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Homicide

Définitions du mot « homicide »

Trésor de la Langue Française informatisé

HOMICIDE1, subst. et adj.

I. − Subst. Celui, celle qui tue un être humain. Une certaine variété d'homicides qui sont sous l'empire d'une monomanie furieuse et qui rentrent, par conséquent, dans la catégorie des fous et des idiots (Sand, Hist. vie, t. 1, 1855, p. 25).Un soldat, sur le champ de bataille, ne se considère pas comme un homicide (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1084).
II. − Adjectif
A. −
1. [En parlant d'une pers.] Qui a tué ou veut tuer quelqu'un. Il est homicide, assassin; il a tué mon père... − dit Atar-Gull hors de lui (Sue, Atar-Gull,1831, p. 37).Nous ne recevions dans son asile que les fous de surveillance facile et jamais les aliénés très méchants et nettement homicides (Céline, Voyage,1932, p. 513).
En partic. Homicide de soi-même. ,,Personne qui ne se ménage pas assez et qui ruine sa santé`` (Littré).
2. P. anal. [En parlant d'une chose] Qui entraîne ou peut entraîner la mort de nombreuses personnes. Guerre homicide. La Scandinavie, appelée par un historien la fabrique du genre humain, n'auroit pu fournir assez d'hommes à cette loi homicide [loi de la conscription] (Chateaubr., Mél. pol.,1816-24, pp. 19-20).La chaleur féconde et homicide des bords de la Caspienne rappelle l'Inde (Michelet, Introd. Hist. univ.,1831, p. 407).Je pars pour quelque temps à Bar-sur-Seine, à l'effet de conjurer l'influenza homicide (Goncourt, Journal,1872, p. 923) :
1. ... Fouquier-Tinville, têtu, laborieux, remuant avec zèle ses papiers homicides, et envoyant, magistrat accompli, ses amis de la veille à l'échafaud. A. France, Dieux ont soif,1912, p. 303.
3. P. ext.
a) Littér. Qui sert à donner la mort. Glaive, poignard homicide. Vous [Vendéens] ne mourrez pas tous sous des bras intrépides; Les uns, sur des nefs homicides, Seront jetés aux flots mouvants (Hugo, Odes et ball.,1828, p. 48).Ne pouvant plus supporter le poids d'une existence désormais flétrie, aurait-il plongé dans son sein le fer homicide? (Flaub., Corresp.,1845, p. 187).
b) Qui dénote la volonté de tuer. Regard homicide. Un sourire homicide le dérida, en apprenant que l'adversaire était un noble (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 29).Je remarquai alors l'œil homicide que le vieux solitaire braquait sur la nuque de la fille (Gracq, Syrtes,1951, p. 208).
c) Qui pousse à tuer, qui va jusqu'au meurtre. Délire, impulsion, folie, fureur, monomanie homicide. Comme si le reprenait, au récit de l'assassinat, sa fièvre homicide, il répète dans le vide la mimique de son crime (Goncourt, Journal,1869, p. 510).Il était tout à fait guéri de cette brusque rage homicide, qui l'aurait fait se jeter sur un passant, pour l'étrangler (Zola, Dr Pascal,1893, p. 191).
d) Qui vise la mort de quelqu'un. Dessein, souhait homicide. J'apprends qu'il [Poe] ne buvait pas en gourmand, mais en barbare (...), comme accomplissant une fonction homicide, comme ayant en lui quelque chose à tuer (Baudel., Hist. extr.,1857, p. xxvi).Il [Tartarin] ne pouvait parfois s'empêcher de discuter leurs projets homicides (A. Daudet, Tartarin Alpes,1885, p. 153).
B. − P. exagér. Qui cause de grandes souffrances ou de graves préjudices. Éducation homicide. Je parle à Carrière des choses homicides de ce temps, entre autres de la cherté de la vie (Goncourt, Journal,1893, p. 360).De son côté, Clotilde avait trouvé d'homicides coutures chiennement payées, et on subsistait ainsi, l'un par l'autre, sans lendemain (Bloy, Femme pauvre,1897, p. 231).L'homicide doctrine matérialiste enseigne qu'il faut vénérer ses entraînements et ses passions (L. Daudet, Hérédo,1916, p. 104) :
2. Je lui faisais la proposition très-honorable de m'aider à vaincre (...) le silence injuste et véritablement homicide qui pèse depuis tant d'années sur l'auteur de quelques-uns des meilleurs livres de ce temps, lequel auteur cherche son pain et celui des siens à 56 ans. Bloy, Journal,1902, p. 105.
Prononc. et Orth. : [ɔmisid]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Ca 1150 subst. omicide « meurtrier(e) » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 61); xives. adj. (Psautier lorrain, éd. F. Apfelstedt, 5, 7 : L'ome homicide). Empr. au lat.homicida « id. », composé de homo, -inis « homme » et caedere « tuer ».

