Comédie : définition de comédie


Comédie : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

COMÉDIE, subst. fém.

DRAMATURGIE
I.− Vx et/ou littér.
A.−
1. Pièce de théâtre, quel que soit le genre auquel elle appartient :
1. Clara Gazul affecte de se servir du mot comédie, comedia, employé par les anciens poètes espagnols pour exprimer tout ouvrage dramatique ou bouffon ou sérieux. Mérimée, Théâtre de Clara Gazul,1825, p. 436.
2. P. méton. (gén. au sing., avec l'art. déf.)
a) Représentation d'une pièce. Donner, jouer la comédie.
b) Lieu où se joue une pièce. Aller à la comédie. Je quittai la comédie pendant qu'on éteignait les derniers flambeaux (Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 127):
2. Quoique demeurant à deux pas du boulevard du Temple, où se trouvent Franconi, la Gaîté, l'Ambigu-Comique (...) Élisabeth n'était jamais allée à la comédie. Balzac, Les Employés,1837, p. 53.
Class. Portier de comédie. Employé placé à l'entrée d'un théâtre et chargé autrefois d'encaisser le prix des places. Le portier de la comédie, déterminé gaillard habitué à jouer des poings et à se débattre contre les assauts de la foule (T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 411).
Au fig. et iron. Le secret de la comédie. Secret qui est partagé entre tous comme les confidences faites sur la scène par un acteur. Chacun le savait et le disait; c'était le secret de la comédie (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 2, 1863-69, p. 45).
Arg. Envoyer à la comédie. Mettre au chômage. C'est-y pas vexant d'envoyer comme ça les ouvriers à la comédie? (D. Poulot, Le Sublime,1872, p. 62).Être à la comédie. Manquer d'argent par suite de chômage. C'est toque d'être à la comédie (Hogier-Grison, Les Hommes de proie,Le Monde où l'on vole, 1887, p. 302).
c) Ensemble des comédiens. Le personnel féminin de la comédie (A. Daudet, Trente ans de Paris,1888, p. 50):
3. Cette dernière partie de l'annonce me déplut, par cela seul qu'elle me rappela la Marche des apothicaires du Malade imaginaire, et celle des Mama-Mouchy du Bourgeois-Gentilhomme, dans lesquelles il est d'usage aussi que toute la comédie paraisse. Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 4, 1813, p. 243.
En partic.
Comédie-Française. Ensemble des acteurs et du personnel de théâtre de la troupe fondée en 1680 par Louis XIV. Synon. mod. Théâtre-Français.Une dame de la Comédie-Française qui s'avança (...) et déclama (...) « L'oiseau sur le lac » (Druon, Les Grandes familles,t. 1, 1948, p. 107).
Comédie-Italienne. Troupe d'acteurs installés en France dès 1659 et qui fusionna par la suite avec l'Opéra-Comique. L'immortel Carlin, de la Comédie italienne (Balzac, Physiologie du mariage,1826, p. 121).
3. P. métaph. [et p. réf. et oppos. à la Divine Comédie de Dante]. La Comédie humaine (souvent dans un contexte où la vie est comparée à une pièce de théâtre − avec ses scènes, ses intrigues, son dénouement − dont nous sommes les acteurs). La comédie de la vie a des bouffonneries supérieures à toutes les autres (E. et J. de Goncourt, Journal,1860, p. 751):
4. J'ai passé la cinquantaine. C'est dire que la mort ne doit pas avoir à faire bien longue route pour me rejoindre. La comédie est fort avancée. Il me reste peu de répliques. Cocteau, La Difficulté d'être,1947, p. 5.
HIST. LITTÉR. La Comédie humaine. Ensemble de son œuvre romanesque groupée par Balzac sous ce titre.
B.− Au fig., fam. et souvent péj.
1. Au sing. (avec l'art. déf.), vieilli. Se donner la comédie de qqc. Se livrer au jeu de quelque chose. Donnez-vous la comédie, quelque jour, de parler de vous-même à des gens de simple connaissance (Balzac, Le Lys dans la vallée,1836, p. 162).
a) Jouer la comédie. Simuler par une mise en scène des sentiments que l'on n'éprouve pas :
5. Il y a la comédie qu'on joue pour tromper les hommes. Celle-là ne m'intéresse pas. Il y a celle qu'on joue par une sorte d'automatisme, parce que l'habitude est prise − qu'il s'agisse des passions ou de simple politesse, celle-là est plus grave, c'est le jeu du monde, autant dire du démon. Je ne puis l'accepter. Green, Journal,1950-54, p. 170.
[Constructions]
Absol. Elle sentait tout à fait qu'il lui jouait la comédie, qu'il n'y avait pas en lui la moindre sincérité (Daniel-Rops, Mort, où est ta victoire?1934, p. 459).
[Suivi d'un compl. de nom] Elle joua la comédie du cœur brisé, et prit des airs dédaigneux, blasés (A. Daudet, Les Femmes d'artistes,1874, p. 184).[Suivi d'un inf.] Rare. Les choses se font toutes seules. Les hommes jouent la comédie de les accomplir (Valéry, Tel quel II,1943, p. 219).
b) [Chez les enfants et certains adultes à la conduite puérile] Caprice, enfantillage le plus souvent destiné à donner le change. S'il te plaît pas de comédie (Aymé, Les Quatre vérités,1954, p. 197).
2. P. méton., au sing. et au plur. Attitude, sentiment déguisé, feinte. Si l'amour est une comédie, cette comédie, (...) sifflée ou non, est, (...) ce qu'on a encore trouvé de moins mauvais (Musset, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée,1845, p. 255).Un homme se définit aussi bien par ses comédies que par ses élans sincères (Camus, Le Mythe de Sisyphe,1942, p. 46).
[Suivi d'un compl.; prép. de, sans art.] :
6. Le fond de ma femme est tel que je vous le dis. Vous lui voyez des grimaces, des mines, des comédies de délicatesse, des prétentions à être difficile, dégoûtée; ... E. et J. de Goncourt, Charles Demailly,1860, p. 300.
Rem. (corresp. au sens B). Dans la lang. actuelle, le mot est en passe, dans cette accept., d'être remplacé par le mot cinéma*.
II.− En partic. Pièce de théâtre dont le propos est de faire rire le public; p. méton. genre littéraire dont relève une pièce de ce type.
A.− Pièce qui provoque le rire par le comique des situations, de l'intrigue, de la peinture des mœurs, du ridicule des caractères.
1. [Chez les Grecs] Pièce de théâtre qui se jouait généralement avec des masques et où l'on mettait en scène les citoyens d'Athènes en les nommant. La tragédie prit naissance sous Thespis, la comédie sous Susarion, la fable sous Ésope (Chateaubriand, Essai sur les Révolutions,t. 1, 1797, p. 123).Comédie nouvelle. Pièce d'imagination fondée essentiellement sur la peinture des mœurs.
P. ext. [Chez les Latins] Pièce imitée des Grecs, par exemple pièce de Plaute ou de Térence imitée de Ménandre. Une foule de comédies antiques roulent sur des questions d'état; il s'agit (...) de savoir si une personne est née libre ou esclave (Michelet, Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 125).
2. [À l'époque class., p. oppos. à la tragédie puis au drame] Pièce mettant en scène des personnages de condition moyenne ou basse dans un cadre quotidien et dont le dénouement est toujours heureux. Mod. Pièce (jouée au théâtre, au cinéma, à la radio, à la télévision) destinée à faire rire. Toutes les comédies finissent par un mariage (Sandeau, Mlle de La Seiglière,1848, p. 214).Une soubrette comme on n'en voit guère que dans les comédies de Marivaux (Ponson du Terrail, Rocambole,t. 3, Le Club des valets de cœur, 1859, p. 96):
7. « Dites-moi, Messieurs, qu'est-ce qui se passe dans les comédies? On y joue un valet fourbe, un bourgeois avare, un marquis extravagant, et tout ce qu'il y a au monde de plus digne de risée. (...) » Mauriac, La Vie de Jean Racine,1928, p. 68.
SYNT. Comédie amusante, divertissante, enjouée, gaie, bien conduite; donner, jouer une comédie; composer, représenter des comédies; acteur, auteur, personnage, scène, sujet, valet de comédie; art, déroulement, nœud de la comédie; comédie en 3, 4, 5 actes, en vers, en prose :
8. ... j'aime ces galants de comédie, toujours fleuris de langage, experts à pousser les beaux sentiments, qui se pâment aux pieds d'une inhumaine, attestent le ciel, maudissent la fortune, tirent leur épée pour s'en percer la poitrine, jettent feux et flammes comme volcans d'amour, et disent de ces choses à ravir en extase les plus froides vertus; ... T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 107.
B.− P. méton., au sing. (avec l'art. déf.). Genre théâtral comprenant les différents types de pièces comiques ou relevant d'un type particulier. Dans la comédie, Molière nous semble avoir été tout ce qu'on peut être en aucun pays et en aucun siècle (Sainte-Beuve, Tabl. hist. et crit. de la poésie fr. et du théâtre fr. au XVIes.,1828, p. 261).Le niais de la farce, le Géronte de la comédie, le Cassandre de la pantalonnade (Sandeau, Sacs et parchemins,1851, p. 23):
9. La comédie est une satire. La tragédie doit être inspirée par l'amour et la terreur, la comédie par la haine et la critique. La tragédie provoque les pleurs et l'attendrissement, la comédie le rire amer et ironique, et, en général, le public a pour applaudir la comédie deux moyens, le rire et les battements de mains, il n'en a qu'un pour la tragédie, les mains, car il cache et réprime ses pleurs. Vigny, Le Journal d'un poète,1832, p. 956.
SYNT. (corresp. à A et à B). a) Précédés d'un adj. Grande, haute comédie (termes s'appliquant gén. à la comédie classique). La marque de la grande comédie, c'est que l'on n'y rit que de soi (Alain, Système des beaux-arts, 1920, p. 160). b) Suivis d'un adj. Comédie bourgeoise, burlesque, classique, épisodique (ou à tiroirs), héroïque, larmoyante, légère (cf. vaudeville), pastorale, réaliste, régulière, romanesque, romantique, sérieuse. La comédie sérieuse, ou tragédie bourgeoise (Flaubert, Bouvard et Pécuchet, t. 2, 1880, p. 6). Corneille (...) préfigure beaucoup mieux les comédies légères du dix-huitième siècle (Brasillach, Pierre Corneille, 1938, p. 239).
Spéc. (syntagmes figés)
1. Comédie + adj.
a) Comédie italienne. Genre comique dont les personnages traditionnels se livrent à toutes sortes d'improvisations à partir d'un thème préétabli. L'arlequin, valet et personnage principal des comédies italiennes (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 3, 1848, p. 431).
Rem. La forme ital. Commedia dell'arte est parfois traduite en fr. par comédie dell'arte. On jouait au palais une comédie dell'arte, c'est-à-dire où chaque personnage invente le dialogue à mesure qu'il le dit (Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839, p. 403).
b) Comédie musicale (ou américaine). Comédie où se mêlent chants et danses. Il y a aussi le « vaudeville », puis les « Follies » (...). Plus haut encore viennent la comédie musicale et la comédie proprement dite (Morand, New York,1930, p. 170).
2. Comédie + compl.
a) Comédie de caractère. Pièce, genre, où l'auteur met en lumière en les exagérant certains travers de ses personnages et, à partir d'eux, de la société. Il y a dans la comédie des modèles donnés, les pères avares, les fils libertins, les valets fripons, les tuteurs dupés (Mmede Staël, De l'Allemagne,t. 3, 1810, p. 219).
b) Comédie d'intrigue. Pièce, genre, dont le comique est lié aux complications de l'intrigue. La comédie d'intrigue est une sorte de ballet de l'amour, qui exige le luxe et la musique et la danse (Brasillach, Pierre Corneille,1938, p. 106).
c) Comédie de mœurs. Dont le rire est provoqué par la peinture satirique des mœurs d'une époque. « La famille Benoîton » (de Sardou), comédie de mœurs, où se démènent une foule de poupées mécaniques, chargées de faire la satire du luxe contemporain (Amiel, Journal intime,1866, p. 43).
3. [Mots composés]
a) Comédie-ballet. Forme de comédie mise au point par Molière et comprenant une partie dansée et chantée. Pourceaugnac, comédie-ballet, représentée pour la première fois le 6 octobre 1669, à Chambord (L. Grillet, Les Ancêtres du violon,t. 2, 1901, p. 52).
b) Comédie(-)bouffe. Qui fait rire par des procédés d'un comique grossier. Elle n'est pas mal ta pièce; mais elle serait encore bien plus marrante si tu en avais fait une comédie bouffe (S. de Beauvoir, Les Mandarins,1954, p. 365).
c) Comédie-farce. Comédie utilisant les procédés de la farce, c'est-à-dire fondée essentiellement sur un comique assez grossier de mots, de gestes et de situations. Le sieur Bouilhet est toujours à Mantes où il compose une comédie-farce en prose (Flaubert, Correspondance,1858, p. 243).
d) Comédie-parade. Comédie empruntant le genre de la parade, farce grossière jouée au début d'une représentation, pour inciter le public à entrer dans la salle et y voir la fin du spectacle. « Cassandre oculiste », comédie-parade, avec vaudevilles (Pesquidoux, Le Livre de raison,1925, p. 121).
e) Comédie-vaudeville (au xixes. notamment sous l'influence de Scribe). Genre de comédie où s'intercalent des couplets. Nous ferons une comédie-vaudeville sur toi, avec trois couplets à chaque acte (P. de Kock, Ni jamais, ni toujours,1835, p. 280).
Prononc. et Orth. : [kɔmedi]. Fait partie des mots en com- ne doublant pas l'm devant voyelle, qui sont une minorité. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) 1370-72 « toute pièce de théâtre à quelque genre qu'elle appartienne » (Oresme, Ethique, IV, 25 ds DG); b) 1661 « la représentation de la pièce » (Molière, Facheux, I, 1); fig. 1666 donner la comédie « se donner en spectacle » (Molière, Misanthrope, I, 1); c) 1668 « lieu où se joue la pièce de théâtre » portier de comédie « celui qui se fait payer pour ouvrir la porte » (Racine, Plaideurs, I, 1); 2. a) 1552 « pièce de théâtre ayant pour but de divertir » (p. oppos. à tragédie) (Jodelle, Eugène, prol.); b) 1663 « ensemble d'actions qui provoquent le rire » (Molière, Critique de l'Ecole des Femmes, 6). Empr. au lat. comoedia (gr. κ ω μ ω δ ι ́ α) « pièce de théâtre, comédie (genre et pièce) ». Fréq. abs. littér. : 3 092. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 898, b) 5 112; xxes. : a) 3 371, b) 4 245. Bbg. Cuénot (C.). Z. rom. Philol. 1938, t. 58, pp. 610-614. − Gottsch. Redens. 1930, pp. 345-346. − Koch (P.). On Marivaux's expression se donner la comédie. Rom. R. 1965, t. 56, pp. 22-29. − Sain. Lang. par. 1920, p. 395. − Voltz (P.). La Comédie. Paris, 1964. − Winkler (E.). Zur Geschichte des Begriffs Comédie in Frankreich. Heidelberg, 1937.

