La langue française

Formation

Sommaire

  • Définitions du mot formation
  • Étymologie de « formation »
  • Phonétique de « formation »
  • Évolution historique de l’usage du mot « formation »
  • Citations contenant le mot « formation »
  • Images d'illustration du mot « formation »
  • Traductions du mot « formation »
  • Synonymes de « formation »
  • Antonymes de « formation »

Définitions du mot formation

Trésor de la Langue Française informatisé

FORMATION, subst. fém.

I.− Action de former; fait de se former ou d'être formé.
A.− [Le compl. du nom désigne une chose]
1. Action de créer, de produire quelque chose. Les experts (...) procéderont à la division des héritages et à la formation des lots, qui seront tirés au sort (Code civil, 1804, art. 466, p. 86).[Par] la formation des poteries [on entend] (...) le travail (...) fait sur les matières céramiques depuis (...) le choix de ces matières jusqu'au résultat définitif (Brongniart, Arts céram.,1844, p. 242).Il nous expose avec gaîté la formation de ce Corpus historique qui comprend le Pentateuque et le livre de Josué (Lemaitre, Cōntemp.,1885, p. 198).
Subst. + en formation.La rupture sensationnelle qui nous fit rejeter de la Nouvelle Revue française en formation l'apport de Montfort (Gide, Ainsi soit-il,1951, p. 1240).
En partic.
a) [En parlant de sons] C'est grâce à cette cessation nette du son que se présentent clairement à nos oreilles les trois éléments du son : croissance ou formation, durée ou graduation, et interruption définitive (Roës, Techn. piano,1935, p. 13).
b) LING. Formation de mots. Création d'unités nouvelles à partir de morphèmes lexicaux par l'utilisation d'affixes de dérivation ou par les procédures de composition (d'apr. Ling. 1972). Formation de composés. L'établissement de règles syntaxiques pour la combinaison des signes est une institution généralement plus féconde que la formation de signes nouveaux (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 322).Le sobriquet : mode de formation des noms de famille (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 832):
1. Il y a dans la langue française et dans toutes les langues novolatines, trois sortes de mots : les mots de formation populaire, les mots de formation savante, les mots étrangers importés brutalement; maison, habitation, home... Gourmont, Esthét. lang. fr.1899, p. 14.
2. Processus par lequel une chose acquiert la forme, l'organisation qui lui donnent son existence, son identité.
a) Dans le domaine des faits naturels.La chimie a pour objet de connaître la loi de formation et d'entretien et de mort des corps (Bernard, Principes méd. exp.,1878, p. 84).En botanique (...) la théorie de la formation des espèces par variation brusque repose sur la base expérimentale la plus solide (Bergson, Évol. créatr.,1907, p. 68).On peut douter que la vie ait trouvé, ailleurs que sur notre propre planète, les conditions nécessaires à sa formation et à son développement (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 195):
2. ... la science a essayé d'abord de comprendre quelle était la forme, la composition des atomes des différents corps, et (...) ensuite elle est entrée dans des considérations « historiques ». J. Perrin, par exemple, fait des conjectures sur la formation des atomes lourds à partir de l'hydrogène. Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 320.
3. Nous concevons la construction de ces objets [un cristal, une coquille], et c'est par quoi ils nous intéressent et nous retiennent, nous ne concevons pas leur formation, et c'est par quoi ils nous intriguent. Valéry, Variété V,1944, p. 6.
SYNT. Formation des corps chimiques, des cristaux, des roches, des chaînes de montagne, de l'écorce terrestre; formation de cellules, d'anticorps, d'organes, des glandes, des dents, du système nerveux, d'un embryon; formation des espèces, des races; qqc. assure, favorise, empêche la formation de qqc.; mode de formation de qqc.; terrains de formation ancienne.
Subst. + en (voie de) formation.Des bancs de corail en voie de formation, qui, le temps aidant, doivent former une ceinture de récifs à la partie sud de l'Australie (Verne, Enf. cap. Grant,t. 2, 1868, p. 65).
[Construit avec non] Une exposition aux radiations atomiques ou aux rayons X, une infection (...) peuvent être responsables (...) de la non-formation de spermatozoïdes (QuilletMéd.1965, p. 484).
Spécialement
α) PATHOL. Processus aboutissant à une maladie (physique ou mentale). La régression de la libido vers les objets imaginaires, ou fantaisies, constitue une étape intermédiaire sur le chemin qui conduit à la formation de symptômes (Freud, Introd. psychanal.,1959, p. 401).Absol. Vous savez qu'on ne devient pas d'emblée paralytique général; il y a une « formation », comme disait Charcot (L. Daudet, Ét. et mil. littér.,1927, p. 225).
β) PHYSIOL. Ensemble des phénomènes qui conduisent à l'état physiologique adulte, achevé. Âge, époque de la formation. Puberté. Nous avons vu (...) quel rôle jouent les hormones dans les phénomènes de formation et de développement (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 52):
4. Je cause avec Robin sur les phénomènes psychiques accompagnant la formation de la femme. Il me parle d'une rêvasserie érotique en des coins de chambre, particulière à cette époque... Goncourt, Journal,1882, p. 172.
Subst. + en formation.Ce drap (...) elle l'écartait pour fuir (...) montrant ses épaules maigres, son corps gracile de petite femme en formation (Zola, Fécondité,1899, p. 423).
b) Dans le domaine des faits de civilisation, de société.Formation d'une société, d'un empire, d'une collectivité. Le Moyen Âge n'est pas autre chose que la formation pénible, lente et sanglante de la civilisation moderne (Cousin, Hist. philos. mod.,t. 1, 1847, p. 37).Derrière les bonnes manières européennes de mes deux amies, je sentais nettement la présence de grands faits sociaux et historiques : la formation des démocraties américaines, la conquête, la découverte (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 353).Montesquieu (...) donnait une large place à l'influence des climats dans la formation des tempéraments nationaux (Mounier, Traité caract.,1946, p. 109):
5. ... et voici que nous assistons au pénible enfantement de ce qui sera la vérité, et que nous sommes les témoins assez divisés de la formation difficile de l'histoire. Valéry, Variété IV,1938, p. 52.
Subst. + en (voie de) formation.Le milieu qui aujourd'hui est en voie de formation doit produire ses œuvres d'art, comme les milieux qui l'ont précédé (Taine, Philos. art,t. 1, 1865, p. 105).Il expliqua ses craintes : la Prusse grandie après Sadowa (...) tout ce vaste empire en formation, rajeuni, ayant l'enthousiasme et l'irrésistible élan de son unité à conquérir (Zola, Débâcle,1892, p. 15).
En partic.
[En parlant de phénomènes culturels] La ruine des croyances anciennes et la formation des croyances nouvelles ne se fait pas toujours dans l'ordre le plus désirable. La science détruit souvent une croyance alors qu'elle est encore nécessaire (Renan, Avenir sc.,1890, p. 101).Trop longtemps il [le peuple] a cru que le mystère où se déroulait la formation de la science et de la philosophie lui était interdit (Nizan, Chiens garde,1932, p. 154):
6. ... on a pu, textes en main, décomposer la formation des légendes, et montrer que, dans cette formation, il n'est entré que des éléments humains, groupés autour d'un fait très simple, mais que la naïveté populaire a enveloppé de merveilleux. Martin du G., J. Barois,1913, p. 304.