HOMICIDE2, subst. masc.

Fait de donner la mort à un être humain. Commettre un homicide; tentative d'homicide; homicide involontaire. Il [le paranoïaque] peut pousser l'agressivité jusqu'à l'homicide, tels ces régicides étudiés par Régis (Mounier, Traité caract.,1946, p. 553).L'homicide volontaire est un crime ou un délit susceptible de diverses dénominations : meurtre, assassinat, parricide, infanticide, empoisonnement (Réau-Rond.1951) :
Un jour, un dîneur mécontent, croyant à un attentat, a abattu en pleine salle un malheureux maître d'hôtel. Il était mort, monsieur, mort, mort, mort! Homicide par imprudence, si l'on veut, d'accord, mais tout de même, mettez-vous à la place du client! Fargue, Piéton Paris,1939, p. 206.
P. exagér. Fait de causer un grave préjudice moral. Il [Nicole] appelait toute cette classe d'auteurs des empoisonneurs publics non des corps, mais des âmes des fidèles, ce qui est le pire genre d'homicide (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 332).Les examens de conscience rangent sous le chef d'homicide le péché de ceux qui ont fait perdre la foi à une âme (Claudel, Corresp. [avec Gide], 1909, p. 114).
REM. 1.
Homicider, verbe trans.,vx. Tuer, commettre un homicide (cf. Ac. 1835).
2.
Homicidé, -ée, part. passé empl. comme subst.,vx. Victime d'un homicide. Chez les peuplades du nord de l'Amérique, la famille de l'homicide ne vient pas à son secours, mais les parents de l'homicidé se font un devoir de le venger (Chateaubr., Voy. Amér. et Ital., t. 2, 1827, p. 83).
Prononc. et Orth. : [ɔmisid]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1160-74 homicide « meurtre » (Wace, Rou, éd. A.J. Holden, 2308). Empr. au lat.homicidium « id. » (cf. formes omecide ds T.-L., omechide ds Livre Roisin, éd. R. Monier), composé de homo, -inis « homme » et de caedere « tuer » (cf. homicide1). Fréq. abs. littér. : 300. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 727, b) 349; xxes. : a) 452, b) 195. Bbg. Raymondis (L.M.), Le Guern (M.). Le Lang. de la justice pénale. Paris, 1976, p. 142. - Sain. Arg. 1972 [1907], p. 118.

Wiktionnaire

Nom commun 1

homicide \ɔ.mi.sid\ masculin

  1. Fait de tuer un être humain.
    • L’homicide est un crime très grave.

Nom commun 2

homicide \ɔ.mi.sid\ masculin et féminin identiques

  1. Meurtrier d’un être humain.
    • Il est dit dans l’évangile que ni les adultères, ni les fornicateurs, ni les homicides n’entreront dans le royaume des cieux.
    • Être homicide de soi-même, ne pas ménager sa santé.

Adjectif

homicide \ɔ.mi.sid\ masculin et féminin identiques

  1. (Soutenu) Meurtrier d’un être humain.
    • C'est une race […] peu scrupuleuse dans le choix de ses moyens, peu véridique et volontiers voleuse, pillarde et homicide. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 233)
    • Va-t-il me falloir enregistrer que Castelsarrasin, centre d'un obscurantisme homicide, évolue à rebours de la civilisation? Non! — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • (Figuré)Un des plus grands orateurs de la chaire chrétienne a dit, de nos jours, à l’occasion de Voltaire, que l’impie est à-la-fois déicide, homicide et suicide ; […] ; homicide, en ce qu’il tue les âmes par le poison de ses doctrines anti-religieuses. — (P. L. Ossude, Le siècle des beaux-arts et de la gloire, ou La mémoire de Louis XIV justifiée, 1838, page 80)

Forme de verbe

homicide (h muet)\ɔ.mi.sid\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de homicider.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de homicider.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de homicider.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de homicider.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de homicider.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HOMICIDE. n. des deux genres
. Celui, celle qui tue un homme. Il est dit dans l'Évangile que ni les adultères, ni les fornicateurs, ni les homicides n'entreront dans le royaume des cieux. Fig., Être homicide de soi-même, se dit quelquefois d'une Personne qui ne ménage pas sa santé. Il s'emploie aussi comme adjectif mais seulement dans le style soutenu, Son bras homicide. Sa main homicide. Dessein, complot homicide. Un fer homicide. Des regards homicides. Etc.