Comédie : définition du Wiktionnaire

Nom commun

comédie \kɔ.me.di\ féminin

  1. (Audiovisuel) Œuvre dramatique, en prose ou en vers, dont l’action a pour objet de divertir, soit par la peinture des mœurs et des ridicules, soit par des situations plaisantes.
    • Ces légers événements s’évanouissent comme des scènes de comédie sur lesquelles le rideau tombe. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Il est de fait que le Tartuffe est sans contredit la meilleure comédie de Molière, un de ces chefs-d'œuvre dont on n'avait pas encore eu d’exemple à la scène. — (Albert du Casse, Histoire anecdotique de l'ancien théâtre en France, vol.2, p.72, E. Dentu éditeur, 1864)
    • En effet, l’opéra est un spectacle très budgétivore, bien plus qu'une comédie, même ornée, mais une fête galante de Cour, avec ses bals, ses carrousels, ses banquets, ses feux d'artifice, etc., coûtait bien davantage encore. — (Alain Viala , La France galante : Essai historique sur une catégorie culturelle, de ses origines jusqu’à la révolution, Paris : PUF, coll. « Les Littéraires », 2008)
    • La comédie de "L’Avare", du "Misanthrope", du "Joueur", etc. : La comédie qui a pour titre L’Avare, Le Misanthrope, Le Joueur, etc.
    • La haute comédie : Se dit d’une comédie d’un genre élevé dans laquelle l’auteur se propose plus particulièrement de donner l’étude approfondie des mœurs et des caractères et qui ne met en scène que des personnages de la meilleure compagnie.
    • "Le Misanthrope" est une haute comédie.
    • Comédie de mœurs, Celle qui a pour objet principal la peinture des mœurs.
    • Comédie de caractère, Celle qui a pour objet le développement d’un caractère.
    • "L’Avare", "Le Tartuffe" sont des comédies de caractère.
    • Comédie d’intrigue, Celle où l’auteur s’occupe surtout d’intéresser et d’amuser par une action fortement intriguée et par la multiplicité et la variété des incidents.
    • "Les fourberies de Scapin", "Le Barbier de Séville" sont des comédies d’intrigue.
    • Comédie de cape et d’épée. Voyez « cape ».
    • Comédie-ballet : Se disait autrefois de certaines comédies entremêlées de danses.
    • Comédie héroïque : Celle qui représente une action romanesque et exprime de grands sentiments entre des personnages de haut rang.
    • Comédie pastorale : Celle dont l’action se passe entre des bergers.
    • Comédie historique : Celle dont le sujet est puisé dans l’histoire.
    • Comédie épisodique : Comédie dont les scènes n’ont entre elles aucune liaison nécessaire.
    • "Les Fâcheux" est une comédie épisodique. On dit plus ordinairement dans ce sens Pièce à tiroirs.
  2. Art de composer des comédies.
    • La comédie a été portée par Molière à la plus grande perfection connue.
  3. (Figuré) Se dit des actions qui ont quelque chose de plaisant.
    • Je crois que ces messieurs jouent la comédie, nous donnent la comédie.
    • C’est une comédie, une vraie comédie, se dit d’une manière de parler ou d’agir qui manque de sérieux.
  4. (Figuré) Feinte.
    • « Veux-tu que je te dise, mon ami : tout cela, c’est de la comédie. » Et plusieurs fois séparant les syllabes : de la co-mé-die. — (André Gide, La porte étroite, 1909, Le Livre de Poche, page 15)
    • Peut-être qu’avant le mariage il pinçait déjà en cachette la Julie. Alors tout ce manège, toute cette comédie, ne visait qu’à lui faire endosser, à lui le patron bonne poire, la paternité du moutard. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Toute la vie de cet homme n’a été qu’une longue comédie. — Tout cela est pure comédie.
    • (Figuré) Jouer la comédie, Feindre des sentiments qu’on n’a pas, chercher à paraître ce qu’on n’est pas réellement.
  5. (Théâtre) Troupe des acteurs qui appartiennent à un même théâtre.
    • La Comédie-Française.
    • La comédie italienne.
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Comédie : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COMÉDIE. n. f.
Œuvre dramatique, soit en prose, soit en vers, dont l'action a pour objet de divertir, soit par la peinture des mœurs et des ridicules, soit par des situations plaisantes. Le nœud, le dénouement d'une comédie. Les acteurs, les personnages d'une comédie. Comédie française. Cet acteur est mieux à sa place dans la comédie que dans la tragédie. Les comédies d'Aristophane, de Plaute, de Térence, de Molière. La comédie de " L'Avare ", du " Misanthrope ", du " Joueur ", etc., La comédie qui a pour titre L'Avare, Le Misanthrope, Le Joueur, etc. La haute comédie se dit d'une Comédie d'un genre élevé dans laquelle l'auteur se propose plus particulièrement de donner l'étude approfondie des mœurs et des caractères et qui ne met en scène que des personnages de la meilleure compagnie. " Le Misanthrope " est une haute comédie. Comédie de mœurs, Celle qui a pour objet principal la peinture des mœurs. Comédie de caractère, Celle qui a pour objet le développement d'un caractère. " L'Avare ", " Le Tartufe " sont des comédies de caractère. Comédie d'intrigue, Celle où l'auteur s'occupe surtout d'intéresser et d'amuser par une action fortement intriguée et par la multiplicité et la variété des incidents. " Les Fourberies de Scapin ", " Le Barbier de Séville " sont des comédies d'intrigue. Comédie de cape et d'épée. Voyez CAPE. Comédie-ballet se disait autrefois de Certaines comédies entremêlées de danses. Comédie héroïque, Celle qui représente une action romanesque et exprime de grands sentiments entre des personnages de haut rang. Comédie pastorale, Celle dont l'action se passe entre des bergers. Comédie historique, Celle dont le sujet est puisé dans l'histoire. Comédie épisodique, Comédie dont les scènes n'ont entre elles aucune liaison nécessaire. " Les Fâcheux " sont une comédie épisodique. On dit plus ordinairement dans ce sens Pièce à tiroirs. Fig., C'est le secret de la comédie, se dit d'une Chose qui est sue de tout le monde et dont quelqu'un veut faire un secret. Fig., C'est un personnage de comédie, un vrai personnage de comédie, se dit d'une Personne qu'on ne prend pas au sérieux. Il se prend aussi pour l'Art de composer des comédies. La comédie a été portée par Molière à la plus grande perfection connue. Il se dit figurément des Actions qui ont quelque chose de plaisant. Je crois que ces messieurs jouent la comédie, nous donnent la comédie. C'est une comédie, une vraie comédie, se dit d'une Manière de parler ou d'agir qui manque de sérieux. Fig., Donner la comédie, Se faire remarquer par des manières extravagantes et ridicules. Partout où il va, il donne la comédie. Il signifie aussi figurément Feinte. Toute la vie de cet homme n'a été qu'une longue comédie. Tout cela est pure comédie. Fig., Jouer la comédie, Feindre des sentiments qu'on n'a pas, chercher à paraître ce qu'on n'est pas réellement. Il se dit aussi de la Troupe des acteurs qui appartiennent à un même théâtre. La Comédie-Française. La Comédie italienne.