[En parlant de phénomènes écon.] Formation des prix. La théorie de la formation et de la distribution des pouvoirs (...) celle de la formation et de la distribution des richesses (Destutt de Tr., Comment. sur Espr. des lois,1907, p. 392).Dans le processus continu de la formation de capital, l'épargne se matérialise sous forme de capitaux (Univers écon. et soc.,1960, p. 3008).On n'a jamais vu d'économie où la formation des revenus ait été la conséquence des seuls échanges libres et du seul marché de concurrence (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 368).Formation brute de capital fixe (F.B.C.F.). ,,Ensemble des opérations consistant dans l'acquisition, l'amortissement et, dans certains cas, l'entretien du capital fixe`` (Phel. 1975).
c) Dans le domaine des faits de pensée, des émotions, des comportements de l'individu.Formation des concepts, des notions, des idées, des jugements, de la volonté. La théorie des délires, ou de la folie (...) [doit] donc jeter beaucoup de jour sur les rapports de l'état physique avec l'état moral, sur la formation même de la pensée, et des affections de l'âme (Cabanis, Rapp. phys. et mor.,t. 1, 1808, p. 53).Mais comment rendre perceptible la formation des habitudes, qui, de nature, est presque imperceptible? Justement au moyen d'une minutieuse peinture d'états successifs (Bourget, Nouv. Essais psychol.,1885, p. 166).Toute pensée a son port d'attache, et (...) il suffit de réfléchir pour retrouver quelque heure primitive et décisive de la formation de sa pensée (Valéry, Variété IV,1938, p. 205):
7. ... mes souvenirs douloureux n'avaient plus assez de force pour détruire dans leur retour incessant la formation du plaisir que j'avais à penser à Florence, à Venise. Proust, J. fille en fleurs,1918, p. 634.
Subst. + de formation + adj.Augustin commençait des joies profondes et de formation lente (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 176).
3. Fait d'organiser des éléments en un tout. Formation d'un cortège, d'un défilé, de convois. Il surveillait la formation de l'omnibus de neuf heures cinquante (Zola, Bête hum.,1890, p. 63).Des installations spéciales pour le transbordement et pour le garage, le triage et la formation des trains (Bricka, Cours ch. de fer,t. 2, 1894, p. 297).
En partic. Fait de réunir des personnes qui constitueront un corps, un groupe, etc., ayant une organisation et une fonction, un but particulier. Formation d'une compagnie, d'un club, d'un jury, d'un syndicat, du gouvernement. M. le duc de Blacas à Prague m'avait annoncé la formation d'un conseil dont je devais être le chef (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 312).M. Rais, de Nancy qui m'a demandé d'être président d'un comité nancéien en l'honneur de Verlaine (...) vient me voir et me consulter à propos de la formation de ce comité (Goncourt, Journal,1896, p. 947).La formation à Alger du Comité de la libération allait permettre de régulariser ce qui ressemblait fort à une mystification (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 129):
8. ... les incidents qui se multiplient dans la Régence obligent d'ores et déjà M. Edgar Faure à prendre position, c'est-à-dire à compliquer sérieusement les négociations engagées en vue de la formation de son ministère. Combat,19-20 janv. 1952, p. 1, col. 1.
♦ Dans le domaine milit.Les divisions de réserve, brusquement engagées dans la bataille, avaient montré un manque de solidité dû à leur formation récente (Foch, Mém.,t. 1, 1929, p. 85).
Subst. + en voie de formation.Je suis prêt à pousser de ce côté toutes les forces françaises en voie de formation qu'il me sera possible de prélever à l'intérieur (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 476).
Formation de qqc. en qqc.Fait de former en donnant une certaine structure. Il venait me trouver pour me demander de hâter le plus possible la formation en corps d'armée des divisions américaines (Foch, Mém., t. 2, 1929, p. 131).
B.− Fait de développer les qualités, les facultés d'une personne, sur le plan physique, moral, intellectuel ou de lui faire acquérir un savoir dans un domaine particulier; p. méton. moyens mis en œuvre; ensemble des caractères, des connaissances acquis. Contenus, méthodes de formation; période de formation; dispenser, recevoir une bonne, une solide formation; centre de formation; stage de formation. Il faut donner à chaque individu une formation permettant l'épanouissement de ses qualités virtuelles (Carrel, L'Homme,1935, p. 309).
Formation + déterm. indiquant la pers., l'aspect de la pers. qui est formé.À certains jours, je vois si clair quel devrait être, quel est le centre, la vie de mon œuvre : une éducation du cœur, une formation de la sensibilité (Barrès, Cahiers,t. 8, 1910-11, p. 276).L'instrument joue un rôle humain dans la formation de l'artiste. Il modèle sa main (Faure, Espr. formes,1927, p. 213).Les études étaient orientées vers le pur savoir, négligeant trop la formation du caractère et, plus encore, la formation corporelle (R. Vuillemin, Éduc. phys.,1941, p. 17):
9. Autrefois la culture, et plus particulièrement la culture classique, était une formation de l'intelligence et du goût, qui permettait de saisir l'actualité dans ses manifestations intellectuelles, littéraires, artistiques... Aymé, Confort,1949, p. 141.
SYNT. Formation de l'enfant, de l'adolescent, des jeunes esprits; formation d'un apprenti, des cadres, d'ingénieurs, de spécialistes; formation de la personnalité; formation intellectuelle, mentale, morale, physique.
Subst. + en (voie de) formation.Caractère en voie de formation. Je suis en voie de formation sans doute : mon cerveau bouillonne, et mon cœur aussi (Martin du G., Thib.,Cah. gr., 1922, p. 621).
Formation + déterm. indiquant l'origine, le caractère ou le contenu de la formation.Il songeait à son éducation. Culture classique... formation bourgeoise... ça donne à l'intelligence un pli qui ne s'efface pas... (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 78).Mon hérédité, puis ma formation protestante inclinaient mon esprit presque exclusivement vers les problèmes moraux (Gide, Ainsi soit-il,1951, p. 1176).La possession préalable d'une bonne formation générale facilite l'apprentissage des savoir-faire professionnels (Capelle, Éc. demain,1966, p. 104):
10. Des licences que permettait le règlement très lâche de l'école, j'avais peut-être tiré quelque profit pour ma formation générale, mais aucun pour mon instruction scolaire. Martin du G., In memor.,1921, p. 568.
SYNT. Formation virile, stoïcienne; formation artistique, littéraire, scientifique, politique, religieuse, juridique, technique; formation livresque, pratique, théorique, supérieure, universitaire; formation professionnelle; Association pour la Formation Professionnelle des Adultes (A.F.P.A.); formation de base; formation d'historien, des enseignants; conseil en formation.
DR. DU TRAVAIL. Formation continue. ,,Formation professionnelle post-scolaire, destinée à des personnes engagées dans la vie active, qui se réalise par le moyen de congés de formation. Elle a pour charte la loi du 16 juillet 1971`` (Jur. 1974). Synon. formation permanente.
Subst. + de formation + adj.Cadres de formation scientifique. J'ai des amis d'une formation analogue à la mienne et qui m'ont donné des témoignages positifs (Barrès, Voy. Sparte,1906, p. 130).
II.− P. méton.
A.− Résultat d'un processus de formation :
1. [dû à la nature] Poils et dents sont des formations similaires (Bergson, Évol. créatr.,1907, p. 67).Ces animaux [du benthos] présentent (...) une réduction des formations de soutien : coquille des mollusques, test des oursins, squelette des poissons (J.-M. Pérès, Vie océan,1966, p. 152):