Littré (1872-1877)

HOMICIDE (o-mi-si-d') s. m.
  • 1Celui, celle qui tue un être humain. Homicide point ne seras. Tout l'Érèbe entendit cette belle homicide S'excuser au berger qui ne daigna l'ouïr, La Fontaine, Fabl. XII, 26. Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide, Des prophètes divins malheureuse homicide, Racine, Athal. III, 7. Ces fameux lévites Qui… De leurs plus chers parents saintement homicides, Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides, Racine, ib. IV, 3. Quoi ! Marianne est morte, et j'en suis l'homicide ! Voltaire, Marianne, V, 7.
  • 2Homicide de soi-même, celui qui commet un suicide, qui se tue lui-même.

    Fig. Homicide de soi-même, personne qui ne se ménage pas assez et qui ruine sa santé. Je vous avertis que je vous croirai janséniste, si vous n'avez plus soin de vous : il n'y a qu'un hérétique qui puisse être homicide de soi-même, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 2 nov. 1705.

  • 3 Fig. Celui, celle qui cause la perte de quelqu'un. Malheur à vous, homicide des âmes, qui par vos artifices et vos scandales faites périr celles que je suis venu racheter, Bourdaloue, Myst. Pass. de J. C. Ces paroles de malignité, de haine, d'amertume qui éteignent en nous l'esprit de charité et nous rendent homicides de nos frères, Massillon, Confér. Modestie des clercs.
  • 4 Adj. Employé surtout dans le style soutenu. Qui tue dans les combats. Lorsque dans son vaisseau, prisonnière timide, Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide, Racine, Iphig. II, 1. Vieillards, femmes, enfants, trou peau faible et timide Dont n'a point approché cette guerre homicide, Voltaire, Orphel. I, 1.

    Qui a commis un meurtre. Sur le point d'attaquer une reine homicide, Racine, Athal. I, 2.

    Qui est relatif au meurtre. Penser homicide, Mairet, Sophon. I, 3. Cessez ; repentez-vous de vos vœux homicides, Racine, Phèdre, V, 3. J'ai senti tout à coup un homicide acier Que le traître en mon sein a plongé tout entier, Racine, Athal. II, 5. Regard homicide, Rousseau J.-B. Odes, IV, 9. Trompons des meurtriers l'espérance homicide, Voltaire, Alz. IV, 4.

    Fig. Qui cause la mort, la perte. Rois, prenez soin de l'absent Contre sa langue homicide [de la calomnie], Racine, Esth. III, 3. Chagrins homicides, Chénier M. J. Tibère, II, 2. Vents homicides, Ducis, Abufar, II, 7.

HISTORIQUE

XIIIe s. Mengier ne bien avoir ne doit qui ne s'aïde [s'aide], Ains tieng [je tiens] de soi meïsmes celui à homicide Qui se pert par perece, J. de Meung, Test. 1639. Home de sang apele l'Escriture omicide que Deux het, Psautier, f° 10.

XIVe s. Encore est bains [ban] fais et dis par jugement, que tout li homecide qui ont pris le [la] franchise de ceste ville…, Caffiaux, Abattis de maisons, p. 24.

XVIe s. S'ele n'a grace, on ne prise ung festu Ses dictz et faictz, et tost est abbatu Son bruyt et los dont elle est homicide, Sans beau maintien…, Marot, J. V, 197. Le bon Thebain [Hercule], des monstres homicide, Du Bellay, J. V, 44, verso. Il ne le daigna pas seulement saluer, pensant que ce seroit à luy un grand pesché, que de parler à l'homicide de son pere, Amyot, Brut. 4. Tous les maulx qui n'ont autre dangier que du mal, nous les disons sans dangier : celui des dents ou de la goutte, pour grief qu'il soit, d'autant qu'il n'est pas homicide, qui le met en compte de maladie ? Montaigne, I, 302.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

HOMICIDE, s. m. (Jurisprud.) signifie en général une action qui cause la mort d’autrui.

On entend aussi par le terme d’homicide, celui qui commet cette action, & le crime que renferme cette action.

Il y a cependant certaines actions qui causent la mort d’autrui, que l’on ne qualifie pas d’homicides, & que l’on ne considere pas comme un crime ; ainsi les gens de guerre, qui tuent des ennemis dans le combat, ne sont pas qualifiés d’homicides ; & lorsque l’on execute un condamné à mort, cela ne s’appelle pas un homicide, mais une exécution à mort, & celui qui donne ainsi la mort, ne commet point de crime, parce qu’il le fait en vertu d’une autorité légitime.