Comédie : définition du Littré (1872-1877)

COMÉDIE (ko-mé-die) s. f.
  • 1Pièce de théâtre qui est la représentation, en action, des caractères et des mœurs des hommes, et d'incidents ridicules, plaisants ou intéressants. Voici une comédie dont on a fait beaucoup de bruit, qui a été longtemps persécutée ; et les gens qu'elle joue ont bien fait voir qu'ils étaient plus puissants en France que tous ceux que j'ai joués jusqu'ici, Molière, Tart. Préf. Je dis que le grand art est de plaire et que, cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite, je trouve que c'est assez pour elle, et qu'elle doit peu se soucier du reste, Molière, Critique, 7. Moquons-nous de cette chicane où ils veulent assujettir le goût du public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur nous, Molière, ib. 7. Il est très assuré, sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire des comédies, si les tartuffes ont l'avantage ; qu'ils prendront droit par là de me persécuter plus que jamais, et voudront trouver à redire aux choses les plus innocentes qui pourront sortir de ma plume, Molière, Tart. 2e placet.

    Personnage de comédie, personnage qui n'a que l'apparence de l'autorité, du crédit. Je doutais qu'il pût être une âme assez hardie Pour ériger Carlos en roi de comédie, Corneille, D. San. IV, 2.

  • 2Chez les Grecs, la comédie ancienne, celle où l'on mettait sur la scène les citoyens mêmes d'Athènes avec leurs noms ; la comédie moyenne, celle où on les y mettait sans les nommer ; la comédie nouvelle, celle où l'on ne mit plus que des personnages d'imagination. Des succès fortunés du spectacle tragique Dans Athènes naquit la comédie antique, Boileau, Art p. III. Le théâtre perdit son antique fureur ; La comédie apprit à rire sans aigreur, Boileau, ib.

    Comédie latine, celle que les Romains imitèrent de la comédie grecque, et surtout de la comédie nouvelle. Ils distinguaient la comédie palliata, où les personnages étaient grecs, ou revêtus du pallium ; la comédie togata, où ils étaient revêtus de la toge, c'est-à-dire romains ; la comédie praetextata, où les personnages étaient romains, mais des hautes familles ; et la comédie tabernaria, où l'on faisait agir et parler les habitués des tavernes.

    Comédie française, la comédie illustrée par Molière, Regnard et leurs successeurs, produit d'un art beaucoup plus développé.

    Comédie historique, celle où un trait d'histoire, un événement historique est représenté.

    Comédie héroïque, celle où les personnages appartiennent à un ordre supérieur, rois, princes, etc. Tel est le Don Sanche d'Aragon de Corneille.

    Comédie pastorale, celle dont l'action se passe entre des bergers.

    Comédie de ballet, comédie mêlée de ballets.

    Comédie de genre, comédie comparée aux tableaux de genre et où l'on représente quelque scène d'intérieur.

    Comédie féerie, celle où l'on fait intervenir des fées, des génies, des enchanteurs et autres personnages de ce genre, et qui permet, au moyen de machines, d'exécuter des changements à vue de décors ou de costumes. On l'appelait autrefois comédie à machines.

    Comédie à couplets ou à ariettes, ou mêlée de couplets, c'est ce qu'on appelle plus souvent comédie-vaudeville, ou, par abréviation, vaudeville ; c'est une comédie dans laquelle on intercale des couplets, uniquement à cause de l'agrément du chant.

    Comédie italienne ; c'est au fond la même chose que nos anciennes soties : c'est la représentation d'une action qui se passe entre des personnages de convention qui représentent par une sorte d'assimilation comprise de tout le monde les membres de la société réelle. Ces personnages sont surtout le père Cassandre, vieux bourgeois ou maître de maison ridicule et trompé ; Colombine ou Isabelle, sa fille ; Arlequin, l'amoureux de Colombine ; Paillasse, le valet fainéant et gourmand ; Gilles, le beau Léandre, le fat ou le petit-maître ridicule, etc.

    Comédie de caractère, celle qui a pour objet le développement d'un caractère. Comédie de mœurs, celle qui offre la peinture des mœurs. Comédie d'intrigue, celle qui, par la multiplicité des incidents, a pour but d'intéresser et d'amuser. Comédie anecdotique, celle dont le fond est une anecdote. Comédie épisodique, plus souvent nommée comédie à tiroirs, celle dont les scènes ont peu de liaison entre elles.

    Comédie larmoyante, celle où, pour intéresser le spectateur, on cherche les situations touchantes et tristes, comme dans Mélanide de La Chaussée. La comédie larmoyante était fort estimée dans le siècle dernier. La comédie larmoyante qui, à la honte de la nation, a succédé au seul vrai genre comique, porté à sa perfection par l'inimitable Molière, Voltaire, Lett. Somarokof, 26 février 1769.

    La haute comédie, celle qui se propose particulièrement la peinture des mœurs et des caractères et qui n'emploie que des personnages de la meilleure compagnie, comme le Misanthrope.

    Figurément. Ceci est de la haute comédie, se dit de quelque tromperie, de quelque dissimulation bien menée ou très effrontée.

  • 3Représentation d'une pièce. Il joue très bien la comédie. Et j'ai maudit cent fois cette innocente envie, Qui m'a pris, à dîner, de voir la comédie, Molière, Fâch. I, 1. Ainsi, quand Richelieu revenait de Mahon, Partout sur son passage il eut la comédie, Voltaire, Les trois manières.
  • 4Théâtre, lieu où jouent les comédiens. Il est allé à la comédie voir le Cinna de Corneille, le Tartuffe de Molière. La duchesse était à la comédie avec sa sœur, Hamilton, Gramm. 10.

    Comédie-Française, le Théâtre-Français à Paris. Je ne connais pas Mlle Dubois ; je ne savais pas même quelle sorte d'emploi elle avait à la Comédie, Voltaire, Lett. Richelieu, 16 mars, 1767.

    Portier de comédie, s'est dit autrefois de celui qui se tenait à la porte du théâtre pour recevoir l'argent.

    Fig. Celui qui n'ouvre pas la porte sans se faire payer. J'étais un franc portier de comédie, Racine, Plaid. I, 1.

  • 5La troupe des comédiens d'un même théâtre. Toute la comédie paraît dans la cérémonie du Malade imaginaire.
  • 6L'art de composer des comédies. La comédie a été portée par Molière à une très grande perfection. Que la comédie était, comme beaucoup d'autres choses, fort en décadence, Voltaire, Lett. d'Argental, 4 janvier 1767. Aussi, madame, n'ai-je rien dit qui aille à vous ; et mes paroles, comme les satires de la comédie, demeurent dans la thèse générale, Molière, Critique, 7. La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile que l'autre, Molière, ib. 7. Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, Molière, Tart. 1er placet au roi. Je ne puis pas nier qu'il n'y ait eu des Pères de l'Église qui ont condamné la comédie ; mais on ne peut pas me nier aussi qu'il n'y en ait eu quelques-uns qui l'ont traitée un peu plus doucement, Molière, Tart. Préf. Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices, je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés, Molière, Tart. Préface. Il ne serait pas difficile de leur faire voir que la comédie, chez les anciens, a pris son origine de la religion et faisait partie de leurs mystères ; que les Espagnols nos voisins ne célèbrent guère de fête où la comédie ne soit mêlée ; et que, même parmi nous, elle doit sa naissance aux soins d'une confrérie à qui appartient encore aujourd'hui l'hôtel de Bourgogne, Molière, ib. L'aimable comédie, avec lui [à la mort de Molière] terrassée, En vain d'un coup si rude espéra revenir, Et sur ses brodequins ne put plus se tenir, Boileau, Ép. VII.
  • 7Fait qui excite le rire. C'était une vraie comédie de voir la dispute de ces deux hommes.

    Donner la comédie, faire ou dire des choses qui sont comme une comédie pour ceux qui les voient ou les entendent. Je vous dirai tout franc que cette maladie, Partout où vous allez, donne la comédie, Molière, Mis. I, 1. Il disait au parterre : ris donc, parterre ; ce fut une seconde comédie que le chagrin de notre ami, il la donna en galant homme à toute l'assemblée, Molière, Critique, 6.

    Donner la comédie au public, tenir une conduite scandaleuse qui attire l'attention.

  • 8Feinte. Se donner dans l'église la comédie de son propre enterrement, Voltaire, Mœurs, 126. Le cœur se donne la comédie en lui-même, Bossuet, Parole de Dieu, 3. Oh ! que, pour la punir de cette comédie, Ne lui vois-je une vraie et longue maladie ! Boileau, Sat. X.

    Jouer la comédie, affecter des sentiments qu'on n'a pas. Je ne crois point qu'ils puissent jouer longtemps la comédie, Sévigné, 583. Cela nous fit voir qu'on joue longtemps la comédie, Sévigné, 149.

  • 9La Divine-Comédie, titre du poëme dans lequel Dante a décrit l'enfer, le purgatoire et le paradis.

PROVERBES

C'est le secret de la comédie, c'est-à-dire cela est su de tout le monde, comme les secrets des personnes de la comédie qui sont sus du public. Cela [les réunions chez Monseigneur] ne dura pas longtemps sans devenir le secret de la comédie, Saint-Simon, 173, 62.

HISTORIQUE

XIVe s. Et ce peut assez apparoir par les comedies des anciens et par celles que l'en fait à present, Oresme, Eth. 139.