11. ... cette petite blessure, si insignifiante soit-elle, mais répétée, toujours au même endroit, pourrait bien finir par donner prétexte à une formation cancéreuse... Gide, Journal,1934, p. 1204.
2. [dû à la société] Cette immense formation [l'empire de Charlemagne] se décomposa pour la première fois, en 843, Louis le Débonnaire étant mort et ayant déjà laissé reprendre aux sarrasins leur part (Hugo, Rhin,1842, p. 123).Le comté de la Marche était lui-même une formation du moyen âge, qui se resserrait ou s'étendait au gré du destin des batailles, et selon les vicissitudes de la fortune des princes (Sand, Jeanne,1844, p. 31):
12. Bonald appartient à l'une des formations les plus solides, à une formation de base de l'ancienne France, ou plutôt de l'ancienne Europe : les familles de petite noblesse (...) la formation des Vigny et des Lamartine. Thibaudet, Hist. Litt. fr.,1936, p. 76.
3. [dû à l'exercice des facultés intellectuelles, affectives de l'homme] Dans un langage bizarrement heurté, les images fragmentaires du réel s'entrecroisent avec les formations obscures du subconscient et de l'imagination (Béguin, Âme romant.,1939, p. 250):
13. Comment ne pas voir que nos formations spirituelles font partie du groupe des combinaisons qui peuvent se composer en nous à partir de nos acquisitions sensorielles et de nos possibilités et libertés psychiques et affectives? Valéry, Variété V,1944, p. 276.
Spécialement
LING. Mot formé. Des sobriquets latins entrent dans ces formations toponymiques en -acus (L'Hist. et ses méth.,1961, p. 692).
PSYCHANAL. Le rêve est une psychose, avec toutes les extravagances, toutes les formations délirantes, toutes les erreurs sensorielles inhérentes à celle-ci (Freud, Abr. psychanal.,1949, p. 39).
Formation de compromis. ,,Symptôme qui effectue un compromis entre l'impulsion refoulée et l'instance de refoulement`` (Rycr. 1972). Ce n'est pas seulement la force de l'instinct sexuel qui s'insinue dans le sentiment religieux, c'est son impuissance qui parfois se donne la religiosité comme une formation de compromis (Mounier, Traité caract.,1946, p. 739).
Formation réactionnelle. ,,Attitude psychologique de sens opposé au désir refoulé et constituée en réaction contre celui-ci`` (March. 1970). Ces sentiments conscients contraires aux sentiments inconscients ont été nommés « formations réactionnelles » (Choisy, Psychanal.,1950, p. 40).
B.− Disposition que prend une chose en se formant, en étant formée :
14. Les qualités et les défauts qu'un être présente disposés au premier plan de son visage se rangent selon une formation tout autre si nous l'abordons par un côté différent... Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 874.
En partic., dans le domaine milit.Disposition que prend une force armée. Formation massive, déployée en colonne, en ligne. La flotte grecque en pénétrant dans vos eaux territoriales a adopté la formation dite de face (Giraudoux, Guerre Troie,1935, II, 5, p. 118).Il fit osciller son appareil pour ordonner la formation de combat (Malraux, Espoir,1937, p. 520).Formation par quatre.
P. anal. Les gens vinrent organisés; ils vinrent en formation serrée, en famille, mère, filles et nièces (Giraudoux, Simon,1926, p. 235).
C.− Groupement d'éléments ayant quelque chose en commun.
1. [En parlant de choses concr.]
a) BOT. ,,Ensemble de végétaux vivant ensemble dans les mêmes conditions et ayant de ce fait certains aspects et comportements voisins`` (Plais. 1969). Formations végétales. Forêt, steppe, etc. Ces formations buissonneuses (lentisques, myrtes, etc.) qui couvrent les versants et les plateaux secs du monde méditerranéen et qui constituent les maquis (...) les garrigues (Brunhes, Géogr. hum.,1942, p. 163).On peut diviser les régions forestières en trois principales : les formations du rivage, la savane à niaoulis et les forêts d'altitude (Forêt fr.,1955, p. 42).
b) GÉOL. ,,Ensemble des terrains qui présentent des caractères communs parce qu'ils ont pris forme dans des conditions analogues`` (Plais.-Caill. 1958). Formations sédimentaires, lagunaires, gréseuses. Les terrains secondaires comprennent de vastes et épaisses formations calcaires et vaseuses indiquant des périodes de sédimentation tranquille (Boule, Conf. géol.,1907, p. 131).Elles [les rivières] coupent ainsi successivement autant de zones différentes qu'il y a de formations géologiques (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 111):
15. C'est un bloc abrupt, d'apparence inaccessible, et je ne parviens à m'expliquer cette soudaine formation géologique, ni par soulèvement volcanique, ni par plissement du sol, ni par érosion. Gide, Retour Tchad,1928, p. 944.
2. [En parlant de pers.] Groupement de personnes dans un cadre défini, ayant un but déterminé, des idées communes. Formations révolutionnaires, modérées, d'avant-garde. La compagnie de Jésus est la formation-type de la milice spirituelle à cette époque (Maritain, Human. intégr.,1936, p. 168).Des formations solides, le parti, les syndicats, le comité de vigilance (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 241).Je constate qu'aucune des formations politiques n'est en mesure d'assurer la conduite du pays et de l'État (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 239):
16. Les groupes de pression n'ont-ils pas la faculté (...) de contribuer à la chute de formations ministérielles qui se révèlent peu favorables à leurs revendications... Meynaud, Groupes pression,1958, p. 311.
En partic.
Formation musicale, symphonique. Groupe de musiciens constituant un orchestre. Ce soir (...) aura lieu Salle Wagram (...) « La Grande Nuit Provençale » (...) avec le concours de Camille Sauvage et sa grande formation de la Radio (Combat,19-20 janv. 1952, p. 2).
♦ Dans le domaine milit.Groupe tactique organisé. Formation aérienne, maritime, terrestre; formation active, de réserve; formation sanitaire. L'artillerie lourde de campagne va être au complet, l'équipement des formations de réserve est constitué (Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 163).Les formations d'aviation sont organisées en escadrilles, groupes, escadres (J.O., Décret organ. armée air, 1938, art. 7, p. 439).Deux jours après son arrivée, il avait repris le train et rejoint sa formation, tant lui pesait son oisiveté (Martin du G., Thib.,Epil., 1940, p. 768):
17. ... le général Clark commandant la Vearmée veut déboucher dans la plaine du Liri où ses formations blindées agiront avec avantage. De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 266.
Prononc. et Orth. : [fɔ ʀmasjɔ ̃]. Ds. Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1170 la formation deu monde (Benoit, Chronique des Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 47); 1774 géol. (Buffon, Hist. nat., t. 1, p. 92); 2. 1789 formation des sociétés politiques (Sieyès, Tiers état, p. 65); 1790 milit. (Marat, Pamphlets, p. 82 : la formation des camps au Champ de Mars); 3. 1898 « éducation d'un être humain » ma formation littéraire (Barrès, Cahiers, t. 1, p. 25). Empr. au lat. formatio « forme, confection » cf. la forme avec traitement semi-pop. du suff. formaison (xiies. ds T.-L.) en partic. en gramm. « formation des temps » (xiiies., ibid.). Fréq. abs. littér. : 1 759. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 297, b) 1 420; xxes. : a) 1 703, b) 3 735. Bbg. Delisle (J.), Gauthier (F.). La Gestion de l'entr. Meta. 1970, t. 15, no1, p. 40. − Slack (A.). Le Coin du pédag. Fr. R. 1977, t. 50, p. 612.