Suivant les lois divines & humaines, l’homicide volontaire est un crime qui mérite la mort.

On voit dans le chap. iv. de la Genese, que Caïn ayant commis le premier homicide en la personne de son frere, sa condamnation fut prononcée par la voix du Seigneur, qui lui dit que le sang de son frere crioit contre lui, qu’il seroit maudit sur la terre ; que quand il la laboureroit, elle ne lui porteroit point de fruit ; qu’il seroit vagabond & fugitif. Caïn lui-même dit que son iniquité étoit trop grande pour qu’elle pût lui être pardonnée ; qu’il se cacheroit de devant la face du Seigneur, & seroit errant sur la terre ; & que quiconque le trouveroit, le tueroit. Il reconnoissoit donc qu’il avoit mérité la mort.

Cependant le Seigneur voulant donner aux hommes un exemple de miséricorde, & peut-être aussi leur apprendre qu’il n’appartient pas à chacun de s’ingérer de donner la mort même envers celui qui la mérite, dit à Caïn que ce qu’il craignoit n’arriveroit pas ; que quiconque le tueroit, seroit puni sept fois ; & il mit un signe en Caïn, afin que quiconque le trouveroit, ne le tuât point. Caïn se retira donc de la présence du Seigneur, & habita, comme fugitif, vers l’orient d’Eden.

Il est parlé dans le même chapitre de Lamech, qui ayant tué un jeune homme, dit à ce sujet à ses femmes, que le crime de Caïn seroit vengé sept fois, mais que le sien seroit puni soixante-dix sept fois. S. Chrysostome dit que c’est parce qu’il n’avoit pas profité de l’exemple de Caïn.

Dans le chapitre jx. où Dieu donne diverses instructions à Noé, il lui dit que celui qui aura répandu le sang de l’homme, son sang sera aussi répandu ; car Dieu, est-il dit, a fait l’homme à son image.

Le quatrieme article du Décalogue défend de tuer indistinctement.

Les lois civiles que contient l’Exode, chap. xxj. portent entre autres choses, que qui frappera un homme, le voulant tuer, il mourra de mort ; que s’il ne l’a point tué de guet-à-pens, mais que Dieu l’ait livré entre ses mains, Dieu dit à Moyse qu’il ordonnera un lieu où le meurtrier se retirera ; que si par des embûches quelqu’un tue son prochain, Moyse l’arrachera de l’autel, afin qu’il meure ; que si un homme en frappe un autre avec une pierre ou avec le poing, & que le battu ne soit pas mort, mais qu’il ait été obligé de garder le lit, s’il se leve ensuite, & marche dehors avec son bâton, celui qui l’a frappé sera réputé innocent, à la charge néanmoins de payer au battu ses vacations pour le tems qu’il a perdu, & le salaire des medecins ; que celui qui aura frappé son serviteur ou sa servante, & qu’ils soient morts entre ses mains, il sera puni ; que si le serviteur ou la servante battus survivent de quelques jours, il ne sera point puni ; que si dans une rixe quelqu’un frappe une femme enceinte, & la fait avorter sans qu’elle en meure, le coupable sera tenu de payer telle amende que le mari demandera, & que les arbitres regleront ; mais que si la mort s’ensuit, il rendra vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pié pour pié, brûlure pour brûlure, plaie pour plaie, meurtrissure pour meurtrissure.

Ces mêmes lois vouloient que le maître d’un bœuf fût responsable de son délit ; que si l’animal avoit causé la mort, il fût lapidé, & que le maître lui-même qui auroit déja été averti, & n’auroit pas renfermé l’animal, mourroit pareillement ; mais que si la peine lui en étoit imposée, il donneroit pour racheter sa vie tout ce qu’on lui demanderoit : mais il ne paroît pas que l’on eût la même faculté de racheter la peine de l’homicide que l’on avoit commis personnellement.

