La langue française

Accueil > Dictionnaire > Définitions du mot « infiniment »

Infiniment

Définitions de « infiniment »

Trésor de la Langue Française informatisé

INFINIMENT, adv.

A. −
1. THÉOL. [S'agissant de Dieu, du divin] De manière infinie, sans limites. Dieu, disent les croyants, ne peut être conçu que comme infiniment bon, infiniment sage, infiniment puissant, etc. (Proudhon, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 362).L'existence de l'être parfait, infiniment bon et tout-puissant, qui a fait de rien le ciel et la terre (Martin du G., J. Barrois,1913, p. 223).
2. MATH., PHYS., BIOL. [En parlant d'éléments, de concepts mesurables] À l'opposé de ce cas théorique de la couche infiniment mince, envisageons avec J. Perrin le cas d'une couche suffisamment épaisse pour absorber complètement la radiation incidente d'intensité J. (M. Curie, Luminescence,1934, p. 44).Sur ce système de plans infiniment rapprochés, qui constitue la surface de Riemann de F (Z), la fonction F (Z) est uniforme (Gds cour. pensée math.,1948, p. 166).Il définit le carré de la distance de deux points infiniment voisins de cette variété par une forme quadratique positive (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 45).
Infiniment petit. Plus petit que toute quantité donnée, et dont la limite est zéro, concept auquel on parvient ,,en imaginant une quantité fonction d'une variable et qui décroît infiniment sans jamais s'annuler, mais en devenant plus petite que tout nombre arbitraire fixé, à mesure que la variable tend vers une certaine valeur`` (Uv.-Chapman 1956). Un courant électrique infiniment petit; un angle infiniment petit. Maintenant supposons que ce volume devienne infiniment petit dans ses trois dimensions (Poisson,Mécan. t. 1,1811,p. 168)Infiniment grand. ,,Plus grand que toute quantité donnée. − Ne se dit que des grandeurs considérées comme variables, et même plus spécialement d'un nombre qui s'accroît indéfiniment. − On ne dit pas usuellement de l'espace qu'il est « infiniment grand », mais qu'il est infini`` (Lal. 1968). On dit qu'une quantité infiniment grande tend vers l'infini (→ ∞) :
1. On calcule des arcs de courbe en les considérant comme la somme d'un nombre infiniment grand de segments rectilignes infiniment petits, une aire plane en l'assimilant à la somme d'un nombre infiniment grand de rectangles infiniment étroits. Gds cour. pensée math.,1948, p. 381.
L'infiniment petit, l'infiniment grand. Ce qui est infiniment petit, ce qui est infiniment grand. Là, comme partout dans l'Inde, l'infiniment petit et l'infiniment grand se touchent (Faure, Hist. art,1912, p. 167):
2. Ainsi se déroule depuis vingt ans la ronde des images du kaléidoscope des problèmes atomiques, politiques ou techniques, depuis l'infiniment petit de la matière jusqu'à l'infiniment grand de la destruction, en passant par la forme la plus concentrée de l'énergie. Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 274.
Au fig. [En parlant d'une chose sans importance, d'un détail imperceptible] Ce qui est très petit, sans importance. C'était le moucheron écrasé, le dernier triomphe sur l'obstination cuisante de l'infiniment petit, toute l'île envahie et conquise (Zola, Bonh. dames,1883, p. 758).
B. − P. hyperb. Extrêmement, énormément, de façon illimitée.
1. [Déterminant un verbe] Je vous remercie infiniment. Si vous pouvez vous priver de ce voyage, vous m'obligerez infiniment (Flaub., Corresp.,1869, p. 21).Charles Morice te plairait infiniment. Grand type froid et exquis (Alain-Fournier, Corresp. [avec Rivière], 1906, p. 278).D'où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature (Proust, Swann,1913, p. 45).
2. Infiniment + adj.Extrêmement. Elle aussi, elle est infiniment heureuse (Martin du G., Devenir,1909, p. 188).La biologie rejoint la physique et la chimie, mais sur un terrain infiniment complexe (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 469).
Infiniment + comparatif.De beaucoup. Les champs de lin prirent cette chaude couleur lumineuse, ces reflets châtains et dorés, infiniment plus ardents que ceux du blé (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 27).Les choses du monde qui nous entoure sont toujours infiniment plus compliquées que nous ne saurions l'imaginer (P. Morand, Confins vie,1955, p. 16).
3. Infiniment + de + subst.Énormément. C'est un homme d'infiniment d'esprit, un écrivain d'infiniment de talent et dont le malheur a été que le succès lui arrivât trop vite, avec la fortune (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 191).Il ne faut jamais oublier que dans l'observation que nous faisons de nous, il entre infiniment d'arbitraire... (Valéry, Variété II,1929, p. 97).
Prononc. et Orth. : [ε ̃finimɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Fin xives. [ms. du xves.] infinitement « à l'infini » (Evrart de Conty, Probl. d'Arist., Richel. 210, fo230a ds Gdf.); 1418 infiniement « extrêmement » (Chr. de Pisan, L'epistre de la prison de vie humaine, éd. S. Solente ds Bibl. Ec. Chartes, t. 85, p. 301). Dér. de infini(t)*; suff. -(e)ment2*. Fréq. abs. littér. : 2 625. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 009, b) 2 413; xxes. : a) 4 997, b) 4 296.