Wiktionnaire

Nom commun

formation \fɔʁ.ma.sjɔ̃\ féminin

  1. Action de former ou résultat de cette action.
    • Cette zone forestière correspond à la région humide des nuages qui ceignent les flancs du pic pendant la majeure partie de l’année […]. Leur formation est due aux vents alizés du nord-est qui, dans ces parages, règnent deux jours sur trois et soufflent presque sans interruption pendant tout l’été. — (Frédéric Weisgerber, Huit jours à Ténériffe, dans la Revue générale des sciences pures et appliquées, Paris : Doin, 1905, vol.16, pp. 1041)
    • À la fin du Tertiaire s’est produit le refroidissement qui a conduit aux glaciations quaternaires ; il a peut-être quelque rapport avec la formation de l’Atlantique Nord. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p. 56)
    • L’humus […] résulte de la transformation de la matière organique. C’est un produit composite, chimiquement mal défini, et les détails de sa formation sont encore imparfaitement connus. — (Pierre Davet, Vie microbienne du sol et production végétale, Éditions Quae, 1996, page 143)
    • Aussitôt l’abatage des animaux, le sang est fortement agité, pour en séparer la fibrine, et empêcher la formation du caillot sanguin. — (Charles-Victor Garola, Engrais : Les matières fertilisantes, J.-B. Baillière & fils, Paris, 1925, 7e éd., p. 205)
  2. (Figuré) Ensemble de personnes qui partagent une même doctrine ou un même but.
    • Cette alliance des « partis ouvriers » avec des formations « bourgeoises ou petite-bourgeoises » allaient les empêcher de prendre les mesures énergiques et « anticapitalistes » que réclamait la situation économique et sociale du pays. — (Françoise Bosman, ‎Jean-François Chanet & al., La Fédération de l’éducation nationale, 1928–1992 : histoire et archives en débat, Presses universitaires du Septentrion, 2010, page 160)
  3. (Par extension) (Administration) Groupe de personnes, sous-ensemble d’un autre.
    • Le collège de l'Autorité comporte trois formations. La formation plénière rassemble les 7 membres du collège. Les étapes d'instruction et de poursuite […] relèvent d'une formation spécialisée, […] composée de 4 des 7 membres du collège, dont le président. L'étape de jugement relève d'une formation, dite restreinte, composée des 3 autres membres du collège, chargée de prononcer, le cas échéant, une sanction. — (Arcep, Service universel - L’Arcep met en demeure la société Orange, opérateur du service universel, de respecter son obligation de qualité de service, 23 octobre 2018 → lire en ligne)
  4. (Musique) Groupe de musiciens qui jouent ensemble.
    • Nicola aime d'ailleurs beaucoup les Costars, une formation française de l’époque qui mélange la banane rock’n’roll outrancière des Stray Cats avec les tables de la loi édictées par Elvis. — (Christian Eudeline, Indochine, Éditions Prisma, 2018)
  5. (Militaire) Mouvement par lequel une troupe prend une certaine disposition, état où elle se trouve après cette disposition.
    • Le gros du corps d’armée, formé en deux colonnes, franchissait l’Aisne à Semuy (34e division) et à Voncq (33e division), puis prenait une formation d'attente dans la région de Chuffilly. — (Barthélemy-Edmond Palat, La grande guerre sur le front occidental, Paris : Librairie Chapelot, 1920, vol.5, page 305)
    1. (Par extension) Tout groupement militaire.
      Formations d’arrière, de réserve, sanitaires.
      La formation d’un régiment, d’une compagnie.
      Les principes de la formation en bataille.
    2. Se dit aussi du régiment, de la compagnie ainsi formés.
  6. (Cyclisme) Équipe.
  7. (Géologie) Ensemble des couches ou portions de terrains, de gîtes quelconques de substances minérales qui paraissent dater de la même époque.
    • Les îles Féroë sont entièrement d'origine volcanique : elles ont surgi de toutes pièces du sein d’Amphitrite et sont, comme l’Islande, constituées de trapp de formation sous-marine. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 35)
    • Toutes les autres conditions étant égales, les formations argilo-siliceuses, argilo-loessiques ou molassiques, plus riches en zéolithes et sels minéraux podzolisent plus lentement et donnent des podzols moins prononcés que les formations sablonneuses. — (H.-H. Margulis, Aux sources de la pédologie (Dokoutchaïev-Sibirtzev), École Nationale Supérieure Agronomique, 1954, page 76)
  8. (Écologie) Forme de végétation.
    • Notons que les cultures abandonnées sont peu à peu envahies par une végétation xérique analogue à celle des landes voisines. M. ISSLER [82] désigne ces formations nouvelles sous le nom de « néogarides ». — (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises, les associations végétales de la vallée de La Lanterne, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, p. 107)
    • Ainsi la Bruyère Callune, la Fougère aigle, le Genêt à balai et le Genévrier commun se répétant à l’infini sur un vaste espace constituent une « formation » appelée « lande ». — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p. 101)
  9. (Grammaire) Manière dont un mot se forme d’un autre mot, ou dont un mot passe par ses diverses formes.
    • L'arabe, outre son pluriel régulier qui se forme comme dans toutes les autres langues par l'addition de certaines désinences, présente encore une formation particulière, étrangère aux autres langues sémites, et s'écartant en apparence de toute formation connue. — (Stanislas Guyard, Nouvel essai sur la formation du pluriel brisé en arabe, Paris : Librairie A. Franck, 1870, page 1)
    • À propos de la formation du subjonctif présent, il est intéressant d'observer que l'on a comme une sorte d'« inversion vocalique » : en effet, pour les verbes en -AR, la voyelle thématique -a- se transforme à toutes les personnes en -e- […]. — (Jacques De Bruyne, Grammaire espagnole: grammaire d'usage de l'espagnol moderne, Duculot, 1998)
  10. Processus par lequel un enfant apprend graduellement les compétences, intellectuelles, émotives et psychologiques, qui l'aideront à devenir un adulte.
    • Je vous remercie de m'avoir conviée à ouvrir ce Congrès consacré aux responsabilités de la famille dans la formation de l'enfant. [...] Encore faut-il remarquer que le terme français de « formation » renvoie trop strictement, dans nos façons de penser, à la scolarité alors que le champ couvert par ce colloque est beaucoup plus vaste et concerne en réalité la fonction qui consiste comme nous le disons en français à « élever » des enfants, ce qu'évoquent de façon plus précise les termes anglais (Upbringing) et allemand (Bildung). — (Simone Veil, discours à la Conférence internationale de la famille à l'UNESCO, Paris, 8 janvier 1979, dans Mes combats, Bayard, 2016, p. 377)
  11. Ensemble d'apprentissages et d'expériences utiles pour un poste.
    • Quelle est ta formation ? — J'ai un master en chimie.
  12. (Sylviculture) (Arboriculture) Modification de la forme d’un arbre, par intervention de taille ou par la végétation environnante.
    • La vigueur des branches du merisier, souvent regroupées en couronnes, demande un suivi rigoureux des tailles de formation. — (CRPF Grand Est, Le merisier, 2005 → lire en ligne)
    • La qualification correspond à la formation de la bille de pied recherchée, un fût net de nœuds, et précède la phase d’expansion durant laquelle le forestier favorise le développement des houppiers des tiges sélectionnées (arbres objectif). — (Thierry Sardin, Chênaies continentales, Office national des forêts, 2008, ISBN 978-2-84207-321-3 → lire en ligne)

Nom commun

formation \Prononciation ?\

  1. Formation.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FORMATION. n. f.
Action de former ou Résultat de cette action. La formation des métaux dans les entrailles de la terre. La formation de ce terrain paraît due à des éruptions volcaniques. La formation d'un abcès. Il se dit particulièrement, en termes de Théorie militaire, du Mouvement par lequel une troupe prend une certaine disposition et de l'État où elle se trouve après cette disposition. La formation en colonne. La formation en bataille. Il se dit, par extension, de Tout groupement militaire. Formations d'arrière. Formations de réserve. Formations sanitaires. La formation d'un régiment, d'une compagnie. Les principes de la formation en bataille. Il se dit aussi du Régiment, de la compagnie ainsi formés. Il désigne, en termes de Géologie, l'Ensemble des couches ou portions de terrains, de gîtes quelconques de substances minérales qui paraissent dater de la même époque. Les terrains des environs de Paris sont de formation gypseuse. Des couches de même formation. Les formations schisteuses, calcaires. Il désigne aussi, en termes de Grammaire, la Manière dont un mot se forme d'un autre mot, ou dont un mot passe par ses diverses formes. La formation du pluriel. La formation d'un temps, d'un mode. La formation de mots par dérivation, par composition, etc. Règles de formation.

Littré (1872-1877)

FORMATION (for-ma-sion ; en vers, de quatre syllabes) s. f.
  • 1Au sens actif. Action de former, d'organiser, d'instituer. La formation d'un régiment, d'un camp.

    Au sens passif. Action par laquelle une chose se forme ou est formée. La formation d'un abcès dans le poumon, dans le foie. Ce qui a paru de lui dans les mémoires de cette académie sur la formation de la voix…, Fontenelle, Dodart. Le grand-père chien paraît avoir eu plus de part que la grand'mère louve à la formation de la tête du mâle et de la queue de la femelle de la première génération, Buffon, Quadrup. t. XII, p. 263, dans POUGENS. Que les grandes et premières formations des êtres animés ne se soient faites dans les terres élevées du Nord, Buffon, 5e Époq. nat. Œuvres, t. XII, p. 257.

  • 2 Terme de géologie. Mode de production d'une roche, d'une famille de roches ou d'une réunion de masses minérales ou de dépôts, de terrains.

    Ensemble de couches, de terrains qui paraissent avoir été formés à la même époque et par une semblable opération géogénique. Formation gypseuse, calcaire. On distingue des formations ignées ou plutoniennes, et des formations aqueuses ou neptuniennes. Cette mine, située dans une si haute montagne, est sans doute de première formation comme la plupart des autres mines de cuivre de l'Afrique, Buffon, Min. t. V, p. 145, dans POUGENS. Lorsque l'eau n'est chargée que des molécules de sable calcaire pur, son sédiment forme une concrétion calcaire tendre, ou bien une pierre semblable à toutes les autres pierres de seconde formation, Buffon, ib. t. II, p. 80.

  • 3Disposition que prennent les différentes sections d'une troupe. La formation en bataille.
  • 4 Terme de grammaire. La manière de modifier un nom, un verbe, l'un dans la déclinaison, l'autre dans la conjugaison, en ajoutant certaines désinences. La formation des cas, du féminin, du pluriel, des temps des verbes.
  • 5 Terme d'algèbre. Formation des puissances, opération par laquelle on élève une grandeur donnée à une puissance. Formation d'une équation, la suite des opérations qui conduisent à cette équation.

    Terme de géométrie. Manière dont une ligne, une surface est engendrée.

HISTORIQUE

XIIe s. Itels est la formation Del munde e la divisions, Que quatre parz i a, non plus, Benoit de Sainte-Maure, I, V. 47.

XIIIe s. Les os et la formacion de tous membres, J. de Meung, Végèce, I, 6.

XVe s. Mi sers [mes serfs] en moy font formacion [complot] Pour moy occir…, Deschamps, Poésies mss. f° 52.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FORMATION. - HIST. Ajoutez :

XVIe s. Je ne m'amuse pas fort aux formaisons des derivatifs, Meigret, dans LIVET, la Gramm. franç. p. 72. (Formation, bien que très ancien, est la forme latine ; formaison est la forme française, atio devenant régulièrement aison ou oison.)

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FORMATION, s. f. terme de Grammaire, c’est la maniere de faire prendre à un mot toutes les formes dont il est susceptible, pour lui faire exprimer toutes les idées accessoires que l’on peut joindre à l’idée fondamentale qu’il renferme dans sa signification.

Cette définition n’a pas dans l’usage ordinaire des Grammairiens, toute l’étendue qui lui convient effectivement. Par formation, ils n’entendent ordinairement que la maniere de faire prendre à un mot les différentes terminaisons ou inflexions que l’usage a établies pour exprimer les différens rapports du mot à l’ordre de l’énonciation. Ce n’est donc que ce que nous désignons aujourd’hui par les noms de déclinaison & de conjugaison (Voyez ces deux mots), & que les anciens comprenoient sous le nom général & unique de déclinaison.