Le livre des Nombres, chap. 35. contient aussi plusieurs réglemens pour la peine de l’homicide ; savoir, que les Israëlites désigneroient trois villes dans la terre de Chanaan, & trois au-delà du Jourdain, pour servir de retraite à tous ceux qui auroient commis involontairement quelque homicide ; que quand le meurtrier seroit refugié dans une de ces villes, le plus proche parent de l’homicidé ne pourroit le tuer jusqu’à ce qu’il eût été jugé en présence du peuple ; que celui qui auroit tué avec le fer seroit coupable d’homicide, & mourroit ; que celui qui auroit frappé d’un coup de pierre ou de bâton, dont la mort se seroit ensuivie, seroit puni de même ; que le plus proche parent du défunt tueroit l’homicide aussi-tôt qu’il pourroit le saisir ; que si de dessein prémédité quelqu’un faisoit tomber quelque chose sur un autre qui lui causât la mort, il seroit coupable d’homicide, & que le parent du défunt égorgeroit le meurtrier aussi-tôt qu’il le trouveroit ; que si, par un cas fortuit & sans aucune haine, quelqu’un causoit la mort à un autre, & que cela fût reconnu en présence du peuple, & après que la question auroit été agitée entre le meurtrier & les proches du défunt, que le meurtrier seroit délivré comme innocent de la mort de celui qui vouloit venger la mort, & seroit ramené en vertu du jugement dans la ville où il s’étoit refugié, & y demeureroit jusqu’à la mort du grand-prêtre. Si le meurtrier étoit trouvé hors des villes de refuge, celui qui étoit chargé de venger la mort de l’homicidé, pouvoit sans crime tuer le meurtrier, parce que celui-ci devoit rester dans la ville jusqu’à la mort du grand-prêtre ; mais, après la mort de celui-ci, l’homicide pouvoit retourner dans son pays. Ce réglement devoit être observé à perpétuité. On pouvoit prouver l’homicide par témoins ; mais on ne pouvoit pas condamner sur la déposition d’un seul témoin. Enfin, celui qui étoit coupable d’homicide, ne pouvoit racheter la peine de mort en argent, ni ceux qui étoient dans des villes de refuge racheter la peine de leur exil.

Jesus-Christ, dans S. Matthieu, chap. v. dit que celui qui tuera, sera coupable de mort, reus erit judicio ; & dans S. Jean, chap. 18. lorsque Pilate dit aux Juifs de juger Jesus-Christ selon leur loi, ils lui répondirent qu’il ne leur étoit pas permis de tuer personne : ainsi l’on observoit dès-lors qu’il n’y avoit que les juges qui pussent condamner un homme à mort.

Enfin, pour parcourir toutes les lois que l’Ecriture-sainte nous offre sur cette matiere, il est dit dans l’Apocalypse, chap. 22. que les homicides n’entreront point dans le royaume de Dieu.

Chez les Athéniens, le meurtre involontaire n’étoit puni que d’un an d’exil ; le meurtre de guet-à-pens étoit puni du dernier supplice. Mais ce qui est de singulier, est qu’on laissoit au coupable la liberté de se sauver avant que le juge prononçât sa sentence ; & si le coupable prenoit la fuite, on se contentoit de confisquer ses biens, & de mettre sa tête à prix. Il y avoit à Athènes trois tribunaux différens où les homicides étoient jugés ; savoir, l’aréopage pour les assassinats prémédités, le palladium pour les homicides arrivés par cas fortuits, & le delphinium pour les homicides volontaires, mais que l’on soûtenoit légitimes.

La premiere loi qui fut faite sur cette matiere chez les Romains, est de Numa Pompilius ; elle fut insérée dans le code papyrien. Suivant cette loi, quiconque avoit tué un homme de guet-à-pens (dolo), étoit puni de mort comme un homicide ; mais s’il ne l’avoit tué que par hasard & par imprudence, il en étoit quitte pour immoler un bélier par forme d’expiation. La premiere partie de cette loi de Numa contre les assassinats volontaires, fut transportée dans les douze tables, après avoir été adoptée par les décemvirs.

Tullus Hostilius fit aussi une loi pour la punition des homicides. Ce fut à l’occasion du meurtre commis par un des Horaces ; il ordonna que les affaires qui concerneroient les meurtres, seroient jugées par les décemvirs ; que si celui qui étoit condamné, appelloit de leur sentence au tribunal du peuple, cet appel auroit lieu comme étant légitime ; mais que si par l’événement la sentence étoit confirmée, le coupable seroit pendu à un arbre, après avoir été fustigé ou dans la ville ou hors des murs. La procédure que l’on tenoit en cas d’appel, est très-bien détaillée par M. Terrasson en son histoire de la Jurisprudence Romaine sur la seizieme loi du code papyrien, qui fut formée de cette loi de Tullus Hostilius.

La loi que Sempronius Gracchus fit dans la suite sous le nom de loi Sempronia, de homicidiis, ne changea rien à celles de Numa & de Tullus Hostilius.