XVIe s. En ces comedies, il y a plusieurs paroles dites de luy, les unes à bon escient, les autres en jeu et avec risée, Amyot, Péricl. 13.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

COMÉDIE. Ajoutez : - REM. 1. Au XVIIe siècle, comédie s'est dit au sens de pièce, tragédie ou autre. Voilà Bajazet ; si je pouvais vous envoyer la Champmeslé, vous trouveriez cette comédie belle, Sévigné, 9 mars 1672. J'ai vu Ariane pour elle seule [la Champmeslé] : cette comédie est fade, Sévigné, 1er avr. 1672. Ses premières comédies [de Corneille] sont sèches, languissantes, et ne laissaient pas espérer qu'il dût ensuite aller si loin, comme ses dernières font qu'on s'étonne qu'il ait pu tomber de si haut, La Bruyère, I.

2. Le Théâtre Français, le seul où l'on joue régulièrement la tragédie, s'appelle absolument la Comédie Française.

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Comédie : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

COMÉDIE, s. f. (Belles-Lettres.) c’est l’imitation des mœurs mise en action : imitation des mœurs, en quoi elle differe de la tragédie & du poëme héroïque : imitation en action, en quoi elle differe du poëme didactique moral & du simple dialogue.

Elle differe particulierement de la tragédie dans son principe, dans ses moyens & dans sa fin. La sensibilité humaine est le principe d’où part la tragédie : le pathétique en est le moyen ; l’horreur des grands crimes & l’amour des sublimes vertus sont les fins qu’elle se propose. La malice naturelle aux hommes est le principe de la comédie. Nous voyons les défauts de nos semblables avec une complaisance mêlée de mépris, lorsque ces défauts ne sont ni assez affligeans pour exciter la compassion, ni assez révoltans pour donner de la haine, ni assez dangereux pour inspirer de l’effroi. Ces images nous font sourire, si elles sont peintes avec finesse : elles nous font rire, si les traits de cette maligne joie, aussi frappans qu’inattendus, sont aiguisés par la surprise. De cette disposition à saisir le ridicule, la comédie tire sa force & ses moyens. Il eût été sans doute plus avantageux de changer en nous cette complaisance vicieuse en une pitié philosophique ; mais on a trouvé plus facile & plus sûr de faire servir la malice humaine à corriger les autres vices de l’humanité, à-peu-près comme on employe les pointes du diamant à polir le diamant même. C’est là l’objet ou la fin de la comédie.

Mal-à-propos l’a-t-on distinguée de la tragédie par la qualité des personnages : le roi de Thebes, & Jupiter lui-même, sont des personnages comiques dans l’Amphytrion ; & Spartacus, de la même condition que Sosie, seroit un personnage tragique à la tête de ses conjurés. Le degré des passions ne distingue pas mieux la comédie de la tragédie. Le desespoir de l’Avare lorsqu’il a perdu sa cassette, ne le cede en rien au desespoir de Philotecte à qui on enleve les fleches d’Hercule. Des malheurs, des périls, des sentimens extraordinaires caractérisent la tragédie ; des intérêts & des caracteres communs constituent la comédie. L’une peint les hommes comme ils ont été quelquefois ; l’autre, comme ils ont coutume d’être. La tragédie est un tableau d’histoire, la comédie est un portrait ; non le portrait d’un seul homme, comme la satyre, mais d’une espece d’hommes répandus dans la société, dont les traits les plus marqués sont réunis dans une même figure. Enfin le vice n’appartient à la comédie, qu’autant qu’il est ridicule & méprisable. Dès que le vice est odieux, il est du ressort de la tragédie ; c’est ainsi que Moliere a fait de l’Imposteur un personnage comique dans Tartufe, & Shakespear un personnage tragique dans Glocestre. Si Moliere a rendu Tartufe odieux au 5e acte, c’est comme Rousseau le remarque, par la nécessité de donner le dernier coup de pinceau à son personnage.

On demande si la comédie est un poëme ; question aussi difficile à résoudre qu’inutile à proposer, comme toutes les disputes de mots. Veut on approfondir un son, qui n’est qu’un son, comme s’il renfermoit la nature des choses ? La comédie n’est point un poëme pour celui qui ne donne ce nom qu’à l’héroïque & au merveilleux : elle en est un pour celui qui met l’essence de la poësie dans la peinture : un troisieme donne le nom de poëme à la comédie en vers, & le refuse à la comédie en prose, sur ce principe que la mesure n’est pas moins essentielle à la Poësie qu’à la Musique. Mais qu’importe qu’on differe sur le nom, pourvû qu’on ait la même idée de la chose ? L’Avare ainsi que le Télemaque sera ou ne sera point un poëme, il n’en sera pas moins un ouvrage excellent. On disputoit à Adisson que le Paradis perdu fût un poëme héroïque : hé-bien, dit-il, ce sera un poëme divin.

Comme presque toutes les regles du poëme dramatique concourent à rapprocher par la vraissemblance la fiction de la réalité, l’action de la comédie nous étant plus familiere que celle de la tragédie, & le défaut de vraissemblance plus facile à remarquer, les regles y doivent être plus rigoureusement observées. De-là cette unité, cette continuité de caractère, cette aisance, cette simplicité dans le tissu de l’intrigue, ce naturel dans le dialogue, cette vérité dans les sentimens, cet art de cacher l’art même dans l’enchaînement des situations, d’où résulte l’illusion théatrale.

Si l’on considere le nombre de traits qui caractérisent un personnage comique, on peut dire que la comédie est une imitation exagérée. Il est bien difficile en effet, qu’il échappe en un jour à un seul homme autant de traits d’avarice que Moliere en a rassemblés dans Harpagon ; mais cette exagération rentre dans la vraissemblance lorsque les traits sont multipliés par des circonstances ménagées avec art. Quant à la force de chaque trait, la vraissemblance a des bornes. L’Avare de Plaute examinant les mains de son valet lui dit, voyons la troisieme, ce qui est choquant : Moliere a traduit l’autre, ce qui est naturel, attendu que la précipitation de l’Avare a pû lui faire oublier qu’il a déjà examiné deux mains, & prendre celle-ci pour la seconde. Les autres, est une faute du comédien qui s’est glissée dans l’impression.

Il est vrai que la perspective du théatre exige un coloris fort & de grandes touches, mais dans de justes proportions, c’est-à-dire telles que l’œil du spectateur les réduise sans peine à la vérité de la nature. Le Bourgeois gentilhomme paye les titres que lui donne un complaisant mercenaire, c’est ce qu’on voit tous les jours ; mais il avoue qu’il les paye, voilà pour le Monseigneur ; c’est en quoi il renchérit sur ses modeles. Moliere tire d’un sot l’aveu de ce ridicule pour le mieux faire appercevoir dans ceux qui ont l’esprit de le dissimuler. Cette espece d’exagération demande une grande justesse de raison & de goût. Le théatre a son optique, & le tableau est manqué dès que le spectateur s’apperçoit qu’on a outré la nature.

Par la même raison, il ne suffit pas pour rendre l’intrigue & le dialogue vraissemblable, d’en exclure ces à parte, que tout le monde entend excepté l’interlocuteur, & ces méprises fondées sur une ressemblance ou un déguisement prétendu, supposition que tous les yeux démentent, hors ceux du personnage qu’on a dessein de tromper ; il faut encore que tout ce qui se passe & se dit sur la scene soit une peinture si naïve de la société, qu’on oublie qu’on est au spectacle. Un tableau est mal peint, si au premier coup d’œil on pense à la toile, & si l’on remarque la dégradation des couleurs avant que de voir des contours, des reliefs & des lointains. Le prestige de l’art, c’est de le faire disparoître au point que non seulement l’illusion précede la réflexion, mais qu’elle la repousse & l’écarte. Telle devoit être l’illusion des Grecs & des Romains aux comédies de Ménandre & de Térence, non à celles d’Aristophane & de Plaute. Observons cependant, à propos de Térence, que le possible qui suffit à la vraissemblance d’un caractere ou d’un évenement tragique, ne suffit pas à la vérité des mœurs de la comédie. Ce n’est point un pere comme il peut y en avoir, mais un pere comme il y en a ; ce n’est point un individu, mais une espece qu’il faut prendre pour modele ; contre cette regle peche le caractere unique du bourreau de lui-même.

Ce n’est point une combinaison possible, à la rigueur ; c’est une suite naturelle d’évenemens familiers qui doit former l’intrigue de la comédie, principe qui condamne l’intrigue de l’Hecyre : si toutefois Térence a eu dessein de faire une comédie d’une action toute pathétique, & d’où il écarte jusqu’à la fin avec une précaution marquée le seul personnage qui pouvoit être plaisant.

D’après ces regles que nous allons avoir occasion de développer & d’appliquer, on peut juger des progrès de la comédie ou plûtôt de ses révolutions.

Sur le chariot de Thespis la comédie n’étoit qu’un tissu d’injures adressées aux passans par des vendangeurs barbouillés de lie. Cratès, à l’exemple d’Epicharmus & de Phormis, poëtes Siciliens, l’éleva sur un théatre plus décent, & dans un ordre plus régulier. Alors la comédie prit pour modele la tragédie inventée par Eschyle, ou plûtôt l’une & l’autre se formerent sur les poésies d’Homere ; l’une sur l’iliade & l’Odissée, l’autre sur le Margitès, poëme satyrique du même auteur ; & c’est-là proprement l’époque de la naissance de la comédie Greque.

On la divise en ancienne, moyenne, & nouvelle, moins par ses âges que par les différentes modifications qu’on y observa successivement dans la peinture des mœurs. D’abord on osa mettre sur le théatre d’Athenes des satyres en action, c’est-à-dire des personnages connus & nommés, dont on imitoit les ridicules & les vices : telle fut la comédie ancienne. Les lois, pour réprimer cette licence, défendirent de nommer. La malignité des poëtes ni celle des spectateurs ne perdit rien à cette défense ; la ressemblance des masques, des vêtemens, de l’action, désignerent si bien les personnages, qu’on les nommoit en les voyant : telle fut la comédie moyenne, où le poëte n’ayant plus à craindre le reproche de la personnalité, n’en étoit que plus hardi dans ses insultes ; d’autant plus sûr d’ailleurs d’être applaudi, qu’en repaissant la malice des spectateurs par la noirceur de ses portraits, il ménageoit encore à leur vanité le plaisir de deviner les modeles. C’est dans ces deux genres qu’Aristophane triompha tant de fois à la honte des Athéniens.