Wiktionnaire

Adverbe - français

infiniment \ɛ̃.fi.ni.mɑ̃\

  1. D’une manière infinie.
    • L’espace, le temps étendu infiniment.
    • Étant infiniment puissant, comme il est infiniment bon, il [Dieu] veut tout le bien qu’il peut faire, et il fait tout le bien qu’il veut. — (Esprit Fléchier, Lamoignon.)
    • Cette idée [de Leibnitz, qu’il n'y a pas deux objets absolument semblables dans la nature] est grande ; il paraît qu’il n'y a qu’un être tout-puissant qui ait pu faire des choses infinies infiniment différentes. — (Voltaire, Phil. Newt. Expos. des Instit. phys.)
    • Notre globe est infiniment moins qu’un grain de sable en comparaison de ces millions de milliards d’univers devant lesquels nous disparaissons. — (Voltaire, Dial. 15.)
  2. Extrêmement ; beaucoup.
    • Quand je ne considérerais point mes intérêts, je ne me pourrais empêcher de regretter infiniment une personne de qui vous étiez infiniment aimée. — (Vincent Voiture, Lett. 71.)
    • Ce serait le reconnaître [le pape] pour infaillible, blesser infiniment nos libertés, ruiner les appels au concile général. — (Blaise Pascal, Provençal XIX.)
    • Nous suivons toujours la route qui nous avait menés à Sokhrat Ed-Djeja, il y a près d'un mois. Mais la campagne, verte et fleurie, est infiniment plus jolie qu’alors. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 120)
    • Autour de lui la forêt frouait infiniment, à croire qu'un vol immense de ramier très bas, occupait tout le ciel. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  3. (Avec de) Extrêmement beaucoup de.
    • M. Aurélien Scholl ne me croira pas, mais M. de B… avait lu Schopenhauer, il le goûtait beaucoup, et, détail inexplicable, il avait infiniment d’esprit avec infiniment de bonté. — (Octave Mirbeau, Quelques opinions d’un Allemand, dans Les Écrivains, 1889)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

INFINIMENT. adv.
Sans bornes et sans mesure. Dieu est infiniment bon, infiniment juste. Il signifie aussi, par exagération, Extrêmement. C'est un homme infiniment heureux. Elle est infiniment aimable. Il souffre infiniment. Il a infiniment d'esprit. Je vous suis infiniment obligé. En termes de Mathématiques, Quantité infiniment petite, Celle qui est conçue comme moindre qu'aucune quantité assignable. On dit dans un sens analogue Le calcul des infiniment petits. En termes de Biologie, Les infiniment petits, Les êtres dont la substance est si petite qu'elle échappe à nos moyens habituels de perception.