Mais Lucius Cornelius Sylla, étant dictateur, l’an de Rome 673, fit une loi connue sous le nom de loi Cornelia de sicariis. Quelque tems après la loi des douze tables, les meurtriers furent appellés sicarii, du mot sica qui signifioit une petite épée recourbée que l’on cachoit sous sa robe. Cette espece de poignard étoit défendue, & l’on dénonçoit aux triumvirs ceux que l’on en trouvoit saisis, à moins que cet instrument ne fût nécessaire au métier de celui qui le portoit, par exemple si c’étoit un cuisinier qui eût sur lui un couteau.

Suivant cette loi Cornelia, si le meurtrier étoit élevé en dignité, on l’exiloit seulement ; si c’étoit une personne de moyen état, on la condamnoit à perdre la tête ; enfin, si c’étoit un esclave, on le crucifioit, ou bien on l’exposoit aux bêtes sauvages.

Dans la suite, il parut injuste que le commun du peuple fût puni plus rigoureusement que les personnes élevées en dignité ; c’est pourquoi il fut résolu que la peine de mort seroit générale pour toutes les personnes qui se rendroient coupables de meurtre ; & quoique Cornelius Sylla n’ait point été l’auteur de tous les changemens que sa loi éprouva, néanmoins toutes les nouvelles dispositions que l’on y ajoûta en divers tems, furent confondues avec la loi Cornelia, de sicariis.

On tenoit pour sujets aux rigueurs de la loi Cornelia, de sicariis, non seulement ceux qui avoient effectivement tué quelqu’un, mais aussi celui qui, à dessein de tuer, s’étoit promené avec un dard, ou qui avoit préparé du poison, qui en avoit eu ou vendu. Il en étoit de même de celui qui avoit porté faux témoignage contre quelqu’un, ou si un magistrat avoit reçû de l’argent pour une affaire capitale.

Les senatusconsultes mirent aussi au nombre des meurtriers ceux qui auroient châtré quelqu’un, soit par esprit de débauche, ou pour en faire trafic, ou qui auroient circoncis leurs enfans, à moins que ce ne fussent des Juifs, enfin tous ceux qui auroient fait des sacrifices contraires à l’humanité.

On exceptoit seulement de la loi Cornelia ceux qui tuoient un transfuge, ou quelqu’un qui commettoit violence, & singulierement celui qui attentoit à l’honneur d’une femme.

Les anciennes lois des Francs traitent du meurtre, qui étoit un crime fréquent chez les peuples barbares.

Les capitulaires défendent tout homicide commis par vengeance, avarice, ou à dessein de voler. Il est dit que les auteurs seront punis par les juges du mandement du roi, & que personne ne sera condamné à mort que suivant la loi.

Celui qui avoit tué un homme pour une cause légere ou sans cause, étoit envoyé en exil pour autant de tems qu’il plaisoit au roi. Il est dit dans un autre endroit des capitulaires, que celui qui avoit fait mourir quelqu’un par le fer, étoit coupable d’homicide, & méritoit la mort ; mais le coupable avoit la faculté de se racheter, en payant aux parens du défunt une composition appellée vuirgildus, qui étoit proprement l’estimation du dommage causé par la mort du défunt ; on donnoit ordinairement une certaine quantité de bétail, les biens du meurtrier n’étoient pas confisqués.

Pour connoître si l’accusé étoit coupable de l’homicide qu’on lui imputoit, on avoit alors recours aux différentes épreuves appellées purgation vulgaire, dont l’usage continua encore pendant plusieurs siecles.

Suivant les établissemens de S. Louis, quand un homme, en se battant, en tuoit un autre qui l’avoit blessé auparavant, il n’étoit pas condamné à mort ; mais si un des parens de l’homicidé assûroit que le défunt l’avoit chargé de venger sa mort, on ordonnoit le duel entre les parties, & le vaincu étoit pendu.

On trouve encore, dans les anciennes ordonnances, plusieurs dispositions assez singulieres par rapport à l’homicide.

Par exemple, à Abbeville, suivant la charte de commune donnée à cette ville par le roi Jean en 1350, si un bourgeois en tuoit un autre par hasard ou par inimitié, sa maison devoit être abattue ; si on pouvoit l’arrêter, les bourgeois lui faisoient son procès ; s’il s’échapoit, & qu’au bout d’un an il implorât la miséricorde des échevins, il devoit d’abord recourir à celle des parens ; s’il ne les trouvoit pas, après s’être livré à la miséricorde des échevins, il pouvoit revenir dans la ville, & si ses ennemis l’attaquoient, ils se rendoient coupables d’homicide.