La comédie satyrique présentoit d’abord une face avantageuse. Il est des vices contre lesquels les lois n’ont point sévi : l’ingratitude, l’infidélité au secret & à sa parole, l’usurpation tacite & artificieuse du mérite d’autrui, l’intérêt personnel dans les affaires publiques, échappent à la sévérité des lois ; la comédie satyrique y attachoit une peine d’autant plus terrible, qu’il falloit la subir en plein théatre. Le coupable y étoit traduit, & le public se faisoit justice. C’étoit sans doute pour entretenir une terreur si salutaire, que non-seulement les poëtes satyriques furent d’abord tolérés, mais gagés par les magistrats comme censeurs de la république. Platon lui-même s’étoit laissé séduire à cet avantage apparent, lorsqu’il admit Aristophane dans son banquet, si toutefois l’Aristophane comique est l’Aristophane du banquet ; ce qu’on peut au moins révoquer en doute. Il est vrai que Platon conseilloit à Denis la lecture des comédies de ce poëte, pour connoître les mœurs de la république d’Athenes ; mais c’étoit lui indiquer un bon délateur, un espion adroit, qu’il n’en estimoit pas davantage.

Quant aux suffrages des Athéniens, un peuple ennemi de toute domination devoit craindre sur-tout la supériorité du mérite. La plus sanglante satyre étoit donc sûre de plaire à ce peuple jaloux, lorsqu’elle tomboit sur l’objet de sa jalousie. Il est deux choses que les hommes vains ne trouvent jamais trop fortes ; la flaterie pour eux-mêmes, la médisance contre les autres : ainsi tout concourut d’abord à favoriser la comédie satyrique. On ne fut pas longtems à s’appercevoir que le talent de censurer le vice pour être utile, devoit être dirigé par la vertu ; & que la liberté de la satyre accordée à un malhonnête homme, étoit un poignard dans les mains d’un furieux : mais ce furieux consoloit l’envie. Voilà pourquoi dans Athenes, comme ailleurs, les méchans ont trouvé tant d’indulgence, & les bons tant de sévérité. Témoin la comédie des Nuées, exemple mémorable de la scélératesse des envieux, & des combats que doit se préparer à soûtenir celui qui ose être plus sage & plus vertueux que son siecle.

La sagesse & la vertu de Socrate étoient parvenues à un si haut point de sublimité, qu’il ne falloit pas moins qu’un opprobre solennel pour en consoler sa patrie. Aristophane fut chargé de l’infâme emploi de calomnier Socrate en plein théatre ; & ce peuple qui proscrivoit un juste, par la seule raison qu’il se lassoit de l’entendre appeller juste, courut en foule à ce spectacle. Socrate y assista debout.

Telle étoit la comédie à Athenes, dans le même tems que Sophocle & Euripide s’y disputoient la gloire de rendre la vertu intéressante, & le crime odieux, par des tableaux touchans ou terribles. Comment se pouvoit-il que les mêmes spectateurs applaudissent à des mœurs si opposées ? Les héros célébrés par Sophocle & par Euripide étoient morts ; le sage calomnié par Aristophane étoit vivant : on loue les grands hommes d’avoir été ; on ne leur pardonne pas d’être.

Mais ce qui est inconcevable, c’est qu’un comique grossier, rampant, & obscene, sans goût, sans mœurs, sans vraissemblance, ait trouvé des enthousiastes dans le siecle de Moliere. Il ne faut que lire ce qui nous reste d’Aristophane, pour juger, comme Plutarque, que c’est moins pour les honnêtes gens qu’il a écrit, que pour la vile populace, pour des hommes perdus d’envie, de noirceur, & de débauche. Qu’on lise après cela l’éloge qu’en fait madame Dacier : Jamais homme n’a eu plus de finesse, ni un tour plus ingénieux ; le style d’Aristophane est aussi agréable que son esprit ; si l’on n’a pas lû Aristophane, on ne connoît pas encore tous les charmes & toutes les beautés du Grec, &c.

Les magistrats s’apperçûrent, mais trop tard, que dans la comédie appellée moyenne les poëtes n’avoient fait qu’éluder la loi qui défendoit de nommer : ils en porterent une seconde, qui bannissant du théatre toute imitation personnelle, borna la comédie à la peinture générale des mœurs.

C’est alors que la comédie nouvelle cessa d’être une satyre, & prit la forme honnête & décente qu’elle a conservée depuis. C’est dans ce genre que fleurit Ménandre, poëte aussi pur, aussi élégant, aussi naturel, aussi simple, qu’Aristophane l’étoit peu. On ne peut, sans regretter sensiblement les ouvrages de ce poëte, lire l’éloge qu’en a fait Plutarque, d’accord avec toute l’antiquité : C’est une prairie émaillée de fleurs, où l’on aime à respirer un air pur… La muse d’Aristophane ressemble à une femme perdue ; celle de Ménandre à une honnête femme.

Mais comme il est plus aisé d’imiter le grossier & le bas, que le délicat & le noble, les premiers poëtes Latins, enhardis par la liberté & la jalousie républicaine, suivirent les traces d’Aristophane. De ce nombre fut Plaute lui-même ; sa muse est, comme celle d’Aristophane, de l’aveu non suspect de l’un de leurs apologistes, une bacchante, pour ne rien dire de pis, dont la langue est détrempée de fiel.

Térence qui suivit Plaute, comme Ménandre Aristophane, imita Ménandre sans l’égaler. César l’appelloit un demi-Ménandre, & lui reprochoit de n’avoir pas la force comique ; expression que les commentateurs ont interprété à leur façon, mais qui doit s’entendre de ces grands traits qui approfondissent les caracteres, & qui vont chercher le vice jusque dans les replis de l’ame, pour l’exposer en plein théatre au mepris des spectateurs.

Plaute est plus vif, plus gai, plus fort, plus varié ; Terence, plus fin, plus vrai, plus pur, plus élégant : l’un a l’avantage que donne l’imagination qui n’est captivée ni par les regles de l’art ni par celles des mœurs, sur le talent assujetti à toutes ces regles ; l’autre a le mérite d’avoir concilié l’agrément & la décence, la politesse & la plaisanterie, l’exactitude & la facilité : Plaute toûjours varié, n’a pas toûjours l’art de plaire ; Térence trop semblable à lui-même, a le don de paroître toûjours nouveau : on souhaiteroit à Plaute l’ame de Térence, à Térence l’esprit de Plaute.

Les révolutions que la comédie a éprouvées dans ses premiers âges, & les différences qu’on y observe encore aujourd’hui, prennent leur source dans le génie des peuples & dans la forme des gouvernemens : l’administration des affaires publiques, & par conséquent la conduite des chefs, étant l’objet principal de l’envie & de la censure dans un état démocratique, le peuple d’Athenes, toûjours inquiet & mécontent, devoit se plaire à voir exposer sur la scene, non-seulement les vices des particuliers, mais l’intérieur du gouvernement, les prévarications des magistrats, les fautes des généraux, & sa propre facilité à se laisser corrompre ou séduire. C’est ainsi qu’il a couronné les satyres politiques d’Aristophane.

Cette licence devoit être réprimée à mesure que le gouvernement devenoit moins populaire ; & l’on s’apperçoit de cette modération dans les dernieres comédies du même auteur, mais plus encore dans l’idée qui nous reste de celles de Ménandre, où l’état fut toûjours respecté, & où les intrigues privées prirent la place des affaires publiques.

Les Romains sous les consuls, aussi jaloux de leur liberté que les Athéniens, mais plus jaloux de la dignité de leur gouvernement, n’auroient jamais permis que la république fût exposée aux traits insultans de leurs poëtes. Ainsi les premiers comiques Latins hasarderent la satyre personnelle, mais jamais la satyre politique.

Dès que l’abondance & le luxe eurent adouci les mœurs de Rome, la comédie elle-même changea son âpreté en douceur ; & comme les vices des Grecs avoient passé chez les Romains, Térence, pour les imiter, ne fit que copier Ménandre.

Le même rapport de convenance a déterminé le caractere de la comédie sur tous les théatres de l’Europe, depuis la renaissance des Lettres.

Un peuple qui affectoit autrefois dans ses mœurs une gravité superbe, & dans ses sentimens une enflure romanesque, a dû servir de modele à des intrigues pleines d’incidens & de caracteres hyperboliques. Tel est le théatre Espagnol ; c’est-là seulement que seroit vraissemblable le caractere de cet amant (Villa Mediana) :

Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame,
L’emportant à-travers la flame.


Mais ni ces exagérations forcées, ni une licence d’imagination qui viole toutes les regles, ni un raffinement de plaisanterie souvent puérile, n’ont pû faire refuser à Lopès de Vega une des premieres places parmi les poëtes comiques modernes. Il joint en effet à la plus heureuse sagacité dans le choix des caracteres, une force d’imagination que le grand Corneille admiroit lui-même. C’est de Lopès de Vega qu’il a emprunté le caractere du Menteur, dont il disoit avec tant de modestie & si peu de railon, qu’il donneroit deux de ses meilleures pieces pour l’avoir imaginé.

Un peuple qui a mis long-tems son honneur dans la fidélité des femmes, & dans une vengeance cruelle de l’affront d’être trahi en amour, a dû fournir des intrigues périlleuses pour les amans, & capables d’exercer la fourberie des valets : ce peuple d’ailleurs pantomime, a donné lieu à ce jeu muet, qui quelquefois par une expression vive & plaisante, & souvent par des grimaces qui rapprochent l’homme du singe, soûtient seul une intrigue dépourvûe d’art, de sens, d’esprit, & de goût. Tel est le comique Italien, aussi chargé d’incidens, mais moins bien intrigué que le comique Espagnol. Ce qui caractérise encore plus le comique Italien, est ce mêlange de mœurs nationales, que la communication & la jalousie mutuelle des petits états d’Italie a fait imaginer à leurs poëtes. On voit dans une même intrigue un Bolonnois, un Vénitien, un Napolitain, un Bergamasque, chacun avec le ridicule dominant de sa patrie. Ce mêlange bisarre ne pouvoit manquer de réussir dans sa nouveauté. Les Italiens en firent une regle essentielle de leur théatre, & la comédie s’y vit par-là condamnée à la grossiere uniformité qu’elle avoit eue dans son origine. Aussi dans le recueil immense de leurs pieces, n’en trouve-t-on pas une seule dont un homme de goût soûtienne la lecture. Les Italiens ont eux-mêmes reconnu la supériorité du comique François ; & tandis que leurs histrions se soûtiennent dans le centre des beaux arts, Florence les a proscrits dans son théatre, & a substitué à leurs farces les meilleures comédies de Moliere traduites en Italien. A l’exemple de Florence, Rome & Naples admirent sur leur théatre les chefs-d’œuvre du nôtre. Venise se défend encore de la révolution ; mais elle cédera bien-tôt au torrent de l’exemple & à l’attrait du plaisir. Paris seul ne verra-t-il plus joüer Moliere ?