Littré (1872-1877)

INFINIMENT (in-fini-man) adv.
  • 1D'une manière infinie. L'espace, le temps étendu infiniment. Étant infiniment puissant, comme il est infiniment bon, il [Dieu] veut tout le bien qu'il peut faire, et il fait tout le bien qu'il veut, Fléchier, Lamoignon. Cette idée [de Leibnitz, qu'il n'y a pas deux objets absolument semblables dans la nature] est grande ; il paraît qu'il n'y a qu'un être tout-puissant qui ait pu faire des choses infinies infiniment différentes, Voltaire, Phil. Newt. Expos. des Instit. phys. Notre globe est infiniment moins qu'un grain de sable en comparaison de ces millions de milliards d'univers devant lesquels nous disparaissons, Voltaire, Dial. 15.

    En mathématique, quantité infiniment petite, celle qui est conçue comme moindre qu'aucune quantité assignable.

    Le calcul des infiniment petits, le calcul différentiel.

    Fig. et par moquerie. Les infiniment petits, les humains. Le Sirien [l'habitant de Sirius] reprit les petites mites [les hommes] ; il leur parla encore avec beaucoup de bonté, quoiqu'il fût un peu fâché dans le fond du cœur de voir que les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand, Voltaire, Microm. 7.

  • 2Beaucoup, extrêmement. Quand je ne considérerais point mes intérêts, je ne me pourrais empêcher de regretter infiniment une personne de qui vous étiez infiniment aimée, Voiture, Lett. 71. Ce serait le reconnaître [le pape] pour infaillible, blesser infiniment nos libertés, ruiner les appels au concile général, Pascal, Prov. XIX. Il cacha si infiniment son envie…, Sévigné, mercr. des cendres 1680.

REMARQUE

Comment faut-il dire : il a infiniment de l'esprit, ou bien : il a de l'esprit infiniment ; ou bien : il a infiniment d'esprit ? La première manière, recommandée par Domergue, est correcte mais peu usitée. La seconde est correcte aussi, et d'un usage plus fréquent que la première : Elle avait de l'esprit infiniment, Segrais, Princesse de Paphlagonie, t. II, p. 216. La troisième est la plus usitée ; mais elle est peu correcte, puisqu'il faut prendre infiniment pour l'équivalent de beaucoup : M. de Brissac avait infiniment d'esprit, avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset, et fort enluminé, Saint-Simon, 64, 56. C'est un abus ; mais l'usage l'a consacré. On trouve les adverbes diablement, extrêmement, furieusement (voy. ces mots) employés de même.

HISTORIQUE

XVIe s. J'ay toujours esté infiniement empesché à pourvoir aux seditions, Condé, Mém. p. 554. Ceux-là qui pensent l'avoir trouvée [la vérité] se trompent infiniment, Montaigne, II, 230.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « infiniment »

Infinie, et le suffixe ment ; provenç. infinitament, enfinidamen ; espagn. et ital. infinitamente.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Dérivé de infini, par son féminin infinie, avec le suffixe -ment.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « infiniment »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
infiniment ɛ̃finimɑ̃

Fréquence d'apparition du mot « infiniment » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « infiniment »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « infiniment »