Mais il est encore deux autres especes de formation, qui méritent singulierement l’attention du grammairien philosophe ; parce qu’on peut les regarder comme les principales clés des langues : ce sont la dérivation & la composition. Elles ne sont pas inconnues aux Grammairiens qui dans l’énumération de ce qu’ils appellent les accidens des mots, comptent l’espece & la figure : ainsi, disent-ils, les mots sont de l’espece primitive ou dérivée, & ils sont de la figure simple ou composée. Voyez Accident.

Peut-être se sont-ils crus fondés à ne pas réunir la dérivation & la composition avec la déclinaison & la conjugaison, sous le point de vûe général de formations ; car c’est à la Grammaire, peut-on dire, d’apprendre les inflexions, destinées par l’usage à marquer les diverses relations des mots à l’ordre de l’énonciation, afin qu’on ne tombe pas dans le défaut d’employer l’une pour l’autre : au lieu que la dérivation & la composition ayant pour objet la génération même des mots, plûtôt que leurs formes grammaticales, il semble que la Grammaire ait droit de supposer les mots tout faits, & de n’en montrer que l’emploi dans le discours.

Ce raisonnement qui peut avoir quelque chose de spécieux, n’est au fond qu’un pur sophisme. La Grammaire n’est, pour ainsi dire, que le code des décisions de l’usage sur tout ce qui appartient à l’art de la parole : par-tout où l’on trouve une certaine uniformité usuelle dans les procédés d’une langue, la Grammaire doit la faire remarquer, & en faire un principe, une loi. Or on verra bien-tôt que la dérivation & la composition sont assujetties à cette uniformité de procédés, que l’usage seul peut introduire & autoriser. La Grammaire doit donc en traiter, comme de la déclinaison & de la conjugaison ; & nous ajoûtons qu’elle doit en traiter sous le même titre, parce que les unes comme les autres envisagent les diverses formes qu’un même mot peut prendre pour exprimer, comme on l’a déjà dit, les idées accessoires, ajoûtées & subordonnées à l’idée fondamentale, renfermée essentiellement dans la signification de ce mot.

Pour bien entendre la doctrine des formations, il faut remarquer que les mots sont essentiellement les signes des idées, & qu’ils prennent différentes dénominations, selon la différence des points de vûe sous lesquels on envisage leur génération & les idées qu’ils expriment. C’est de-là que les mots sont primitifs ou dérivés, simples ou composés.

Un mot est primitif relativement aux autres mots qui en sont formés, pour exprimer avec la même idée originelle quelque idée accessoire qui la modifie ; & ceux-ci sont les dérivés, dont le primitif est en quelque sorte le germe.

Un mot est simple relativement aux autres mots qui en sont formés, pour exprimer avec la même idée quelqu’autre idée particuliere qu’on lui associe ; & ceux-ci sont les composés, dont le simple est en quelque sorte l’élément.

On donne en général le nom de racine, ou de mot radical à tout mot dont un autre est formé, soit par dérivation, soit par composition ; avec cette différence néanmoins, qu’on peut appeller racines génératrices les mots primitifs à l’égard de leurs dérivés ; & racines élémentaires, les mots simples à l’égard de leurs composés.

Eclaircissons ces définitions par des exemples tirés de notre langue. Voici deux ordres différens de mots dérivés d’une même racine génératrice, d’un même mot primitif destiné en général à exprimer ce sentiment de l’ame qui lie les hommes par la bienveillance. Les dérivés du premier ordre sont amant, amour, amoureux, amoureusement, qui ajoûtent à l’idée primitive du sentiment de bienveillance, l’idée accessoire de l’inclination d’un sexe pour l’autre : & cette inclination étant purement animale, rend ce sentiment aveugle, impétueux, immodéré, &c. Les dérivés du second ordre sont ami, amitié, amical, amicalement, qui ajoûtent à l’idée primitive du sentiment de bienveillance, l’idée accessoire d’un juste fondement, sans distinction de sexe ; & ce fondement étant raisonnable, rend ce sentiment éclairé, sage, modéré, &c. Ainsi ce sont deux passions toutes différentes qui sont l’objet fondamental de la signification commune des mots de chacun de ces deux ordres : mais ces deux passions portent l’une & l’autre sur un sentiment de bienveillance, comme sur une tige commune. Si nous les mettons maintenant en parallele, nous verrons de nouvelles idées accessoires & analogues modifier l’une ou l’autre de ces deux idées fondamentales : les mots amant & ami expriment les sujets en qui se trouve l’une ou l’autre de ces deux passions. Amour & amitié expriment ces passions mêmes d’une maniere abstraite, & comme des êtres réels ; les mots amoureux & amical servent à qualifier le sujet qui est affecté par l’une ou par l’autre de ces passions : les mots amoureusement, amicalement, servent à modifier la signification d’un autre mot, par l’idée de cette qualification. Amant & ami sont des noms concrets ; amour & amitié des noms abstraits ; amoureux & amical sont des adjectifs ; amoureusement & amicalement sont des adverbes.

La syllabe génératrice commune à tous ces mots est la syllabe am, qui se retrouve la même dans les mots latins amator, amor, amatorius, amatoriè, &c… amicus, amicè, amicitia, &c. & qui vient probablement du mot grec ἅμα, una, simul ; racine qui exprime assez bien l’affinité de deux cœurs réunis par une bienveillance mutuelle.

Les mots ennemi, inimitié, sont des mots composés, qui ont pour racines élémentaires les mots ami & amitié, assez peu altérés pour y être reconnoissables, & le petit mot in ou en, qui dans la composition marque souvent opposition, voyez Préposition. Ainsi ennemi signifie l’opposé d’ami ; inimitié exprime le sentiment opposé à l’amitié.

Il en est de même & dans toute autre langue, de tout mot radical, qui par ses diverses inflexions, ou par son union à d’autres radicaux, sert à exprimer les diverses combinaisons de l’idée fondamentale dont il est le signe, avec les différentes idées accessoires qui peuvent la modifier ou lui être associées. Il y a dans ce procédé commun à toutes les langues un art singulier, qui est peut-être la preuve la plus complette qu’elles descendent toutes d’une même langue, qui est la souche originelle : cette souche a produit des premieres branches, d’où d’autres sont sorties & se sont étendues ensuite par de nombreuses ramifications. Ce qu’il y a de différent d’une langue à l’autre, vient de leur division même, de leur distinction, de leur diversité : mais ce qu’on trouve de commun dans leurs procédés généraux, prouve l’unité de leur premiere origine. J’en dis autant des racines, soit génératrices soit élémentaires, que l’on retrouve les mêmes dans quantité de langues, qui semblent d’ailleurs avoir entre elles peu d’analogie. Tout le monde sait à cet égard ce que les langues greque, latine, teutone, & celtique, ont fourni aux langues modernes de l’Europe, & ce que celles-ci ont mutuellement emprunté les unes des autres ; & il est constant que l’on trouve dans la langue des Tartares, dans celle des Perses & des Turcs, & dans l’allemand moderne, plusieurs radicaux communs.

Quoi qu’il en soit, il résulte de ce qui vient d’être dit, qu’il y a deux especes générales de formations qui embrassent tout le système de la génération des mots ; ce sont la composition & la dérivation.

La composition est la maniere de faire prendre à un mot, au moyen de son union avec quelqu’autre, les formes établies par l’usage pour exprimer les idées particulieres qui peuvent s’associer à celle dont il est le type.

La dérivation est la maniere de faire prendre à un mot, au moyen de ses diverses inflexions, les formes établies par l’usage pour exprimer les idées accessoires qui peuvent modifier celle dont il est le type.

Or deux sortes d’idées accessoires peuvent modifier une idée primitive : les unes, prises dans la chose même, influent tellement sur celle qui leur sert en quelque sorte de base, qu’elles en font une toute autre idée ; & c’est à l’égard de cette nouvelle espece d’idées, que la premiere prend le nom de primitive ; telle est l’idée exprimée par canere, à l’égard de celles exprimées par cantare, cantitare, canturire : canere présente l’action de chanter, dépouillée de toute autre idée accessoire ; cantare l’offre avec une idée d’augmentation ; cantitare, avec une idée de répétition ; & canturire présente cette action comme l’objet d’un desir vif.