Un état où chaque citoyen se fait gloire de penser avec indépendance, a dû fournir un grand nombre d’originaux à peindre. L’affectation de ne ressembler à personne fait souvent qu’on ne ressemble pas à soi-même, & qu’on outre son propre caractere, de peur de se plier au caractere d’autrui. Là ce ne sont point des ridicules courans ; ce sont des singularités personnelles, qui donnent prise à la plaisanterie ; & le vice dominant de la société est de n’être pas sociable. Telle est la source du comique Anglois, d’ailleurs plus simple, plus naturel, plus philosophique que les deux autres, & dans lequel la vraissemblance est rigoureusement observée, aux dépens même de la pudeur.

Mais une nation douce & polie, où chacun se fait un devoir de conformer ses sentimens & ses idées aux mœurs de la société, où les préjugés sont des principes, où les usages sont des lois, où l’on est condamné à vivre seul dès qu’on veut vivre pour soi-même ; cette nation ne doit présenter que des caracteres adoucis par les égards, & que des vices palliés par les bienséances. Tel est le comique François, dont le théatre Anglois s’est enrichi autant que l’opposition des mœurs a pû le permettre.

Le comique François se divise, suivant les mœurs qu’il peint, en comique bas, comique bourgeois, & haut comique. Voyez Comique.

Mais une division plus essentielle se tire de la différence des objets que la comédie se propose : ou elle peint le vice qu’elle rend méprisable, comme la tragédie rend le crime odieux ; de-là le comique de caractere : ou elle fait les hommes le joüet des évenemens ; de-là le comique de situation : ou elle présente les vertus communes avec des traits qui les font aimer, & dans des périls ou des malheurs qui les rendent intéressantes ; de-là le comique attendrissant.

De ces trois genres, le premier est le plus utile aux mœurs, le plus fort, le plus difficile, & par conséquent le plus rare : le plus utile aux mœurs, en ce qu’il remonte à la source des vices, & les attaque dans leur principe ; le plus fort, en ce qu’il présente le miroir aux hommes, & les fait rougir de leur propre image ; le plus difficile & le plus rare, en ce qu’il suppose dans son auteur une étude consommée des mœurs de son siecle, un discernement juste & prompt, & une force d’imagination qui réunisse sous un seul point de vûe les traits que sa pénétration n’a pû saisir qu’en détail. Ce qui manque à la plûpart des peintres de caractere, & ce que Moliere, ce grand modele en tout genre, possédoit éminemment ; c’est ce coup d’œil philosophique, qui saisit non-seulement les extrèmes, mais le milieu des choses : entre l’hypocrite scélérat, & le dévot crédule, on voit l’homme de bien qui démasque la scélératesse de l’un, & qui plaint la crédulité de l’autre. Moliere met en opposition les mœurs corrompues de la société, & la probité farouche du Misantrope : entre ces deux excès paroît la modération du sage, qui hait le vice & qui ne hait pas les hommes. Quel fonds de philosophie ne faut-il point pour saisir ainsi le point fixe de la vertu ! C’est à cette précision qu’on reconnoît Moliere, bien mieux qu’un peintre de l’antiquité ne reconnut son rival au trait de pinceau qu’il avoit tracé sur une toile.

Si l’on nous demande pourquoi le comique de situation nous excite à rire, même sans le concours du comique de caractere, nous demanderons à notre tour d’où vient qu’on rit de la chûte imprévûe d’un passant. C’est de ce genre de plaisanterie que Hensius a eû raison de dire : plebis aucupium est & abusus. Voyez Rire. Il n’en est pas ainsi du comique attendrissant ; peut-être même est-il plus utile aux mœurs que la tragédie, vû qu’il nous intéresse de plus près, & qu’ainsi les exemples qu’il nous propose nous touchent plus sensiblement : c’est du moins l’opinion de Corneille. Mais comme ce genre ne peut être ni soûtenu par la grandeur des objets, ni animé par la force des situations, & qu’il doit être à la fois familier & intéressant, il est difficile d’y éviter le double écueil d’être froid ou romanesque ; c’est la simple nature qu’il faut saisir, & c’est le dernier effort de l’art d’imiter la simple nature. Quant à l’origine du comique attendrissant, il faut n’avoir jamais lû les anciens pour en attribuer l’invention à notre siecle ; on ne conçoit même pas que cette erreur ait pu subsister un instant chez une nation accoûtumée à voir joüer l’Andrienne de Térence, où l’on pleure dès le premier acte. Quelque critique pour condamner ce genre, a osé dire qu’il étoit nouveau ; on l’en a cru sur sa parole, tant la legéreté & l’indifférence d’un certain public, sur les opinions littéraires, donne beau jeu à l’effronterie & à l’ignorance.

Tels sont les trois genres de comique, parmi lesquels nous ne comptons ni le comique de mots si fort en usage dans la société, foible ressource des esprits sans talent, sans étude, & sans goût ; ni ce comique obscene, qui n’est plus souffert sur notre théatre que par une sorte de prescription, & auquel les honnêtes gens ne peuvent rire sans rougir ; ni cette espece de travestissement, où le parodiste se traîne après l’original pour avilir par une imitation burlesque, l’action la plus noble & la plus touchante : genres méprisables, dont Aristophane est l’auteur.

Mais un genre supérieur à tous les autres, est celui qui réunit le comique de situation & le comique de caractere, c’est-à-dire dans lequel les personnages sont engagés par les vices du cœur, ou par les travers de l’esprit, dans des circonstances humiliantes qui les exposent à la risée & au mépris des spectateurs. Tel est, dans l’Avare de Moliere, la rencontre d’Arpagon avec son fils, lorsque sans se connoître ils viennent traiter ensemble, l’un comme usurier, l’autre comme dissipateur.

Il est des caracteres trop peu marqués pour fournir une action soûtenue : les habiles peintres les ont groupés avec des caracteres dominans ; c’est l’art de Moliere : ou ils ont fait contraster plusieurs de ces petits caracteres entre eux ; c’est la maniere de Dufreny, qui quoique moins heureux dans l’œconomie de l’intrigue, est celui de nos auteurs comiques, après Moliere, qui a le mieux saisi la nature ; avec cette différence que nous croyons tous avoir apperçu les traits que nous peint Moliere, & que nous nous étonnons de n’avoir pas remarqué ceux que Dufreni nous fait appercevoir.

Mais combien Moliere n’est-il pas au-dessus de tous ceux qui l’ont précédé, ou qui l’ont suivi ? Qu’on lise le parallele qu’en a fait, avec Terence, l’auteur du siecle de Louis XIV. le plus digne de les juger, la Bruyere. Il n’a, dit-il, manqué à Térence que d’être moins froid : quelle pureté ! quelle exactitude ! quelle politesse ! quelle élégance ! quels caracteres ! Il n’a manqué à Moliere que d’eviter le jargon, & d’écrire purement : quel feu ! quelle naïveté ! quelle source de la bonne plaisanterie ! quelle imitation des mœurs ! & quel fléau du ridicule ! mais quel homme on auroit pû faire de ces deux comiques !

La difficulté de saisir comme eux les ridicules & les vices, a fait dire qu’il n’étoit plus possible de faire des comédies de caracteres. On prétend que les grands traits ont été rendus, & qu’il ne reste plus que des nuances imperceptibles : c’est avoir bien peu étudié les mœurs du siecle, que de n’y voir aucun nouveau caractere à peindre. L’hypocrisie de la vertu est-elle moins facile à démasquer que l’hypocrisie de la dévotion ? le misantrope par air est-il moins ridicule que le misantrope par principes ? le fat modeste, le petit seigneur, le faux magnifique, le défiant, l’ami de cour, & tant d’autres, viennent s’offrir en foule à qui aura le talent & le courage de les traiter. La politesse gase les vices ; mais c’est une espece de draperie légere, à-travers laquelle les grands maîtres savent bien dessiner le nud.

Quant à l’utilité de la comédie morale & décente, comme elle l’est aujourd’hui sur notre théatre, la révoquer en doute, c’est prétendre que les hommes soient insensibles au mépris & à la honte ; c’est supposer, ou qu’ils ne peuvent rougir, ou qu’ils ne peuvent se corriger des défauts dont ils rougissent ; c’est rendre les caracteres indépendans de l’amour propre qui en est l’ame, & nous mettre au-dessus de l’opinion publique, dont la foiblesse & l’orgueil sont les esclaves, & dont la vertu même a tant de peine à s’affranchir.

Les hommes, dit-on, ne se reconnoissent pas à leur image : c’est ce qu’on peut nier hardiment. On croit tromper les autres, mais on ne se trompe jamais ; & tel prétend à l’estime publique, qui n’oseroit se montrer s’il croyoit être connu comme il se connoît lui-même.

Personne ne se corrige, dit-on encore : malheur à ceux pour qui ce principe est une vérité de sentiment ; mais si en effet le fond du naturel est incorrigible, du moins le dehors ne l’est pas. Les hommes ne se touchent que par la surface ; & tout seroit dans l’ordre, si on pouvoit réduire ceux qui sont nés vicieux, ridicules, ou méchans, à ne l’être qu’au-dedans d’eux-mêmes : C’est le but que se propose la comédie ; & le théatre est pour le vice & le ridicule, ce que sont pour le crime les tribunaux où il est jugé, & les échafauds où il est puni.

On pourroit encore diviser la comédie relativement aux états, & on verroit naître de cette division, la comédie dont nous venons de parler dans cet article, la pastorale & la féerie : mais la pastorale & la féerie ne méritent guere le nom de comédie que par une sorte d’abus. Voyez les articles Féerie & Pastorale. Cet article est de M. de Marmontel.

* Comédie, (Hist. anc.) La comédie des anciens prit différens noms, relativement à différentes circonstances dont nous allons faire mention.

Ils eurent les comédies Atellanes, ainsi nommées d’Atella, maintenant Aversa, dans la Campanie : c’étoit un tissu de plaisanteries ; la langue en étoit Oscique ; elle étoit divisée en actes ; il y avoit de la musique, de la pantomime, & de la danse ; de jeunes Romains en étoient les acteurs. Voy. Atellanes.

Les comédies mixtes, où une partie se passoit en récit, une autre en action ; ils disoient qu’elles étoient partim stataria, partim motoria, & ils citoient en exemple l’Eunuque de Térence.

Les comédies appellées motoriæ, celles où tout étoit en action, comme dans l’Amphitrion de Plaute.

Les comédies appellées palliatæ, où le sujet & les personnages étoient Grecs, où les habits étoient Grecs ; où l’on se servoit du pallium : on les appelloit aussi crepidæ, chaussure commune des Grecs.

Les comédies appellées planipediæ, celles qui se joüoient à piés nuds, ou plûtôt sur un théatre de plain-pié avec le rez-de-chaussée.

Les comédies appellées prætextatæ, où le sujet & les personnages étoient pris dans l’état de la noblesse, & de ceux qui portoient les togæ-prætextæ.

