Les Pelletiers se servent du même lustre que les Chapeliers, à l’exception qu’ils ne mettent point de teinture sur les fourrures blanches & sur celles qui sont d’une couleur claire. Quelquefois cependant ils composent un lustre pour les fourrures très-noires, & principalement pour celles qu’ils emploient aux manchons. Il y entre de la noix de galle, de la couperose, de l’alun de Rome, de la moëlle de bœuf, & quelques autres drogues.

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Étymologie de « lustre »

Étymologie de lustre - Littré

Lat. lustrare, purifier, nettoyer, d'où dérivent tous les sens actuels de lustre : brillant, poli, éclat, ustensile portant plusieurs lumières ; et, comme lustre, espace de cinq ans, tient aussi à lustrare, on voit que lustre tient à lustrum par l'intermédiaire de lustrare. Lustrare, dénominatif de lustrum, tient par le radical à luo, lavo, laver.

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Étymologie de lustre - Wiktionnaire

(Nom 1) (1213) Du latin lustrum (« sacrifice purificatoire pratiqué tous les cinq ans »).
(Nom 2) (1482) De l’italien lustro (« éclat »), déverbal de lustrare → voir lustrer, illustrer et illustre.
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Phonétique du mot « lustre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
lustre lystr play_arrow

Citations contenant le mot « lustre »

  • « Pour illustrer l’intérêt de notre connecteur, sachez que lorsque vous devez migrer 200 millions de petits fichiers depuis un cluster Lustre, il faut 24 heures rien que pour répertorier tous les éléments déplaçables. Notre composant FastScan Server permet de faire cette opération en seulement 21 secondes », argumente-t-il. LeMagIT, Sauvegarde : Atempo veut proposer le plus de fonctions inédites possible
  • Lors de ce prime spécial Noël en effet, les acheteurs d'Affaire conclue se sont livrés une véritable bataille pour acquérir un bien d'exception, qui a réussi à se classer à la troisième marche des records de vente de l'émission. Il s'agit d'un lustre magnifique en verre de Murano, apporté par Maxime, un gérant d'un magasin de décoration en Haute-Loire. "Ce lustre était voué à être abandonné voire détruit", a raconté le jeune homme à Sophie Davant, époustouflée par la beauté de cet objet. C'est grâce à un ami qu'il a pu récupérer ce lustre, qui se trouvait dans un casino de Haute-Savoie. Soufflée par ce bien très bien conservé, la commissaire-priseuse l'a estimé à 3.000 euros. "Une estimation plutôt raisonnable", dont Maxime veut profiter pour rénover une ferme. Mais les acheteurs ont fait grimper le prix de ce lustre... jusqu'à atteindre des sommets ! Telestar.fr, Affaire conclue, le prime de Noël : quel objet s'est installé à la troisième place des records de vente ? - Télé Star
  • Maxime Tournier, commerçant altiligérien, a réalisé la vente d’un lustre Murano dans l’émission "Affaire conclue" lors du prime de Noël, lundi 21 décembre, diffusé sur France 2. , Haute-Loire. Un Altiligérien vend un lustre 14.900 euros dans "Affaire conclue" sur France 2
  • La pièce proposée par l’Altiligérien est à la fois grandiose et rare. Le lustre se compose de 300 palmettes individuelles de verre cuites dans les fours de Murano, à côté de Venise. Il représente un palmier qui diffuse une lumière orangée donnant une ambiance très particulière typique des années 1960. Maxime n’a ni hérité, ni acheté cet objet de décoration monumental. Aux caméras de France 2, il a confié que c’est un ami qui lui a permis de le récupérer ainsi qu’un second lustre composant la paire... www.leveil.fr, Un Altiligérien vend un lustre 14.900 euros dans l'émission Affaire conclue, sur France 2 - Le Monastier-sur-Gazeille (43150)
  • L'Académie existe par les écrivains. Le lustre justifié dont elle éclate aux yeux du monde lui vient parfois beaucoup moins des écrivains qui la composent que des écrivains qui sont en dehors d'elle. De Jean Giraudoux / Littérature
  • La grâce de la nouveauté est à l’amour ce que la fleur est sur les fruits : elle y donne un lustre qui s’efface aisément, et qui ne revient jamais. De François de La Rochefoucauld
  • Il en faut pas en demander beaucoup à ceux qui sont fascinés par le lustre de leurs souliers. De Réjean Ducharme / L'océantune
  • L’amitié donne son lustre à la prospérité, et soulage en partageant les fardeaux de l’adversité. De Cicéron
  • Petit feu ne peut jeter grand lustre. Clément Marot, Épîtres, le Dépourvu

Traductions du mot « lustre »

Langue Traduction
Corse candelabru
Basque kriseilua
Japonais シャンデリア
Russe люстра
Portugais lustre
Arabe الثريا
Chinois 吊灯
Allemand leuchter
Italien lampadario
Espagnol candelabro
Anglais chandelier
Source : Google Translate API

Synonymes de « lustre »

Source : synonymes de lustre sur lebonsynonyme.fr

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