Dans des lettres de Guy, comte de Nevers, de l’année 1231, confirmées en 1356 par Charles, régent du royaume, il est dit que l’on pourra arrêter les bourgeois de Nevers accusés d’homicide, lorsqu’il se présentera quelqu’un qui s’engagera à prouver qu’ils l’ont commis, ou qu’ils auront été pris sur le fait, & que l’on pourra les tirer hors de leur jurisdiction.

Dans des lettres que le même prince donna l’année suivante, en faveur des habitans de Villefranche en Périgord, il est dit que les biens d’un homicide condamné à mort dans cette ville, appartenoient au roi, les dettes du condamné préalablement payées.

A Peronne, suivant la charte de commune donnée à cette ville par Philippe-Auguste, & confirmée par Charles V. en 1368, celui qui tuoit dans le château ou dans la banlieue de Peronne un homme de la commune de ce lieu, étoit puni de mort, à moins qu’il ne se réfugiât dans une église ; sa maison étoit détruite, & ses biens confisqués. S’il s’échappoit, il ne pouvoit revenir dans le territoire de la commune qu’après s’être accommodé avec les parens, & en payant à la commune une amende de dix livres. La même chose s’observoit aussi à cet égard dans plusieurs autres lieux. Quand l’accusé de meurtre ne pouvoit être convaincu, il devoit se purger par serment devant les échevins.

La charte de commune de Tournay, qui est de l’année 1370, porte que si un bourgeois ou habitant de Tournay blesse ou tue un étranger qui l’a attaqué, il ne sera point puni & que ses biens ne seront point confisqués ; parce que les biens d’un étranger qui, en se défendant, auroit tué un bourgeois ou un habitant de Tournay, ne seroient pas confisqués ; que les bourgeois & habitans de Tournay qui, en se défendant, auront blessé ou tué un étranger qui les aura attaqués, pourront, après s’être accommodés avec la partie, obtenir du roi des lettres de grace, & être rétablis dans l’habitation de cette ville.

Suivant l’usage présent, tout homme qui en tue un autre, mérite la mort ; le crime est plus ou moins grave, selon les circonstances : l’assassinat prémédité est de tous les homicides le plus criant, aussi n’accorde-t-on point de lettres de grace à ceux qui en sont auteurs ou complices.

L’édit d’Henri II. du mois de Juillet 1557 prononce en ce cas la peine de mort sur la roue, sans que cette peine puisse être commuée ; ce qui est confirmé par l’ordonnance de Blois, art. cxcjv. qui défend d’accorder pour ce crime aucunes lettres de grace.

L’article suivant concernant ceux qui se louent pour tuer, battre & outrager, veut que la seule machination & attentat soit puni de mort, encore que l’effet n’eût pas suivi.

Ces lettres de remission s’accordent pour les homicides involontaires, ou qui sont commis dans la nécessité d’une légitime défense de la vie. Voyez l’ordonnance de 1670, tit. xvj. art. ij. & jv.

L’homicide volontaire de soi-même étoit autrefois autorisé chez quelques nations, quoique d’ailleurs assez policées ; c’étoit la coûtume dans l’île de Céa, que les vieillards caducs se donnassent la mort. Et à Marseille, du tems de Valere-Maxime, on gardoit publiquement un breuvage empoisonné que l’on donnoit à ceux qui ayant exposé au sénat les raisons qu’ils avoient de s’ôter la vie, en avoient obtenu la permission. Le sénat examinoit leurs raisons avec un certain tempérament, qui n’étoit ni favorable à une passion téméraire de mourir, ni contraire à un desir légitime de la mort, soit qu’on voulût se délivrer des persécutions & de la mauvaise fortune, ou qu’on ne voulût pas courir le risque d’être abandonné de son bonheur ; mais ces principes contraires à la saine raison & à la religion ne pouvoient convenir à la pureté de nos mœurs : aussi parmi nous l’homicide de soi même est puni ; on fait le procès au cadavre de celui qui s’est donné la mort. Cette procédure étoit absolument inconnue aux Romains ; ils n’imaginoient pas que l’on dût faire subir une peine à quelqu’un qui n’existoit plus, & à un cadavre qui n’a point de sentiment : mais parmi nous, ces exécutions se font pour l’exemple, & pour inspirer aux vivans de l’horreur de ces sortes d’homicides. Voyez Assassinat, Combat en Champ-clos, Duel, Meurtre, Parricide. (A)

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Étymologie de « homicide »

Provenç. homecida, omicida ; du latin homicida, de homo, homme, et cædere, tuer.