Les autres idées accessoires qui peuvent modifier l’idée primitive, viennent non de la chose même, mais des différens points de vûe qu’envisage l’ordre de l’énonciation ; ensorte que la premiere idée demeure au fond toûjours la même : elle prend alors à l’égard de ces idées accessoires, le nom d’idée principale : telle est l’idée exprimée par canere, qui demeure la même dans la signification des mots cano, canis, canit, canimus, canitis, canunt : tous ces mots ne different entre eux que par les idées accessoires des personnes & des nombres ; voyez Personne & Nombre. Dans tous, l’idée principale est celle de l’action de chanter présentement : telle est encore l’idée de l’action de chanter attribuée à la premiere personne, à la personne qui parle ; laquelle idée est toûjours la même dans la signification des mots cano, canam, canebam, canerem, cecini, cecineram, cecinero, cecinissem ; tous ces mots ne different entr’eux que par les idées accessoires des tems. Voyez Tems.

Telle est enfin l’idée de chanteur de profession, qui se retrouve la même dans les mots cantator, cantatoris, cantatori, cantatorem, cantatore, cantatores, cantatorum, cantatoribus ; lesquels ne different entre eux que par les idées accessoires des cas & des nombres. Voyez Cas & Nombre.

De cette différence d’idées accessoires naissent deux sortes de dérivation ; l’une que l’on peut appeller philosophique, parce qu’elle sert à l’expression des idées accessoires propres à la nature de l’idée primitive, & que la nature des idées est du ressort de la Philosophie ; l’autre, que l’on peut nommer grammaticale, parce qu’elle sert à l’expression des points de vûe exigés par l’ordre de l’énonciation, & que ces points de vûe sont du ressort de la Grammaire.

La dérivation philosophique est donc la maniere de faire prendre à un mot, au moyen de ses diverses inflexions, les formes établies par l’usage pour exprimer les idées accessoires qui peuvent modifier en elle-même l’idée primitive, sans rapport à l’ordre de l’énonciation : ainsi cantare, cantitare, canturire, sont dérivés philosophiquement de canere ; parce que l’idée primitive exprimée par canere y est modifiée en elle-même, & sans aucun rapport à l’ordre de l’énonciation. Felicior & felicissimus sont aussi dérivés philosophiquement de felix, pour les mêmes raisons.

La dérivation grammaticale est la maniere de faire prendre à un mot, au moyen de ses diverses inflexions, les formes établies par l’usage pour exprimer les idées accessoires qui peuvent présenter l’idée principale, sous différens points de vûe relatifs à l’ordre de l’énonciation : ainsi canis, canit, canimus, canitis, canunt, canebam, canebas, &c. sont dérivés grammaticalement de cano ; parce que l’idée principale exprimée par cano y est modifiée par différens rapports à l’ordre de l’énonciation, rapports de nombres, rapports de tems, rapports de personnes : cantatoris, cantatori, cantatorem, cantatores, cantatorum, &c. sont aussi dérivés grammaticalement de cantator, pour des raisons toutes pareilles.

Pour la facilité du commerce des idées, & des services mutuels entre les hommes, il seroit à desirer qu’ils parlassent tous une même langue, & que dans cette langue, la composition & la dérivation, soit philosophique soit grammaticale, fussent assujetties à des regles invariables & universelles : l’étude de cette langue se réduiroit alors à celle d’un petit nombre de radicaux, des lois de la formation, & des regles de la syntaxe. Mais les diverses langues des habitans de la terre sont bien éloignées de cette utile régularité : il y en a cependant qui en approchent plus que les autres.

Les langues greque & latine, par exemple, ont un système de formation plus méthodique & plus fécond que la langue françoise, qui forme ses dérivés d’une maniere plus coupée, plus embarrassée, plus irréguliere, & qui tire de son propre fonds moins de mots composés, que de celui des langues greque & latine. Quoi qu’il en soit, ceux qui desirent faire quelque progrès dans l’étude des langues, doivent donner une attention singuliere aux formations des mots ; c’est le seul moyen d’en connoître la juste valeur, de découvrir l’analogie philosophique des termes, de penétrer jusqu’à la métaphysique des langues, & d’en démêler le caractere & le génie ; connoissances bien plus solides & bien plus précieuses que le stérile avantage d’en posséder le pur matériel, même d’une maniere imperturbable. Pour faire sentir la vérité de ce qu’on avance ici, nous nous contenterons de jetter un simple coup-d’œil sur l’analogie des formations latines ; & nous sommes sûrs que c’est plus qu’il n’en faut, non-seulement pour convaincre les bons esprits de l’utilité de ce genre d’étude, mais encore pour leur en indiquer en quelque sorte le plan, les parties, les sources même, les moyens, & la fin.

Il faut donc observer, 1°. que la composition & la dérivation ont également pour but d’exprimer des idées accessoires ; mais que ces deux especes de formations employent des moyens différens & en un sens opposé.

Dans la composition, les idées accessoires s’expriment, pour la plûpart, par des noms ou des prépositions qui se placent à la tête du mot primitif ; au lieu que dans la dérivation elles s’expriment par des inflexions qui terminent le mot primitif : fidi-cen, tibi-cinium, vati-cinari, vati-cinatio, ju-dex, ju-dicium, ju-dicare, ju-dicatio ; parti-ceps, parti-cipium, parti-cipare, parti-cipatio ; ac-cinere, con-cinere ; in-cinere, inter-cinere ; ad-dicere, con-dicere, in-dicere, inter-dicere ; ac-cipere, con-cipere, in-cipere, inter-cipere : voilà autant de mots qui appartiennent à la composition. Canere, canax, cantio, cantus, cantor, cantrix, cantare, cantatio, cantator, cantatrix, cantitare, canturire, cantillare ; dicere, dicax, dicacitas, dictio, dictum, dictor, dictare, dictatio, dictator, dictatrix, dictatura, dictitare, dicturire ; capere, capax, capacitas, capessere, captio, captus, captura, captare, captatio, captator, captatrix, &c. ce sont des mots qui sont du ressort de la dérivation.

Il faut observer, 2°. qu’il y a deux sortes de racines élémentaires qui entrent dans la formation des composés ; les unes sont des mots qui peuvent également paroître dans le discours sous la figure simple & sous la figure composée, c’est-à-dire seuls ou joints à un autre mot : telles sont les racines élémentaires des mots magnanimus, respublica, senatusconsultum, qui sont magnus & animus, res & publica, senatus & consultum : les autres sont absolument inusitées hors de la composition, quoiqu’anciennement elles ayent pû être employées comme mots simples : telles sont jux & jugium, ses & sidium, ex & igium, plex & plicium, spex & spicium, stes & stitium, que l’on trouve dans les mots conjux, conjugium ; præses, præsidium ; remex, remigium ; supplex, supplicium ; extispex, frontispicium ; antistes, solstitium.

Il faut observer, 3°. qu’il y a quantité de mots réellement composés, qui au premier aspect peuvent paroître simples, à cause de ces racines élémentaires inusitées hors de la composition ; quelque sagacité & un peu d’attention suffisent pour en faire démêler l’origine : tels sont les mots judex, justus, justitia, juvenis, trinitas, æternitas ; & une infinité d’autres. Judex renferme dans sa composition les deux racines jus & dex : cette derniere se trouve employée hors de la composition dans Cicéron ; dicis gratiâ, par maniere de dire : judex signifie donc jus dicens, ou qui jus dicit ; & c’est effectivement l’idée que nous avons de celui qui rend la justice : ce qui prouve, pour le dire en passant, que la définition de nom, comme parlent les Logiciens, differe assez peu, quand elle est exacte, de la définition de chose. Il en est de même de la définition étymologique de justus & de justitia : le premier signifie in jure stans, & le second, in jure constantia ; expressions conformes à l’idée que nous avons de l’homme juste & de la justice.

Quant à juvenis, il paroît signifier juvando ennis ; & cet ennis est un adjectif employé dans bi-ennis, tri-ennis, &c. pour signifier qui a des années : perennis paroît n’en être que le superlatif, tant par sa forme que par sa signification : ainsi juvenis veut dire juvando ennis, qui a assez d’années pour aider ; cela est d’autant plus probable, que juvenis est effectivement relatif au nombre des années ; & que tout homme parvenu à cet âge, est dans l’obligation réelle de mériter par ses propres services les secours qu’il tire de la société. Au reste la suppression d’une n dans juvenis ne le tire pas plus de l’analogie, que le changement de cette lettre en m n’en tire le mot de solemnis, qui semble être formé de solitò ennis, & signifie solitus quot annis, qui fieri solet quot annis ; & de fait, dans plusieurs bréviaires on trouve le mot d’annuel pour celui de solemnel, dans la qualification des fêtes.

Les mots trinitas & æternitas sont également composés : trinitas n’est autre chose que trium unitas ; expression fidele de la foi de l’Eglise catholique sur la nature de Dieu ; trinus & unus ; trinus in personis, unus in substantia. Pour ce qui est du mot æternitas, il signifie ævi-trinitas, ou ævi triplicis unitas, la trinité du tems qui réunit & embrasse tout à la fois le présent, le passé, & le futur.