Les comédies appellées rhintonicæ, ou comique larmoyant, qui s’appelloit encore hilaro tragedia, ou latina comedia, ou comedia italica. L’inventeur en fut un bouffon de Tarente nommé Rhintone.

Les comédies appellées statariæ, celles où il y a beaucoup de dialogue & peu d’action, telles que l’Hecyre de Terence & l’Asinaire de Plaute.

Les comédies appellées tabernariæ, dont le sujet & les personnages étoient pris du bas peuple, & tirés des tavernes. Les acteurs y joüoient en robes longues, togis, sans manteaux à la Greque, palliis. Afranius & Ennius se distinguerent dans ce genre.

Les comédies appellées togatæ, où les acteurs étoient habillés de la toge. Stephanius fit les premieres ; on les soûdivisa en togatæ proprement dites, prætextatæ, tabernariæ, & Atellanæ. Les togatæ tenoient proprement le milieu entre les prætextatæ & les tabernariæ : c’étoient les opposées des palliatæ.

Les comédies appellées trabeatæ : on en attribue l’invention à Caïus Melissus. Les acteurs y paroissoient in trabeis, & y joüoient des triomphateurs, des chevaliers. La dignité de ces personnages si peu propres au comique, a répandu bien de l’obscurité sur la nature de ce spectacle.

Comédie sainte, (Hist. mod. théat.) Les comédies saintes étoient des especes de farces sur des sujets de piété, qu’on représentoit publiquement dans le quinzieme & le seizieme siecle. Tous les historiens en parlent.

Chez nos dévots ayeux le théatre abhorré
Fut long-tems dans la France un plaisir ignoré.
De pélerins, dit-on, une troupe grossiere
En public à Paris y monta la premiere,
Et sottement zélée en sa simplicité
Joüa les Saints, la Vierge, & Dieu par piété.

Art poétiq.

La fin du regne de Charles V. ayant vû naître le chant royal, genre de poésie de même construction que la ballade, & qui se faisoit en l’honneur de Dieu ou de la Vierge, il se forma des sociétés qui, sous Charles VI. en composerent des pieces distribuées en actes, en scenes, & en autant de différens personnages qu’il étoit nécessaire pour la représentation. Leur premier essai se fit au bourg Saint-Maur ; ils prirent pour sujet la passion de Notre-Seigneur. Le prevôt de Paris en fut averti, & leur défendit de continuer : mais ils se pourvûrent à la cour ; & pour se la rendre plus favorable, ils érigerent leur société en confrairie, sous le titre des confreres de la passion de Notre-Seigneur. Le roi Charles VI. voulut voir quelques-unes de leurs pieces : elles lui plurent, & ils obtinrent des lettres patentes du 4 Décembre 1402, pour leur établissement à Paris. M. de la Mare les rapporte dans son tr. de pol. l. III. tom. III. ch. jx. Charles VI. leur accorda par ces lettres patentes, la liberté de continuer publiquement les représentations de leurs comédies pieuses, en y appellant quelques-uns de ses officiers ; il leur permit même d’aller & de venir par la ville habillés suivant le sujet & la qualité des mysteres qu’ils devoient représenter.

Après cette permission, la société de la passion fonda dans la chapelle de la Sainte-Trinité le service de la confrairie. La maison dont dépendoit cette chapelle, avoit été bâtie hors la porte de Paris du côté de Saint-Denis, par deux gentils-hommes Allemands, freres utérins, pour recevoir les pélerins & les pauvres voyageurs qui arrivoient trop tard pour entrer dans la ville, dont les portes se fermoient alors. Dans cette maison il y avoit une grande salle que les confreres de la passion loüerent : ils y construisirent un théatre & y représenterent leurs jeux, qu’ils nommerent d’abord moralités, & ensuite mysteres, comme le mystere de la passion, le mystere des actes des apôtres, le mystere de l’apocalypse, &c. Ces sortes de comédies prirent tant de faveur, que bientôt elles furent joüées en plusieurs endroits du royaume sur des théatres publics ; & la Fête-Dieu d’Aix en Provence en est encore de nos jours un reste ridicule.

Alain Chartier, dans son histoire de Charles VII. parlant de l’entrée de ce roi à Paris en l’année 1437, pag. 109. dit que, « tout au long de la grande rue saint-Denis, auprès d’un ject de pierre l’un de l’autre, estoient des eschaffaulds bien & richement tendus, où estoient faits par personnages l’annonciation Notre-Dame, la nativité Notre-Seigneur, sa passion, sa résurrection, la pentecoste, & le jugement qui séoit très-bien : car il se joüoit devant le chastelet où est la justice du roi. Et emmy la ville, y avoit plusieurs autres jeux de divers mysteres, qui seroient très-longs à racompter. Et là venoient gens de toutes parts criant Noel, & les autres pleuroient de joie. »

En l’année 1486, le chapitre de l’église de Lyon ordonna soixante livres à ceux qui avoient joüé le mystere de la passion de Jesus-Christ, liv. XXVIII. des actes capitulaires, fol. 153. De Rubis, dans son histoire de la même ville, liv. III. ch. liij. fait mention d’un théatre public dressé à Lyon en 1540. « Et là, dit-il, par l’espace de trois ou quatre ans, les jours de dimanches & les fêtes après le disner, furent représentées la pluspart des histoires du vieil & nouveau Testament, avec la farce au bout, pour recréer les assistans ». Le peuple nommoit ce théatre le paradis.

François I. qui prenoit grand plaisir à la représentation de ces sortes de comédies saintes, confirma les priviléges des confreres de la passion par lettres patentes du mois de Janvier 1518. Voici le titre de deux de ces pieces, par où le lecteur pourra s’en former quelque idée. S’ensuit le mystere de la passion de Notre Seigneur Jesus-Christ, nouvellement reveu & corrigé outre les précédentes impressions, avec les additions faites par très-éloquent & scientificque maistre Jehan Michel ; lequel mystere fut joüé à Angiers moult triumphamment, & dernierement à Paris, avec le nombre des personnages qui sont à la fin dudit livre, & sont en nombre cxlj. 1541. in-4.

L’autre piece contient le mystere des actes des apôtres : il fut imprimé à Paris en 1540, in-4. & on marqua dans le titre qu’il étoit joüé à Bourges. L’année suivante il fut réimprimé in-fol. à Paris, où il se joüoit. Cette comédie est divisée en deux parties. La premiere est intitulée : Le premier volume des catholiques œuvres & actes des apôtres, rédigez en escript par saint Luc évangéliste, & hystoriographe, député par le saint-Esprit, icellui saint Luc escripvant à Théophile, avec plusieurs hystoires en icellui insérées des gestes des Césars. Le tout veu & corrigé bien & duement selon la vraie vérité, & joüé par personnages à Paris en l’hostel de Flandres, l’an mil cinq cens xli. avec privilége du roi. On les vend à la grand-salle du palais par Arnould & Charles les Angeliers freres, tenans leurs boutiques au premier & deuxieme pillier, devant la chapelle de messeigneurs les présidens : in-fol. La seconde partie a pour titre : Le second volume du magnifique mystere des actes des apôtres, continuant la narration de leurs faits & gestes selon l’Escripture saincte, avecques plusieurs hystoires en icellui insérées des gestes des Césars. Veu & corrigé bien & deument selon la vraie vérité, & ainsi que le mystere est joüé à Paris cette présente année mil cinq cent quarante-ung.

Cet ouvrage fut commencé vers le milieu du xv. siecle par Arnoul Greban, chanoine du Mans, & continué par Simon Greban son frere, secrétaire de Charles d’Anjou comte du Maine : il fut ensuite revû, corrigé, & imprimé par les soins de Pierre Cuevret ou Curet, chanoine du Mans, qui vivoit au commencement du xvj. siecle. Voyez la bibliotheque de la Croix du Maine, pag. 24. 391. & 456.

Quelques particuliers entreprirent de faire joüer de cette maniere en 1542, à Paris, le mystere de l’ancien Testament, & François I. avoit approuvé leur dessein ; mais le parlement s’y opposa par acte du 9 Décembre 1541, & ce morceau des registres du parlement est très-curieux, au jugement de M. du Monteil.

La représentation de ces pieces sérieuses dura près d’un siecle & demi ; mais insensiblement les joüeurs y mêlerent quelques farces tirées de sujets burlesques, qui amusoient beaucoup le peuple, & qu’on nomma les jeux des pois pilés, apparemment par allusion à quelque scene d’une des pieces.

Ce mêlange de religion & de bouffonnerie déplut aux gens sages. En 1545 la maison de la Trinité fut de nouveau convertie en hôpital, suivant sa fondation : ce qui fut ordonné par un arrêt du parlement. Alors les confreres de la passion, obligés de quitter leur salle, choisirent un autre lieu pour leur théatre ; & comme ils avoient fait des gains considérables, ils acheterent en 1548 la place & les masures de l’hôtel de Bourgogne, où ils bâtirent un nouveau théatre. Le parlement leur permit de s’y établir par arrêt du 19 Novembre 1548, à condition de n’y joüer que des sujets profanes, licites, & honnêtes, & leur fit de très-expresses défenses d’y représenter aucun mystere de la passion, ni autre mystere sacré : il les confirma néanmoins dans tous leurs priviléges, & fit défenses à tous autres, qu’aux confreres de la passion, de joüer, ni représenter aucuns jeux, tant dans la ville, faubourgs, que banlieue de Paris, sinon sous le nom & au profit de la confrairie : ce qui fut confirmé par lettres patentes d’Henri II. du mois de Mars 1559.

Les confreres de la passion qui avoient seuls le privilége, cesserent de monter eux-mêmes sur le théatre ; ils trouverent que les pieces profanes ne convenoient plus au titre religieux qui caractérisoit leur compagnie. Une troupe d’autres comédiens se forma pour la premiere fois, & prit d’eux à loyer le privilége, & l’hôtel de Bourgogne. Les bailleurs s’y reserverent seulement deux loges pour eux & pour leurs amis ; c’étoient les plus proches du théatre, distinguées par des barreaux, & on les nommoit les loges des maîtres. La farce de Patelin y fut joüée : mais le premier plan de comédie profane est dû à Etienne Jodelle, qui composa la piece intitulée la rencontre, qui plut fort à Henri II. devant lequel elle fut représentée. Cléopatre & Didon sont deux tragédies du même auteur, qui parurent des premieres sur le théatre au lieu & place des tragédies saintes.