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(Nom commun 1) Du latin homicidium (« meurtre »).
(Nom commun 2 et adjectif) Du latin homicida (« meurtrier »).
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Phonétique du mot « homicide »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
homicide ɔmisid

Citations contenant le mot « homicide »

  • Le 4 juin dernier, le tribunal avait jugé Sébastien C., 46 ans, agriculteur à Guillemont, pour homicide involontaire sur la personne d’Aymeric D., mort à 24 ans le 29 juin 2018. Courrier picard, Guillemont: l’agriculteur condamné pour homicide involontaire
  • Manger de la viande, c’est commettre un homicide involontaire. De Benjamin Franklin
  • La guerre est, au sens le plus strict, la sanctification de l'homicide. De Miguel de Unamuno / Le sentiment tragique de la vie
  • Entre le communisme et le socialisme, il y a la différence de l'assassinat à l'homicide par imprudence. De Wilhelm Roepke
  • Dans l’adultère ont habituellement leur part la tendresse et l’abnégation ; dans l’homicide, le courage ; dans les profanations et le blasphème, certaines lueurs de satanisme. De Jorge Luis Borges / Fictions
  • Dans la camorra, l'homicide est un geste nécessaire, comme celui de déposer l'argent à la banque, d'acheter une société ou de mettre fin à une amitié. De Roberto Saviano / Gomorra, 2007
  • Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes la guerre venue. De Louis-Ferdinand Céline / Voyage au bout de la nuit
  • Une enquête pour homicide involontaire est ouverte aprés l'accident de parapente de la Chapelle d'Abondance dans le Chablais mardi. France Bleu, Accident de parapente à la Chapelle d’Abondance : une enquête pour homicide involontaire ouverte
  • Dans quelles circonstances une mère de famille de 32 ans a-t-elle pu perdre la vie, samedi 4 juillet, au Parc d'attraction Saint Paul (Oise) ? C'est sur cette question que s'est penché le parquet de Beauvais, qui a décidé de poursuivre Gilles Campion, directeur du parc, pour homicide involontaire, rapporte Actu Oise. La jeune femme avait chuté du roller coaster alors qu'il était en marche. Si l'expertise du manège affirme que l'attraction ne présentait aucune anomalie au moment du drame et que les contrôles étaient en règle, l'enquête a révélé qu'entre le passage de la commission de sécurité, en novembre 2019, et l’ouverture du parc en juin 2020, les ceintures de sécurité des nacelles avaient été retirées. "Selon l’expert, les ceintures auraient permis d’éviter que les personnes de forte corpulence, comme la victime, ne soient éjectées du manège", indique le rapport du procureur. Capital.fr, Gilles Campion est poursuivi pour homicide involontaire - Capital.fr
  • Les investigations menées durant leurs gardes à vue ont permis d’établir que le cadet, âgé de 19 ans, aurait porté trois coups de couteau au Béarnais, dont un porté à l’abdomen. L’information judiciaire a été ouverte à son encontre pour tentative d’homicide et port d’arme prohibé. Le juge des libertés et de la détention a suivi les réquisitions du parquet et l’a placé en détention provisoire au centre pénitentiaire Pémégnan. Son aîné, âgé de 20 ans, est quant à lui poursuivi pour des violences avec armes et port d’arme prohibé. Il aurait tiré en l’air avec un pistolet d’alarme. Il a été placé sous contrôle judiciaire. SudOuest.fr, Agression d’un jeune Palois à Seignosse : une instruction pour tentative d’homicide ouverte
  • L’homme soupçonné d’avoir commis un meurtre jeudi 9 juillet, dans le quartier des Coutures à Limoges, a été présenté ce vendredi 10 juillet, en début de soirée, au juge d'instruction, saisi par le parquet qui a ouvert une information judiciaire pour homicide volontaire. www.lepopulaire.fr, Information pour homicide volontaire ouverte contre l'auteur du coup de couteau mortel des Coutures, à Limoges - Limoges (87000)
  • Châteauneuf-les-Martigues : tentative d’homicide, le... LaProvence.com, Faits divers - Justice | Châteauneuf-les-Martigues : tentative d’homicide, le pronostic vital de la victime engagé | La Provence

Traductions du mot « homicide »

Langue Traduction
Anglais homicide
Espagnol homicidio
Italien omicidio
Allemand mord
Chinois 杀人
Arabe القتل
Portugais homicídio
Russe убийство
Japonais 殺人
Basque hilketa
Corse omicidiu
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Synonymes de « homicide »

Source : synonymes de homicide sur lebonsynonyme.fr

Homicide

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