Il faut observer, 4°. que la composition & la dérivation concourent souvent à la formation d’un même mot ; ensorte que l’on trouve des primitifs simples & des primitifs composés, comme des dérives simples & des dérivés composés. Capio est un primitif simple ; particeps est un primitif composé ; capax est un dérivé simple ; participare est un dérivé composé. Les uns & les autres sont également susceptibles des formes de la dérivation philosophique & de la dérivation grammaticale : capio, capis, capit ; particeps, participis, participi ; capax, capacis, capaci ; participo, participas, participat.

Il faut observer, 5°. que les primitifs n’ont pas tous le même nombre de dérivés, parce que toutes les idées primitives ne sont pas également susceptibles du même nombre d’idées modificatives ; on que l’usage n’a pas établi le même nombre d’inflexions pour les exprimer. D’ailleurs un même mot peut être primitif sous un point de vûe, & dérivé sous un autre : ainsi amabo est primitif relativement à amabilis, amabilitas, & il est dérivé d’amo : de même affectare est primitif relativement à affectatio, affectator, & il est dérivé du supin, qui en est le générateur immédiat. Ainsi un même primitif peut avoir sous lui différens ordres de dérivés, tirés immédiatement d’autant de primitifs subalternes & dérivés eux-mêmes de ce premier.

Il faut observer, 6°. que comme les terminaisons introduites par la dérivation grammaticale forment ce qu’on appelle déclinaison & conjugaison, on peut regarder aussi les terminaisons de la dérivation philosophique comme la matiere d’une sorte de déclinaison ou conjugaison philosophique. Ceci est d’autant mieux fondé, que la plûpart des terminaisons de cette seconde espece sont soûmises à des lois générales, & ont d’ailleurs, dans la même langue ou dans d’autres, des racines qui expriment fondamentalement les mêmes idées qu’elles désignent comme accessoires dans la dérivation.

Nous disons en premier lieu, que ces terminaisons sont soûmises à des lois générales, parce que telle terminaison indique invariablement une même idée accessoire, telle autre terminaison une autre idée ; de maniere que si on connoît bien la destination usuelle de toutes ces terminaisons, la connoissance d’une seule racine donne sur le champ celle d’un grand nombre de mots. Posons d’abord quelques principes usuels sur les terminaisons ; & nous en ferons ensuite l’application à quelques racines.

1°. Les verbes en are, dérivés du supin d’un autre verbe, marquent augmentation ou répétition ; ceux en essere, ardeur & célérité ; ceux en urire, desir vif ; ceux en illare, diminution.

2°. Dans les noms ou dans les adjectifs dérivés des verbes, la terminaison tio indique l’action d’une maniere abstraite ; celle entus ou entum en exprime le produit ; celle en tor pour le masculin, & en trix pour le féminin, désigne une personne qui fait profession ou qui a un état relatif à cette action ; celle en ax, une personne qui a un penchant naturel ; celle en acitas marque ce penchant même.

On pourroit ajoûter un grand nombre d’autres principes semblables ; mais ceux-ci sont suffisans pour ce que l’on doit se proposer ici : un plus grand détail appartient plûtôt à un ouvrage sur les analogies de la langue latine, qu’à l’Encyclopédie ; & il est vraissemblable que c’étoit la matiere des livres de César sur cet objet.

Eprouvons maintenant la fecondité de ces principes. Dès que l’on sait, par exemple, que canere signifie chanter, on en conclut avec certitude la signification des mots cantare, chanter à pleine voix ; cantitare, chanter souvent ; canturire, avoir grande envie de chanter ; cantillare, chanter bas & à différentes reprises ; cantio, l’action de chanter ; cantus, le chant, l’effet de cette action ; cantor & cantrix, un homme ou une femme qui fait profession de chanter, un chanteur, une chanteuse ; canax, qui aime à chanter.

Pareillement, de capere, prendre, on a tiré par analogie captare, capessere, saisir ardemment, se hâter de prendre ; captio, captus, captatio, captator, captatrix, capax, capacitas.

De la différente destination des terminaisons d’une même racine, naissent les différentes dénominations des mots qu’elles constituent : de-là les diminutifs, les augmentatifs, les inceptifs, les inchoatifs, les fréquentatifs, les desidératifs, &c. selon que l’idée primitive est modifiée par quelqu’une des idées accessoires que ces dénominations indiquent.

Nous disons en second lieu, que ces terminaisons ont dans la même langue, ou dans quelqu’autre, des racines qui expriment fondamentalement les mêmes idées, qu’elles désignent comme accessoires dans la dérivation ; nous allons en faire l’essai sur quelques-unes, où la chose sera assez claire pour faire présumer qu’il peut en être ainsi des autres dont on ne connoîtroit plus l’origine.

1°. Dans les noms, les terminaisons men & mentum signifient chose, signe sensible par lui-même ou par ses effets : l’une & l’autre paroissent venir du verbe minere dont Lucrece s’est servi, & qu’on retrouve dans la composition des verbe, eminere, im-minere, pro-minere, & qui tous renferment la signification que nous prêtons ici à men & à mentum ; la voici justifiée par l’explication étymologique de quelques noms :

Flumen, (men ou res quæ fluit.)
Fulmen, (men quod fulget.)
Lumen, (men quod lucet.)
Semen, (men quod seritur.)
Vimen, (men vinciens, quod vincit.)
Carmen, peigne à carder, (men quod carpit.)


Il est vraissemblable que les Romains donnerent le même nom à leurs poëmes ; parce que les premiers qu’ils connurent étoient satyriques & picquans comme les dents du peigne à carder, & avoient une destination analogue, celle de corriger.

Armentum, (mentum quod arat, ou arare potest.)
Jumentum, (mentum quod juvat, ou mentum jugatorium.)
Monumentum, (mentum quod monet.)
Alimentum, (mentum quod alit.)
Testamentum, (mentum quod testatur.)
Tormentum, (mentum quod torquet.)

La terminaison culum semble venir de colo, j’habite, & signifie effectivement une habitation, ou du moins un lieu habitable :

Cubiculum, (cubandi locus.)
Coenaculum, (cænandi locus.)
Habitaculum, (habitandi locus.)
Propugnaculum, (pro-pugnandi locus.)

Il faut cependant observer, pour la vérité de ce principe, que cette terminaison n’a le sens & l’origine que nous lui donnons ici, que quand elle est adaptée à une racine tirée d’un verbe : car si on l’appliquoit à un nom, elle en feroit un simple diminutif ; tels sont les mots corculum, opusculum, corpusculum, &c.

2°. Dans les adjectifs, la terminaison undus designe abondance & plénitude, & vient d’unda, onde, symbole d’agitation ; ou du mot undare, d’où abundare, exundare. Ordinairement cette terminaison est jointe à une autre racine par l’une des deux lettres euphoniques b ou c.

Cogita-b-undus, (cogitationibus undans.)
Furi-b-undus, (furore ou furiis undans.)
Fœ-c-undus, (fœtu abundans.)
Fa-c-undus, (fandi copiâ abundans.)

La terminaison stus venue de sto, marque stabilité habituelle.

Justus, (in jure constans.)

(in modo constans.)
Molestus, (pro mole stans.)
Mæstus, (in mærore constans.)
Honestus, (in honore constans.)
Scelestus, (in scelere constans.)

3°. Dans les verbes, la terminaison scere ajoûtée à quelque radical significatif par lui-même, donne les verbes inchoatifs, c’est-à-dire ceux qui marquent le commencement de l’acquisition d’une qualité ou d’un état ; cette terminaison paroît avoir été prise du vieux verbe escere, esco, dont on trouve des traces dans le II. livre des lois de Cicéron, dans Lucrece, & ailleurs. Ce verbe, dans son tems, signifioit ce qu’a signifié depuis esse, sum, & a été consacré dans la composition à exprimer le commencement d’être. Selon ce principe,

Calesco, je commence à avoir chaud, je m’échauffe, équivaut à calidus esco.
Frigesco, je commence à avoir froid, (frigidus esco.)
Albesco, (albus esco.)
Senesco, (senex esco.)
Duresco, (durus esco.)
Dormisco, (dormiens esco.)
Obsolesco, (obsoletus esco.)

Une observation qui confirme que le vieux mot escere est la racine de la terminaison de cette espece de verbes, c’est que comme ce verbe n’avoit ni prétérit ni supin (voyez l’article Prétérit, où nous en ferons voir la cause), les verbes inchoatifs n’en ont pas d’eux-mêmes : ou ils les empruntent du primitif d’où ils dérivent, comme ingemisco, qui prend ingemui de ingemo ; ou ils les forment par analogie avec ceux qui sont empruntés, comme senesco qui fait senui ; ou enfin ils s’en passent absolument, comme dormisco.