  • L’homme est infiniment grand par rapport à l’infiniment petit et infiniment petit par rapport à l’infiniment grand ; ce qui le réduit presque à zéro.
    Vladimir Jankélévitch
  • Comment obtenir la béatitude ? En disant Dada. Comment devenir célèbre ? En disant Dada. D’un geste noble et avec des manières raffinées. Jusqu’à la folie. Jusqu’à l’évanouissement. Comment en finir avec tout ce qui est journalisticaille, anguille, tout ce qui est gentil et propret, borné, vermoulu de morale, européanisé, énervé ? En disant Dada. Dada c’est l’âme du monde, Dada c’est le grand truc. Dada c’est le meilleur savon au lait de lys du monde. Dada Monsieur Rubiner, Dada Monsieur Korrodi, Dada Monsieur Anastasius Lilienstein. Cela veut dire en allemand : l’hospitalité de la Suisse est infiniment appréciable. Et en esthétique, ce qui compte, c’est la qualité. Je lis des vers qui n’ont d’autre but que de renoncer au langage conventionnel, de s’en défaire. Dada Johann Fuchsgang Goethe. Dada Stendhal, Dada Dalaï-lama, Bouddha, Bible et Nietzsche. Dada m’Dada. Dada mhm Dada da. Ce qui importe, c’est la liaison et que, tout d’abord, elle soit quelque peu interrompue.Je ne veux pas de mots inventés par quelqu’un d’autre. Tous les mots ont été inventés par les autres. Je revendique mes propres bêtises, mon propre rythme et des voyelles et des consonnes qui vont avec, qui y correspondent, qui soient les miens. Si une vibration mesure sept aunes, je veux, bien entendu, des mots qui mesurent sept aunes. Les mots de Monsieur Dupont ne mesurent que deux centimètres et demi. On voit alors parfaitement bien comment se produit le langage articulé. Je laisse galipetter les voyelles, je laisse tout simplement tomber les sons, à peu près comme miaule un chat… Des mots surgissent, des épaules de mots, des jambes, des bras, des mains de mots. AU. OI. U. Il ne faut pas laisser venir trop de mots. Un vers c’est l’occasion de se défaire de toute la saleté. Je voulais laisser tomber le langage lui-même, ce sacré langage, tout souillé, comme les pièces de monnaie usées par des marchands. Je veux le mot là où il s’arrête et là où il commence. Dada, c’est le coeur des mots. Toute chose a son mot, mais le mot est devenu une chose en soi. Pourquoi ne le trouverais-je pas, moi ? Pourquoi l’arbre ne pourrait-il pas s’appeler Plouplouche et Plouploubache quand il a plu ? Le mot, le mot, le mot à l’extérieur de votre sphère, de votre air méphitique, de cette ridicule impuissance, de votre sidérante satisfaction de vous-mêmes. Loin de tout ce radotage répétitif, de votre évidente stupidité.Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre.
    Hugo Ball —  Manifeste littéraire
  • La distance rend toute chose infiniment plus précieuse.
    Arthur Charles Clarke — 2001 l’odyssée de l’espace
  • Le moi, devant autrui, est infiniment responsable.
    Emmanuel Levinas
  • A la divinité seule appartient de connaître infiniment son infime perfection.
    Saint Denys l'Aréopagite — Les Noms divins, de la hiérarchie céleste
  • Une âme pèse infiniment plus qu'un royaume, un empire, parfois plus que le genre humain.
    Jules Michelet — Histoire de France
  • La deuxième est nommée « Infiniment petit, infiniment grand ». On y découvre le monde des arts miniatures de la céramique et de la fonte. L’univers du jouet offre, par exemple, de ravissantes réductions des objets du quotidien en faïence en référence à l’ouvrage « Micromégas », de Voltaire.
    Autres | Trois idées de sortie pour ce week-end
  • La chair est un ennemi infiniment plus dangereux que le Diable en personne.
    Isaac Ambrose
  • La beauté des mères dépasse infiniment la gloire de la nature.
    Christian Bobin — Le Très-bas
  • Les arbres ont le coeur infiniment plus tendre Que celui des hommes qui les ont plantés.
    Renaud — Fatigué
Voir toutes les citations du mot « infiniment » →

Traductions du mot « infiniment »

Langue Traduction
Anglais infinitely
Espagnol infinitamente
Italien infinitamente
Allemand unendlich
Chinois 无限地
Arabe بلا حدود
Portugais infinitamente
Russe бесконечно
Japonais 無限に
Basque zeharo
Corse infinitamente
Source : Google Translate API

Synonymes de « infiniment »

Source : synonymes de infiniment sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « infiniment »

Combien de points fait le mot infiniment au Scrabble ?

Nombre de points du mot infiniment au scrabble : 15 points

Infiniment

Retour au sommaire ➦