Dès qu’Henri III. fut monté sur le throne, il infecta le royaume de farceurs ; il fit venir de Venise les comédiens Italiens surnommés li Gelosi, lesquels au rapport de M. de l’Etoile (que je vais copier ici), « commencerent le dimanche 29 Mai 1577 leurs comédies en l’hostel de Bourbon à Paris ; ils prenoient quatre souls de salaire par teste de tous les François, & il y avoit tel concours, que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n’en avoient pas tous ensemble autant quand ils preschoient… Le mercredi 26 Juin, la cour assemblée aux Mercuriales, fit défenses aux Gelosi de plus joüer leurs comédies, pour ce qu’elles n’enseignoient que paillardises...... Le samedi 27 Juillet, li Gelosi, après avoir présenté à la cour les lettres patentes, par eux obtenues du roi, afin qu’il leur fût permis de joüer leurs comédies, nonobstant les défenses de la cour, furent renvoyés par fin de non-recevoir, & défenses à eux faites de plus obtenir & présenter à la cour de telles lettres, sous peine de dix mille livres parisis d’amende, applicables à la boîte des pauvres ; nonobstant lesquelles défenses, au commencement de Septembre suivant, ils recommencerent à joüer leurs comédies en l’hôtel de Bourbon, comme auparavant, par la jussion expresse du roi : la corruption de ce tems étant telle, que les farceurs, bouffons, put...... & mignons, avoient tout crédit auprès du roi ». Journal d’Henri III. par Pierre de l’Etoile, à la Haye 1744, in-8°. tom. I. pag. 206. 209. & 211.

La licence s’étant également glissée dans toutes les autres troupes de comédiens, le parlement refusa pendant long-tems d’enregistrer leurs lettres patentes, & il permit seulement en 1596 aux comédiens de province, de joüer à la foire saint-Germain, à la charge de payer par chacune année qu’ils joüeroient, deux écus aux administrateurs de la confrairie de la passion. En 1609, une ordonnance de police défendit à tous comédiens de représenter aucunes comédies ou farces, qu’ils ne les eussent communiquées au procureur du roi. Enfin on réunit le revenu de la confrairie de la passion à l’hôpital-général. Voyez sur tout ceci Pasquier, rech. liv. VII. ch. v. De la Mare, traité de pol. liv. III. tom. II. œuvres de Despréaux, Paris, 1747, in-8°. &c.

Les accroissemens de Paris ayant obligé les comédiens à se séparer en deux bandes ; les uns resterent à l’hôtel de Bourgogne, & les autres allerent à l’hôtel d’Argent au Marais. On y joüoit encore les pieces de Jodelle, de Garnier, & de leurs semblables, quand Corneille vint à donner sa Mélite, qui fut suivie du Menteur, piece de caractere & d’intrigue. Alors parut Moliere, le plus parfait des poëtes comiques, & qui a remporté le prix de son art malgré ses jaloux & ses contemporains.

Le comique né d’une dévotion ignorante, passa dans une bouffonnerie ridicule ; ensuite tomba dans une licence grossiere, & demeura tel, ou barbouillé de lie, jusqu’au commencement du siecle de Louis XIV. Le cardinal de Richelieu, par ses libéralités, l’habilla d’un masque plus honnête ; Moliere en le chaussant de brodequins, jusqu’alors inconnus, l’éleva au plus haut point de gloire ; & à sa mort, la nature l’ensevelit avec lui. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

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Étymologie de « comédie »

Étymologie de comédie - Littré

Provenç et espagn. comedia ; ital. commedia ; du latin comœdia ; de ϰομῳδία, de ϰῶμος (voy. COMIQUE), et ᾠδὴ, chant (voy. ODE).

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : D'après l'étymologie par ϰῶμος, la comédie aurait été proprement le chant, dans les fêtes de Bacchus ; d'autres y voient ϰώμη, village : chant des villageois durant la vendange.

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Étymologie de comédie - Wiktionnaire

Du latin comoedia, emprunté au grec ancien κωμῳδία, kōmōdía (« comédie, poésie satirique ») composé de κῶμος, kōmos (« célébration, procession ») et ᾠδή, ōdē (« chant »).
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Phonétique du mot « comédie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
comédie kɔmedi play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « comédie »

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Citations contenant le mot « comédie »

  • Surtout connu pour ses mélodrames ("Le secret magnifique", "Le mirage de la vie"…), Douglas Sirk (1897-1987) l’est moins pour ses comédies beaucoup plus légères, qu’il décrivait comme des "Contes moraux". Natif de Hambourg, le réalisateur avait quitté l’Allemagne nazie un peu tardivement, ce qui a pesé sur le début de sa carrière hollywoodienne. C’est donc avec des petits budgets et sans grandes vedettes, que Sirk s’exerce à un genre où il excelle aussi. Dans "Qui donc a vu ma belle ?" (1952), un milliardaire excentrique fait pleuvoir les dollars sur une famille liée à son premier amour. Et découvre, en s’infiltrant chez ses protégés sous un nom d’emprunt, que l’argent ne fait pas le bonheur. ladepeche.fr, Sirk versant comédies - ladepeche.fr
  • Il avait fallu, surtout, l’élégance et l’intelligence des comédiens choisis pour l’occasion. Accompagnant un Michel Favory se prêtant si bien au jeu, il y avait un Benjamin Lavernhe qui n’était pas encore devenu le génial Scapin de Denis Podalydès, ainsi qu’une Véronique Vella à la voix toujours « au top », dont l’habit rappelait celui que porte Julie Andrews dans Victor Victoria (1982), le merveilleux film de Blake Edwards. Le Monde.fr, Danser avec la troupe de la Comédie-Française dans un cabaret, sur France 5
  • Sa carrière s’est étendue à la télévision en direct, à Broadway, aux films cinématographiques, aux albums de disques et à une variété d’apparitions. Il était un interprète et écrivain sur le légendaire « Your Show of Shows ». Il a créé « The Dick Van Dyke Show », une des grandes comédies de situation de l’histoire, qui était basée sur sa vie de comédien. News 24, Carl Reiner, légende de la comédie de longue date, décède à 98 ans - News 24
  • Alors certes les longs-métrages politiques d'Elia Suleiman (Intervention Divine en 2002 ; Le Temps qu'il reste en 2019...) ne manquent pas d'humour (burlesque) et un film comme Tel Aviv on Fire (Sameh Zoabi) se voit comme une comédie. Néanmoins le genre prédominant dans le cinéma israélien reste le drame – assez logique au vu des sujets traités. C'est peu dire que Cupcakes (2014), comédie musicale très enjouée, se situe à part dans le paysage cinématographique israélien, et même pour ainsi dire dans la filmographie de Eytan Fox. myCANAL, Cupcakes, une comédie musicale savoureuse pour célébrer les Fiertés Partagées
  • En 1939, à Varsovie, la troupe de Joseph Tura répète une pièce intitulée de façon provocante «Gestapo», qui se moque des nazis. Rapidement, les autorités polonaises interdisent les représentations, craignant des représailles allemandes. Les comédiens décident alors de reprendre «Hamlet», de Shakespeare... myCANAL, Comédies d'été sur Ciné+ Classic !
  • La programmation de la Comédie du Mas est plus recentrée sur des comédies oscillant entre succès et créations 2020. Ce qui n’empêche pas l’agenda d’être chargé. C’est l’humoriste montpelliéraine Élodie KV qui ouvrira la saison estivale le 8 juillet avec La révolution positive du vagin. Autre one woman show, celui d’Audrey Perrin pour 40 balais blues, qui fait un bilan décapant de sa vie à l’aube de la quarantaine. En août, on retrouvera des incontournables, comme la comédie de Laurent Baffie, Les bonobos (5, 13, 21 et 29 août) ou encore Couple : les 10 commandements (6, 12, 22 et 28 août). midilibre.fr, Montpellier : le théâtre Odéon et la Comédie du Mas rouvrent prochainement - midilibre.fr
  • Carl Reiner est décédé à 98 ans. Ce comique était passé à la réalisation en 1967 et sa rencontre avec l'acteur Steve Martin avait lancé une collaboration fructueuse dans leur genre de prédilection : la comédie. Il était détenteur de neuf Emmy Awards. AlloCiné, Mort de Carl Reiner, légende de la comédie américaine et visage d'Ocean's Eleven - Actus Ciné - AlloCiné
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  • Dans une série de messages sur Twitter, une vidéaste spécialisée dans le théâtre affirme avoir été victime d'un comédien. L'institution se dit «profondément choquée». Le Figaro.fr, Une Youtubeuse accuse un acteur de la Comédie-Française de l'avoir battue et menacée de mort
  • Il vaut mieux réussir une petite comédie d'en manquer une grande. De Emile Fabre
  • Les thèmes de la tragédie sont universels, alors que ceux de la comédie sont plus ancrés dans les cultures. De Umberto Eco
  • Souvent on cesse de se jouer la comédie dès qu'on en devient conscient. De François Moreau / Les Carnivores
  • La comédie est un art. La tragédie une facilité. De Jacques Godbout / L'aquarium
  • Etre un homme, c'est diminuer sa part de comédie. De Jean Pérol / Morale provisoire
  • Être homme c’est réduire au maximum sa part de comédie. De André Malraux
  • La vie serait une comédie bien agréable, si l’on n’y jouait pas un rôle. De Denis Diderot
  • La comédie est une forme d’agression et d’hostilité socialement acceptée. De George Carlin
  • La vie est une tragédie pour celui qui sent et une comédie pour celui qui pense. De Jean de La Bruyère
  • La vie n'est pas une comédie musicale. De Philippe Labro / Manuella
  • Mieux vaut la froideur que la comédie. De Paul Nizon / Stolz
  • La comédie, comme la sodomie, n’est pas un acte naturel. De Marty Feldman
  • Le monde est une comédie dont les philosophes sont les spectateurs. De Pythagore
  • Dans le passé nous nous sommes créés à travers la comédie de la tragédie humaine, maintenant il se peut que nous nous anéantissions dans la tragédie de la comédie humaine. De Edward Bond / Libération - A quoi pensez-vous ?
  • [La comédie] corrige les mœurs en riant. Jean-Baptiste Santeul,
  • Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. Blaise Pascal, Pensées, 210 Pensées
  • […] Faisant de cet ouvrage Une ample comédie à cent actes divers, Et dont la scène est l'Univers. Jean de La Fontaine, Fables, le Bûcheron et Mercure
  • Oh ! que ce monde-ci serait une bonne comédie si l'on n'y faisait pas un rôle. Denis Diderot, Lettres, à Sophie Volland
  • Il est rare qu'un homme soit lancé dans la bataille des idées sans vite devenir le comédien de ses premières sincérités. Paul Bourget, Le Disciple, Plon

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Traductions du mot « comédie »

Langue Traduction
Corse cumedia
Basque komedia
Japonais お笑い
Russe комедия
Portugais comédia
Arabe كوميديا
Chinois 喜剧
Allemand komödie
Italien commedia
Espagnol comedia
Anglais comedy
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Synonymes de « comédie »

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