Cette petite excursion sur le système des formations latines, suffit pour faire entrevoir l’utilité & l’agrément de ce genre d’étude : nous osons avancer que rien n’est plus propre à déployer les facultés de l’esprit ; à rendre les idées claires & distinctes ; & à étendre les vûes de ceux qui voudroient, si on peut le dire, étudier l’anatomie comparée des langues, & porter leurs regards jusque sur les langues possibles. (E. R. M.)

Formation, en terme de Philosophie ; c’est l’action par laquelle une chose est produite : ainsi on dit, la formation du fœtus, (voyez Fœtus) ; la formation des pierres, des métaux dans le centre de la terre. Voyez Pierre, Métal, &c.

Formation s’employe aussi, en Géométrie, dans le même sens que le mot génération, pour désigner la maniere dont une courbe, une surface, un corps est engendré. Voyez Engendrer. Ainsi on dit, la formation des sections coniques dans le cone se fait par un plan qui coupe le cone de différentes manieres, &c.

Enfin formation se dit aussi en Algebre ; on dit la formation d’une équation, pour désigner la suite des opérations qui conduisent à cette équation : on dit dans le même sens, la formation des puissances de tel ou tel nombre, telle ou telle quantité, &c. voyez Puissance. On dit aussi, former une table de nombres, de quantités qui ont rapport à quelque objet, pour dire, calculer & construire cette table. (O)

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Étymologie de « formation »

Provenç. formatio ; espagn. formacion ; ital. formazione ; du lat. formationem, de formare, former.

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(1160) Du latin formatio.
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(Siècle à préciser) Du latin formatio.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « formation »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
formation fɔrmasjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « formation »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « formation »

  • Des formations en ligne pour devenir un expert du SEO. © fotohansel - stock.adobe.com BDM, 5 formations en ligne pour maîtriser les techniques du SEO - BDM
  • Rien ne prédispose plus au conformisme que le manque de formation. De Gustave Thibon / L'Équilibre et l'harmonie
  • Je suis entrée dans le monde du vin sans autre formation professionnelle qu'une gourmandise certaine des bonnes bouteilles. De Colette
  • Une série de tests de compétences épars, additionnés, juxtaposés ne constitue ni une formation cohérente et encore moins une éducation. De Claude Allègre / Le Monde - 15 Décembre 1998
  • Ne vous trompez pas de formation. Ce ne sont pas les contenus techniques des programmes qui vous aideront à réussir dans un métier. De Daniel Jouve
  • Un auteur n'existe que lorsque tous ceux qui le souhaitent peuvent le lire indépendamment de leur formation ou de leurs privilèges. De Heinrich Böll / Une mémoire allemande
  • Les introvertis sont des malades mentaux en formation, des novices attentifs qui préparent souci par souci leur admission à l'asile psychiatrique. De René Carbonneau / Le Destin de frère Thomas
  • Investir dans la formation c'est conjuguer au présent mais aussi au futur le souci des hommes et le souci des résultats. De Philippe Bloch / Service compris
  • La formation démocratique de l'opinion peut engager quiconque à un niveau d'intégration qui excède celui de l'Etat-nation. De Jürgen Habermas / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
  • La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. De Pierre Bourdieu / Sur la télévision
  • Malgré mon nomadisme, j'aimerais finir ma vie comme paysan en Normandie où je possède une maison secondaire et passerai à cette la formation nécessaire. De Erik Orsenna / l'interview du Figaro du 17 février 2015
  • Le Moyen Âge a été une période essentielle pour la formation de notre société et de notre culture, peut-être même la plus importante. De Jacques Le Goff / Nicolas Truong - Le Monde de l'éducation - Mai 2000
  • Le défaut le plus répandu de notre type de formation et d’éducation : personne n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne... à supporter la solitude. De Friedrich Nietzsche / Aurore
  • On ne peut penser sans mots. Notre esprit est ainsi fait que la formation d'une idée et l'évocation d'un mot qui la montre, sont un seul et même acte. De Jacques Folch-Ribas / La Chair de pierre
  • Nous nous voyons comme des oeuvres d'art inachevées. Nous passons de plus en plus de temps à corriger, à améliorer notre corps. Nous sommes toujours en formation, jamais finis. De Jeremy Rifkin / Libération - 16 Septembre 2000
  • La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être - s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées - la communication des âmes. De Marcel Proust / La Prisonnière
  • Si Coline passait "beaucoup de temps dans un bureau derrière un ordinateur", c'est désormais au milieu des cuves en inox et des bouteilles de la micro-brasserie éco-responsable lilloise "Le singe savant" qu'elle passe ses journées. Un changement radical qui s'est fait via deux stages en immersion, et trois mois de formation brassicole financée par Pôle emploi.  Europe 1, Chômage : quand la formation donne du sens à la recherche d'emploi
  • La Nouvelle-Calédonie a changé sa réglementation sur les indemnités, pour que les stagiaires en formation professionnelle aient une rémunération qui leur permettre de couvrir leurs besoins de transport et de nourriture. Mais pas plus avantageuse, notamment, que les personnes en contrat d'alternance qui touchent 50 % du SMG. L'idée, c'était d'avoir des dispositifs cohérents.  - Florence Lemaire, chef de service parcours et programme de formation, à la DFPN-NC Nouvelle-Calédonie la 1ère, Des stagiaires en formation non qualifiante protestent contre une baisse de
  • Il y a maintenant plusieurs années que l’on parle de formation dans les milieux du Rugby. Sommes-nous réellement parvenus à des résultats ?", s’interroge Daniel Sibra, désormais le "monsieur FSTP" (Formation, Suivi Technique et Pédagogique) du RO Castelnaudary. Autrement dit, le directeur sportif en charge du développement des joueurs et des entraîneurs. Un sacré programme. Daniel Sibra pense qu’il faut en finir avec cette fausse idée qui voudrait que seuls les clubs professionnels peuvent dispenser une bonne formation. Beaucoup d’appelés et peu d’élus au plus haut niveau et des garçons qui reviennent souvent vers des clubs moins huppés sans avoir réellement progressé dans l’essentiel : être capables de répondre aux contraintes sportives et ce, quel que soit l’entraîneur en poste ; être capables de réfléchir, de s’adapter, bref d’acquérir ce qui pourrait être appelé "l’autonomie du joueur". Le projet prenait forme lors de la saison 2019-2020 avant d’être contrarié par la crise sanitaire. ladepeche.fr, RO Castelnaudary : la formation, premier objectif du club - ladepeche.fr
  • Si 90% des stagiaires que nous formons trouvent un emploi dans le secteur, cela n’a rien d’un miracle. C’est à la fois parce que la formation dispensée est courte, mais très opérationnelle, mais aussi, et surtout, parce qu’elle correspond aux besoins des entreprises. Le Huffington Post, Refuser la formation professionnelle aux demandeurs d'emploi dans les métiers de la restauration est incompréhensible - BLOG | Le Huffington Post LIFE
  • Dans sa nouvelle formation, le coureur est assuré de redevenir un leader incontesté. Chez Ineos, la relève était déjà au pouvoir et lui indiquait la porte de sortie. En juillet 2019, le Colombien Egan Bernal profitait de son forfait – à la suite d’une grave chute sur le Critérium du Dauphiné, trois semaines avant le départ de la Grande Boucle – pour remporter le Tour à 22 ans. Le Monde.fr, Cyclisme : leader en péril, Chris Froome quittera la formation Ineos en fin d’année
  • Défenseur central à l'origine, c'est au poste de latéral droit que le jeune Pembele (17 ans) a pourtant effectué la majeure partie de sa formation. Joueur rapide doté d'une bonne technique, il apporte un soutien offensif constant sur son côté, en témoigne une efficacité en continuelle amélioration (cinq buts la saison passée entre club et sélection). Doté d'une lecture du jeu supérieure à la moyenne, elle lui a souvent valu de faire preuve d'une belle adaptation au cours de ses repositionnements successifs. CulturePSG, Formation : A la découverte de Timothée Pembele | CulturePSG

Images d'illustration du mot « formation »

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Traductions du mot « formation »

Langue Traduction
Anglais training
Espagnol formación
Italien formazione
Allemand ausbildung
Chinois 训练
Arabe تدريب
Portugais treinamento
Russe повышение квалификации
Japonais トレーニング
Basque prestakuntza
Corse furmazione
Source : Google Translate API

Synonymes de « formation »

Source : synonymes de formation sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « formation »

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